7e RMT 1917d'après l'historique du régiment, Librairie Militaire CHAPELOT |
MONTDIDIER
Par contraste peut-être avec les fatigues de la Somme, ce nouveau
séjour au camp de Crévecoeur parait beaucoup moins pénible que les
précédents. la température est pourtant rude mais le bien-être relatif
des nouveaux cantonnements parait délicieux. Le 25 janvier, le régiment se porte dans la région de Montdidier, puis
s'établit dans le secteur de Piennes sur la seconde position dont il doit
achever l'organisation. On sait qu'une grosse attaque a laquelle la D. M. participera comme
division d’exploitation, va avoir lieu devant Roye et Lassigny. Le
régiment s'y prépare dans ses cantonnements de Montreuil-sur-Brèche et
Quesnel-Aubry. Mais, brusquement l'ennemi rompt le contact et se retire
sur la position Hindenburg. La nouvelle de cette retraite est accueillie
avec enthousiasme et tous comptent participer à la poursuite, mais on
attend en vain les ordres de mouvement et la stagnation continue. Tandis
que l'artillerie et la cavalerie divisionnaires marchent avec les
éléments de tête du Xe corps d'armée, recherchant l'ennemi à travers
les vergers ravagés de la région du Ham, les tirailleurs
mélancoliquement réparent les routes boueuses de Montdidier et songent,
non sans quelque amertume, à l'ironie de leur situation. Le régiment reste ainsi sur l'expectative, jusqu a ce que le 30 mars,
il reçoive l'ordre d'embarquer le lendemain en gare de Montdidier. Partis
le 31 de 17 à 20 heures, le train transportant les bataillons les
débarquent dans la nuit du 1er
au 2 avril à cette même gare de Cuperly qui les avait vus partir en
octobre 1915 pour un repos mérité. L'OFFENSIVE DU 17 AVRIL
Une nouvelle offensive se prépare. Prolongeant l'action des 5e et 6e
armées entre Soissons et Reims, la 4e armée doit, le lendemain
du déclanchement de leur attaque, se porter a l'assaut des “ Monts ”
de Moronvilliers. La Division Marocaine a la droite du dispositif doit
enlever les organisations allemandes entre Auberive et le Mont-sans-Nom. Le 7e Tirailleurs qui opère sur les pentes est de ce mamelon a devant
lui un puissant réseau de tranchées et un ouvrage fermé “ Le
fortin du Bois en Pioch ”. Puis une série de bois fortement
organisés le séparent de son premier objectif :la Tranchée de
Bethman-Hollweg. Les préparatifs commencent le 4 avril, tandis que des bataillons des 9e
et 207e RI. continuent à tenir les premières lignes, masquant
l'arrivée des troupes d’attaque et de renforcement du secteur. Le
lieutenant-colonel Schultz porte son PC au “ Village Gascon ”
et prend le commandement de la zone d'action de son régiment. Le 11 avril, le masque est levé. Le bataillon Morin occupe les
premières lignes et ouvre les parallèles de départ. La Préparation
d'artillerie est commencée, elle est entravée par le mauvais temps et de
longues périodes de mauvaise visibilité viennent gêner les réglages et
l'observation des destructions opérées. Pour éviter une rupture de
contact qui ferait porter notre tir sur le vide, des reconnaissances vont
chaque nuit s'assurer de l'existence des brèches et de l'occupation des
tranchées. Pendant toute cette période, les 2e et 3e bataillons
cantonnés à Mourmelon continuent leur entraînement en vue de l'assaut. La base de départ est occupée dans la nuit du 16 au 17, l'heure est
fixée à 4 heures 45. Le régiment met les 2e et 3e bataillons en
première ligne, le 4e en soutien, mais ce bataillon, effectuant
ultérieurement un passage de lignes, doit, pour échapper au barrage,
suivre au plus près les bataillons d'assaut. En fait, à l'heure H, c'est
bien le Régiment tout entier, en bloc, qui se rue à l'ennemi. Le jour n'est pas encore levé. Les tirailleurs franchissent dans une
obscurité encore aggravée par les rafales de neige, les brèches de nos
propres réseaux, cherchent celles des défenses accessoires ennemies et
abordent la première tranchée. Aussitôt celle-ci enlevée, la
résistance ennemie s'avère très imparfaitement réduite par
l'artillerie. De nombreux abris creusés en galerie dans le calcaire
compact, ont résisté à nos coups. Des groupes abondamment pourvus de
mitrailleuses légères sont tapis dans le bois et dans les trous d'obus.
Pendant qu'apparaissent les premières lueurs du jour une série de
combats à courte distance, où la grenade joue le rôle principal,
s'engage entre les tirailleurs et leurs adversaires : les Saxons du 103e
d'infanterie. Cette lutte acharnée ne va pas sans de lourdes pertes. Le commandant
Barnay est tué au moment où il atteint la tranchée de Bagdad. Le fortin
du Bois en Pioche, quoique défoncé par nos torpilles de 240, résiste
opiniâtrement. Le 2e bataillon, ne voulant pas être retardé par cet
obstacle, le contourne et continue sa progression vers le nord, mais
pendant cette manoeuvre il perd son chef, le commandant Auzouy,
mortellement frappé. Une compagnie du 4e bataillon engage avec les défenseurs du fortin une
lutte â la grenade et au VB qui se termine une heure plus tard par la
prise de l'ouvrage et la capture de 50 prisonniers valides. Mais le
dernier chef de bataillon du régiment, le commandant Morin, avait été
tué pendant le combat. Pendant que se déroulaient ces actions locales, les éléments de tête
des 2e et 3e bataillons continuaient leur progression sans s'inquiéter
des groupes ennemis qu'ils dépassaient, ni de l'absence de troupes
françaises a leur droite. Les pertes ne ralentissent pas leur élan et,
à 6 heures 15, heure correspondant sensiblement a celle fixée par l’horaire,
les 7e et 9e compagnies s'installent dans la tranchée de
Bethmann-HoI1weg. Elles y sont bientôt rejointes par les autres
éléments et se mettent en liaison avec les zouaves du bataillon Durand
qui arrivent aussi à leur objectif. Malheureusement, à droite du régiment, le 4e tirailleurs a rencontré
dés le débouché une très vive résistance et n'a pu se mettre à notre
hauteur. Il en résulte un vide de près d'un kilomètre qui découvre le
flanc droit du 7e tirailleurs. Pour parer à ce grave danger, le 4e
bataillon vient garnir face a l'est, le boyau de Constantinople, tandis
que la C H R, ultime réserve du régiment, se place dans la tranchée de
Landsturm et essaie de se mettre en liaison avec le 4e tirailleurs. Mais
cette unité n'est pas encore arrivée à notre hauteur et nos patrouilles
se mettent en liaison avec les Boches qui tiennent le boyau de la
Mosquée, à 300 mètres du poste du colonel Schultz. Un barrage est vite
organisé et défendu par les pionniers du régiment Le 7e tirailleurs, affaibli par ses pertes, désorganisé par les vides
faits à ses cadres, dispersés sur un front très étendu, doit garder le
terrain conquis contre les tentatives d'un ennemi entreprenant et qui
compte parmi les plus braves qu'il n’ait jamais eu a combattre. Le 18 au
matin, les Saxons contre-attaquent avec violence les 2e et 4e bataillons.
Repoussés sur la plus grande partie du front, ils laissent devant nos
sections de mitrailleuses des rangées de cadavres, mais ils parviennent
à prendre pied dans le boyau de Constantinople à la soudure des deux
bataillons. Leur situation est d'ailleurs très précaire, car nos
mitrailleuses les bloquent dans le boyau; les groupes qui les encerclent n’ont
plus de grenades, mais l’arrivée d'un détachement de zouaves avec des
munitions amène la reddition des survivants et notre ligne est
intégralement rétablie. Devant le front des 13e et 15e compagnies, les vagues de la contre
attaque avaient subi des pertes énormes. Ce qui en restait s'était
abrité dans les trous d'obus à une soixantaine de mètres de nos
tranchées. Mais les grenadiers VB, maintenant approvisionnés, des
sections Debris et Maestrati les harcèlent de telle sorte, que
les Boches, dégoûtés d'un tel déluge, font “ camarades ”
au cours de l'aprés-midi. Le 19 au matin, après quelques tentatives nocturnes infructueuses
devant le 2e bataillon, l'ennemi contre-attaque avec une brigade entière
sur le front des Zouaves. Ceux-ci perdent d'abord du terrain dans
Bethmann-Hollweg et les Saxons avancent entre le boyau de Constantinople
et de Czernowitz, menaçant d’un encerclement complet les compagnies de
tête du 7e tirailleurs. Mais celle-ci ont l'ordre de tenir coûte que
coûte et elles continuent à résister malgré leur périlleuse
situation. Grâce à leur fermeté inébranlable et aux furieux retours
offensifs du 8e zouaves qui reprend sa tranchée perdue, nos lignes se
ressoudent et la situation est rétablie. A 20 heures, une nouvelle tentative ennemie produit devant la 5e
compagnie. Celle-ci la repousse, mais deux officiers trouvent la mort dans
ce combat. Le lendemain, le 2e bataillon est relevé par un bataillon du 168e
d'infanterie tandis que les autres fractions du régiment restent en
ligne. Les Allemands, sans doute assagis par l'échec sanglant de leurs
multiples contre-attaques, ne réagissent plus que par leur artillerie qui
bombarde très violemment les tranchées conquises. Le 22, la situation s'est encore améliorée. Les attaques incessantes
du 4e tirailleurs l'ont amené presque a notre hauteur. Cependant, la liaison n'existe pas encore entre le bataillon du 168e mis
a la disposition du régiment et les fractions de la Légion étrangère
qui tiennent le boyau nord-sud. Le 7e tirailleurs n'a, depuis longtemps,
plus aucune réserve. Le peloton des pionniers se charge de l'opération. Pionniers,
téléphonistes et infirmiers, commandés par le capitaine Baillat,
adjoint au colonel, s'arment rapidement et par une action rapide mettent
la main sur le carrefour convoité, établissant ainsi la continuité de
notre première ligne, capturant une batterie et repoussant deux
contre-attaques allemandes. Cet exploit devait valoir à la CHR une
citation a l'ordre de l'Armée. Le régiment relevé tout entier le 23, après six jours de combats
incessants, se reconstitue au camp Berthelot près de Mourmelon-le-Grand. 19 officiers dont 3 chefs de bataillons et plus de 900 hommes manquaient
à l'appel. Mais deux kilomètres arrachés de haute lutte à l'ennemi,
300 prisonniers, 9 canons, 6 minenwerfer, une vingtaine de mitrailleuses
venaient attester une fois de plus la vaillance de nos tirailleurs. LE REPOS EN CHAMPAGNE
LE SECTEUR DE BERRY-AU-BAC
Quittant le camp Berthelot, le régiment après un arrêt à
Tours-sur-Marne va occuper les cantonnements de Chaintrix, Velye et
Petit-Vouzy. Il y reçoit des renforts et entreprend sa réorganisation.
Cependant les exercices et les manoeuvres souvent coupés par des séances
de jeux, des concours et des représentations du théâtre aux Armées qui
vient apporter un peu de gaieté a tous. Le 9 mai, anniversaire des combats d'Artois, la fête de la Division est
célébrée avec une solennité particulière et suivie d'une fête
sportive très réussie. Un changement de cantonnements mène le régiment a proximité
immédiate de la ville de Chalons ou nos soldats reçoivent de la
population le plus chaleureux accueil. Les sports sont à l'ordre du jour
et nos équipes de foot-ball se couvrent d'une pacifique gloire. Brusquement alerté le 2 juin, le régiment fait mouvement en
automobiles, débarque dans la nuit entre Jonchery et Muizon et bivouaque
près de Branscourt. Le 3 il se porte a Guyencourt et monte en ligne la
nuit suivante. La D.M relève entre la Miette et l'Aisne la 40e DI, le 7e tirailleurs
remplaçant le 150 RI entre la rivière et la route du Camp de César. Il
met deux bataillons en première ligne et un en soutien près des ruines
de Berry-au-Bac. La situation tactique est assez bizarre. Lors de l'offensive du 16 avril, la progression de l'attaque sur la rive
droite de l’Aisne et son échec devant la cote 108 et le mont Spin
avaient amené une cassure des lignes, un véritable décrochement portant
les positions ennemies du secteur de Sapigneul à hauteur de notre
deuxième position. La cote 108, promontoire blanchâtre, bouleversée par les
explosions, entaillée par les coups de mine, domine toute la région. En
somme, la caractéristique de ce nouveau secteur est de ne voir les Boches
nulle part et d'être vus d’eux partout… L'artillerie allemande, servie par ses excellents observatoires montre
beaucoup d'activité. Venus de Guignicourt ou du bois “ Claquedents ”,
105 et 150 nous arrosent copieusement et s'acharnent surtout prés du
boyau Labordere sur les débris de quelques tanks, vestiges de l'offensive
d'avril. Ce séjour du régiment se prolonge jusqu'au 21 juin. Le 7e Tirailleurs
est ensuite relevé par le 4e tirailleurs mais laisse en place
son bataillon de soutien qui ne rejoint qu'une semaine plus tard, après
avoir été bombardé par obus toxiques dans ses positions de
Berry-au-Bac. Le 3 juillet, de nouveau regroupé, le 7e de marche fait un séjour dans
le Tardenois, puis va cantonner dans la vallée de l'Aube entre Arcis et
Ramerupt. VERDUN
Il est impossible de séparer des opérations de Verdun ce séjour dans
la région d’Arcis qui est consacré à leur minutieuse préparation.
Tandis que le chef de corps établit d’accord avec ses exécutants, un
plan d'ensemble détaillé, les compagnies continuent le
dressage de leurs équipes de spécialistes et l'entraînement de
leurs hommes. Puis commence la préparation directe et chaque unité
connaissant désormais son rôle pendant l'attaque s'exerce à le bien
remplir. Des manoeuvres ont lieu dans un terrain présentant avec celui de
l'assaut le plus d'analogies possibles, les organisations ennemies y sont
exactement figurées et nos soldats font dans ce décor truqué la
répétition du drame futur. Pour éviter les indiscrétions, les noms réels sont tenus secrets et
jusqu'au dernier jour les troupes ignorent où se trouvent les tranchées
qu'elles connaissent dans leurs moindres détails. Enfin, vers le
commencement d'août, les premières reconnaissances d'officiers ont lieu.
C'est bien Verdun déjà désigné par les bruits qui couraient depuis
quelques temps, particulièrement dans la population civile, qui
paraissait infiniment mieux renseignée que ses troupes elles-mêmes. Le 6 août, le lieutenant-colonel Schultz installe son PC a
Sivry-la-Perche, puis Vadelaincourt, où le rejoignent successivement tous
les éléments du régiment. Le secteur où nous devons opérer est occupé par le 305e RI. Les
premières lignes s'étendent au nord de Chattancourt, accrochées à
contre-pente d'une crête qui va de la Meuse au Mort-Homme. Ce sommet,
couronné par des tranchées allemandes, domine toute la région. Il fixe
la limite gauche de la Division Marocaine, dont les lignes s'étendent à
droite jusqu'aux marécages du fleuve. Le terrain âprement disputé pendant toute l'année précédente n'est
plus qu'un fouillis de cratères. Il ne reste plus trace du bois des
Caurettes et c'est à peine si le bois des Corbeaux garde
encore quelques troncs meurtris et dépourvus de feuillage. Les Allemands ont creusé dans ce terrain bouleversé des tranchées
profondes, des abris en galeries et mis en position une multitude de
minenwerfer. Ils ont percé la puissante ondulation qui joint le sommet
des “ Poutres ” a la Côte de l'Oie, construisant un tunnel
de 800 mètres de long, a l'épreuve des plus gros calibres et qui,
mettant à l'abri, au coeur même de la position, de nombreuses réserves,
constitue pour les assaillants le plus grave danger. Malgré le soin
apporté au camouflage des abris, le service des renseignements avait su
dévoiler sa présence et toute une manoeuvre est prévue pour en amener
la conquête. La préparation d'artillerie commencée le 14 dépasse en puissance
toutes celles qui avaient été faites jusqu'alors. Les bois “ Bourrus ”
et le ravin de la Claire sont garnis de batteries lourdes, dont le tir de
destruction garde nuit et jour une effrayante intensité. L'extraordinaire ampleur de cette préparation, l'excellent moral des
troupes, leur entraînement achevé, leur confiance absolue en une
manoeuvre qui ne laisse rien à l'imprévu, donnent à tous la certitude
du succès. La mise en place s'effectue dans la nuit du 19 au 20. Bien que gênée
par un violent bombardement accompagné d'un tir d'obus toxiques elle est
terminée vers minuit. Le 2e bataillon est en
première ligne, suivi du 3e bataillon. Chacun d'eux est
renforcé d'une compagnie du 4e bataillon. A 4 heures 40, les vagues d'assaut précédées d'un barrage roulant
d'une intensité peu commune débouchent des parallèles. La bruine
matinale, les nuages des explosions, la fumée de nos grenades fumigènes
et de nos lance-flammes font sur le champ de bataille un brouillard opaque
qui masque notre avancé. Les premières lignes sont rapidement enlevées
et partout l'ennemi surpris et démoralisé cède devant nos tirailleurs. La tranchée de la Marne, fortement tenue, est emportée dans un
brillant assaut qui nous vaut 50 prisonniers. Maintenant les vagues
dévalent la pente rapide du ravin des Caurettes, mettent la main sur
l'entrée sud du tunnel où elles laissent une garnison de sûreté, puis,
remontant le versant opposé, viennent border l'emplacement approximatif
de la route de Cumiêres, marquant sur cet objectif le temps d'arrêt
prévu au plan d'engagement. A 5 heures 40, le barrage roulant se met en route et l'assaut reprend.
Cette fois, il faut enlever le lacis de la deuxième position allemande.
Il y a la quatre tranchées parallèles, munies d'abris profonds,
précédées de réseaux et garnies de défenseurs. Ceux-ci bien que très
éprouvés par notre barrage d'AL, se défendent âprement. Mais,
attaqués à la grenade, les nids de mitrailleuses sont successivement
réduits. A 6 heures tout est fini, la seconde position toute entière est
en notre possession. Le 3e bataillon, dont une compagnie agissait déjà à la droite du 2e
bataillon, le dépasse alors et par ses unités d'antenne, 10e et 11e
compagnies, attaque vigoureusement le bois des Corbeaux. Des mitrailleuses
placées près de l'entrée Nord du tunnel les prennent à partie. Le
capitaine Gille est tué, plusieurs chefs de section sont tués ou
blessés, mais notre élan emporte cette résistance. A 7 heures 20, la
10e compagnie tient l'entrée du tunnel dont la garnison est désormais
bloquée et la 11e occupe la partie occidentale du bois des Corbeaux. A 8 heures la marche reprend vers l'objectif final sur lequel le
bataillon De Pascal s'installe une demi-heure plus tard. Le caporal
Belmehal de la 11e compagnie se lance avec un petit groupe de tirailleurs
sur une batterie de la vallée Jacques; il tue trois servants, fait huit
prisonniers et capture quatre canons de 77. Des groupes, entraînés par
leur élan, vont au-delà de l'objectif jusqu'au ruisseau des Forges et
des patrouilles reconnaissent les emplacements de batteries qui bordent ce
ruisseau. La Victoire est complète. Les prévisions du plan d'engagement se sont
trouvées minutieusement conformes à la réalité. L'objectif fixé par
le commandement est atteint et même dépassé. De nombreux prisonniers et
un important matériel sont déjà entre nos mains. Cependant la lutte n'est pas terminée. Un danger subsiste, formidable.
Le “ Gallwitz Tunnel ” du bois des Corbeaux
renferme encore de nombreux défenseurs dont les mitrailleuses, placées
au bas des escaliers de descente, en interdisent l'accès a nos soldats. A
la faveur de la nuit, par une issue peut-être inconnue, il peut dégorger
au sein même de notre position des flots de combattants qui prendraient
à revers les défenseurs du bois. Pour parer a cette menace, l'attaque
est immédiatement entreprise ; Grenades fumigènes et asphyxiantes
sont lancées par les ouvertures sans produire d'effet appréciable et une
ventilation puissante renvoie sur nous les jets de flamme des appareils
Schilt. La nuit arrive sans que la situation se soit améliorée. Pour empêcher
une sortie nocturne, les ouvertures sont barrées de poutres, obstruées
de sacs a terre et des sections des 5e et 3e compagnies restent en action.
Grâce à ces précautions, la nuit se passe sans incident, mais il faut
en finir et les postes aux issues reçoivent l'ordre de laisser approcher
les Allemands qui se montrent afin de ne pas mettre obstacle aux
velléités de reddition. Bientôt un tirailleur conduit au commandant de Saint-Léger un officier
allemand qui s'est présenté au poste de la sortie Nord. Le commandant de
Saint-Léger lui dicte ses conditions et l'invite à aller les porter a la
garnison. 1 La garnison doit capituler avant un quart d'heure, sinon on fera
sauter le tunnel. 2 Le commandant et les officiers doivent se rendre immédiatement 3 Si ces conditions ne sont pas acceptées l'officier parlementaire doit
donner sa parole de revenir se constituer prisonnier. L'officier allemand, cachant son émotion sous un masque de correction
parfaite, retourne dans le tunnel. Dix minutes plus tard il revient suivi
du major Von Ahberfeld, commandant le 24e régiment de réserve et de 13
autres officiers. Von Ahberfeld capitule: il demande seulement que
l'évacuation ait, lieu par la sortie sud pour éviter le marmitage. Cette
demande est acceptée et le capitaine Poulet, le capitaine Chanavas et
l'aumônier Borde d'Arrêre, accompagnés d'un groupe de tirailleurs,
revolver au poing, pénètrent dans le tunnel. Un escalier rapide et glissant barré de mitrailleuses conduit à la
galerie principale qui, haute de 3 mètres, large de 4, perce sur une
longueur de 800 mètres la côte de l'Oie et se termine par une entrée de
plein pied dans le ravin des Corbeaux. Éclairé a l’électricité,
desservi par un Decauville, alimenté en eau par des pompes, recelant un
moteur et des dynamos, le “ Callwitz Tunnel ” représente un
prodigieux travail. Vers le milieu, des chambres abritent une ambulance où deux médecins
allemands se tiennent avec une cinquantaine de blessés, la plupart
moribonds. D'autres chambres sont occupées par les officiers et les
hommes sont entassés dans la galerie. Aux deux extrémités est un cloaque horrible, une boue immonde mêlée
de sang et de déjections avec dans les coins sombres des amoncellements
de cadavres. Partout des fusils, des casques, des équipements, jetés
pêle-mêle, attestent la démoralisation de l’ennemi. L'évacuation a lieu par la sortie donnant sur le ravin des Caurettes.
Les prisonniers sortent à la file indienne, sont rassemblés par groupes
et dirigés sous escorte vers l'arrière. Cette opération dure jusqu'a 9
heures. Lorsqu'elle est terminée, le tunnel a ainsi dégorgé 17
officiers et 791 hommes de troupes, qui laissent entre nos mains deux
minenwerfer, 8 mitrailleuses, 400 fusils et un important matériel. La situation du régiment est désormais bien assurée. Le 7e de marche
s'organise solidement sur le terrain conquis, s'échelonne en profondeur,
garnit le terrain de mitrailleuses étagées et se tient prés a repousser
toute contre-attaque de l'ennemi. Celui-ci, après le sanglant échec de
sa tentative du matin sur le front de la 1ere brigade ne réagit plus que
par son artillerie 150 et 210
s'abattent sans interruption sur les positions; Nos troupes mal abritées
dans les tranchées éboulées subissent des pertes sensibles mais qui
n'ébranlent pas leur moral. Pendant les journées qui suivent, le régiment continue a faire bonne
garde; le froid est assez vif et les hommes, grelottant dans leur tenue
d'assaut, s'ingénient a ramasser des capotes boches ou se drapent dans
des toiles de tente, spectacle qui n'est pas sans pittoresque. A partir du 27 août, les bataillons du 7e tirailleurs sont relevés les
uns après les autres par ceux du 1er
zouaves et gagnent isolément la zone de Vaucouleurs. Le 4 septembre, le
régiment tout entier cantonne dans les petits villages meusiens de
Rigny-la-Salle et Saint-Germain. Cette bataille de Verdun constitue l'un des plus beaux succès de la D.
M.; elle est le type et le modèle de l'attaque a objectifs limités avec
action intensive d'artillerie. La science militaire qui avait présidé à
l'élaboration des plans d'engagement, la préparation poussée jusqu'à
ses moindres détails, l'ardeur offensive des troupes nous avaient donné
cette belle victoire qui, enlevant a l'ennemi ses meilleurs
observatoires et ses puissantes organisations, mettait Verdun a l'abri
d'une nouvelle offensive brusquée. Large était la part de gloire du 7e tirailleurs. S'il avait perdu 13
officiers et 620 hommes, il avait anéanti le 24e de réserve, régiment
ennemi qui lui faisait face. Il avait capturé 24 officiers et 1070
soldats, enlevé 4 canons, 13 mitrailleuses, 17 minenwerfer et plus de 400
fusils. Ce magnifique bilan de victoire et la valeur déployée par les
tirailleurs valaient au 7e de marche sa troisième citation a l'ordre de
l'Armée. LE CAMP DU BOIS L'EVEQUE
LE SECTEUR DE FLIREY
L'OPÉRATION DU 8 JANVIER
LE CAMP DU BOIS-L'ÉVEQUE.
Après un court séjour dans la région de Vaucouleurs, la Division
Marocaine vient occuper une véritable ville de baraques Adrian dressée
dans le Bois-l'Evêque, entre Toul et Nancy. Coupée de fêtes et de jeux
qui essaient de faire oublier l'isolement de cette thébaïde, la
réorganisation de la division Marocaine s'opère rapidement. Son chef le
général Degoutte, appelé au commandement d'un Corps d'armée est
remplacé par le général Daugan, qui avait, en 1915, appartenu a la
Division comme colonel du 4e Tirailleurs. Tandis que se réparent les
pertes de la bataille, la journée du 27 voit apporter l’attestation de
la victoire, la consécration officielle de la gloire de la Division
Marocaine. Le généralissime Pétain passant la division en revue, remet
solennellement la croix de la Légion d'honneur au régiment de Marche de
la Légion Etrangère, la fourragère aux couleurs de la Médaille
militaire au 8e Zouaves et leur troisième palme aux drapeaux des 4e et 7e
Tirailleurs. L'artillerie divisionnaire reçoit la fourragère verte et
rouge. Une telle cérémonie est bien faite pour renforcer encore chez les
troupes de la Division Marocaine cet admirable esprit de corps, fait de
l'orgueil des mêmes sacrifices et de communes victoires. Après cette mémorable journée, la Division séjourne
encore quelque temps au camp du Bois-l'Evéque, puis elle exécute les
reconnaissances préparatoires a l'occupation d'un nouveau secteur. Après
s'en être rapprochée par étapes, elle occupe, dans la nuit du 3 au 4
octobre, le secteur de Flirey, sur la face méridionale de la “ hernie
” de Saint-Mihiel. LE SECTEUR DE FLIREY.
Le 7e Tirailleurs de Marche, qui a remplacé les 2e et 4e BCP, tient,
dans la vallée du Rupt-de-Mad, en face de Richecourt et de Saint-Baussan,
les ruines de Seicheprey et les organisations du bois de Rémières.
Lorsque le dispositif d'occupation est définitivement réglé, un
bataillon occupe les premières lignes, un autre reste en soutien près de
la route de Beaumont a Flirey, le dernier bataillon restant au repos dans
les petits villages de Sanzey et Ansauville Les tranchées creusées dans l'argile de la Woevre, coupées de
gabionnades dans les bas-fonds où l’eau affleure, deviennent vite d'un
séjour très pénible dés que persiste le mauvais temps. Mais le secteur
est très calme, la faible densité réciproque des troupes et de
l'artillerie semble interdire une grande activité de combat. Cependant cette tranquillité dure peu. Une compagnie effectue plusieurs
émissions de gaz asphyxiants, que nos batteries appuient d'un tir violent
d'obus toxiques. Cette manifestation de turbulence occasionne d'ailleurs,
une réplique de l'artillerie ennemie sur Beaumont et sur nos batteries.
Celles-ci, prises a partie, ripostent furieusement et ainsi s'engage une
lutte d'artillerie qui s apaise peu à peu quelques jours après. Le 25 au matin, l'ennemi fait une tentative sur nos postes du bois
Carré. Après un violent bombardement par obusiers et minenwerfer, il
déclenche un tir d'encagement très serré, qui isole complètement la
14e compagnie. En même temps, un groupe offensif cherche à atteindre
l'un de nos petits postes. Immédiatement éventé, il est soumis à un
feu de mitrailleuses, de FM. et de VB. qui le disperse. Les Stosstrupp
rejoint précipitamment ses lignes laissant un blessé dans nos fils de
fer; ce blessé, capturé et interrogé nous donne de précieux
renseignements sur l'ordre de bataille ennemi. Ainsi, l'entreprise
allemande tourne a son désavantage. Néanmoins, cette marque d'activité demande une riposte. Dans la
journée du 29 et du 30, notre artillerie commence les destructions, le 31
elle fait les dernières brèches et a 8 h. 15, protégé par un tir
d'encagement, un groupe offensif du 7e Tirailleurs, conduit par le
lieutenant de Boisrenard, s'élance sur le
“ Blumen Stellung ”. Une action analogue du 8e Zouaves sur
le saillant de Richecourt, complète cette démonstration. Le détachement de coup de main attaque la première tranchée
allemande, d'où une quinzaine d'ennemis s'enfuient a son approche. Tandis
que les fractions de protection font barrage sur ses flancs, il se porte a
la tranchée de soutien et explore les abris qu'elle renferme. Après une
vive lutte, trois prisonniers restent entre nos mains; les sapeurs du
génie font sauter les abris, et à 19 h. 20, le groupe rejoint nos lignes
avec sa capture. Ce coup de main nous donnait de précieux renseignements sur les
organisations ennemies, et les trois prisonniers ramenés nous
permettaient d'identifier une division nouvelle. Dans la nuit du 25 au 26, la compagnie Z qui opère dans notre secteur,
envoie des nappes de gaz vers le bois de la Sonnard. Une autre émission a lieu dans la nuit du 10 décembre. Ces opérations
amènent de violentes réactions de l'artillerie ennemie, qui, grâce aux
précautions prises, ne causent pas de pertes. La Division Marocaine continue à tenir le secteur pendant tout le cours
du mois de décembre. Le commandement envisage l'exécution d'un coup de
main de grande envergure. Le 7e Tirailleurs en est chargé. Il est
relevé le 22 par le 154e
régiment d'infanterie, et va se consacrer à la préparation de cette
opération. |
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