7e RMT 1918d'après l'historique du régiment, Librairie Militaire CHAPELOT |
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LE COUP DE MAIN DU 8 JANVIER.
Blotissant aux pieds des côtes de Meuse leurs toits chargés de neige,
les petits villages de Jouy, Rangeval et Corniéville abritent une
laborieuse population militaire. Malgré un froid intense, des troupes s’exercent
sur le terrain glacé. C'est le 7e de Marche qui prépare le coup de main
dont il est chargé. La méthode qui avait fait ses preuves à Verdun est employée de
nouveau. Des répétitions extrêmement détaillées ont lieu sur un
terrain où sont figurées les organisations ennemies. D'ailleurs, le
caractère particulier de l'opération, nécessitant une manoeuvre sure et
précise, exige cette minutieuse préparation. Il ne s’agit pas, cette
fois, d'une attaque localisée avec occupation du terrain conquis, mais
bien d'un coup de filet rapide, ramenant dans nos lignes, prisonniers et
documents. L'objectif du régiment est la longue croupe couverte de tranchées
allemandes qui se détache du bois du Jury, vers la vallée du
Rupt-de-Mad et les ruines de Saint-Baussant. Les bataillons de Pascal et
Guény, renforcés d'éléments du génie et d'équipes de lance-flammes,
sont chargés de l'exécution du coup de main. Le bataillon de
Saint-Léger fournit les détachements de flanc-garde, les brancardiers
auxiliaires et les porteurs. La période d'instruction prend fin le 6 janvier. Le 7, le régiment se rapproche des lignes, stationne dans l'après-midi
dans des cantonnements intermédiaires, puis reprenant à 20 heures sa
marche au milieu de tourmentes de neige, vient, par une pénible étape,
se placer dans les tranchées. Au matin du 8 janvier, les tirailleurs
occupent les positions de départ et attendent tranquillement l'heure H
en battant la semelle. L'artillerie, qui a réalisé un véritable tour de force en mettant en
batterie et amenant ses stocks de projectiles en un temps très court,
commence son tir à 9 heures. La tranquillité matinale est brusquement
rompue par les énormes craquements des obus de 280 et les tirailleurs se
réjouissent de la surprise que doit causer aux Boches l'apparition d'un
tel calibre, dans un secteur où ils ne recevaient d'habitude que l'humble
75 ou l’antique 90. En même temps que s'exécutent les tirs de destruction, une
contre-batterie, extrêmement sérieuse, faite par gros obus ou par
toxiques, réussit à museler complètement l'artillerie ennemie. Enfin à 15 h. 15, l'assaut est donné. Les compagnies, fractionnées en
petites colonnes, surgissent des parallèles avec un ordre impressionnant,
franchissent les réseaux ennemis et abordent les tranchées. Bien que
prises à partie par des tirs de mitrailleuses, elles entament
immédiatement une lutte à la grenade avec les Boches qui se sont
réfugiés dans les abris. Parfois ceux-ci se rendent après une courte
lutte, parfois ils s'entêtent dans leur résistance, et alors
l'intervention des lance-flammes punit leur obstination. Grâce a leur
élan, nos troupes atteignent rapidement l'objectif et opèrent, en
attendant l’heure du repli, la destruction des abris et des minenwerfer
et la recherche des documents. Les Allemands ne pouvant compter sur leur artillerie completement
neutralisée, font intervenir un grand nombre de mitrailleuses. Du haut du
Mont-Sec, du “ saillant du doigt de gant ”, du bois de la
Sonnard, elles crépitent avec rage; lorsque l'ordre de repli est donné,
nos détachements ont à traverser de véritables nappes de balles et nos
pertes sont plus élevées au retour que pendant toute la progression.
Mais grâce au sang-froid des troupes, le mouvement s’exécute comme il
avait été prévu et nos brancardiers ramènent dans nos lignes tous nos
blessés et la plupart des cadavres. A 16 heures, tout est terminé, et sans prendre de repos les tirailleurs
traversent la forêt de la Reine et
regagnent leurs cantonnements. Nos troupes ramenaient 68 prisonniers et 9 mitrailleuses. Elles avaient
détruit 5 minenwerfer, fait sauter la plupart des abris, ruiné pour
longtemps les organisations allemandes et anéanti leur garnison. Ces
résultats attestaient leur vaillance, mais ils n'avaient pu être obtenus
qu’au prix d'un effort admirable. En trente-six heures, nos tirailleurs
avaient parcouru 54 kilomètres par un temps épouvantable et un froid
rigoureux, donné l'assaut et livré un combat acharné. Cette performance
montrait une fois de plus leur remarquable endurance. D'autre part, l'opération de Flirey était le premier coup de main a
grande envergure effectué par l'armée. Au 7e de Marche revenait
l'honneur d'avoir donné, à la fois le premier exemple et le modèle. LA RELÈVE PAR LES AMÉRICAINS
LE REPOS A VAUCOULEURS.
Après un repos de trois jours dans ses cantonnements de la zone de
Jouy, le régiment remonte en lignes et remplace le 154e d'infanterie qui
avait joué, pendant l'affaire, le rôle de régiment écran. Il trouve
avec cette unité, des officiers américains qui ont commencé à prendre
les consignes du secteur. En effet, la Division Marocaine doit être
relevée dans le secteur de Flirey par la 1ere Division américaine, le 7e
Tirailleurs étant remplacé par le 18e régiment. Les reconnaissances faites par nos alliés sont très détaillées,
elles mettent en contact pendant Plusieurs jours les officiers des deux
unités, ce qui nous permet d'apprécier les qualités d'audace,
d'initiative, de bonne volonté des Américains et leur sympathie
admirative pour la France. Aussi, lorsque le 20 janvier, le 7e de Marche quitte les ruines de
Seicheprey et de Beaumont, les laissant sous la bonne garde des “ Yanks ”
du colonel Parker, une véritable camaraderie s'est établie entre les
deux régiments que les hasards de la bataille devaient d'ailleurs, de
nouveau réunir. Au moment de cette relève, se produit une nouvelle modification de
l'ordre de bataille du régiment. Le 4e bataillon, originaire du 7e
Tirailleurs, est affecté par décision du Général commandant en chef au
11e Tirailleurs, unité de formation nouvelle se composant uniquement de
bataillons constantinois. Ce bataillon se groupe au camp du Bois-l'Evêque et s'embarque le 22
à Maron, pour sa nouvelle destination. Il appartenait au régiment depuis
le commencement de la guerre, et avait pris part a tous nos combats. Aussi
devait-il arriver au 11e Tirailleurs avec le prestige d'un glorieux
passé. Son départ cause au 7e de Marche, d'unanimes regrets. Le 6e bataillon du 6e Tirailleurs le remplace; il débarque à Toul, le
20 janvier, et va attendre au Bois-l'Evêque le reste du régiment. Un peu
plus tard, une décision du G. Q. G vient changer la dénomination du
bataillon de Saint-Léger qui devient le 1er bataillon du 2e Tirailleurs.
Les numéros des compagnies sont modifiés en conséquence et la
composition du 7e est, à
cette date ainsi réalisée
Les pertes subies dans les combats suivants et l'arrivée des renforts
devaient entraîner ultérieurement plusieurs autres changements. Les mois de février et de mars s'écoulent ensuite dans le calme des
cantonnements de la région de Vaucouleurs. Les troupes logées dans des
villages relativement confortables, au milieu d'une population sympathique
et dans un pays qui n'est pas sans pittoresque, connaissent enfin les
douceurs du repos. Les exercices sont interrompus par des jeux, des fêtes
et des concours et cette période constitue pour le régiment une
véritable détente. A partir de la fin de février, les bataillons sont successivement
détachés entre Toul et Nancy et effectuent des travaux d'organisation.
Dans la nuit du 24 au 25, un ordre de l'armée les regroupe dans la
région de Vaucouleurs, où ils se préparent à embarquer. L'ennemi, réunissant sur le front occidental les troupes libérées par
la défection russe, s'apprête à frapper un grand coup. Il vient
d'attaquer, avec une supériorité numérique écrasante, le front
britannique qu'il a ébranlé et cher cherche à séparer les armées
françaises et anglaises. La gravité de la situation exige un suprême
effort de tous et la Division Marocaine va, de nouveau, être jetée dans
la bataille. LES OPÉRATIONS DANS LA RÉGION DE
VILLERS-BRETONNEUX
La Division Marocaine intervient au moment où les Boches, après une
rapide progression, sont arrivés sur la ligne Villers-Bretonneux Castel
et, par de violentes attaques, cherchent a atteindre le confluent de
1'Avre et de la Somme et la ville d'Amiens. Le régiment parvenu après une pénible étape dans la zone d'Amiens,
commence immédiatement a mettre en état de défense le bois de Boves,
tout en se préparant a contre-attaquer. Mis a la disposition de la 29e
division d'infanterie qui, en liaison avec les Australiens, soutient de
furieux combats dans la région de Hangard, le 7e Tirailleurs est alerté
le 12 avril, à 15 heures, passe l'Avre malgré un tir d'interdiction
dirigé sur les ponts par l'artillerie ennemie et se groupe près du
bois de Gentelles. Il doit contre-attaquer si les troupes en secteur ne
peuvent réoccuper Hangard qui vient d'être enlevé par une attaque
allemande. L'effort de la 29e division d'infanterie et des Australiens réussit à
reprendre le terrain perdu et le régiment se contente de pousser le 6e
bataillon en soutien, dans un ravin a 1800 mètres à l'ouest du village.
Ce bataillon s'installe malgré de violents barrages, mais il est soumis
le lendemain matin, a. un tir systématique par obus à ypérite, qui rend
vite la position intenable. Les tirailleurs sont en grand nombre atteints
par le gaz vésicant et évacués. Le jour suivant, de nouveaux cas
d'intoxication se déclarent encore si bien que, le 15 au soir, le 6e
bataillon avait perdu 6 officiers et 269 hommes de troupe et se trouvait
pratiquement hors de combat. Le régiment continue a bivouaquer au bois de Gentelles et subit de
fréquents marmitages, que lui vaut la proximité de nombreuses
batteries. Une attaque allemande, d'ailleurs annoncée par des
déserteurs, se produit le 24 au matin, sur le front britannique.
L'ennemi fait usage de tanks et réussit a progresser jusqu'aux lisières
de Cachy et de Villers-Bretonneux. Une contre-attaque anglaise rétablit a
peu près la situation, pendant que la Division Marocaine se porte tout
entière au nord de l'Avre, prête a intervenir. Elle reçoit l'ordre de
contre-attaquer le 26 au matin, afin d'enlever a l'ennemi toute velléité
de progression. Les reconnaissances d'officiers ont lieu dans la journée
du 25 et les troupes se préparent a l'assaut. Le 7e Tirailleurs, partant de la première ligne anglaise, avait comme
premier objectif la route de Hangard a Villers-Bretonneux et comme
objectif éventuel, le chemin de terre passant par la lisière Est du bois
de Hangard. Le 1er bataillon, soutenu par le 3e, doit donner l'assaut. Le
6e bataillon trop affaibli, reste en réserve de division. Le bataillon de Saint-Léger éprouve les plus grandes difficultés pour
occuper ses emplacements. Contournant par le Sud le village de Cachy sur
lequel s'acharne l'artillerie lourde allemande, il trouve, a peu de
distance, la garnison anglaise de première ligne, qui ne peut lui donner
sur l'ennemi que des renseignements imprécis. Un fait ressort cependant de ces indications, c'est que la route de
Villers-Bretonneux à Domart, indiquée comme base de départ, est aux
mains de l'ennemi. Le bataillon diminué de la compagnie Arnault, qui, égarée par ses
guides, est allé se placer dans le secteur australien, reprend sa marche
en avant, précédé de fortes avant-gardes et rétablit le contact.
Devançant de quelques minutes l'heure H afin de rattraper le barrage
roulant, à 5 h. 10, il s'élance à l'assaut. Le brouillard qui couvre la plaine ne suffit pas à dissimuler son
avance et, immédiatement les mitrailleuses ennemies se mettent à
crépiter, mais leur tir est d'abord imprécis et des petits groupes
allemands s'enfuient devant nos troupes. A ce moment, débouche
obliquement devant le bataillon, la compagnie Arnault, qui, venant de
gauche, reprend sa place normale dans le dispositif. Le bataillon, ainsi
renforcé, continue sa marche vers 1'objectif normal, échappant aux tirs
de barrage par la rapidité de sa progression. A 5 h 15, le premier objectif est atteint et nos troupes reprennent leur
marche en avant, vers l'objectif éventuel. Malgré l'absence à droite
d'éléments français. La 2e compagnie se lance à l'assaut d'une crête, près de laquelle la
carcasse d'un avion abattu abrite des mitrailleuses. Le capitaine et trois
chefs de section sont mis hors de combat, mais les tirailleurs
réussissent à occuper la crête et l'organisent rapidement. Pendant ce
temps, la 3e compagnie avait vu tomber son capitaine et tous ses
officiers ; néanmoins,
encouragée par l'arrivée d'un tank anglais, elle continue sa progression
et une poignée d'hommes, commandée par le sergent Plaza, atteint des
tranchées ennemies dans lesquelles elle capture des prisonniers. Mais de
droite et de gauche, du bois de Hangard et du monument de
Villers-Bretonneux, les mitrailleuses font rage, et le petit groupe
réduit à quelques hommes, est oblige de regagner la crête, sur laquelle
la 1re compagnie,
après deux sanglantes tentatives de franchissement vient de s'accrocher.
Ainsi le 1er bataillon se stabilise au-delà de l'objectif normal. Le bataillon de Pascal, intervenant après une marche d'approche sous
un rude marmitage, traversant sous un feu terrible un glacis découvert,
vient boucher les vides du bataillon de Saint-Léger et, s'échelonnant à
sa droite, essaie en vain de se mettre en liaison avec le 4e Tirailleurs. Pendant ce mouvement, ses pertes sont sévères;
parmi les plus sensibles, il faut citer la mort du lieutenant de
Boisrenard, le spécialiste des coups de main du régiment, qui faisait
l'admiration de tous, par son éclatante bravoure. Le régiment s'organise sur le terrain conquis. A sa gauche, il est
appuyé par le 8e Zouaves qui' vient de prendre pied sur la croupe du
monument, mais sa droite est toujours complètement découverte. Il reste
dans cette situation périlleuse jusqu'au moment où des renforts
parviennent à réaliser la soudure des lignes. Les bataillons d'assaut restent en place pendant toute la journée du
27, subissant des barrages d'artillerie d'une effrayante intensité
et des tirs ininterrompus de mitrailleuses. A la
nuit, ce qui reste du bataillon Dubech, suffit à relever leurs débris. Les journées qui suivent sont marquées par un duel d'artillerie
vraiment formidable. Chaque soir, à la tombée de la nuit, d'énormes
barrages grondent sur les lignes, trouant d'éclairs l'ombre naissante.
Heureusement notre artillerie et celle de nos alliés, très renforcée,
prennent dans ce concert, une part de plus en plus prépondérante, Le bataillon Dubech reste en ligne jusqu'au 1er mai et l'un de ses
postes, par un beau coup d'audace, réussit à cueillir 8 Prisonniers.
D'ailleurs, l'ennemi ne tente plus rien, la 15e
Division allemande montée en ligne le 26 au matin pour nous
attaquer, avait subi de telles pertes du fait de notre choc, qu'elle avait
été relevée dès le 28 par une division venant du front
roumain. Un communiqué de guerre ennemi, reconnaissait la bravoure
déployée par les troupes de la Division Marocaine et le Boche, la rage
au coeur, était obligé de renoncer à Amiens, la belle proie qu'il
estimait si proche. Ces résultats n'avaient pas été obtenus sans de lourds sacrifices. A
la relève du 7e de Marche,
23 officiers et 1013 hommes manquaient à l'appel. Mais sa bravoure devait
lui valoir sa quatrième citation à l'ordre de l'Armée et le droit de
porter fièrement la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire. LES COMBATS AUTOUR DE SOISSONS
LA DÉFENSIVE
LES COMBATS DES 29, 30 ET 31 MAI.
La Division Marocaine est retirée du front le 6 mai et quelques jours
après, est transportée en autos-camions dans la zone de
Nanteuil-le-Haudoin où doit s'opérer sa reconstitution. Le 7e Tirailleurs a, dans la région de Dammartin, à une distance
relativement faible de la capitale, de bons cantonnements où il se repose
et se réorganise. Il reçoit des renforts français des jeunes classes et “boudjadis ”
indigènes, qui n'ont encore jamais vu le feu. Ces renforts arrivent le 23
mai et à peine sont-ils affectés dans les compagnies, que le régiment
est engagé a nouveau. Cette fois, l'ennemi a attaqué le front français. Bousculant les défenseurs du Chemin-des-Dames, il a franchi rapidement
la vallée de l'Aisne, atteint celle de la Vesle et exploite
vigoureusement son succès dans la région du Tardenois, poussant vers la
Marne qu'il devait atteindre à Château-Thierry. La situation est plus grave que jamais et la Division Marocaine, a peine
sortie de la bataille, va livrer de nouveaux combats. Le régiment alerté le 27 mai, est prévenu le 28 dans la matinée
qu'il embarquera le même jour à 17 heures. Les préparatifs de départ
sont activement poussés et les bataillons sont prêts à l'heure dite,
formant les faisceaux sur les routes où ils doivent embarquer. Alors
commence dans la nuit glacée, une longue et énervante attente. Enfin a 2
heures du matin, pendant que l'on se demande avec angoisse comment
l'ennemi. a employé les heures ainsi perdues, les camions automobiles
arrivent, chargent leur cargaison humaine et, à travers la forêt de
Villers-Cotterets, la transportent vers la bataille. Le 29, à 9 heures du matin, le régiment arrive tranquillement à
Chaudun, croyant être encore loin de l'ennemi et supposant que les rares
coups de 75 entendus à proximité, sont tirés contre quelque invisible
avion. Il apprend brusquement la gravité de la situation. L'ennemi tient
en force la vallée de la Crise, il n'a devant lui que quelques groupes
dispersés et incapables de contenir sa poussée. Heureusement la Division
Marocaine arrive a temps, ses régiments se déploient depuis le sud de
Soissons jusqu'à l'Echelle et les Allemands, arrêtés dans leur
triomphale avance, vont trouver à qui parler. Le 7e Tirailleurs détache d'abord le 3e bataillon sur la croupe, au sud
de Berzy-le-Sec, entre le 8e Zouaves et le 299e régiment d'infanterie. Le
bataillon s'installe sous le couvert des hautes moissons et s'articule
solidement en profondeur, tandis que sa compagnie de tête, la 11e
envoient des éléments jusqu'à la voie ferrée. L ennemi n’attaque pas
le front tenu par nous, mais au Sud, il prend l'offensive contre la 74e
division et réussit, le 30 au matin, à occuper le ravin de Chazelle,
tournant complètement le bataillon de Pascal. Ce bataillon, que renforce
la compagnie Legendre du bataillon Mennétrier, conserve néanmoins ses
positions et monte une contre-attaque pour chasser les Boches du ravin, Le peloton du lieutenant de Ruéda progresse en suivant le thalweg,
tandis que deux sections de la 9e compagnie, sous les ordres du capitaine
Bardin, dévalent les pentes, vers le Sud. Cette manoeuvre, effectuée
avec audace et énergie et appuyée par une charge de l'escadron
divisionnaire de la 74e division d'infanterie, réussit complètement. Nos
éléments atteignent la Foulerie et font des prisonniers. Mais bientôt les Boches contre-attaquent en force, obligeant d'abord
nos détachements à un léger repli. Le capitaine Legendre arrive alors
sur la ligne avec les deux sections qui lui restent et arrête l'avance
ennemie. Cependant, tandis que le bataillon de Pascal continue à tenir
solidement la croupe au sud de Berzy-le-Sec, l'ennemi fidèle à sa
tactique d'infiltration, réussit à avancer au sud du secteur de la
Division Marocaine et à occuper le village de Chazelle, mettant nos
troupes dans une périlleuse situation, Le commandant de Pascal ne replie cependant pas ses compagnies de tête,
il échelonne ses réserves et attend du secours. Celui-ci ne tarde pas à
arriver, c'est le bataillon Mennétrier augmenté de la compagnie Cornu du
1er bataillon, qui s'engage à son tour. Tandis que sa compagnie de
gauche progresse rapidement et vient renforcer le bataillon de Pascal, sa
compagnie de droite est accueillie par un feu violent provenant des
maisons de Chazelles. Immédiatement, elle se prépare à l'assaut. Tandis
que des fusils mitrailleurs, convenablement placés, arrosent d'une
manière ininterrompue le village, les sections Chemin et Celma
s'élancent à la baïonnette. Abordant l'ennemi avec un élan admirable,
elles lui font subir de fortes pertes et restent maîtresses du terrain,
capturant 20 prisonniers et l'officier boche chargé de la défense du
hameau. Ces prisonniers appartenaient au 7e régiment de grenadiers,
faisant partie de la 9e division, unité d'élite, comptant parmi les
meilleures de l'armée allemande. Au cours de l'après-midi, le poids de l'attaque ennemie se porte
surtout au nord du secteur du régiment. Le 8e Zouaves est obligé
d'évacuer Berzy-le-Sec et les Allemands parviennent jusqu'à Ploizy,
mettant le bataillon de Pascal dans une situation désespérée. D'innombrables mitrailleuses fauchent nos lignes couchées dans les
cultures, et la compagnie Bellecullée est presque anéantie. Il faut se
résigner à la retraite. Par l'étroit goulet qui reste encore libre,
tenant l'ennemi en respect par leur fusillade, les débris du bataillon se
replient à la tête du ravin. Les deux compagnies encore disponibles du 1er bataillon, se portent en avant pour soutenir notre ligne.
Au cours de leur marche d'approche, elles sont prises sous le feu des
mitrailleuses d'avions ennemis qui les survolent à faible altitude et
perdent leur chef, le commandant de Saint-Léger, mortellement blessé. A la nuit, elles remplacent en première ligne, le 3e bataillon qui va
se reformer en soutien entre les fermes Cravançon et Maison neuve. Le 31 au matin, le 7e Tirailleurs fait front dans les tranchées de la
ligne du GMP. (ligne de tranchées s’étendant parallèlement à l’Aisne
et construite sous la direction du gouvernement militaire), au nord et à
l'Est de Chaudun. Bien qu'extrêmement affaibli, il reçoit l’ordre de
contre-attaquer avec les chars d’assaut, pour appuyer une opération de
la 33e division d'infanterie. Retardée à plusieurs reprises,
l'opération est définitivement fixée à midi 15. Dans la matinée, tandis que les tirailleurs, tapis dans leurs
tranchées attendent l'heure de l'assaut, un groupe de cavaliers ennemis,
fort d'environ un escadron, débouche brusquement du ravin de Chazelle. Un
feu rapide et concentré de nos mitrailleuses l'oblige à un prompt
demi-tour. Vers 11 heures, le lieutenant-colonel Schultz se porte vers Chaudun pour
diriger l'action projetée. Pendant son déplacement, il est blessé par
une balle de mitrailleuse et le commandant Mennétrier prend le
commandement du régiment. A l'heure fixée, malgré l'absence des tanks annoncés, les bataillons
exécutent leur contre-attaque. Ils franchissent rapidement, sous un feu
d'une violence extraordinaire, les réseaux de fils de fer du GMP, se
reforment au-delà et partent à l'assaut. Leur élan n'est pas arrêté
par les terribles ravages des mitrailleuses ennemies et ils parviennent
jusqu'aux croupes qui dominent le ravin. Mais là, soumis à un feu
meurtrier, ne trouvant à droite ni à gauche aucun élément français,
ils sont obligés de regagner leur position de départ. A 13 heures, les chars d'assaut, d'agiles petits Renault, font leur
apparition. les Tirailleurs
qui viennent à peine de se reformer après leur attaque, s'élancent
avec eux. L'infanterie allemande terrorisée par leur apparition, reflue
en désordre. Mais des pièces à tir direct, mises en batterie sur les
crêtes, ouvrent sur nos chars un feu nourri. “ Tankers ” et
tirailleurs subissent des pertes élevées et se voyant toujours
complètement isolés, doivent regagner la tranchée GMP. Le 6e bataillon participe encore, a une troisième tentative, effectuée
avec le concours d'un bataillon mis a la disposition du régiment. Si ces
contre-attaques réitérées, d'ailleurs effectuées sans aucun appui
d'artillerie, contre un ennemi très supérieur en nombre et abondamment
pourvu de mitrailleuses, n'avaient pas réussi à progresser, elles
avaient néanmoins fixé les Allemands et permis la reconstitution d'un
front défensif. Aussi, lorsque le 7e Tirailleurs, diminué de 26
officiers et de plus de 1.000 hommes, est relevé par le 33e
d'infanterie, il a la fierté de pouvoir lui passer, intact de toute
souillure ennemie, le village de Chaudun et le front confié à sa garde. LES OPÉRATIONS AU NORD DE VILLERS-COTTERETS
LE SECTEUR D'AMBLENY
Après sa relève le régiment se rassemble a Chafosse au sud de
Saint-Pierre-1'Aigle et se reconstitue hâtivement, formant deux groupes
de chacun deux compagnies et une CM. Quelques heures après son arrivée, il quitte rapidement son
emplacement et se porte vers Haramont. Il commence son mouvement dans la forêt de Retz, d'abord sur
des layons où les feuilles tombées cachent de véritables bourbiers,
puis sur de belles allées rectilignes encombrées de convois et franchit
les carrefours battus par l'artillerie boche a longue portée. Un ordre
l'arrête au Rond-de-la-Reine. L’ennemi accentue sa pression dans la région de Longpont et le
régiment doit organiser aux carrefours de la foret un système d’avant-poste
formant un deuxième front en arrière des positions attaquées. La
situation est toujours angoissante et il faut a tous, une robuste
confiance pour envisager sans anxiété l'avenir. Le 2 juin, après une série de marches et de contre-marches, les
troupes accablées de fatigue se reposent sous le couvert de la haute
futée, puis sont le lendemain alertées de nouveau. Les Allemands ont
attaqué la division qui a relevé la Division Marocaine et réussi a
emporter Chaudun, Missy-au-Bois, poussant jusqu'à la raperie de
Sainte-Créaude. La Division Marocaine bien qu’affaiblie par ses pertes
sanglantes, constitue la seule réserve immédiatement disponible et elle
se porte en arrière du front menacé, pour faire barrage en cas
d'incursion ennemie. Une longue marche d'approche sur les plateaux couverts de magnifiques
moissons, qu'il faut piétiner pour se faire un passage, conduit le
régiment sur la croupe de la ferme le Murger dominant le ruisseau de
Coeuvres, Au moment où il passe à hauteur de la ferme Vauberon, les obus
incendiaires ennemis font flamber les Hangars d'un ancien camp d'aviation
et sauter un important dépôt de munitions. Les groupes s'installent sur la position et portent des éléments
au-delà du ruisseau. L'artillerie ennemie, faute d'objectifs précis,
tire peu sur la zone qu'ils occupent, mais exécute sur le plateau où se
trouvent les premières lignes, de furieux tirs de préparation. Le 5, le régiment se reporte aux tranchées du GMP, au nord de
Mortefontaine, tandis que la 1re brigade va relever, vers Amblény, des
éléments des 151 et 162e divisions. Le groupe du capitaine Cornu est ensuite détaché au ravin de la
Bargaine, où il s'abrite dans les creutes qui pullulent dans la région,
tandis que le groupe de Pascal effectue quelques mouvements,
parallèlement au front se portant en réserve derrière les points
menacés. Le 7e Tirailleurs, à la tête duquel se trouve le
lieutenant-colonel Mensier, venu le 6 juin prendre le commandement du
régiment, se groupe ensuite au sud de Montigny, reçoit un très maigre
renfort du CID et, dès le 12, est engagé de nouveau. La journée du 12 juin a été, en effet, marquée par une nouvelle
offensive de l'ennemi qui, poussant en direction de Compiègne, essaie
d'élargir vers l'Ouest la poche du Tardenois. Repoussée avec des pertes sanglantes sur la majeure partie du front, et
particulièrement devant notre 1ere brigade, cette attaque réussit
cependant à refouler les éléments de la 51 division d’infanterie et
à atteindre le ruisseau de Coeuvres. Immédiatement, les deux groupes de manoeuvre formés par le 7e
Tirailleurs, sont engagés pour boucher la fissure produite. Leur
intervention arrête les progrès ennemis et permet de rétablir un front
défensif. Le lendemain, le régiment est relevé par le 1er Tirailleurs
marocains et le 15, il vient remplacer le 4e Tirailleurs dans la zone d'Amblény. Nos détachements tiennent les ruines d'Amblény et les bois qui
descendent du plateau vers la vallée de l'Aisne. Le couvert des
boqueteaux permet une circulation plus facile et la vie du secteur s’y
concentre, évitant les harcèlements nourris que l'artillerie hoche
exécute sur le plateau. Le 7e Tirailleurs, réduit à des effectifs
squelettiques, n'ayant pas connu de repos depuis le 19 mai, tient sans
défaillance ce coin agité du front et repousse avec pertes, le 19 au
matin, une tentative ennemie. Au cours de la nuit suivante, il est
remplacé par le 69e régiment d'infanterie et la Division Marocaine,
relevée par la 11e division, va cantonner près de l'Aisne dans la
région d'Attichy. Le séjour du régiment dans ses cantonnements de Berneuil puis de
Cuise-Lamotte, assez agréables, bien que désertés par la population
civile, est consacré à l'incorporation des renforts qui permettent de
reformer les 3 bataillons. Cette période de réorganisation et
d'instruction, coupée de revues et d'exercices d’alerte, prend fin le 6
juillet et le 7e Tirailleurs, encore une fois recomplété, va pouvoir
utiliser ses nouvelles forces. LE SECTEUR DE COEUVRES.
L'ATTAQUE DU 18 JUILLET
A l'est de Coeuvres, quelques éléments de tranchées creusés au
milieu des cultures et se rattachant a la ligne du GMP, tel est le secteur
où le 7e Tirailleurs vient relever le 9e Zouaves. L'artillerie ennemie,
assez peu active sur le plateau, s'acharne sur le village de Coeuvres,
déjà mutilé, et dont les maisons s'écroulent les unes après les
autres. Heureusement, de nombreuses creutes percées aux flancs du ravin,
abritent nos réserves et les soustraient à ce bombardement forcené; des
passages sont reconnus qui permettent d’éviter la traversée du
village et ainsi, la plupart des batteries ennemies s'exercent sur le
vide. Les Allemands voulant probablement laisser dans le doute le point exact
où se produira leur future offensive, maintiennent ainsi jusqu’au 16
juillet une activité considérable. Puis le masque étant levé et leurs
soldats s’étant portés à l'assaut de nos positions de Champagne,
entre la Marne et l'Argonne, ils ralentissent dans les autres secteurs
l'intensité du combat. Ils ne savaient pas que ce silence relatif allait nous permettre d’effectuer,
en toute tranquillité, les préparatifs de la contre-attaque qui leur
arracherait le terrain conquis et marquerait le commencement de leur
défaite. Brusquement, le 16 juillet, sans que les troupes en secteur aient la
moindre idée des intentions du commandement, des reconnaissances
d'officiers de la 1ere division américaine ont lieu en vue d'une attaque
très proche. Puis dans la nuit, le bataillon de première ligne est
relevé par un bataillon du 365e régiment d’infanterie et se porte à
Puisieux, tandis que les unités de réserve conservent leur emplacement. Durant cette même nuit, nos lignes sont le théâtre d'une activité
formidable et secrète. Des
régiments entiers d'artillerie viennent prendre position, des stocks
considérables de projectiles sont amassés le long des routes ; au petit
jour, pièces et munitions sont camouflées et le secteur cache, sous un
calme trompeur, la force dont il vient de s'enrichir. Pendant que le
matériel est ainsi accumulé, les troupes reçoivent les directives de
l'opération. La 10e armée commandée par le général Mangin, va
attaquer le flanc droit de l'ennemi occupé a son offensive sur la Marne.
La Division Marocaine, se resserrant sur le secteur de la 1ere brigade, va
se porter à l'assaut des positions allemandes. La brigade Bouchez donnera
le premier effort et sera dépassée sur l'objectif intermédiaire par le
8e Zouaves et le 7e Tirailleurs. La nuit du 7 au 8, d'une
obscurité profonde, gêne un peu, mais dissimule admirablement les
mouvements des troupes. A l'aube, le régiment est massé dans les bois,
au nord du moulin de Valséry, les tanks sont à leurs positions d'attente
et les nombreuses batteries de 75 qui doivent fournir le barrage roulant,
gardent un silence absolu. Le jour se lève et un calme impressionnant
précède la bataille. 4 h. 35, brusquement aboient a la fois les canons cachés aux replis des
collines et, précédées d'un barrage intense, renforcées par des
batteries de chars Schneider, les troupes s’élancent a l'assaut. La surprise est complete et la progression rapide. Le village de
Dommiers est bientôt entre nos mains et de longues colonnes de Boches
affolés gagnent l’arrière de nos lignes. L'artillerie ennemie n'a pas
eu le temps de déclencher le tir de barrage, elle bat d’une façon
assez intense mais irrégulière tout le plateau, s'acharnant surtout sur
le carrefour des Trois-Peupliers. Dix minutes après le déclenchement de
l'assaut, les bataillons du 7e de Marche, échelonnés et déployés en
formations très diluées, avaient commencé leur marche d'approche
derrière la 1re brigade. La Légion Étrangère arrive à l'objectif intermédiaire à l'heure
fixée par le plan d'engagement et le régiment, effectuant un passage de
ligne, se porte à la conquête de l'objectif normal. Les deux bataillons
de tête, le 6e et le 1er, progressent malgré les rafales d'artillerie
lourde et le tir ininterrompu de petits canons à pointage direct. Ils
enlèvent d'abord la ferme Cravançon, saisissent les batteries boches
placées à l'est de la route et continuent leur progression. Ils attaquent bientôt les maisons de Chaudun, où l'ennemi fortement
retranché, oppose une vive résistance. Mais les V. B. se mettent en
action, les maisons sont conquises une a une et au bout d'une heure de
lutte, le village tombe tout entier entre nos mains. Nos troupes y
capturent 260 prisonniers, de nombreuses mitrailleuses et un matériel
considérable. Les tirailleurs continuent à avancer et trouvent, à l'est du village,
la tranchée du GMP garnie de défenseurs. Une lutte très âpre s'engage
aussitôt entre nos grenadiers voltigeurs et les mitrailleurs boches, mais
nos chars d'assaut vont tranquillement se placer le long de l'ouvrage et,
tirant d'enfilade, font un véritable carnage d'Allemands. Bientôt la
tranchée, jonchée de cadavres, est en notre possession. A 10 heures, le régiment a atteint son objectif normal. Il reçoit
l'ordre de continuer la progression. En raison du mélange des unités
avec les troupes américaines, dont les copieux effectifs débordent dans
notre zone d'action, une reconstitution hâtive est effectuée d'abord,
puis a 13 h. 30, les bataillons Taillemitte et Mennétrier, reprennent
leur attaque. L'ennemi a reçu des renforts, les vagues d'assaut sont
clouées dans les blés par des rafales de mitrailleuses, et subissent des
pertes sévères. D'ailleurs a ce moment, le commandement donne l'ordre
d'attendre pour continuer la progression, que la situation se soit
améliorée dans le secteur américain. Une nouvelle attaque est ordonnée dans la soirée et l'obscurité
rendant impossible l'action des chars d'assaut, elle est remise au
lendemain. Au cours de la nuit, les compagnies se reforment ; le
bataillon de Pascal, jusque-la réservé, entre en ligne a son tour et le
régiment s’organise sur le terrain conquis. Le 19 à 5 heures, le 7e Tirailleurs appuyé de chars Renault se reporte
a l'assaut. Sur la cote 142 qui domine toutes nos positions, de nombreuses
mitrailleuses tiennent en échec nos camarades américains et balaient les
abords du ravin de Chazelle. Le 3e bataillon réussit néanmoins, sous un feu d'enfer, a atteindre la
tête du ravin, mais son chef, le Commandant de Pascal, est blessé et de
nombreux officiers et tirailleurs sont hors de combat. Le 6e bataillon est lui aussi pris à partie dès son débouché, par un
feu ininterrompu de mitrailleuses. Nos tirailleurs ne se découragent
cependant pas; rampant l'un après l'autre dans les hautes moissons, ils
commencent un vaste mouvement d’enveloppement qui porte la 22e compagnie
jusqu'a la croupe boisée qui domine à l'Est, le village de l’Échelle,
prenant ainsi complètement a revers les défenseurs du ravin. Nos fusils
et les pièces de la CM 3 battent l'entrée des carrières où s'abritent
les Boches et nos groupes, opérant de concert avec ceux du 8e Zouaves, s
emparent des tanières, y capturant 180 prisonniers. Dans la soirée, une brillante attaque des soldats américains, qui
n'avaient cessé de montrer une bravoure admirable, parvient a enlever la
cote 142, la clé de la défense ennemie. Désormais la situation
s'améliore. Il faut immédiatement exploiter ce succès aussi la nuit
n'arrête-t-elle pas les opérations. Le 7e Tirailleurs se rend maître
des villages de l'Échelle et de Chazelle et s'établit sur la ligne
Visigneux-Charantigny. Il est dépassé par la 1ere brigade et ses
éléments restent en réserve sur leurs positions. Dans la matinée du 21, le bataillon Mennetrier est mis à la
disposition directe de la 2e brigade et se porte en soutien d’un
bataillon sénégalais, qui opère près de Charantigny. Ce bataillon
subit d'abord une attaque ennemie que nos détachements l'aident à
repousser, puis à 13 H 30, les 22e et 23e compagnies se portent à
l'assaut de la cote 1 46. Sept chars légers appuient leur attaque. Les mitrailleurs ennemis qui
ont appris a redouter nos tanks, se dissimulent à leur approche et
profitant de la demi-cécité de ces engins, se révèlent après leur
passage et dirigent sur nos tirailleurs un feu a courte distance, d'une
impressionnante efficacité. Nos troupes brisent néanmoins cette
résistance et parviennent à l'objectif fixé, mais à peine les
silhouettes de nos chars, se profilant sur la crête ont-elle appris à
l'ennemi la perte de la position, qu'un tir de concentration d'obus de
gros calibres s'abat sur la croupe 146. Ce bombardement met rapidement
hors d'usage cinq sur sept de nos chars et fait subir à nos détachements
de telles pertes, que les officiers prescrivent de se replier légèrement
a contre-pente de la crête convoitée. Cette manoeuvre s’exécute, nos
troupes se reforment sur les pentes Ouest et organisent le terrain. Elles sont relevées dans la nuit, en même temps que les autres
éléments du régiment, par les bataillons du 136 régiment d’infanterie
et le 7e Tirailleurs, affaibli de 16 officiers et de 744 hommes va se
regrouper au bivouac du bois de la Source. Ainsi, au cours de trois journées de luttes ininterrompues, le 7e
Tirailleurs de Marche avait pénétré profondément dans les
organisations ennemies et avait eu la joie de libérer lui-même ce
terrain si âprement disputé, les 29 et 30 mai. 450 prisonniers, un grand
nombre de mitrailleuses, plusieurs batteries, un important matériel
restaient entre ses mains. Le village de Chaudun avait vu nos soldats repasser en vainqueurs et le
régiment, qui allait ajouter une cinquième palme à la Croix de Guerre
de son Drapeau, pouvait s'enorgueillir d'avoir largement contribué au
succès de cette attaque, qui marque un tournant de l'histoire de la
guerre et inaugure la longue suite de combats qui, de victoire en
victoire, devaient nous conduire au triomphe final, LE REPOS DANS LA SOMME
LES OPÉRATIONS DE SEPTEMBRE
LE REPOS DANS LA SOMME.
Le régiment opère sa reconstitution dans les cantonnements de
Francastel et d'Oursel-Maison, dans la partie sud de l'ancien camp de
Crêvecoeur ou la Division Marocaine vient d'être transportée
en camions automobiles. Après avoir reçu premier renfort provenant du 2e
Tirailleurs, le 7e de Marche se porte ensuite dans la région au nord-est
de Saint-Just-en-Chaussée, derrière les division qui tiennent
les lignes, et les officiers exécutent dans le secteur de Maignelay les
reconnaissances qu'exigent les différentes missions qui lui sont
éventuellement dévolues. Puis le 7 août, il regagne la zone arrière, et cantonne dans de
minuscules villages à l'ouest de Saint-Just. Bien que ses effectifs
soient encore très réduits, il continue son entraînement. La principale
distraction de tous est la lecture et l'ample commentaire des communiqués
qui annoncent les glorieux résultats de notre offensive entre l'Oise et
la Somme, et nous donnent la douce satisfaction d'avancer tous les jours
sur la carte affichée sur la place du village la petite ligne bleue qui
marque notre front. L'arrivée des renforts vient une fois de plus changer la constitution
du 7e de Marche. Un ordre du GQG, dissous le 6e bataillon dont les hommes
servent a recompléter les 1er et 3e bataillons du régiment. Les gradés
du bataillon dissous assurent l'encadrement d'un renfort Constantinois qui
vient d'arriver pour former le 8 bataillon du 7e Tirailleurs. A la date du 25 août la composition du régiment est donc la suivante
La réception des Constantinois donne lieu a une fête de bienvenue.
Au Quesnel-Aubry, sur une place ombragée de grands tilleuls, les
tirailleurs ont dressé des baraques de feuillages et installé des
cafés maures, où ils confectionnent de succulents “ ftair ”
et un odorant “ qaoua ”. Au cours du concert auquel le général Daugan et le colonel Bertrand,
commandant la 2e brigade, sont venus assister, arrive en tournée de
front, M. Clemenceau, président du Conseil, accompagné du général
Mordacq. Avec sa grande simplicité d'allures, notre “ Premier ”
assiste à l'exécution du reste du programme, puis se fait présenter les
officiers du régiment, remet au capitaine Du Colombier la croix de la
Légion d'honneur, et au sergent Salviani, la médaille militaire. Le 26, à 21 heures, un message téléphoné ordonne de se tenir prêt
à embarquer le lendemain matin. Tous les préparatifs sont faits au
milieu de la nuit, et le matin a 6 heures, les camions automobiles
enlèvent nos bataillons et les transportent dans la zone, à l'ouest de
Soissons. LES OPÉRATIONS DE SEPTEMBRE.
La Division Marocaine doit, comme troupe de deuxième ligne, suivre la
progression de la 32e Division Américaine, puis la dépasser sur une
ligne définie au plan d'engagement. Le 7e Tirailleurs stationné le 28, dans la zone de Vic-sur-Aisne, va
occuper dans la nuit la position de rassemblement a proximité de la route
de Nouvron à Vingre, à Vezaponin. A 5 heures 35, se déclenche l'attaque
des divisions de première ligne, et a 7 heures 20 le régiment en
formations largement ouvertes, commence sa marche d'approche sur les
plateaux herbeux du Soissonnais. La progression de la 32e Division Américaine rencontre de très
sérieuses difficultés et les troupes de réserve dont fait partie le
régiment, viennent se masser dans le ravin de Bieuxy, tandis que la
première ligne poursuit son effort. Enfin, les Américains réussissent
à s'emparer du village de Juvigny, et poussent ensuite leurs lignes jusqu’à
la route de Soissons à Béthune. La Division Marocaine les relève dans
la nuit du 1er au 2 septembre pour continuer la lutte. Les bataillons du 7e de Marche réussissant à franchir sans trop de
pertes les carrefours marmités de Juvigny, vont se placer le long de la
route de Béthune, le 1er
bataillon près des ruines de la Raperie, le 3e bataillon au nord de
celle-ci. Le bataillon Mennetrier couvre le déploiement de l'artillerie
qui doit appuyer l'opération. Deux sections de chars d'assaut légers
sont a la disposition du régiment dont tous tes éléments sont en place
le 2 septembre au lever du jour. Le 7e Tirailleurs doit attaquer à 14 heures les organisations ennemies
et progresser vers l'est en suivant le plateau. L'opération présente de
sérieuses difficultés, car d’anciennes tranchées garnies de défenses
accessoires couvrent sur une profondeur de plusieurs kilomètres les
positions ennemies, et cette attaque qui semble mettre en pratique les
méthodes de la guerre de mouvement comporte tous les aléas de la guerre
de tranchée. L'ennemi s'attend d'ailleurs à notre offensive, et son artillerie
montre une grande activité. A partir de 11 heures, son tir d'une extrême
violence prend le caractère d'une contre-préparation, et ce bombardement
forcené cause aux troupes massées pour l'attaque de sensibles pertes.
Certaines compagnies sont ainsi avant le débouché privées de tous leurs
officiers. Néanmoins, à l'heure fixée, les bataillons s’élancent
avec un entrain superbe, et traversant un tir de barrage d'une rare
densité, commencent la progression. Les bataillons Taillemitte et Josse atteignent rapidement la tranchée
de Castille, où ils capturent des prisonniers et arrivent jusqu'au chemin
creux de Fontaine-Saint-Remy, réalisant une progression de deux
kilomètres. Mais les mitrailleuses ennemies et la violence du
bombardement leur ont fait subir de fortes pertes. Le commandant Josse est
blessé, et de nombreux officiers sont déjà hors de combat. Le régiment
a atteint son premier objectif, il forme saillant dans les lignes
ennemies, car a sa droite, la Légion n'a pas encore enlevé Terny-Sorny.
Démuni de ses chars d'assaut et découvert sur ses flancs, il ne peut
songer a reprendre sa marche et stoppe a son tour. Pendant le reste de la journée, les tirailleurs s’organisent sur le
terrain conquis, sous un marmitage acharné. L'ennemi fait un constant
usage d'obus a arsine, aussi faut-il à chaque instant recourir à la
protection du masque. Le jeune 8e bataillon, qui voyait le feu pour la première foi avait
suivi la progression des unités d'assaut, marchant en formations
d'approche avec un ordre admirable sous un marmitage des plus
impressionnants. Les boudjadis qui le composent, font preuve d'un
sang-froid et d'un désir de faire aussi bien que leurs camarades plus
aguerris, qui justifient la confiance de leurs chefs. Ils viennent a la
nuit, relever le 1er bataillon, et prennent aussi a leur charge une partie
du secteur du 3e bataillon. Le lendemain, 3 septembre, des actions de détail sont entre prises pour
réduire les nids de mitrailleuses les plus proches de nos lignes. La 30e
compagnie mène avec vigueur ces opérations. Après une lutte a la
grenade, longue et coûteuse, elle parvient a son objectif. Sous sa
menace, un groupe de quatre-vingts ennemis faisant “ Kamarad ”,
sort des tranchées et se dirige rapidement vers nos voisins les
chasseurs. Ce sont des Boches qui, effrayés par notre avance, préfèrent
aller se rendre aux bleus qu'aux Marocains, ces derniers, leur a-t-on dit,
fusillant leurs prisonniers. Malheureusement, une fois l'opération terminée, un véritable tir de
barrage français trop court, nous oblige à évacuer avec des pertes
sensibles la position conquise de haute lutte. Ces actions de détail se poursuivent pendant la journée du 4
septembre. A huit reprises successives, la 3e compagnie attaque des nids
de résistance garnis de mitrailleuses bien protégées. A la nuit, il
faut arrêter ces opérations qui nous coûtent déjà plusieurs officiers
et une centaine d'hommes sans donner de résultats appréciables. Le commandement donne l'ordre de consacrer la journée du lendemain, à
la réorganisation des troupes, en vue d'une attaque générale fixée au
6. Mais l'ennemi subissant notre ascendant, espère pouvoir arrêter nos
soldats sur une position plus favorable, et au matin du 5, il rompt le
contact et se replie à quelques kilomètres à l'Est. Mais le silence des
Allemands n'échappe pas à nos chefs de bataillon de première ligne,
qui, de leur propre initiative, envoient des éléments chargés de
conserver le contact. Le commandement bientôt prévenu donne l'ordre
d'entamer la poursuite. Celle-ci commence aussitôt, et en fin de journée
nos troupes viennent garnir la tranchée des Aulnes. Bien que la Division qui opère à notre gauche ne soit pas encore a
notre hauteur, une nouvelle progression est immédiatement envisagée.
Couvert face au nord par le déploiement du 3e bataillon, le bataillon
Mennetrier, par une manoeuvre audacieuse, pousse en pleine nuit au milieu
les organisations ennemies, bouscule les petits groupes de mitrailleurs
boches, et réussit à mettre la main sur l'entrée Nord du tunnel de
Vauxaillon. Il réalise ainsi un tour de force peut-être unique dans la
campagne. Puis continuant sa progression au mépris des ennemis qu'il
dépasse a sa gauche, il s'empare du plateau des Vauxcelles, d'où ses
mitrailleuses battent à revers les Boches de la ferme Babylone, et
interdisent leurs communications, produisant chez eux une panique dont les
chasseurs profitent pour accentuer leur progression. Au cours de cette opération, nous capturons des prisonniers appartenant
au 3e régiment de grenadiers, faisant partie de cette 5e Division de la
Garde, qui avait la réputation d’être la meilleure de l'armée
allemande. Le 6, au milieu de la journée, le 8e bataillon est dépassé par le 8
Zouaves et va se rassembler dans les longues galeries de la creute de la
Carriere 102. Le 7e Tirailleurs, devenu régiment de 2e ligne, peut,
pendant quelques jours, se reposer de ses héroïques travaux. Le Régiment est bien affaibli; l'un après l'autre ses bataillons ont
fondu dans des assauts ininterrompus, ses cadres ont subi des pertes
cruelles, Depuis le 2 septembre, dans tous les combats l'ennemi a utilisé
en masse ses projectiles spéciaux, et aggravé d'arsine presque tous ses
obus explosifs. Aussi nos troupes vivent-elles dans une atmosphère
saturée de gaz toxiques. Ne pouvant s'astreindre au port continu du
masque protecteur, presque tous ressentent les effets nocifs du gaz
meurtrier. Malgré tout, un nouvel effort va encore être demandé au régiment. Peu à peu rejeté par nos continuelles attaques, l'ennemi occupe
maintenant son ancienne position Hindenburg, puissant lacis de tranchées
protégées de réseaux et défendues par un pullulement de mitrailleuses
légères. Si cette ligne est enlevée, sa situation est compromise, et le
champ s'ouvre a une fructueuse exploitation. Le Régiment doit attaquer le 14 septembre ces formidables positions. Sa
mise en place est une véritable gageure. Un ravin abrupt, dont les pentes
boisées sont rendues impraticables par des abatis et des
réseaux, et dont le fond marécageux ne permet pas la construction de
tranchées, tel est le secteur d'action qui lui est dévolu. Malgré ces
difficultés, les différents éléments sont en place le 14 septembre à
4 heures. A H-10, nos canons “ stokes ” agissent sur les
mitrailleuses rapprochées, et à 5 heures 50, déployées en
trois colonnes, les compagnies Larrieste, Du Colombier et Doridant,
s'élancent a l'assaut. Nos éléments, suivant au plus près le barrage roulant,
abordent rapidement les tranchées ennemies, brisent a coups de VB la
résistance des îlots de mitrailleuses, et atteignent la naissance de la
vallée Guerbette. La lenteur de la progression des éléments opérant à
notre gauche ne ralentit pas notre avance, et, lorsque nos troupes
s'arrêtent devant l'abri 156/4, elles ont traversé de part en part, les
six lignes parallèles de la position Hindenburg, et chacune de nos
compagnies d'assaut a capturé un nombre de prisonniers, supérieur a son
propre effectif. Ces prisonniers appartenaient au régiment du Kronprinz,
unité d'élite de l'armée boche. A 18 heures 30, une contre-attaque se produit sur le front tenu par
notre premier bataillon. Immédiatement, fusils et mitrailleuses entrent
en action, la contre-attaque est brisée, avant d'avoir pu atteindre nos
lignes, et les Boches refluent vers leurs positions de départ. Après une nouvelle tentative héroïque mais infructueuse menée contre
l'abri 156/4 par des compagnies réduites à des effectifs d’une
faiblesse invraisemblable, le 7e Tirailleurs est relevé, le dernier de la
Division par le 18 RI. Le régiment avait perdu dans ces quinze jours de lutte acharnée, 21
officiers et 1068 hommes, mais de tels sacrifices n'avaient pas été
vains. Il avait capturé 5 officiers, 560 hommes et un énorme
matériel, et bousculant dans un effort magnifique les meilleurs
régiments de l'armée allemande, leur avait arraché sept kilomètres de
sol français. Le merveilleux esprit offensif et la remarquable endurance déployés
pendant ces durs combats devaient lui valoir sa sixième citation à
l'ordre de l'Armée et la fourragère aux couleurs de la Légion
d'honneur, que, le premier de tous les régiments indigènes, il allait
avoir l'orgueil de porter. LE SECTEUR D'HOEVILLE
LES DERNIERES OPERATIONS
Le régiment, quittant la zone de combat, va d'abord bivouaquer au sud
de Juvigny, où il cherche en vain à s'abriter d'une pluie torrentielle
sous de fragiles guitounes. Puis, pendant les jours suivants, il effectue
de longues étapes, s'arrêtant seulement le soir dans les ruines des
villages détruits au cours des combats de mai. Ambleny puis Faverolles,
voient ainsi passer nos Colonnes. Enfin le 21 septembre, le 7e de Marche
atteint la vallée de l'Ourcq, et occupe les villages de Chambly et de
Vareddes, où il attend son prochain embarquement. Celui-ci a lieu le 24 à Lisy-sur-Ourcq, le lendemain nos troupes
débarquent a Einvaux, et vont s'installer au sud de Lunéville, dans
quelques petits villages oû leurs effectifs restreints, trouvent
néanmoins à se placer. Dans cette région, le régiment opère sa
réorganisation, et reprend son entraînement. Des renforts où domine l'élément constantinois, viennent combler les
vides, mais leur arrivée impose une nouvelle transformation. Le 1er bataillon du 2e Tirailleurs est dissous à son tour, et ses
cadres passent au 10e bataillon du 7e Tirailleurs, constitué par les
hommes qui viennent d'arriver. Le 7e de Marche prend alors la composition suivante
Le bataillon de Pascal reste le seul élément du régiment datant du
commencement de la campagne. L'incorporation de ces renforts marque la fin de la période de repos,
et le 10 octobre, le régiment se reporte vers le Nord. Il traverse entre
Lunéville et Rosieres, la vallée de la Meurthe, et vient le 13, relever
dans le secteur d'Hoéville, des éléments du 251e RI. Le 7e Tirailleurs, tient avec deux bataillons en première ligne, les
tranchées de la ferme Rancey, et la partie sud de l'arc que forme la
forêt de Bezange. Le secteur est très calme, mais notre arrivée
augmente l'activité de combat, car nous poussons immédiatement des
reconnaissances vers les lignes ennemies, et faisons échouer avec pertes,
la tentative effectuée par les Boches dans la nuit du 21, sur l'un de nos
postes. Au cours de ce séjour, le régiment reçoit d'abord le texte officiel
de sa 5e citation, puis six jours après, apprend que sa belle conduite
pendant les combats de septembre, vient de lui valoir, avec une 6e palme,
le port de la fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur. Le général de Castelnau, commandant le Groupe des armées de l’Est,
remet lui-même au drapeau du 7e Tirailleurs, cette magnifique
distinction. Le 1er novembre, après une cérémonie pieusement consacrée a la
mémoire des soldats tombés depuis le commencement de la guerre, le 7e de
Marche fête la fourragère rouge, dont il vient d'être paré. Son
Drapeau reste exposé dans le village d'Hoéville pendant toute cette
journée consacrée a la gloire du Régiment et bien faite pour exalter
encore ce merveilleux esprit de corps et cette émulation de vaillance qui
font sa valeur et sa fierté. Cependant, depuis le jour où le régiment a quitté la bataille, les
évènements se sont précipités. Attaqué sans répit par des troupes
admirables de ténacité, ses lignes de repli enlevées les unes après
les autres par de furieux assauts, l'ennemi cède partout. Les armées
alliées sont engagées dans une offensive colossale, qui ne s'éteint en
un point que pour éveiller immédiatement ailleurs un nouveau foyer
d'activité. Une foudroyante campagne de 15 jours a mis « Knock
out » les forces ennemies des Balkans, et la Bulgarie épuisée,
détachée la première du bloc des puissances centrales, accepte nos
conditions d'Armistice. Puis c'est la Turquie qui voit anéantir ses armées de Palestine, et
s'écroule à son tour. Bientôt, nos troupes ont la joie d'apprendre que
l'Autriche, le « brillant second », après avoir essuyé en
Italie l'une de ses défaites, dont au cours de l'histoire elle a le
secret, et presque le monopole, vient d'accepter des conditions dont la
dureté épouvante l'Allemagne, qui tremble dans l'attente d'un identique
sort. Une ultime attaque se prépare pour porter le coup fatal a la puissance
germanique, le front de Lorraine va s’ébranler bientôt, et Français
et Américains, appuyés par une artillerie formidable et un grand nombre
de chars d'assaut, vont opérer la conquête des provinces annexées, et
porter la guerre sur le territoire allemand. Tous les préparatifs sont
faits, en vue de cette attaque décisive, à laquelle le 7e Tirailleurs
doit prendre part. L'ennemi n'a plus de réserves. Il apprend nos projets
lorsqu'il est trop tard pour songer à y parer. il reconnaît sa défaite
et nos postes de TSF, enregistrent les messages relatifs à la demande
d'armistice et au passage des parlementaires ennemis. Néanmoins en attendant la réponse de l'Allemagne, les opérations se
poursuivent. Un repli des troupes boches étant signalé sur notre front,
la compagnie Bellecullée est chargée de pousser une reconnaissance dans
les lignes ennemies jusqu'à reprise de contact. Cette compagnie aborde,
dans la nuit du 10 au 11, les tranchées allemandes, cisaille les
puissants réseaux qui en défendent l'approche, et pénétrant
audacieusement à l'intérieur des positions adverses, occupe Bezange, et
engage le combat avec les fractions qui sont installées au Nord du
village. La 11e compagnie, a qui cette prouesse devait valoir une citation à
l'ordre de la Division Marocaine, réalise ainsi la dernière des
opérations de guerre du 7e Tirailleurs de Marche, car a 6 heures du matin
nos postes de TSF enregistrent le message officiel qui ordonne la
cessation des hostilités, et met fin à la plus formidable lutte qui ait
jamais déchiré les peuples. |
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