LE 4e RÉGIMENT
MIXTE DE ZOUAVES
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1-Du 9 septembre 1914 au 22 juin 1915Voir
historique du 8e Régiment de marche de Tirailleurs 2-Du 22 juin 1915 au 16 avril 1916.Le Régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs a été
constitué le 22 juin 1915 à Rexpoed, sous le commandement du
Lieutenant-Colonel LEVEQUE par la réunion de deux Bataillons du 8e
Tirailleurs (1er et 6e bataillons) et d'un Bataillon
du 4e Zouaves (le 6e). Il est donc de ceux qui ont
été créés sur-le-champ de bataille, en face de la mission a remplir. Donc,
un Corps superbe vient de naître de la communion de deux familles de
braves. On l'a baptisé, il s’appellera devant l'histoire le 4e
Régiment Mixte de Zouaves et de Tirailleurs. Maintenant
on va l'exercer, lui donner une âme unique, une seule fierté; on va lui
insuffler son esprit de Corps. Tout
d'abord, à Rexpoéde qui est l'arrière du front, ses Chefs vont le
prendre en mains. C'est Le Lieutenant-Colonel LEVEQUE placé le 14 mai
1915 à la tête du 8e régiment de Marche de Tirailleurs, (le
Lieutenant Colonel DELAVAU ayant été appelé, avec le grade de Colonel,
au commandement de la 1e brigade du Maroc) qui préside à ses
destinées. Les Compagnies vont tirer à la cible sur le champ de tir de
Bergues, non loin de Dunkerque; le régiment en entier va manœuvrer dans
les dunes de Zuydcoote où il s'entraîne avec le RICM à des exercices de
combat. ·
Offensive
d'Arras (25 septembre 1915). Cependant,
le Général en Chef préparait sa grande offensive d'automne qui devait
simultanément être déclenchée en Champagne et autour d'Arras. Il
disposait, disait-on, de nombreux canons de campagne, d'une puissante
artillerie lourde; on parlait de millions d'obus et d'une quantité
impressionnante d'obus spéciaux. Ayant
été relevé de Boesinghe dans la nuit du 18 au 19 août, puis débarqué
de chemin de fer le 29 à Freveet, le 4e régiment Mixte, le
30, se met en route pour Bosseux-Riviére (Sud d'Arras) ou le lendemain,
il relève en secteur un Régiment territorial. Les
travaux d'aménagement du terrain en vue de la grande offensive prochaine
sont poussés activement. C'est au 25 septembre que le
commandement a fixé le déclenchement de l'offensive. Le 4e régiment
Mixte de Zouaves et de Tirailleurs sera du premier jour. Il est prêt. Les
deux Bataillons de Tirailleurs partiront en tête. Le 6e
Bataillon (Commandant LEFÈVRE) à gauche. Le
1e bataillon (Commandant CAILLET) a droite; le Bataillon
de Zouaves (Commandant DEGEORGES) sera en soutien. Le matin, l’Artillerie intensifie son tir de préparation. Devant le
front de chaque bataillon, elle doit pratiquer de larges brèches dans le
puissant réseau de fil de fer qui protége les positions ennemies. A
l’heure H, elle allongera son tir qui viendra museler les mitrailleuses
et les fusils allemands et protéger jusqu'au dernier moment la marche de
nos vagues d’assaut. A midi, les Tirailleurs sortent d'un bond des parallèles de départ, et
sans hésitation, animés d'un souffle héroïque, se portent en avant
pour franchir les brèches. Mais en même temps les mitrailleuses de
l'ennemi entrent en action; elles semblent innombrables; son artillerie
ouvre un feu de barrage nourri. Malheureusement,
devant le 6e Bataillon de Tirailleurs, les réseaux de fil de
fer sont restés à peu près intacts, la défense est infranchissable; et
les assaillants sont là, immobilisés sous un feu infernal, ne pouvant
avancer, ne sachant reculer. Certains se glissent parmi cet enchevêtrement
de fer et d'abatis et bientôt les réseaux sont jonchés de cadavres. Devant
le 1e bataillon, les défenses ennemies ont été plus sérieusement
entamées; les Tirailleurs les franchissent magnifiquement, et d'un seul
élan, bondissent dans les tranchées conquises. Les nettoyeurs font leur
oeuvre; les autres, poursuivant irrésistiblement leur incursion dans les
lignes allemandes, atteignent déjà le Moulin de Ficheux, qui est leur
premier objectif. L'ennemi qui s'épuise à aborder de front ces héros inébranlables, décide
alors, avec des renforts appelés en hâte, de les encercler. Ce n'est que
complètement débordés, leurs communications avec l'arrière à peu près
supprimées, qu'après neuf heures de lutte ardente, les débris du 1e
bataillon se résolvent à rejoindre nos lignes. Ils ne les atteignent
qu'après s'être ouvert un passage à la baïonnette à travers l'ennemi. La conduite du 1e
bataillon, au cours de cette journée, est de celles que l'Histoire devra
retenir. Il fut cité tout entier à l'Ordre de la Xe Armée avec le motif
suivant «
Le 25 septembre 1915, a brillamment enlevé et traversé une ligne de
tranchées allemandes, protégée par un épais réseau de fil de fer,
malgré un feu très violent de mitrailleuses et s'est maintenu toute la
journée sur la position en résistant aux contre-attaques ennemies ». Sur ce terrain bouleversé,
chèrement disputé, arrosé de leur sang et du sang boche aussi, les
Tirailleurs du 4e régiment mixte laissaient les cadavres de
bien des braves entre les plus braves Dans les tranchées de départ qu'il a réintégrées, le régiment combien amoindri prend ses dispositions pour parer aux contre-attaques éventuelles. La nuit est tombée. Les brancardiers et les sauveteurs volontaires parcourent le terrain, ramassant les blessés et les morts. Depuis qu'il est arrivé au secteur, le 4e régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs (c’est sa première épreuve) a perdu 886 de ses braves.
Le 13 octobre, le régiment
en entier montait en secteur et relevait le régiment d’infanterie
Coloniale. Dans la nuit du 18 au 19, le régiment d'infanterie Coloniale
remontait à son tour. Ainsi jusqu'au
19 décembre, les deux corps de la Brigade alternèrent dans les
tranchées. Ces brefs séjours étaient extrêmement pénibles. Le
19 décembre, le 4e Régiment mixte en quittant le secteur compte 2
Officiers tués et 52 blessés, 78 hommes de troupe tués, 215 blessés,
39 disparus. b)En
Belgique On embarque le Régiment en
autos, on lui donne quelques jours de répit, on le dirige sur la Belgique
et le 28 décembre, le Bataillon de Zouaves entre en secteur devant
Nieuport. Trois mois et demi,
alternant toujours en ligne avec le Régiment Colonial du Maroc, le Régiment
restera dans cette région de Nieuport. Son secteur, en avant et à
proximité de la petite ville, est celui de Lombaertzy de Passchendaele. A nouveau, c'est le terrain
marécageux, inhospitalier des Flandres. Comme tout déblai est à peu près
impossible, on a surélevé les travaux; les tranchées et les boyaux, en
quelque sorte en relief, sont construits en gabionnade et en sacs à
terre. Abris précaires, aisément repérés. L'ennemi manifeste là une
activité a peu près incessante. Aussi,
le Régiment, sans prononcer d'attaque, en manifestant seulement sa ténacité,
son énergie, sa crânerie, perd 160 hommes, dont 31 sont tués et parmi
lesquels on compte 3 officiers tués et 3 bléssés. Le
28 janvier 1916, le Commandant VERNOIS du 4e Zouaves, nommé
Lieutenant-Colonel, avait pris le commandement du 4e régiment
Mixte, le Lieutenant-Colonel LEVÊQUE ayant été appelé à la tête du
142e Régiment d'infanterie. Exercé, superbe à l'assaut, rivé au sol lorsqu'il s'agit de tenir, prêt
partout aux ultimes sacrifices et, toujours aux lèvres le mot héroïque,
le 4e Régiment mixte de Zouaves et Tirailleurs est jugé digne
des plus grandes épreuves. Pourvu de son Chef définitif, il va subir l'épreuve
définitive. 3-Batailles
sous Verdun.
Le Kronprinz d'Allemagne avait formé le gigantesque projet de prendre
Verdun. On savait que les Alliés, faisant converger tous leurs efforts,
préparaient une offensive qui devait simultanément se déchaîner sur
tous les fronts. L'État-major ennemi décida de dérober à notre
commandement l'initiative du combat, sans lui laisser le choix de la date
ni du lieu. Verdun fut choisi. Fin février, tandis que l'on s'imaginait qu'aucune affaire d'envergure
ne pût être entamée avant le printemps, l'attaque se déclencha comme
une tempête et dès les premiers jours, la défense de Verdun chancela. ·
De
juin à août 1916. Le
27 mai, alors que la bataille faisait rage depuis trois mois, sonna
l'heure du 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs. Il
avait été, le 17 avril, enlevé en autos de la région de Nieuport;
puis, après une période d'instruction de trois semaines dans la région
de Dunkerque, il avait, deux semaines durant, au Camp de Crève-cœur,
dans l'Oise, fourni un entraînement intensif étudiant dans des manœuvres
de Régiment et de Division, les leçons des premiers mois de Verdun. Le
27 mai, le Régiment débarque de chemin de fer à Mussey, dans la Meuse;
par petites étapes, il gagne Dombasle; le 5 juin, il bivouaque au bois
Saint-Pierre; il est là, au seuil de la fournaise. L'heure
est très grave. La France a réussi à fixer l'ennemi et l'ennemi
redouble de rage. On combat pied à pied. On livre un assaut pour gagner
un pouce de terrain. Jour et nuit, c'est le grondement ininterrompu du
canon; dés que le jour baisse, l'immense embrasement de la bataille
rougeoie à l'horizon du Nord et de l'Est, que sillonnent les vastes
lueurs des artilleries lourdes; les longues fusées paresseuses montent
dans le ciel. On imagine tout le caractère tragique de ce champ de
bataille ou, sur une scène exiguë et ravagée, se joue le sort de la
Patrie. Tout
à l'entour, les routes sont parcourues d'automobiles qui filent à toute
allure; munitions, matériel, vivres, trains de troupes, montent vers la
ville. Sur les routes adjacentes avancent le T.C et les T.R. Les bois sont
peuplés de renforts ou d’unités au repos; la voie ferrée est jalonnée
de stations de ravitaillement où règne une agitation continue, et d'hôpitaux
où pénètrent en théories incessantes les petites autos sanitaires. Successivement,
du 7 au 25, les Bataillons du 4e Mixte monteront en ligne.
Entre la célèbre côte 304 et le Bois d'Avocourt, ils prennent le
secteur d'Esnes. Là,
c'est le spectacle de la désolation et de la dévastation. Des boyaux à
peu prés inexistants, impraticables, conduisent péniblement à des
emplacements sans tranchées, sans abris, sur un terrain si bouleversé
que même les trous d'obus ne se distinguent pas. Au sein du bombardement
qui ne prend jamais fin, on se bat presque corps à corps, à portée de
grenades. Il pleut; la pluie persistante fait de ce séjour argileux une
bourbe épaisse et profonde où il s'agit de vivre et de combattre, entourés
de cadavres en putréfaction, parmi des détritus et des ordures de toutes
sortes. La soupe arrive rarement; lorsqu'elle arrive jusqu'aux premières
lignes elle est froide, souillée, immangeable. La maladie s'insinue dans
les rangs de ces braves dont les corps sont déprimés par un tel régime.
Les évacuations deviennent nombreuses; sous le manteau de plomb que déploie
le ciel gris et humide de cette fin de juin, dans cette atmosphère déprimante.
Au long de cette vallée tragique du Ravin de la Mort, des fantômes casqués,
masque en sautoir, ployés sur le bâton qui tâte les trous d'obus où on
s'enlise, vont et viennent en hâte….C'est le poseur de lignes téléphoniques
qui cherche la rupture d'un fil; c'est un agent de liaison qui porte un
ordre urgent, c'est une équipe de brancardiers qui ploie sous son
glorieux fardeau, c'est un ravitailleur encore, que les autres là-haut
attendent avec tant d'impatience. Qui
dira, comme il convient, la grande pitié de ces isolés qui vont ainsi,
sous la menace imminente de la camarde. Enfin,
le 25, le dernier Bataillon est relevé. Le Régiment va se reposer quinze
jours, et le 11 juillet il vient reprendre dans son ancien secteur sa
mission de sacrifice, Le temps n'a pas changé, l'épreuve
est restée la même, elle s'aggrave même de plusieurs attaques
importantes de l'ennemi qui charge derrière les liquides enflammés, après
des préparations infernales d'artillerie. Le 4e Mixte, dont la
seule vaillance résiste à toutes les infortunes, fait de toutes ces
tentatives autant d'échecs. Le 22 juillet, le Régiment compte:
On
le relève pour seize jours. Le
7 août, de Sermaize où il se ressaisissait, le Régiment est embarqué
pour Verdun; le 8, il entre dans le secteur de combat de Fleury où la
bataille bat son plein. L'ennemi
occupe le village de Fleury et toutes les crêtes environnantes. Il a pris
pied dans le Ravin des Vignes et s'avance sur la côte de Froideterre. Ses
premières lignes sont déjà au-delà de l'ouvrage de Thiaumont. Le
temps presse; dès le 8, le Régiment entre en secteur. Il vient prendre
sa place entre la 31e Division, qui, à l'aile gauche, a pour
objectif Thiaumont, et le RICM qui, à l'aile droite, fait face à Fleury. Le
9, les trois Bataillons sont alertés. Le mouvement s'entame. Une activité fiévreuse règne parmi toutes les unités. On avance insensiblement, pied à pied, ainsi qu'il est prévu: on s'agrippe au terrain; au fur et à mesure qu'on l'occupe, on s'efforce de l'organiser pour y reprendre haleine, posément, derrière un semblant d'abri, et pour le défendre s'il le faut. Enfin, le 18 août,
l'attaque générale se déclenche sur tout le front de la Division. Ces
troupes soumises depuis neuf jours à des combats quotidiens, s'enlèvent
avec l'entrain et la légèreté des troupes fraîches. L'affaire est
superbement menée. Le RICM s’empare du village de Fleury; le 4e
Régiment Mixte qui a suivi avec le même élan, prend pied sur le
plateau. Au cours du séjour en secteur, les pertes ont été élevées :
Mais le Régiment, depuis
son entrée dans la fournaise de Verdun, a donné toute la mesure de sa
valeur guerrière. Trempé à l'épreuve multiple de la fatigue, des
privations, de la soif, de la maladie, des intempéries, des bombardements
et de l'assaut qu’on exige en fin de tout et malgré tout, il a prouvé
qu'il savait tenir et conquérir. Deux jours après le succès
de Fleury, on l'emmène vers l'arrière
pendant deux mois, il va s'entraîner comme un athlète. Dès qu'il
sera en forme, il trouvera l'occasion de manifester dans toute son ampleur
son ardeur au combat; on le lancera sur Douaumont qui consacre les réputations
glorieuses ·
Prise
du village de Douaumont L'armée allemande s'est
acharnée sur Verdun au prix d'hécatombes légendaires: on ne représentera
plus la forteresse fatidique que comme le charnier des troupes du
Kronprinz. En sept mois, elle a réalisé une avance de neuf kilomètres
autour de ce qu'elle convoite; elle a pris des ouvrages fortifiés, dont
certains forts importants; mais elle n 'a pas pris Verdun Dès le début, la grosse
entreprise sera la reprise du fort de Douaumont. La 38e
Division d'Infanterie s'y immortalisera toute entière. Le 4e Régiment
mixte devra s'emparer du village célèbre. Longtemps à I'avance, l'opération
sera préparée, étudiée, réglée jusque dans les derniers détails qui
se puissent prévoir. Le 4e Mixte est au repos prés de
Stainville. A proximité des campements de chaque bataillon on a fait le
choix de terrains qui se rapprochent le plus possible du futur terrain
d'attaque. Un décor représentant le futur champ d’action du Régiment
a été aménagé dans un vaste champ de manœuvres. Tous les obstacles y
sont figurés. On répète chaque jour, méthodiquement, soucieux de ne
rien laisser au hasard, envisageant toutes les hypothèses. Tous les spécialistes,
chacun dans leur sphère particulière, se rompent à l'exercice de leurs
fonctions. Chacun s'applique, sur ce théâtre de préparation, à posséder
à fond son rôle et à s'y mouvoir aisément. Dans la première quinzaine
d'octobre, tous les Officiers et tous les Chefs de Sections sont transportés
en autos à Verdun, où se fait alors une reconnaissance minutieuse du
terrain d'attaque authentique. Non seulement chacun répète exactement et
fixe dans sa mémoire l'objectif qu'il devra atteindre, mais encore visite
l'emplacement qu'il occupera avant le départ, les cheminements et les
boyaux qui y conduisent. Le grand jour approche
enfin. Le 21 octobre, le Régiment est transporté en autobus à Verdun.
Il passe la nuit dans la citadelle, où l'on touche le complément de
munitions, de matériel et de vivres; puis, dans l'après-midi du 22, pénétrant
dans la zone vive, il gagne ses abris vers Froideterre. L’action se déroule comme
le Lieutenant-Colonel VERNOIS, qui dirige les opérations
l'avait imaginée. Le 24 octobre, à 11h39, le
6e Bataillon de Tirailleurs, entraîné par son Chef, le Commandant
MEFFREY, dont l'ardeur, l'énergie et l'esprit de décision se déployèrent
en cette circonstance d'une façon si remarquable que c'est grâce à
elles et a la vaillance des troupes que le succès fut assuré, s'élança
d'un seul bond hors des tranchées. Malgré les difficultés de
parcours d'un terrain argileux et détrempé, bouleversé de fond en
comble par les bombardements des jours précédents, ces troupes se portèrent
à l'attaque d’un élan magnifique, franchissant sans arrêt le tir de
barrage adverse et atteignant en quelques minutes les premières tranchées
ennemies qu'elles dépassèrent, marchant sans arrêt vers l'objectif
indiqué dont elles se rendaient maîtresses à 12h.25. Le Commandant
MEFFREY en commença aussitôt l'organisation défensive. A 13h40, le Bataillon de
Zouaves franchissait à son tour la crête occupée par le 6e
Bataillon de Tirailleurs, se portant d'un seul bond sur le village de
Douaumont dont il s'emparait à 14h45 et en assurait aussitôt
l’occupation. Dans cette circonstance mémorable,
le 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs a déployé les
superbes qualités d'attaque qui l'avaient déjà fait distinguer au cours
de la campagne et a montré qu'il était resté égal en valeur aux
brillants combattants qui enlevèrent La Taudette le 22 septembre 1914,
qui menèrent les assauts héroïques d'avril et de mai 1915 autour
d'Ypres et du Moulin de Ficheux, le 25 septembre 1915. L'événement eut dans tout
le pays un immense retentissement. La journée du 24 octobre nous donnait
une victoire éclatante. Le lendemain, tous les Journaux annonçaient avec
les lettres qu'ils réservaient aux triomphes «Douaumont est repris» Le
Journal Officiel publiait bientôt après ces lignes: « Le
Général Commandant la IIe Armée cite à l'Ordre de l'Armée: le 4e
Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs. Le 24 octobre 1916, sous l'énergique
commandement du Lieutenant-Colonel VERNOIS a enlevé, d'un élan
admirable, les premières tranchées allemandes, puis successivement
l'ouvrage et la Ferme de Thiaumont; a inscrit une page glorieuse à son
histoire en s’emparant dans un irrésistible assaut du village de
Douaumont » La
destinée victorieuse du 4e Régiment Mixte ne faisait encore
que s'annoncer. ·
Louvemont,
les Chambrettes Les forts, tout autour de
Verdun, sont délivrés. Il s'agit, maintenant, pour assurer leur sécurité,
de forcer l'ennemi à prendre du champ. Il faut rendre à Verdun (première
forteresse française, dit le Kaiser, cœur de la France, dit le
Kronprinz) son imposante tranquillité Le
30 octobre, le 4e Régiment Mixte avait été relevé des
positions qu'il venait de conquérir et s'en était retourné dans sa zone
de repos de Stainville. Il
faudra dans un avenir prochain, chasser l'ennemi des observatoires de la
cote du Poivre, enlever Louvemont, les Chambrettes. Les terrains de manœuvres,
autour des cantonnements sont à nouveau et différemment aménagés,
figurant tout ce que les photographies d'avions ont pu donner de
renseignements sur les ouvrages du terrain véritable. Tout le programme
qui a présidé à la préparation de l'attaque de Douaumont est remis en
oeuvre pour Louvemont : plan, horaire, répétition, étude minutieuse. Et
cela pendant cinq semaines. C'est
le 11 décembre que le régiment est enlevé et monte vers le secteur
d'attaque. Dans la nuit du 13 au 14, le Bataillon de Zouaves y pénètre
et prend position en avant des carrières d'Haudromont. La nuit suivante,
le 6e Bataillon de Tirailleurs vient se placer à sa gauche.
L'attaque est pour le lendemain matin. La
mission, à la suite d'une préparation confiée à un matériel puissant,
est d'enfoncer les premières lignes ennemies; puis en liaison avec le
RICM d'une part et le 8e Tirailleurs d'autre part, de pousser
jusqu'à la crête Louvemont-Les Chambrettes et de s'y établir au-delà
de la route qui relie ces deux points. Le 15 décembre, à 10
heures, l'attaque est prononcée au milieu d'un entrain unanime. En dépit
du crépitement des mitrailleuses ennemies qui brusquement se révèlent
au moment du départ. A nouveau se reproduit ce tableau plusieurs fois décrit::
glissant dans la boue épaisse, Zouaves et Tirailleurs, électrisés par
leurs Chefs ou s'électrisant les uns les autres, franchissent la zone de
mort que marque, en avant de nos positions, le barrage ennemi. Mais, cette
fois encore, surpris par la fougue et la maestria de l'attaque,
l'adversaire ne déclenche son tir qu'après l'écoulement total des
Compagnies d'assaut. Déjà elles pénètrent dans les premières tranchées
allemandes que l'on nettoie prestement. Des incidents brillants se déroulent.
Comme l'avance se poursuit,
le Tirailleur AISSA BEN
MERZOUK, bondissant de la tranchée conquise, aperçoit une mitrailleuse
en action qui tient en haleine un groupe de camarades. Il s'élance, a
courte distance, il braque sur les servants son fusil-mitrailleur; le
personnel de la pièce, suffoqué par une telle audace, commet
l'imprudence d'hésiter... Alors les Tirailleurs se jettent sur l'équipe
et la capturent. De tous les points de ces
tranchées, des prisonniers, tantôt en file indienne, tantôt dans le
plus grand désordre, et toujours dans la plus grande hâte, filent vers
l'arrière où le Bataillon MASSE les reçoit. Mais
en tête, la crête du premier ravin perpendiculaire à l’axe de la
marche est atteinte. Suivant au plus près le barrage roulant de notre
artillerie, les assaillants poussent l'attaque avec une vigueur et une
assurance imperturbable sur la deuxième position Les
lignes allemandes, désormais, sont solidement organisées. De tous côtés,
les mitrailleuses qui les défendent, entrent en action, semant la mort.
L'instant devient critique. Une seconde d'hésitation sous cette grêle de
balles, donnant à I' ennemi quelque assurance, compromettrait le succès
de la journée. Mais les vétérans de Douaumont en décident autrement.
Les premières vagues des compagnies de tête, composées de grenadiers et
de fusiliers Mitrailleurs d’élite, redoublent d'intrépidité. Une a
une, des mitrailleuses prennent la fuite; d'autres sont assaillies
furieusement. Un indigène de la 22e
Compagnie de Tirailleurs tombant seul sur un nid, massacre les
servants et ramène l'une après l'autre deux pièces à son Commandant de
Compagnie. Déjà les Tirailleurs descendent l'autre versant, lorsque le
Bataillon de Zouaves se heurte sur tout son front à une vaste
organisation ennemie que sa position à contre-pente a préservée de
notre bombardement et que défend un personnel entêté et un matériel
nombreux. Ces occupants résolus opposent une résistance opiniâtre. Le
Bataillon DHOMME est retenu sur place, subit des pertes. C'est alors, dans
un bel esprit de solidarité et de camaraderie de combat, que le
Commandant MEFFREY lance sur le flanc droit de l'obstacle, à l'aile
gauche des Zouaves, deux sections de Tirailleurs. D'autre
part, les Zouaves s'acharnent: leur compagnie de soutien, manœuvrent
rapidement sur la droite de l'obstacle. Une section de mitrailleuses
parvient à se placer de manière a prendre d'enfilade la tranchée
ennemie sur toute sa longueur. Bientôt la garnison assiégée capitule:
les Zouaves font prisonniers 5
Officiers, Cet obstacle imprévu a
retardé d'une demi-heure le Bataillon de Zouaves. Il peut enfin reprendre
sa marche. Pressant l'allure, il arrive bientôt sur la route Louvemont-les
Chambrettes que nos batteries ont pilonnée. Dans les abris creusés sous
la voie même se trouve un important détachement ennemi. Sans même
tenter de résister, domptés a l'avance, ces hommes un Chef de Bataillon
et 200 soldats se rendent. Et, sans autre incident, le Aussitôt, on s'organise sur
les pentes du nouveau ravin d'où se découvre vers l'avant un vaste
panorama. Des reconnaissances offensives sont envoyées vers des
emplacements de batteries ennemis connus et repérés. Il gèle les jours suivants: il tombe même une neige très dense. On reste quatre jours encore sur ce morceau de France arraché à l'envahisseur, à besogner, à établir les communications avec l'arrière, à subir le froid, les intempéries. Enfin le 20 décembre, le Régiment est relevé. Il a perdu :
Ainsi, définitivement,
la mission du Général MANGIN
est accomplie; l'ennemi est à 15 km de Verdun. En un mois, il a accumulé
ses morts sur ce terrain dont il est chassé, il a usé le moral de ses
troupes. « Grâce à tous, Chefs et soldats, dit le Général PÉTAIN, un
coup formidable a été porté à la puissance militaire allemande». La
France, devant Verdun, a fait la plus belle conquête: celle de
l'admiration, du respect et de la reconnaissance éternelle du monde
civilisé qu'elle vient de sauver. Le 4e Régiment
Mixte de Zouaves et Tirailleurs a pris une large part à cette oeuvre
magnifique. Reconnaissant l'importance de son dernier succès, le Général
Commandant la IIe Armée, le cite à l'Ordre avec le motif suivant «
Le 15 décembre 1916, sous l'habile et énergique commandement du
Lieutenant-Colonel VERNOIS a, dans un magnifique élan enfoncé les lignes
allemandes sur une profondeur de 2 km, s'emparant malgré une vive résistance
de l'ennemi, de trois organisations successives fortement retranchées
capturant 1038 prisonniers dont 27 officiers, et prenant ou détruisant
5 canons de 77, 10 canons de tranchées et un nombreux matériel de guerre
». Et le 2 janvier 1917, le Général
Commandant en Chef décide que le 4e Régiment Mixte de Zouaves
et Tirailleurs ayant été cité deux fois à l’ordre de l'Armée pour
sa brillante conduite devant l'ennemi, aura droit au port de la fourragère
aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre. 4-L'offensive
de l’Aisne.
L'hiver de 1916-1917 eut des
rigueurs exceptionnelles: aucune affaire capitale ne salua la naissance de
la 4e année de guerre. Le
5 janvier, le Régiment part pour le camp de Gondrecourt où, malgré les
intempéries d'un hiver excessif, malgré la neige qui monte quelquefois
jusqu'aux genoux, et la bise qui glace les visages et les doigts, il
recommence à s’entraîner. C'est la qu'il reçoit l'ordre qui prescrit
à toute la division de se porter par voie de terre vers un nouveau théâtre
d'opérations, celui de l'Aisne. Le 4 février, dispos, entraîné
par des marches qui l'avaient mené du Barrois jusqu'en Brie, le 4e
Régiment Mixte arrivait sur la Marne, à Pavant, terme d'un voyage de
trois semaines. Le 27, il monte par nouvelles étapes vers le front, en arrière du 2e
Corps d'Armée colonial. L'offensive est imminente.
Chaque nuit, des troupes disputent les routes aux convois automobiles et
aux échelons d'Artillerie; le jour elles se dérobent dans les bois. Tous
les mouvements se font en grand mystère. Les emplacements de Batteries
sont établis depuis longtemps; les munitions, sont à pied d’œuvre,
cachées à la vue des avions; aucun soupçon ne doit être donné à
l'ennemi. On dut, hélas, bientôt se rendre à l'évidence l'ennemi avait
tout su. La
38e DI est rattachée
au 2e Corps d'Armée Colonial qui forme la droite de la 4e
Armée; la mission de ce Corps est de percer le front, d'atteindre la crête
du bois d'Elva - Moulin de la Tour (ferme) au delà de Martigny-Chavailles.
Celle de la 38e Division est d'exploiter immédiatement ce succès vers
Laon, sans laisser aux Allemands le temps de se ressaisir. L'attaque
a été déclenchée dans la pluie du petit jour. Le 4e Régiment
Mixte qui ne joue pas ce premier acte, se trouve dans la coulisse immédiate,
au sein de notre Artillerie. Une violente canonnade a été déchaînée
pendant les dernières heures de la nuit, les Corps de première ligne ont
dû s'élancer à l'assaut. Le temps est détestable, mais l'enthousiasme
est indescriptible. La confiance a été chauffée à blanc. Au reste,
c'est merveille de voir toutes prêtes tant de troupes de toutes armes.
Les cavaliers sont massés prêts à sauter en selle; les avant-trains des
Batteries, attelés, sont prêts à être accrochés. Les canons attendent
le moment d'avancer. A 7h35, le 4e Régiment
Mixte reçoit l'ordre de commencer son mouvement. Par des cheminements
appropriés, il vient prendre les emplacements de première ligne d'où la
15e Division d'infanterie Coloniale s'est élancée tout à
l’heure. Mais cette chose surprenante s'est produite; les Corps de la 15e
DIC n'ont pu progresser !.Ils sont en arrêt devant la troisième ligne de
tranchées allemandes. Alors brusquement tombe parmi nos Tirailleurs et
nos Zouaves l'ordre d'arrêter le mouvement. Or, comme s'ils n'avaient
pas compris cette nouvelle incroyable, certains des nôtres, emportés par
leur ardeur, ne peuvent être retenus. Deux Compagnies du Bataillon
MEFFREY, non seulement ont dépassé les anciennes lignes françaises,
mais encore ont pénétré dans les lignes allemandes et sont mêlées aux
troupes coloniales en plein combat. Tandis que les bataillons
JAUFFRET et DHOMME vont occuper des abris dans le ravin de Moulins, le
Bataillon MEFFREY reste en ligne où il bouche le trou qui s'est formé
entre des unités du Corps colonial. Mais la triste réalité se
fait jour. Étonnés le matin de voir passer l'heure ou ils devaient,
franchissant le front des troupes coloniales, passer à leur tour en première
ligne et progresser en talonnant l'ennemi, les Tirailleurs et les Zouaves
du 4e Mixte ont bien compris que les Allemands opposaient une résistance
imprévue. Cependant, la journée a passé, et aucun changement heureux n
est survenu…. On pense au 25 septembre
1915. Vers 21 heures, le Bataillon
DHOMME est alerté et envoyé en première ligne relever les débris d'un
Bataillon sénégalais. Il tombe de la neige fondue; il fait très froid;
les boyaux, éboulés, sont presque impraticables; dans la nuit très
obscure, les Zouaves avancent péniblement, puis s'installent sur un
terrain que nos tirs de préparation ont bouleversé. Ils restent là
trois jours. Le 19, ils sont relevés, ainsi que les Tirailleurs du 5e
Bataillon; le 4e Régiment Mixte va stationner aux creutes de
Verdun et de l'Yser. Au
cours de ces journées décevantes d'impatience et d'épreuve, le 6e
Bataillon de Tirailleurs a eu une trentaine de tués et une centaine de
blessés: le 1e Bataillon de Tirailleurs, quelques tués, une
quarantaine de blessés. Mais à l'aile droite,
l'ennemi, qui occupait le petit plateau de Craonne et l'isthme d'Hurtebise
a été rejeté de cette magnifique position défensive. Là, nos troupes
ont effectué une avance sensible. La bataille s'y poursuit âprement: les
Allemands contre-attaquent avec une extrême violence pour reprendre le
terrain qui leur a été arraché. Le Régiment est alerté et
se porte dans la région Poteau d'Ailles (Ferme Hurtebise). Or, le 24 avril, un
bombardement ennemi d'une intensité peu commune se déverse sur tout le
secteur; de nombreux avions nous survolent; tout fait présager que la
bataille va entrer dans une nouvelle phase. Le 25, en effet, a 5h15, après
une préparation d'artillerie brève mais massive sur nos lignes, précédées
de stosstruppen, sept compagnies de troupes d'élite appartenant à la
Garde prussienne s'élancent à l'assaut de nos positions autour de la
Ferme d'Hurtebise. Le choc, extrêmement rude, des premiers bataillons assaillants, est reçu par la 21e Compagnie. Ébranlée par la préparation, puis virtuellement submergée par les vagues d'assaut qui suivent au plus prés un barrage roulant, cette Compagnie héroïque tient pourtant. Le mot d'ordre est «tenir coûte que coûte». Rapidement, par sections, des îlots de résistance sont formés, contraignant l'ennemi à marquer un temps d'arrêt et lui font payer cher son avance. C'est le combat corps à corps, à coups de grenades et de revolver: une lutte furieuse où chacun a fait le sacrifice de sa vie. Puis l’attaque gagne les positions de la 23e Compagnie, qui se sectionne en d'autres centres de résistance. Pied à pied, fiévreusement, on dispute le terrain. On sait que le bataillon de réserve du Régiment de Zouaves prépare en hâte une rude contre-attaque; jusqu’a ce qu'il vienne se jeter dans la mêlée, il faut tenir, lutter, mourir, gagner du temps, faire payer sa vie. Déjà, plusieurs heures ont passé et l'ennemi furieux s'essouffle, mais s'entête. L'assaut
gagne la tranchée de soutien de la 23e Compagnie. C'est la
dernière étape que l'on puisse permettre avant l’arrivée de la
contre-attaque, à tout endroit l'on se dévoue: Officiers et Tirailleurs
sont héroïques dans ces tragiques circonstances. Mais déjà les Zouaves
accourent, ils bondissent, foncent sur l'assaillant épuisé, le rejettent
de la ferme d’Hurtebise, des abords du monument, du boyau Prûm ou déjà
il s'infiltrait, reprennent tout le terrain perdu. En fin de journée,
lorsque le 116e Régiment d'Infanterie vient relever Zouaves et
Tirailleurs, la continuité du front est partout rétablie. Aussi, grâce au dévouement, digne de l'antique, de ce beau 6e Bataillon du 4e Régiment Mixte, la journée du 24 avril fut, pour les Allemands un échec coûteux et une dure leçon. Le terrain, qu'ils ont prétendu reprendre est jonché de cadavres de leurs soldats d'élite. Mais ce combat d'Hurtebise a coûté au 6e Bataillon qui s'y est sacrifié:
Le
Commandant MEFFREY qui fut l’âme de la résistance y conquit son grade
d'Officier de la Légion d'honneur. Depuis le 16 avril, premier jour de l'offensive, les pertes du Régiment se chiffrent ainsi :
Le
Bataillon MEFFREY décimé, est relevé le 28 avril et va se reconstituer
à Cramaille, dans la région de Fère-en-Tardenois, pendant que les
bataillons JAUFFRET et DHOMME continuent de tenir sur la crête du Chemin
des Dames. Le 23 mai, le Régiment est regroupé au Sud de l'Aisne dans
les petits villages de Serre, Barbonval, Revillon. Enfin,
le 14 juin, le Régiment remonte en secteur dans cette zone du Chemin des
Dames: Ailles, Paissy, Hurtebise, où il a été si éprouvé deux mois
auparavant. L'ennemi, au reste, prépare une vigoureuse attaque sur tout
ce front. Il sonde le terrain. Il multiplie ses coups de main, en
particulier devant le secteur du 6e Bataillon de Zouaves. Le
Régiment est relevé dans la nuit du 28 au 29 juin, puis se porte dans
les cantonnements de Launoy, Droisy, Courdoux d'où, en
autos-camions, il gagne Montreuil-aux-Lions, prés Château-Thierry. Là,
du 7 au 27 juillet, à la disposition du Groupe
des Armées du Nord, il se réorganise et reprend l'instruction.
C'est au cours de ce séjour et à l'occasion de la Fête Nationale qu'une
délégation est formée pour représenter le Régiment à Paris, à la
Revue du 14 juillet. Le Drapeau et sa garde, et une section composée de
soldats d'élite vont donc participer à cette fête où la population
parisienne fait un triomphe aux étendards des plus valeureux Régiments
de l'Armée Française. Le 27 juillet, le Régiment
est dirigé vers Crèpy en-Valois. Le
30, il s'embarque en autos pour Beaulieu-les-Fontaines (Camp de
Lassigny) et la, jusqu'au 19 août, il se livre à des exercices de
combat, manœuvres de Régiment et de Division. Le 21, il remonte vers
l'Aisne, dans le secteur au Nord de Vailly, il relève la 43 DI. Le 8 septembre, le 4e
Régiment mixte est relevé par le 8e Tirailleurs. La 38e DI doit
participer dans un avenir prochain à une grande offensive sur le front de
la VIe Armée,
dans l'Aisne toujours. Il s'agit, pour le 4e
Régiment Mixte, au sein d'une opération d'ensemble, d'enlever 1° les organisations défensives du plateau des Marraines jusqu'à la
tranchée de la Danse incluse (premier objectif). 2°
la tranchée de la Lusace, le bois de Garenne, le ravin de Chavignon, la
partie Est de Chavignon, le Voyeu (deuxième objectif) tout cela
puissamment organisé, occupé et défendu par les plus valeureux corps de
l'armée allemande: les Régiments de la Garde. Dans la nuit du 22 au23
octobre, le Bataillon MEFFREY, chargé d'enlever le premier objectif et le
Bataillon DHOMME le second, prennent leur dispositif de départ dans les
tranchées et les parallèles du plateau des Marraines. Déjà ils
subissent quelques pertes. Mais cette épreuve, loin d'éteindre leur
ardeur combative, ne fait que les rendre plus impatients de foncer sur
l'adversaire. L'attaque
se déclenche au jour naissant. Au loin, la silhouette de la Malmaison se
détache confusément, elle va servir de point de repère. Le
Bataillon MEFFREY, en tète, sort d'un bond des parallèles de départ et
s'échelonne, en progressant dans l'ombre, derrière le barrage roulant
d'obus qui succède au tir de préparation. Dans les Compagnies de tète,
les sections d'assaut s'avancent, progressant littéralement dans nos
vagues de fer et de feu. Si bien que l'ennemi, ayant subi la rafale
d'obus, n’a pas le temps de se ressaisir et de mettre en action ses
mitrailleuses. Les boches, encore tapis dans leurs tranchées, sont tués
sur place par nos premières vagues les autres, blottis dans leurs sapes,
sont capturés par nos nettoyeurs Il
est 5h30, et le premier objectif est atteint. Il l'a été en 30 minutes. Les
Tirailleurs, sans perdre un instant, en étroite liaison avec les
Coloniaux à droite et les chasseurs à gauche, s'organisent sur la
position conquise. A
9h15, le Bataillon DHOMME, dépassant
le Bataillon MEFFREY, doit reprendre la marche en avant. C'est
une véritable ruée à l'assaut. Les Zouaves, les Tirailleurs, balaient
tout sur leur passage, portant une telle épouvante dans les rangs ennemis
qu’aussitôt les mitrailleuses se taisent. Le flot des assaillants
approche. Ils sautent dans la tranchée, tuent les uns, capturent ceux qui
se rendent; certains boches affolés tentent de s'enfuir par le ravin de
la Garenne. La progression, ardente
toujours, se fait plus lente. Dès mitrailleuses ennemies se révèlent à
chaque instant au cours de la marche. A 10h10, le barrage roulant
progresse à nouveau et le Bataillon, s'y collant au plus prés, poursuit
sa marche. Elle se fait de plus en plus
difficile. Le Bataillon n'est plus soumis au tir des seules mitrailleuses
qui relèvent de sa zone d'action ou des pièces qui, perchées dans les
arbres du bois de la Garenne, sont abattues au passage à coup de fusils,
mais encore celles à l'Ouest du Ravin, qui sont installées sur le
plateau. On
progresse donc par bonds de trous d’obus en trous d'obus. Au
pied du mont des Tombes, se découvre maintenant le village de Chavignon.
Il est 11 heures. Le 4e Régiment Mixte a couvert la presque
totalité de ses étapes, sans qu'aucun des obstacles incessants, qu'il a
découverts sur sa route et annihilés, ait retardé sa marche; il se
trouve à l'heure prévue devant son plus fameux objectif. Comme le
Bataillon DHOMME s'engage sur les pentes Nord-Ouest du Mont, qui
descendent vers les lisières Sud et Sud-Est de Chavignon, l'artillerie
ennemie réagit fortement à coups de 150, tout particulièrement dans le
chemin creux. Alors les Zouaves s’élancent au pas de course et dévalent
vers le village. Il
est 11h10; les lisières sont assaillies. Il s’agit d'enlever de haute
lutte la partie désignée. Le combat s'engage une fois de plus. Les
Zouaves pénètrent à l'intérieur du village, réduisent à
l'impuissance les défenseurs qui tirent par les soupiraux des caves ou
dissimulés dans les ruines et prennent le village rue par rue, maison par
maison. Ayant
enfoncé le front, le Régiment est maintenant a moins de 10 km de Laon
que l'on aperçoit nettement dressée sur son pain de sucre, ainsi qu'une
immense redoute à 100 mètres au-dessus de la grande plaine. En 10 jours, le 4e Mixte laisse là:
Tant
d'abnégation, une besogne si brillamment accomplie font que le
Général MAISTRE Commandant la VIe Armée lui décerne une troisième
citation à l'ordre: « Sous l'énergique
commandement du Lieutenant-Colonel VERNOIS, a attaqué, le 23 octobre
1917, des positions ennemies puissamment organisées et sur lesquelles la Garde Prussienne
avait l'ordre de tenir à tout prix. A enlevé d'un superbe élan
plusieurs lignes de tranchées solidement défendues; puis, manœuvrant
avec vigueur vers un deuxième objectif et brisant la résistance opiniâtre
de l'adversaire, s’est emparé, après plusieurs combats corps à corps
de la moitié Est du village de Chavignon, réalisant ainsi une avance de
plus de 3 km. A fait au cours de sa progression 900 prisonniers dont 18
officiers des Régiments de la Garde Prussienne, a capturé 10 canons, 12
minenwerfer, 25 mitrailleuses et une grande quantité de munitions et de
matériel.
5- La
Défensive sur l’Oise mars 1918.
Relevé sur le champ de
bataille de la Malmaison dans la nuit du 29 au 30 octobre, et enlevé
aussitôt en camions-autos, le 4e Régiment Mixte est débarqué
dans les environs de Château-Thierry où il passe quelques jours à se
reconstituer, puis il gagne par voie de terre la Champagne (cantonnements
de Champigneulles et de Poccancy) où il consacre quatre semaines à
parfaire l'instruction de ses renforts. Le 14 décembre, un ordre
l'appelle dans la Champagne pouilleuse ou, durant tout l'hiver, il
s'emploiera activement à l'organisation de puissantes lignes de défenses,
celles précisément sur lesquelles se brisera en juillet ici la dernière des offensives allemandes. C'est
là que l'ordre d'alerte, déterminé par le déclenchement de l'offensive
allemande de mars, vient trouver le 4e Mixte, et c'est de là
qu'il est transporté en camions dans l'Oise, dans cette même région de
Lassigny qui a vu ses débuts en 1914. Le
27 mars 1918. après avoir traversé Compiègne, à peu prés vide de ses
habitants et subi au passage la vision rapide et navrante des malheureuses
populations fuyant leurs foyers sous la menace de l'ennemi, le 4e
Mixte commence son débarquement près de Ressons-sur-matz, à 15 heures. C'était une inondation
d'Infanterie. En files innombrables, hérissées de mitraillettes, les
Boches progressaient dans la campagne, détruisant une seconde fois les
villages ressuscités des ruines, littéralement poussés par les réserves
qui s'avançaient sur les routes en théories interminables. C'était le "Drang nach
Westen ", la ruée vers l'Ouest. Après quatre jours d'une
progression enivrante que l’artillerie au reste ne parvenait même pas
à suivre, le flot boche va se briser sans remède sur la falaise que
l'esprit de sacrifice français a dressée promptement. Quatre jours il a
monté comme une inondation, croyant sa marche irrésistible: quatre jours
vont suffire à briser ce rêve orgueilleux. Le 4e Mixte eut
sa part dans cette nouvelle bataille Débarqué dans la journée
du 27 mars à Riquebourg, des camions automobiles qui le transportaient,
le 4 Mixte était appelé dés le soir même à s'engager dans la bataille
et participer à la reprise du village de Roye que l'on supposait tombé
aux mains de l'ennemi. Le 28 à 3 heures, il était
en position. Le
28 mars, vers 16 heures, après de nombreuses escarmouches qui s'étaient
produites au cours de la journée et avant qu'il ne soit complètement
assis sur sa position, le Bataillon de Zouaves était violemment attaqué. Le
29 mars au matin, le 4e Mixte passait à son tour à l'attaque
sur tout son front en liaison avec les troupes de la 38e DI.
Dans cette manœuvre, les bataillons avaient à exécuter un mouvement de
conversion à droite, le village de Roye servant de pivot, et qui devait
leur permettre de s'emparer des hauteurs au Nord de Roye, Couchy,
Boulogne-la-Grasse. Le 4e Mixte attaquait avec deux Bataillons
en première ligne, un bataillon en soutien. La
progression fut lente et dure. Quand
l'ordre vint de s'arrêter sur le terrain conquis, les pertes du Régiment
avaient été de 20 tués et de 1O5 blessés en grande partie supportés par le
Bataillon MEFFREY. Le
30 mars, dés 6 heures du matin, l'ennemi attaque violemment sur le front
Roye- Boulogne-la-Grasse. Débordées par un adversaire très supérieur
en nombre, les troupes de la 76e DI sont forcées de se replier
en combattant sur Orlivers. Le 4e Mixte maintient ses
positions, infléchissant seulement sa ligne à l’ouest pour ne point
laisser se créer une trouée entre lui et le 4e Zouaves de
Marche. Durant toute la journée, la lutte se déroule aussi ardente et
opiniâtre que la veille, lutte à laquelle prennent part toutes les unités
du Régiment. Dans la soirée, le flot ennemi est contenu, mais la journée
a été chaude. Dans les journées des 31
mars et 1er avril, la lutte se poursuit avec moins d'âpreté
pour le 4e Mixte, mais non sans pertes. Le 2 avril, le Régiment était relevé. Ses pertes, depuis le 20 mars, étaient assez lourdes :
A
la suite de ces journées, le Général Commandant la IIIe Armée cite le
Régiment à l'Ordre de l'Armée : «
Les 28 et 29 mars 1918, sous le Commandement du Lieutenant-Colonel VERN0IS
a défendu avec la plus grande énergie les positions confiées à sa
garde, repoussant victorieusement après de violents corps à corps,
toutes les tentatives faites par un ennemi agressif pour déboucher de ses
positions et s'emparer de la station de Roy-sur-Matz, gagnant même du
terrain au Nord de ce village, interdisant à ce même ennemi les 30 et 31
mars d'étendre son attaque vers l'Est, lui infligeant des pertes
sanglantes et facilitant, par l'énergie de sa défense et la vigueur de
ses contre-attaques locales le retour offensif d'un Corps voisin». C'est
la quatrième citation du régiment à l'Ordre de l'Armée, elle entraînera
l'octroi de la fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille
Militaire. 6-
Refonte du Régiment.
Quelques jours se sont passés
dans les cantonnements proches de la région de Ressons-sur-Matz et le 11
avril, le Régiment, transporté en camions-autos, s'installe à
Ay-Champagne prés d'Epernay. C'est
à ce moment que se produit dans le Régiment une modification profonde.
Par ordre supérieur, le 6e Bataillon de Zouaves, bataillon
superbe, au passé glorieux entre tous, un des vainqueurs de Douaumont et
de Chavignon, est dissous à la date du 18 avril et remplacé par le 7e
Bataillon de Tirailleurs, formé au moyen des cadres et des spécialistes
Zouaves restant et de contingents indigènes provenant des 12 et 13
Bataillons d’instruction du 4e Régiment de Tirailleurs. Le 2 mai, le Régiment
quitte Ay. En quatre étapes, il atteint le Nord de la forêt de Laigue.
Dans la nuit du 8 au 9, le 6e Bataillon, dans la zone de
Pontoise, prend les lignes en bordure de la rive gauche de l'Oise; la plus
grande partie du secteur se trouve dans la forêt de Carlepont. Dans la nuit du 16 au 17 mai, le 7e Bataillon se porte en ligne à gauche du 6e, dans la zone de Sempigny, sur l'Oise, à un kilomètre de Noyon. La région est vallonnée et boisée. Très proche se dresse le mont Renaud qui appartient, moitié aux Français, moitié à l’ennemi et commande Sempigny ainsi que toute la campagne. Le 1er Bataillon est en réserve à Huleu. Les deux Bataillons de première
ligne, organisent leur secteur, posent des réseaux de fil de fer, aménagent
des tranchées et des abris. Cependant, la relève est
projetée. Dans la nuit du 23
au 24, déjà le 6e Bataillon a cédé sa place à un Bataillon
du 8e Tirailleurs et le 7e doit a son tour partir la
nuit suivante, lorsque le 24, à3 h50 du matin, un bombardement d'une extrême
violence se déclenche sur la région du mont Renaud, gagnant presque
aussi-tôt Sempigny. Les minenwerfer qui ne s'étaient pas encore révélés
exécutent sur le village un tir écrasant. La zone battue s'étend au-delà
et atteint en arrière jusqu'au PC du Chef de Bataillon. Le village est
mis en pièces; la plupart des caves utilisées comme abris sont enfoncées,
les tranchées et les boyaux promptement nivelés, les communications coupées.
A la faveur de cette canonnade, qui comprend des projectiles de tous
calibres et une forte proportion d'obus toxiques, l'ennemi, à l'Est de
Sempigny, tente de franchir l'Oise au moyen de radeaux légers et d'une
passerelle que quelques groupes de combat lui interdisent de lancer. Mais plus loin, de son déluge
de torpilles, il a paralysé le petit poste du pont de Rempigny dont les
hommes pour la plupart ont été ensevelis. S'appuyant aux piles du pont,
il parvient à lancer une seconde passerelle. Notre réaction lui interdit
d'en déboucher. Trois
avions sur le village, viennent mitrailler les défenseurs. Mais bientôt,
à 4h50 le feu faiblit, à 5 h15 il s 'arrête. L’ennemi se replie sans
même prendre le temps de supprimer sa passerelle; du mont Renaud, on le
voit se hâter vers Pont-Levèque emportant des morts et des blessés Le 7e Bataillon a
perdu 41 combattants : 1 officier blessé, 8 hommes de troupe tués et 24
blessés en outre, 8 hommes manquent à l'appel, qui vraisemblablement ont
été enseveli sous les obus. Dans la nuit, la relève s'effectue. Le Régiment est regroupé au Nord de la forêt de Laigue. Il laisse dans ce secteur après un séjour de deux semaines et demi:
Mais déjà les combats ont
repris, par suite d’une avance de l'ennemi sur le flanc droit de la
Division. La 4e Brigade du Maroc a reçu l'ordre de tenir la région
du mont de Choisy, le 6e Bataillon du 4e Mixte est
mis à la disposition du Colonel Commandant le RICM en première ligne. Engagé avec le Régiment
colonial, ce bataillon, dans la nuit même, perd 3 tués, 33 blessés, 5
disparus. Et les jours se succèdent
parmi les mêmes périls. Le 9 juin, à 23h50, le bombardement gagne les
arrières de tout le secteur et se prolonge sans accalmie jusqu'au 10, 10
h. 30. Des patrouilles, en même temps, tentent d'aborder nos lignes;
elles laissent des morts et des prisonniers. Le
11, le Régiment est groupé dans la forêt de Laigue. Le Régiment, après
le dur séjour dans la région de l'Oise, jouît d'une détente bien méritée,
détente d'ailleurs assez précaire, puisque les Bataillons sont encore en
réserve de secteur. Le 9 juillet, il croit pouvoir, au bivouac dans la
forêt de Compiègne goûter un repos plus réel; lorsque, le 12, il
s'embarque en camions pour cantonner à Vauciennes à 6 km, Ouest de
Villers-Cotterêts. 7-Seconde Bataille de la Marne.A ce moment, sur l'AIlemagne
près de lancer une nouvelle offensive, passe une folle espérance, tandis
que le cœur de la France meurtrie est étreint d'angoisse. Dans la nuit du 14 au 15, le
Régiment apprend que la formidable machine allemande s'est à nouveau ébranlée. L'attaque ennemie s'engage
cette fois sur tout le front de la IVe Armée. Or, dans Le plus grand
secret, le Général MANGIN, qui commande la Xe Armée, a préparé une
puissante attaque de flanc qui, si elle réussit, doit changer la face de
la guerre. L'aube qui se lève est celle de la seconde bataille de la
Marne. Le 4e Régiment mixte va y participer. Le 15 juillet 1918, le 4e
Régiment mixte stationne aux lisières de la forêt de Retz. Le 16 au matin, le Régiment
est à pied d’œuvre et rassemblé dans la forêt de Villers-Cotterêts. Dans la nuit du 17 au 18,
sous un ciel d'orage, il a pris sa formation de combat à l'Est des
creutes de Chavigny. Encadré par une Division américaine à gauche, par
le RICM à droite, il est disposé en profondeur: 1er Bataillon
en tête, 6e Bataillon en soutien, immédiatement derrière le
premier; le 7e plus en arrière en réserve de Brigade. Du côté boche, quelques
rafales d'artillerie; se doutent ils de nos projets? . Chez nous, un
silence qu'interrompt seuls le ronronnement des moteurs et le roulement
des voitures; ce sont nos tanks qui, en nombre, sillonnent les routes de
la forêt et notre artillerie qui au dernier moment vient occuper ses
emplacements de combat. Le jour durant, troupes et engins ont été
soigneusement masqués sous les couverts. Leurs mouvements n'ont commencé
qu'a la nuit tombante. À l'aube, tout sera en place, et l'assaut partira
en même temps que notre premier coup de canon. 4h30 Un silence
d'angoisse... Une blême lueur pointe à l'Orient. C'est l'heure prévue... 4h35, Notre artillerie se déclenche,
brusque, formidable, illuminant comme d'un gigantesque feu d'artifice les
lisières des bois ou nos canons de tous calibres ont été soigneusement
dissimulés. Frémissants, les Tirailleurs ont bondi, 1er
Bataillon en tête. Dès lors, c'est la ruée irrésistible. Nos obus sèment
parmi les rangs ennemis la surprise, la panique et la mort. Suivant au plus prés le
barrage roulant serré et précis, le 1er Bataillon tombe sur
les tranchées ennemies en même temps que nos derniers obus. De tous côtés,
les boches, les yeux hagards, l'air hébété, jettent leurs armes et lèvent
leurs bras en se précipitant au devant des Tirailleurs et en criant :
Kamarad. D'un
geste dédaigneux, les Tirailleurs leur indiquent la direction de notre
base de départ et sans arrêt, uniquement soucieux de coller au barrage
roulant, continuent la progression. Chaque centre de résistance dépassé
est l'occasion d'une nouvelle moisson de prisonniers. Stimulés par la pleine réussite
du démarrage, les Bataillons de tête et de soutien rivalisent d'ardeur.
Passant au Sud de Vaux-Castille, le Bataillon de gauche, ainsi que le prévoyait
le plan d'engagement, se rabat sur la Savieres à hauteur de l'extrémité
Sud du parc de Vierzy. Avant de franchir le
ruisseau de la Savières, les Tirailleurs ont l'indicible joie de
traverser à 3 km 500 environ de la base de départ, la ligne d'Artillerie
allemande extrêmement dense, composée de 77, de 105 et de 150. Les
servants ennemis n'ont eu ni le temps, ni la possibilité de se porter à
leurs pièces tant a été nourri, dense et précis le tir de nos
contre-batteries. Affolés, ils sont accueillis mi-vêtus, courant autour
de leurs pièces qui portent encore les couvre-bouches et les
couvre-culasses. Ce dépassement de la ligne
d'Artillerie de l’ennemi, ossature de la résistance, galvanise nos
Tirailleurs qu'une marche pénible, à bonne allure, sur un terrain raviné
et accidenté, sous une atmosphère lourde, a déjà éprouvés. Une nouvelle ardeur anime
leur courage; entraînés par leurs Chefs, ils dévalent d'un élan irrésistible
vers le bois du Mausolée et les pentes qui mènent au ravin de la Saviéres:
ils s'enfoncent dans ces terrains marécageux qui bordent la rivière,
avec de l'eau et de la boue jusqu'aux genoux. D'un trait, ils escaladent
le talus de la voie ferrée. Pour permettre aux unités
de se reformer et de souffler, un arrêt a été prévu dans la
progression des vagues d'assaut au delà de la voie ferrée longeant le
ruisseau de la Savieres. C'est la que se reforment les 1er et 6e
Bataillons et qu'ils se tiennent prêts à bondir vers leur deuxième
objectif en se collant de nouveau contre le barrage roulant qui doit se
stabiliser jusqu’a 6h40. A 6 h. 40, les tirailleurs
escaladent allégrement le talus abrupt qui, de la voie ferrée, donne accès
au plateau de la côte 143, véritable glacis, commandé par le parc de
Vierzy d'un coté, par la ferme de Montrenboeuf de l'autre. L’ennemi
cantonné à Vierzy, Montrauboeuf et environs, promptement alerté a eu le
temps de se ressaisir et de s'organiser. Aussi la progression est elle
plus lente. Du
parc de Vierzy, les mitrailleuses ennemies redoublent de violence et
prennent d'enfilade toute notre première ligne. La progression est
momentanément arrêtée. Le Commandement décide alors que la reprise du
mouvement en avant, avec l'appui de l'Artillerie, s'effectuera dans la
soirée. Les Américains à notre
gauche n'avaient pas encore dépassé Vauxcastîlle à 11 heures; aussi
lorsque le 7e Bataillon, progressant pour rejoindre le Régiment,
arrive à hauteur de ce hameau sa Compagnie de gauche, est accueillie par
un feu nourri de mitrailleuses. Les Américains essayent en vain de les
contourner par le Nord. Le Sous-Lieutenant AGUILLON pousse vivement sa
section vers un de ces centres de résistance, parvient à l'encercler en
partie et prend d'enfilade la tranchée ennemie d'où partent des tirs de
mitrailleuses et de nombreux coups de fusil. Les Américains, d'autre
part, redoublent d'ardeur, aussi les occupants de cette tranchée et des
abris voisins, se rendant compte que toute résistance devient inutile
capitulent, et se rendent au Sous-Lieutenant AGUILLON qui, avec une poignée
d'hommes fait ainsi prisonniers 200 Allemands dont 6 officiers et un Chef
de Bataillon. C'est alors que le Bataillon
PINEAU reprend résolument et crânement la marche en avant. Le 6e Bataillon,
qui soutient le mouvement en avant du 1er Bataillon, reprend sa
marche et, malgré les rafales combinées de mitrailleuses et d'Artillerie
lourde, il parvient à gagner les baraques des cinq chemins, réalisant
ainsi une nouvelle avance d'un kilomètre. La
nuit est venue, le Bataillon MEFFREY est en liaison à droite avec le RICM
vers la ferme de Montremboeuf. A gauche, un trou existe, car les Américains
n'ont pu encore déboucher de Vierzy. Se flanquant par des petits postes
poussés sur sa gauche, le 6e Bataillon profite de la nuit pour
prendre position en avant des cinq chemins, en vue de l'attaque du
lendemain. I’attaque
recommence le 19. A 6h15, nouveau bond de 500 mètres sous un feu
meurtrier de mitrailleuses: impossible de pousser au-delà; il faut se
terrer dans les champs de blé. Dans la journée du 20, le
11e Tirailleurs, qui est à la gauche du Régiment, attaque
vigoureusement Tigny, mais ne peut se maintenir dans le village. Le 21, avec l'aide de chars
d'assaut et d'une puissante préparation d'Artillerie lourde, ce Régiment
renouvelle en vain ses assauts sur Tigny. L’effort
fourni par le Régiment, son état de fatigue, les pertes subies, nécessitent
une relève. Elle a lieu dans la nuit du 22 au 23. Au
cours de ces quatre journées, le Régiment avait capturé: 950
prisonniers, 6 batteries dont deux lourdes, plus de 150 mitrailleuses et
il avait effectué une avance de 7 km. Mais il avait perdu plus de 700 des
siens, dont 7 officiers et 75 hommes tués. Une fois encore il venait de
se montrer digne de ses morts, digne de ses anciens et de son passé. L'ordre général de la Xe
Armée, consacre une cinquième fois, en ces termes, la valeur du 4e
Mixte: «
Régiment d'élite qui a montré une fois de plus qu'on pouvait entièrement
compter sur lui. Le 18 juillet, énergiquement commandé par le Chef de
Bataillon DHOMME, renforcé par le Bataillon DERANQUE du 8e
Tirailleurs, est parti à l’assaut avec un entrain merveilleux, brisant
toutes les résistances, refoulant l'ennemi sur une profondeur de 7 km,
lui faisant subir des pertes cruelles et capturant 950 prisonniers, 26
canons, 150 mitrailleuses et un nombreux matériel» Sans répit, le 4e
Régiment Mixte va poursuivre sa tache. Relevé le 22 juillet par un Corps anglais, il est dirigé sur
la région de Pierrefonds, Trosly-Breuil, ou il incorpore d'important
renforts de jeunes classes; puis, sans avoir eu le temps d amalgamer ces
nouvelles recrues, il remonte en ligne au Nord de la foret de Laigue, dans
le secteur de Saint-Léger-aux-Bois en bordure de l'Oise, de Montmacq
jusqu'à l'Ouest de Baifly. La rivière forme là une vaste boucle que
l'ennemi occupe et que nous entourons. Dans
ce nouveau secteur, le Régiment est soumis nuit et jour à de violents
bombardements par obus à ypérite dont les effets sont accrus par la présence
des bois qui retiennent près du sol les vapeurs délétères. Aussi le
nombre des évacuations est il considérable, près de 20 par jour. Le
moral du 4e Mixte n'en est point atteint cependant et pour
tromper son attente, le Régiment entreprend dans la boucle de I'Oise une
série de reconnaissances offensives dont l'exécution dans des conditions
topographiques déplorables, avec une rivière à dos développera dans la
troupe les qualités d'audace et de décision qu'elle possède déjà à
un haut degré. Le
4e Mixte est ensuite appelé à prendre part à des opérations
de plus grande envergure qui se préparent dans le voisinage et au cours
desquelles il fera une ample moisson de lauriers. Ces opérations se déroulèrent
du 13 au 29 août. Le
Régiment était en secteur dans la région de Saint-Léger aux Bois,
quand, le 13 août, il reçut l'ordre de venir prendre position à la
gauche de la 15e Dl, à la lisière Nord du bois Saint Mard. Le
4e Mixte devait, avec deux Bataillons en première ligne et un
Bataillon en soutien, enlever la première ligne boche (tranchée de
Westphalie et de la joute), puis successivement, la montagne des Rosettes,
l'éperon du Four à Verre et le bois de Carlepont (partie Ouest du bois
de la Montagne), les deux Maupas, Laigle, la partie Est de la forêt de
Carlepont et atteindre l'Oise entre Pontoise (inclus) et le hameau de
Mont-à-Lagache (inclus). Le
Régiment, à qui allait incomber la lourde, mais glorieuse tache
d'enlever ces défenses et d'ouvrir aux autres troupes de la Division
l'accès de la plaine de Carlepont et des Maupas, se trouvait beaucoup
moins en forme qu'il ne l'avait été à la veille de toutes les précédentes
actions offensives auxquelles il avait pris part. L'offensive du 18 au 22
juillet vers Longpont lui avait coûté les meilleurs de ses officiers et
de ses cadres. En outre, pour remplacer les 825 hommes mis hors de combat
dans ses journées de lutte sanglante, le Régiment n'avait reçu qu'un
renfort de 775 jeunes Tirailleurs, insuffisamment instruits et dont la
plupart n'étaient arrivés que quelques jours avant la montée du Régiment
en secteur (un renfort de 500 hommes le jour même). L’amalgame
indispensable, quand il s'agit des troupes indigènes, entre anciens et
jeunes, n'existait donc pas. Cependant les événements montrèrent quel
prodigieux ressort possédait cette troupe et de quel effort elle était
encore capable grâce à l'énergie et à l'esprit de sacrifice de ses
cadres et de ses anciens Tirailleurs français et indigènes. Le
17, dans la nuit, les trois Bataillons du 4e Mixte prenaient
leurs emplacements de combat. Le
18 août, à 18 heures, le Bataillon MEFFREY, en liaison avec la 15e
DI, attaquait pour prendre pied sur l'éperon au Nord du Four à Verre et
déborder par le flanc Est la montagne des Rosettes sur laquelle marchait
le Bataillon BISSERIER en la débordant par le flanc Ouest. Après
de vifs engagements au fusil mitrailleur et à la grenade, la montagne des
Rosettes était enlevée à 20 heures environ, le Bataillon BISSERIER en
occupait les pentes Nord et Ouest en liaison avec le 8e
Tirailleurs à gauche et à droite avec le Bataillon MEFFREY qui tenait
les pentes Est. Le
chiffre des prisonniers faits au cours de cet engagement s'élevait à 62. Nos
pertes s'élevaient à 138 (tués, blessés, intoxiqués, disparus). Le
19 août, ordre parvenait au Colonel
commandant le 4e Mixte que le
mouvement en avant était momentanément suspendu. Les deux Bataillons
(MEFFREY et BISSERIER) se retranchaient sur place et se mettaient en
mesure de repousser toute contre-attaque ennemie. Le
20 août, l'attaque générale était reprise à 7h10. Partant
du ravin au Sud du Four à Verre et du flanc Est de la montagne des
Rosettes, le Bataillon MEFFREY attaquait avec acharnement l'éperon du
Four à Verre et le Bataillon BISSERIER les lisières Sud de Carlepont. La
lutte fut des plus rudes. A
19 heures, la résistance de l'ennemi était définitivement rompue. Après
une journée de très durs combats, la position ennemie, solidement établie
sur les hauteurs du Four à Verre, la crête Ouest du Bois de Carlepont,
les lisières Sud du Grand Maupas et de Carlepont, était enfin forcée grâce
à l'ardeur, à la ténacité et surtout l'opiniâtreté des Bataillons
MEFFREY, PINEAU et BISSERIER qui, dix fois dans la journée, étaient
revenus à l'assaut de positions formidablement organisées et défendues
avec acharnement. Le
21 août, le 4e Mixte reprenait sa marche droit au Nord en
liant son mouvement à droite avec Ie 10e RI pour venir border
l'Oise, de Mont à Lagache (inclus) à Pontoise (inclus). Au
cours de cette marche, des indices nombreux d'une retraite précipitée de
l'ennemi étaient relevés. Aussitôt
arrivés sur l'Oise, les Bataillons de première ligne s’occupaient
activement de rassembler des moyens de passage pour jeter sans tarder des
reconnaissances sur la rive droite de la rivière. Le
22 août le 4e Mixte renforce les détachements qu'il avait jetés
de l'autre côté de l'Oise; il se constitue sur la rive droite de la rivière
dans la boucle qu'elle forme au Sud de Morlincourt, de fortes avant-gardes
destinées le cas échéant à couvrir le franchissement de la rivière
par tout le Régiment. C'est
dans cette situation que se trouve le 31 août l'ordre de la relève qui
le ramène en arrière dans le bois de Carlepont pour souffler un peu après
ces rudes journées de combat et se reconstituer. Les pertes totales du Régiment, au cours de ces journées, s'élevaient à :
Les
effectifs de certaines Compagnies étaient à ce point appauvris qu'il
avait fallu procéder au fusionnement de deux bataillons en un seul. Une
citation à l'Ordre de la Xe Armée, la 6e depuis le mois
d'octobre 1916, vient affirmer à nouveau les mérites du 4e
Mixte
«Régiment d'élite. Sous le commandement du
Colonel VERNOIS est parti à l'attaque les 19 et 20 août 1918 avec un
entrain merveilleux. Arrêté un moment par l'ennemi qui occupait une
position formidablement défendue par des mitrailleuses en nombre considérable
et qui lui causaient des pertes sévères, l'a manœuvré et obligé à
une retraite précipitée. Continuant la poursuite, est arrivé au bord de
la rivière sur les talons de l'ennemi, l'empêchant de détruire les
passerelles qu'il y avait installées, réalisant ainsi une avance de prés
de 10 km, faisant plus de 100 prisonniers, s'emparant de deux canons, et
d'un matériel considérable». Cette citation entraîne
l'attribution de la fourragère rouge, apanage de quelques Régiments
illustres, et que de tous les Régiments de Tirailleurs, ses aînés, le 4e
Mixte est le premier à obtenir. 8-Du
16 septembre au 11 novembre 1918.
Alors
commence une longue période reposante, féconde en impressions nouvelles. Tout
d'abord, embarqué en camions-autos, le 6 septembre à Tracy-le-Val, le Régiment
va cantonner prés d'Estrées-Saint-Denis, dans les villages de Moyvillers
et Arcy. Pendant dix jours, il se réorganise et goûte en paix un repos
bien gagné. Le 16, il s'embarque en
chemin de fer, et le 17 il débarque dans la région de Montbêliard C'est de là que, par étapes,
il gagne la Haute-Alsace. La Division entre en secteur dans la région de
Dannemarie. Le Régiment, lui, est tout d'abord en réserve à
Chavannes-sur-l'Etang, près de Montreux-Vieux, à quelques pas de
l'ancienne frontière. La troupe est employée à des travaux
d'organisation d'une position de résistance. De plus, le Régiment est
chargé de l'information d’une Brigade Américaine de la 88e
DI US. Le
11 octobre, le 4e Mixte monte en ligne à l'aile droite de la
Division, sous secteur de Rechesy, en bordure de la frontière suisse. Les
tranchées commencent à proximité des villages alsaciens que la guerre
semble avoir respectés, tant la France a apporte de soins et d'ingéniosité
a les soustraire aux bombardements. Entre les lignes, vers la droite extrême
du secteur, des sentinelles suisses veillent. Un calme serein régne sur
toute la contrée. Les Tirailleurs ont vécu quatre ans sans soupçonner
que quelque part, le front put revêtir un tel aspect. Le
1er novembre, le Régiment est relevé par le 2e Régiment
de Tirailleurs marocains. Le 5, il se met en route pour une série d'étapes
qui, par Méricourt, Fretey-les-Lure, Citers, Remiremont le conduisent
dans la région où la Division se concentre. Et
c'est le 9 novembre, au Camp d'Arches, au cours d'une revue que le Général
de CASTELNAU, commandant le GAE accroche au glorieux drapeau du 4e
Mixte, en présence de son Colonel et d'une délégation, la fourragère a
la couleur de la Légion d’honneur. Cette fourragère, il l'a conquise
à Douaumont, à Louvemont; il l'a anoblie à Biermont, à Chavignon et
rougie de son sang a Longpont et Carlepont, dépensant sa jeunesse, sa
bravoure, son épuisable esprit de sacrifice. Des milliers de ses
Tirailleurs l'ont payé de leur vie. Cependant,
arrivé le 10 a Saint-Navord, le Régiment, la nuit même, a minuit, se
remet en marche. Le 10, déjà l'étape a été rude. Mais le bruit s'est
répandu que le Maréchal FOCH a choisi ce secteur de Lorraine pour y
frapper le coup de grâce. Depuis le mois d'août, l'ennemi est en
retraite; son repli peu à peu s'est précipité, aujourd'hui il est désordonné.
De la frontière hollandaise au pivot de Lorraine, a travers la Belgique
qui renaît et les Ardennes dont on libère un lambeau à chaque heure,
les Allemands en déroute reçoivent chaque jour un coup plus cruel d'un
adversaire implacable. Chaque matin, depuis trois mois, nos journaux
publient un nouveau bulletin de victoire. Le Kaiser s'est enfui, entraînant
son fils dans sa chute; la révolution a éclaté à Hambourg, en Baviere,
sur la Ruhr, à Berlin. Des plénipotentiaires sont venus apporter au Maréchal
FOCH la supplication de l’Allemagne criminelle; ils sont repartis chargés
de ses exigences formelles. Le
11, on fait halte à Deyviller. Et
c’est là que parvient la nouvelle de l’Armistice. La France est victorieuse. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||