L'Armée Coloniale Française.(D'après "les Armée du XXe Siècles", journal illustré , 1905) |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Les
premiers contingents
Au
début de l'expansion coloniale française, Ies troupes mises sur pied
pour assurer la protection des terres nouvelles, découvertes ou occupées
par nos navigateurs, ne relevaient pas du gouvernement central. les
chartes royales octroyées aux compagnies de commerçants fondées en vue
de l'exploitation des pays d'outre-mer, accordaient d’habitude à ces
compagnies les droits régaliens, C'est ainsi que par la première charte
accordée par Louis XIII, en 1628, à la Compagnie du Canada, le roi concédait
aux-directeurs de cette compagnie les droits de haute, moyenne et basse
justice. "
La Compagnie peut faire fondre des canons forger toutes sortes d'armes
offensives et défensives, faire de la poudre a canon et autres munitions,
fortifier la place, construire des forts, avoir vaisseaux de guerre pour
les troupes de terre et de mer, et sur ces vaisseaux choisir tels
capitaines et officiers qu'elle jugera a propos. La Compagnie a le droit
de traiter de la paix ou de la guerre dans les pays où s'étend son
action". Le
pouvoir de la Compagnie du Canada et de celles auxquelles des chartes
analogues furent successivement concédées était, on le voit, sans
limites; au point de vue
particulier qui nous occupe, cette compagnie recrutait, administrait,
commandait ses troupes comme elle l'entendait; l'armée coloniale de cette
époque n'était donc qu'une réunion de contingents recrutés suivant des
méthodes fort différentes, manquant de cohésion et d'unité, et
disposant d'ailleurs d'effectifs singulièrement modestes. On conçoit, en
effet, que l’entretient des troupes étant à la charge des compagnies,
les négociants composant le conseil de direction fissent tous leurs
efforts pour réduire la dépense au strict indispensable. Il faut cependant noter
une restriction apportée à la puissance des compagnies, c'est la
suivante : en cas de guerre, le roi nomme Le lieutenant général qui sera
placé à la tète des troupes. Peu
à peu, dans un but d'économie, les compagnies coloniales du 17e siècle
arrivèrent à diminuer les effectifs de leurs troupes dans des
proportions telles que nos possessions d’outre-mer n'avaient plus leur sécurité
assurée, aussi le pouvoir central dut il intervenir et
modifier les chartes en imposant à chaque colonie le devoir
d'entretenir un effectif minimum de Français qui fussent à la fois
agriculteurs ou artisans et soldat. C’est
sous l’empire de cette réglementation que furent successivement fondés
nos établissements coloniaux des Antilles de 1625 à 1635 ; de la Guyane
en 1640 et des Indes ,en1642. La
Compagnie des Indes.
Jusqu'à
cette époque, les troupes levées par les compagnies n'avaient eu à se défendre
que contre les naturels des pays occupés; la tache était assez aisée,
vu la supériorité de nos armes et de notre civilisation. Mais
les grandes guerres de Louis XIV amènent un groupement contre la France
de toutes les puissances maritimes, qui jugent l'occasion favorable de se
jeter sur nos florissantes colonies. Celles ci n’ont pas par elles-mêmes
les éléments nécessaires pour résister aux invasions des Anglais ou
des Hollandais; il faut que la métropole vienne à leur secours : c'est
l'ingérence définitive du pouvoir central dans I'organisation militaire
d'outre-mer. La
charte de la nouvelle Compagnie des Indes octroyée par Louis XlV nous
permet de nous rendre compte des restrictions apportées en matière
militaire aux droits concédés antérieurement. D'après
cette charte, qui porte la date du 28 Mai 1664, la Compagnie des Indes
conserve le droit de nommer ses officiers, d'armer ses vaisseaux,
d’arborer le pavillon blanc avec les armes de France de conclure des
traités d’alliance qui seront approuvés par le roi. Celui ci s'engage
par contre à défendre la compagnie de ses armes et de ses vaisseaux en
cas que la dite Compagnie soit troublée, en la possession de ses terres,
par les ennemis de l'État. Cette
clause est fort importante;elle entraîne ipso-facto le contrôle de la
Couronne sur les actes des compagnies, puisque le roi ne peut pourvoir à
la défense des colonies sans savoir dans quel état elles se trouvent au
point de vue défensif. Quelques années plus tard,
octroyant une charte à la Compagnie de Saint-Domingue, le roi s'engageait
à construire à ses dépens, dans les pays ou la Compagnie fera son
principal établissement, une place forte; et la ferons munir de canons,
mortiers, poudre, munitions et armes convenables, à la charge que la
Compagnie entretiendra a ses dépens et paiera les officiers et troupe
qu’elle estimera nécessaires à sa défense. Lesdits officiers seront
pourvus par Nous sur la proposition des Compagnies.» L'immixtion
royale dans les affaires des compagnies coloniales devenait, on le voit,
de plus en plus importante; bientôt toutes les colonies françaises, sauf
les Indes et le Canada, allaient être rattachées à la Couronne, et les
troupes chargées de leur défense s'acheminer peu à peu vers un
recrutement uniforme pour arriver enfin, après bien des fluctuations à
faire partie intégrante de l'armée française. La
première organisation
Chaque
compagnie à charte recrutait, nous l'avons vu, son personnel militaire
suivant son bon plaisir. Les
soldats coloniaux provenaient du racolage dans un élément sensiblement
inférieur à celui du recrutement des régiments métropolitains. Les
officiers des compagnies ne valaient pas grand chose, bien que théoriquement
leur nomination fût réservée au roi; seuls, les officiers supérieurs
avaient quelque valeur ; mais celle-ci ne parvenait guère à se faire
jour et était insuffisante à maintenir l'ordre et la discipline et
à assurer une instruction uniforme. Il
eut d'ailleurs été difficile de se montrer exigent à cet égard
puisque, par suite du mercantilisme des compagnies, les hommes étaient
rarement payés. Aussi
les délits les plus graves n'entraînaient-il dans la pratique, aucun châtiment
ou une peine illusoire ; seule, la désertion était punie de mort par
pendaison, après un jugement sommaire. Voici,
à titre de curiosité, le premier tarif de solde des troupes coloniales:
mais, dans la pratique et
vu, le manque absolu de contrôle, les cadres inférieurs ne touchaient
presque rien, le capitaine conservant volontiers les sommes qui lui étaient
remises pour ses hommes. D'un autre côté, les
compagnies ne songeaient pas à autre chose qu'à faire produire des intérêts
aux capitaux engagés ; elles ne s'inquiétaient guère de la qualité de
leurs recrues et chaque fois qu'une expédition devenait nécessaire, on
ne l'engageait qu'au cas ou elle devait rapporter immédiatement quelque bénéfice
matériel, sans prévoir l'avenir; dans le cas contraire, on évitait
toute opération militaire, même reconnue indispensable au point de vue
de l'intérêt de la colonie et de la métropole. C'est cette politique
mercantile qui fut la première et la véritable cause de la perte des
Indes. Sous le ministère de
Colbert, on commença à envoyer outre-mer des troupes régulières;
malheureusement, l'armée métropolitaine avait elle-même besoin de ses
meilleurs éléments et les premiers contingents coloniaux ne furent guère
supérieurs comme qualité aux troupes levées par les compagnies à
charte. L'unité tactique était alors la
compagnie, dont l'effectif variait de 50 à 100 hommes; généralement on
groupait, au moment du besoin, ces compagnies en bataillons et en régiments
aux-quels on assignait un nom particulier. Les hommes provenant du
racolage devaient signer un engagement de huit années ; toutefois il était
loisible aux officiers royaux de libérer un certain nombre de soldats,
par anticipation à la condition qu'ils se fixassent dans la colonie. Les
gradés subalternes des premiers contingents coloniaux étaient les mêmes
que ceux de l'armée de France: sergent, caporal, anspessade, tambour, et
soldat. Les officiers provenaient des écoles de Cadets française; il
n’était pas, si l’on doit en croire les rapports de l’époque, de
qualité extraordinaire. Et les gouverneurs se plaignirent, en
maintes-occasions, qu'on ne leur envoyait que le rebut des écoles
d'officiers. Par contre, à partir du grade de capitaine, l'avancement était
l'objet d'une attention très grande de la part du roi et du ministre et
les officiers supérieurs valaient incontestablement ceux de l'armée métropolitaine. En 1730, on essaya de créer
une école de cadets pour les troupes coloniales ; elle ne donna des résultats
satisfaisants que cinquante ans plus tard, à la veille de la révolution,
qui emportât à peu prés toute l’organisation militaire de la
monarchie. Dans les troupes coloniales
de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, la hiérarchie comprenait les
grades suivants: cadet, enseigne, lieutenant, capitaine, aide-major,
major, lieutenant-colonel, colonel, brigadier et lieutenant-général. Les
légions coloniales
Le malheureux traité de
1763, signé à Paris, après une
lutte inégale contre l'Angleterre, nous laissait comme domaine colonial,
aux Antilles : Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe; en Afrique:
l'île de France et l'île Bourbon, le Sénégal; en Amérique : la Guyane
et les îlots de Saint-Pierre et Miquelon. Par la faute des compagnies
à charte qui n'avaient pas su ou voulu entretenir des troupes pour garder
et défendre le Canada et les indes, nous avions perdu ces deux
magnifiques colonie passées sans retour sous la domination anglaise. Aussi
a la paix, examina t-on soigneusement le plan d’organisation à adopter
pour éviter le retour d’aussi lamentables échecs et pour conserver les
débris de notre empire colonial. Ce
fut le ministre de la guerre qui fut chargé, d’une façon générale de
la défense des colonies; il dut assurer soit avec des troupes tirées de
l’armée métropolitaines, soit à l’aide de légion recrutées dans
le pays même et comprenant de l’infanterie, de la cavalerie et de
l’artillerie. C'est
ainsi que, vers 1772, la colonie de Saint-Domingue avait pour sa défense
une légion de 3500 hommes répartie en 24 compagnies de fusiliers, 3 de
grenadiers, A la Martinique, un effectif
a peu prés identique était fourni par les régiments métropolitains:
Royal-Vaisseaux, Médoc, Limousin, Bouillon, Périgord et par une
compagnie de canonniers ; deux bataillons du régiment de Vexin et une
compagnie d'artillerie formaient avec 1880 hommes la garnison de la
Guadeloupe. Aux
îles de France et Bourbon nous trouvons une organisation mixte: d'abord,
une légion d'environ 2000 hommes, soit 16 compagnies de fusiliers, 2 de
grenadiers et 2 de canonniers, et 6000 hommes d’infanterie et
d’artillerie de France fournis par les régiments Royal-Comtois et Clack,
et par les bataillons de Normandie et d'Artois. La Guyane avait reçu 12
compagnies de troupes nationales et une compagnie de canonniers; le Sénégal,
2 compagnies de 100 hommes,
Saint-Pierre et Miquelon un détachement de 50 hommes. C’était, au total un peu plus de 16000 hommes que l’on affectait en
permanence à la défense de notre domaine colonial, et à cette époque,
l'effort entrepris était digne de louanges et â peu
prés à hauteur des circonstances. Mais
des conflits ne tardèrent pas à s’élever entre l'administration de la
Guerre et le ministère de la Marine, qui revendiqua le soin exclusif de
la défense des colonies, et
une ordonnance royale de 1772
lui donna satisfaction en créant les régiments coloniaux, placés
exclusivement sous les ordres du ministre de la Marine. Les
régiments coloniaux
L'ordonnance du 18 Février
1772 remplaçait les formations antérieures par le corps royal de la
Marine, qui avait la charge de la garde des Arsenaux, celle du service de
l'artillerie et de la mousqueterie à bord des navires de guerre, enfin
devait fournir les corps de débarquement pendant les expéditions
coloniales. Le corps royal de la Marine
comprenait 8 régiments à 2 bataillons de 9 compagnies dont 1 de
bombardiers, 1 de canonniers et 7 de fusiliers. Chaque
régiment était appelé du nom du port dans lequel il tenait d’habitude
garnison. Aux colonies, les légions
supprimées firent place a des Régiments coloniaux ; Saint-Domingue reçut
le régiment du Cap et celui de Port-au-Prince; la Martinique fut occupée
par le régiment de ce nom, renforcé de bataillon fournis par les régiments
Auxerrois et Viennois; la Guadeloupe eut le régiment du même nom; enfin
le gouverneur des îles de France et Bourbon réunit sous ses ordres les régiments
d'Austrasie, de l'île de France, les volontaires de la Marine, les
volontaires de l'île de France, l'artillerie de l'île de France et la
compagnie franche de Madagascar. L'artillerie
des Colonies.
Quelques années avant la Révolution,
une ordonnance portant la date du 24 Octobre 1784 avait remplacé toutes
les compagnies d'artillerie d'outre-mer par le corps royal de l'artillerie
des colonies fort de 20 Compagnies, groupées en brigades ainsi réparties: 1er brigade aux
Indes,2e à la Martinique, 3e et 4e
brigades en France, 5e à Saint-Domingue. L'état-major du corps royal
de l'artillerie coloniale comprenait 1 colonel, 4 lieutenants-colonels, 1
major, 5 chefs de brigade, 3 aides-majors et 1 quartier-maître trésorier. Chaque
compagnie était encadrée par 1 capitaine en premier, 1 capitaine en
second,1 lieutenant en premier, 1 lieutenant en second, 1 lieutenant en
troisième et 88 hommes de troupes. Le recrutement des anciens régiments
coloniaux
A I’époque des grandes compagnies coloniales, on avait installé des dépôts
de recrues à Lorient, puis dans l’Ile de Ré. C’est dans cette dernière
localité que dès 1777 fut concentré le service du recrutement des
troupes coloniales. Caque recrue engagé soit à Paris, soit dans les
grandes villes de province, était payé par le Roi la somme de 85 livres.
Sitôt que le nombre des racolés s’élevait à 30 ou 35, on en formait
un détachement sous les ordres d’un bas officier et on les dirigeait
sur l’Île de Ré. Là, un médecin de la Marine les visitait et on procédait
à leur habillement; sur les 85 livres payées par le Roi, il était prélevé
20 livres environ destinées à payer les effets d’habillement et d’équipement
fournis aux recrues. Celles-ci étaient rapidement débourrées par
l’exercice exécuté deux fois par jour, puis on les embarquait pour la
colonie dans laquelle elles devaient servir. Il faut croire que l’on n’avait pas à cette époque grande confiance
dans la moralité des soldats coloniaux, car avant de les embarquer, on
leur retirait tous leurs effets militaires, sauf un sarrau et une culotte,
et on ne les leur rendait qu’au moment du débarquement. En 1781, une ordonnance du 25 juillet réunit en un seul les dépôts de
l’Ile de Ré et de Lorient et attribua au nouveau corps l’appellation
de bataillon auxiliaire des régiments des colonies. Ce bataillon comprenait 5 compagnies, dont 4 de fusiliers et 1
d’artillerie. D’après les feuilles de journées de l’époque, le prix de revient
d’un soldat colonial rendu à destination paraît avoir été de 292
livres pour les colonies d’Amérique, de 513 livres environ pour
l’Inde et l’Île de France. L'entretien
d'un soldat non gradé coûtait environ 500 livres par an. Après
32 ans de service, les bas officiers et les soldats qui se fixaient dans
la colonie avaient droit à une retraite égale à la solde de leur grade. Les
officiers provenaient, nous l'avons vu, de l'école des cadets créée à
Rochefort en 1730, transférée à l'île de Ré eon 1779, supprimée,
puis enfin réorganisée en annexe du bataillon auxiliaire de Lorient. Dès
1779, une ordonnance royale avait posé en principe que le recrutement des
officiers des colonies se ferait soit par la compagnie des
cadets-gentilshommes, soit par les bas officiers. La
hiérarchie était la même que dans l'armée de terre; de plus, dans
l’artillerie, il existait le grade de chef de brigade assimilé à
major. Dans
chaque corps, les capitaines de fusiliers ou de chasseurs passaient par
ancienneté capitaines de grenadiers; il fallait six ans de service en
cette qualité à ces derniers, pour être promus majors ou chefs de
bataillon; ceux-ci pouvaient arriver lieutenants-colonels au bout du six
ans de grade; les majors, après quatre ans; enfin, pour passer colonel il
fallait six ans de grade de lieutenant-colonel. Les
places de porte-drapeau étaient exclusivement réservées aux fourriers
et aux sergents, qui pouvaient d'ailleurs concourir pour les emplois de
lieutenants. Les
régiments de la Marine
Les
régiments coloniaux dont nous venons de parler n'eussent pu mener à bien
la tache qui leur était dévolue s'ils n'avalent été, le cas échéant,
renforcés par les régiments de la Marine. Ceux-ci avaient été créés
dans le but de tenir garnison dans les ports, et d'autre part pour assurer
le service de la mousqueterie et de l'artillerie sur les vaisseaux du roi. Les
régiments de la Marine étaient d'ailleurs employés indifféremment sur
mer ou sur terre. Ce sont eux qui livrèrent les batailles navales de la Méditerranée
avec Sourdis, qui firent la conquête des îles de Lérins, qui
combattirent à Djidjelli sous Beaufort, aux Canaries avec Duquesne, à
Port-Mahon avec Richelieu, aux Indes et aux Antilles pendant toutes les
guerres contre les Anglais Sur
terre, ils bataillaient en Piémont dans les Flandres, en Allemagne, en
Alsace, et leurs services furent tels que le ministère de la guerre ne
voulut plus les rendre au ministère de la Marine. Ces
régiments portent dans l'histoire de l’armée française les noms de Régiment
de la Marine, Régiments des Navires, Royal-Vaisseaux, Royal-Marine, Régiment-Amiral
. Ce
sont les véritables ancêtres des régiments d'infanterie coloniale. Le
24 Septembre 1769, une ordonnance créa le corps royal d'artillerie et
d'infanterie de marine à 3 brigades de 8 compagnies chacune, pour assurer
le service à bord des navires de guerre. Ces troupes devinrent en
1772 le corps royal de la Marine que remplaça en 1784 le corps royal de
l'infanterie de marine composé de 100 compagnies de fusiliers. L'artillerie répartie dans
les directions de Brest, Rochefort et Toulon, devint en 1786, le corps
d'artillerie des colonies. En
résumé, à la veille de la Révolution française la défense des
colonies était à la charge du département de la Marine; les troupes qui
concouraient à ce service comprenaient les régiments coloniaux
d’infanterie, le corps de l'artillerie des colonies et les détachements
d'infanterie de Marine débarqués des navires de guerre pour un service
spécial. Les
troupes coloniales sous la Révolution et l'Empire
Quelques
mois avant la chute de la royauté et la proclamation de la première République,
divers décrets avaient rattaché les troupes coloniales au département
de la Guerre, remplacé les régiments coloniaux par des demi-brigades, réglé
la police et la discipline des troupes coloniales, rattaché enfin
l’artillerie des Colonies à I’artillerie de la Guerre. En
1792, nouveau décret; toutes les troupes coloniales, à l'exception des
volontaires de Bourbon et des Cipahis de I’Inde, devaient former 6 régiments
d’infanterie à 2 bataillons chacun, qui prendraient rang après le 105e
régiment de ligne. Dans
la réalité, I’organisation de 1792 resta à peu près lettre morte,
l’indiscipline avait pris de telles proportions que l'on du licencier
les régiments des colonies, dont plusieurs avaient fait cause commune
avec les nègres révoltés; les soldats qui en faisaient partie furent
incorporés dans les demi-brigades d’infanterie stationnés en Bretagne,
et I’on revint au système de l'envoi aux colonies de troupes métropolitaines
relevés périodiquement, par fractions constituées. Sur
les navires, les 100 compagnies d'infanterie de marine dont nous avons
mentionné plus haut la création, avaient été remplacées par le corps
royal des canonniers matelots ; celui-ci fut supprimé en 1792 et remplacé
par 4 régiments d’infanterie et 2 régiments d'artillerie destinés à
former la garnison des ports et à assurer le service à bord. Trois
ans plus tard, cette organisation était elle-même supprimée, elle cédait
la place au corps de l'artillerie de marine formé de 7 demi-brigade, 3
Compagnies d’ouvriers et 4 escouades d’apprentis canonniers. Chaque
demi brigade comprenait 3 bataillons de 9 compagnies de 100 hommes
chacune, répartis en fusiliers et canonniers. L’artillerie
de la Marine comptait donc, sous le directoire et le Consulat, un effectif
d’environ 25000 hommes remplissant les fonctions dévolues autrefois à
l'infanterie et à l'artillerie de Marine. Un
arrêté de 1803 transforma les demi-brigades en 4 régiments dont deux
furent à quatre bataillons et les deux autres, à deux bataillons
seulement. Les garnisons de ces régiments furent fixées à Cherbourg,
Brest, Toulon et Anvers. En
1813, un décret impérial prescrit une nouvelle transformation,
l’artillerie de la Marine comptera désormais 26 bataillons qui seront
mis à la disposition du ministère de la Guerre. La
chute de l'Empire rendit les régiments à la Marine; l'un d'eux fut
supprimé; on n'en compta plus que trois, le premier à 3 bataillons, les
deux autres à 2 bataillons seulement; chaque bataillon était à 6
compagnies de 124 hommes sur le pied de paix et de 207 hommes sur le pied
de guerre. Il y avait en outre 5 compagnies d'ouvriers. Enfin
une ordonnance de 1816 organisa Ie corps royal d'artillerie de la Marine
qui comprit une inspection générale, 8 bataillons de 6 compagnies dont 5
de canonniers et 1 de bombardiers, 5 compagnies d'ouvriers et 5 compagnies
d'apprentis canonniers. Les
effectifs dont disposait le nouveau corps étaient tout à fait
insuffisants pour assurer le service dans les ports et aux colonies; il
fallut de nouveau recourir à l'armée de terre Les
régiments d'infanterie aux colonies
Une
série d'ordonnances de Louis XVIII prescrivirent que l'armée de terre
participerait désormais au service colonial. Des
régiments furent désignés auxquels on attribua des bataillons supplémentaires
les 26e.et 62e de ligne reçurent chacun trois nouveaux bataillons; le 71e
de ligne et le 5e régiment d'infanterie légère en reçurent
chacun un. Le 26e et le 62e furent dotés d'un second Colonel et d'un
second major; chaque bataillon nouveau reçut un quartier-maître trésorier
et un chirurgien. Les hommes étaient recrutés parmi les soldats qui en
faisaient la demande et souvent d'office parmi les mauvaises tête du régiment. A
ces troupes régulières venait s'ajouter en cas de besoin, des milices
locales sortes de gardes nationales placés sous les ordres d’un
officier supérieur ou général retraité dans la colonie et relevant, en
temps de paix, du gouverneur; en temps de guerre, du commandant militaire
des troupes actives. Cette organisation avait pour résultats d’anémier
les régiments de l’armée de terre, qui fournissaient les détachement
coloniaux. Une ordonnance de 1822 chercha à remédier à cet inconvénient
et créa un régiment d'artillerie et deux régiments d'infanterie de
marine. Mais,
cinq ans plus tard, l'antagonisme des officiers de vaisseau, qui prétendaient
commander exclusivement les troupes à bord des navires, parvint à faire
licencier les deux régiments d'infanterie de marine qui, le 28 Août
1827,furent versés aux 11e, 13e et 15e légers. L'armée
de terre dut, une fois de plus, fournir les garnisons des colonies; trois
régiments de ligne furent tout d'abord désignés; mais comme ils s'épuisaient
rapidement, on recourut successivement aux 48e, 49e,
45e et 51e de ligne, aux 11e ,13e,
15e et 17e légers, dont 7 compagnies de chaque
bataillon assuraient la relève, et la 8e, restée en France, servait de dépôt. Ces
régiments, bien qu'appartenant à la Guerre, étaient administrés par la
Marine, et l'on eut à regretter, à cette occasion, une série de
conflits entre les deux départements. Reconstitution
des troupes de la Marine
Une
ordonnance de Louis-Philippe reconstitua en 1831 deux régiments
d’infanterie de Marine à l’aide des 45e et 51e
régiments de ligne et du 16e légers qui tenaient à
cette époque garnison aux colonies; une nouvelle ordonnance portant la
date du 20 Novembre 1838 créa un troisième régiment de l'arme. Chaque régiment
dut compter 30 compagnies actives, dont 4 de grenadiers, 4 de voltigeurs
et 22 du centre, un état-major et une compagnie hors rang. Le 1er
régiment reçut comme garnisons Brest, Cherbourg, la Guadeloupe; le 2e
Brest, Rochefort, la Martinique; le 3e Toulon, Cayenne, le Sénégal
et Bourbon. Il
était en outre constitué à Toulon les cadres nécessaires aux
compagnies de soldats noirs recrutés à Cayenne et au Sénégal. C'est
également sous le gouvernement de Juillet qu'une ordonnance de 1840 porta
à quarante compagnies le corps d’artillerie de marine et créa une sixième
compagnie d'ouvriers. Enfin,
en 1845, le ministère de la Marine posséda également sa cavalerie en
vertu d'une ordonnance mettant à sa disposition, pour le Sénégal, un
escadron de spahi Algériens. La
Révolution de 1848 réduisit sensiblement les troupes coloniale; le grand
corps des officiers de vaisseau reprenait le dessus et s’augmentait au détriment
des effectifs de l'infanterie et de l’artillerie de Marine;c’est au
point que de 1849 à 1851, l’emploi d’inspecteur général de
l’artillerie de Marine fut confié à un contre-amiral. Les
troupes de la Marine sous le second Empire
Napoléon
III se montra, au contraire, plein de sollicitude pour les troupes
coloniales; un décret de 1854 réorganisa l'infanterie de marine en créant
quatre régiments ayant pour ports d'attache : le 1er Cherbourg, le 2e
Brest, le 3e Rochefort et le 4e Toulon. C'est
de cette époque que date la création d'un bataillon de fusiliers-marins
qui remplacèrent à bord les fantassins de la Marine et dont les cadres
furent peu à peu constitués par des officiers de vaisseau. L'artillerie
de la Marine fut également augmentée par le gouvernement impérial. Un décret
de 1855 créa un état-major particulier de 42 officiers et 82 employés
militaires, un régiment d'artillerie de 25 compagnies, d'une compagnie
hors rang et d'une compagnie du dépôt, et 6 compagnies d'ouvriers
d'artillerie. Cette
organisation de l'infanterie et de l'artillerie de la Marine subsista
jusqu'en 1868 pour la première et 1861 seulement pour la seconde. L'artillerie
de marine, en effet, prit, le 14 Août 1861,le nom de corps d'artillerie
de la marine et des colonies. Elle comprit un état-major général composé
de deux officiers généraux, un état-major particulier fort de 20
officiers supérieurs et 20 officiers subalternes, un régiment à pied de
28 batteries, une compagnie de conducteurs et un peloton hors rang, 6
compagnies d'ouvriers, une section de fuséens et un corps d'armuriers. Les
batteries tenaient garnison en France, à Lorient, Cherbourg, Brest,
Rochefort et Toulon, et dans toutes nos colonies, par unités constituées
ou par demi-unités. En
1864, l'artillerie de la Marine devint complètement autonome par la création,
au ministère, d'une direction d'artillerie de la Marine et des Colonies. L'infanterie
de marine, elle, fut réorganisée par décret de 1869. Elle comprit un état-major
général, 4 régiments actifs comptant en tout 140 compagnies, et des
cadres spéciaux pour les fusiliers marins et les troupes indigènes. La
répartitions des régiments entre les diverses garnisons de France et des
colonies fut réglée de la manière suivante: 1er
régiment: Cherbourg, Cochinchine, Martinique, Sénégal. 2e
régiment: Brest, Cochinchine, Guadeloupe. 3e
régiment: Rochefort, Cochinchine, la Réunion, Nouvelle-Calédonie,
Tahiti. 4e
régiment: Toulon; Cochinchine, Guyane, Japon. Sous
la troisième République
Les lois d'organisation de
l'armée coloniale
On
a pu remarquer que depuis leur création jusqu’aux dernières années du
dix-neuvième siècle, les troupes coloniales étaient soumises uniquement
au régime des décrets, c'est a dire, en réalité, au régime de
l'arbitraire et du bon plaisir. Il en était résulté un manque de
stabilité et une absence de suite dans les idées, tout à fait préjudiciables
à la bonne utilisation de l'importante fraction des troupes nationales
qu’ont été les troupes coloniales. Ainsi,
après des années d'études, de discussions, de luttes entre les
partisans de tel ou tel système d'armée coloniale, les lois du 30
Juillet 1893 et du 7 Juillet 1900 sont elles venues donner de la fixité
à l'organisation des anciens régiments d’infanterie e et
d’artillerie de la Marine qui, passant définitivement sous l’autorité
du ministre de la guerre, prennent le nom de régiments d’infanterie et
d’artillerie coloniales. Nous
allons résumer rapidement cette législation en tenant compte des
modifications de détails apportées en 1905 a l’organisation de l'armée
coloniale telle qu'elle résulte de la loi de 1900 et de décrets rendus
pour assurer l’exécution de cette loi.
Les officiers et sous-officiers de la mission MARCHAND Le
recrutement de l'armée coloniale
L'armée
coloniale a la veille de la grande guerre comprend des éléments français,
des éléments coloniaux et des éléments indigènes. L'élément
français se recrute exclusivement par des volontaires ou par voie
d'incorporation des hommes du contingent métropolitain; ces derniers ne
sont d'ailleurs pas astreints a servir aux colonies. Les engagements pour
l'armée coloniale sont reçus pour une durée de trois, quatre ou cinq
ans; les rengagements sont reçus d'après les mêmes règles que les
rengagements dans l'armée métropolitaine ; de plus, les hommes de troupe
des réserves sont admis à rengager jusqu’à 32 ans révolus. En
cas d'insuffisance, il est fait appel aux volontaires de l'armée de terre
ayant plus d'une année de présence au corps. Enfin, en cas d'expédition,
les régiments étrangers peuvent être appelés à renforcer l’armée
coloniale. Les
éléments coloniaux de l'armée coloniale sont recrutés parmi les jeunes
gens demeurant aux colonies, suivant les lois et règlements de
recrutement propres à chaque colonie. Enfin,
les soldats indigènes son tous recrutés au moyen d’engagements
volontaires provoqués par le paiement de primes d’engagement. La
loi de 1900 stipule formellement que les troupes coloniales a destination
des colonies ne peuvent comprendre que les hommes ayant au moins six mois
de présence sous les drapeaux et vingt et un ans révolus.
Cadres inférieurs d'un régiment de Tirailleurs Sénégalais Organisation
de I’infanterie coloniale.
En
exécution de la loi du 7 Juillet 1900 et des dispositions antérieures
non abrogées, un décret du 28 décembre 1900 contresigné par les
ministres de la Guerre et des Colonies, a organisé l’infanterie
coloniale de la manière suivante L’infanterie
coloniale comprend
Les
corps de troupe d'infanterie coloniale européenne comprennent : en France
12 régiments de 3 bataillons à 4 compagnies, un petit état-major, une
section hors rang et un cadre complémentaire. Ces
régiments sont composés d'engagés volontaires, de rengagés, de
commissionnés, de volontaires de l’armée de terre, Les régiments coloniaux de France sont stationnés dans les garnisons
suivantes:
Aux
colonies, huit régiments à trois ou quatre bataillons de quatre
compagnies ainsi répartis:
Les corps
d’infanterie coloniale indigènes comprennent:
1er au Sénégal,
2e au Niger, 3e à Madagascar, 4e
au Soudan
1er à
Hanoi, 2e aux Sept Pagodes, 3e a Nam-Dinh, 4e
Bac-Ninh
Le 1er à
Tananarive, le 2e à Fianarantsoa, le 3e à
Diego-Suarez.
Les Tirailleurs Sénégalais de la mission Congo-Nil L'artillerie
coloniale
L'organisation de
l'artillerie coloniale a été en 1905 encore profondément remaniée; cette arme comprend,
à la date du 1er juillet 1904: Trois régiments d’artillerie stationnés en France et comprenant un
nombre variable de batteries mais dont l'ensemble est fixé à trente six,
dont dix-huit a pied, douze montées et six de montagne. Il est organisé,
en outre, cinq compagnies d'ouvriers d'artillerie coloniale et une
compagnie d'artificiers coloniaux. Aux colonies, l'organisation comporte:
Deux
régiments portant les n° 4 et 5. Le
4e régiment au Tonkin, fort de huit batteries mixtes, deux à
pied, deux montées et quatre de montagne; le 5e régiment en Cochinchine,
comprenant dix batteries mixtes, cinq à pied, deux montées, trois de
montagne. Il est créé de plus une compagnie mixte d’ouvriers
d'artillerie coloniale au Tonkin et en Cochinchine.
Cette
colonie dispose du 6e régiment d’artillerie coloniale, fort
de six batteries, mixtes, trois de montagne, d’une section mixte de
montagne dans le territoire du Tchad et d’une compagnie de conducteur
indigène. Dans
le bas Sénégal, est stationnée une compagnie mixte d’ouvriers
d’artillerie; il en existe une autre dans le Haut-Sénégal et le
Moyen-Niger.
Le
7e régiment d’artillerie coloniale est affecté aux colonies de ce
groupe. Il est fort de huit batteries mixtes, quatre à pied, une montée,
trois de montagne; une compagnie mixte d'ouvriers d'artillerie coloniale
tient garnison en Emyrne; une autre est stationnée à Diégo-Suarez.
Trois
batteries à pied et un détachement d'ouvriers d'artillerie coloniale
sont affectés aux Antilles.
Une batterie à pied et deux détachements d'ouvriers d'artillerie coloniale assurent le service de l'artillerie à la Nouvelle-Calédonie et dans les îles du Pacifique; enfin, le corps d'occupation de Chine possède une batterie et au Tonkin est stationné un groupe d'artillerie attaché à la brigade de réserve de la Chine. Le
corps disciplinaire colonial
Le
corps disciplinaire des colonies comporte en France un état-major et un dépôt
à l'effectif d'un officier supérieur, cinq officiers et cinquante hommes
de troupe. Le
nombre de disciplinaires est extrêmement variable, puisque ces hommes ne
font que passer dans les prisons d'Oléron et sont rapidement expédiés
aux colonies. Deux
compagnies de discipline ont été créées en Indo-Chine et à
Madagascar, et une section à la Martinique. Les
télégraphistes coloniaux
Il
a été créé une section de télégraphistes coloniaux rattachée pour
ordre au 4e régiment colonial à Toulon. Cette section comprend en France
trois officiers et 100 hommes de troupe; aux colonies trois officiers et
117 hommes de troupes. Les
infirmiers coloniaux
Une
section d’infirmiers militaires des troupes coloniales est rattachée au
22e régiment d'infanterie coloniale à la Seyne. Elle comprend en France
110 sous-officiers, caporaux ou soldats et 280 aux colonies; répartis en
commis aux écritures et infirmiers de visite et d'exploitation. Suivant
les besoins, des auxiliaires indigènes sont recrutés dans les colonies
pour accomplir, sous la surveillance des Français, un certain nombre de
besognes faciles. Les
secrétaires d'État Major Coloniaux
La
section de secrétaires d'état-major coloniaux est rattachée au 8e régiment
d'infanterie coloniale, à Toulon. Elle
compte en France 98 sous-officiers, caporaux ou soldats, et aux colonies
132, dont la répartition est faite par les soins dus commandant supérieurs
des troupes. Les
spahis sénégalais
Deux
escadrons de spahis dits sénégalais, sont en service dans l’Afrique
occidentale française, mais le décret du 15 Août 1902 qui les a
constitués, stipule qu'ils pourront être employés en dehors de cette
colonie, partout ou le gouvernement jugera utile d'utiliser leurs
services. Leur effectif est de 8 officiers et 130 hommes du troupe pour le
1er escadron, et 169 hommes de troupe pour le 2e escadron. A
l'exception des spahis non gradés qui sont tous indigènes, les divers
emplois peuvent être occupés indifféremment par des Français ou par
des indigènes, de préférence par ces derniers toutes les fois que les
ressources du recrutement le permettent. La
gendarmerie coloniale
Elle
est constituée par six compagnies stationnées à Madagascar, la
Martinique, la Réunion, la Nouvelle-Calédonie,
l'lndo-Chine, et par deux détachements, celui du la Guyane française et
celui de l'Océanie. Le
commandement de l'armée coloniale
Depuis
le vote de la loi du 7 juillet 1900, le ministre du la Guerre est Ie chef
de l'armée coloniale comme de l'armée métropolitaine ; mais l'armée
coloniale conserve son autonomie et reste sous le commandement des
officiers des troupes coloniales, distinctes des troupes métropolitaine. Au
ministère de la Guerre, un officier général est chargé de la direction
des troupes coloniales avec le titre du directeur. Les affaires sont
centralisées dans quatre bureaux.
Un comité technique des troupes coloniales présidé par un général de
division comprenant un certain nombre du divisionnaires et de brigadiers,
est chargé d’étudier toutes les question intéressant l'armée
coloniale et de donner son avis sur
les meilleures solutions à adopter. Une
section technique des troupes coloniales présidée par un officier supérieur
est composée d'officiers supérieurs et d'officiers subalternes de l'armée
coloniale prépare le travail soumis au comité technique, étudie toutes
les questions et fait toutes les expériences nécessaires pour éclairer
le comité et le ministre. Il
existe d’autre part, au ministère des Colonies; un bureau militaire
comprenant quatre sections chargées d établir la liaison et l'unité de
vues entre le ministère de la Guerre auquel appartiennent les troupes
coloniales et le ministère des Colonies dont relèvent nos possessions
d'outre-mer. Un
comité consultatif de défense des colonies composé d’officiers généraux
étudie toutes les questions relatives à la défense de nos colonies en
temps de guerre. Il
fait préparer le travail et rechercher les renseignements nécessaires à
ses délibérations par une section d'études comprenant des officiers supérieurs
et subalternes d’infanterie et d'artillerie coloniales. Le corps d’armée
colonial
Le
dépôt des isolés des troupes coloniales est installé à Marseille avec
des annexes à Toulon, Bordeaux et Saint-Nazaire. Le
dépôt du corps disciplinaire des colonies est Oléron. La
section de secrétaires d’état-major coloniaux et la section de télégraphistes
coloniaux sont à Toulon. La
section d'infirmiers coloniaux est La Seyne. Les
troupes coloniales dans les colonies.
Dans
chaque colonie, le gouverneur a sous autorité le commandant supérieur
des troupes qui est responsable vis a vis de lui, de la préparation des
opérations militaires, de leur conduite et de tout ce qui est relatif à
la défense de la colonie. Le commandant supérieur des troupes correspond
avec le ministre de la Guerre par l’intermédiaire du gouverneur et du
ministre des colonies. Le
ministre de la Guerre a le droit de renforcer les troupes coloniales
servant aux colonies par les régiments étrangers, par les régiments de
Tirailleurs Algériens, par les bataillons d’infanterie légère
d’Afrique. Des unités de ces corps peuvent être employées en tout
temps aux colonies sous la réserve qu’elles seront en sus du minimum prévu
par la loi des cadres et effectifs. Nous
allons résumer rapidement l’organisation militaire de chacune de nos
possession coloniale, sans nous occuper toutefois de l’Algérie et de la
Tunisie. Gouvernement
général de l’Afrique Occidentale
Un
décret du 1er octobre 1902 a réuni sous une même autorité,
celle du gouvernement général civil de l’Afrique Occidentale, tous nos
territoires du Sénégal et du Soudan. Le
commandant supérieur des
troupes du groupe de l'Afrique occidentale est un officier général de
l'armée coloniale en résidence à Saint-Louis. Un officier supérieur
commande la place de Dakar, classée point d'appui de la flotte. Tous les
grands services militaires du groupe de l'Afrique Occidentale sont installés
à Saint-Louis. Sénégal
La
garnison du Sénégal comprend 1 bataillon d'infanterie coloniale à
Dakar, le 1er tirailleurs sénégalais à Saint-Louis, une
Compagnie de discipline coloniale à Ouakam, le 6e régiment
d'artillerie coloniale, une compagnie d'ouvriers d'artillerie coloniale à
Dakar, un escadron de spahis sénégalais à Saint-Louis et un détachement
de gendarmerie. La
colonie du Sénégal compte deux cercles militaires, le cercle de Kaédi
et le cercle de Nioro-Ripp. Soudan.
La
garnison du Soudan comprend le 2e tirailleurs sénégalais à
Kati, 1 bataillon de tirailleurs de Zinder, 1 compagnie de conducteurs sénégalais
à Kati, 1 batterie de montagne à Kati, 1 Compagnie d’auxiliaire
ouvriers d'artillerie à Kayes, le 2e escadron de spahis sénégalais à
Tombouctou, 1 détachement 5e génie chargé de la construction du chemin
de fer du Sénégal au Niger. La direction des services est à Rayes,
point de départ du chemin de fer. Le
Soudan comprend les trois territoires militaires de Tombouctou,
Bobo-Dioulassou et Niamey et, en territoire civil du Haut-Sénégal et du
Moyen-Niger, les cercles militaires de .Yatenga et de Sikasso.
Sergents de Tirailleurs Soudanais Guinée
Française.
Sa
garnison comprend deux Compagnies du 1er tirailleurs sénégalais à
Conakry et Kissidougou et un détachement du génie chargé de la
construction du chemin de Fer Dahomey.
Cette
colonie n'a pour garnison qu’une seule Compagnie de tirailleurs sénégalais
a Cotonou et un détachement du génie pour les travaux du chemin de fer. Cote
d’Ivoire.
La
garnison de la Côte d'Ivoire comprend sept compagnies de tirailleurs sénégalais
et une section d’artillerie chargés de la garde du cercle de Kong et
des cercles de Baoulé-Nord et de Baoulé-Sud. Les
effectifs et leur répartition dans cette partie de l'Afrique sont
d'ailleurs essentiellement variables. Congo
français
Les
territoires du Congo, de l'Oubanghi et du Chari sont gardés par 4 régiment
de tirailleurs sénégalais, 1 batterie mixte d'artillerie, un détachement
d'ouvriers d'artillerie, un escadron de cavalerie indigène et une
compagnie de Tacomas. Le pays est partagé entre les cercles de Krebedge
(fort Crampel), Gribingui (fort Possel), Tounia (fort Archambault), Bousso
(fort Bretonnet), Koussouri (fort Lamy), Coulféi (fort de Cointet). Madagascar.
La
Réunion.
Notre
colonie de la Réunion est occupée par un bataillon d’infanterie
coloniale et une compagnie de gendarmerie. Les services administratifs
sont concentrés à Saint Denis. Inde
française.
Une
compagnie de cipahis de l'lnde est en garnison Pondichery et a des détachements
à Karikal à Chandernagor. Les services administratifs sont installés à
Pondichéry.
Les Cipahis de l'Inde, à Pondichery Indo-Chine.
Un
général de division de l’armée coloniale, résidant à Hanoi, a le
titre de commandant supérieur des troupes d’Indo-Chine. Celles ci sont
groupées en trois brigades, deux au Tonkin, une en Cochinchine. Un général
de brigade est titulaire du commandement de l'artillerie. Les chefs des
grands services administratifs sont à Hanoi ou à Saigon. Troupes du Tonkin et de l’Annam.
Elles
se composent de la 1re brigade à Bac-Ninh et de la 2e brigade à Hanoi.
Il existe en outre une brigade dite de réserve de Chine à
Phu-Lang-Thuong. La répartition de ces troupes étant sujette à de
nombreuses variations, nous n'en donnerons que l'énumération avec
l'indication de la garnison de l'état-major au commencement de 1904. 9e
régiment d'infanterie coloniale à Hanoi, 10e régiment d'infanterie
coloniale à Haiphong, 18e régiment d'infanterie coloniale à Viétri,
1er régiment de tirailleurs tonkinois à Hanoi, 2e régiment de
tirailleurs tonkinois à Sept-Pagodes, 3e régiment de tirailleurs
tonkinois à Nam-Dinh, 4e régiment de tirailleurs tonkinois à Bac-Ninh,
5e régiment de tirailleurs tonkinois à Phu-Lien, bataillon de
tirailleurs chinois à Moncay, section de discipline coloniale à Tien-Yen,
section de télégraphie à Hanoi, 4e régiment d'artillerie coloniale à
Hanoi, compagnie d'ouvriers d'artillerie à Hanoi, escadron de chasseurs
annamites et détachement de cavaliers de remonte à Hanoi.
Tirailleurs Annamites Troupes
de la Cochinchine.
Le
général commandant la 3e brigade en Cochinchine a sa résidence à
Saigon. Il a sous ses ordres le 11e régiment d'infanterie coloniale à
Saigon, le 1er régiment de tirailleurs annamites à Saigon et, répartis
dans certains postes, les éléments du 2e régiment de tirailleurs
annamites et du bataillon de tirailleurs cambodgiens de récente création.
L'artillerie se compose du 5e régiment d'artillerie coloniale et de deux
batteries du 38e d'artillerie métropolitain. Il y a également en lndo-Chine, à l'heure actuelle, six bataillons
fournis par les deux régiments étrangers, un détachement du 7e régiment
du génie chargé; du service des ponts et un compagnie de gendarmerie. La portion du Tonkin qui
n’est pas encore soumise à l’autorité civile est divisée en quatre
territoires militaires subdivisés eux-mêmes en cercles que commandent
des officiers. Les territoires militaires sont: 1er Lang-Son, 2e Cao-Bang; 3e Ha-Giang;
4e Lao-Kay En
dehors de cette organisation se trouve le territoire de Quang-Tchéou-Wan. Troupes
de Chine.
Elles
sont placées sous les ordres d’un général de brigade en résidence à
Tien-Tsin. Elles comprennent le 16e régiment d'infanterie coloniale, une
section de télégraphistes, une batterie mixte de campagne et de
montagne, un détachement de conducteurs et un service de parc. Cette
brigade de Chine a en réserve au Tonkin, comme nous l'avons vu, le 18e régiment
d’infanterie coloniale, un groupe de 5 batteries d’artillerie, une
compagnie de conducteurs et un détachement de parc. La
Martinique.
Un
officier supérieur en résidence à Fort-de-France est commandant supérieur
des troupe de l’Amérique et des Antilles. La garnison de la Martinique
comprend un bataillon d’infanterie coloniale à Fort-de-France, une
-section te de discipline coloniale Fort-Desaix, un groupe de 3 batteries
à pied, un détachement d’ouvriers d’artillerie et une compagnie de
gendarmerie. La
Guadeloupe.
Un
chef de bataillon commande le détachement des troupes stationnées dans
cette colonie; celles-ci se réduisent à une compagnie d'infanterie
coloniale et une compagnie de gendarmerie. La
Guyane.
Les troupes de la Guyane
comprennent une compagnie d'infanterie coloniale, une compagnie du
bataillon des Antilles et une compagnie de gendarmerie. Ces troupes
assurent le service de Cayenne, Saint-Laurent, Saint-Jean-du-Maroni et des
Iles du Salut. La
Nouvelle-Calédonie.
Les
troupes de la Nouvelle-Calédonie sont: un bataillon d'infanterie
coloniale à Nouméa, une batterie à pied d’artillerie coloniale, un détachement
d'ouvriers d'artillerie et une compagnie de gendarmerie. Ces détachements
sont sous les ordres du commandant supérieur des troupes de l'Océanie,
à Nouméa. Tahiti.
La
garnison de Tahiti ne comprend qu'une section d’infanterie coloniale et
un détachement de gendarmerIe à Papeete, le tout sous les ordres d' un
capitaine. Crête.
Enfin,
depuis la guerre gréco-turque, la France entretient dans l'île de Crête
un détachement de troupes qui est aujourd'hui réduit à un bataillon
d'infanterie métropolitaine. Le
corps de santé des colonies.
Les
médecins et pharmaciens chargés d'assurer le service de santé de l'armée
coloniale soit en France, soit aux colonies, se recrutent: -parmi
les élèves des écoles du service de santé qui sont nommés
aides-majors de 2e classe à leur sortie de ces écoles; -parmi
les docteurs en médecine ou maîtres en pharmacie admis comme
stagiaires à la suite d'un concours dont les conditions sont arrêtées
par les ministres de la Guerre et des colonies. La
hiérarchie et l’assimilation des officiers du corps de santé colonial
sont identiques à celles du service de santé de l'armée métropolitaine. Aucun
officier du corps de santé colonial ne peut être promu aux grades
correspondants à ceux de capitaine, chef de bataillon et
lieutenant-colonel, s'il n'a accompli, dans le grade immédiatement inférieur,
une période régulière de séjour aux colonie. L'effectif
du corps de Santé colonial a été fixé, par le décret du 1er Juin
1904, à 2 médecins-inspecteurs, 10 médecins principaux de 1re classe,
17 médecins principaux de 2e classe, 78 majors de 1er classe, 167 majors
de 2e classe et 161 aides-majors de 1re et 2e classes, au total 435 médecins. Le
nombre des pharmaciens est de 46 dont 1 principal de 1re classe, 2
principaux de 2e classe, 5 majors de 1ere classe, 19 majors de
2e classe et 19 aides-majors des deux classes. Le
commissariat colonial.
Ce
corps a des attributions identiques à celles de l'intendance dans l'armée
métropolitaine et, en outre, aux colonies, l'ordonnancement et la vérification
des dépenses du service de santé. Sa hiérarchie est la suivante:
commissaire de 3 classe, de 2e classe, de 1ere classe, correspondant à
sous-lieutenant, lieutenant et capitaine; commissaire principal de 3e,
de 2e, de 1ere classe correspondant à chef de bataillon,
lieutenant-colonel et colonel; enfin, commissaire général ou général
de brigade Les commissaires de 3e classe se recrutent parmi les licenciés en droit,
aptes au service militaire, ayant suivi
avec succès, pendant deux ans, les cours de l'École coloniale; parmi les
agents comptables et agents de 3e classe du commissariat et du service de
santé des troupes coloniales âgés de vingt-cinq ans au moins et
trente-cinq ans au plus, ayant pris part à un concours d'admission et
auxquels un cinquième des vacances est réservé; enfin, parmi les élèves
de l'École polytechnique auxquels deux places sont réservées chaque année. Un
quart des places de commissaire de 1ere classe, un cinquième des places
de commissaire principal de 3e classe, peuvent être attribuées
respectivement aux capitaines et aux chefs de bataillon des troupes
coloniales, ou aux agents comptables et agents principaux du service de
santé reçus à la suite d’un concours et remplissant certaines
condition d'ancienneté. Les agents
comptables et les agents du commissariat
Le
corps du commissariat a sous ses ordres des agents comptables affectés
aux magasins et des agents du commissariat employés aux écritures. Leur
hiérarchie est:: agent comptable ou agent de 3e, 2e, 1re classe et agent
comptable ou agent principal. La correspondance de grade est celle des
officiers d'administration dans l'armée métropolitaine. Ces agents se
recrutent parmi les sous-officiers des troupes coloniales ayant satisfait
aux examens de sortie de l'École d'administration militaire. Effectifs
et budgets de l'armée coloniale
Pour
l'année 1905, l'effectif de l'armée coloniale stationnée dans la métropole
a été arrêté à 2123 officiers, 26581 hommes de troupe et les sommes
prévues pour l'entretien de cette armée s'élèvent à 28636694 francs. L’effectif
entretenu aux colonies se monte à 1743 officiers, 21516 hommes de troupe
européens et 47868 soldats indigènes. Les
dépenses militaires du ministère des Colonies ne sont pas inférieures
à 93 millions de francs. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||