Le 6e Régiment de Marche de Tirailleurs de la 45e DI |
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De
sa création (8 mai 1918) jusqu'à l'Armistice (11 nov. 1918)
Le 8 mai 1918, alors que le 3 mixte de zouaves et tirailleurs se trouvait
aux cantonnements, à Ay, une décision du général en chef mit fin à
l'existence de ce régiment. Par suite des ressources fournies par le
recrutement indigène, le régiment peut être complété avec des
tirailleurs. Le 3e mixte prend donc le nom de 6e régiment de marche
tirailleurs. Il
est formé dans les conditions suivantes 5e
bataillon du 6e TA (à constituer). 7e
bataillon du 6e TA (existant déjà au 3e mixte de zouaves et
tirailleurs). 11e
bataillon du 6e TA (existant déjà au 3e mixte de zouaves et
tirailleurs). Le
5e bataillon est constitué par amalgame d'éléments prélevés sur le 6e
bataillon du 1er zouaves (1er bataillon du 3e mixte de zouaves et
tirailleurs), sur les 7e et 11e batailIons du 6e TA, auxquels vient
s’ajouter un renfort de 400 indigènes. Sauf
les quelques éléments français venus des zouaves, le régiment est
ainsi bien entièrement composé avec des tirailleurs du 6e. Les
bataillons prennent au régiment les numéros d'ordre suivants Le
5e bataillon du 6e tirailleurs devient le 1e du 6e de marche. Le
11 bataillon du 6e tirailleurs devient le 2e du 6e de marche. Le
7e bataillon du 6e tirailleurs devient le 3e du 6 de marche. Le
6e régiment de marche de tirailleurs appartient à la 45e DI. Les
premiers jours du mois de mai sont consacrés à l'organisation du régiment. Le
5, le régiment fait mouvement par voie de terre et se porte en plusieurs
étapes dans la région de Rosnay, à l'ouest de Reims. La
45e DI fait partie de la 6e armée à partir du 18 mai et relève la 157e
DI dans les nuits du 19 au 20 et du 20 au 21 mai 1918. Le
régiment relève le 333e RI dans le secteur nord du secteur de Chenay. Le
3e bataillon, sous les ordres du commandant Lasalmonie, tient les tranchées
avancées au pied du fort de Brimont; deux de ses compagnies sont aux
avant-postes, à l'est du canal de la Marne à l'Aisne. Le reste, avec le
PC, se tient en deçà du canal. Le
2e bataillon, commandé par le chef de bataillon Jean Gérard, est en
soutien aux environs de la route et le 1er bataillon au repos à Trigny. Le
secteur est tranquille et le régiment se livre sans être inquiété aux
travaux d'aménagement.
Jusqu'au
26 mai, rien ne paraît anormal dans les lignes ennemies, bien que le
commandement supérieur ait déjà les renseignements sur les projets que
méditent les Allemands. Un seul fait frappe les officiers et les poilus :
c'est le silence -complet de l'artillerie allemande. Ordinairement elle
est plus active, surtout sur les batteries françaises du fort de
Saint-Thierry. Pourtant
nos artilleurs tirent plus que de coutume : que se prépare-t-il? Nous,
ne tardons pas à l'apprendre. A 5 heures du soir, alerte générale. A 7
heures, toutes les dispositions de combat sont prises. L'ennemi prépare
une grande offensive sur notre front. Il veut s'ouvrir encore une fois le
chemin de la Marne. Nous savons même que l'attaque ennemie aura lieu
demain matin, 27 mai, à 5 heures, après une préparation d'artillerie
qui commencera à 1 heure. 27
mai. Le
1er bataillon vient de Trigny au Fond de Bequsson, près de Saint-Thierry.
La compagnie Vergnette prend des emplacements de combats provisoires aux
lisières de Villers-Franqueux. Le
2e bataillon est en soutien sur la route 44. Le bataillon Lasalmonie a,
comme nous l'avons dit, deux compagnies au-delà du canal et le reste en
deçà. Les
premières compagnies reçoivent l'ordre de se cramponner au terrain, de résister
sur place jusqu'au sacrifice complet à l'avance de l'ennemi. 1
heure. L'ennemi
ouvre un feu violent, en particulier sur les premières lignes, avec mélange
d'obus toxiques et explosifs. Ce bombardement cause déjà des pertes sérieuses
à nos compagnies avancées ainsi qu’au détachement du 18e dragons, en
ligne avec nos tirailleurs. 4h50. Les
Allemands, favorisés par un brouillard intense, se lancent à l'assaut
sur nos positions. Nos deux compagnies et le groupe de dragons, qui avait
la garde d’un front énorme, sont, pour ainsi dire, submergés par les
vagues ennemies. Un corps à corps acharné s’engage. Aucun flottement,
aucun mouvement de recul ne se produisent. Malheureusement,
la disproportion des forces est considérable. Les vagues ennemies
arrivent toujours plus nombreuses, les rangs des tirailleurs s'éclaircissent,
pendant que les cadavres s'accumulent, remplissent les boyaux, mais les
survivants ne cèdent pas... A
gauche, l'ennemi s'infiltre de ce côté, en arrière de nos compagnies
d'avant-postes, et achève d'anéantir ce qui restait de nos tirailleurs
et des Dragons. La
lutte reprend alors sur la ligne de résistance, occupée à l'ouest par
la 11e compagnie. Celle-ci s'oppose à l'avance de l'ennemi avec la même
opiniâtreté que les deux autres. Le
2e bataillon vient au secours et est mis à la disposition du commandant
Lasalmonie qui dirige le combat avec un courage et un sang-froid
admirable. Vers
10 heures, les Anglais abandonnent le canal et se replient sur la route.
Bientôt, ils accélèrent leur retraite, ils sont en arrière de
Villers-Franqueux, de Cauroy, d'Hermonville. Tout le flanc gauche du régiment
est découvert; le bataillon de Vulpilliere s'avance jusqu'au Bastion d'Iéna,
installe ses mitrailleuses, mais les Boches pénètrent dans le couloir du
Rabasso et occupent le bois de Luxembourg. Malgré la situation critique,
les bataillons essaient vainement de ressaisir les tranchées perdues. Le
combat dure jusqu'au soir. En
fin de journée, les éléments du 6e tirailleurs reçoivent l'ordre de s'établir
sur la route 44 et du côté de Villers-Franqueux. Malgré tout, le moral
est très bon. Complètement
découvert du côté britannique, le 3e bis de zouaves, sous les ordres du
lieutenant-colonel Trapet s'interpose à notre gauche. Les
Allemands avaient espéré un résultat
très appréciable; s'ils ont pu progresser sur les éléments alliés
de gauche, la ténacité héroïque des Zouaves et des Tirailleurs leur a
fait perdre un temps précieux et il leur a fallu 24 heures pour avancer
de 1500 mètres. 28
mai. Avec
le jour, le combat reprend. Les boches essaient de s'infiltrer et de nous
tâter. Ils sont reçus comme il convient. Vers le saillant de
Villers-Franqueux, le clairon Silvestre, de la 1ere compagnie, en surprend
deux en train d'installer une mitrailleuse sur un talus. Il les tue à
coups de grenades. Vers
8h30, le lieutenant Santoni, qui va au bastion d'Iéna voir ses
mitrailleuses se trouve nez à nez dans le boyau avec plusieurs Allemands
venus là on ne sait comment. Il tue le premier d'un coup de revolver,
blesse le second et les autres s’enfuient; mais lui-même est grièvement
blessé par une grenade. Le capitaine Galaud, le sous-lieutenant Lamaret
partent avec des grenades vers la gauche du secteur, mais la patrouille
qui a assailli le lieutenant Santoni s'est enfuie. Vers midi, débordé de
toutes parts, le régiment se replie: le 3e bataillon au bois Nord du
plateau de Saint Thierry, le 2e aux lisières de Villers-Franqueux et le
1er en arrière de Fort-Saint-Thierry. Le mouvement se fait lentement avec
méthode, marchant à reculons, faisant face à l'ennemi tenant toujours
les fusils et les mitrailleuses braquées sur lui... Vers
13 heures, le 2e bataillon, vivement attaqué sur les lisières de
Villers-Franqueux, débordé à sa gauche par suite d'un repli du 3e bis
de zouaves, est dans une position critique. Les
lieutenants-colonels Wild et Vetelay, du 6e tirailleurs, restent à leur
poste de combat, en toute première ligne, et à Villers-Franqueux, il
s'en faut de quelques minutes pour qu'ils ne soient victimes de leur téméraire
courage. Les
Allemands avancent toujours du côté anglais. De Saint Thierry, on aperçoit
les camions allemands qui déversent de nouvelles troupes; sur les routes,
des officiers déplient des cartes et donnent des ordres.... Nous
tenons toujours, mais les masses allemandes arrivent sur la route d'Hermontville.
Le 2e bataillon se voit obligé de se retirer sur Pouillon. Le
1er bataillon est dans un terrain boisé au nord du fort de Saint-Thierry,
en liaison avec le régiment de zouaves mais sans contact à droite. Un
encerclement est à craindre, car du côté de Pouillon, les Boches ont
avancé. Ce qui reste du 3e bataillon est uni au 1er, on ne sait ce qu'est
devenu le 2e bataillon. De trois côtés, les Allemands nous serrent et
s'infiltrent. Les zouaves, les tirailleurs tirent sans cesse; les fusils,
les mitrailleuses tiennent l'ennemi en respect. Celui-ci attaque avec des
grenades, malheureusement, notre provision est épuisée. Les
actes d'héroïsme ne se comptent plus. Tous ceux qui ont connu le
capitaine Galaup, commandant la 2e compagnie, salueront ici la mémoire de
ce brave officier, tombé frappé au front par une balle, ainsi que
l'agent de liaison Legrand, la gaieté du 1er bataillon. Jusqu'à 8h30 du
soir, le régiment résiste sur place. Une fois encore, il faut se
replier; nos deux colonels ne quittent leur poste après y avoir allumé
le feu qu'à l'instant où les Allemands pénétraient dans la sape par
l'une des extrémités. Arrivé à Chenay, le régiment est remplacé par
des troupes nouvelles et se rend immédiatement, en colonne, à Poilly et
à Sarcy. 29
mai. Le
général commandant la 154e division fait appel au régiment pour barrer
la vallée de l'Ardre et contenir l'avance ennemie, entre Tramery et
Faverolles à cheval, en quelque sorte, sur l'Ardre. Le bataillon de
Vulpilliéres s'établit sur la rive gauche et les bataillons Jeangérard
et Lasalmonie sur la rive droite. Aux deux ailes, le régiment est en
liaison avec le 413e et le 414e régiment d'infanterie. Tout
à côté, il y a un immense HOE évacué en hâte. On y trouve un matériel
considérable et des vivres abondantes. Ne perdant point le sens pratique,
les zouaves et les tirailleurs s'y ravitaillent copieusement en conserves
et pinard. Dans
la soirée, le 414e de ligne, qui tenait en avant la grande croupe allant
de Savigny-sur-Ardre à la ferme de Rosnay, se replie dans le plus grand désordre.
Il n'y a plus d'officiers. Le commandant de Vulpillières fait arrêter
tout ce monde, les caporaux regroupent les fantassins, qui ne demandent
qu'à s'arrêter et sont tous heureux de retrouver des chefs et des
camarades qui sont en ordre et dont le moral est intact. Celui du
bataillon de Vulpilliéres est excellent comme toujours. Les
Anglais, qui se trouvaient devant le 6e tirailleurs, se retirèrent et, de
ce fait, le régiment qui était en soutien se trouve en première ligne. 30
mai. La
résistance énergique des troupes françaises ralentit la marche des
Allemands. Dans la nuit, les Boches se sont installés à Faverolles,
village mal gardé par les Anglais, et essaient, à la pointe du jour,
d'en déboucher et de s'infiltrer dans la vallée. Ils sont reçus comme
il convient, mais leurs feux de mitrailleuses causent des pertes. Vers
9 heures, le feu d'artillerie ennemie est très violent; la 2e compagnie,
établie sur la voie ferrée de l'HOE est prise en écharpe et souffre
beaucoup. Le sous-lieutenant Kelner, qui la commande, tombe glorieusement
et mortellement blessé d'un éclat d'obus à la tête; le sous-lieutenant
indigène Lagraa est blessé: il n'y a plus d'officiers. Un mouvement de
fléchissement se fait sentir : l'héroïque commandant de Vulpilliéres
va vers les tirailleurs et a vite fait d'enrayer le désordre et son
bataillon tient solidement les hauteurs au Nord de Tramery. Cependant,
au-delà de notre gauche, les Allemands ont progressé. Vers 11h30, ils
ont dépassé la ferme des Malades. Le flanc gauche du 1er bataillon est
à nouveau découvert. Il faut se replier. En partant, nous mettons
l'incendie dans les immenses baraques de l'hôpital. Le régiment essaie
de se rétablir au Nord de Poilly, mais c’est en vain qu'il cherche le
contact avec les troupes voisines. Celles-ci sont en arrière. Il continue
son mouvement jusqu'aux lisières de Sarcy. Il y a un enchevêtrement de
troupes françaises et anglaises qui rend la situation confuse. Bien plus,
pendant plusieurs heures, on ignore ou se trouve la division. Enfin,
vers 15 heures, un ordre prescrit de maintenir le front jusqu'à l'arrivée
de la 28e division. Le 6e tirailleurs s'établit alors sur les
pentes de Chambrecy, à hauteur de fligny. A ce moment, les troupes de la
28e division montent en ligne et le régiment se porte sur les collines de
Courmas et s'établit dans le bois, à 800 mètres du village, pour y
passer la nuit. La journée suivante se passe à Chamery, où l'on peut se
reposer quelques heures. 1er
juin. Avec
les débris du régiment, on forme un bataillon de manoeuvre sous les
ordres du commandant Reydet de Vulpillières. Il faut retourner en ligne.
Mais on fait appel à l'esprit de sacrifice des zouaves et des
tirailleurs. C'est un coup moral très dur pour des hommes qui ont déjà
échappé déjà échappé à la mort et qui espéraient ne l’affronter
de quelques jours... Tout le monde grogne. On apprend que le commandant de
Vulpillières est déjà parti. On sait le chef aimé au danger et on va
l'y rejoindre. le bataillon parvient à Sainte-Euphrasie et se place sur
les hauteurs situées au nord de ce village. Pondant quatre jours, ces
hommes épuisés, mais toujours courageux, fascinés par l'exemple de leur
commandant, maintiennent l'ennemi et l'empêchent d'avancer. L'heure
de la relève définitive sonne enfin le 6 juin et le régiment vient
prendre un repos bien gagné à Ay. Le
6e tirailleurs de marche reçoit alors la juste récompense de ses héroïques
efforts. Le
général commandant la 5e armée le cite à l'ordre en ces termes Régiment
de nouvelle formation, composé pour la plus grande partie de jeunes
recrues indigènes; sous le commandement du Lieutenant-colonel Wild, s'est
acquis d'emblée la réputation des plus vieux régiments. Chargé au
cours des récentes opérations d'enrayer coûte que coûte l'attaque
ennemie, a brillamment rempli sa mission. Complètement débordé sur son
flanc gauche, a résisté à outrance et a permis ainsi à la division de
conserver jusqu'à l'extrême limite les positions confiées à sa garde.
Juin-17
Juillet 1918 Le
6e tirailleurs quitte la 45e division et rejoint la 58e division près de
Saint-Just-en-Chaussée et, pendant un mois, les bataillons se livrent à
des travaux stratégiques. Le
14 juillet apporte cet ordre du général Debeney, commandant la 1ere armée,
à laquelle le régiment est rattaché La
Fête Nationale est célébrée cette année à un moment vraiment
solennel, celui où la grande offensive allemande va faire son effort suprême.
Depuis le mois de mars, aucune des grandes batailles engagées par les
boches, n'a pu aboutir à un résultat décisif. Quelques-unes leur ont
permis de gagner du terrain, aucune ne leur a donné la victoire. Chaque
fois, ils ont dû s'arrêter soit épuisés, soit après avoir subi un
sanglant échec, comme ici sur l'Avre, les 4 et 5 avril, comme devant
Villers-Bretonneux le 26 avril, comme devant Compiègne le 11 juin. En
outre, pendant ces quatre mois, leurs sous-marins ont été coulés ou réduits
à l'impuissance, la preuve indéniable de ce grand échec est attestée
par l'arrivée en France d'un million d'Américains. Vous avez vu les
soldats américains à l'œuvre. Vous savez qu'ils sont braves et que déjà
plusieurs centaines de mille sont assez instruits pour prendre part à la
bataille à nos côtés. Chaque jour, les débarquements et l'instruction
se continuent. Nous
allons donc traverser une période dure, mais nous sommes dans de bonnes
conditions. Sur certains fronts, la lutte sera violente; sur d'autres, il
faudra maintenir avec des effectifs moindres une vigilance fatigante. Pour
le moment, les troupes de la 1re armée sont dans cette dernière catégorie. Depuis
trois mois, elles ont donné des preuves glorieuses de leur valeur
offensive, devant Hangart, au bois Sénécat, à Grivesnes, et, hier
encore, la belle opération sur Castel, le bois du Gros-hêtre, la ferme
Hanchin et le bois de Bellois a sérieusement amélioré notre situation
et a ramassé 500 prisonniers. Le
devoir, maintenant, est de tenir avec une résolution farouche et de
supporter gaiement les fatigues d'un long séjour en ligne, en pensant aux
camarades qui, sur d'autres fronts, vont recevoir le premier choc. Ce
n'est qu'un premier moment; d'autres viendront ensuite et nous imposeront
d'autres devoirs que nous remplirons avec la même énergie et le même
patriotisme. La situation est nette et des hommes comme vous sont de
taille à la regarder en face. Cette situation, la voici Le
Kaiser allemand a jeté le masque et proclamé officiellement à Hambourg
sa volonté d'imposer au monde le despotisme prussien. Nous,
nous sommes les enfants de la France, les enfants du pays de la Liberté.
Dès lors, plus de doute un des deux doit sauter, lui ou nous. Debout, sur
les ruines de nos campagnes dévastées par les barbares, nous voulons
vaincre. Le
17 juillet, des camions autos sont rangés sur la grande route de
Saint-Just. Ce même jour, les tirailleurs en descendaient au sud-ouest de
la forêt de Compiègne, au carrefour des Vestales.
18-24
Juillet 1918 L'offensive
est déclenchée sur la Marne et en Champagne, depuis la Main de
Massiges jusqu'à Château-Thierry, sur un front de 45 kilomètres. Reims
se trouve au centre et très menacée. Mais les nouvelles sont bonnes et
la bataille ne s'annonce pas comme un gros succès pour les Boches... au
contraire. Le
17 juillet au soir, le 6e tirailleurs quitte la forêt de Compiègne.
L'attaque des armées françaises est fixée au lendemain matin et tout le
monde s'y prépare Passant par Betheuil, Taillefontaine, le régiment
arrive en pleine nuit à la ferme d'Issart. Il pleut à torrent, le
tonnerre gronde et le ciel contribue ainsi au succès en dissimulant aux
yeux et aux oreilles de l'ennemi les mouvements des troupes et les
ronflements, des moteurs des chars d'assaut qui doivent surgir sur les
lignes allemandes à la première heure du jour. 18
juillet. La
58e division n'est pas engagée dans la bataille. L'attaque marche très
bien, les prisonniers affluent. A
midi trente, le régiment se rassemble au Château de Valséry, près de
Saint-Pierre-Aigle. Le lendemain soir le 6e tirailleurs se met en route
pour se rendre à Vierzy relever une division américaine. Les
événements militaires accomplis les 18 et 19 juillet ont gonflé les
coeurs d'espérance. Les zouaves et les tirailleurs s'engagent avec une
confiance joyeuse dans la bataille 20
juillet. La
nuit est sombre dans les airs volent des avions boches qui lancent des fusées
éclairantes et laissent tomber des bombes. Les tirailleurs se dissimulent
le long des haies et des talus, marchant à la file indienne. Le régiment
arrive à Vierzy au milieu de la nuit du 19 au 20 juillet. C'est le
bataillon de Vulpillières qui occupe les premières lignes, mais la relève
se fait d’autant plus difficile qu'un grand nombre d'Américains qu'on
doit relever sont déjà partis et que, par surplus, la différence de
langue fait qu'on ne se comprend pas et que les consignes se passent mal.
Le commandant de Vulpilliere fait arrêter son bataillon, part en avant,
comme de coutume, reconnaît le terrain, s'oriente, revient vers ses
troupes et les installe d'une façon si parfaite qu'au jour, il n'y' a pas
lieu d'apporter une seule modification à l'ordre étabIi. Le
bataillon fait face à Villemontoire et à la cote 157, au lieu dit La
Raperie. Les 2e et 3e bataillons sont en soutien. Midi
trente. Le
bataillon attaque le carrefour de la route de Soissons et de La Raperie en
débordant le village de Tigny, à droite. Un
feu d'enfer se déclenche. Nos chars d'assaut marchent avec l'infanterie.
Les mitrailleuses ennemies tirent sans arrêt : une quinzaine d'avions
boches survole nos lignes, mitraillent et repèrent exactement nos
bataillons. On renouvelle l'assaut, un barrage de 77, de 105 et de 150
veut interdire aux tirailleurs d'avancer; une nappe de balles arrête la
progression. Vers
15 heures, des officiers de tanks viennent trouver le commandant du
bataillon pour s'entendre avec lui pour l'attaque du lendemain. Ces
officiers sont à peine partis qu'un obus arrive et frappe le commandant
de Vulpillières. D'une voix très forte, il crie «Je suis mort» et perd
connaissance. Les brancardiers se portent au poste de secours où, après
dix heures de souffrances, il rendit le dernier soupir. Jamais
perte ne fut plus sensible au régiment. Le commandant de Vulpillieres,
par ses qualités de chef, avait conquis l’estime de ses supérieurs qui
voyaient disparaître en lui un conseil toujours sage et un conducteur
d’hommes unique. En toute vérité on peut dire de lui qu’il n’avait
pas les qualités de son métier, il en possédait les vertus. Ses vertus
faisaient de lui le type de l’homme parfait. Ce n’était plus de
l’estime, de la confiance qu’on avait pour le commandant de
Vulpillieres, mais de la vénération unie à une amitié profonde. Au
bruit de sa mort, le 1er bataillon est abattu : il avait perdu son ame.
L’artillerie française et lance des obus fumigènes qui donnent
d’excellents résultats. Alors
le 3e bataillon s'engage : il progresse par le cimetière Vierzy et la
cote 132, mais les mitrailleuses l'arrêtent. Les tirailleurs creusent des
abris et s’y couvrent. 21
juillet. Les
boches ont amené devant nos lignes plusieurs divisions nouvelles. Dés 2
heures du matin, le bataillon Antoinat (le 3e) atteint La Raperie. De
toutes parts, dans les buissons, derrière les haies, des mitrailleuses
allemandes sont braquées. Pour faciliter l'assaut qui doit avoir lieu à
5 heures, des patrouilles engagent des combats à la grenades contre ces
mitrailleuses et diminuent ainsi leur capacité de résistance. A
l'heure fixée, une dizaine de tank Renault dans desquels sont montés,
volontaires pour les guider, l’adjudant Seurin et le caporal clairon
Bedeau, viennent appuyer les bataillons qui se lancent à l’assaut. Les
tanks s’engagent avec un succès indéniable contre les mitrailleuses
allemandes et les contraignent au silence. Plusieurs
des chars d’assaut sont atteints par les obus allemands. Dans l’un
d’eux, l’officier et tous les servants sont blessés; Le caporal
clairon Bedeau se met aux pièces et tire jusqu'à la dernière cartouche,
puis il revient avec le tank qu’il conduit. Ce qui lui vaut la médaille
militaire, décernée deux jours après. Le
1er bataillon franchit avec de grosses pertes les glacis situés au sud de
Villemontoire, sous les feux croisés de mitrailleuses et d'obus. Il ne
lui reste plus que 100 hommes quand débouchent du bois de Courcroix deux
bataillons ennemis. Les
tanks, en grande partie hors de combat après avoir rempli leur mission
d’une manière glorieuse et efficace, ne suffisent plus à atténuer la
violence des mitrailleuses allemandes. Des
avions ennemis tirent sur nous. La poignée d'hommes du 1er bataillon
tenant encore sur la toute de Soissons doit reculer; ils le font sans hâte
et sans que I'ennemi cherche à les poursuivre ; ils se rétablissent
alors près de la Raperie. Les
pertes de cette journée sont lourdes, mais sur la plaine de Villemontoire
et sur la cote 157, les boches ont laissé une multitude des leurs dont
les capotes grises recouvrent la terre. 22
juillet. La
mission du régiment est de tenir solidement les positions occupées
actuellement et de conserver le contact étroit avec l’ennemi. Déjà,
les troupes françaises sont sur la route de Soissons à Château-Thierry.
Les prisonniers disent que l’ordre de retraite est donné. 23
juillet A
5 heures du matin, c’est l’assaut. Avec l’appui des tanks et malgré
la tempête des mitrailleuses boches, le bataillon Coustilliere (2e)
atteint la route de Soissons à Château-Thierry. Une contre-attaque se
produit et le 2e bataillon se retranche sur la Raperie. A 9 heures, le Cpe
Coustillieres est blessé. Le Lt-Cl Vetelay, adjoint au chef de corps, est
frappé par un éclat d’obus et évacué. Les feux ennemis toujours plus
nourris augmentent nos pertes. Le
Lt-Cl Wild, à son poste de commandement, est grievement blessé par un
obus. Les brancardiers le portent au poste de secours, où les soins les
plus dévoués lui sont donnés, mais ils sont inutiles. Couvert de
blessure, le Lt-Cl Wild est conduit à l’ambulance de Sery-Maigneval où
il expire le lendemain à midi. Le
chef de bataillon Antoinat assume le commandement du régiment. Les unités
en ligne envoient des patrouilles sur la cote 157 et obtiennent enfin
l’assurance que les glacis de Villemontoire, tant débattus par
l’ennemi, sont progressivement abandonnés par lui. Les
Allemands semblent se retrancher sur les lisières sud de Villemontoire.
Ce village est fortement tenu. En outre des mitrailleuses placées dans le
cimetière, il y a dans la partie méridionale de Villemontoire des
creutes très profondes d'où les canons battent aisément la pente du
ravin et défendent vigoureusement l'accès du village La
mission du 6e régiment de marche de tirailleurs est remplie. Il a perdu
33 officiers dont 5 sont morts et 1019 hommes tués ou blessés. Par trois
fois, il a renouvelé Ies assauts avec une furie incessante, s'est accroché
désespérément à un ennemi très supérieur en nombre et pourvu de
centaines de mitrailleuses. Il a, chaque fois, serré de plus près
l'adversaire, élargissant la brèche vers la route de Soissons et obligé
les Allemands à employer leurs meilleures troupes. Enfin, par l'excès même
des sacrifices qu’il lui impose, il a su lasser l'ennemi et facilité
l'avance de nos armées au nord de Château-Thierry.
Août
- 4 septembre 1918 Après
un court séjour à Maimbeville, près de Saint-Just-en-Chaussée, le 6e
tirailleurs se dirige sur Marest-sur-Matz, au sud-ouest de Noyon. La
bataille continue, dit le généraI Nudant, commandant le corps d'armée.
Il faut contraindre l'ennemi à un nouveau repli et vous l'y contraindrez. Depuis
le 10 août, par votre foudroyante avance d’abord et ensuite par votre
mordant et votre ténacité, vous vous etes taillé une part glorieuse
dans la bataille. Vous continuerez. Il s'agit d'exploiter, avec de
nouveaux et puissants moyens, vos succès des jours derniers. Comme au 10
août, vous attaquerez à fond et vous enfoncerez le Boche abhorré qui, déjà,
ne peut plus se ressaisir. Chars d'assauts, artillerie de tous calibres
vous aideront dans cette tâche. Enfoncez-le. Ce sera une victoire
compIete. Cette fois, on peut redire la parole du poilu, qui était celle
de Jeanne d’Arc: On les aura!. 21
août. Le
commandant Donadieu, qui a remplacé M de Vulpillières, conduit le 1er
bataillon en ligne. Il traverse Thiescourt et atteint la Divette.
L’ennemi s’est retranché de l’autre coté de la vallée et a ordre
de tenir le plus longtemps possible les passages de la Divette et de s'y défendre
à outrance. Le
1er bataillon se met de suite au travail; il construit des ponts et malgré
la violence des obus et des balles. Après plusieurs tentatives
infructueuses, il réussit à passer et pousse l'ennemi sur le bois de la
Réserve. Pendant
trois jours, les obus à gaz et les explosifs contraignent le régiment à
demeurer sur place dans la région de Thiescourt. La
violence du tir s’accentue, nos patrouilles se multiplient et rapportent
de bons renseignements. 28
août. La
7e compagnie sort de ses lignes et s’empare de Marquecy et le
2e bataillon, qui s’est lancé sur le bois de la Réserve, capture 30
prisonniers et recueille une dizaine de mitrailleuses. A
notre gauche le 114e BCP s’empare au même moment de cuy et pousse
jusqu’au château des Essarts. Sans
désemparer le régiment continue sa marche sur Suzoi, à l’ouest de
Noyon. Bientôt, il occupe la crête de la montagne de Porquericourt et
Vauxchelles. Dès
que l’ennemi perçoit le mouvement d’infiltration, il ouvre le feu
avec de très nombreuses batteries, en position sur la rive Est du canal
du Nord. Il laisse ainsi présager sa résolution de tenir au nord de
Noyon. Le
6e tirailleurs serre cette ville de très près, occupée encore par les
Allemands et menacée de destruction. Toute
la ville est minée et plusieurs milliers d'hommes ont travaillé à poser
les câbles et les charges de poudre. Le
6e tirailleurs oblique à droite et se dirige sur le champ de manoeuvre de
Noyon; Une compagnie passe à l’Est du canal du Nord. Elle est immédiatement
arrêtée par les mitrailleuses allemandes. 29
août. Continuant
leur poursuite, les 2e et 3e bataillons franchissent le canal malgré un
feu qui les prend d'enfilade. En face des tranchées allemandes, part une
pluie de balles et les obus de 105 et de 150 rendent toute avance
impossible. Une
très violente contre-attaque se dessine à 8 heures. D'épaisses
formations s'infiltrent sur les deux rives, elles parviennent à 200 mètres
de nos lignes. Les
tirailleurs sont admirables de courage: cramponnés au sol autour du pont
détruit, ils ne lâchent pas un pouce de terrain. Leurs mitrailleuses,
servies comme à la manœuvre par leurs servants, debout, sous une grêle
de balles, déchargent sur l'ennemi un feu extrêmement meurtrier. Les
boches perdent contenance, tournoient et fuient dans toutes les
directions. A
droite, le 412e RI est parvenu à la scierie Châtelain ; à gauche, les
chasseurs à pied de la 70e division enlèvent Beaurains et nos
patrouilles amènent 60 prisonniers, débris de la contre-attaque, qui
n’ont pu s’enfuir. 30
août. Les
reconnaissances faites par les bataillons recueillent de nouveaux
prisonniers et une dizaine de mitrailleuses. Les positions ennemies au
nord du champ de manoeuvre sont solides. Pendant trois jours, le régiment
est arrêté par la résistance énergique de Allemands. 4
septembre. Enfin,
le 3 septembre, le capitaine Vergnette pénètre dans un poste ennemi et,
le lendemain, cet officier suppliait le commandement de ne plus faire
tirer l’artillerie, nos patrouilles débordant le bois des Incas. Le
mouvement est favorable à une nouvelle attaque. Les trois bataillons
partent à l'assaut en même temps. Le bataillon Vergnette est assez
heureux pour occuper la Croix des Six-Voies et couper- la retraite au 71e
de réserve Allemand. Les tirailleurs, prenant l’ascendant sur leurs
ennemis, les enveloppent et les mettent immédiatement hors de combat. Le
régiment peut alors diriger sur l’arrière 250 prisonniers, 11
officiers dont un commandant et plus de 20 mitrailleuses. Après
21 jours de marches et de combats continuels, le 6e régiment de marche de
tirailleurs, réduit à 450 hommes était envoyé au repos. Sur
la Divette, sur le canal du Nord, il a été le premier régiment français
à déboucher et à maintenir ses têtes de pont si péniblement acquises.
Il a, par la rapidité de sa marche, décontenancé l'ennemi, ne lui a
laissé aucun répit, lui a pris 11 officiers, 250 hommes, 50
mitrailleuses, 5 canons. Il
a progressé de 20 kilomètres malgré les nombreuses tentatives
d’attaques de l’ennemi et malgré le bombardement par obus à gaz. Il
a donné ainsi, une fois de plus un magnifique témoignage de sa valeur
offensive et de sa courageuse ténacité. Le
colonel, commandant l'infanterie divisionnaire cite à l’ordre de la
brigade le 3e bataillon du 6e tirailleurs: Au
cours des combats de fin août et début de septembre 1915 autour de
Noyon, attaque l'ennemi sur le canal du Nord, enlève la position du Pont
Détruit, s'installe sur la rive Est du canal et s'y maintient malgré une
violente contre-attaque ennemie: s'empare de 40 prisonniers et d'un
important matériel, réduit à 5 officiers et 135 hommes, continue
brillamment sa mission de poursuite et fait prisonniers dans les bois d'Autrecourt,
le chef de bataillon et une trentaine d'hommes du 2e bataillon du 71e régiment
d'infanterie allemande. Une récompense d'un ordre plus élevé est décernée par le général
Debeney, commandant la 1ere armée, au 6e tirailleurs. Vaillant
régiment qui, après avoir pris une part glorieuse à la défense de
Reims, le 27 mai 1918, a fait preuve dans des combats particulièrement
durs livrés du 19 au 23 juillet, dans la région de Villemontoire (sud de
Soissons) d’une endurance remarquable, renouvelant jusqu'a trois fois,
sous les plus violents tirs d'artillerie et de mitrailleuses, des attaques
contre un ennemi très fortement organisé. Ne s'est pas laissé ébranlé
par les pertes les plus cruelles, dont celle de son chef, le
lieutenant-Colonel Wild mortellement frappé, et de la plupart de ses
officiers. Du 18 août au 14 septembre, a livré, dans la région de
Noyon, sous le commandement du Lieutenant-colonel Poulet, une succession
de combats heureux, au cours desquels il a réalisé une avance de près
de 20 kilomètres. Dans la seule journée du 4 septembre, bien qu’épuisé
par 17 jours de lutte et réduit à un effectif de 20 officiers et 450
combattants dont un grand nombre d’intoxiqués, a fait 155 prisonniers
dont 11 officiers, et capturé d’importants approvisionnements et matériels
de toute nature, dont plusieurs et minnenwerfer et une trentaine de
mitrailleuses. Quelques
temps après, le maréchal Pétain décernait au régiment la fourragère
aux couleurs de la croix de guerre.
27
Septembre 11 Novembre 1918 27
septembre. Les
tirailleurs du 6e reviennent au combat, le cœur plein d’espérance. Par
un beau soleil d’automne, le régiment traverse les bois situés au nord
de Chauny. La première étape est Frieres-Faillouel. Après
avoir quitté la foret, dans la plaine envahie par les herbes folles, nous
cherchons le village. La carte d’état major le situe bien sur cette
route qui se déroule, sinueuse, vers l’Est, près des bois de
Haute-Tombell. Et pourtant, sous nos yeux, il n’y a que des champs
incultes. Les
ruines s’accumulent. Que reste-t’il de Mennessis? De Remigny? Ce ne
sont pas les obus et les balles, seuls qui ont détruit, l’incendie et
les mines ont fait sauter jusqu’aux fondements. Sur
la route de Remigny à l'Oise s'élève le fort de Vendeuil. C'est un
monticule fortement bétonné, mais qui a sauté. Il s'y trouve encore
toutefois quelques casemates solides. Le Lt-Cl Poulet y établit son PC.
Le seul point de passage possible est la route deVendeuil à
Brissay-Choigny. Tous les ponts sont coupés et les Boches occupent les
berges du canaI. Les
bataillons construisent des passerelles et le 8 octobre, à 4 heures du
soir, le sous-lieutenant Laffite, de la 7e compagnie, conduit habilement
ses hommes, en se dissimulant de chaque côté de la route, marchant dans
l'eau, dans la vase... A
6 heures, la compagnie parvient sur la rive ouest du canal. Les
mitrailleuses ennemies tirent. L’artillerie ennemie envoie des obus à
gaz. La reconnaissance est faite. Elle a atteint son but. Du
sommet du fort de Vendeuil, le lieutenant-colonel Poulet suivait avec des
jumelles la manœuvres des tirailleurs. Tout a coup, un obus de 105 arrive
et le blesse ainsi que plusieurs officiers et tirailleurs qui se
trouvaient à ses côtés. Le
lendemain une nouvelle patrouille, conduite par- le lieutenant De Salivet,
suit un parcours différent. Elle sort par la Grue Grise et marche en
silence le long du canal vers le pont de la route de Vendeuil à
Brissay-Choigny. L'ennemi ne s'aperçoit de sa présence qu'au moment où
elle débouche près du pont. De nombreux coups de sifflet retentissent,
lancés par des guetteurs et alertent les mitrailleuses. Il faut forcer le
passage. Dans la nuit, on établit une passerelle sur le canal qui, à l'endroit où nous sommes, est large de 30 mètres et profond de 2 mètres d'eau. Deux sections passent et avancent sur la route. Les balles sifflent, des camarades tombent pour ne plus se relever. Au même moment, les autres compagnies franchissent la rivière et le génie, en quatre heures, sous les obus, fait un pont pour permettre aux voitures de suivre. Il faut à tout prix franchir le dernier bras de l'Oise et s'emparer de Brissay
et de Choigny. 15
octobre. Notre
artillerie de campagne bombarde les forts Mayot et Brissay pendant 10
minutes, en donnant sa vitesse maxima. Une section de la 10e compagnie
parvient à 5h10 à l'entrée de Choigny, par un verger arrosé de balles
de mitrailleuses. Plusieurs des nôtres tombent, mais les survivants
sautent sur l'abri placé à 25 mètres du dernier pont et capturent 6
prisonniers. Une contre-attaque refoule légèrement la compagnie. Dès 6
heures, le lendemain matin, un combat s’engage;Lutte acharnée dans le
village. Quand vient le soir, une partie du village nous appartient. 18
octobre. Dès
l’aube, le 2e bataillon recommence l'attaque, mais les boches ne peuvent
plus tenir, même sur leur fameuse ligne Hindenburg, où nous sommes. Ils
s’enfuient en laissant des plumes sur la route. Le
régiment se met à la poursuite et ne s’arrête que devant Surfontaine
et Renansart, où les Allemands veulent de nouveau ralentir notre avance. La
résistance est momentanée. L’ennemi se retranche plus loin, à la
ferme Ferrières. Cette ferme n’est bientôt plus, sous les coups de
notre artillerie, qu’un tas de pierre, de sables, de charpentes effondrées
; de voitures brisées, d’instruments agricoles démolis. Quand
même les allemands, tiennent, se cramponnent, s’abritent dans les
champs voisins, au bord des talus, des routes, et partout placent des
mitrailleuses. La position est sérieuses et nous domine. Par
fraction, en se dissimulant, le 1er bataillon arrive au bois de
Ferriere, près de la ferme et à sa hauteur. Il faut profiter de toutes
les circonstances qui peuvent s’offrir pour progresser, fait savoir le
commandement. Le
bataillon attaque à 2h10. Le Lt-Cl Vetelay marche en première ligne avec
les Tirailleurs. L’avance est légère, mais permet d’etre en contact
immédiat avec l’ennemi et de suivre ses mouvements.. Le
colonel fait faire des patrouilles, repérer l’emplacement des
mitrailleuses:il y en a partout, à la ferme Ferriere, au bois de Bachus,
au bois de Safran. Jusqu’au 25octobre, le régiment est contraint de
rester sur place. 25
octobre. Enfin,
à 3h30 de l’après-midi, deux bataillons se lancent à l’assaut et
s’emparent de la ferme. 26
octobre. Le
6e Tirailleurs continue sa progression, franchit le ravin et
arrive près de la cote 131. Au sommet passe la route du bois de Frémont
à Chevressis-Montceau. L'ennemi s'y retranche et nous voit venir. A notre
approche, les feux se croisent, l'artillerie allemande s’anime, mais son
tir est fort mal réglé, et, à 13h30, deux de nos bataillons gravissent
la cote 131. Sur- la route, des cadavres sont étendus; on regarde et on
passe : ce sont des Boches. Plus
loin, un nouveau mouvement de terrain
la cote 141. On s'en empare, l'ennemi fuit. La
division française placée à notre droite est restée très en arrière
du régiment. Il faut attendre et un de nos bataillons fait «face à
droite» pour couvrir les autres unités du régiment. 27
octobre. Dès
l'aube, la marche à la victoire reprend. Le régiment dépasse légèrement
le village de Landifay quand, aux approches de La Hérie-Vieville, il se
heurte à des défenses très sérieuses. Deux batailIons sont disposés
en avant de Landifay. Toute la journée, les obus pleuvent. Qui donc osait
écrire dans un journal qu’en se retirant, les Boches n'offraient pas de
résistance? Que n'est-il venu à Landifay et ailleurs?. Pendant
sept jours, l'ennemi manifeste une résistance opiniâtre. 1er
novembre. Les
fêtes traditionnelles sont bien mal célébrées. Aujourd’hui, les
blessés sont plus nombreux par suite d'un bombardement plus violent. L'un
deux, qui s'est approché de La Hérie-Vièville, affirme avoir vu des
enfants courir dans un jardin et les avoir entendu crier. Nous n'osons le
croire et pourtant c’est vrai 5
Novembre. Le
régiment se rassemble face à la Hérie, l'artillerie française frappe
plus fort que jamais. Il fait en finir avec cette ténacité. L’ennemi
comprend qu’il doit céder. Dans la nuit, les derniers défenseurs du
village battent en retraite. Dès les premières lueurs de l’aube, le 6e
tirailleurs avance. Sains
est une ville que les Boches viennent de quitter. Le pont du chemin de fer
est sauté et barre la route. Il faut escalader les pentes qui longent les
voies ferrées pour y pénétrer. Partout flottent les trois couleurs... Nous
stationnons une journée... Au
loin derrière la forêt, c'est Hirson. Les Boches résistent. Du côté
de Buire, quelques mitrailleuses tirent, des obus tombent sur Origny, mais
bientôt l'ennemi doit déguerpir. Nous avançons toujours. Voici Hirson.
A gauche se dresse le fort, devenu au temps de l'occupation allemande une
prison civile et vide depuis ce matin. Quel est l'habitant honnête et
patriote qui n'a pas séjourné dans ces geôles? Près de la gare, des
centaines de voitures, camions, canons, cuisines roulantes en réparations;
sur les voies, des trains complets de vivres, vêtements, munitions
abandonnés par les Allemands. Saint-Michel : l'ennemi a détruit tous les
ponts, mais les habitants travaillent déjà à les reconstruire. Dans la
gare, des rames de wagons brûlent. Nous partons pour Le Cendron. 11
novembre. Le
6e tirailleurs défile sous les grands arbres de la forêt de Saint-Michel
et dans quelques instants va franchir la frontière belge. Un bruit
circule, on n'ose y croire, et pourtant c'est Baboux, toujours bien
renseigné, Baboux, le cycliste du colonel qui fait 50 kilomètres pour
nous procurer les journaux, Baboux affirme que les Boches ont demandé la
paix... Bientôt,
2.000 hommes en font l'objet de leur conversation. Une estafette à cheval
longe la colonne et remet un pli au lieutenant-colonel Marquet, qui marche
en tête du régiment. Tout à coup, le colonel fait signe de s'arrêter,
cause avec son état-major, montre un papier. Il est 8 h45. Il vient vers
les tirailleurs et dit : « C'est fini, les enfants, les Boches ont signé
l'armistice!». Enfin,
ils ont signé! A 11 heures on ne se bat plus, il en est 9. Il
n'y eut pas de cris, mais un bonheur intime, profond, qui s'épanouit sur
le visage par des sourires et sur les lèvres par des paroles de
contentement. Pourtant,
pour être complète, il manquait notre joie de «flanquer une dernière
pile» à l'ennemi, de franchir la frontière allemande, de déployer
notre drapeau sur les terres d'Alsace ou de Lorraine, de monter la garde
au Rhin!. Il nous déplaisait même d'apprendre cela en plein bois, à la
poursuite d'un ennemi qui se sauve; il manquait au 6e
Tirailleurs de finir la guerre «à la Française», en beauté. |
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