Historique du 96e Régiment d'InfanterieImprimerie Berger-Levrault |
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Le
6 août 1914, par une splendide journée, le 96e Régiment
d'infanterie massé sur les Allées Paul-Riquet, à Béziers, saluait son
Drapeau et écoutait avec une émotion patriotique mal contenue la
harangue du colonel Roig ;
celui-ci exprimait en termes vibrants l'enthousiasme d'un
peuple qui se lève pour la cause sacrée. Deux
jours plus tard, le régiment faisait partie de
la 31e D. I. du 16e C. A. débarquait à Mirécourt
(Lorraine) et entrait dans l'armée de Castelnau (Ile.) Prise
de contact. - Rohrbach (17 août 1914). Dès
le lendemain, le 96e entreprend une série de. marches pénibles
par une. chaleur accablante qui cause de nombreux cas d'insolation. Le 9,
il est à Bayon, le 10 à Lunéville et s'établit,
le soir même, en réserve sur la position Bonviller-Champel, face à la
grande foret de Parroy. Au cours de la marche du 10, le général de
Castelnau longeant notre colonne, adresse en patois languedocien, un salut
amical ( « Adissias toutis ») à
ceux qu’il espère conduire de victoire en victoire. Le
canon gronde. dans le lointain et de nombreux incendies projettent sur le
ciel noir de grands reflets rouges. Le
16 août le ruisseau frontière est franchi prés de Vaucourt et les
poteaux striés de noir jetés à terre. Quelle
fierté d'appartenir à cette génération qui foule le sol des chères
provinces volées à la France ! et avec quelle noble ardeur ces braves
soldats courent au combats pour défendre la Patrie aussi traîtreusement
attaquée qu'il y a un demi-siècle. Le
régiment, flanc-garde à gauche de la Division, marche sur Bisping,
travers la contrée de Morhange, parsemée d'étang, de marécages
et de bois. Les détachements ennemis qui, depuis la frontière , se
replient sans combattre s'arrêtent à Rohrbach où le Régiment reçoit
le baptême du feu. Avec
un élan irrésistible, deux bataillons s'élancent. à l'assaut du
village, Drapeau déployé, clairons sonnant et, après un vif
combat, chassent l'ennemi jusqu'aux lisières du bois de Londrefing.
L'artillerie allemande, renseignée par des habitants hostiles, canonne
violemment nos positions, mais ne peut nous chasser du village. Une
centaine d'hommes sont tombés et, avec eux, de nombreux officiers
(Capitaine Laveissière, lieutenant Boluix tués ; commandant Leclerc
capitaine Riols, capitaine Chamerois, lieutenant Minocci : blessés). Le
19 août la VIe armée allemande comprenant de nombreuses troupes bavaroises, a terminé sa concentration et se précipite en avant.
A notre gauche, le 15e C. A. ne peut contenir la poussée de forces très supérieures
; le 96e, non attaqué, reçoit l'ordre de se retirer sur Lunéville.
Seuls, deux officiers blessés, intransportables sont abandonnés à
Rohrbach (Capitaine Chamerois,
lieutenant Minocci). Bataille
de Lunéville (22 août 1914). Aprés
une retraite pénible sous un soleil
de plomb, sur des routes encombrées et
poudreuses, le Régiment arrive à Lunéville, le 21 août,
à 19 heures après avoir exécuté, sans manger
une étape de 50 kilomètres. Céder à l'extrême
fatigue, c'est tomber aux mains de
l'ennemi et nul n'y consent… Le
22, le Régiment est prêt à recevoir l'ennemi qui nous a poursuivis. A 4
heures, un Zeppelin survole Lunéville ; à huit heures, l'alerte est
donnée ; à 9 heures, le 96e se porte à la rencontre de
l'ennemi qui a refoulé nos avant-postes au sud de la forêt de Parroy
(322e R. I.) et aborde Bonviller. Le danger est pressant ; aussi, sans même
attendre l'appui de notre artillerie, deux bataillons, puis tout le régiment
sont lancés à l'assaut du village à travers un terrain découvert,
balayé par de nombreuses mitrailleuses et martelé par une puissante
artillerie. L'ennemi
est un instant bousculé ; le village de Bonviller, en flammes, est enlevé
à la baïonnette, puis reperdu ; à 16 heures, presque tous les officiers
sont tombés. Le colonel Roig a donné à son Régiment le plus bel
exemple de courage et d'abnégation. Blessé au pied, il se fait mettre en
selle et avec le même calme, donne ses ordres et enflamme les
cœurs. Les actes de bravoure sont légion sur cette ligne de tirailleurs
qui fond à vue d'oeil. Quatre soldats de la 7e Cie, voyant un petit
groupe d'allemands s'acharner sur leur chef de section, mortellement blessé,
se précipitent, baïonnette haute, et assomment leurs adversaires. A 17 heures, les débris glorieux du Régiment (6
officiers, 400 hommes), gagnent Bayon, point fixé, par
l'ordre de retraite. Le sacrifice du 96e n'a pas été vain, car l'ennemi,
maîtrisé par nos furieux assauts, arrête un instant sa poursuite et ne
se risque dans la vieille cité Lorraine que longtemps après le départ
des derniers groupes français. Bataille de la Mortagne (25 août, 12 Septembre 1914) Les 23 et 24 août, la réorganisation du régiment
s'effectue à cinq compagnies au lieu de douze. De nouveaux chefs sont
choisis dans la troupe et le 25, avant le jour, le 96e est prêt à
rentrer dans la bataille. Parti
à huit heures de son bivouac de Lorey, il prend position sur l'éperon de
Belchamp qui domine la plaine au sud de la Mortagne. L'ennemi,
grisé par le succès de sa grande offensive du 20 qu'il
compte exploiter, pousse ses bataillons sur la Mortagne pour
gagner la trouée de Charmes et séparer les deux armées de Lorraine
(Dubail Iere et de Castelnau IIe). Son
artillerie lourde n'a pu suivre
l'infanterie, et, surpris par la contre-offensive d'une armée qu'il croyait en déroute, l'ennemi s'arrête. La 32e DI le bouscule à
Rozelieures dans la journée du 25. A 14 heures, le 96e RI reprend sa
progression, talonne les Allemands en retraite et entre à Mehoncourt à
16 heures, y capturant quelques prisonniers. Dans
la soirée, la 61e brigade (81e et 96e) (colonel Dauvin) reçoit l'ordre
de. poursuivre l'ennemi « à fond ». Les
deux régiments tombent dans une embuscade au débouché de la foret de
Lamath. Le 96e, rentré à Mehoncourt dans la nuit reprend l'offensive le
26, bouscule l'ennemi puis, se dirigeant vers l'Est, atteint Morivillers,
s'empare le 29 d'haudonville (faubourg
de Gerbéviller) et borde la Mortagne La
coquette ville de Gerbéviller a été la proie des incendiaires malgré
le dévouement de soeur Julie et les crimes, commis dans la petite cité
sans défense, resteront la honte des régiments bavarois qui y rivalisèrent
de cruauté (5e, 21e, 142e). Le
29, au soir, deux compagnies passent la Mortagne sur des passerelles de
fortune, fréquemment détruites par l'artillerie ennemie, Nos
patrouilles fouillent le bois de la reine qui est occupé dans la nuit. Le
30, les Allemands réagissent très violemment, sur le bois dont la
possession est maintenue par de durs combats au cours desquels le colonel
Dauvin, commandant la brigade, est, grièvement blessé. De
violents orages rendent plus âpres les conditions de la lutte ; nos
braves soldats sont si boueux que le rouge et le bleu de leurs vêtements
depuis longtemps ne se distinguent plus. Ramené sur la rive gauche de la
Mortagne, le régiment harassé, sale, difficilement ravitaillé, se
reforme à douze compagnies en incorporant un renfort de 1.000 hommes
et quelques éléments du 322e R. l. dissous. Reprenant
le
contact de l'ennemi, il accentue sa
pression tantôt au bois de la Reine tantôt en avant du viaduc
de la Hongrie Française. Le
12 septembre, après onze jours de combats sanglants, le 96e reprend son
mouvement en avant, sous les ordres du lieutenant-colonel Boussat. La
victoire de la Marne a ranimé tous les espoirs ; le Boche recule précipitamment. Des
reconnaissances, vigoureusement conduites, harcèlent les arrière-gardes
ennemies, capturent quelques prisonniers et couvrent l'installation des
avant-postes sur la Meurthe dont les ponts sont détruits. Au loin, une
immense colonne de fumée, suivie d'une explosion formidable, marquent la
destruction du fort de Manonviller que, dans sa rage impuissante, l'ennemi
fait sauter en se retirant. Du
13 au 16 septembre, par un travail ininterrompu, nos bataillons organisent
la position conquise sur la rive N.-E. de la Meurthe et cantonnent à
Moncel-les-Lunéville, chaleureusement accueillis par une population qui a
vécu vingt-deux jours sous la botte prussienne. Un
ordre du jour félicite la IIe armée (Général de Castelnau), qui a sauvé
Nancy « à force d'endurance et de bravoure ». Le 18, le 96e fait son
entrée dans la capitale lorraine dont il occupe la caserne du sergent
Blandan. Après
un excellent repos de trois jours, le 16e C. A. quitte l'Armée de
Castelnau et est affecté à l'Armée Dubail. Bataille
de Woevre (22 septembre, 9 octobre 1914). Le
21 septembre, au matin, notre Régiment coquet, plein d'entrain et
solidement encadré, traverse en chantant la forêt de Haye, défile sous
le fort Saint-Michel de Toul, puis se dirige vers le Nord par une pluie
battante. Les
Allemands tentent de s'engouffrer dans le vide que les précédents
combats ont créé entre les deux armées de Lorraine. Les avant-gardes
ennemies se sont arrêtées et installées sur les hauteurs de Beaumont,
Flirey, à la limite de portée des canons de la forteresse. Le 22 septembre, deux compagnies attaquent le bois de la
Hazelle, entouré d'un glacis meurtrier. Malgré de très lourdes pertes,
malgré la fatigue, malgré la pluie, nos éléments progressent par bonds
et se terrent à 100 mètres du bois. La
nuit suivante, deux bataillons tentent par surprise l'assaut de la
position ennemie sur laquelle plane un silence imposant. Le
Boche, alerté, laisse approcher nos
vagues serrées à moins de 30 mètres du bois puis déclanche
le feu terrible de cinq mitrailleuses qui fauchent nos deux bataillons. Le
Régiment reporté sur sa ligne de départ (route de Beaumont à
Bernecourt), s'y réorganise et le 25 au matin, enlève dans un
élan intrépide le bois de la Hazelle, puis le bois de Jury progressant
de plus de 2 kilomètres et faisant des prisonniers. Les
26 27 et 28, de nouveaux combats acharnés se déroulent
pour la conquête du bois de Remiéres, définitivement pris le 28 au
soir. De nombreux officiers sont tombés au cours des rudes journées précédentes
et parmi eux : capitaines Galtier, Gineste (tués) ; Mondielli (blessé) ;
lieutenants Léhona, Talagrand (tués) ; Kreft (blessé). La
lutte se poursuit sans répit les 29 et 30 septembre aux abords du bois de
Remières, face à Saint-Baussant. Quelques progrès sont accomplis à
l'aide de grenades à bracelet et de boucliers. Les éléments de tranchée
se multiplient, se creusent, se relient, se recouvrent. La guerre paraît
changer de forme, le champ de bataille change d'aspect. Dans les premiers
jours d'octobre, quelques prisonniers de la garde sont capturés devant
Saint-Baussant ; toutes les contre-attaques sont repoussées et lorsque,
le 11 octobre, le 96e quitte la Woevre pour de
nouveaux exploits, il lègue à ses successeurs un front solidement élargi
et à la postérité, une belle page d'histoire. "
Yser
" (26 octobre 15 novembre 1914). Le
Régiment embarqué à Toul, va prendre part à cette frénétique course
à la
mer qui se terminera par l'échec sanglant des Allemands au
cours des trois phases de la grande bataille de l'Yser. Le
96e débarqué à Mézy près de Château-Thierry se rend par étapes à
Coeuvres où, pour la première fois, il est embarqué en autobus. Déposé sur
la place du Château, à Compiègne, après quelques jours de
repos, il gagne par étapes Etelfay, s'embarque le 25 octobre à midi, à
Montdidier, sur des plate-formes sans impédimenta, débarque le
26 (4 heures) à Bailleul, est enlevé aussitôt par autobus et déposé
à Ypres à huit heures. Une heure après, nos glorieux soldats, noircis
dans les tunnels, trempés jusqu'aux os, las d'avoir trop chanté pour
affermir la confiance des régions traversées, s'avancent sur la route de
Pilkem pour arrêter les masses ennemies qui, libérées du siège
d'Anvers, déferlent sur la Flandre méridionale pour la conquête des côtes
françaises. Il faut lutter contre des forces trois fois supérieures (5
corps contre 13), L'heure est grave. Le général Foch, chargé de «
coordonner» les efforts, à appelé des troupes d'élite. Deux bataillons
du 96e passent sous les ordres du colonel de Mitry, commandant le Ile
corps de cavalerie, et la 31e division est rattachée provisoirement au 9e
corps. Le général d'Urbal commande le détachement d'armée qui
deviendra bientôt la VIlle armée. Dès le 26, à 16 heures, la lutte est engagée ; le Régiment
attaque, sur la chaussée Bixschootte - Langemarck, dépasse la ligne
tenue par la 10e division territoriale bretonne et progresse, pas à pas,
sur un
terrain coupé de haies, marécageux et violemment battu. Il
est assez difficile de suivre dans leurs multiples assauts nos unités
engagées, souvent isolément, et avec la plus grande souplesse, afin de
« faire du volume ». Les
bataillons, les compagnies, les sections sont jetés dans la mêlée, pour
parer au plus pressé et y parant par l'attaque. Le
29 octobre, le IIe bataillon s'empare du hameau de Wyddendreft et la 5e
compagnie (lieutenant Soulet) capture une centaine de prisonniers. Ce succès
a l'honneur du communiqué officiel. Le 30 octobre, l'ennemi déclanche
une attaque massive, puissamment préparée par l'artillerie. Nos
bataillons doivent défendre leur gain pied à pied, quelques fractions
submergées, complètement dépourvues de munitions, tombent aux mains de
l'ennemi. Jusqu'au
6 novembre, la bataille fait rage. Les Allemands attaquent en formations
serrées, et, malgré leurs pertes effroyables, renouvellent leurs assauts
de jour et de nuit. Leurs
ordres prescrivent de passer
coûte que coûte,
notre consigne est de se faire tuer sur
place plutôt que de céder un pouce de terrain. Nul
n'oubliera les souffrances endurées au cours de ces combats où se mêlaient
la rageuse exaspération et la froide ténacité des adversaires sur un
terrain boueux, dans des tranchées informes, s'inondant par le fonds
comme une barque qui sombre. Nul n'oubliera non plus le martyre
de ce lambeau de Belgique martelé par le vandalisme prussien. Le 9 novembre, après une légère accalmie, tous les
efforts des masses ennemies n'ont pu nous arracher que
morceau par morceau, les gains des derniers
jours d'octobre et au prix de quels sacrifices ! Nos pertes sont sévères
et le 96e doit être retiré des lignes
pour se réorganiser. A peine arrivé au repos, le
10 novembre, un point de la ligne
faiblit et les unités squelettiques se précipitent aussitôt vers la brèche
pour y soutenir les combats les plus acharnés des 11, 12, 13 et 14
Novembre. Le
17, le Régiment est au repos à Boesinghe ; la première des trois phases
de la grande bataille de l'Yser se termine par un échec sanglant pour
l'ennemi, qui va porter ses prochains efforts au sud d'Ypres (La Lys -
Armentières). Après
trois jours de repos, les bataillons du 96e relèvent le 20, prés de
Hooge (château d'Harrenthage) une brigade anglaise. L'ennemi se prépare
à une nouvelle ruée et s'acharne à la destruction de la coquette cité
flamande, dont les richesses archéologique sont déjà émiettées. La
division toute entière défend le secteur de Kruystraat Zillebecke et
entreprend son organisation sous des tirs violents
d'artillerie. L'hiver s’annonce rigoureux et la plaine devient un
immense bourbier. Dans
les premiers jours de décembre, le colonel Ganter remplace
le lieutenant-colonel Boussat, puis, cède lui-même aussitôt
la place au lieutenant-colonel Pouget, le chef qui, par son commandement
éclairé, à la fois énergique et bienveillant, allait produire le 96e
de Beauséjour, de la cote 193 et de Thiaumont. A
cette même époque, le 16e C.A passe sous les
ordres du général Grossetti. Le
régiment occupe successivement divers secteurs autour d'Ypres (Dickebusch
- Zillebecke - Voormezele) et supporte pendant deux mois d'hiver, sans
repos appréciable, les rigueurs d'un secteur « marmité et détrempé
». 1915 - Champagne - Beauséjour (4
mars - 22 août 1915). Le 1er février 1915, la
division, relevée par des troupes anglaises, quitte la Belgique, laissant
aux glorieux frères d'armes (20e C. A. - 9e C. A, fusiliers marins -
troupes anglaises) le souvenir d'un régiment d'élite. Le général d'Urbal
consacre un ordre du jour à la valeur des troupes qui ont
défendu Ypres avec tant d'héroïsme. Le
96e, acheminé sur Amiens, par étapes, y est embarqué le 22 à
destination de la Champagne. Le front est stabilisé de la mer du Nord à
la Suisse et l'effort de l'Allemagne
va se porter sur le théâtre oriental. Une
offensive française est décidée, afin d'alléger le front Russe et
retentir de nombreuses divisions ennemies. Le
96e entre en ligne 4 mars, dans le secteur de Beauséjour,
si improprement nommé, où coloniaux et marocains rivalisent de mordant. L'attaque
de la « Butte du Mesnil » est confiée à la 61e brigade
(colonel Vernet) et c'est là un des plus « gros morceaux »,
de l'organisation ennemie. Les 6 et 7 mars les unités du
Régiment attaquent avec acharnement les
tranchées allemandes, mais il semble que nos efforts
manquent de coordination et que la liaison avec notre artillerie soit
imparfaite. L'ennemi, qui n'a pas été surpris, oppose à nos assauts
fougueux mais dispersés, ses plus vaillantes troupes. Les résultats
obtenus, bien que ne paraissant pas en rapport avec les sacrifices
consentis, sont cependant appréciables. Les fentes nord du Ravin des
Cuisines, le Bois du Mesnil sont en
notre pouvoir et résistent aux furieuses contre-attaques
de la Garde. Parmi tant d'actes de bravoure, chacun se souvient de la
conduite admirable du Père Jésuite, l'abbé Soury-Lavergne,
abordant toujours le premier, la tranchée à conquérir,
ainsi que de la mort glorieuse du capitaine Boyat. Le 8 mars un nouvel effort est tenté ; il
se prolonge jusqu'au 15, sans grands résultats. Les troupes sont lasses,
l'ennemi se renforce et prononce le 16 une contre-attaque impuissante. Le 19, les soldats boueux de Beauséjour quittent les
tranchées pour un repos bien gagné, mais nos successeurs surpris par une
attaque soudaine ont légèrement faibli. Le 96e, rappelé, fait demi-tour
et, le 20, rétablit la situation. Le
22, le Régiment remonte à Beauséjour et entreprend l'organisation du
terrain conquis. De nombreuses lignes blanches sillonnent
bientôt ces collines arides et désolées de la
Champagne, vraiment « pouilleuse ». Nos pertes quotidiennes sont
encore élevées. L'ennemi, qui dispose d'une organisation plus avancée,
d'observatoires dominants, et de nombreux engins de tranchée (« youyou
» - « seau à « charbons » - « tortues » - « tuyaux de poële
», etc...) ralentit nos travaux par un harcèlement continu. Dès
les premiers jours de mai, il inaugure un régime impressionnant de guerre
de mine. Camouflets, contre-mines, luttes acharnées à la grenade pour la
possession des entonnoirs, telles sont les occupations incessantes du Régiment
qui ne se laisse pas « grignoter ». Le
9 juin, le saillant de la cote 196 est envahi par l'ennemi à
la faveur d'une surprise. Il en résulte les âpres combats
des 10, 11, 12 juin, au cours desquels nos contre-attaques rétablissent
presque intégralement la situation. Malgré les pertes journellement élevées,
le Régiment poursuit jusqu'au 22 août l'aménagement
du secteur. Dans
les premiers jours de septembre, le 96e est au repos à Dommartin-sur-Yèvre
- Bussy-le-Repos - Vanneau-le-Chatel - Noirlieux, cantonnement agréables
dans lesquels de gentilles fêtes agrémentent le séjour
et rompent la sévérité d'un entraînement intensif. Champagne
(25 septembre - 8 octobre 1915). Le
16e.CA est, en effet, destiné à
participer à l'offensive de grand style que le commandement prépare sur
un front étendu
de Champagne avec des moyens d'une puissance
exceptionnelle Après l'enlèvement
des premières positions ennemies (25 et 26
septembre) le Régiment est engagé le 27 sur la fameuse
tranchée de la Vistule. Par
suite de l'inefficacité
des tirs d'artillerie sur cette ligne à contre-pente, et de la présence
de réseaux de barbelés défiant la cisaille, le
superbe élan de nos unités est brisé. Arrêtés par des défenses accessoires intactes, mitraillés sans répit, nos
tirailleurs dont presque tous les officiers sont tombés, s'accrochent au
terrain et tentent un suprême effort, qui leur donne la route de Somme-Py
à Tahure ; puis, un élément de la tranchée Vistule. De nombreux traits
d'héroïsme pourraient être cités : Le capitaine Audrain est frappé à
mort dans les réseaux ennemis qu'il veut personnellement reconnaître
avant de lancer son bataillon à l'assaut. Son ordonnance, le soldat Azaïs
au mépris de la plus violente fusillade, s'élance et ramène seul, le
corps de son capitaine. Le
caporal Hénin blessé mortellement, refuse de se laisser emporter,
exhorte ses hommes et meurt dans un dernier élan vers l'ennemi.
Le sous-lieutenant Swaenepoel, mortellement atteint en avant de sa
section, s'écrie en tombant : « Je vais mourir, ce n'est rien,
vengez-moi ». De nombreux chefs sont hors de combat et parmi eux :
les chefs de bataillon Comes, Chamoussey, Raynal (le futur défenseur du
fort de Vaux), les capitaines Cougnenc, Berthod, Audrain, les lieutenants
Daguerre, Chabanel, de la Barre. Les
attaques, reprises du 5 au 10 octobre apportent une nouvelle preuve de
l'endurance et du dévouement de ce beau Régiment qui rivalise d'ardeur
avec les meilleures troupes de France. Le
31 octobre, le 96e, passé momentanément aux ordres de la 32e
division, est désigné pour l'attaque de la Butte de Tahure devant
laquelle les efforts précédents sont restés vains. En quelques heures,
le Bois des Mures, situé au sommet de la Butte, est enlevé et l'ennemi
chassé de sa position laisse entre nos mains plus de 100 prisonniers.
C'est là que le commandant Genet, armé du fusil, coiffé de
la calotte d'acier en usage part en tête de son bataillon la baïonnette
haute et s'écrie : « Allez, braves gens, n'épargnez
pas ces immondes boches ! ». L'organisation
du secteur est activée pendant le mois de novembre.
Les rigueurs de l'hiver qui approche viennent ajouter à la désolation de
ces collines blanchâtres, hérissées de petits
bois déchiquetés par la mitraille. Les bois du Paon, de
la Savate des Perdreaux resteront célèbres à la mémoire
de ceux qui y subirent les gaz toxiques et les violents bombardements
nocturnes. Aussi célèbres resteront les bourbiers
profonds du
Voussoir, du Trou-Bricot, de la Maison
Forestière où s'enlisent attelages et caissons. Du
7 au 24 décembre, le Régiment repousse quelques attaques locales et
maintient ses positions. Le
24, le 96e quitte enfin l'austère aridité et les horizons désertiques
de cette Campagne « Pouilleuse » qui, durant dix mois, a été; le théâtre
de ses exploits ; mais c'est avec une douloureuse émotion que le régiment
défile, une dernière fois, devant les cimetières de Laval, de
Saint-Jean, de Somme-Tourbe, où des centaines de camarades reposent en
paix sous de modestes croix blanches avec cette simple et glorieuse épitaphe
: « Mort. pour la France ». 1916. Après
quelques semaines de repos dans la région du nord
d'Epernay, le 96e se rend par étapes au camp de Ville-en-Tardenois, exécute
plusieurs manœuvres dirigées par le général Grossetti, fait un
deuxième séjour aux environs d'Epernay (Hautviller -
Romery), puis se dirige sur Fismes, où il cantonne dès le 22 février. La
bataille de Verdun est
déchaînée et captive l'attention du monde
sur un duel que le Konprinz croit décisif. Le
96e est affecté, à la réserve de la Ve armée (général Franchet d'Espéray)
et exécute quelques rocades sur la ligne Soissons-Reims sous une pluie
glacée. Le
Bois des Buttes (20 - 30 avril 1916). Le
14 mars, deux bataillons (1er et 2e) sont envoyés dans le
secteur de Berry-au-Bac pour y constituer une réserve en
arrière du bois des Buttes qu'un coup de main hardi a ravi à la 55e
division. Le 3e bataillon exécute des travaux de défense dans la région
de Paars. Les
unités, mises à la disposition de la 55e
D I, participent les 25,26 et 27 avril à une puissante action sur le Bois
des Buttes et occupent les secteurs de Beaumarais, du bois Franco-Boche
que l'ennemi inonde de projectiles. Cinq officiers tués et 100 hommes
hors de combat, telles sont les pertes de ces quelques journées
d'invitation. Le
20 mai, le Régiment rassemblé prend possession du secteur de Chassemy au
confluent de l'Aisne et de la Vesle. Nul
n'oubliera le tranquille repos goûté jusqu'en première ligne ; sous
ces, grands bois touffus, tapissés de muguet, de fraises et si peu
battus. Mais
le 96e ne peut rester à l'écart de la gigantesque lutte qui doit
immortaliser l'énergie du soldat de France. Relevé le 5 juillet par des
territoriaux, le Régiment gagne le camp de Ville-en-Tardenois et en
quelques semaines d'un entraînement bien dosé, sous la vigoureuse
impulsion du colonel Pouget, retrouve sa forme des grands jours. Le 26
juillet il se présente impeccable à l'inspection du général Nivelle
aux abords de la ferme des Marchines. «
Je compte sur vous » dit le général Pétain aux officiers rassemblés
dans les ruines de Pretz-en-Argonne, et leurs regards fermes sont une éloquente
réponse. Verdun (31 juillet - 9 août 1916). Le
30 juillet le 96e à les honneurs de la « voie sacrée » sur laquelle
des camions poussiéreux emportent nos soldats confiants et résolus vers
la plus grande mêlée de l'histoire. L'heure est critique. Autour de la
citadelle se resserre l'étreinte du Boche qui a réussi à faire
tomber la côte Froideterre. Thiaumont,
les abords de Fleury. Le
31 juillet, le 1er bataillon, sous des barrages impressionnants,
s'accroche à la
côte Froideterre et, par trois fois, attaque la tranchée
des trois arbres dans le ravin des Vignes. Les pertes sont sérieuses. Le
1er août, une contre-attaque ennemie s'empare par surprise de la redoute
PC 139, où il capture un de nos petits groupes avec le lieutenant Laborde
; mais celui-ci, profitant du trouble causé par notre bombardement
assourdissant assomme ses deux gardiens et rejoint nos lignes dans
la journée. Le
2 août après une préparation soignée, la 3e compagnie et une fraction
de la 5e s'emparent de la fameuse tranchée qu'elle trouvent remplie de
cadavres et y capturent une cinquantaine de prisonniers. L'ardeur
déployée par le 96e attire les félicitations du général d'Infreville,
à la division duquel nous sommes momentanément rattachés. Pendant
la nuit, sous un feu d’enfer, un
nouvel assaut est préparé. A l'aube du 3, il se déclenche
irrésistible et donne à nos glorieux « Poilus » la ligne Dépot-Batterie,
ainsi que de nombreux prisonniers. A 18 heures, la ligne ennemie est
rompue, désorganisée, l'ouvrage de Thiaumont, un monceau de pierres émiettées,
est enlevé par la 7e compagnie (capitaine Lemaire). La nuit, seule, arrête
nos progrès. Dès
20 heures, l'artillerie lourde allemande écrase avec une fureur
croissante, le champ de bataille déjà chaotique, sur lequel nos
tirailleurs sont tapis, par trois, par quatre, dans d'énormes trous
d'obus. Le
4, au petit jour, des troupes ennemies, fraîches, se précipitent sur nos
trois bataillons épuisés qui se raidissent sous le choc et fusillent
l'ennemi à bout portant. Le commandant Riols est tué, revolver au poing,
le capitaine Bièche tombe sur ses pièces, mortellement atteint. Nos
voisins de droite cèdent sous la formidable poussée et le 96e pour éviter
un enveloppement certain, doit se reporter sur soit objectif primitif, la
ligne Dépot-Batterie. A
droite, le village de Fleury, complètement rasé, est aux mains de
l'ennemi ; à gauche, malgré l'avalanche de gros projectiles, les débris
des 5e, 6e, 7e et 11e compagnies conservent sans faiblir
Thiaumont et son saillant. Le
4 au soir, une trentaine de survivants lèguent au 81e (3e
bataillon) les glorieuses ruines de l'ouvrage, si brillamment conquises. Dans
la matinée du 8 août, le bombardement devient
effroyable et Thiaumont succombe. De nombreux
officiers sont tués au cours de ces combats acharnés : les commandants
Faure, Riols ; les capitaines Coignard, Fournery ; les lieutenants Caubel,
Le Coutour sont glorieusement tués ; les blessés ne se comptent plus. Malgré
les pertes les plus cruelles, le Régiment résiste à l'assaut furieux
des masses ennemies que les mitrailleuses de l'adjudant Bonnafous fauchent
sans arrêt. Grâce à l'action énergique de ce brave, l'attaque est
rompue. La
tâche du 96e est terminée, Une des plus belles pages, de gloire vient de
s'ajouter à son Livre d'or et le général Joffre en décorant
notre Drapeau de la croix de guerre la résume ainsi : « Régiment qui, sous les ordres du lieutenant-colonel
Pouget, s'est constamment distingué depuis le début de la campagne par
son allant et sa belle tenue eu toutes circonstances. A fait preuve,
pendant la période du 2 au 4 août 1916, d'un mordant irrésistible et
d'une ardeur persévérante en enlevant à la baïonnette deux positions
successives bien organisées et fortement défendues, gagnant sur un front
de 800 mètres, une profondeur de 1000 mètres de terrain, faisant en deux
jours 500 prisonniers et prenant 8 mitrailleuses. » (Ordre
Général de la Ile Armée n° 358 du 25 août
1916.) Argonne
(6 septembre - 17 décembre 1916). Recomplété
à Villotte devant Saint Mihiel à l'aide de jeunes soldats et d'éléments
du 322e
R I, dissous pour la deuxième fois; le 96e peut affronter de
nouvelles luttes. Après
le grand repos très apprécié de Villotte, les bataillons sont enlevés
le 6 septembre en autobus et transportés en Argonne, où le secteur sévère
de la Fille-Morte leur est confié. Pendant trois mois, le Régiment
revit, dans la grande forêt cette guerre décevante de mines et de bombes, dont Beauséjour
lui a laissé un mauvais souvenir, La
position avancée de la Fille-Morte semble n'avoir jamais été
plantée d'arbres tant le sol y est bouleversé ; les
photographies d avions donnent de ces
lieux un véritable aspect lunaire. Les
épisodes de Champagnes se renouvellent journellement, mines aux
entonnoirs de grandeur prodigieuse, camouflets, contre-mines, combats à
la grenade. Particulièrement
violentes furent les mines des 25 septembre, 20 et 28 octobre, 10 novembre
et 3 décembre 1916 Le
14 novembre, le caporal Fontan dont la bravoure et le dévouement sont déjà
légendaires au Régiment, descend dans un entonnoir quelques minutes après
l'explosion et, froidement, sous le nez du Boche, enlève successivement
les cadavres de deux camarades à moitié ensevelis. Un tout jeune
caporal, Catalifaud, s'offre spontanément pour retirer d'une galerie de
mine deux sapeurs qui étouffent dans les gaz. Le
lieutenant-colonel Pouget, nommé au commandement d'une I.D, fait ses
adieux au Régiment le 12 septembre. Quoique fiers de l'avancement qui échoit
à leur chef, si estimé, tous les combattants du 96e
regrettent le départ de celui qui, depuis vingt mois, a façonné et
entretenu avec tant de soins, l'heureuse mentalité de son Régiment. Vauquois
- Hiver 1916 (17 décembre - 18 janvier). Le
96e, relevé le 17 décembre, opère un glissement vers l'Est et occupe le
secteur situé entre l'Aire et la forêt de Cheppy. L'activité des
adversaires se borne à quelques combats de patrouilles et à une
lutte acharnée contre l'eau et la boue qui envahissent nos
tranchées, malgré les efforts les plus persévérant. Les
abris, même légers, n'existent pour ainsi dire pas ; aussi, nos
pionniers, dont l'activité est inlassable, se
mettent ils à l'ouvrage le jour, la nuit par tous les temps. Grâce â
l'intelligente et pratique impulsion de l'officier pionniers
(Lieutenant Fornairon) il n'y a plus un homme sans abri
lorsque le régiment quitte la vallée de l'Aire (18 janvier). Cote 304 - Avocourt. Après
plusieurs étapes, le Régiment commandé par le colonel Bigeard,
s'installe dans les baraques du Camp Davout près de Nixeville, pour
quatre. jours de repos. Le froid est devenu si vif que les hommes luttent
jour et nuit coutre l'engourdissement. Le thermomètre descend à 22
au-dessous de zéro le 4 février. Ce
même jour, un magistral coup de main,
exécuté par un « Stosstruppen » de la garde prussienne, au sommet
de la cote 304, anéantit complètement le bataillon chargé de la défense
de cette célèbre colline. Le 96e, mandé aussitôt, accourt et occupe le
secteur mouvementé (IIe et Ier bataillon).
Le 3e bataillon est détaché au réduit d'Avocourt. La
température est si basse que le pain et le vin sont gelés. Des arbres éclatent
comme frappés par la foudre, le sol se transforme en glace sur une
profondeur de 40 centimètres. Malgré
les intempéries, les CM1 et CM2 restent vingt cinq jours en première
ligne et poursuivent, au milieu des plus grandes difficultés,
l'organisation de la défense par mitrailleuses. Dans
les derniers jours de février, un nouveau glissement vers l'Est amène le
Régiment sur les pentes sud du Mort-Homme, dont les deux sommets sont,
pour l'ennemi, des observatoires de premier ordre. Le secteur, au nom
sinistre, est à peine habitable et le dégel transforme en ruisseaux de
boue les tranchées ruinées où toute circulation est impossible de jour. Deux
mois après, grâce au travail méthodique de nos pionniers, aidés par
quelques sapeurs du génie, nos corvées circulent à toute heure sans
pertes appréciables. Le
colonel Bigeard s'est dépensé sans compter et ne peut résister aux
fatigue de la mauvaise saison, il quitte à regret le 96e qu'il aimait
tant et dont
il avait si rapidement conquis l'estime
et l'affection. C'est
à son successeur, le lieutenant-colonel Caré que reviendra, trois mois
plus tard, l'Honneur de conduire le Régiment à son
plus glorieux exploit sur ce même massif du Mort-Homme que nos soldats équipent
sans relâche, L'ennemi
manifeste une certaine inquiétude et lance
quelques Stosstruppen dans nos lignes. Leurs
tentatives des 18, 28 et 31 mars et 9 juin sont victorieusement repoussées
malgré une véritable débauche de " Minens » et d'obus. Le
sous-lieutenant Bonnafous de la CM2, le mitrailleur de Verdun, poursuit
avec un harcèlement féroce qui le rend populaire jusque dans les tranchées
ennemies. Le
28 juin, par une violente et soudaine attaque, précédée d'un furieux bombardement et appuyée
par des lance-flammes, les Allemands s'emparent à notre gauche de la
fameuse cote 304. Le
même soir, un détachement ennemi, après une courte préparation par
engins de tranchée, pénètre dans notre ouvrage de la Croix-de-Fontenoy,
enlève quelques hommes à l’une de nos compagnies et s'installe dans un de
ses postes avancés. Par cinq fois, nos contre-attaques chassent l'ennemi
qui, après chaque succès, écrase nos assaillants sous une pluie de
bombes. Les pertes sont sérieuses, mais le combat ne prend fin que
lorsque nos poilus ont marqué un succès en portant leur barrage à
proximité du poste adverse. Au cours de cette opération le sergent Pla
se précipite sans souci du danger dans l'ouvrage ennemi, enlève un
prisonnier de vive force et le ramette dans nos lignes. Conquête
du Mort-Homme (20 août 1917). Après
dix mois d'occupation de ce secteur tourmenté, le 96e est transporté à
Fains, véritable nid de verdure situé à quelques Kilomètres de
Bar-le-Duc. Les distractions sportives, artistique et champêtres
alternent judicieusement avec un entraînement progressif en vue d'une
importante opération offensive. Il
n'est un secret pour personne que le régiment est désigné, ainsi que
ses frères d'armes de la Division, pour la conquête du Mort-Homme, à
laquelle chacun se prépare avec ardeur. Plusieurs répétition de
l'attaque sont exécutées sur des terrains choisis et aménagés à
l'image de celui qui sera notre réel
objectif. L'état-major du 2e bataillon poussa la minutie de la préparation
jusqu'à faire modeler en terre glaise (lieutenant Mittler) une miniature
du Mort-Homme, sur laquelle toutes les tranchées ennemies et le fameux
tunnel du Konprinz sont représentés. Pas un détail des différentes
phases de l'attaque n'est livré au hasard. Le
20 août, à 4h40, le 96e lance à l'assaut du massif avec la certitude du
triomphe, ses trois bataillons échelonnés en profondeur.
Malgré une violente contre-préparation par obus toxiques, le 2e
bataillon qui est en tête, enflammé par l'exemple de son
chef, le commandant Escarguel, dont la bravoure est légendaire à la
division, submerge la position ennemie et s'empare du tunnel du Konprinz
dont la sortie Nord s'est effondrée sous nos obus de 400. Des combats
acharnés se déroulent pour la maîtrise des nombreuses sorties intermédiaires
de l'immense galerie souterraine, farcie de Boches. Le sergent Méchin est
glorieusement tué à t'attaque d'une de ces sorties. Le caporal Arnou,
les adjudants Huet et Serrat soutiennent des corps à corps épiques à la
grenade ou au pistolet. Le
capitaine Lacaze, les lieutenants Bordas-Larribe, Bonnaure, Bonnevialle,
Bonnafous sont glorieusement tués. Grâce
à l'autorité et au sang-froid du commandant Escarguel la reddition de la
garnison du tunnel s'effectue sans incident, livrant plus de 500
prisonniers. Le
3e bataillon (commandant Pebay) à son tour, franchissent la ligne
atteinte par le 2e, s'élance vers un objectif plus lointain
et s'en empare après un combat mené avec ardeur par la compagnie
Vancoppenolle. A midi, le 96e a progressé de deux kilomètres et capturé
plus de 800 prisonniers, ainsi qu'un matériel considérable. Il a enlevé
à l'ennemi tout le massif du Mort-Homme avec ses observatoires,
interdisant ainsi toute tentative d'un nouvel investissement de
Verdun par l'ouest. Les
Allemands, battus, tentent en vain quelques contre-attaques avec les débris
de plusieurs régiments, mais nos braves soldats, enthousiasmés par leur
éclatante victoire, conservent aisément le terrain conquis. Sur
le champ de bataille même, des récompenses sont remises
aux glorieux combattants ; Le commandant Escarguel, déjà officier de la
Légion d'honneur pour faits de guerre, reçoit la palme, le capitaine
Cullier et le lieutenant Vancoppenolle sont faits chevaliers de la Légion
d'honneur, l'adjudant Serrat, le sergent Cancilliéri, le soldat Héral reçoivent
la Médaille militaire. Pour
sa brillante conduite dans la bataille, le 96e est cité à l'Ordre de
l'Armée avec le motif suivant : «
Le 96e régiment d'infanterie, le 20 août 1917, sous les ordres de son
vaillant chef, le lieutenant-colonel Caré, a enlevé dans un élan irrésistible
tous les objectifs qui lui étaient assignés, sur une profondeur de 2
kilomètres emportant de haute lutte des positions extrêmement fortes et
s'emparant d'un important tunnel qui servait de place d'Armes à son
adversaire ; a brisé, le soir, sur les positions conquises, deux
violentes contre-attaques de l'ennemi. A fait au cours de cette opération
prés de 900 prisonniers dont 13 officiers, pris 7 minenwerfers, 28
mitrailleuses et un matériel de guerre considérable. » (Ordre
Général de la IIe Armée n° 960 du
20 septembre 1917.) Le 30 le Régiment relevé, est transporté dans ses
anciens cantonnement à Fains, où lui est réservé l'accueil le plus
chaleureux. Peu
de jours après, le 96e embarque à Revigny (5 septembre) à destination
de Lure. Au cours de l'embarquement nocturne, des avions ennemis
bombardent le train du 3ebataillon, à la faveur d'un brillant clair de
lune, tuant ou blessant 15 hommes et 30 chevaux. Le
26 septembre, devant la division rassemblée, le 96e reçoit du général
Pétain la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre, juste récompense
de sa vaillance et de ses efforts. A l'issue de cette cérémonie,
le généralissime accroît encore le tribut d'honneur offert au drapeau
du Régiment en déclarant aux officiers réunis « qu'il tient la
division pour une des meilleures de l'armée française ». Alsace
(9 octobre 1917 - 27 mars 1918). Le
5 octobre, le Régiment quitte ses agréables cantonnements de Gouhenans,
des Aynans et se dirige par étapes vers l'Alsace. Le 9, il traverse l'ancienne
frontière sur la route de Rougemont à Massevaux. Un mois de repos a
suffi pour rendre aux vainqueurs du Mort-Homme leur forme et leur entrain, D'ailleurs
la quiétude des secteurs d'Aspach, de
Michelbach, de Guewenheim, de Burnhaupt qu'occupent successivement nos
bataillons n'est que rarement troublée par un bombardement
ou un coup de main. Les journées du 28
novembre au 5 décembre sont cependant mouvementées ; l'ennemi,
craignant une attaque sur le Kahlberg, exécute de violents tirs de
contre-préparation qui causent de nombreux dégâts mais peu de pertes. Néanmoins
cette alerte a fait ressortir l'insuffisance de l'organisation de cette
partie du front d'Alsace et, dès le 15 décembre, tous les effectifs
disponibles complètent les deuxièmes lignes et ébauchent une position
d'arrêt. Les
jours de repos passés a Ramersmatt, Sentheim, Soppe, les visites à
Thann, Massevaux,
les excursions du Rossberg, celle du lac de Sewen dans la vallée de la
Doller, les tonalités ravissantes des grands bois de sapins, semés de
taches claires ou dorées, resteront pour nous un des plus agréables
souvenirs de la guerre. Après
quelques semaines de repos à Giromagny, le Régiment
embarque le 31 mars à Champagney, près de Belfort. Bataille
des Monts de Flandre (29 avril – 15 mai 1918). Depuis dix jours, la
grande offensive ennemie de printemps est déclenchée. Les Allemands, débarrassés
du
théâtre oriental par la défection russe, ont rassemblé
une masse de divisions solidement entraînées pendant l'hiver et les
lancent furieusement à l'attaque au point de jonction des armées françaises
et britanniques, en direction de Compiègne. Ils
espèrent un succès décisif et la presse d'Outre-Rhin affirme à grand
fracas que rien ne saurait arrêter les soldats d'Hindenburg, ni sauver la
France du désastre. Le 1er avril, le 96e
débarqué à Estrées-Saint-Denis
(Oise), fait partie du GAR, (groupe d'armées de réserve). Après un succès
important sur la droite des armées anglaises (Ve Armée), la poussée
allemande, endiguée, puis maîtrisée, se transporte plus au nord et
s'exerce en direction d'Amiens, même échec. Nouvel effort vers Bailleul,
sans plus de résultat. Le 96e a suivi parallèlement au front le déplacement
des masses ennemies qui paraissent gagner la Flandre méridionale. Le
13 avril, le Régiment quitte Liancourt, traverse au milieu d'un flot de
camions Beauvais, Amiens, Fruges, Arques, et débarque, non loin de
Cassel, en arrière de la ligne, des Monts, à l'assaut desquels se ruent
les hordes du grand duc Albert. La
situation est grave ; le mont Kemmel, sentinelle avancée, de la ligne des
Monts (Mont Sharpenberg, Mont Rouge, Mont Vidaigne, Mont Noir, Mont des
Cats), perdu le 25 avril, devient pour l'ennemi un observatoire précieux. Arrivé
le 28, alerté le 29 au matin, le 96e reçoit à midi l'ordre de «
contre-attaquer l'ennemi qui a pris pied sur les pentes des Monts Rouge et
Vidaigne », Au cours de la marche d'approche, l'ordre d'attaque est
remplacé par un ordre de relève pour la nuit suivante, prescrivant de «
profiter de l'opération pour élargir le front ». Arrivés
à minuit sur un terrain complètement inconnu, dépourvu de toute
organisation et dont les défenseurs ont été à peu prés anéantis, les
1er
et 2e Bataillons (commandants
Clavet et Latil) attaquent droit devant eux à 2 heures. Grâce à
l'exemple magnifique des chefs et à l'ardeur de leurs hommes, la route
Bailleul Locre est dépassée. La compagnie Haon enlève de haute lutte trois
mitrailleuses et capture 20 prisonniers, le soldat Maurette, abordé par
un groupe de quatre Allemands, en tue un et force les trois autres
à rejoindre nos lignes. Au cours de ces combats acharnés, se distinguent
particulièrement le sous-lieutenant Huchard, le lieutenant Dufour, le
sergent Olivier. Malgré
trois attaques successives conduites avec le même entrain, sous un
pilonnage indescriptible, le bois Long ne peut être atteint et les pertes
sont particulièrement lourdes. La
plupart des officiers sont hors de combat (capitaine Lesseur, lieutenant
Dufour, capitaine Vigneron (blessés) ; lieutenant Girardel (tué) ;
lieutenant Régnier (tué) ; lieutenant Peyre, capitaine Haon, lieutenant
Thibault (blessés) ; Desprès (tué). Au
dire des combattants qui les ont vécues, ces journées comptent parmi les
plus terribles de la Grande Guerre, Momentanément
relevé le 3 mai de la 1ere ligne, le Régiment la réoccupe
le 12 et réussit par un travail acharné, au prix de lourdes pertes, à
ébaucher l'organisation défensive des Monts que la ténacité de nos
glorieux « poilus » a interdits à l'ennemi. Une fois de
plus, le 96e s'est montré digne de son brillant passé. Relevé
le 16 mai, le Régiment est transporté à Gravelines dont la paisible
population fête généreusement ceux qui ont si noblement défendu ses
foyers. Dix jours plus tard, les unités transportées en Lorraine, par
voie ferrée, débarquent à Einvaux, et, après quelques jours de repos
sur les bords de la Meurthe (Damelevières - Rosieres-en-Salines) vont
occuper le secteur d'Hoeville, face à la grande forêt de Bezange. Lorraine
(4 juin - 21 août 1918). La
Loutre Noire, aux rives marécageuses, sépare nos ligues des avant-postes
ennemis. L'existence est douce dans ce secteur calme, et presque entièrement
recouvert par les forêts de Ranzey et de Sainte-Marie. La présence de
ces grands bois facilite les travaux d'organisation de la positon. Les
bataillons en ligne manifestent cependant leur esprit offensif par des
coups de main journaliers. De jeunes officiers se distinguent à
la tête de ces opérations hardies et
parmi eux les lieutenants de France, Baugier, Dubourdieu, Catalifaud. Au
repos, non loin des lignes, à Réméréville et à Hoéville, de petites
séances cinématographiques ou théâtrales rompent la monotonie de nos
occupations. L'offensive
ennemie du 15 juillet est magistralement enrayée et déjà, le général
Foch esquisse une riposte qui permet tous les espoirs. Depuis le 8 août
les Allemands battus chancellent et perdent du terrain. Ailette (Plateau de Moyembrie). Relevé le 21 août, le 96e, embarqué,
à Einvaux sur le théâtre même de ses premiers exploits, est transporté
à Nanteuil-le-Haudouin, puis, traversant le champ de bataille encore tout
fumant de la contre-offensive victorieuse (Villers-Cotterets - Coeuvres
– Vic-sur-Aisne) gagne le plateau de Nouvron-Vingré. Déposé en plein
champ, le Régiment se rassemble aux abords des ruines du village, dont
l'emplacement n'est plus indiqué que par une grande tache blanchâtre, et
après une petite étape, bivouaque à Morsain. Aux
payages verdoyants de la Lorraine succède, sans transition, l'étendue
aride des Plateaux tabulaires du Soissonnais, coupés de failles profondes
aux parois abruptes et seules garnies de verdure. Le
4 septembre la division, qui fait partie de l'Armée Mangin
(Xe Armée), relève la division marocaine vers Crécy-au-Mont.
Le 96e, placé en réserve, opère de nombreuses translations en arrière
de la ligne de feu. Le
26 septembre, le Régiment prend possession du secteur de Moyenbrie, à
l'est des ruines de Coucy-le-Château, face au massif boisé
de Saint-Gobain, la puissante charnière de la ligne Hindenburg. Bousculé
en Champagne, enfoncé dans la Somme, l'ennemi devra abandonner bientôt
devant nous la haute forêt de Coucy si puissamment organisée. Afin de
suivre minute par minute les intentions de nos adversaires, de fréquentes
et téméraires incursions sont exécutées, parfois en plein jour, sur le
front du régiment devant Bassole-Aulers, Aulers, La Croix-de-Bois. Le 28
septembre, le lieutenant Plaisir réussit une très belle opération
capturant 20 prisonniers et une mitrailleuses. Le
général Mangin félicite le régiment pour l'activité qu'il déploie
dans son secteur. Le 12 octobre, pressé de tout part,
l'ennemi lâche pied, talonné par nos
bataillons qui se lancent à sa poursuite et traversent de nuit la
foret de Saint-Gobain au milieu des pires difficultés. Les
Allemands ont méthodiquement préparé Lleur retraite. Les routes, coupées
par d'énormes entonnoirs de mine, sont de plus, obstruées en pleine forêt
par de grands arbres
soigneusement abattus. Des pièges de toute nature sont semés sous nos
pas (obus amorcés, mines à retard, effondrements, etc..). Surmontant
tous les obstacles, le Régiment débouche de la foret de Saint-Gobain à
l'aube du 13 et découvre la vaste
plaine de Laon. A
11 heures, le chef de bataillon Escarguel, officier supérieur
adjoint au chef de corps, guidant les éclaireurs du 3e bataillon, entre
à leur tête dans Crépy-en-Laonnois, dont les habitants, ivres de joie,
ont peine à croire une si prompte délivrance. Quelques Boches, cachés
dans les granges, nous sont amenés par des enfants. Dans
la nuit du 13 au 14, malgré de très violentes rafales de mitrailleuses,
Vivaise est dépassé. Le Régiment qui ne cesse d'être en flèche marque
un temps d'arrêt devant Chéry-les-Pouilly qui est enlevé le 15 par le
bataillon Pebay (IIIe), dont les éléments avancés poussent jusqu'au
contact de la Hunding-Stellung
très fortement organisée et enlèvent deux mitrailleuses. Le
raid, qui en quarante-huit heures a conduit nos unités de Moyembrie à Chéry-les-Pouilly,
restera mémorable. L'artillerie et le ravitaillement n'ont pu traverser
la foret de Saint-Gobain et nos soldats, courbés sous le poids de leur «
barda», de leurs mitrailleuses, oublient la faim, surmontent la fatigue
parce qu'ils courent sus à l'ennemi. Du
15 au 22, l'ennemi réagit violemment et cause quelques pertes au
bataillon Soulet (IIe) qui, le 22, à l'aube, constatant un nouveau repli
de l'ennemi, se lance à sa poursuite. Bien qu'en flèche sur le front de la
division, il franchit d’un bond, sous le feu, les larges
réseaux et les tranchées bétonnées du Bouc et du Nez, s'empare du
village de Chalandry, passe la Souche sur des fascines et traversant un
glacis de 1000 mètres sous une grêle de balles de mitrailleuses, atteint
la Serre qu'il borde par son élément de droite, à 10 h, 15. A la suite. de
cette opération le commandant Soulet qui, depuis la forêt de
Saint-Gobain enlève si crânement son bataillon, reçoit sur le champ de
bataille, dans Chalandry, croulant sous les obus, la croix de la Légion
d'honneur. Le
24, les sapeurs du capitaine Borello, en
coopération avec Ia 3e compagnie,
lancent, malgré un feu meurtrier, une première passerelle sur la Serre.
Au prix d'efforts héroïques, le lieutenant Ribes fait passer ses hommes,
un à un, sur la rive nord. Le 24, en fin de journée, la 3e compagnie
entière a franchi la rivière. Ce sont les premiers éléments de la
Division touchant la rive nord « Honneur à l'officier et aux soldats qui
ont ouvert le passage de la Serre », écrit le 30 octobre notre général
de corps d'armée (Général Deville). Les
passerelles sont multipliées grâce à la résistance de la 3e compagnie
que l'ennemi canonne sans répit. Le
25, à l'aube, la 1ere compagnie s'empare par
surprise du pont détruit 66 et pousse une patrouille jusqu'à Crécy-sur-Serre.
Elle capture ainsi plus de 80 prisonniers et 7 mitrailleuses. Une
contre-attaque ennemie, forte d'un bataillon, débouchant de Crécy par la
rive sud de la Serre, coupe nos éléments avancés qui n’évitent
l'encerclement qu'en passant la rivière à la nage. Le
lieutenant Bécherelle se distingue particulièrement dans cette opération. Le
26, la 10e compagnie rétablit notre tête de pont et l'élargit jusqu'au
pont 66. Crécy tombe le 27. L'ennemi va abandonner la Serre. Depuis le 24
ses obus à ypérite inondent la vallée et Chalandry de gaz toxiques, traîtreusement
invisibles. Le
Régiment qui a si souvent bravé la mitraille et défié les plus furieux
assauts, fond rapidement sous le poison. Privé
de son colonel, de ses chefs de bataillons, d'un grand nombre d'officiers
et des trois quarts de son effectif, le 96e, engagé
sans répit depuis deux mois, continue le combat. De
leur propre initiative, les débris des bataillons en ligne accentuent
leur pression sur l'ennemi qui faiblit à nouveau, puis lâche pied. L'ordre
de relève du 27 octobre surprend nos tirailleurs en pleine poursuite, à
plus d'un kilomètre sur la rive nord de la Serre. Le
Régiment, retiré du combat, dans les premiers jours de novembre
est transporté dans le Multien (Acy-Rosoy), où il apprend la
capitulation de l'Allemagne le 11 novembre 1918. Après
plus de quatre ans de luttes héroïques, le 96e régiment
d'infanterie de Béziers peut avec fierté jeter un regard en arrière.
Son glorieux Drapeau a parcouru tous les champs de bataille de la Mer du Nord à la frontière suisse. Il est sorti de
chaque épreuve anobli par la vaillance et le sacrifice de ses braves
soldats. Au
milieu de l'allégresse générale, notre pensée va pieusement vers ceux
qui sont morts pour la France et qui resteront les plus nobles artisans de
sa gloire. |