7e RMT 1917

d'après l'historique du régiment, Librairie Militaire CHAPELOT

1917

MONTDIDIER

Par contraste peut-être avec les fatigues de la Somme, ce nouveau séjour au camp de Crévecoeur parait beaucoup moins pénible que les précédents. la température est pourtant rude mais le bien-être relatif des nouveaux cantonnements parait délicieux.

Le 25 janvier, le régiment se porte dans la région de Montdidier, puis s'établit dans le secteur de Piennes sur la seconde position dont il doit achever l'organisation.

On sait qu'une grosse attaque a laquelle la D. M. participera comme division d’exploitation, va avoir lieu devant Roye et Lassigny. Le régiment s'y prépare dans ses cantonnements de Montreuil-sur-Brèche et Quesnel-Aubry. Mais, brusquement l'ennemi rompt le contact et se retire sur la position Hindenburg. La nouvelle de cette retraite est accueillie avec enthousiasme et tous comptent participer à la poursuite, mais on attend en vain les ordres de mouvement et la stagnation continue. Tandis que l'ar­tillerie et la cavalerie divisionnaires marchent avec les éléments de tête du Xe corps d'armée, recherchant l'ennemi à travers les vergers ravagés de la région du Ham, les tirailleurs mélancoliquement réparent les routes boueuses de Montdidier et songent, non sans quelque amertume, à l'ironie de leur situation.

Le régiment reste ainsi sur l'expectative, jusqu a ce que le 30 mars, il reçoive l'ordre d'embarquer le lendemain en gare de Montdidier. Partis le 31 de 17 à 20 heures, le train transportant les bataillons les débarquent dans la nuit du   1er au 2 avril à cette même gare de Cuperly qui les avait vus partir en octobre 1915 pour un repos mérité.

L'OFFENSIVE DU 17 AVRIL

Une nouvelle offensive se prépare. Prolongeant l'action des 5e et 6e armées entre Soissons et Reims, la 4e armée doit, le lende­main du déclanchement de leur attaque, se porter a l'assaut des “ Monts ” de Moronvilliers. La Division Marocaine a la droite du dispositif doit enlever les organisations allemandes entre Auberive et le Mont-sans-Nom.

Le 7e Tirailleurs qui opère sur les pentes est de ce mamelon a devant lui un puissant réseau de tranchées et un ouvrage fermé “ Le fortin du Bois en Pioch ”. Puis une série de bois fortement organisés le séparent de son premier objectif :la Tranchée de Bethman-Hollweg.

Les préparatifs commencent le 4 avril, tandis que des bataillons des 9e et 207e RI. continuent à tenir les premières lignes, masquant l'arrivée des troupes d’attaque et de renforcement du secteur. Le lieutenant-colonel Schultz porte son PC au “ Village Gascon ” et prend le commandement de la zone d'action de son régiment.

Le 11 avril, le masque est levé. Le bataillon Morin occupe les premières lignes et ouvre les parallèles de départ. La Préparation d'artillerie est commencée, elle est entravée par le mauvais temps et de longues périodes de mauvaise visibilité viennent gêner les réglages et l'observation des destructions opérées. Pour éviter une rupture de contact qui ferait porter notre tir sur le vide, des reconnaissances vont chaque nuit s'assurer de l'existence des brèches et de l'occupation des tranchées. Pendant toute cette période, les 2e et 3e bataillons cantonnés à Mourmelon continuent leur entraînement en vue de l'assaut.

La base de départ est occupée dans la nuit du 16 au 17, l'heure est fixée à 4 heures 45. Le régiment met les 2e et 3e bataillons en première ligne, le 4e en soutien, mais ce bataillon, effectuant ultérieurement un passage de lignes, doit, pour échapper au barrage, suivre au plus près les bataillons d'assaut. En fait, à l'heure H, c'est bien le Régiment tout entier, en bloc, qui se rue à l'ennemi.

Le jour n'est pas encore levé. Les tirailleurs franchissent dans une obscurité encore aggravée par les rafales de neige, les brèches de nos propres réseaux, cherchent celles des défenses accessoires ennemies et abordent la première tranchée. Aussitôt celle-ci enlevée, la résistance ennemie s'avère très imparfaitement réduite par l'artillerie. De nombreux abris creusés en galerie dans le calcaire compact, ont résisté à nos coups. Des groupes abondamment pourvus de mitrailleuses légères sont tapis dans le bois et dans les trous d'obus. Pendant qu'apparaissent les premières lueurs du jour une série de combats à courte distance, où la grenade joue le rôle principal, s'engage entre les tirailleurs et leurs adversaires : les Saxons du 103e d'infanterie.

Cette lutte acharnée ne va pas sans de lourdes pertes. Le commandant Barnay est tué au moment où il atteint la tranchée de Bagdad. Le fortin du Bois en Pioche, quoique défoncé par nos torpilles de 240, résiste opiniâtrement. Le 2e bataillon, ne voulant pas être retardé par cet obstacle, le contourne et continue sa progression vers le nord, mais pendant cette manoeuvre il perd son chef, le commandant Auzouy, mortellement frappé.

Une compagnie du 4e bataillon engage avec les défenseurs du fortin une lutte â la grenade et au VB qui se termine une heure plus tard par la prise de l'ouvrage et la capture de 50 prisonniers valides. Mais le dernier chef de bataillon du régiment, le commandant Morin, avait été tué pendant le combat.

Pendant que se déroulaient ces actions locales, les éléments de tête des 2e et 3e bataillons continuaient leur progression sans s'inquiéter des groupes ennemis qu'ils dépassaient, ni de l'absence de troupes françaises a leur droite. Les pertes ne ralentissent pas leur élan et, à 6 heures 15, heure correspondant sensiblement a celle fixée par l’horaire, les 7e et 9e compagnies s'installent dans la tranchée de Bethmann-HoI1weg. Elles y sont bientôt rejointes par les autres éléments et se mettent en liaison avec les zouaves du bataillon Durand qui arrivent aussi à leur objectif.

Malheureusement, à droite du régiment, le 4e tirailleurs a rencontré dés le débouché une très vive résistance et n'a pu se mettre à notre hauteur. Il en résulte un vide de près d'un kilomètre qui découvre le flanc droit du 7e tirailleurs. Pour parer à ce grave danger, le 4e bataillon vient garnir face a l'est, le boyau de Constantinople, tandis que la C H R, ultime réserve du régiment, se place dans la tranchée de Landsturm et essaie de se mettre en liaison avec le 4e tirailleurs. Mais cette unité n'est pas encore arrivée à notre hauteur et nos patrouilles se mettent en liaison avec les Boches qui tiennent le boyau de la Mosquée, à 300 mètres du poste du colonel Schultz. Un barrage est vite organisé et défendu par les pionniers du régiment

Le 7e tirailleurs, affaibli par ses pertes, désorganisé par les vides faits à ses cadres, dispersés sur un front très étendu, doit garder le terrain conquis contre les tentatives d'un ennemi entreprenant et qui compte parmi les plus braves qu'il n’ait jamais eu a combattre. Le 18 au matin, les Saxons contre-attaquent avec violence les 2e et 4e bataillons. Repoussés sur la plus grande partie du front, ils laissent devant nos sections de mitrailleuses des rangées de cadavres, mais ils parviennent à prendre pied dans le boyau de Constantinople à la soudure des deux bataillons. Leur situation est d'ailleurs très précaire, car nos mitrailleuses les bloquent dans le boyau; les groupes qui les encerclent n’ont plus de grenades, mais l’arrivée d'un détachement de zouaves avec des munitions amène la reddition des survivants et notre ligne est intégralement rétablie.

Devant le front des 13e et 15e compagnies, les vagues de la contre attaque avaient subi des pertes énormes. Ce qui en restait s'était abrité dans les trous d'obus à une soixantaine de mètres de nos tranchées. Mais les grenadiers VB, maintenant approvisionnés, des sections Debris et Maestrati les harcèlent de telle sorte, que les Boches, dégoûtés d'un tel déluge, font “ camarades ” au cours de l'aprés-midi.

Le 19 au matin, après quelques tentatives nocturnes infructueuses devant le 2e bataillon, l'ennemi contre-attaque avec une brigade entière sur le front des Zouaves. Ceux-ci perdent d'abord du terrain dans Bethmann-Hollweg et les Saxons avancent entre le boyau de Constantinople et de Czernowitz, menaçant d’un encerclement complet les compagnies de tête du 7e tirailleurs. Mais celle-ci ont l'ordre de tenir coûte que coûte et elles continuent à résister malgré leur périlleuse situation. Grâce à leur fermeté inébranlable et aux furieux retours offensifs du 8e zouaves qui reprend sa tranchée perdue, nos lignes se ressoudent et la situation est rétablie.

A 20 heures, une nouvelle tentative ennemie produit devant la 5e compagnie. Celle-ci la repousse, mais deux officiers trouvent la mort dans ce combat.

Le lendemain, le 2e bataillon est relevé par un bataillon du 168e d'infanterie tandis que les autres fractions du régiment restent en ligne.

Les Allemands, sans doute assagis par l'échec sanglant de leurs multiples contre-attaques, ne réagissent plus que par leur artillerie qui bombarde très violemment les tranchées conquises.

Le 22, la situation s'est encore améliorée. Les attaques incessantes du 4e tirailleurs l'ont amené presque a notre hauteur.

Cependant, la liaison n'existe pas encore entre le bataillon du 168e mis a la disposition du régiment et les fractions de la Légion étrangère qui tiennent le boyau nord-sud. Le 7e tirailleurs n'a, depuis longtemps, plus aucune réserve.

Le peloton des pionniers se charge de l'opération. Pionniers, téléphonistes et infirmiers, commandés par le capitaine Baillat, adjoint au colonel, s'arment rapidement et par une action rapide mettent la main sur le carrefour convoité, établissant ainsi la continuité de notre première ligne, capturant une batterie et repoussant deux contre-attaques allemandes. Cet exploit devait valoir à la CHR une citation a l'ordre de l'Armée.

Le régiment relevé tout entier le 23, après six jours de combats incessants, se reconstitue au camp Berthelot près de Mourmelon-le-Grand.

19 officiers dont 3 chefs de bataillons et plus de 900 hommes manquaient à l'appel. Mais deux kilomètres arrachés de haute lutte à l'ennemi, 300 prisonniers, 9 canons, 6 minenwerfer, une vingtaine de mitrailleuses venaient attester une fois de plus la vaillance de nos tirailleurs.

LE REPOS EN CHAMPAGNE

LE SECTEUR DE BERRY-AU-BAC

Quittant le camp Berthelot, le régiment après un arrêt à Tours-sur-Marne va occuper les cantonnements de Chaintrix, Velye et Petit-Vouzy. Il y reçoit des renforts et entreprend sa réorganisation. Cependant les exercices et les manoeuvres souvent coupés par des séances de jeux, des concours et des représentations du théâtre aux Armées qui vient apporter un peu de gaieté a tous.

Le 9 mai, anniversaire des combats d'Artois, la fête de la Division est célébrée avec une solennité particulière et suivie d'une fête sportive très réussie.

Un changement de cantonnements mène le régiment a proximité immédiate de la ville de Chalons ou nos soldats reçoivent de la population le plus chaleureux accueil. Les sports sont à l'ordre du jour et nos équipes de foot-ball se couvrent d'une pacifique gloire.

Brusquement alerté le 2 juin, le régiment fait mouvement en automobiles, débarque dans la nuit entre Jonchery et Muizon et bivouaque près de Branscourt. Le 3 il se porte a Guyencourt et monte en ligne la nuit suivante.

La D.M relève entre la Miette et l'Aisne la 40e DI, le 7e tirailleurs remplaçant le 150 RI entre la rivière et la route du Camp de César. Il met deux bataillons en première ligne et un en soutien près des ruines de Berry-au-Bac.

La situation tactique est assez bizarre.

Lors de l'offensive du 16 avril, la progression de l'attaque sur la rive droite de l’Aisne et son échec devant la cote 108 et le mont Spin avaient amené une cassure des lignes, un véritable décrochement portant les positions ennemies du secteur de Sapigneul à hauteur de notre deuxième position.

La cote 108, promontoire blanchâtre, bouleversée par les explosions, entaillée par les coups de mine, domine toute la région. En somme, la caractéristique de ce nouveau secteur est de ne voir les Boches nulle part et d'être vus d’eux partout…

L'artillerie allemande, servie par ses excellents observatoires montre beaucoup

d'activité. Venus de Guignicourt ou du bois “ Claquedents ”, 105 et 150 nous arrosent copieusement et s'acharnent surtout prés du boyau Labordere sur les débris de quelques tanks, vestiges de l'offensive d'avril.

Ce séjour du régiment se prolonge jusqu'au 21 juin. Le 7e Tirailleurs est ensuite relevé par le 4e tirailleurs mais laisse en place son bataillon de soutien qui ne rejoint qu'une semaine plus tard, après avoir été bombardé par obus toxiques dans ses positions de Berry-au-Bac.

Le 3 juillet, de nouveau regroupé, le 7e de marche fait un séjour dans le Tardenois, puis va cantonner dans la vallée de l'Aube entre Arcis et Ramerupt.

VERDUN

Il est impossible de séparer des opérations de Verdun ce séjour dans la région d’Arcis qui est consacré à leur minutieuse préparation. Tandis que le chef de corps établit d’accord avec ses exécutants, un plan d'ensemble détaillé, les compagnies continuent le  dressage de leurs équipes de spécialistes et l'entraînement de leurs hommes. Puis commence la préparation directe et chaque unité connaissant désormais son rôle pendant l'attaque s'exerce à le bien remplir. Des manoeuvres ont lieu dans un terrain présentant avec celui de l'assaut le plus d'analogies possibles, les organisations ennemies y sont exactement figurées et nos soldats font dans ce décor truqué la répétition du drame futur.

Pour éviter les indiscrétions, les noms réels sont tenus secrets et jusqu'au dernier jour les troupes ignorent où se trouvent les tranchées qu'elles connaissent dans leurs moindres détails. Enfin, vers le commencement d'août, les premières reconnaissances d'officiers ont lieu. C'est bien Verdun déjà désigné par les bruits qui couraient depuis quelques temps, particulièrement dans la population civile, qui paraissait infiniment mieux renseignée que ses troupes elles-mêmes.

Le 6 août, le lieutenant-colonel Schultz installe son PC a Sivry-la-Perche, puis Vadelaincourt, où le rejoignent successivement tous les éléments du régiment.

Le secteur où nous devons opérer est occupé par le 305e RI. Les premières lignes s'étendent au nord de Chattancourt, accrochées à contre-pente d'une crête qui va de la Meuse au Mort-Homme. Ce sommet, couronné par des tranchées allemandes, domine toute la région. Il fixe la limite gauche de la Division Marocaine, dont les lignes s'étendent à droite jusqu'aux marécages du fleuve.

Le terrain âprement disputé pendant toute l'année précédente n'est plus qu'un fouillis de cratères. Il ne reste plus trace du bois des Caurettes et c'est à peine si le bois des Corbeaux garde encore quelques troncs meurtris et dépourvus de feuillage.

Les Allemands ont creusé dans ce terrain bouleversé des tranchées profondes, des abris en galeries et mis en position une multitude de minenwerfer. Ils ont percé la puissante ondulation qui joint le sommet des “ Poutres ” a la Côte de l'Oie, construisant un tunnel de 800 mètres de long, a l'épreuve des plus gros calibres et qui, mettant à l'abri, au coeur même de la position, de nombreuses réserves, constitue pour les assaillants le plus grave danger. Malgré le soin apporté au camouflage des abris, le service des renseignements avait su dévoiler sa présence et toute une manoeuvre est prévue pour en amener la conquête.

La préparation d'artillerie commencée le 14 dépasse en puissance toutes celles qui avaient été faites jusqu'alors. Les bois “ Bourrus ” et le ravin de la Claire sont garnis de batteries lourdes, dont le tir de destruction garde nuit et jour une effrayante intensité.

L'extraordinaire ampleur de cette préparation, l'excellent moral des troupes, leur entraînement achevé, leur confiance absolue en une manoeuvre qui ne laisse rien à l'imprévu, donnent à tous la certitude du succès.

La mise en place s'effectue dans la nuit du 19 au 20. Bien que gênée par un violent bombardement accompagné d'un tir d'obus toxiques elle est terminée vers minuit. Le 2e bataillon est en première ligne, suivi du 3e bataillon. Chacun d'eux est renforcé d'une compagnie du 4e bataillon.

A 4 heures 40, les vagues d'assaut précédées d'un barrage roulant d'une intensité peu commune débouchent des parallèles. La bruine matinale, les nuages des explosions, la fumée de nos grenades fumigènes et de nos lance-flammes font sur le champ de bataille un brouillard opaque qui masque notre avancé. Les premières lignes sont rapidement enlevées et partout l'ennemi surpris et démoralisé cède devant nos tirailleurs.

La tranchée de la Marne, fortement tenue, est emportée dans un brillant assaut qui nous vaut 50 prisonniers. Maintenant les vagues dévalent la pente rapide du ravin des Caurettes, mettent la main sur l'entrée sud du tunnel où elles laissent une garnison de sûreté, puis, remontant le versant opposé, viennent border l'emplacement approximatif de la route de Cumiêres, marquant sur cet objectif le temps d'arrêt prévu au plan d'engagement.

A 5 heures 40, le barrage roulant se met en route et l'assaut reprend. Cette fois, il faut enlever le lacis de la deuxième position allemande. Il y a la quatre tranchées parallèles, munies d'abris profonds, précédées de réseaux et garnies de défenseurs. Ceux-ci bien que très éprouvés par notre barrage d'AL, se défendent âprement. Mais, attaqués à la grenade, les nids de mitrailleuses sont successivement réduits. A 6 heures tout est fini, la seconde position toute entière est en notre possession.

Le 3e bataillon, dont une compagnie agissait déjà à la droite du 2e bataillon, le dépasse alors et par ses unités d'antenne, 10e et 11e compagnies, attaque vigoureusement le bois des Corbeaux. Des mitrailleuses placées près de l'entrée Nord du tunnel les prennent à partie. Le capitaine Gille est tué, plusieurs chefs de section sont tués ou blessés, mais notre élan emporte cette résistance. A 7 heures 20, la 10e compagnie tient l'entrée du tunnel dont la garnison est désormais bloquée et la 11e occupe la partie occidentale du bois des Corbeaux.

A 8 heures la marche reprend vers l'objectif final sur lequel le bataillon De Pascal s'installe une demi-heure plus tard. Le caporal Belmehal de la 11e compagnie se lance avec un petit groupe de tirailleurs sur une batterie de la vallée Jacques; il tue trois servants, fait huit prisonniers et capture quatre canons de 77. Des groupes, entraînés par leur élan, vont au-delà de l'objectif jusqu'au ruisseau des Forges et des patrouilles reconnaissent les emplacements de batteries qui bordent ce ruisseau.

La Victoire est complète. Les prévisions du plan d'engagement se sont trouvées minutieusement conformes à la réalité. L'objectif fixé par le commandement est atteint et même dépassé. De nombreux prisonniers et un important matériel sont déjà entre nos mains.

Cependant la lutte n'est pas terminée. Un danger subsiste, formidable. Le “ Gallwitz Tunnel ” du bois des Corbeaux renferme encore de nombreux défenseurs dont les mitrailleuses, placées au bas des escaliers de descente, en interdisent l'accès a nos soldats. A la faveur de la nuit, par une issue peut-être inconnue, il peut dégorger au sein même de notre position des flots de combattants qui prendraient à revers les défenseurs du bois. Pour parer a cette menace, l'attaque est immédiatement entreprise ; Grenades fumigènes et asphyxiantes sont lancées par les ouvertures sans produire d'effet appréciable et une ventilation puissante renvoie sur nous les jets de flamme des appareils Schilt.

La nuit arrive sans que la situation se soit améliorée. Pour empêcher une sortie nocturne, les ouvertures sont barrées de poutres, obstruées de sacs a terre et des sections des 5e et 3e compagnies restent en action. Grâce à ces précautions, la nuit se passe sans incident, mais il faut en finir et les postes aux issues reçoivent l'ordre de laisser approcher les Allemands qui se montrent afin de ne pas mettre obstacle aux velléités de reddition.

Bientôt un tirailleur conduit au commandant de Saint-Léger un officier allemand qui s'est présenté au poste de la sortie Nord. Le commandant de Saint-Léger lui dicte ses conditions et l'invite à aller les porter a la garnison.

1 La garnison doit capituler avant un quart d'heure, sinon on fera sauter le tunnel.

2 Le commandant et les officiers doivent se rendre immédiatement

3 Si ces conditions ne sont pas acceptées l'officier parlementaire doit donner sa parole de revenir se constituer prisonnier.

L'officier allemand, cachant son émotion sous un masque de correction parfaite, retourne dans le tunnel. Dix minutes plus tard il revient suivi du major Von Ahberfeld, commandant le 24e régiment de réserve et de 13 autres officiers. Von Ahberfeld capitule: il demande seulement que l'évacuation ait, lieu par la sortie sud pour éviter le marmitage. Cette demande est acceptée et le capitaine Poulet, le capitaine Chanavas et l'aumônier Borde d'Arrêre, accompagnés d'un groupe de tirailleurs, revolver au poing, pénètrent dans le tunnel.

Un escalier rapide et glissant barré de mitrailleuses conduit à la galerie principale qui, haute de 3 mètres, large de 4, perce sur une longueur de 800 mètres la côte de l'Oie et se termine par une entrée de plein pied dans le ravin des Corbeaux. Éclairé a l’électricité, desservi par un Decauville, alimenté en eau par des pompes, recelant un moteur et des dynamos, le “ Callwitz Tunnel ” représente un prodigieux travail.

Vers le milieu, des chambres abritent une ambulance où deux médecins allemands se tiennent avec une cinquantaine de blessés, la plupart moribonds. D'autres chambres sont occupées par les officiers et les hommes sont entassés dans la galerie.

Aux deux extrémités est un cloaque horrible, une boue immonde mêlée de sang et de déjections avec dans les coins sombres des amoncellements de cadavres. Partout des fusils, des casques, des équipements, jetés pêle-mêle, attestent la démoralisation de l’en­nemi.

L'évacuation a lieu par la sortie donnant sur le ravin des Caurettes. Les prisonniers sortent à la file indienne, sont rassemblés par groupes et dirigés sous escorte vers l'arrière. Cette opération dure jusqu'a 9 heures. Lorsqu'elle est terminée, le tunnel a ainsi dégorgé 17 officiers et 791 hommes de troupes, qui laissent entre nos mains deux minenwerfer, 8 mitrailleuses, 400 fusils et un important matériel.

La situation du régiment est désormais bien assurée. Le 7e de marche s'organise solidement sur le terrain conquis, s'échelonne en profondeur, garnit le terrain de mitrailleuses étagées et se tient prés a repousser toute contre-attaque de l'ennemi. Celui-ci, après le sanglant échec de sa tentative du matin sur le front de la 1ere brigade ne réagit plus que par son artillerie  150 et 210 s'abattent sans interruption sur les positions; Nos troupes mal abritées dans les tranchées éboulées subissent des pertes sensibles mais qui n'ébranlent pas leur moral.

Pendant les journées qui suivent, le régiment continue a faire bonne garde; le froid est assez vif et les hommes, grelottant dans leur tenue d'assaut, s'ingénient a ramasser des capotes boches ou se drapent dans des toiles de tente, spectacle qui n'est pas sans pittoresque.

A partir du 27 août, les bataillons du 7e tirailleurs sont relevés les uns après les autres par ceux du  1er zouaves et gagnent isolément la zone de Vaucouleurs. Le 4 septembre, le régiment tout entier cantonne dans les petits villages meusiens de Rigny-la-Salle et Saint-Germain.

Cette bataille de Verdun constitue l'un des plus beaux succès de la D. M.; elle est le type et le modèle de l'attaque a objectifs limités avec action intensive d'artillerie. La science militaire qui avait présidé à l'élaboration des plans d'engagement, la prépara­tion poussée jusqu'à ses moindres détails, l'ardeur offensive des troupes nous avaient donné cette belle victoire qui, enlevant a l'en­nemi ses meilleurs observatoires et ses puissantes organisations, mettait Verdun a l'abri d'une nouvelle offensive brusquée.

Large était la part de gloire du 7e tirailleurs. S'il avait perdu 13 officiers et 620 hommes, il avait anéanti le 24e de réserve, régiment ennemi qui lui faisait face. Il avait capturé 24 officiers et 1070 soldats, enlevé 4 canons, 13 mitrailleuses, 17 minenwerfer et plus de 400 fusils. Ce magnifique bilan de victoire et la valeur déployée par les tirailleurs valaient au 7e de marche sa troisième citation a l'ordre de l'Armée.

LE CAMP DU BOIS L'EVEQUE

LE SECTEUR DE FLIREY

L'OPÉRATION DU 8 JANVIER

LE CAMP DU BOIS-L'ÉVEQUE.

Après un court séjour dans la région de Vaucouleurs, la Division Marocaine vient occuper une véritable ville de baraques Adrian dressée dans le Bois-l'Evêque, entre Toul et Nancy. Coupée de fêtes et de jeux qui essaient de faire oublier l'isolement de cette thébaïde, la réorganisation de la division Marocaine s'opère rapidement. Son chef le général Degoutte, appelé au commandement d'un Corps d'armée est remplacé par le général Daugan, qui avait, en 1915, appartenu a la Division comme colonel du 4e Tirailleurs. Tandis que se réparent les pertes de la bataille, la journée du 27 voit apporter l’attestation de la victoire, la consécration officielle de la gloire de la Division Marocaine. Le généralissime Pétain passant la division en revue, remet solennellement la croix de la Légion d'honneur au régiment de Marche de la Légion Etrangère, la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire au 8e Zouaves et leur troisième palme aux drapeaux des 4e et 7e Tirailleurs. L'artillerie divisionnaire reçoit la fourragère verte et rouge. Une telle cérémonie est bien faite pour renforcer encore chez les troupes de la Division Marocaine cet admirable esprit de corps, fait de l'orgueil des mêmes sacrifices et de com­munes victoires.

Après cette mémorable journée, la Division séjourne encore quelque temps au camp du Bois-l'Evéque, puis elle exécute les reconnaissances préparatoires a l'occupation d'un nouveau secteur. Après s'en être rapprochée par étapes, elle occupe, dans la nuit du 3 au 4 octobre, le secteur de Flirey, sur la face méridionale de la “ hernie ” de Saint-Mihiel.

LE SECTEUR DE FLIREY.

Le 7e Tirailleurs de Marche, qui a remplacé les 2e et 4e BCP, tient, dans la vallée du Rupt-de-Mad, en face de Richecourt et de Saint-Baussan, les ruines de Seicheprey et les organisations du bois de Rémières. Lorsque le dispositif d'occupation est définitivement réglé, un bataillon occupe les premières lignes, un autre reste en soutien près de la route de Beaumont a Flirey, le dernier bataillon restant au repos dans les petits villages de Sanzey et Ansauville

Les tranchées creusées dans l'argile de la Woevre, coupées de gabionnades dans les bas-fonds où l’eau affleure, deviennent vite d'un séjour très pénible dés que persiste le mauvais temps. Mais le secteur est très calme, la faible densité réciproque des troupes et de l'artillerie semble interdire une grande activité de combat.

Cependant cette tranquillité dure peu. Une compagnie effectue plusieurs émissions de gaz asphyxiants, que nos batteries appuient d'un tir violent d'obus toxiques. Cette manifestation de turbulence occasionne d'ailleurs, une réplique de l'artillerie ennemie sur Beaumont et sur nos batteries. Celles-ci, prises a partie, ripostent furieusement et ainsi s'engage une lutte d'artillerie qui s apaise peu à peu quelques jours après.

Le 25 au matin, l'ennemi fait une tentative sur nos postes du bois Carré. Après un violent bombardement par obusiers et minenwerfer, il déclenche un tir d'encagement très serré, qui isole complètement la 14e compagnie. En même temps, un groupe offensif cherche à atteindre l'un de nos petits postes. Immédiatement éventé, il est soumis à un feu de mitrailleuses, de FM. et de VB. qui le disperse. Les Stosstrupp rejoint précipitamment ses lignes laissant un blessé dans nos fils de fer; ce blessé, capturé et interrogé nous donne de précieux renseignements sur l'ordre de bataille ennemi. Ainsi, l'entreprise allemande tourne a son désavantage.

Néanmoins, cette marque d'activité demande une riposte. Dans la journée du 29 et du 30, notre artillerie commence les destructions, le 31 elle fait les dernières brèches et a 8 h. 15, protégé par un tir d'encagement, un groupe offensif du 7e Tirailleurs, conduit par le lieutenant de Boisrenard, s'élance sur le  “ Blumen Stellung ”. Une action analogue du 8e Zouaves sur le saillant de Richecourt, complète cette démonstration.

Le détachement de coup de main attaque la première tranchée allemande, d'où une quinzaine d'ennemis s'enfuient a son approche. Tandis que les fractions de protection font barrage sur ses flancs, il se porte a la tranchée de soutien et explore les abris qu'elle renferme. Après une vive lutte, trois prisonniers restent entre nos mains; les sapeurs du génie font sauter les abris, et à 19 h. 20, le groupe rejoint nos lignes avec sa capture.

Ce coup de main nous donnait de précieux renseignements sur les organisations ennemies, et les trois prisonniers ramenés nous permettaient d'identifier une division nouvelle.

Dans la nuit du 25 au 26, la compagnie Z qui opère dans notre secteur, envoie des nappes de gaz vers le bois de la Sonnard.

Une autre émission a lieu dans la nuit du 10 décembre. Ces opérations amènent de violentes réactions de l'artillerie ennemie, qui, grâce aux précautions prises, ne causent pas de pertes.

La Division Marocaine continue à tenir le secteur pendant tout le cours du mois de décembre. Le commandement envisage l'exécution d'un coup de main de grande envergure. Le 7e Tirail­leurs en est chargé. Il est relevé le 22 par le  154e régiment d'infanterie, et va se consacrer à la préparation de cette opération.

retour vers les historiques

 retour vers l'accueil