7e RMT 1914d'après l'historique du régiment, Librairie Militaire CHAPELOT |
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Le voyage à travers la France n’est qu'une longue marche triomphale.
Les trains salués au passage d'acclamations enthousiastes, se dirigent
vers la frontière. A Laon, la défense contre les avions est organisée,
dans chaque convoi des groupes de tireurs sont placés sur un wagon; les
tirailleurs déchirent leurs premiers paquets de cartouches, geste
symbolique qui ouvrait la campagne. Les trains transportant les troupes s'arrêtent à l'ouest de
Mézières, aux petites stations d'Aubigny et de Rouvroy. Le flot pressé
des soldats, trop longtemps contenus dans l'exiguïté des wagons,
s'épand sur les trottoirs puis s'organise, se rassemble en formations
régulières. Les tenues voyantes des Tirailleurs tranchent sur la
grisaille du paysage qu'attriste encore une pluie fine et monotone. Au
Nord, gronde le canon de Charleroi. Les bataillons vont cantonner aux villages de Chilly, Marby et Etales,
à proximité des points de débarquement Ils sont alertés le 23 à 8
heures 30; une heure plus tard les colonnes se forment et se dirigent vers
Charleville acclamées a chaque traversée de village. A Mézières, elles
défilent au milieu d'une population délirante. Premières visions de
guerre, elles croisent un régiment de cuirassiers revenant du combat
chargé de trophées enviés, puis rencontrent une automobile renfermant,
raidis dans leur morgue de “ Junkers ”, deux officiers
allemands prisonniers. Après un court arrêt à Saint-Laurent, la brigade se dirige sur la
Belgique par Cons-la-Grandville et Gespunsart. A minuit le bivouac est
établi: près de ce village. L'excitation de la marche en avant, la
proximité de la frontière font oublier la fatigue de cette longue
étape. Toutes les énergies sont tendues vers la lutte devinée proche et
glorieuse. . Hélas
! la frontière ne devait pas être franchie En effet ce même 22 août qui avait vu débarquer la brigade, avait
marqué l'échec de notre offensive sur la Semoy et la fin de cette
malheureuse bataille des Ardennes qui est restée dans l'histoire sous le
nom de bataille de Charleroi. Le IXe corps, três éprouvé, se replie. La Brigade doit couvrir sa
retraite en tenant les hauteurs entre Cons et Aiglemont. Ces positions
sont occupées dans la matinée du 24. Alors commence sous les yeux des
troupes, le lamentable défilé des régiments revenant de Belgique;
Colonnes d'infanterie, convois, longues files de voitures de blessés,
petits groupes ou isolés qui s'arrêtent pour demander à boire et qui,
interrogés, donnent des renseignements déprimants. Malgré cette atmosphère de défaite le moral des tirailleurs est
intact. Ils comprennent peu la situation. D'ailleurs que leur importe, ils
ont leurs officiers, connus et aimés; ils obéiront à leurs ordres, le
reste ne les intéresse pas. Le soir, à 9 heures, les
bataillons reçoivent l'ordre de se reporter au sud de Mézieres.
Traversant la Meuse sur le pont suspendu de Lumes dont la destruction est
déjà amorcée, elles vont se rassembler dans la région des Ayvelles. Le lendemain, à midi, la brigade quitte ses emplacements et traverse
une dernière fois Mézières. Le dernier élément éloigné, un
détachement du génie fait sauter le pont sur la Meuse. Pendant tous ces mouvements nos colonnes sont survolées par des avions
ennemis dont l'apparition est saluée par une frénétique fusillade. On
n'a pas encore vu les Boches, mais l'on sent partout peser leur menace
triomphante. A 19 heures, les bataillons cantonnent dans la région Murtin, le
Châtelet puis, le 26 août au matin la brigade que vient de rejoindre le
bataillon Tisseyre du 4e Tirailleurs occupe les hauteurs S-E. de Blombay.
On organise les lisières de bois et l'on creuse de petites tranchées,
simples levées de terre n'offrant aucune protection contre les obus.
Cependant l'ennemi s'approche. A 17 heures des colonnes de fumée
s'élèvent a l'horizon et a la tombée de la nuit les premiers “ Feldgrauen ”
débouchent sur la route de Montreuil à Mézières et s'y organisent. Les bataillons Clerc et Mignerot prennent les avant~postes sur la ligne
Chilly-LavaI-Morency-Le Chatelet. Les postes s'installent dans une
profonde obscurité et sous une pluie battante tandis que les hommes
s'affalent dans les fossés boueux, rendus indifférents à tout par
l'accablement de la fatigue. Mal protégés par leur petit collet à capuchon, ils sont trempés par
la pluie qui transperce leur tenue de treillis. Aussi envient-ils la
capote longue et croisée de l'infanterie et n'appellent-ils plus les
lignards autrement que les “ grandes capotes ”. La nuit s'écoule sans incident, mais, dans le lointain, un cercle
d'incendie marque les progrès de la dévastation et l'avance des
barbares. A 4 heures du matin les bataillons aux avant-postes reçoivent l'ordre
de réoccuper leurs emplacements de la veille. Le mouvement s'effectue par
échelons sous le feu de l'ennemi mais les clôtures à pacages,
compartimentant le terrain, rendent les évolutions difficiles; seul un
étroit chemin de terre permet de gagner la crête; les compagnies
massées dans un bas-fond s'écoulent lentement par cet unique débouché. Brusquement l'air vibre, des sifflements graves se terminent par des
craquements énormes et d'étranges panaches noirs et verts se déploient
à dix mètres du sol tandis que s'épanouit le vol meurtrier des éclats.
Ce sont les premiers obus, des 105 fusants L'artillerie ennemie bat le
chemin d'accès mais ne réussit pas a nous en interdire le passage.
Convenablement échelonnées, nos fractions parviennent à gagner la
crête; là, elles peuvent se déployer en formations moins vulnérables
et continuent leur mouvement, accompagnées pendant deux kilomètres par
les salves ennemies. Les Tirailleurs subissaient pour la première fois le feu de I
'artillerie. Leur calme merveilleux n'en fut pas diminué. Mais les pertes
étaient sensibles. L'un des premiers, le capitaine Mensier était tombé,
les genoux traversés par une balle de shrapnell. L'ennemi n'avait pas poursuivi. Il s'était contenté de lancer quelques
patrouilles de Cavalerie derrière nos troupes qui, par Cernion et l'Echelle
s'étaient établies à 18 heures 30, à Dommery. Au cours de la nuit, arrive à ce village un lamentable troupeau de
réfugiés, portant sur leur dos ou traînant dans des voitures d'enfant,
quelques hardes précipitamment enlevées. Tous, vieillards, femmes et
enfants avec, sur le visage, la même expression de douloureuse stupeur.
Pendant que s'écoule leur flot misérable les Bataillons reçoivent
l'ordre de se diriger sur Poix-Terron. La DM doit participer à l'attaque
de l'armée Langle de Cary et se porter sur la Meuse. Seul, le bataillon
Sauvageot reste a Signy-l'Abbaye. A Launois le bataillon Clerc doit revenir sur ses pas pour escorter
jusqu'à Dommery un groupe d'artillerie. Vers 11 heures, sa mission
remplie, il coupe à travers champs pour rejoindre la colonne. Tout à
coup l'ennemi est signalé sur son flanc gauche vers le signal de Thin. Le
bataillon se déploie face à gauche et se dirige vers La Fosse-à-L'Eau
où il trouve la brigade Blondlat fortement engagée. Successivement tous
les bataillons de la 2e brigade rejoignent le champ de bataille et
garnissent les crêtes Meisancelle- La- Fosse-à- L' Eau. Leur
intervention empêche l'ennemi de déboucher de la foret de Froidmont. A 5 heures 30 l’offensive est ordonne et c'est l'assaut. Les pentes
sont dévalées baïonnette haute et un élan furieux jette les
Tirailleurs sur l'ennemi. Brusquement se dévoilent des mitrailleuses
cachées dans des javelles. Leurs rafales ne peuvent cependant pas briser
la charge et les premières lignes allemandes couchées dans les blés
sont clouées au soI. Mais une fusillade terrible part de la lisière de
la foret fortement occupée. La ligne des assaillants s'émiette, les
groupes tournoient sans pouvoir progresser. Enfin les Tirailleurs sont
obligés de s'arrêter et s'accrochent au terrain conquis. Mais le commandement estime qu'une poussée ennemie peut rejeter
facilement ces petits groupes désorganisés Il donne l'ordre de gagner la
crête et les débris de la brigade rejoignent les hauteurs de La
Fosse-à-l'Eau. Les Allemands beaucoup plus nombreux sont
tellement impressionnés par la furie de cette charge, qu'ils n'osent
poursuivre et jusqu'à l'arrivée de leur grosse artillerie, renoncent à
toute progression. Nos pertes étaient lourdes. L'assaut avait été mené comme au Maroc,
à découvert et à faibles intervalles. Les chéchias et ceintures rouges
des turcos en faisaient des cibles excellentes. Quant aux officiers, en
tunique claire, culotte rouge, sabre au poing, ils ne devaient pas
échapper aux tireurs d'élite ennemis. En fait, presque tous furent mis
hors de combat. Chargeant à la tête de son bataillon, le commandant Clerc était
tombé l'un des premiers. Le capitaine Muller, mortellement atteint, veut
remettre à son successeur la ceinture contenant l'or et les papiers de la
compagnie. Il appelle un Tirailleur. Celui-ci s approche et tend la main,
une balle la fracasse. Très calme il tend l'autre et porte au lieutenant
la précieuse relique avant de se faire panser. Le sous-lieutenant indigène Abdallah avait été tué à bout portant
par un blessé allemand râlant dans l'herbe. Longue est la funèbre liste
des morts de ce premier combat. Malgré ses pertes la brigade tient
toujours tête a l'ennemi. La situation est telle que le 29 à 2 heures du matin la retraite est
ordonnée. La colonne se forme sur la route de Rethel et les troupes
quittent La Fosse-à-l'Eau. Ici se place l'un des plus beaux faits d'armes de la campagne. Le
bataillon Mignerot à la droite du dispositif n'a pas été touché par
l'ordre de repli. Ignorant le départ de ses voisins, il continue le
combat. A l'aube, après un feu roulant d'artillerie, les Allemands
débouchent. Une fusillade énergique part des hauteurs tenues par le
bataillon et l'ennemi rendu prudent par l'assaut du 28 n'insiste pas, mais
son artillerie exécute sur nos positions un tir très violent. Le
commandant Mignerot est blessé. Des brancardiers viennent le chercher. Un
gros obus anéantit le groupe. Le capitaine Jacquot prend le commandement
du bataillon et donne le même ordre : Tenir. L'ennemi veut profiter
du tir de son artillerie pour progresser par infiltration. Des silhouettes
agiles courent de buisson en buisson, garnissent les fossés, utilisent
les moindres couverts, mais notre fusillade les tient à distance. A 8 heures le bataillon se rend compte de son complet isolement. Un
renseignement qui lui parvient montre la gravité de sa situation: les
Allemands ont occupé Launois et débordent égale ment vers la gauche.
Toutes les troupes françaises sont en retraite depuis l'aube. Dans Ces
conditions il faut se dégager rapidement pour éviter un encerclement
fatal. Peut-être même est-il déja trop tard. Les sections se replient
une à une, emmenant les blessés transportables et le bataillon se masse
dans un ravin à l’ouest de Launois. Mais les Allemands apparaissent de
tous côtés et l'on hésite sur la direction a prendre. A ce moment un
civil, les vêtements en loques, se présente au capitaine Clot et lui
offre de guider le bataillon. Cet homme n'est-il pas un espion envoyé par
l’ennemi ? Le capitaine est perplexe mais le civil insiste : “ On
est ce qu on est mais pas un traître. Si vous vouIez me suivre ils ne
nous auront pas je connais le
pays ”. La situation est désespérée, le capitaine accepte : son
guide le dirige et le bataillon, par une série de chemins creux, échappe
à l'étreinte ennemie et gagne Poix-Terron. Il rejoint ensuite le
régiment à La Horgne, ne comptant plus que 320 hommes. Pendant ce temps l'artillerie ennemie s'acharnait toujours sur La
Fosse-à-l'Eau. Dans l'après-midi les boches donnent l'assaut des maisons
vides. Leur rage ne connaît plus de bornes lorsqu'ils ne trouvent que
quelques blessés et qu'ils apprennent qu'une poignée d'hommes avait
arrêté, pendant 12 heures, l'avant-garde de l'armée allemande. La retraite continue, fréquemment interrompue par les combats d’arrière-garde.
Le 30, la Division fait tête sur l'Aisne pour retarder l'avance ennemie.
Le bataillon Tisseyre, augmenté de la compagnie Frossard, prend une part
active au combat de Bertoncourt. Resté le dernier pour couvrir la
retraite il est poursuivi pendant trois kilomètres par les uhlans. Mais
il réussit à passer l'Aisne à Seuil et retrouve sur la Tourbe les
autres bataillons qui bien que restés en réserve avaient néanmoins
éprouvé, du fait de l'artillerie ennemie, des pertes assez élevées. Le bataillon De Ligny du 7e Tirailleurs n'avait pas encore rejoint la
brigade. Débarqué a Amagne-Lucquy le 29 au matin, il avait été
arrêté à Civry par le général Dumas qui lui avait prescrit d’occuper
les ponts de Rethel. La ville est évacuée; le pont vient de sauter, Le bataillon renforcé
de 600 réservistes du 65e RI place des postes et organise les maisons. Le
30, a 6 heures 30 les premiers coups de feu éclatent. Ce sont des
cavaliers ennemis démontés qui viennent de prendre contact avec nos
postes. L'infanterie allemande les renforce rapidement et vers 8 heures 30
l'artillerie entre en action. Sans appui 1'artillerie laissées à leurs
propres ressources, les compagnies se défendent âprement. Mais à droite
et à gauche l'ennemi, n'y rencontrant aucun obstacle, avance rapidement.
Cette manœuvre débordante oblige nos troupes à un repli d'ailleurs lent
et limité. Le bataillon dispose pour sa retraite d'un seul pont sur
lequel s'acharne l'artillerie ennemie. La défense immédiate en est
confiée au capitaine adjudant major Berne. Cet officier reçoit une
blessure grave, il reste cependant à son poste pour soutenir le moral des
réservistes qui voient le feu pour la première fois. Il devait être
tué le lendemain. L'ennemi est toujours tenu en respect, mais, à 18 heures 30, l'unique
pont étant détruit par les obus, la retraite est ordonnée. Les
fractions commandées par les lieutenants Cerfon et Le Gouvello de La
Porte sont chargées de résister pour couvrir le repli. Ces officiers et
leurs hommes se font tuer sur place. Grâce à leur héroïsme, le
bataillon réussit à se dégager et rejoint à Thugny le reste du
régiment. Il avait arrêté pendant 2 heures, dans un combat inégal, un
ennemi nombreux et bien pourvu d'artillerie. Les deux régiments désormais organiquement au complet mais réduits et
désorganisés par les combats précédents continuent la retraite. Le 1er septembre, la DM retarde encore l'ennemi à Allaincourt au
passage de La Retourne, puis continue sa marche vers le Sud. Lamentables
journées, étapes harassantes sur les bas côtés de routes encombrées
par les convois, les colonnes d'artillerie et le pêle-mêle des civils
fuyant devant l'ennemi. Celui-ci nous suit de près. Que des fois, le
ravitaillement arrivé, il faut repartir avant d'avoir pu faire la soupe.
Souvent il faut s'arrêter, faire face, et engager un violent combat
d'arrière-garde pour retarder la poursuite. Et les journées, lourdes de
malheur et de souffrances s'écoulent dans cette marche accablante. Les
villages se succèdent, Vitry les Reims, Ludes, Tours-sur- Manie, Vertus,
La Fere Champenoise. Oû donc s'arrêtera la retraite ? Enfin le 4 au
soir, tandis que les bataillons remontant vers le Nord-Ouest cantonnaient
à Broussy-le-Grand, un ordre arrive, surexcitant toutes les énergies. C'est l'ordre de Joffre ordonnant l'offensive de la Marne : Le moment de
regarder en arrière n'est plus. LA BATAILLE DE LA MARNE
La falaise de Champagne qui de Vertus a Sézanne surplombe, face à l’Est,
de molles ondulation grisâtres couvertes de bois géométriques est
échancrée vers Saint-Prix par le Petit Morin et enserre une région
marécageuse, longue de dix kilomètres, large de quatre : les Marais de
Saint-Gond. La falaise domine au sud d'une centaine de mètres par les crêtes
boisées qui vont de Soisy-aux-Bois a Allemant et détachent dans la
plaine un piton isolé : le Mont Août. Les troupes ennemies, des Divisions de la Garde cherchent à déboucher
des marais de Saint-Gond. La Division Marocaine doit tenir ces hauteurs
qui constituent le pivot occidental de la lXe Armée, la clé de la
bataille. Le 5 septembre, au petit jour, les bataillons garnissent la crête de
Montdement tandis que deux d'entre eux opèrent vers Saint Prix. Dés le 6 au matin, la bataille commence. L'artillerie lourde ennemie
écrase, au bas des pentes, les villages d'Oyes et de Reuves qui doivent
être évacués. Mais il faut à tout prix arrêter le débouché des
troupes ennemies. Trois fois les Tirailleurs, dévalant les pentes, se
lancent à l'assaut de Reuves et de Saint-Prix. Trois fois des feux de
mitrailleuses et un tir meurtrier des obusiers allemands les obligent à
regagner leurs positions de départ. Ils s'accrochent alors à la crête
sous un marmitage d'une épouvantable violence. Le 7 septembre, la Division Marocaine continue à maintenir ses position
mais, à sa droite, la situation s'est aggravée L'ennemi a dépassé
Fère-Champenoise et déborde vers le Sud-Est. Si la DM fléchit, la manœuvre
de Foch est compromise et la vallée de l'Aube s'ouvre à l'ennemi. Les Allemands le savent. Leur artillerie lourde bat la falaise et
s'acharne particulièrement sur le château de Montdement, poste de
commandement du général Humbert. Le 8, un renseignement officiel annonce que l'effort de l'ennemi est
brisé sur notre aile gauche. Cependant la situation reste sérieuse Au
centre de la IXe armée, l'ennemi a atteint Courgançon et cherche à
percer vers l'Aube pour briser, a l'articulation, la tenaille qui
l'enserre. Pour faire face a ce danger le 77e RI qui soutenait vers
Saint-Prix la gauche de la brigade est retiré du front et s'engage plus
à l'Est. Cet affaiblissement de la ligne oblige à un léger repli vers
Montgivroux, mais la crête est néanmoins toujours fortement tenue. Le 9 septembre, le combat décisif s'engage. L'ennemi veut en finir
rapidement car il sent augmenter la menace sur son aile droite. Les
troupes de la Garde se massent derrière le talus de Saint-Prix et
cherchent a progresser. Notre artillerie divisionnaire veille et le 75
tonne sans arrêt. Sur le front de la brigade l'assaut est brisé; mais
l'ennemi profitant d'un vide qui se produit entre elle et la brigade
Blondlat qui opère vers Allemant, réussit à pousser une pointe sur
Montdement et à occuper le château. La situation est critique car la DM
n'a plus de réserves. Heureusement le 77e RI est remis à sa disposition.
Il contre-attaque et réussit au troisième assaut à enlever le château
pendant que nos troupes occupent le parc. A la tombée de la nuit la
bataille est gagnée et l'ennemi battu sur tout le front doit se résigner
à la retraite. Dés le 10 la poursuite commence. Nombreux étaient ceux dont le sang paya cette victoire parmi eux le
colonel Fellert était tombé, le 9, mortellement blessé. Mais leur
sacrifice n'avait pas été vain. Le général Humbert précisant
l'importance de la mission qu’ils avaient si bien remplie pouvait dire :
La fermeté des troupes de la Division du Maroc a été la condition de la
Victoire. Dans la journée du 10, les bataillons, hâtivement reconstitués a deux
ou trois faibles compagnies, se forment derrière le IXe corps et
remontent Vers le nord, traversant le champ de bataille de la veille. Il est alors possible de se rendre compte de l'importance des pertes
ennemies. Le long des routes, dans les marais, partout des cadavres. Au
bas des pentes leur accumulation accuse l'âpreté de la lutte et
l'énormité du massacre. Il y a là des groupes hideux, des corps qui,
transpercés de minuscules éclats de 75 ont été figés dans le geste
commencé et qui, sans blessures apparentes, font croire à l'intervention
de quelque engin mystérieux et terriblement efficace. Les villages sont traversés dans la fumée des incendies. Plus au nord
la destruction est moins complète, mais les maisons ont été pillées.
Seules ont été protégées celles qui portent I'inscription “ Nicht
zu plundern ”, respect inattendu ou récompense de quelque
complicité. Enfin quelques détails frappent les spectateurs. C’est l’accumulation
des bouteilles vides marquant l’endroit des ripailles et surtout, le
long des routes, l’égrènement des cadavres de chevaux gonflés et
raidis dans leur puanteur. LA REPRISE DU CONTACT
LA FORMATION DU RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS
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1er bataillon, comrnandant Toupnot, ex bataillon Tisseyre du 4e
Tirailleurs. | |
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2e bataillon, commandant Jacquot, ex bataillons Mignerot et Sauvageot du
2e Tirailleurs | |
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3e bataillon, commandant Sacquet, ex bataillons Britch du 5e Tirailleurs
et de Ligny, du 7e Tirailleurs. | |
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4e bataillon, commandant Mensier, ex bataillon Clerc du 6e Tirailleurs. |
Le 8 octobre, le régiment se déplace vers la gauche et occupe, le long
de la route de Cambrai, les tranchées creusées devant le fort de la
Pompelle. Le service de garde s'organise. Six compagnies tiennent les
premières lignes. Un bataillon est en soutient dans les abris construits
le long du canal et un autre en réserve a Puisieux.
Le Commandement n'a cependant pas renoncé à l’offensive. Du 12 au 15
octobre de nouveaux efforts sont faits pour percer les lignes ennemies
avant la mauvaise saison, mais de puissantes défenses accessoires,
flanquées de mitrailleuses, arrêtent net l'élan des bataillons Toupnot
et Sacquet, et le régiment fait la cruelle expérience de
l'invulnérabilité des fronts fortifiés qui n'ont pas été soumis a une
destruction préalable.
Il faut se résigner à la défensive et nos tirailleurs plient leur
ardeur aux nécessités de cette nouvelle phase de la bataille. D'ailleurs
leur audace trouve son emploi dans de nombreuses patrouilles qui
pénètrent profondément dans les positions ennemies et ramènent les
trophées les plus inattendus.
Ils doivent aussi s’habituer a des dangers nouveaux.
L'ennemi utilise des lance-bombes dont les projectiles causent d'énormes
ravages.
Le 26, une section entière, la compagnie Frossard est enterrée par
l'explosion de l’un de ces engins. Des travaux de déblaiement sont
immédiatement entrepris sous le feu de l'ennemi avec un sang-froid et un
dévouement qui valent à la compagnie une citation à l'ordre de la
Division. 8 tués et 7 blessés étaient dégagés des
décombres.
Le 27, de nouvelles bombes faisaient 27 victimes, dont 7 morts au
bataillon Sacquet.
A ce danger s'ajoute la menace angoissante de la guerre de mines. La 16e
compagnie qui occupe les ruines de la ferme d'Alger entend le bruit d'une
mystérieuse activité souterraine. Le capitaine Frossard signale le
péril et un détachement du génie commence une contre-mine. Mais
l'ennemi a de l'avance, sa galerie atteint déjà notre tranchée de
première ligne et l'on entend très distinctement les coups de pioche
marquant la progression des rameaux de combat. La compagnie menacée de
sauter d'un instant à l'autre reste calme, et continue à tenir ses
positions. L'explosion devait se produire une quinzaine de jours après le
départ du régiment pour la Belgique.
Dans les premiers jours de novembre, le régiment est diminué du
bataillon Tisseyre qui rejoint le 4e Tirailleurs de marche. Un bataillon
Sénégalais le remplace dans le secteur devenu très calme.
Le silence de l'ennemi finit par être inquiétant, et l'on craint qu il
ne se prépare à rompre le contact. Des reconnaissances sont prescrites,
elles sont accueillies à coups de fusil par les sentinelles allemandes.
Le Boche est toujours là; il veut simplement parfaire en toute
tranquillité son organisation défensive.
Relevé; dans la nuit du 10 au 11 novembre par le 273e RI, le Régiment
se rassemble a Puisieux, puis gagne la gare de Mourmelon. Embarqué en
chemin de fer à 18 heures, il débarque a Cassel et EsqueIbecq le 13
avant le lever du jour. Immédiatement des camions automobiles le
transportent jusqu'à Linde, d'où les troupes vont cantonner à
Poelinchove. Dés le lendemain, elles se portent en réserve près d'Elverdinghe
et bivouaquent en plein champs, sous une pluie fine et pénétrante.
Le 16 le bataillon Mensier qui venait d'arriver à Boesinghe est alerté
à midi pour soutenir une attaque du 31e RI sur le bois triangulaire.
Passant entre deux rafales le pont du canal, il s'installe dans des
tranchées boueuses, puis à 16 heures se porte en avant. La marche
d'approche à travers les champs détrempés sur le sol argileux rendu
glissant par la pluie est extrêmement pénible. La route qui traverse le
bois triangulaire prés de la ferme “ Ma Campagne ” est
devenue un fleuve de boue où l'on s’enfonce jusqu'aux genoux.
En~n parvenu à pied d’œuvre, le bataillon coopère avec les Zouaves
à la prise de la corne N-E du Bois, puis se reporte en réserve. Pendant
ce temps, les deux autres bataillons quittant leur bivouac avaient relevé
des fractions des 26e et 28e RI.
Coupé en son milieu par un large marécage, le secteur du régiment
fait face au cabaret de Korteker. Six compagnies occupent aux avant-postes
des tranchées peu profondes et sans cesse éboulée. Les unités de
réserve, plus heureuses, s'installent dans les bois et les nombreuses
fermes de la région.
Le service des premières lignes est très pénible. La lutte
d'artillerie est vive et, en raison de la faible protection offerte par
les tranchées, les pertes sont assez élevées. Condamnés a rester
terrés dans la boue et dans la neige, les tirailleurs souffrent beaucoup
du froid rigoureux. Deux cents d'entre eux sont évacués pour gelure des
pieds. La plupart des cas étaient graves et beaucoup entraînèrent
l'amputation.
Le régiment qui a pour objectif éventuel le cabaret de Korteker s’en
rapproche par bonds et creuse de nouvelles tranchées. Déjà les
défenses accessoires ennemies ont été reconnues par des patrouilles
d'officiers, lorsque le 5 décembre la brigade est relevée pour être
mise a. la disposition du 16e CA.
Près d'Ypres, dans une dépression dont les bords sont occupés par
l'ennemi, quelques tranchées isolées, à demi pleines d'une boue
gluante, tel est le nouveau secteur dévolu au régiment.
Deux bataillons l'occupent Le troisième est en réserve, au sud
d'Ypres, dans la région de Verbranden-Molen.
L'absence de boyaux rend la circulation impossible de jour, de nuit une
fusillade continue la fait très périlleuse. Nuit et jour, l'artillerie
lourde allemande envoie ses rafales. Aussi, les quelques journées
passées là furent elles pénibles. Heureusement ce séjour ne devait pas
se prolonger. Dans la nuit du 9 au 10, les deux bataillons de première
ligne sont relevés. Le bataillon Mensier reste pour soutenir une
contre-attaque des zouaves. L'opération réussit et une seule compagnie
est engagée.
Le 12, ce bataillon est relevé à son tour, il laisse cependant en
ligne la section de mitrailleuses du lieutenant Weisbecker qui devait,
après avoir fourni un magnifique effort, ne rejoindre le régiment que le
16.
Enfin regroupée, la brigade prend, à la frontière française, près
de l'Abeele, son premier repos depuis le commencement de la campagne.
Le 20 décembre, à 15 heures, les bataillons Jacquot et Sacquet sont
embarqués en automobiles à Steenworde. Ils débarquent à Ost-Dunkerque
où les rejoint le bataillon Mensier.
Le Régiment apprend que la dénomination de 7 Tirailleurs de Marche lui
est officiellement attribuée. Le 7e de marche, héritier de la gloire des
1er de marche et 2e mixte va bientôt conquérir de nouveaux lauriers.
Après une série de durs combats, l'ennemi a été refoulé sur la rive
droite de I'Yser. Deux bataillons du régiment sont engagés pour
poursuivre cette progression. S'appuyant à gauche a la mer, les
tranchées qu'ils occupent passent aux pieds de la Grande Dune, puis
s'infléchissent dans le Polder en direction de Lombaertzyde.
Les tranchées creusées dans le sable des dunes sont à peu près
habitables, mais s'éboulent au moindre ébranlement; dans le Polder l'eau
est à la surface du sol et les ouvrages sont constitués par une fragile
accumulation de gabions et de sacs a terre.
Tous les efforts du régiment tendent a' s'emparer de la Grande Dune.
Dès le 22, une première attaque a lieu. Elle est arrêtée par un feu
très violent et provoque une vigoureuse réaction de l'ennemi.
L'artillerie allemande exécute des tirs de destruction sur nos tranchées
qui s’éboulent, découvrant leurs occupants. C'est ainsi que le 24 au
soir le capitaine Frossard est tué d'une balle au cœur en parcourant le
secteur de sa compagnie.
Une opération entreprise dans la nuit du 24 au 25 réussit
partiellement. Notre première ligne est redressée et quelques fractions
prennent pied sur la Grande Dune sans pouvoir s'y maintenir. Cependant un
élément de tranchée “ le Cratère ” qui en escalade la
corne sud-est, reste en notre possession. L'ennemi éloigné à peine
d'une trentaine de mètres le domine entièrement. Toute la journée,
c'est une pluie ininterrompue de grenades et de bombes. Nos tirailleurs,
dépourvus de moyens de riposte, ne pouvant même pas s'abriter dans ce
terrain mouvant subissent sans fléchir de lourdes pertes. Dans une seule
matinée, la section du lieutenant Francescetti perd 22 hommes, du fait de
ce harcèlement incessant. Cependant aucune défaillance ne se produit
jamais parmi les fractions chargées de tenir a tour de rôle ce coin
infernal.
La situation ne se modifie pas pendant la première quinzaine de
janvier. Les troupes tiennent le secteur toujours très agité et la neige
et le froid viennent aggraver leurs souffrances. Aussi les relèves
sont-elles plus fréquentes, les bataillons alternant entre eux ne passent
que deux jours en première ligne.
Les unités relevées traversent l'Yser sur le pont du “ Général
Joffre ” établi par le génie. L'artillerie ennemie s'acharne sur
lui, et finit par le rompre. Il faut alors passer le fleuve sur des
chalands, ou faisant un interminable détour, le franchir sur de frêles
passerelles sans garde-fou.
Arrivées à leurs cantonnements de Nieuport-Bains et d'Ost-Dunkerque-Plage,
les troupes connaissent plus de confort, mais guère plus de sécurité.
L'artillerie allemande bombarde Nieuport quotidiennement et cause des
pertes aux bataillons au repos.
Le 3 décembre, la section de mitrailleuses du 3e bataillon est presque
entièrement détruite par un obus.