Le 8e régiment de Marche de Tirailleursou REGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS INDIGENE (Brigade Marocaine) |
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1.
du 9 septembre 1914 au 22 juin 1915
Le 1e
et le 6e Bataillons du 8e Régiment de Tirailleurs
se trouvaient au Maroc, lorsque le 4 août 1914, la guerre éclata.
Embarqués dés les premiers jours de septembre à destination de la
France, ils arrivaient à Cette, puis à Bordeaux ou, avec le 2e
Bataillon du 4e Régiment de Tirailleurs, venu lui aussi du Maroc, ils
formaient le 8e régiment de Marche de Tirailleurs sous le
commandement du Lieutenant-Colonel DELAVEAU (Jusqu'au 22 juin 1915, il y
eut aux armées deux 8e régiments de marche de Tirailleurs). La Bataille de la
Marne avait été gagnée; le flux boche brisé avait été repoussé
jusqu'a l'Aisne; la Bataille de l'Aisne commençait; le Général de
CASTELNAU. Sur le front qui, de l'ouest de Soissons remontait vers le
nord, projetait de refouler l'aile droite ennemie.
C'est alors que le
8e régiment de Marche de Tirailleurs (1e Bataillon
du 8e Tirailleurs sous les ordres du Commandant MASSON, 2e Bataillon du 4e
sous les ordres du Commandant BLONDIAU, 6e Bataillon du 8e,
sous les ordres du Commandant MILLET) formant avec le 1er Régiment mixte
d'Infanterie coloniale du Maroc (RICM). La 4e Brigade du Maroc,
est dirigé sur Compiègne où il débarque le 19 septembre. Le
Commandement rattachait la 4e Brigade Marocaine au 13e
Corps d’Armée (Général ALIX), élément de la 11e Armée,
celle du Général de CASTELNAU, dont l'action était déjà en cours sur
la rive droite de l'Oise vers Noyon. Tout aussitôt, le
Régiment va donner ses preuves. Dés le 20. il prend contact avec
l'ennemi; et le 21, il reçoit son véritable baptême du feu. De très bonne
heure, le 21 septembre, la présence des AIlemands est signalée vers la
Ferme de la Taulette-Lassigny. Le
8e régiment de Marche de Tirailleurs reçoit l'ordre de se
porter à l'attaque. C'est le premier
jour de l'automne, le soleil est resplendissant. Dans ce décor, les
tirailleurs aux couleurs vives, offrent un spectacle qu'ils n'auront pas
de nombreuses fois l'occasion de faire admirer : chéchias crânement campées,
ceintures rouges sous les petites vestes bleu-clair, vastes pantalons
blancs. Cependant, à 800
mètres de Canny, prés du petit bois qui est devenu le fameux Bois
Triangulaire, des coups de feu éclatent. Des
patrouilles ennemies rôdent; l'on est près des avant-postes. Mais les tirailleurs en ont senti
passer bien d'autres en Afrique; les Bataillons MASSON et MILLET
poursuivent résolument leur route. Le premier prend ses dispositions pour
attaquer Lassigny; le 6e se porte vers la Ferme la Taulette que
les Allemands occupent. Le bourg de
Lassigny est adossé au massif du Plémont qui domine toute la campagne
environnante et qui, comme point d'appui, jouera à plusieurs reprises
pendant la durée de la guerre un rôle très important. Les lisières du
village bordées de clôtures et de vergers, abritent des
mitrailleuses et de l'infanterie ennemie; un vaste glacis, complètement découvert
s'avance au loin dans la plaine. Et
les Tirailleurs du 1e bataillon marchent sur Lassigny. Les feux
nourris de mousqueterie les accueillent. Les 77 éclatent dans leurs
rangs, ils avancent. Le village est proche; le feu augmente. Plusieurs
fois les Tirailleurs viennent briser leurs rangs sur cet écueil où l'on
meurt; la rage les prend... Le Caporal Mohamed Ben Abdalla ,apporté au
poste de secours avec un bras déchiqueté, répond aux paroles de réconfort
du médecin « Je m'en fous de mourir ! Vive la France ! ». Le
Tirailleur de 1ere classe Sadock Ben Othman El Kalai, qui recevra la Médaille
Militaire, entraîne fougueusement ses camarades, les électrise, et
cependant domine si bien son enthousiasme qu'on le voit ramasser sur son
chemin les cartouches des blessés, repérer froidement sa cible et tirer
chaque fois à coup sûr. Les
Tirailleurs subissent des pertes trop lourdes... Force leur est, le soir,
après tant de tentatives infructueuses. d'établir leurs premières
lignes à quelques centaines de mètres des lisières de Lassigny, on
recommencera demain De son coté, le 6e
bataillon se porte à l'assaut de la ferme de Taulette que la 23e
Compagnie enlève d'un seul élan. Mais l'ennemi ne s'avoue pas vaincu. Il
multiplie ses contre-attaques, il faut tenir ! ... Les ravitaillements sont à peu prés
inexistants, l'artillerie adverse redouble d'action, le 6e bataillon tient
quand même. La nuit passe; on tient héroïquement le 22, le 23 et
jusqu'au 2 octobre. Le 22 septembre,
le 1e bataillon reprend ses assauts sur Lassigny. Le boche
s'est puissamment retranché ; les Tirailleurs chargent à la baïonnette
avec un entrain admirable, gagnant du terrain, sans parvenir toutefois a,
atteindre le village. Le 23,une forte
colonne d'attaque est constituée : le 1e bataillon du 8e régiment
de marche de Tirailleurs se joint à plusieurs autres Bataillons
d'Infanterie. Un vigoureux assaut est lancé par le Ravin de la Divette.
Une fois de plus les premières vagues, abordant les lisières du village,
ne peuvent y pénétrer et s’y maintenir. D'autre part
l'artillerie ennemie devient de plus en plus active les obus de 150
ont fait leur apparition ; ils viennent s'écraser avec un
fracas qui ne s'était pas encore entendu, sur ce champ de bataille. Le matin du 24,
plusieurs centaines des nôtres, fauchés par les mitrailleuses boches ou
brisés par les gros obus, émaillent comme des gerbes tricolores ces
lambeaux du terrain si chèrement disputé à l'ennemi. Aux pentes de la
Divette, aux abords de la route de Fresnieres, le soleil, comme pour
honorer la mort de ces braves, vient caresser de ses premiers rayons les
chatoyantes couleurs des uniformes d'Afrique. Étendus, le visage au sol,
les mains crispées sur leur arme, la mort les a figés dans le geste
ultime de la charge à la Baïonnette. Les Tirailleurs du
8e sont bien les dignes descendants des Turcos de Wissembourg. Au cours de la bataille, les seuls 1e et 6e bataillons ont subi de lourdes pertes :
Du 24 septembre au
1e octobre, le 1e bataillon, aux avant postes vers
le Bois de Canny, reste en position d'attaque. Le 6e bataillon,
dans la ferme La Taulette, tient toujours. Mais le 2 octobre, une forte
attaque allemande, sur tout le front du secteur provoque un repli : le 1e
bataillon s'installe vers la côte 83 (Ouest de Roye-sur-Matz), le 6e
vers Canny. C'est alors que, gagnant progressivement presque tout le front, commence
cette guerre de position dont le tempérament français devra bien
s'accommoder où chacun ayant muselé l'impatience de se battre, se révèlera
terrassier, mineur, bûcheron. etc... troglodyte puisqu'il le faut On se bat avec acharnement en Belgique; c'est la deuxième Bataille d’Ypres
qui commence. Les Allemands viennent, pour la première fois sur notre front de faire
usage de leur flétrissante invention les gaz asphyxiants. Les armées
alliées, pour n'avoir pu prévoir l'ignoble procédé de combat,
subissent des pertes très graves et cèdent sous l'effet des nappes
meurtrières. Nos lignes ont reculé au Nord d'Ypres; l'ennemi vers
Steentraetes a franchi le canal d'Ypres à Furnes. Après un court séjour
dans la région de Saint-Pol, le 24 avril 1915, le 8e régiment
de Marche de Tirailleurs est enlevé en camions autos et transporté en
Belgique, à Poperinghe ou il débarque le 25 à midi. Aussitôt il est
poussé en avant et va bivouaquer vers Brielen, à proximité du canal
qu'il franchit dans la matinée du 26 sur des passerelles établies par le
Génie. Mais le terrain des Flandres est plat et découvert à perte de
vue l'ennemi observe tous nos mouvements. Les passerelles sont soumises à
un bombardement intense; le passage s'effectue avec beaucoup de difficultés.
Il s'effectue quand même. En liaison avec le
RlCM le régiment progresse
rapidement. L'objectif est le village belge de Pilken. A 500 mètres des
lignes boches en dépit du tir serré des mitrailleuses, les Tirailleurs,
dans un magnifique élan, se jettent à l'assaut du mouvement de terrain
sur lequel sont installés les retranchements ennemis. L'Artillerie fait
rage. Les Tirailleurs
progressent toujours. Déjà les Compagnies de tête sont à 50 mètres
des premières lignes ennemies, lorsque soudain, les vagues chlorées
envahissent le champ de bataille, empoisonnant l'air que réclament les
poitrines haletantes et brisant le magnifique élan de nos troupes dépourvues
de tout moyen de protection, mais toute avance est devenue impossible. Le 27, on recommence
les mêmes émissions asphyxiantes rendent tous les efforts
impuissants. Au cours des tentatives du 28. le vieux sergent Youssef Ben
Hassine, vieux serviteur et vieux brave, enlève comme un chef véritable
sa section dont l'officier vient d'être tué... les traits de bravoure et
d'héroïsme sont innombrables Le 30, une dernière
attaque se brise, vaine…Alors le secteur se stabilise. Le Régiment ne
sera pas relevé avant le 26 mai. Tout un mois, il reste dans ce coin misérable
de Flandre que sa configuration rend si meurtrier. On ne peut creuser
aucune tranchée sérieuse, aucun boyau véritable, aucun abri: dès les
premiers coups de pioche la nappe d'eau se révèle. Par malheur on est
vu, repéré, observé de partout; pour chaque coup de pelle un coup de
feu. Comme l'inaction est une épreuve trop rude pour ces merveilleux
combattants, des attaques à fond sont fréquemment exécutées; elles ne
rapportent qu'un peu plus de gloire et de nouvelles pertes. Au 26 mai, lorsqu'il est enfin relevé pour aller à Rexpoède se reposer et se reformer, le 8e Tirailleurs de marche (1e et 6e bataillons seulement) compte pour ce dernier mois les pertes suivantes :
Le 8e régiment de Marche de Tirailleurs est encore à Rexpoede lorsque, ayant renvoyé au Maroc son 2e bataillon (du 4e Tirailleurs), il reçoit en échange, le 22 juin 1913 le 6e bataillon du 4e Zouaves et prend le nom de 4e régiment Mixte de Zouaves-Tirailleurs. (voir les historiques régimentaires)
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