7e RMT 1916d'après l'historique du régiment, Librairie Militaire CHAPELOT |
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1916 LE SECTEUR DE RIBECOURT
Une offensive ennemie est imminente. Peut-être le canon qui tonne à
Verdun n'est-il qu’une diversion ?. Le Boche ne va-t-il pas essayer
une nouvelle ruée sur Paris ? Aussi la Division Marocaine reçoit-elle
une place d'honneur, le secteur compris entre Ribecourt et Lassigny,
barrant la trouée de l'Oise et la route de la capitale. Le 7e Tirailleurs occupe les derniers mamelons du massif de Thiescourt
et garde la vallée elle-même, tenant les ruines de Ribécourt. Au moment
où il monte en ligne, relevant le 311e territorial, se
déclenche la formidable attaque de Verdun. Tandis que la région du camp retranché est le théâtre des combats
qui sont entrés dans l'histoire, les autres secteurs du front conservent
un calme relatif. Celui de Ribécourt ne fait pas exception, l'ennemi est
médiocrement mordant, la lutte d'artillerie peu vive et localisée. Mais pour alimenter en hommes la bataille, les troupes en ligne doivent
tenir sans relève et sans repos. Le secteur est réorganisé presque
complètement, de nouveaux boyaux sont creusés et sur les pentes de la
cote 113, sous le couvert de bois, un nouveau centre de résistance est
créé de toutes pièces. Ces améliorations et l'entretien des ouvrages
existants nécessitent un labeur acharné de jour et de nuit qui ne devait
prendre fin qu'a la relève du régiment. Le 7e Tirailleurs est, a ce moment commandé par le lieutenant colonel
Schuhler, qui a remplacé le lieutenant coIone1 Demetz promu au grade
supérieur et commandant la 1ere Brigade Marocaine. Tous les bataillons sont en ligne. Le 4e bataillon tient
Ribécourt et les bords de l'Oise; le 3e bataillon est retranché
solidement sur la cote 113, le 2e bataillon occupe des abris
sous bois et fournit la ligne de résistance en face de Dreslincourt. Heureusement le pays est charmant. Les prés, les vergers et les bois
sont parés de grâces printanières, qui font oublier la monotonie
de la vie des tranchées. La somnolence du secteur est interrompue le 5
mai, par une opération d'un groupe offensif du régiment sur le “ Nase
Stellung ”, tranchée du saillant de Dreslincourt. 38 tirailleurs commandés par le sous-lieutenant Chassier attaquent à
21h15, après une rapide préparation d’artillerie, le poste allemand
faisant face à notre poste des Pommiers. Les hommes, progressant
derrière les derniers éclatements de 75, sautent dans les tranchées
allemandes, abattent deux sentinelles et pénètrent dans les abris. Leurs
occupants se défendent, ils sont tués à la grenade ou au revolver. Deux
prisonniers restent entre nos mains. Pendant le retour du détachement,
ils tentent de s’enfuir et l’un d’eux blesse grièvement le
lieutenant Chassier. Ils sont abattus et le groupe offensif rentre dans
ses lignes ramenant ses blessés. L’ennemi ne tente pas de riposte, le secteur s’apaise et les travaux
d’organisation continuent. Le 25 mai, le lieutenant colonel Schuhler, promu colonel, prend le
commandement de la 2e brigade Marocaine. Le lieutenant colonel
Schultz le remplace à la tête du 7e Tirailleurs. Le 16 juin, le régiment est relevé par le 33e territorial
et, après un court séjour à Grand-Fresnoy près d’Estrées-Saint-Denis,
il s’embarque le 20 à Chevrières pour prendre part aux opérations de
la Somme. LA SOMME
Le Santerre est le théâtre d'une fiévreuse activité. Des villes de
baraquements prolongent les villages et abritent les troupes massées
pour I'attaque. De multiples voies ferrées conduisent a leur poste de
tir les engins de l'A. L. V. F, ou répartissent entre les dépôts les
torpilles et les obus. Chaque ravin recèle une accumulation de
projectiles. Les convois automobiles se suivent nuit et jour sur les
routes poudreuses, transportant les hommes et le matériel, tout ce qu'il
faut pour alimenter en force vive ou aveugle la bataille. Une artillerie puissante est massée dans le secteur d'attaque. La
rareté des positions de tir dans cette région de plateaux unis,
séparés par quelques ravins abrupts provoque une concentration
formidable aux endroits favorables. Notre A. L. G. P. fait son entrée en
scène. La puissance de ce matériel, l'importance des stocks de
projectiles emplissent les soldats d'un joyeux étonnement et leur donnent
une confiance absolue dans le succès de l'opération. La Division Marocaine est rattachée au
1er Corps colonial qui prolonge, au sud de la Somme, l'offensive du
20 Corps et de l'armée anglaise. Dès le 23 Juin, elle relève dans le
secteur d'attaque le 23e colonial. Pendant que le 3e bataillon garde
devant Dompierre les premières lignes, les deux autres bataillons
exécutent sur le terrain les travaux préparatoires. L'action de notre
artillerie commence bientôt. L'intensité de la préparation dépasse
beaucoup celle réalisée en Champagne. Dompierre n'est pas démoli, mais
écrasé, supprimé, anéanti, et les tranchées allemandes se nivellent
sous une avalanche d'acier. Les tirailleurs, spectateurs de cette destruction, brûlent de prendre
part a un assaut si bien préparé. Mais tel n'est pas leur rôle. Les
coloniaux les relèvent dans la nuit du 23 et la Divion Marocaine reste en
réserve prés de Proyart puis de Chuignes, tandis que le 1er juillet, le
1er Corps Colonial attaque Dompierre et Becquincourt et atteint
rapidement ses objectifs. La Division Marocaine intervient a partir du 4 pour continuer l'effort
des troupes d'assaut arrêtées a l'ouest de Belloy et de Barleux. Mais,
les conditions du combat ont changé. La profondeur de la progression rend
très précaire l'appui de l'artillerie. L'ennemi, un instant bousculé s’est
ressaisi; il a creusé dans les hautes cultures des éléments de
tranchées qui, échappant au repérage ont peu à souffrir de nos obus. La Légion enlève Belloy au prix d'un admirable effort. Le 7e Tirailleurs
vient la remplacer sur les positions conquises. Deux de ses bataillons
sont mis à la disposition du colonel Commandant le 228e régiment
d'infanterie, et doivent attaquer le boyau du Chancelier. L'attaque est fixée le 11, à midi. Dans la. nuit du 10 au 11, les compagnies d'assaut, aidées d'une
section du génie, creusent les parallê1es de départ. Mais la
pleine lune gène nos travailleurs qui sont pris sous le feu de l'ennemi,
et la tranchée n'est creusée qu'à une faible profondeur. Les éléments
de première ligne s'y entassent au lever du jour; mal dissimulés, ils
ont à subir un violent bombardement. Cependant d'autres dificu1tés se
présentent: plusieurs des batteries chargées de la préparation n’ont
pas encore pris position et l'attaque est retardée de deux heures. Un peu avant 14 heures, le 75 entre en action, mais son tir mal réglé
cause peu de dégâts à la tranchée ennemie. Au contraire, les boches
mis en éveil par la rapide cadence du tir ont mis en batterie leurs
mitrailleuses et les balles commencent à siffler avant qu'aucun homme
n'ait paru. A 14 heures, les éléments de tête, deux pelotons des 13e et
l6e compagnies débouchent sous la mitraille. Ils subissent immédiatement
des pertes énormes et sont à peu près anéantis. Les suivants
s'abritent dans des trous d'obus devant la tranchée ennemie. Ils ne
pourront rentrer dans nos lignes que beaucoup plus tard. Malgré ce terrible exemple, la deuxième vague s'élance à son tour.
En quelques secondes elle perd tous ses gradés et la moitié de son
effectif. Toute cette vaillance est inutile, chaque recoin de boyau cache une mitrailleuse en action. Les tirailleurs doivent
rejoindre la parallèle de départ. A 17 h. 30, le 4e bataillon envoie des reconnaissances constater les
effets de notre bombardement. Ces patroui1les sont accueillies par un feu
violent et rentrent dans nos lignes très diminuées. A 2
heures, un troisième et furieux effort jette nos troupes contre
l'obstacle. Cette fois encore, l'assaut est brisé par des feux de
mitrailleuses devant des réseaux presque intacts. Cependant deux brèches
existent. En face de ces points, des éléments du régiment réussissent,
en “ bourrant ”, à prendre pied dans le boyau. Ce sont les
vaillants grenadiers régimentaires du lieutenant Laquait, un peloton de
la 14e compagnie commandé par le sous-lieutenant Bartheye et quelques
groupes de la 7e Compagnie dirigée par le sous-lieutenant Lichtblau. Isolés au milieu des positions ennemies, attaqués à droite et à
gauche, privés du secours d'une artillerie qui, faute de munitions, a
ordre de ne plus tirer, les tirailleurs défendent âprement le terrain
conquis. Brusquement, dans l'ombre crépusculaire surgit un fort groupe
d'Allemands déséquipés, levant les bras et criant “ Camarade ”.
Désireux de s'en assurer la capture, nos soldats les laissent approcher,
mais arrivés à une trentaine de mètres de la tranchée, les Boches
jettent sur ses défenseurs les grenades qu'ils tenaient dissimulées.
Notre fusillade immédiatement déclenchée punit cette félonie, mais
la situation est désespérée. N'ayant plus de grenades pour riposter aux
grenadiers ennemis, débordés à droite et a gauche, à la merci du
moindre effort des adversaires qui les entourent, les défenseurs du boyau
du Chancelier sont obligés à la retraite. Grâce à l'ombre naissante,
ils rejoignent nos lignes après être restés plus de 20 minutes dans la
position ennemie. Encore une fois, faute de préparation, les résultats obtenus
n'étaient pas en rapport avec l'énergie déployée. Mais triste
critérium, les pertes subies par les troupes d'assaut attestaient leur
vaillance et leur mépris du danger. Pendant que ces combats se livraient au sud-ouest du village, le 3e
bataillon et deux compagnies du 2e bataillon défendaient
Belloy-en-Santerre. N'ayant pour tout abri que quelques trous individuels,
quelques niches hâtivement creusées dan les talus des routes, les
éléments ont à subir un bombardement de 150 et 210 d'une extrême
violence. Les guetteurs, a découvert, surveillent l'ennemi sans que le
danger ait raison de leur vigilance. Des que l'un d'eux tombe, il est
immédiatement remplacé Les hommes ensevelis dans leurs niches par
l'explosion des obus, sont aussitôt dégagés par leurs camarades. Il y a
chez tous, vieux tirailleurs et “ boudjadis ” imberbes, un
mépris du danger, un sentiment du devoir, une véritable émulation de
bravoure d'autant plus admirables, qu'ils n'ont pas cette fois la
récompense et l'encouragement du succès. Le 13 juillet, le régiment est relevé par des bataillons sénégalais
et va se reformer dans la région d'Estrées-Saint-Denis. LE SECTEUR DE LASSIGNY
Arrivé le 17 juillet dans ses cantonnements d’Estrées-Saint-Denis,
la Division Marocaine les quitte le 28 pour aller relever, dans la région
de Lassigny une division d'infanterie coloniale. Les colonnes se forment
et le long des jolies vallées de l'Aronde et du Matz gagnent leur nouveau
secteur. “ Lassigny ”, ce nom si souvent cité dans les
communiqués, éveille chez tous une curiosité attentive. On ne trouve
qu'un secteur très calme, le bourg, encore aux mains de l'ennemi, n'est
plus qu'un amas de ruines et il ne reste de la tour Rolland qu'un nom sur
la carte. Le Plémont domine la région et son dôme boisé cache les
observatoires ennemis qui surveillent nos mouvements. Les positions
allemandes sont établies sur les crêtes. Le bois du Verlot
fait face a notre avancée de Canny. Les tranchées sont bouleversées de
part et d'autre, car c'est la le point de friction du secteur, le
rendez-vous des marmites et des crapouillots. Après s'être ainsi
affrontées, les lignes s'écartent, laissant entre la ferme de Canny et
Fresniêres un grand golfe herbeux; le bois des Loges ferme l'horizon au
Nord-Ouest tandis que dans les lignes ennemies le clocher de Fresnieres
survit a la destruction du village. La deuxième brigade occupe les trois centres de la Croix Brisée, de
Canny et de la ferme de Canny, où alternent zouaves et tirailleurs. Les
troupes vont au repos dans les ruines de Roye-sur-Matz, les plus
favorisées sont a la Berliére, petit village intact malgré sa
proximité du front. Le secteur n'est pas désagréable; après les
bombardements et les assauts meurtriers de la Somme, c'est presque le
repos. Les travaux d’organisation se poursuivent sans que la monotonie de
ces occupations diminue l'allant des troupes. Chaque nuit, des patrouilles
menées parfois jusqu'aux réseaux ennemis, nous assurent la maîtrise du
“ no-mans-land ”. Le 14 septembre, le détachement de
volontaires du lieutenant de Boisrenard attaque un poste ennemi. Mis en
éveil par la préparation d'artillerie, les Boches ont évacué le point
menacé et nos tirailleurs pénètrent dans la tranchée sans y trouver de
défenseurs. Le temps s'écoule sans faits saillants. Les deux artilleries sont peu
actives, parfois les “ minennwerfer ” ennemis exécutent
quelques tirs, vite réprimés. Brusquement, le 8 octobre, après une matinée calme et sans que rien
puisse faire prévoir cette rage subite, l'artillerie allemande déclenche
sur nos positions de Canny un bombardement d'une extrême violence. En
même temps les minenwerfer de gros calibres bombardent nos tranchées et
défoncent nos abris. Le point d'appui de la 5e compagnie est
particulièrement objectivé et la tranchée Bonnin est presque nivelée.
De 16 a 18 heures, la canonnade s'exaspère et fait croire a une attaque
imminente. Tous se préparent a y faire face, des postes s'installent dans
des trous de torpille, les agents de liaison traversent les zones battues
pour porter des renseignements et des ordres et l'artillerie se tient
prête à déclencher le barrage. A la tombée de la nuit, l'ennemi envoie quelques patrouilles pour
tâter le terrain, elles sont aussitôt prises sous notre feu et
repoussées. Le Boche assagi par cet accueil n'insiste pas. Après ce sursaut, le secteur s'apaise et le temps s'écoule lentement,
coupé par le rythme régulier des relèves. Enfin le 29 octobre, le 417e
régiment d'infanterie vient remplacer le 7e Tirailleurs qui va, par
étapes, occuper les cantonnements de la région de Rouvillers. LE SECTEUR DE BELLOY EN SANTERRE
Le 5 novembre, le régiment revoit sans enthousiasme le camp de
Crévecoeur. Le pays est sale et boueux, les villages misérables et les
cantonnements resserrés. Des mêmes terrains revoient d'identiques manœuvres. Cette remise en mains s'imposait cependant après le long séjour aux
tranchées. Les équipes de grenadiers, de fusiliers, de voltigeurs sont
constituées et entraînées. Leur instruction est brusquement interrompue
par l’ordre d'embarquement qui vient nous surprendre dans l’aprês-midi
du 16. La destination est encore inconnue, mais des bruits circulent qui
désignent la Somme. Le 17 au matin, les longues files d'auto-camions embarquent leur
cargaison humaine. Elles traversent rapidement Hardivillers, Breteuil,
Ailly-sur-Noye, Moreuil et s'arrêtent dans la soirée a Chuignolles où
s'effectue le débarquement. Cependant certaines sections dépassent leur
destination et vont jusqu'à l'Eclusier, ce qui. vaut a quelques unités
le plaisir de refaire a pied le supplément de chemin parcouru. A la nuit, les troupes sont groupées dans leurs baraquements et les
reconnaissances d'officiers commencent dès le 18. Nous connaissions le Santerre sous son aspect estival; vastes plateaux
herbeux avec quelques lots de beaux arbres. L’approche de l'hiver a
changé la région en un cloaque immonde. Les routes sont des fleuves
épais bordés de troncs noirs gonflés d'eau comme des éponges. Des
mares de boue liquide, parfois encroûtées de gel, se cachent au fond des
ravins et, dans la vallée de la Somme, les marais stagnent au milieu de
chaumes décolorés. Le sous-secteur de Belloy est attribué au régiment, et le 18 à la
tombée de la nuit, les 3e et 4e bataillons quittent leurs baraquements
pour aller remplacer en première ligne deux bataillons du 52e colonial. Ce fut la plus pénible des relèves. La nuit était d’une opacité
absolue que les départs des pièces trouaient de brusques fulgurations.
Les colonnes qui piétinent la boue avec un clapotis régulier, essaient
en vain dans cette obscurité de maintenir une liaison impossible. Elles
se scindent, se coupent en tronçons
qui s'égarent. L'artillerie ennemie s’acharne sur les
carrefours, et la sortie de Becquincourt est particulièrement dangereuse.
Par un hasard presque miraculeux, les obus tombent toujours dans
l'intervalle des sections. Une fois dans les boyaux, la marche devient un supplice. Les guides
eux-mêmes ne s'y reconnaissent plus. Au détour de chaque pare-éclats,
il faut tâter les parois pour suivre la tranchée, de sorte que les mains
sont vite gantées de boue visqueuse. Les dépressions sont devenues des
lacs et il faut grimper sur les talus, détachant des mottes d'argile qui
se plaquent contre la poitrine. Des éboulements obstruent les boyaux,
entraînant les fils téléphoniques qui causent des chutes
brusques, des arrêts interminables. Exaspérés, les chefs de section veulent abandonner les boyaux,
préférant le danger des obus à l'obsession de la boue. Mais les trous
remplis d'eau où l'on tombe en jurant, les réseaux qui obligent à de
longs détours rendent la marche presque aussi pénible. Enfin, après six
heures de trajet, les compagnies arrivent a leurs emplacements et la
relève s'effectue. La faction commence, longues heures d'immobilité
sous la morsure du froid. Mais pendant que les tirailleurs faisaient ainsi
bonne garde, il fallait envoyer des corvées de sauvetage relever ceux
qui, trahis par leurs forces, gisaient à demi-enlisés dans quelque coin
de tranchée. Ce séjour qui, coupé par les relèves, devait se prolonger jusqu'au
23 décembre, compte parmi les plus pénibles. Le secteur que nous avions
connu en juillet ne s'était pas apaisé. De nouvelles poussées avaient
un peu élargi nos gains, sans cependant atteindre les villages de Barleux
et de Villers-Carbonnel. Une nouvelle attaque, à laquelle nous devons participer est projetée
et doit essayer de rejeter l'ennemi au-dela de la Somme. Mais le mauvais temps continu, 1'impossibilité de faire des réglages
la firent indéfiniment ajourner. Pour être prêt a profiter de la moindre période de beau temps, les
travaux sont poussés très rapidement et une artillerie importante a
pris position. De leur côté les Boches se sont aussi renforcés et la
moindre éclaircie provoque un bombardement réciproque d'une intensité
peu commune. Cependant le danger du marmitage compte peu a côté de cet
autre ennemi, celui-là toujours présent et agissant : la boue. Les tranchées, creusées dans l’argile
superficielle, dans un terrain défoncé par de furieux bombardements,
s'affaissent après chaque pluie. Elles perdent peu a peu leur profil
primitif, deviennent des auges boueuses, puis des espèces de chemins
creux n'offrant qu'une protection illusoire. La première ligne n'est
protégée que par quelques éléments de réseaux Brun, ce qui exige un
service de surveillance particulièrement sévère ; d'ailleurs il
faut songer à organiser les bases de départ sans perdre de temps aux
travaux purement défensifs. La température devient extrêmement rigoureuse, atteignant parfois 5
degrés au-dessous de zéro. Le sol affermi par le gel permet alors une
installation moins précaire, mais le dégel est une véritable débâcle
anéantissant en un jour le résultat de semaines de labeur. Néanmoins, le moral des troupes ne cesse pas d'être excellent il est
soutenu par le spectacle des furieux bombardements dont notre artillerie
gratifie les positions ennemies. Dans cette lutte obscure et sans gloire, où la fatigue compte plus que
le danger, il n'y a pas de place pour les exploits individuels, mais
tous font preuve d'une énergie qui ne se dément jamais. A intervalles égaux, les bataillons séjournent dans les baraquements
ou les maisons de Chuignolles. Ils y retrouvent d'ailleurs leur ennemie
coutumière la boue.
Insidieuse, elle se glisse sous les portes des granges, envahit les cours,
encercle les baraques. Piétinée par les troupes, soulevée en hautes
gerbes par les convois automobiles, elle est la reine du lieu. Lorsque
nous évoquons cette période, c'est elle qui, au milieu de visions
pénibles ou tragiques, domine nos souvenirs. Le 21 décembre, des reconnaissances du 27e régiment d'infanterie
font présager une relève. Elle a lieu le 22 et le régiment se regroupe
au camp 102, près de Wiencourt-l'Equipée, bloqué dans ses baraquements
par un gâchis immonde. Enfin le 29 c'est la délivrance, et le 7e
Tirailleurs gagne, par étapes, les cantonnements de Troussencourt et de
Maisoncelle a l'extrémité orientale de ce camp de Crévecoeur, qu'il
revoyait pour la troisième fois. |
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