8eme régiment de marche de tirailleurs de la 38e DI

(d'aprés "L'Armée Tunisienne" Commandant R.DREVET, 1922, Weber Editions)

Le regiment de Marche de du 8e Tirailleurs fut formé avec les 2e, 4e et 5e Bataillons du régiment.

Au 2 aout 1914,seuls l’État-major du régiment de Marche et le 4e Bataillon étaient en Tunisie. L'État-major à Bizerte, le 4e Bataillon à Tunis, La Goulette et Zaghouan. Les 2e et 5e Bataillons étaient au Maroc. Le 6 Août. l'État-major et la CHR quittaient Bizerte à destination d'Alger ou ils devaient s'embarquer avec les troupes de 38e Division dont le 8e Régiment de Tirailleurs de Marche devait faire partie.  

L'Etat-Major du Régiment comprenait au départ:

MM. VALLET, Lieutenant-Colonel

MENDY, Médecin Major de 1ere classe

BRET, Capitaine Adjoint

SIRE, Lieutenant Officier de détails

PISTER, Lieutenant porte-drapeau.

LE FRIEC, Lieutenant Officier téléphoniste.

Le 4e Bataillon (Commandant MONTALIER) vint rejoindre l'État-major à Alger.

L'effectif total de l’État-major, de la CHR et du 4e Bataillon était au départ de 25 Officiers et de 1054 hommes de troupe.

Ayant presque tous fait !a campagne du Maroc, ces hommes, commandés par des Chefs d'élite, étaient des soldats disciplinés, d'un incomparable dévouement, d'une allure magnifique et d'une résistance physique qui permettait les plus grands espoirs.

Le voyage s'accomplit par une chaleur torride ; arrivé à Alger le 7 Août, le régiment est embarqué le 9, à bord du “Manouba” et de la “Ville d'Alger”.  

Un Tirailleur inconnu du 8e

Le Régiment débarque à Cette le 12 Août 1914, à 6 heures du matin, et le même jour, a 22h30, il est transporté par voie ferrée à Avignon pour toucher le personnel, les animaux et le matériel nécessaires à la formation des TR. et TC.

Le 15 Août, ces opérations terminées, le Régiment est embarqué à 22h.30, pour une destination inconnue, par Paray-le-Monial, Moulins, Saincaise, Nevers, Villeneuve-Saint-George, le Bourget, Soissons, Laon, Hirson; le train stoppe à Anor (Nord), le 17 Août, à 18h20. Sur tout le parcours, l'accueil le plus touchant fut réservé à nos Tirailleurs; les populations se portaient en foule aux gares, distribuant des provisions et des fleurs.

Le 18 Août, le Régiment fait étape d'Anor à Chinay, et franchit, vers 7 h. 30, la frontière franco-belge. Les nouvelles qui, jusqu'alors, étaient rares et imprécises, se précipitèrent. On savait que l'ennemi avait envahi la Belgique et que le Régiment allait défendre le sol de ce pays dont l'Allemagne avait lâchement violé la neutralité.

Les populations de Belgique, pleines d'espoir à la vue de ces splendides troupes venant au secours de leur patrie, leurs firent un accueil qui restera éternellement gravé dans la mémoire des survivants, et c'est au cri unanime de : “Vive la France ”, que le Régiment traversa les calmes et coquets villages du pays Wallon.

Le 21 Août, le  5e Bataillon venant du Maroc où il venait de participer à l'ouverture de la trouée de Taza, rejoignait le Régiment. Il était sous les ordres du Chef de Bataillon PELTIER.

Le Régiment, formé à deux Bataillons, comptait: 45 Officiers et 1931 hommes de troupe.

La 38e DI, rattachée au 3e CA (Général SAURET), était désormais rassemblé au complet dans la région de Chimay-Walcourt sous les ordres du Général MUTEAU ; elle comprenait

La 75e Brigade (Général SCHWARTZ)) : 1er Zouaves de Marche 1er et 9e Tirailleurs

La 76e Brigade (Général BERTIN):4e Zouaves de .Marche, 4e et 8e Tirailleurs.

Le 21 Août, vers 17 heures, un premier avion allemand vient survoler les cantonnements à faible altitude. Accueilli partout par une vive fusillade, il ne put rapporter les renseignements précieux qu'il avait dû recueillir, car il vint s'écraser sur le sol prés de Sidenrieux, à 4 kms. environ au Sud de Walcourt.

1)     La Retraite de Charleroi.

a)     Bataille de Charleroi.

Dés lors, les événements se précipitent. La tragique bataille de Charleroi est engagée; dans la nuit du 21 au 22 Août, la 38e DI est alertée et se dirige vers Charleroi, 75e Brigade en tête.

Le 22 Août, vers 8h30, le Régiment est établi en première position d'attente, à l'Ouest de Praille (3 kms au Nord de Somzée) puis à Payrin, à 4 kms au Nord-Ouest de Somzée.

Depuis le matin, une canonnade des plus violentes s'entend dans la direction de Charleroi ; vieillards, femmes et enfants épouvantés, refluent en grand nombre vers l'arrière.

La 5e Division du 3e Corps est engagée dans une lutte désespérée contre les Divisions de la Garde Impériale qui, à tout prix, cherchent à s'emparer des passages de la Sambre.

Le 75e Brigade (1er Zouaves et 1er Tirailleurs en tête), dans une charge à la baïonnette à jamais mémorable, essaie, avec un splendide esprit de sacrifice de rejeter l'ennemi sur la rive droite de la Sambre. Mais celui-ci est trois fois supérieur en nombre, et c'est l'élite de l'armée allemande qui se heurte au 3e CA ; vers le soir, nos troupes de première ligne ayant subi des pertes considérables se replient dans un ordre parfait et la rage au coeur

Le 23 Août au matin, le Régiment qui a quitté la veille à la nuit, ses emplacements de Pairin pour venir bivouaquer à 1800 mètres au Nord de Somzée, occupe une position à cheval sur la route de Charleroi. Il reçoit, vers 11 heures, le baptême du feu. Des obus de 77 mal réglés tombent sur nos lignes, sans grands dégâts, ne troublant en rien le moral admirable de nos troupes qui ont établi aussitôt des tranchées.

Vers 13 heures, l'ennemi occupe la ligne Pairin, Praille, Tarlienne : le 5e Bataillon va appuyer une contre-attaque à l'ouest de la route, sa gauche s'appuyant à la corne S.E des bois, avec des éléments du 3e Corps et du 18e Corps qui arrivent.

Les troupes de contre-attaque sont violemment prises à partie par un feu d'artillerie de 77 et de 105, et notre artillerie repérée par un avion allemand, est arrosée par un tir très dense d'obus de 105.

Vers 16 heures, le Régiment se replie en bon ordre à 2 kms au N. E de Chastres, où il bivouaque par une nuit qu'éclairaient les incendies de Gerpiennes, du Châtelet et de Malines, brûlée par l'ennemi.

Dés le 21 Août, le Régiment va se trouver englobé avec la 38e Division (rattachée au 18e Corps) dans le grand mouvement de retraite qui nous mène, le 28 Août, devant Ribemont

Du 24 au 29 Août, le Régiment couvre plus de 200 kms, marchant de jour et de nuit dans des conditions très difficiles, par un temps pluvieux et orageux. Les routes sont encombrées par les convois et par le lamentable exode des malheureuses populations belges et françaises qui fuient devant l'envahisseur.

Le Régiment s'établit, le 28 Août, dans la soirée, à 2 kms 300 au nord-ouest de Villers-le-Sec, au sud de la route dominant les pentes descendant sur Ribemont. Des éléments de tranchées sont ébauchés aussitôt. Malgré l'extrême fatigue occasionnée par ces pénibles étapes, l'état moral et sanitaire reste très satisfaisant. Toutes les dispositions sont prises en vue d'un combat qui devient imminent pour défendre Ribemont.

b) Bataille de Guise.

Dés le matin du 29 Août, le combat s'engage avec violence sur la rive droite de Guise. c'est la première Bataille de Guise qui commence.

La 75e Brigade contre-attaque avec une impétuosité et dans un ordre admirable sur les hauteurs de la région Regny-Sissy au nord-ouest de Ribemont. L'ennemi subit des pertes sanglantes et recule.

 Au soir du 29 Août, la situation devant le front de la 38e DI, à cheval sur l’Oise, est complètement rétablie; sur les hauteurs dominant la rive droite de l'Oise, Zouaves et Tirailleurs de la 75e Brigade, vainqueurs de la journée, organisent fébrilement le terrain.

Mais l'ennemi, à gauche, a pu forcer la résistance de nos arrière-gardes et gagne du terrain en hâte, cherchant à venir à bout, par un enveloppement. de la victorieuse résistance qu'il a éprouvée devant Ribemont.

Dans la nuit du 29 au 30 Août, la 75e Brigade, trop en flèche, reçoit l'ordre de passer sur la rive gauche de l'Oise, et vient s'établir à l'est de Villers-le-Sec.

Le 30 Août, dés l'aube, l'ennemi renouvelle ses attaques avec une violence extrême; il parvient à forcer les ponts de l'Oise à Ribemont, défendus par le 4e Tirailleurs, et prend pied sur les pentes au nord-est de Ribemont. Le Régiment est soumis toute la journée à un violent tir d'artillerie; le Bataillon PELTIER (5e Bataillon) subit le premier choc des vagues d'assaut de l'ennemi qui sont accueillies avec le plus grand sang-froid par nos Tirailleurs, tirant comme à la manœuvre.

Vers 14 heures, le Bataillon MONTALIER (4e Bataillon) reçoit l'ordre de se porter en avant à la hauteur du Bataillon PELTIER (5e Bataillon) pour contre-attaquer. Nos tirailleurs s'élancent à la baïonnette sur les lignes ennemies. à la sonnerie de « En avant. pas gymnastique». L'artillerie et les mitrailleuses font rage. Un Bataillon du 4e Zouaves, débouchant de la lisière nord-ouest du bois nord de Villers-le-Sec, se porte par bonds vers nos tranchées pour appuyer le mouvement. L'ennemi surpris, hésite et de nouveau fléchit.

Mais, vers 17 heures, la situation devient critique : les 35e et 36e Divisions qui sont à droite et à gauche de la 76e Brigade s'étant repliées, nos Bataillons, pris d'enfilade, sont fortement éprouvés. Les 4e et 5e Bataillons ont des pertes lourdes. Les deux Chefs de Bataillons sont hors de combat; presque toutes les sections sont privées de leurs chefs qui ont entraîné magnifiquement leurs tirailleurs Tout mouvement en avant est désormais impossible; la rafale est tellement intense que la relève des blessés ne peut avoir lieu qu'au prix des plus grands sacrifices.

Malgré l'héroïsme de nos troupes, les éléments d'aile sont obligés de se replier, et c'est sous un feu roulant que les dernières sections exécutent leur mouvement de retraite. Toutes les unités de la Brigade ont comme point de rassemblement Surfontaine et Renansart, ou, vers 23 heures, les Compagnies du 8e Tirailleurs arrivent peu à peu, harassées de fatigue.

On comptait en fin de journée environ 200 blessés, autant de disparus; le nombre exact des morts ne put être connu.

Dans ce nouveau contact avec l'ennemi, après les dures journées de marche précédentes, les tirailleurs avaient fait preuve d'une endurance, d'un élan et d'un courage qui furent un réconfort puissant pour leurs Chefs, au lendemain de cette bataille où pour la première fois, ils se trouvaient face à face avec l'ennemi très supérieur en nombre.

Le 31 Août, vers 3 heures, les éléments ralliés du 8e Tirailleurs reprennent leur route, continuant leur mouvement de retraite générale. Ils arrivent a Celles-lès-Coné le 3 Septembre vers 17h, ayant couvert en 3 jours 134 kilomètres.

c) Bataille de Montmirail.

Le 4 Septembre 1914, le Régiment quitte Celles, formant l'arrière garde de la Division, avec mission de contre-attaquer et de retarder la poursuite de l'ennemi.

Il reçoit l'ordre de s'organiser défensivement à l'orée des bois de Pargny. La CHR et le 4e Bataillon (Capitaine POUPILLIER) passent par les bois, tandis que le 5e Bataillon doit traverser le plateau pour prendre une position de flanc-garde; il tombe aussitôt sous les feux d'une batterie d’une Division de Cavalerie allemande et se replie dans le bois sous une grêle d'obus. L'ennemi nous ayant devancés, nous attaque sur les deux flancs; la situation est critique et il est impossible de prolonger la résistance.

Le repli du Régiment s'effectue au milieu des plus grandes difficultés. L'ordre est donné de gagner Montmirail, mais cette ville étant sous le feu de l'ennemi, le Lieutenant-colonel décide de prendre par le Château de Beaumont et les Bruyères, de façon à se diriger soit sur Esternay, soit sur Sézanne, où il est rejoint vers minuit par le reste du 4e Bataillon, après une marche de 50 kms. En fin de journée, on comptait une centaine de blessés ou de disparus, le nombre des morts n'ayant pu être connu exactement. Les blessés avaient été dirigés sur l'hôpital de Monmirail, où ils tombèrent aux mains de l'ennemi,

2)     La Bataille de la Marne et la course à la mer.

Le régiment arrive le 5 Septembre aux abords de Provins. Cantonné à «l'Échelle», il se regroupe et se reconstitue Les Bataillons sont reformés à deux Compagnies de 150 hommes chacune. Le Colonel PICHON du 4e Zouaves prend le commandement de la 76e Brigade.

Enfin, le 6 Septembre, l'ordre fameux du Général JOFFRE nous est communiqué! c'est une allégresse incomparable!. A la pensée de ne plus céder un pouce de terrain et de reprendre la marche en avant, l'impression des mauvais jours passés, semble s'évanouir; la fatigue et les privations endurées sont oubliées! C'est une troupe nouvelle, frémissante d'espoir, qui se prépare à l'offensive générale; toutes les énergies sont galvanisées

Dès le 7 Septembre au matin, la marche en avant est reprise. La 38e Division, trop épuisée, ne participera pas au premier choc victorieux. Rattachée à la 5 Armée, elle est placée en réserve du 18e CA. (Général de MAUD’HUY).

C'est ainsi que le Régiment, par Cerneux-Pierrelez, traverse le champ de bataille de Montolivet, encore jonché de cadavres qui témoignent de la violence de la lutte. Successivement, les unités, émues, sans autre ordre, rectifient la tenue et présentent les armes sur toute la traversée du champ de bataille suprême hommage spontanément rendu aux morts héroïques de la «Marne».

La 38e Division passe en première ligne le 9 Septembre et continue la poursuite en direction de Château-thierry. L'ennemi bousculé, harcelé sans répit, n'a pas le temps de faire sauter les ponts. Le 10 Septembre, clairons et noubas en tête, le 8e Tirailleurs entre dans Château-Thierry délivrée.

La poursuite est continuée sans trêve malgré un très mauvais temps; la pluie fait rage; le Régiment, par Bézu, Epieds, Mareuil, prend les avant-postes, le 11, à Chéry-Chartreuve, tandis que la 75e Brigade, à notre droite, attaque et bouscule à Fismes les éléments d'arrière-garde ennemis qui opposent une vive résistance sur les hauteurs dominant cette ville.

Le 12 Septembre, le régiment cantonné à Fismes et procède au nettoyage des faubourgs, faisant une centaine de prisonniers qui, surpris, s'étaient cachés dans les caves.

Le 13 Septembre, la 38e Division est en liaison, a droite, une Division du 17e Corps, à gauche, avec l'Armée anglaise qu'elle rencontre pour la première fois. L'Aisne est traversée a OEuilly sur des ponts de bateaux. Aprés avoir franchi Pargnan, l'avant-garde est reçue sur le plateau par un feu violent de l'artillerie ennemie; le Régiment se porte a Paissy par Jumigny et bivouaque à côté de la cavalerie anglaise.

Le 14 septembre, dés l'aube, le combat reprend sous la pluie: le 5e Bataillon, en avant-garde, atteint le Chemin des Dames, mais l'ennemi réagit de plus en vigoureusement.

Le 15 septembre, en raison d'un violent barrage d'artillerie ennemie, la position de Cerny-en-Laonnois ne peut être atteinte. Jusqu'au 21 septembre, la lutte se poursuit avec acharnement. On a l'impression que l'ennemi s'est ressaisi, qu'il a reçu des renforts en hommes, en canons, en munitions et qu'il veut à tout prix arrêter la poursuite et nous interdire la possession du Chemin-des-Dames. L'aviation ennemie devient plus active; elle survole les cantonnements pour surveiller les mouvements de troupe et régler le tir de l'artillerie. Les attaques et les contre-attaques se succèdent sans arrêt, des tranchées, des boyaux sont creusés; la nuit c'est le commencement de la stabilisation sur ce front qui est organisé en “secteurs" et où, pour la première fois, de courtes périodes de repos sont possibles dans des cantonnements dits "de rafraîchissement", où le Régiment peut se réorganiser et recevoir ses premiers renforts, le 3 octobre.

Le 27 octobre, le Régiment reçoit l'ordre de gagner Oulchy par Saint-Gilles et Chéry ; il est embarqué le 28 pour une destination encore inconnue.

Le Régiment ne devait revoir le Chemin-des-Dames qu'en avril 1917.

La victoire de La Marne et son prolongement, la première bataille de l'Aisne, ont sauvé la France.

L'ennemi, devant l'échec de ses plans ambitieux, change de tactique. Il stabilise son front, pour pouvoir, à l'abri de ce masque regrouper ses forces et se préparer à de nouvelles ruées. Mais pour cela, il lui faut appuyer son front à deux obstacles infranchissables. Un de ces piliers est la frontière Suisse, l'autre est la Mer du Nord. De là cette course à la mer, où chacun des deux adversaires s'efforce de devancer l'autre.

Le Régiment, embarqué le 28 octobre à Oulchy. arrive à Furnes (Belgique), le 29 octobre; il est placé sous les ordres du Général GROSSETI, commandant la 42e Division.

Le 4e Bataillon (Commandant CARON) est dirigé dés la descente du train sur Lampernisse qui est violemment bombardé. L’État-major, la CHR et le 5e Bataillon (Commandant BRET) cantonnent à Furnes. La situation est critique; les régiments belges qui tiennent le secteur, harassés de fatigue par suite de combats Incessants, ayant des effectifs très réduits, résistent très difficilement à la poussée ennemie. Une nouvelle attaque très violente les contraint à céder les tranchées du chemin de fer de Ramscapelle qui est occupé par les Allemands.

Le 30, le Lieutenant-colonel, commandant le 8e Tirailleurs, reçoit l'ordre de diriger l'attaque de Ramscapelle et de la voie ferrée. Il a sous ses ordres, avec le 8e Tirailleurs, le 16e Bataillon de Chasseurs; un Bataillon du 4e Zouaves, un Bataillon du 151e doivent coopérer par le Sud a cette attaque et deux Bataillons belges par le Nord.

Un premier élan donne aux Chasseurs la partie Sud et Ouest du village et au 8e Tirailleurs les premières maisons à l'Est. Malgré les difficultés du terrain coupé de fossés et inondé en maints endroits, Ramscapelle est enlevé après trois attaques successives. Les Tirailleurs ont été superbes d'audace. On peut dire que ce fut la journée de la baïonnette.

En fin de journée, le Régiment comptait

62 tués.

163 blessés.

43 disparus.

Les 4 et 5 novembre, le Régiment participe à un des combats les plus durs qui se soient livrés dans le Nord en ce moment. Il s'agit de reprendre le Château de Dixmude. Ce château, bourré de mitrailleuses, a été transformé en fortin par l'ennemi. Malgré la valeur des hommes de la 42e D. I., malgré l'appoint des deux Bataillons du 8e Tirailleurs, le Château de Dixmude reste aux mains de l'ennemi.

Les 4e et 5e Bataillons s'installent dans les ruines de Dixmude où, pour la première fois, les Tirailleurs font connaissance avec les héroïques fusiliers marins de l'Amiral Ronarch.

Le 6 novembre, malgré les fatigues de ces rudes journées, le Régiment quitte Dixmude pour aller plus au Nord où la situation est menaçante. Sans repos, les Bataillons sont engagés au fur et à mesure de leur arrivée. Un Bataillon, le 5e, (Commandant BRET) est poussé au de-là de l'Yser pour relever deux Compagnies du 3e Bataillon d'Afrique. Les Tirailleurs sont harassés de fatigue et le Commandant BRET demande instamment à être appuyé par des troupes fraîches. Mais les combats incessants ont épuisé les réserves immédiates; les tirailleurs restent seuls au-delà du fleuve. On arrive ainsi à la nuit tragique du 9 au 10.

La nuit est obscure, d'étroites passerelles sont les seuls moyens de communication sur le fleuve; de plus, dans ces plaines horriblement plates, aucun obstacle n'arrête les balles ; le terrain, jusqu'à la limite extrême de portée des armes est littéralement balayé. C'est dans ces conditions que le 5e Bataillon reçoit l'attaque de forces importantes. Les passerelles sont détruites par l'artillerie ; aucun repli possible. Il ne reste plus aux Tirailleurs qu'à vendre chèrement leur vie. Une lutte farouche s'engage dans les tranchées et sur le sol qui n'est qu'un lac de boue. Lorsque le jour gris et sale se lève, il ne restait plus sur l'immense plaine que des cadavres. Le 5e Bataillon avait vécu. Son Chef le Commandant BRET, le Capitaine MONIN le Sous-lieutenant LE FRIEC avaient été tués, la plupart des autres officiers blessés.

Ce qui reste du Régiment et le Bataillon d'Afrique, contre-attaquent aussitôt pour arrêter la progression ennemie. Le Colonel MULLER, commandant la 76e Brigade, est mortellement blessé. Le combat fait rage sur toute la ligne. L'ennemi, épuisé, est obligé également de s'arrêter. Il conserve provisoirement la Maison du Passeur, qui lui sera reprise quelques jours plus tard après des combats acharnés.

Le 8 décembre, le régiment arrive au repos à Fintelle. Il est 9 heures du matin. On avait compté sans l'ennemi, dont la pression, au Nord d'Ypres, se fait plus violente. A 9h30, l'ordre de départ arrive. Le 4e Bataillon (Commandant CARON) repart à midi. La fatigue est telle que des hommes tombent sur la route, sans pouvoir se relever. Mais le devoir ordonne et à minuit le Bataillon est en réserve dans les environs de Zillebecke. Il monte en ligne le 11  et y reste jusqu'au 17, après avoir subi, victorieusement des assauts presque journaliers.

Du 12 novembre au 17 décembre, le seul 4e Bataillon avait perdu :

200 tués ou disparus

200 blessés.

Le Capitaine GENDRE, tué d'une halle au front dans les tranchées de Verbrandenhollen, fut le premier officier du Régiment dont le corps put être ramené à l'arrière. Il repose dans le cimetière de Poperinghe. Pour honorer ce brave, son Chef, le Commandant CARON, le fit transporter du champ de bataille à l’arrière sur un brancard, avec le même cérémonial que dans une garnison du temps de paix. Sous la pluie des balles, sous le déluge des marmites, suivant le Commandant qui a pris la tête du cortège, les Tirailleurs, l'arme sous le bras droit, escortèrent le capitaine depuis le PC du Chef de Bataillon jusqu'au PC du Régiment. Ce fut un spectacle d'une beauté et d'une grandeur qu'on ne peut oublier. Aucun homme ne fut touché pendant cette marche funèbre.

Le 21 décembre, après trois jours de repos, le Régiment remonte en ligne, toujours au Nord d'Ypres. Il est relevé définitivement le 25 décembre.

Le Régiment est transporté à Dompierre prés Montdidier, pour y être reconstitué. Mais les vides dans les cadres et la troupe étaient trop nombreux pour que le Régiment puisse être reformé aussi près du front. Par étapes, il gagne Saint-VaIéry-sur-Somme, ou il achève sa reconstitution. Cette première partie de la campagne avait été très coûteuse pour le régiment (46 Officiers et 3331 hommes).

Le Régiment, reconstitué, quitte Saint-Valéry le 20 mars et est débarqué le 21 à Montdidier. Pendant les mois d'avril, mai, juin, il tient les tranchées dans la région de Roye-Lassigny. Période neutre où les adversaires s'observent, travaillent, se recueillent pour les luttes futures. L'artillerie est peu active, les tranchées sont presque confortables à côté de celles que le Régiment a connues dans les Flandres; les nouveaux Tirailleurs s'aguerrissent, l'amalgame se produit. Le 8e Tirailleurs, qui a reçu le bataillon du Commandant ALLOUCHERY (2e Bataillon). au début d'avril, est de nouveau embarqué le 10 juillet pour retourner en Belgique.

Il reprend sa place à la 76e Brigade (Colonel ANCEL) en remplacement du 1er Zouaves de Marche, et fait dés lors partie du groupement de Nieuport placé sous les ordre du Général ROUQUEYROL. Désormais, il va participer, en alternant avec le 4e Zouaves et les Régiments de Fusiliers Marins de l'Amiral RONARCH, à la garde du front de l'Yser, dans les tranchées de Nieuport-Ville et de Nieuport-Bains.

C'est à cette époque que nos Régiments sont dotés du casque. Les tirailleurs, fidèles à la chéchia, acceptent néanmoins cette coiffure sans grande difficulté, surtout lorsque l'expérience leur en eût démontré les grands avantages. En revanche, le port de la cagoule qui, en raison des attaques par gaz inaugurées par l'ennemi, sur le front Hetsas-Boeringhe, devenait indispensable, fut difficile à inculquer aux indigènes.

Les premiers jours de 1916 n'apportèrent aucune modification dans la situation du Régiment.

Le 7 Février, le 4e Bataillon reconstitué, venant du dépôt, à l'effectif de 16 officiers et de 848 hommes de troupe, rejoint Oostdunkerque-Bains.

Il remplace le 4e Bataillon embarqué sur le «CALVADOS» à destination du Maroc et torpillé en mer à quelques milles d’Oran.

3) Bataille de Verdun.(Mai-Décembre 1916)

a) Bataille sur la rive gauche de la Meuse.

Le 10 mai, le Régiment quitte ses cantonnements pour être embarqué à Bergues (Nord) à destination de Crèvecoeur-le-Grand (Oise). La 38e Division est commandée par le Général GUYOT DE SALINS. La 76e Brigade par le Colonel PRIOU. Le Colonel BOURGEOIS, Commandant le Régiment a pour adjoint le Chef d'Escadron MOOG, venu le 6 Avril du 4e Spahis.

Du 11 au  25 mai, le 8e Tirailleurs, après avoir fait des manoeuvres au Camp de Crèvecoeur avec les autres Régiments de la Division, est embarqué pour Revigny (Meuse), cantonne à Charmont (Marne), de là à Vaubecourt et à Pretz-en-Argonne.

Les Bataillons sont poussés successivement au Bois de Saint-Pierre et au Bois de Béthelainville où se fait la relève des Régiments qui montent en ligne à la côte 304.

Le 2 juin, cette montée commence par le 2e Bataillon; le 4e et l’état-major du Régiment s'établissent au PC du village d'Esnes, complètement démoli.

La cote 304 était déjà célèbre par son terrible "Ravin de la Mort"; mais les récits les plus imagés ne permettent cependant pas concevoir une pareille débauche de munitions de la part de l’ennemi. Esnes n'est plus qu'un monceau de ruines, systématiquement visé par les Allemands à toute heure du jour et de la nuit et surtout au moment des ravitaillements. Les autos sanitaires qui montent au poste de secours d'Esnes ou qui en descendent, sont reguliérement prises sous le feu de la grosse artillerie ennemie, malgré les fanions de la Croix-Rouge, perceptibles des lignes allemandes. Beaucoup échappent à cette infâme et lâche tuerie, mais malgré l'audace, le dévouement et le sang froid des conducteurs, quelques blessés succombent sous les débris des autos pulvérisées.

L'ennemi ne connait dans ce secteur d'autre arme que ses canons de gros calibre; aussi les tranchées sont-elles journellement broyées et n'existent-elles plus que sous forme de trous d'obus ou les hommes sont groupés et résistent aux attaques avec une ténacité et un courage surhumains.

Le 9 juin, la lutte atteint son paroxysme: les 2e et 4e Bataillons, en première ligne, ont à subir quatre attaques précédées de bombardements d'une violence inouïe et qui bouleversent de fond en comble le sol qui n'est plus qu'une succession de trous d'obus juxtaposés.

Les autres attaques sont magnifiquement repoussées; rien ne peut altérer l'admirable tenue des troupes dont l'abnégation et I' héroïsme forceront la victoire.

Le 21 juin, tout le Régiment est réuni à Trémont (Meuse), après avoir été transporté, partie par voie ferrée, partie en auto.

Ces repos, loin du canon, pendant quelques jours, infusaient au régiment une force nouvelle. Ils permettaient de reprendre haleine au sortir de cette fournaise et d'honorer la mémoire des vaillants tombés au Champ d'Honneur; cérémonies poignantes et douloureuses, sans aucun doute, mais qui exaltaient le courage des survivants et resserraient les liens toujours plus étroits des officiers et des hommes de troupe.

Le 2 juillet. après reconstitution, le Régiment est transporté à nouveau au Bois de Saint-Pierre pour une nouvelle montée dans le secteur d'Esnes et la côte 304.

Du 7 au 11 Juillet, l'EM et les Bataillons occupent les secteurs et prennent à tour de rôle les tranchées de première ligne. Les bombardements ennemis sont moins  violents et moins continus que pendant le premier séjour. L'ennemi sait-il maintenant qu’il ne passera pas et sa confiance est-elle ébranlée?. Il connaît la valeur des admirables troupes qu'il a en face de lui. Il ne peut douter qu'elles combattront, avec une énergie farouche, sur ce charnier où sont déjà tombés glorieusement tant des nôtres! . Tant de sacrifices crient "Vengeance!" et c'est pourquoi la lutte se poursuit avec la même âpreté pendant ces journées et ces nuits angoissantes.

Le 22 Juillet, le Régiment est rassemblé à Villers-le-Sec et Bettancourt-Ia-Longue (Marne). Les Bataillons sont désormais à trois compagnies, plus une compagnie de mitrailleuses.

Du 22 Juillet au 4 Août, les Bataillons sont au repos dans leurs cantonnements respectifs. Les officiers et les Tirailleurs qui sont au Régiment depuis le début de la campagne inaugurent la troisième brisque. Elle fut fêtée dans ces réunions amicales qui ont entretenu au Régiment, pendant toute la campagne, une camaraderie, une cohésion, un esprit de corps et un entrain qui étaient connus des Régiment voisins.

b) Bataille de la Rive droite de la Meuse.

Le 4 Août, pour la troisième fois, le Régiment va prendre part à la Bataille de Verdun, mais, sur la rive droite de la Meuse, dans un nouveau secteur. Il est transporté en convoi-auto jusqu'au Bois la Ville et, de là, poussé à la citadelle de Verdun, point de ralliement des unités «montantes» et «descendantes» du secteur. Malgré les bombardements journaliers de tous les calibres, la vieille citadelle reste un abri excellent dans cette cité martyre où les maisons n'ont plus qu'une façade et où les ruines s'accumulent depuis février 1916. Merveilleusement aménagée et ravitaillée, la citadelle donne l'impression d'une ruche immense où chacun remplit sa tâche, sans arrêt, malgré l'ouragan de fer et de mitraille qui l'environne.

Le 6 Août, le Régiment quitte la citadelle à 18h, pour occuper le secteur de Souville.

Les 7 et 8 Août, les Compagnies du 2e Bataillon reçoivent l’ordre d'attaquer Fleury ou, plus exactement, ce qui fut Fleury, dont tout a disparu et a été enseveli.

Le 7, l'attaque est donnée à 22h30; pour progresser, les tirailleurs doivent  descendre d'un  trou d'obus dans l’autre et n’avancent que très péniblement pour gagner quelques mètres.

Le 8, à 10 heures, l'attaque est reprise en liaison avec le Bataillon PIDAUT.

Le 11 et le 12, le 4e Bataillon et la 7e Compagnie du 5e Bataîlllon, dans des combats où l'héroïsme et le mépris de la mort ne peuvent etre dépassés, continuent leur progression.

le 13 et le 14, l'ennemi prononce une attaque à la grenade; c'est le corps à corps! Galvanisés par leurs Chefs de section, debout sur les bords de ces immenses cratères, les tirailleurs repoussent ces attaques sous des feux de barrage continuels et peuvent encore progresser de quelques mètres. Il faudrait citer le nom de tous les officiers et de tous les gradés, de tous les Tirailleurs pour rendre hommage a l'effort surhumain déployé par des braves dans ces jours de combat. C'est bien sur ce sol que l'héroïsme de ceux qui s'y battirent trouva son expression la plus exaltée, la plus farouche, la plus volontaire, la plus décidée à vaincre ou à mourir. Un sentiment de fierté admirable chez tous ceux qui avaient une tâche à remplir, tant le péril était grand et tant le but à atteindre était élevé.

L'ennemi ne devait pas passer, et, sur le front du 8e Tirailleurs, non seulement il ne passa pas, mais il fut repoussé.

Dans ces violents combats du 7 au 19 août, on comptait:

60 tués

330 blessés

environ 220 disparus.

Le Régiment avait fait preuve à Fleury, comme à la Cote 304 d'une volonté de vaincre et d'un mordant qui devait bientôt recevoir sa récompense!

Après ces dures et coûteuses journées, le Régiment est transporté par auto, le 21 août dans la Meuse.

Le 1er octobre, le Chef de Bataillon DUFOULON est promu Lieutenant-Colonel à TT et prend le commandement du Régiment, en remplacement du Colonel BOURGEOIS parti en convalescence et affecté dans la suite au commandement d'une infanterie divisionnaire.

 c) Première offensive de Verdun.

Pendant deux mois, le Régiment est entraîné à des simulacres d'attaques de tranchées dans la région de Nançois. Toutes les opérations sont répétées minutieusement (franchissement de tranchées, descente de ravins, lancement de grenades, nettoyage de tranchées et des abris, progression, etc. etc.) Aussi, lorsque le 21 octobre, le Régiment est embarqué à destination de Verdun, est-il rompu à la manœuvre et absolument prêt à remplir son rôle.

Le Régiment monte en ligne le 22 octobre. Tous savent le but de la prochaine bataille: desserrer le cercle de fer que les Allemands forment autour de Verdun. La 38e DI a une mission glorieuse à remplir; reprendre fort de Douaumont et ses abords que les Allemands ont baptisé "La Pierre angulaire de Verdun".

La confiance dans le succès est générale. Les troupes sont superbes d'allant et d'audace. Une préparation d'artillerie formidable, comme jamais on n'en avait encore vu de notre côté augmente encore si possible cette confiance.

Le 24 octobre, à 4h30 du matin, le dispositif d'attaque était réalisé. Toutes les unités étaient en place.

Le 2e Bataillon (DONAFORT) a pour objectif la contre-pente nord du Ravin de la Couleuvre, légèrement en arrière de la route de Bras à Douaumont. Il est en liaison à droite avec la 14e Compagnie du 4e Zouaves, à gauche avec le 5e Bataillon du Régiment. Le 5e Bataillon (BUREAU) a pour premier objectif la contre-pente de la croupe du Bois Nave et pour deuxième le Ravin de la Couleuvre; il est en liaison, à droite, avec le 2e Bataillon, à gauche avec le 11e Régiment d'Infanterie. Le 4e Bataillon (PIDAUT) est en réserve de Division jusqu'à 13h30 et se portera ensuite vers le Ravin des Trois Cornes et, de là, au Ravin de la Dame, aux abris Krupp.

A 11h39, par une matinée très brumeuse, facilitant la surprise, l'assaut est déclenché, après une contre préparation Allemande assez violente, mais peu meurtrière en raison du dispositif qui avait été porté en grande partie en avant de la zone du barrage ennemi. Toute la ligne a jailli comme un seul homme hors des tranchées de départ; les compagnies marchent comme à la manoeuvre; certains indigènes, enthousiasmés par le spectacle, font la fantasia en avant des premières vagues. L'attaque a été si soudaine. que l'ennemi, qui l'attendait cependant, a été complètement surpris. Les fantassins allemands comprenant l'inanité de la résistance se rendent en masse et affluent vers le Ravin des Trois Cornes où se trouve le PC du Régiment.

A midi selon l'horaire prévu, le premier objectif est atteint et, à 14h, l'objectif final est entre nos mains.

La victoire était complète. Les pertes étaient minimes. La journée du 25 se passe sans incident, l'artillerie ennemie, à du en partie se reporter en arrière et se regrouper.

Mais, dès l'après-midi du 25, les avions ennemis viennent photographier nos nouvelles positions, et à partir du 26, nos tranchées sont soumis a un violent bombardement par obus de gros calibres. Les organisations en cours d'exécution sont retournées et noyées sous un déluge de fer; les pertes sont très lourdes, mais le moral de nos hommes ne faiblit pas.

Le 27, après avoir perdu plus de 50% de l'effectif, les bataillons ne manifestent aucune défaillance, bien au contraire, certains tirailleurs, montés sur le parapet, interpellent l'ennemi qui se tient coi et le défient au combat.

Mais les rangs s'éclaircissent toujours. La pluie se met de la partie Le terrain de combat n'est plus qu'un vaste cloaque. Les ravitaillements en munitions, outils, vivres, deviennent de plus en plus difficiles. Il faut quatre heures à un coureur pour aller du PC. du Colonel à la première ligne, et nombre d'entre ces braves gens ne sont jamais revenus. C'est dans ces conditions particulièrement pénibles que le 4e Bataillon relève les unités épuisées du 2e et du 5e Bataillon.

Jusqu'au 30 au matin, le déluge de fer et de feu continue. L'héroïsme et le stoïcisme des tirailleurs fit l'admiration de tous, et quand le Régiment quitte le Ravin de la Couleuvre, le 30 au matin, il a perdu :

11 officiers tués et blessés

195 hommes de troupe tués

667 blessés

87 disparus.

Les tirailleurs avaient eu a souffrir pendant ces journées non seulement du feu, mais encore des intempéries qui avaient déterminé de nombreux cas de gelure et d'œdème des pieds. Tant de sacrifices eurent leur récompense

Le Régiment, relevé du secteur de combat dans la nuit du 29 au 30, est dirigé sur ses anciens cantonnements de Tannois et de Nançois-le-Petit (Meuse).

Le 6 novembre, le Régiment est  cité à l'Ordre de la 2e Armée et son Drapeau décoré de la Croix de Guerre par le Président de la République, au cours d'une prise d'armes à Tronville.

La citation suivante consacrait en ces termes la Victoire du Régiment:

«A enlevé, en moins de quatre heures, sous l'énergique commandement de son CheF: le Lieutenant-Colonel DUFOULON. Deux puissantes lignes successives ennemies, contre lesquelles de nombreuses attaques antérieures s'étaient brisées, faisant 1.285 prisonniers, trente officiers, dont trois officiers supérieurs. A soutenu avec un moral, qui a fait l'admiration de tous. des bombardements ininterrompus pendant plusieurs jours, résistant à deux contre-attaques particulièrement violentes, sans céder la moindre partie du terrain conquis».

 

De nombreuses citations à tous les échelons de la hiérarchie furent ensuite attribuées aux officiers, Sous-officiers et Tirailleurs.

Le 11 décembre, le Régiment. transporté de ses cantonnements par voie ferrée et en auto, remonte pour la cinquième fois dans le secteur de combat de Verdun.

Après avoir eu la gloire de participer à la reprise du fort de Douaumont, le Régiment va avoir pour mission de s'emparer de Vacherauville et Bezonvaux.

Le 14, le Régiment occupe ses positions de départ.

Le 15, les abris ennemis du Ravin du Helly sont bombardés par notre artillerie de 4 à 7 heures du matin et jusqu'à 10 heures l'artillerie lourde continue ses tirs de destruction en avant de notre front.

A 10h30 précises, l'attaque est donnée. Les vagues d'assaut sortent de la tranchée de départ avec la même ardeur et la même cohésion qu'au combat du 25 octobre, bien que le Régiment comptât dans ses rangs 900 hommes nouvellement arrivés du Dépôt (fin novembre).

Vers 11h15, les 2e et 4e Bataillons avaient atteint leurs objectifs respectifs.

Le 5 Bataillon qui s'est porté du Ravin des Trois Cornes au Ravin de la Couleuvre, dés l'attaque, continue à 13h38 sa progression vers la carrière Albain. Le mouvement de faible amplitude s’effectue non sans quelques pertes, la zône à traverser étant battue par un violent barrage de l'artillerie ennemie.

A chacun de leurs objectifs, les Bataillons ont fait de nombreux prisonniers qui refluent vers l'arrière, ayant hâte de sortir de la zone de feu.

Le 17 décembre, les conditions climatiques étaient déplorables, les hommes s’enfoncent jusqu'aux genoux dans une boue glacée; la neige ne cesse de tomber. Les travaux de l'organisation de la position sont de ce fait rendus extrêmement pénibles et les Tirailleurs, soumis à un bombardement ininterrompu, ont à souffrir plus encore des intempéries que du feu.

Le 17 décembre, en raison des vides produits par le feu et le froid, le 4e Bataillon est remplacé par le 5e en première ligne quoique lui même très diminué.

Le 2e Bataillon est relevé également le 18, après avoir subi des tirs de harcèlement et des bombardements incessants.

Le 20 décembre, la relève de toutes les unités du Régiment était terminée et les Bataillons furent transportés en auto à Demange-aux-Eaux (Meuse).

Le 8e Tirailleurs avait accompli intégralement la mission qui lui était confiée. L'abnégation l'héroïque ténacité des Tirailleurs, la confiance absolue en leurs chefs animés du plus bel esprit de sacrifice avaient imposé le succès.

Les pertes témoignèrent de l'effort admirable déployé dans ces pénibles journées ; le Régiment comptait en effet :

63 tués

326 disparus

487 blessés

526 hommes évacués pour pieds gelés

Les succès du  24 octobre et du 15 décembre assuraient le triomphe définitif de nos armes devant Verdun.

Verdun «inviolée» par le sacrifice sublime de ses défenseurs, infligeait aux soldats du Kronprinz la plus écrasante défaite de la guerre.

4)     Bataille de l’Aisne (avril-septembre 1917)

Le 8 janvier, le Régiment est cité, pour la deuxième fois, à l'Ordre de la 2e Armée, dans les termes suivants:

“Régiment indigène d'élite, modèle de courage, de dévouement et de loyalisme. Énergiquement commandé par son Chef, le  Lieutenant-colonel DUFOULON, le 15 décembre 1916, a fait l'admiration de tous par le brio et l'entrain avec lesquels il a enlevé dans un élan magnifique tous les objectifs importants qui lui avaient été assignés, arrivant le premier sur la position et favorisant par ses habiles manœuvres la progression des Régiments voisins. A capturé plus de mille prisonniers, 10 mitrailleuses, un important matériel et, au cours de reconnaissances particulièrement audacieuses et périlleuses, a détruit 9 pièces de canon ennemis.»

Par décision du 12 janvier, le Général Commandant en Chef, accordait au Régiment deux fois cité à l'Ordre, le droit au port de la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre. De très nombreuses citations à tous les degrés de la hiérarchie récompensèrent les officiers, Sous-officiers et Tirailleurs qui avaient pris part à la bataille du 15 décembre. Le Régiment quitte Demange-aux-Eaux (Meuse), le 15 janvier, et se rend par étapes à Saucy (Marne) ou il arrive le 3 février après un arrêt de sept jours à Chatre (Aube).

Le Régiment se reconstitue rapidement et, le 27 mars, il quitte Saucy, parfaitement encadré et entraîné pour la mission qui l'attend au Chemin des Dames. Il gagne la région de Fismes par étapes.

Le mauvais temps est général; les pluies succèdent aux fortes gelées: aussi les routes, malgré toutes les précautions prises, sont défoncées par de nombreux convois qui les empruntent. Les marches sont, de ce fait, rendues très difficiles.

Le Régiment se retrouve, au début d'Avril, dans cette région ou il a combattu en 1914, mais bien peu de ceux qui ont vécu les heures de cette époque existent encore dans ses rangs.

Le fracas de la guerre se fait de nouveau entendre dans toute cette contrée où le calme s'était établi depuis fin 1914. Les habitants étaient revenus en grand nombre et avaient repris leurs paisibles occupations. A Paissy (3 kms des lignes), toutes les terres étaient ensemencées.

Chaque homme sait qu'une offensive de grand style est préparée. Le repli allemand de mars est interprété par tous comme un signe de faiblesse. La vue des innombrables convois d'artillerie, de munitions, de matériel de toute sorte, excite l'enthousiasme. Chacun espère la percée. Le moral n'a jamais été plus élevé. La nouvelle de la déclaration de la guerre de l'Amérique à l'Allemagne a provoqué un redoublement d'enthousiasme. C'est dans ces conditions que le 3 Avril, le Régiment occupe le sous-secteur de Vassogne, sauf le 2e Bataillon qui est à Cohae depuis le 24 mars pour faire des travaux.

Du 3 au 10 avril 1917, l'EM et les Bataillons occupent les tranchées du sous-secteur de Vassogne (Aisne) et assistent au tir de préparation de notre artillerie qui est violemment prise à partie par l’artillerie ennemie.

Dans la nuit du 10 au 11, les Bataillons sont relevés par les 52e Régiment colonial, la relève s'effectue dans des conditions très pénible en raison d'un bombardement par obus à gaz, dans la région du Jumigny et de Vassogne. Les pertes, qui avaient été légères pendant l'occupation du secteur furent pendant cette nuit assez sérieuses, et la marche rendue très difficile en raison du port constant du masque.

Aprés quelques jours de repos et d'ultime préparation, le Régiment est massé, le 15 Avril, dans les creutes de l'Yser, près de la ferme de Bellevue, au Sud de Jumigny. L'offensive est proche. Chaque unité connaît parfaitement sa mission. Les officiers et sous-officiers, qui ont été réunis par le Lieutenant-colonel, sont mis au courant de la grande manoeuvre projetée et du but à atteindre. Toutes les dispositions sont prises avec une telle précision une telle méthode, qu'il semble impossible devant un tel déploiement de troupes que le moment ne soit pas venu de faire la percée , de bousculer l'ennemi et d'atteindre l'objectif fixé, malgré son éloignement et les difficultés du terrain marécageux de l'Ailette. Malheureusement, l'heure ne devait pas encore sonner pour la ruée finale.

Le 16, à 3 heures du matin, l'attaque générale est déclenchée; le temps est nuageux, le sol est détrempé par des pluies continuelles, les conditions atmosphériques sont des plus défavorables pour l'aviation, la journée s'annonce comme particulièrement grise et triste!.

Vers 8 heure le Régiment qui est équipé depuis le petit jour, traverse le plateau de Paissy pour se porter à hauteur du village de Cussy-Geny. Il stationne dans ces parages jusque vers 19 heures sans avoir beaucoup a souffrir de l'artillerie ennemie: mais l'attente lui paraît cruelle

A 20 heures, il reçoit l'ordre de rentrer aux creutes de l'Yser. Il avait à peine ébauché sa mission qui était d'appuyer le mouvement en avant de la Division coloniale du Général MARCHAND. Celle-ci, prise sous un feu écrasant, n'avait pu percer, malgré l'héroïsme et le sacrifice sublime de ses chefs et de ses admirables soldats. L'ennemi solidement retranché dans ce secteur où il avait accumulé les moyens de défense les plus perfectionnés. attendait cette attaque et démasqua à la dernière minute une artillerie puissante qui broya les assaillants et empêcha toute avance.

C'est sous cette pénible impression que se passe la journée du 17; dans la soirée, une tâche très lourde incombe au Régiment qui doit aller relever, en plein combat et en pleine nuit, des éléments du 53e RI Colonial et du 144e RI. Le secteur, bouleversé par les obus de gros calibres, est complètement méconnaissable; le terrain est inondé, boueux, gluant; les hommes s'enlisent jusqu'aux genoux et avancent avec une lenteur désespérante; les boyaux, pour accéder aux première lignes sont impraticables Les 2e et 4e Bataillons, qui exécutent les premiers le mouvement, sont soumis à un tir d'artillerie d'une violence inouïe qui accroît encore les difficultés créées par le sol et l'obscurité totale de la nuit. Le 2e Bataillon est particulièrement éprouvé dans la journée du 18: les Sénégalais qui occupent la pente Est de la tranchée d'Essen, et dont les effectifs sont décimés et harassés par la fatigue, évacuent la tranchée avant que la Compagnie de relève soit complètement installée!.

 Au petit jour (5h30), l'ennemi profite de ce désarroi pour s'installer dans la tranchée et s'y maintenir.

A 20 heures et à 23 heures, les Allemands déclenchent de violentes attaques; des combats à la grenade s'engagent; c'est une lutte tragique où de part et d'autre, l'énergie la plus farouche est déployée. Mais la situation est critique pour le 2e Bataillon qui a perdu dans cette journée 8 Officiers et près de la moitié de son effectif. Aussi est-il relevé la nuit suivante par un Bataillon du RICM.

Le 4e Bataillon, installé dans nos anciennes premières lignes, est aux prises également dans la nuit du 17 au 18 avec des difficultés aussi considérables que celles éprouvées par le 2e Bataillon.

La marche est si pénible que ce Bataillon met toute une nuit pour franchir les 2 kms qui séparent sa position d'attente de sa position de combat. Ce n’est qu'au petit jour que la relève est terminée. L'ennemi, auquel ces mouvements n'ont pas échappé, redouble ses attaques.

Dans la nuit du 18 au 19, le 5e Bataillon relève à son tour les débris du 52e Colonial, du côté du ''Monument" et "d'Hurtebise".

Le 19, le 2e Bataillon, dont les hommes sont exténues de fatigue qui a perdu les trois quarts de son effectif par le feu ou la maladie est relevé par un Bataillon du RICM

Les journées du 19 et du 20 marquent le point culminant des attaques ennemie. Dans ces journées tragiques, le commandement et les cadres déployer une force physique et morale extraordinaire pour soutenir la troupe qui subissait les feux d’artillerie le plus violent et des attaques continuelles.

Le 22 avril, lorsque l’État-major, la CHR, et les bataillons sont relevés, le temps se remet subitement au beau et le vent assèche ce charnier. Il est malheureusement trop tard! L'hostilité de la nature qui s'était manifestée dans toutes ses formes avait fait autant de ravages dans nos rangs que le canon ennemi.

Du 4 au 12 et du 16 au 23 avril, le Régiment avait eu:

95 tues

375 blessés

758 disparus.

Après tant d'efforts et de sacrifices, la déception fut cruelle. A cette heure où de mauvais ferments auraient pu exercer leurs ravages, la discipline du Régiment ne fut pas altérée un seul instant : le loyalisme des officiers et de la troupe, leur dévouement, leur absolue confiance en leurs chefs portaient leurs fruits !. Les rangs et les liens se resserrèrent plus étroitement et plus solidement encore!

Du 22 mai au 6 juin, le Régiment revient à Paissy et occupe le secteur; les bombardements sont violents en ligne et sur le village qui, bien qu'abrité par une falaise est presque entièrement détruit.

Le 8 juillet, le Régiment est dirigé en convois autos sur Villiers-sur-Marne.

Une délégation commandée par le Capitaine GRAMBOULAN avec le Sous-lieutenant RIVAULT comme porte-drapeau se rend à Paris pour la Revue du 14 juillet ou les troupes sont acclamées.

Le 27 Juillet, le Régiment quitte Villiers-sur-Marne et est transporté en auto dans la région de Thiescourt, de Cey et de Noyon (Oise), territoire reconquis à l'ennemi.

Après différents déplacements dans la Région d'Hartennes, Chacrise, Acy, au cours du mois d'Août, le Régiment revient dans l'Aisne à Vailly et se rend dans le secteur d'Aizy et de Jouy (Aisne) où il est employé à des travaux d'organisation offensive.

5)     Bataille de la Malmaison (23 Octobre 1917).

Le 19 Septembre, le Régiment est relevé et revient dans la région de Launoy et de Droisy où il est entrainé pendant près de trois semaines en vue de la bataille prochaine.

Le Régiment, qui attendait impatiemment cette offensive, est transporté à nouveau dans la région de Vailly et poussé ensuite le 22 octobre au nord de Jouy et l'Aizy. Ce terrain lui est familier, officiers et hommes de troupe en connaissent parfaitement toutes les voies d'accès et les détails. L'organisation du secteur a été aussi perfectionnée que possible; les abris, les tranchées, les PC ont été aménagés avec le soin le plus minutieux. Le secteur d’attaque se présente dans les conditions les plus favorables.

Le 23 Octobre à 5h15, au petit jour, l'attaque du fort de Malmaison est déclenchée après une préparation d'artillerie formidable qui ne pouvait laisser de doute à l'ennemi. Celui-ci, décidé à accepter le combat, avait placé ses meilleures troupes (Division de la Garde) en face de nos Divisions d'élite.

Après une veillée d'armes mouvementée, où les troupes avaient été groupées dans une immense grotte de la région (P.C. Arras), le Bataillon MORAND en dépit d'un tir meurtrier de contre préparation, est en place à l'heure fixée pour faire partie des premières vagues d'assaut. Il s'élance à l'attaque sous un barrage ennemi d'une violence inusitée qui cause de lourdes pertes, surtout en officiers et sous-officiers. Malgré ces difficultés, le Bataillon s'avance dans un ordre parfait à la suite du Bataillon de tête du  4e Zouaves, jusqu'à hauteur du fort de la Malmaison. Chargé de coopérer à l'attaque de l'objectif, le Bataillon MORAND appuyant l'action du Bataillon HELBERT du 4e Zouaves, brise toutes les résistances qu'il rencontre.

La progression des éléments de la Division de droite ayant été arrêtée, le Bataillon dut, malgré la lutte acharnée qu'il venait de livrer, étendre son front et former un crochet défensif vers l'Est.

Le 2e Bataillon (Commandant ROTHENFLUE) est poussé en renfort d'un Bataillon du 4e Zouaves dès le début de l'attaque. Il remplit brillamment sa mission, ne se laissant arrêter ni par les barrages d'artillerie, ni par les rafales des nombreuses mitrailleuses. Tout en faisant une ample moisson de prisonniers, il atteint l'objectif final et, entrainé par son ardeur, pousse même des éléments delà du canal de l’Ailette.

Le Bataillon PIDAUT (4e Bataillon) assure, dès le deuxième jour de la Bataille, la relève d’un Bataillon de Chasseurs sur le front est de la 76e Brigade, dans des conditions particulièrement périlleuse sous une pluie d’obus de gros calibre. Le 25 quand I’attaque sur Pargny-Filain est reprise, le Bataillon appuie le mouvement et , par une manœuvre d’une extrême vigueur dégage le flanc dangereux en passant le canal et en poussant ses unités de tête sur les ennemies. Malgré la défense opiniâtre des AIlemands et le tir meurtrier des mitrailleuses, le Bataillon affirme sa suprématie et fait de nombreux prisonniers.

Le Régiment, avait. durant ces journées, glorieusement rempli sa tâche; en liaison avec le 4e Zouaves, il avait foulé un des premiers le sol du fort de la Malmaison, ruiné par l'ennemi; les Tirailleurs avaient fait preuve d'un entrain et d'une fougue qui avaient excité l'admiration des Régiments voisins qui lui rendirent hommage.

Les actions d'éclat et les actes d'héroïsme furent légion, et pour la première fois durant cette guerre, leurs auteurs reçurent, sur le terrain du combat au cours même de la lutte, la récompense de leur brillante conduite.

Les pertes étaient malheureusement très lourdes et reflétaient l'ardeur de la lutte. On comptait en fin d'opération:

109 tués dont 10 Officiers

573 blessés dont 8 Officiers

115 disparus.

Relevé le 30 Octobre, le Régiment se rend par étapes dans la région de Vertus et de Bergères-les-Vertus.

Le 15 Novembre, le Général PETAIN, Commandant en Chef les Armées du Nord et de l'Est passe en revue la 38e D.I. et remet au Drapeau du Régiment sa troisième palme avec la citation suivante:

«Régiment indigène de grande valeur, entraîné au moral comme au  physique par son Chef, le lieutenant-Colonel DUFOULON; a, pendant les journées des 23, 24 et 25 octobre 1917, sous l'énergique impulsion des Chefs de Bataillon MORAND, ROTHENFLUE et PIDAUT, montré sa fougue habituelle et son mépris du danger. A puissamment contribué à l'enlèvement. de la formidable position du fort de la Malmaison, puis du bois des Pelleries et d'Entre-deux-Monts, où il a mis en déroute les Bataillons de contre-attaque ennemis. A atteint avec un entrain admirable tous ses objectifs, poursuivant l'ennemi au-delà de l'Ailette, lui infligeant de lourdes pertes, faisant de nombreux prisonniers, prenant 17 canons et un grand nombre de mitrailleuses».

 

L'année 1917 se termine sur cet heureux événement et le Régiment quitte ses cantonnements de Bergères-les-Vertus, le  12 décembre, pour; se rendre par étapes au Camp de Châlons où il va être employé activement à des travaux de défense jusqu'au début de février 1918.

6)  La bataille défensive de 1918.

Cependant, I’ennemi puissamment renforcé, déclenche dès le 21 mars, sa formidable offensive entre l'Oise et la Scarpe; rude, irrésistible, pensait-il, qui devait l'amener devant Paris et décider de la victoire. Gradés et Tirailleurs, impatients, attendent anxieusement les nouvelles, brûlant du désir d'opposer leur bravoure à l'orgueilleux adversaire.

Le 25 mars, à midi, le Corps est alerté et se rend, EM, CHR, 3e et 4e Bataillons, à Bouzy, le 5e Bataillon à Louvois.

Le 26 mars, le Corps est enlevé à 17 heures en camions automobiles pour une destination encore inconnue. Il débarque, après 20 heures d'un voyage pénible en raison du froid, dans la région Sud de Cuvilly. Aussitôt débarqués, les Bataillons sont poussés au Sud d'Orvilliers-Sorel où ils bivouaquent.

Dans la nuit du 27 au 28 mars, le 5e Bataillon organise défensivement le village d'Orvillers-Sorel, puis se porte à Hainvillers, à 4 heures du matin, pour assurer la défense de cette localité.

L'ordre d'attaque est enfin donné pour 15h30, 4e et 5e Bataillons en première ligne, 5e Bataillon à droite, le 2e Bataillon en réserve de Brigade.

Le mouvement est déclenché, avec un élan admirable, une impétuosité telle, malgré les barrages d'artillerie et de mitrailleuses, que l'ennemi, surpris, hésite, reconnaissant ses vainqueurs de Verdun et de la Malmaison. Il cède du terrain. Le 4e Bataillon enlève, dans une charge magnifique, le village d'Orvillers, puissamment organisé, et poursuit l'ennemi qui se replie en désordre, jusqu'au bois Houssaye et au village de Remaugis.

Le 5e Bataillon s'empare de la Terrière et de la Station du Chemin de fer, en liaison, à droite, avec le Bataillon du Peuty, du 4e Zouaves. Deux contre-attaques ennemies sont brillamment repoussées.

Le 29 mars au matin, l'attaque est reprise par le 5e Bataillon renforcé par des éléments du 2e, pendant que le 4e Bataillon va se regrouper et passe en réserve de Division à Orvillers. Une nouvelle progression est marquée grâce à l'ardeur et au mordant de nos hommes, mais, contre-attaquées violemment et menacées d’être débordées, nos unités avancées reprennent leurs positions de départ vers 15h30.

Le 30 mars, après une très violente préparation d'artillerie, les allemands déclenchent avec des troupes fraîches une nouvelle attaque très puissante sur le secteur du Régiment voisin, le 319e Régiment d'infanterie, qui cède à la pression et se replie lentement sur Hainvillers.

La situation devient critique pour le Bataillon MORAND; la 19e Compagnie placée face à l'Est au nord de la roûte Hainvillers-Orvillers, prenant sous ses feux les vagues d'assaut ennemies, arrête momentanément la progression de l'ennemi. Mais celui-ci développe son attaque sur tout le front; la 18e Compagnie (Capitaine MEYNADER), la 7e Compagnie, font des prodiges, lui infligeant des pertes sévères, ne cédant le terrain que pas à pas sous la menace d'un enveloppement.

Le 4e Bataillon, à Orvillers-Sorel, reçoit l'ordre, le 30 au matin, de défendre le village que les Allemands attaquent par le Nord. Déployé face au Nord et au Nord-Ouest, il brise l'attaque par ses feux, refoule l'ennemi et le poursuit, venant s'installer à la Maisonnette en liaison à droite avec un Bataillon du 319e RI, à gauche avec des éléments du 4e Zouaves.

L'élan de l'adversaire est brisé; le 31 Mars, à midi, la 76e Brigade contre-attaque, le 4e Bataillon et les éléments regroupés des 2e et 5e Bataillons prennent part à cette nouvelle action et, malgré la fatigue extrême, manifestent leur vif espoir de reprendre le terrain cédé par force la veille. L'attaque est menée vivement, le bois des Epinettes, fortement occupé, vrai repaire de mitrailleuses, est enlevé à la baïonnette et à la grenade, mais sur notre gauche, le régiment voisin n'ayant pu progresser assez rapidement, notre ligne est reportée au Sud du bois des Epinettes, afin de rétablir la liaison.

Au soir du 31 mars, la ligne reconquise est solidement établie, l'ennemi épuisé semble renoncer à toute nouvelle tentative. Le 1er et le 2 avril, les éléments du Régiment, renforcés par des unités du 319e RI, en réserve, organisent la position et poussent des reconnaissances qui fouillent le bois des Epinettes définitivement abandonné par l'ennemi. Dans la nuit du 2 au 3 avril, le Régiment est relevé par le 56e Régiment d'infanterie.

Le Régiment venait de conquérir sa quatrième citation qui lui fut décernée le 4 Juin 1918:

«Pendant les opérations récentes, sous les ordres du Lieutenant-Colonel DUFOULON, a combattu sans répit des forces superieure et constamment renouvelées. Malgré. la fatigue et les pertes, a mené trois attaques successives avec l'allant et l'enthousiasme qui le caractérisent et réussi à arrêter et à refouler I' ennemi, faisant des prisonniers et prenant des mitrailleuses».

Du 17 au 23 mai, les Bataillons exécutent des travaux de défense dans le bois de Carlepont,

Les 24 et 25 mai, le Régiment qui était en réserve, relève en première ligne des unites du 4e Mixte. Pendant son séjour en ligne, le Régiment assure la garde du sous-secteur et exécute des travaux de défense. Dès le 28 mai, une attaque paraît imminente, mais partout la vigilance règne.

Le 21 mai, à la suite d'un très violent bombardement, l'ennemi essaie d'enfoncer notre flanc droit; une contre-attaque immédiate, déclenchée par le 2e Bataillon, nous rend le terrain perdu.

Le 5 juin, dès 3h30, l'ennemi commence une très violente préparation d'artillerie d'obus de tous calibres, dont une forte proportion d'obus à gaz et obus fumigènes.

L'attaque d'infanterie est déclenchée à 7 heures, à la faveur du brouillard artificiel créé. De l’épaisseur de la forêt, de nombreux groupes allemands essaient de s'infiltrer dans nos lignes et d'y jeter le désordre. La situation est rapidement rétablie, les groupes ennemis sont ramenés dans leur base de départ, abandonnant sous bois de nombreux cadavres et laissant  des prisonniers.

Cependant, vers la limite des 4e et 5e Bataillons, dans un ancien ouvrage allemand situé au bord de l’Oise qu'il domine, un fort groupe ennemi a pu s'installer en progressant le long des berges touffues de l'Oise. Une impétueuse contre-attaque menée dans l'après-midi par deux groupes pris dans les Bataillons DARANQUE et CHANAVAS, et opérant de concert, rejettent à l'Oise, le groupe ennemi, lui infligeant des pertes sévères et lui capturant 17 prisonniers, 8 mitrailleuses légères et deux mitrailleuses lourdes.

La ligne était rétablie dans son intégralité; une fois de plus, ladversaire avait essuyé un échec sanglant grâce à la farouche énergie et l'indomptable bravoure des tirailleurs du 8e.

Le 9 juin, dès l'aube, à notre gauche, sur la rive droite de l’Oise, la bataille du Matz fait rage; le 10 juin au matin, le mont Renaud tombe aux mains de l'ennemi. La situation du Régiment demeurant en flèche dans la boucle de Sempigny devient critique.

Le Commandement prescrit un repli dans la nuit, sur la ligne Bailly-Tracy-Ie-Val, mouvement qui s'exécute dans un ordre parfait et sans être inquiété par l'ennemi.

Le 17 juin, la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire est accordée au 8e Tirailleurs par le Général Commandant en Chef.

Le Régiment assure la garde du secteur jusqu'au 12 Juillet, date à laquelle le 4e Bataillon est transporté en camions-auto à Boursonne. Les autres éléments du Régiment l'y rejoignent le 14 juillet.

7)     La Bataille Offensive.

a) Bataille de Château-Thierry, Soisson.

Le 15 juillet, le Régiment reçoit dans la journée un renfort de 300 hommes. Le même soir, â 20 heures, les éléments du Régiment quittent Boursonne et vont bivouaquer dans la forêt de Villers-Cotterets au Nord-Est d'Haraucourt.

Le 17 juillet, à partir de 19 heures, le Régiment, par une marche des plus pénibles en raison de la pluie et des obstacles qui coupent à chaque instant les pistes forestières, se rend vers la lisière Est de la forêt de Villers-Cotterets, en formation d'attente à proximité du Carrefour de Chavigny, face à Longpont. Il est en réserve de Corps d'Armée pour l'offensive qui va se déclencher le 18 juillet à 5 heures, et qui durera sans arrêt jusqu'à l'armistice.

Sous de violents tirs de barrage, les éléments du Régiment débouchent successivement de la forêt, dés 6 heures, et suivent la progression de l'attaque. Les Bataillons vont recevoir au fur et à mesure que l'action se déroule, chacun une mission spéciale.

Le 20 juillet, le 2e Bataillon participe à l'opération déclenchée à 4 heures avec le 5e Bataillon du 4e Zouaves et relève des unités épuisées du RICM.

Le 21 juillet, l'attaque est reprise à 9 heures, puis à 15 heures.

Les unités du Bataillon y participent à nouveau, brillamment, en renfort du 5e Bataillon du 4e Zouaves.

Le Bataillon est relevé dans la nuit du 22 au 23 juillet par un Bataillon de la 34e Division d'infanterie Britannique.

Le 4e Bataillon (Commandant DERANQUE) qui s'est porté dès 6 heures sur les pentes Nord-Ouest de la ferme Lagrange au nord-est de Longpont, est mis dans l’après midi à la disposition de la 4e Brigade Marocaine et se porte à 17 heures en renfort du 4e Mixte Z-T.

Au cours de la nuit, il vient en deuxième ligne et en arrière du Bataillon MEFFREY qu'il appuie au cours de l'attaque prononcée le 19 juillet à 5 heures. Ce jour là, vers 10 heures, les 13e et 14e Compagnies, accompagnant; un groupe de chars d'assaut, attaquent à leur tour avec le concours des chars, font des prodiges sur un glacis violemment battu par les mitrailleuses. Devançant les chars d'assaut, elles progressent de 8oo mètres et s'emparent de la route Tigny-Parcy-Tigny, sur laquelle elles s'établissent solidement avec des éléments du Bataillon MEFFREY. Grâce à cette énergique et habile manoeuvre, le village de Parcy-Tigny, débordé par le nord, ne tarde pas à tomber, sous l'attaque de front menée par le Bataillon voisin.

Le 20 juillet, l'attaque est reprise à 4 heures, mais, malgré des efforts désespérés ne peut déboucher du glacis de Parcy-Tigny en raison de la violence du feu d’artillerie et de mitrailleuse de I’ennemi. Un nouvel effort est fait le 21 juillet à 9 heures avec le concours de chars d'assaut, puis à 15 heures, mais I’ennemi oppose une résistance désespéré pour la conservation du massif d’Hartennes, clef de la position d’une importance capitale pour la sécurité de son flanc droit.

Dans la nuit du 22 au 23 juillet, le 4e Bataillon est relevé par un Bataillon britannique.

Le 5e Bataillon (Commandant LOYNET) est mis dans l'après midi du 18 juillet à la disposition 4e Zouaves, puis rendu au Régiment dans la nuit

Le 19 juillet, dès 3 heures, il va renforcer le RICM dans le ravin au Nord-Ouest de Villers Helon et reçoit mission de continuer, avec les élément du RICM déjà engagés, l’attaque du village de Parcy-Tigny avec l’appui de chars d assaut L'attaque se déroule lentement en raison de la violente réaction de l'ennemi, mais, vers midi, le village de Parcy-Tigny est enlevé et est immédiatement organisé défensivement.

Le 22 juillet, le 5e Bataillon participe par ses feux à l'attaque tentée sur le massif d'Hartennes.

Le 23 juillet, il est relevé au cours de la nuit par un Bataillon Britannique.

Le 23juillet, le Régiment vient bivouaquer dans la forêt de Villers-Cotterets et se rend, le 24 juillet, à Vauxiennes et Vaunoise.

Il a perdu en cinq jours de combats acharnés :

7 Officiers tué, 1 disparu et 21 Officiers blessés.

Au total, les pertes sont de : 

29 Officiers

64 Sous-Officiers

100 hommes environ.

b)     Bataille de Noyon.

Après quelques jours de repos à Chelles du 26 juillet au 3 août, le Régiment ayant à peine eu le de se reconstituer, car les renforts ne lui sont arrivés que les 31 juillet, 1er et 2 août, il vient relever dans son ancien sous-secteur de Montmacq, le 360e RI. Les cadres «Officiers» n'ont pu être encore complétés, la plupart des Compagnies ne montent en ligne qu'avec un seul Officier; les renforts sont composés de jeunes Tirailleurs n'ayant pas encore reçu le baptême du feu; leur instruction a été hâtive; elle est incomplète.

Qu'importe!, le temps presse, le moral est excellent et la ferme volonté de vaincre définitivement l'adversaire galvanise tous les courages; le Régiment va fournir à nouveau un admirable effort.

Pendant que le 5e Bataillon opérait à l'Ouest de l'Oise, les 2e et 4e Bataillons quittaient le secteur Montmacq et venaient: le 4e Bataillon en première ligne à Tracy-le-Val, le 2e en deuxième ligne au Sud d'Ollencourt.

Le 18 août, le 4e Bataillon (Cornmandant DERANQUE) participe à une attaque à objectifs limités, en liaison avec le 4e Mixte à droite. Il s'agit, en vue d'une offensive ultérieure de s'assurer la possession du mont des Rosettes, où l'ennemi a des observatoires précieux.

L’attaque est déclenchée le soir à 18 heures ; les 13e et 15e Compagnies, en première ligne, triomphent, grâce à leur fougue, d'une vive résistance sous bois. Une trentaine de prisonniers valides et 6 mitrailleuses restent entre nos mains. Contre-attaquée violemment en pleine nuit, la 13 Compagnie, malgré les difficultés de liaison inouïes, en raison de l'épaisseur de la forêt, rétablit la situation en faisant de nouveau une quinzaine de prisonniers.

L 'attaque générale doit avoir lieu le 20 août au matin.

Au matin, l'attaque est déclenchée avec un entrain admirable; après avoir brisé une vive résistance sous bois, et malgré de grandes difficultés de terrain, le premier objectif est atteint.

A l'heure fixée, le mouvement en avant est repris pour la conquête du deuxième objectif. L'ennemi réagit violemment par son artillerie lourde, ses minen et ses mitrailleuses, notamment sur le Champ de Merlier.

Au cours de la nuit, l'ennemi est harcelé sans arrêt par nos patrouilles, et le 31 août à 6 heures, l'attaque générale est reprise. L'ennemi se replie vivement. Le Bataillon DERANQUE aborde Carlepont qui est traversé sans coup férir. Des indices nombreux prouvent que l’ennemi vient à peine de le quitter. Il a abandonné une grande quantité d'armes et de munitions. La poursuite commence, rapide. par les deux Bataillons de tête qui connaissent admirablement la région où ils se sont battus le mois précèdent.

Dès 9 heures, l'objectif final, qui est I'Oise, est atteint par nos patrouilles d'avant-garde, au moment même où les derniers groupes allemands la franchissaient ou cherchaient à détruire les passerelles. Le combat à la mitrailleuse s'engage d'une rive à l'autre, les bois de la rive droite étant demeurés occupés par l'ennemi.

Mais, dés 10h30, une patrouille de la 6e Compagnie a pu franchir l'Oise à la nage; un groupe de la 15e Compagnie passe à son tour vers 16 heures, après avoir réduit trois mitrailleuses ennemies qui défendaient l'accès de la passerelle de Mont à Lagache. Ces différents groupes sont renforcés le soir même par deux sections qui refoulent les patrouilles d'arrière-garde ennemies.

A partir de ce jour, commencent des combats incessants dans la boucle comprise entre l'Oise et le canal, combats très pénibles, car cette zone marécageuse et très touffue est dépourvue d'abris, et l'ennemi fait un usage constant des obus à gaz toxiques.

Le 29 Août, en liaison avec le 4e Zouaves à gauche, les deux bataillons de tête franchissent en entier l'Oise et le canal.

Le 31 Août, à midi 30, une attaque générale de la 38e DI est à nouveau déclenchée en direction de Salency-Baboeuf.

A l'heure prescrite, le Bataillon DERANQUE s'élance ; il fait un bond de 700 mètres, capturant quelques groupes ennemis et des mitrailleuses ; mais il est arrêté au bord de la ligne de chemin de fer Noyon-Chauny par de violents tirs de mitrailleuses et un intense barrage d'artillerie.

Le 3 septembre, l'attaque générale sur Salency-Bahoeuf se poursuit à 7 heures. Malgré une vive réaction de l'ennemi, le 2e Bataillon progresse jusqu'à la Rosière, puis atteint les lisières sud de Salency dans l'après-midi.

La 4 septembre au matin, Salency est enlevé par la 6e Compagnie. L'ennemi, complètement démoralisé par ces assauts incessants, lache pied et se replie vivement vers l'est. Malgré leurs fatigues, les Tirailleurs, excités, entament la poursuite. A 13 heures, les 5e, et 7e Compagnies ont dépassé le village de Baboeuf, objectif extrême assigné au Régiment.

Les pertes avaient été cruelles. Mais les jeunes Tirailleurs des derniers renforts avaient brillamment fait leurs preuves. Malgré les fatigues, les intempéries, les bombardements incessants, les pertes cruelles, jamais leur moral ne faiblit. En toutes circonstances, ils firent preuve d'un courage, d'une énergie et d'un esprit vraiment admirables.

Le 5 septembre, le Régiment, ramené à l'arrière, venait occuper les cantonnements de Blincourt (EM, CHR et 2e Bataillon) et Grand Fresnoy (4e et 5e Bataillons).

Le 13 septembre, le Régiment affecté à la 56e DI s'embarque en autos-camions à destination de Roye.

c)     Bataille de Thieracle.

Le Régiment séjourne à Roye du 14 au 27 septembre; il y reçoit deux renforts de 250 hommes, tous jeunes Tirailleurs venant des Bataillons d'instruction.

Le 13 octobre, il est stationné dans la région de Regny. Le 15 octobre, au cours de la nuit, les Bataillons DERANQUE (4e Bataillon) et LUYNET (5e Bataillon), en vue d'une attaque générale à exécuter le lendemain 16 octobre, relèvent en première ligne des éléments du  225e RI sur la rive droite de l'Oise, région de Mont-d'Origny, mouvement mené à bien, mais au prix des plus grosses difficultés. L'attaque doit avoir lieu le 16 octobre à 5h30 en liaison à gauche avec le 106e RI.

A l'heure fixée, les vagues d'assaut s'élancent. Les éléments du 5e Bataillon progressent pied à pied, et cueillent de nombreux prisonniers. Mais la liaison a gauche avec le 106 RI est rompue; ce Régiment n'ayant pu aborder la route de la Capelle qui constitue son objectif, le flanc gauche du 4e Bataillon se trouve à découvert.

L'attaque est reprise à 14 heures. Le résultat est le même que le matin. Le 5e Bataillon continue à progresser lentement à la grenade dans Mont-d'Origny.

Au cours de la nuit, le 2e Bataillon (Capitaine ROUSSEAU) relève sur ses emplacements le 4e Bataillon qui vient en réserve au bois des Fleurs.

Le 17 octobre à 5h30, l'attaque est reprise sur les mêmes objectifs. Le 2e Bataillon à 6 heures, occupe la cote 193 et cherche à s'y organiser; mais une fois de plus, le flanc gauche reste à découvert, le 106e RI. n'ayant pu parvenir à son objectif, l'ennemi contre-attaque, la situation des 5e et 7e Compagnies est critique; malgré une défense acharnée, elles doivent se replier sur la lisière Nord du village, en liaison avec les éléments du 5e Bataillon, qui, dans Mont-d'Origny, ont pu parvenir jusqu'à l'Église renforcés par une Compagnie de manoeuvre fournie par le 4e Bataillon.

Le combat se poursuit, le 18 octobre, avec un acharnement inouï de part et d'autre. Mais les pertes sont grandes.

Le Régiment est relevé dans la nuit du 19 octobre par le 20e R I. et vient bivouaquer dans la région au Nord-Ouest de Bernot. Le soir même, le Bataillon DERANQUE (4e Bataillon), malgré son faible effectif vient relever en première ligne, sur l'Oise à Hauteville, un Bataillon du 83e , avec le Bataillon ROUSSEAU à sa droite et le 5e Bataillon en réserve a l'Ouest de Bernot.

Du 20 au 27 octobre, d'incessants combats sont menés. Aucun répit n'est laissé à l'ennemi qui, harcelé sans trêve, bat en retraite le 27 octobre au petit jour. Les Bataillons DERANQUE et ROUSSEAU, sans perdre le contact, passent en entier l'Oise et le canal, occupent Macquigny et s'y organisent au Nord et au Nord Est, face à Guise.

Le Régiment passe en réserve de Division; l'attaque sur Guise va continuer, menée par les 106e et 132e RI en première ligne.

Le 31 octobre, le Régiment venant à l'arrière, vient bivouaquer vers Essigny-le-Grand.

Le 8 novembre 1918, le Régiment obtenait sa cinquième citation à l'Ordre de l'Armée:

"Régiment d'élite, sous l'habile direction de son Chef, le Lieutenant-colonel DUFOULON, s'est particulièrement distingué les 16, 17 et 18 octobre 1918 en attaquant avec un entrain et une énergie admirables, une position défendue par un ennemi supérieur en nombre, puissamment organisée dans un village dominant tout le terrain, résistant avec le sang-froid des troupes habituées au succès, aux plus violentes réactions de l'ennemi; renouvelant jusqu'à quatre fois ses attaques sans se laisser impressionner par les vides creusés dans ses rangs, conservant jusqu'au bout un mordant superbe, qui a fait l'admiration des Corps voisins et obligeant l'ennemi à engager devant lui des forces considérables".

  Par une série d'étapes, il arrive dans la région de Roye le 5 novembre.

Embarqué en chemin de fer le 9 novembre au matin, le Régiment est transporté dans les Vosges (Région de Mirecourt), EM, CHR. et 4e Bataillon à Valfroicourt, 2e Bataillon à Blainville-aux-Saules et 5e Bataillon à Rancourt.

C'est dans ces calmes villages, que les Tirailleurs apprennent, le 11 novembre, avec une émotion et une joie profonde, la signature de l'armistice consacrant la victoire des Armées Françaises.

Quelques jours après, dans une marche d'apothéose, ils faisaient, au son joyeux de la nouba, leur entrée en Alsace reconquise.

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