LE 4e RÉGIMENT MIXTE DE ZOUAVES ET TIRAILLEURS

(d'aprés "L'Armée Tunisienne" Commandant R.DREVET, 1922, Weber Editions)

1-Du 9 septembre 1914 au 22 juin 1915

Voir historique du 8e Régiment de marche de Tirailleurs

2-Du 22 juin 1915 au 16 avril 1916.

Le Régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs a été constitué le 22 juin 1915 à Rexpoed, sous le commandement du Lieutenant-Colonel LEVEQUE par la réunion de deux Bataillons du 8e Tirailleurs (1er et 6e bataillons) et d'un Bataillon du 4e Zouaves (le 6e). Il est donc de ceux qui ont été créés sur-le-champ de bataille, en face de la mission a remplir. Donc, un Corps superbe vient de naître de la communion de deux familles de braves. On l'a baptisé, il s’appellera devant l'histoire le 4e Régiment Mixte de Zouaves et de Tirailleurs.

Maintenant on va l'exercer, lui donner une âme unique, une seule fierté; on va lui insuffler son esprit de Corps.

Tout d'abord, à Rexpoéde qui est l'arrière du front, ses Chefs vont le prendre en mains. C'est Le Lieutenant-Colonel LEVEQUE placé le 14 mai 1915 à la tête du 8e régiment de Marche de Tirailleurs, (le Lieutenant Colonel DELAVAU ayant été appelé, avec le grade de Colonel, au commandement de la 1e brigade du Maroc) qui préside à ses destinées. Les Compagnies vont tirer à la cible sur le champ de tir de Bergues, non loin de Dunkerque; le régiment en entier va manœuvrer dans les dunes de Zuydcoote où il s'entraîne avec le RICM à des exercices de combat.

·    Offensive d'Arras (25 septembre 1915).

Cependant, le Général en Chef préparait sa grande offensive d'automne qui devait simultanément être déclenchée en Champagne et autour d'Arras. Il disposait, disait-on, de nombreux canons de campagne, d'une puissante artillerie lourde; on parlait de millions d'obus et d'une quantité impressionnante d'obus spéciaux.

Ayant été relevé de Boesinghe dans la nuit du 18 au 19 août, puis débarqué de chemin de fer le 29 à Freveet, le 4e régiment Mixte, le 30, se met en route pour Bosseux-Riviére (Sud d'Arras) ou le lendemain, il relève en secteur un Régiment territorial.

Les travaux d'aménagement du terrain en vue de la grande offensive prochaine sont poussés activement.

C'est au 25 septembre que le commandement a fixé le déclenchement de l'offensive. Le 4e régiment Mixte de Zouaves et de Tirailleurs sera du premier jour. Il est prêt. Les deux Bataillons de Tirailleurs partiront en tête. Le 6e Bataillon (Commandant LEFÈVRE) à gauche. Le  1e bataillon (Commandant CAILLET) a droite; le Bataillon de Zouaves (Commandant DEGEORGES) sera en soutien.

Le matin, l’Artillerie intensifie son tir de préparation. Devant le front de chaque bataillon, elle doit pratiquer de larges brèches dans le puissant réseau de fil de fer qui protége les positions ennemies. A l’heure H, elle allongera son tir qui viendra museler les mitrailleuses et les fusils allemands et protéger jusqu'au dernier moment la marche de nos vagues d’assaut.

A midi, les Tirailleurs sortent d'un bond des parallèles de départ, et sans hésitation, animés d'un souffle héroïque, se portent en avant pour franchir les brèches. Mais en même temps les mitrailleuses de l'ennemi entrent en action; elles semblent innombrables; son artillerie ouvre un feu de barrage nourri.

Malheureusement, devant le 6e Bataillon de Tirailleurs, les réseaux de fil de fer sont restés à peu près intacts, la défense est infranchissable; et les assaillants sont là, immobilisés sous un feu infernal, ne pouvant avancer, ne sachant reculer. Certains se glissent parmi cet enchevêtrement de fer et d'abatis et bientôt les réseaux sont jonchés de cadavres.

Devant le 1e bataillon, les défenses ennemies ont été plus sérieusement entamées; les Tirailleurs les franchissent magnifiquement, et d'un seul élan, bondissent dans les tranchées conquises. Les nettoyeurs font leur oeuvre; les autres, poursuivant irrésistiblement leur incursion dans les lignes allemandes, atteignent déjà le Moulin de Ficheux, qui est leur premier objectif.

L'ennemi qui s'épuise à aborder de front ces héros inébranlables, décide alors, avec des renforts appelés en hâte, de les encercler. Ce n'est que complètement débordés, leurs communications avec l'arrière à peu près supprimées, qu'après neuf heures de lutte ardente, les débris du 1e bataillon se résolvent à rejoindre nos lignes. Ils ne les atteignent qu'après s'être ouvert un passage à la baïonnette à travers l'ennemi.

La conduite du 1e bataillon, au cours de cette journée, est de celles que l'Histoire devra retenir. Il fut cité tout entier à l'Ordre de la Xe Armée avec le motif suivant

« Le 25 septembre 1915, a brillamment enlevé et traversé une ligne de tranchées allemandes, protégée par un épais réseau de fil de fer, malgré un feu très violent de mitrailleuses et s'est maintenu toute la journée sur la position en résistant aux contre-attaques ennemies ».

Sur ce terrain bouleversé, chèrement disputé, arrosé de leur sang et du sang boche aussi, les Tirailleurs du 4e régiment mixte laissaient les cadavres de bien des braves entre les plus braves

Dans les tranchées de départ qu'il a réintégrées, le régiment combien amoindri prend ses dispositions pour parer aux contre-attaques éventuelles. La nuit est tombée. Les brancardiers et les sauveteurs volontaires parcourent le terrain, ramassant les blessés et les morts. Depuis qu'il est arrivé au secteur, le 4e régiment mixte de Zouaves et de Tirailleurs (c’est  sa première épreuve) a perdu 886 de ses braves. 

4 officiers tués, 14 blessés et 7 disparus

115 hommes de troupe tués, 506 blessés, 24O disparus.

Le 13 octobre, le régiment en entier montait en secteur et relevait le régiment d’infanterie Coloniale. Dans la nuit du 18 au 19, le régiment d'infanterie Coloniale remontait à son tour. Ainsi jusqu'au  19 décembre, les deux corps de la Brigade alternèrent dans les tranchées. Ces brefs séjours étaient extrêmement pénibles. Le  19 décembre, le 4e Régiment mixte en quittant le secteur compte 2 Officiers tués et 52 blessés, 78 hommes de troupe tués, 215 blessés, 39 disparus.

         b)En  Belgique

On embarque le Régiment en autos, on lui donne quelques jours de répit, on le dirige sur la Belgique et le 28 décembre, le Bataillon de Zouaves entre en secteur devant Nieuport.

Trois mois et demi, alternant toujours en ligne avec le Régiment Colonial du Maroc, le Régiment restera dans cette région de Nieuport. Son secteur, en avant et à proximité de la petite ville, est celui de Lombaertzy de Passchendaele.

A nouveau, c'est le terrain marécageux, inhospitalier des Flandres. Comme tout déblai est à peu près impossible, on a surélevé les travaux; les tranchées et les boyaux, en quelque sorte en relief, sont construits en gabionnade et en sacs à terre. Abris précaires, aisément repérés. L'ennemi manifeste là une activité a peu près incessante.

Aussi, le Régiment, sans prononcer d'attaque, en manifestant seulement sa ténacité, son énergie, sa crânerie, perd 160 hommes, dont 31 sont tués et parmi lesquels on compte 3 officiers tués et 3 bléssés.

Le 28 janvier 1916, le Commandant VERNOIS du 4e Zouaves, nommé Lieutenant-Colonel, avait pris le commandement du 4e régiment Mixte, le Lieutenant-Colonel LEVÊQUE ayant été appelé à la tête du 142e  Régiment d'infanterie.

Exercé, superbe à l'assaut, rivé au sol lorsqu'il s'agit de tenir, prêt partout aux ultimes sacrifices et, toujours aux lèvres le mot héroïque, le 4e Régiment mixte de Zouaves et Tirailleurs est jugé digne des plus grandes épreuves. Pourvu de son Chef définitif, il va subir l'épreuve définitive.

3-Batailles sous Verdun.

Le Kronprinz d'Allemagne avait formé le gigantesque projet de prendre Verdun. On savait que les Alliés, faisant converger tous leurs efforts, préparaient une offensive qui devait simultanément se déchaîner sur tous les fronts. L'État-major ennemi décida de dérober à notre commandement l'initiative du combat, sans lui laisser le choix de la date ni du lieu. Verdun fut choisi.

Fin février, tandis que l'on s'imaginait qu'aucune affaire d'envergure ne pût être entamée avant le printemps, l'attaque se déclencha comme une tempête et dès les premiers jours, la défense de Verdun chancela. Les Allemands, en une semaine, réalisèrent des progrès inquiétants, puis, ainsi qu'il arriva au cours de cette guerre a chaque heure solennelle, l'esprit de sacrifice cristallisa les rangs des Divisions françaises appelées au secours; on mourut, mais on tint bon.

·     De juin à août 1916.

Le 27 mai, alors que la bataille faisait rage depuis trois mois, sonna l'heure du 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs.

Il avait été, le 17 avril, enlevé en autos de la région de Nieuport; puis, après une période d'instruction de trois semaines dans la région de Dunkerque, il avait, deux semaines durant, au Camp de Crève-cœur, dans l'Oise, fourni un entraînement intensif étudiant dans des manœuvres de Régiment et de Division, les leçons des premiers mois de Verdun.

Le 27 mai, le Régiment débarque de chemin de fer à Mussey, dans la Meuse; par petites étapes, il gagne Dombasle; le 5 juin, il bivouaque au bois Saint-Pierre; il est là, au seuil de la fournaise.

L'heure est très grave. La France a réussi à fixer l'ennemi et l'ennemi redouble de rage. On combat pied à pied. On livre un assaut pour gagner un pouce de terrain. Jour et nuit, c'est le grondement ininterrompu du canon; dés que le jour baisse, l'immense embrasement de la bataille rougeoie à l'horizon du Nord et de l'Est, que sillonnent les vastes lueurs des artilleries lourdes; les longues fusées paresseuses montent dans le ciel. On imagine tout le caractère tragique de ce champ de bataille ou, sur une scène exiguë et ravagée, se joue le sort de la Patrie.

Tout à l'entour, les routes sont parcourues d'automobiles qui filent à toute allure; munitions, matériel, vivres, trains de troupes, montent vers la ville. Sur les routes adjacentes avancent le T.C et les T.R. Les bois sont peuplés de renforts ou d’unités au repos; la voie ferrée est jalonnée de stations de ravitaillement où règne une agitation continue, et d'hôpitaux où pénètrent en théories incessantes les petites autos sanitaires.

Successivement, du 7 au 25, les Bataillons du 4e Mixte monteront en ligne. Entre la célèbre côte 304 et le Bois d'Avocourt, ils prennent le secteur d'Esnes.

Là, c'est le spectacle de la désolation et de la dévastation. Des boyaux à peu prés inexistants, impraticables, conduisent péniblement à des emplacements sans tranchées, sans abris, sur un terrain si bouleversé que même les trous d'obus ne se distinguent pas. Au sein du bombardement qui ne prend jamais fin, on se bat presque corps à corps, à portée de grenades. Il pleut; la pluie persistante fait de ce séjour argileux une bourbe épaisse et profonde où il s'agit de vivre et de combattre, entourés de cadavres en putréfaction, parmi des détritus et des ordures de toutes sortes. La soupe arrive rarement; lorsqu'elle arrive jusqu'aux premières lignes elle est froide, souillée, immangeable. La maladie s'insinue dans les rangs de ces braves dont les corps sont déprimés par un tel régime. Les évacuations deviennent nombreuses; sous le manteau de plomb que déploie le ciel gris et humide de cette fin de juin, dans cette atmosphère déprimante. Au long de cette vallée tragique du Ravin de la Mort, des fantômes casqués, masque en sautoir, ployés sur le bâton qui tâte les trous d'obus où on s'enlise, vont et viennent en hâte….C'est le poseur de lignes téléphoniques qui cherche la rupture d'un fil; c'est un agent de liaison qui porte un ordre urgent, c'est une équipe de brancardiers qui ploie sous son glorieux fardeau, c'est un ravitailleur encore, que les autres là-haut attendent avec tant d'impatience.

Qui dira, comme il convient, la grande pitié de ces isolés qui vont ainsi, sous la menace imminente de la camarde.

Enfin, le 25, le dernier Bataillon est relevé. Le Régiment va se reposer quinze jours, et le 11 juillet il vient reprendre dans son ancien secteur sa mission de sacrifice,

Le temps n'a pas changé, l'épreuve est restée la même, elle s'aggrave même de plusieurs attaques importantes de l'ennemi qui charge derrière les liquides enflammés, après des préparations infernales d'artillerie. Le 4e Mixte, dont la seule vaillance résiste à toutes les infortunes, fait de toutes ces tentatives autant d'échecs.

Le 22 juillet, le Régiment compte: 

tués : 5 Officiers, 99 hommes de troupe

blessés 9 Officiers, 584 hommes de troupe soit 667 hommes hors de combat pour une période de secteur d'un mois.

On le relève pour seize jours.

Le 7 août, de Sermaize où il se ressaisissait, le Régiment est embarqué pour Verdun; le 8, il entre dans le secteur de combat de Fleury où la bataille bat son plein.

L'ennemi occupe le village de Fleury et toutes les crêtes environnantes. Il a pris pied dans le Ravin des Vignes et s'avance sur la côte de Froideterre. Ses premières lignes sont déjà au-delà de l'ouvrage de Thiaumont.

Le temps presse; dès le 8, le Régiment entre en secteur. Il vient prendre sa place entre la 31e Division, qui, à l'aile gauche, a pour objectif Thiaumont, et le RICM qui, à l'aile droite, fait face à Fleury.

Le 9, les trois Bataillons sont alertés. Le mouvement s'entame.

Une activité fiévreuse règne parmi toutes les unités. On avance insensiblement, pied à pied, ainsi qu'il est prévu: on s'agrippe au terrain; au fur et à mesure qu'on l'occupe, on s'efforce de l'organiser pour y reprendre haleine, posément, derrière un semblant d'abri, et pour le défendre s'il le faut.

Enfin, le 18 août, l'attaque générale se déclenche sur tout le front de la Division. Ces troupes soumises depuis neuf jours à des combats quotidiens, s'enlèvent avec l'entrain et la légèreté des troupes fraîches. L'affaire est superbement menée. Le RICM s’empare du village de Fleury; le 4e Régiment Mixte qui a suivi avec le même élan, prend pied sur le plateau.

Au cours du séjour en secteur, les pertes ont été élevées :

tués :5 Officiers, 97 hommes de troupe.

blessés: 8 Officiers, 373 hommes de troupe.

Mais le Régiment, depuis son entrée dans la fournaise de Verdun, a donné toute la mesure de sa valeur guerrière. Trempé à l'épreuve multiple de la fatigue, des privations, de la soif, de la maladie, des intempéries, des bombardements et de l'assaut qu’on exige en fin de tout et malgré tout, il a prouvé qu'il savait tenir et conquérir.

Deux jours après le succès de Fleury, on l'emmène vers l'arrière  pendant deux mois, il va s'entraîner comme un athlète. Dès qu'il sera en forme, il trouvera l'occasion de manifester dans toute son ampleur son ardeur au combat; on le lancera sur Douaumont qui consacre les réputations glorieuses

·   Prise du village de Douaumont

L'armée allemande s'est acharnée sur Verdun au prix d'hécatombes légendaires: on ne représentera plus la forteresse fatidique que comme le charnier des troupes du Kronprinz. En sept mois, elle a réalisé une avance de neuf kilomètres autour de ce qu'elle convoite; elle a pris des ouvrages fortifiés, dont certains forts importants; mais elle n 'a pas pris Verdun . D'autre part, les armées franco-anglaises, lancées sur le front de l'Artois et de la Picardie, se battent victorieusement, faisant chaque jour de nouveaux progrès, reprenant des villages, écrasant l'adversaire et capturant un matériel nombreux. Autour de Verdun, par suite des prélèvements qui ont été effectués pour le front harcelé de la Somme, l'ennemi semble avoir perdu sa vigueur offensive. C'est alors que le commandement français confie au Général MANGIN la mission de donner le coup de massue qui ramènera l'ennemi à son point de départ.

Dès le début, la grosse entreprise sera la reprise du fort de Douaumont. La 38e Division d'Infanterie s'y immortalisera toute entière. Le 4e Régiment mixte devra s'emparer du village célèbre.

Longtemps à I'avance, l'opération sera préparée, étudiée, réglée jusque dans les derniers détails qui se puissent prévoir. Le 4e Mixte est au repos prés de Stainville. A proximité des campements de chaque bataillon on a fait le choix de terrains qui se rapprochent le plus possible du futur terrain d'attaque. Un décor représentant le futur champ d’action du Régiment a été aménagé dans un vaste champ de manœuvres. Tous les obstacles y sont figurés. On répète chaque jour, méthodiquement, soucieux de ne rien laisser au hasard, envisageant toutes les hypothèses. Tous les spécialistes, chacun dans leur sphère particulière, se rompent à l'exercice de leurs fonctions. Chacun s'applique, sur ce théâtre de préparation, à posséder à fond son rôle et à s'y mouvoir aisément.

Dans la première quinzaine d'octobre, tous les Officiers et tous les Chefs de Sections sont transportés en autos à Verdun, où se fait alors une reconnaissance minutieuse du terrain d'attaque authentique. Non seulement chacun répète exactement et fixe dans sa mémoire l'objectif qu'il devra atteindre, mais encore visite l'emplacement qu'il occupera avant le départ, les cheminements et les boyaux qui y conduisent. Tout est prévu. Des plans d'engagement détaillés fixant jusqu à l'horaire, établis à tous les échelons du Commandement, déterminant la mission stricte de chacun, sont distribués.

Le grand jour approche enfin. Le 21 octobre, le Régiment est transporté en autobus à Verdun. Il passe la nuit dans la citadelle, où l'on touche le complément de munitions, de matériel et de vivres; puis, dans l'après-midi du 22, pénétrant dans la zone vive, il gagne ses abris vers Froideterre.

L’action se déroule comme le Lieutenant-Colonel VERNOIS, qui dirige les opérations  l'avait imaginée.

Le 24 octobre, à 11h39, le 6e Bataillon de Tirailleurs, entraîné par son Chef, le Commandant MEFFREY, dont l'ardeur, l'énergie et l'esprit de décision se déployèrent en cette circonstance d'une façon si remarquable que c'est grâce à elles et a la vaillance des troupes que le succès fut assuré, s'élança d'un seul bond hors des tranchées. Ce Bataillon était suivi à 150 mètres environ, du 6e Bataillon de Zouaves.

Malgré les difficultés de parcours d'un terrain argileux et détrempé, bouleversé de fond en comble par les bombardements des jours précédents, ces troupes se portèrent à l'attaque d’un élan magnifique, franchissant sans arrêt le tir de barrage adverse et atteignant en quelques minutes les premières tranchées ennemies qu'elles dépassèrent, marchant sans arrêt vers l'objectif indiqué dont elles se rendaient maîtresses à 12h.25. Le Commandant MEFFREY en commença aussitôt l'organisation défensive.

A 13h40, le Bataillon de Zouaves franchissait à son tour la crête occupée par le 6e Bataillon de Tirailleurs, se portant d'un seul bond sur le village de Douaumont dont il s'emparait à 14h45 et en assurait aussitôt l’occupation.

Dans cette circonstance mémorable, le 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs a déployé les superbes qualités d'attaque qui l'avaient déjà fait distinguer au cours de la campagne et a montré qu'il était resté égal en valeur aux brillants combattants qui enlevèrent La Taudette le 22 septembre 1914, qui menèrent les assauts héroïques d'avril et de mai 1915 autour d'Ypres et du Moulin de Ficheux, le 25 septembre 1915.

L'événement eut dans tout le pays un immense retentissement. La journée du 24 octobre nous donnait une victoire éclatante. Le lendemain, tous les Journaux annonçaient avec les lettres qu'ils réservaient aux triomphes «Douaumont est repris»

Le Journal Officiel publiait bientôt après ces lignes:

« Le Général Commandant la IIe Armée cite à l'Ordre de l'Armée: le 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs. Le 24 octobre 1916, sous l'énergique commandement du Lieutenant-Colonel VERNOIS a enlevé, d'un élan admirable, les premières tranchées allemandes, puis successivement l'ouvrage et la Ferme de Thiaumont; a inscrit une page glorieuse à son histoire en s’emparant dans un irrésistible assaut du village de Douaumont »

La destinée victorieuse du 4e Régiment Mixte ne faisait encore que s'annoncer.

·     Louvemont, les Chambrettes

Les forts, tout autour de Verdun, sont délivrés. Il s'agit, maintenant, pour assurer leur sécurité, de forcer l'ennemi à prendre du champ. Il faut rendre à Verdun (première forteresse française, dit le Kaiser, cœur de la France, dit le Kronprinz) son imposante tranquillité

Le 30 octobre, le 4e Régiment Mixte avait été relevé des positions qu'il venait de conquérir et s'en était retourné dans sa zone de repos de Stainville.

Il faudra dans un avenir prochain, chasser l'ennemi des observatoires de la cote du Poivre, enlever Louvemont, les Chambrettes. Les terrains de manœuvres, autour des cantonnements sont à nouveau et différemment aménagés, figurant tout ce que les photographies d'avions ont pu donner de renseignements sur les ouvrages du terrain véritable. Tout le programme qui a présidé à la préparation de l'attaque de Douaumont est remis en oeuvre pour Louvemont : plan, horaire, répétition, étude minutieuse. Et cela pendant cinq semaines.

C'est le 11 décembre que le régiment est enlevé et monte vers le secteur d'attaque. Dans la nuit du 13 au 14, le Bataillon de Zouaves y pénètre et prend position en avant des carrières d'Haudromont. La nuit suivante, le 6e Bataillon de Tirailleurs vient se placer à sa gauche. L'attaque est pour le lendemain matin.

La mission, à la suite d'une préparation confiée à un matériel puissant, est d'enfoncer les premières lignes ennemies; puis en liaison avec le RICM d'une part et le 8e Tirailleurs d'autre part, de pousser jusqu'à la crête Louvemont-Les Chambrettes et de s'y établir au-delà de la route qui relie ces deux points.

Le 15 décembre, à 10 heures, l'attaque est prononcée au milieu d'un entrain unanime. En dépit du crépitement des mitrailleuses ennemies qui brusquement se révèlent au moment du départ. A nouveau se reproduit ce tableau plusieurs fois décrit:: glissant dans la boue épaisse, Zouaves et Tirailleurs, électrisés par leurs Chefs ou s'électrisant les uns les autres, franchissent la zone de mort que marque, en avant de nos positions, le barrage ennemi. Mais, cette fois encore, surpris par la fougue et la maestria de l'attaque, l'adversaire ne déclenche son tir qu'après l'écoulement total des Compagnies d'assaut. Déjà elles pénètrent dans les premières tranchées allemandes que l'on nettoie prestement. Des incidents brillants se déroulent. Comme l'avance  se poursuit, le  Tirailleur AISSA BEN MERZOUK, bondissant de la tranchée conquise, aperçoit une mitrailleuse en action qui tient en haleine un groupe de camarades. Il s'élance, a courte distance, il braque sur les servants son fusil-mitrailleur; le personnel de la pièce, suffoqué par une telle audace, commet l'imprudence d'hésiter... Alors les Tirailleurs se jettent sur l'équipe et la capturent.

De tous les points de ces tranchées, des prisonniers, tantôt en file indienne, tantôt dans le plus grand désordre, et toujours dans la plus grande hâte, filent vers l'arrière où le Bataillon MASSE les reçoit.

Mais en tête, la crête du premier ravin perpendiculaire à l’axe de la marche est atteinte. Suivant au plus près le barrage roulant de notre artillerie, les assaillants poussent l'attaque avec une vigueur et une assurance imperturbable sur la deuxième position

Les lignes allemandes, désormais, sont solidement organisées. De tous côtés, les mitrailleuses qui les défendent, entrent en action, semant la mort. L'instant devient critique. Une seconde d'hésitation sous cette grêle de balles, donnant à I' ennemi quelque assurance, compromettrait le succès de la journée. Mais les vétérans de Douaumont en décident autrement. Les premières vagues des compagnies de tête, composées de grenadiers et de fusiliers Mitrailleurs d’élite, redoublent d'intrépidité. Une a une, des mitrailleuses prennent la fuite; d'autres sont assaillies furieusement. Un indigène de la 22e  Compagnie de Tirailleurs tombant seul sur un nid, massacre les servants et ramène l'une après l'autre deux pièces à son Commandant de Compagnie. Déjà les Tirailleurs descendent l'autre versant, lorsque le Bataillon de Zouaves se heurte sur tout son front à une vaste organisation ennemie que sa position à contre-pente a préservée de notre bombardement et que défend un personnel entêté et un matériel nombreux. Ces occupants résolus opposent une résistance opiniâtre. Le Bataillon DHOMME est retenu sur place, subit des pertes. C'est alors, dans un bel esprit de solidarité et de camaraderie de combat, que le Commandant MEFFREY lance sur le flanc droit de l'obstacle, à l'aile gauche des Zouaves, deux sections de Tirailleurs.

D'autre part, les Zouaves s'acharnent: leur compagnie de soutien, manœuvrent rapidement sur la droite de l'obstacle. Une section de mitrailleuses parvient à se placer de manière a prendre d'enfilade la tranchée ennemie sur toute sa longueur. Bientôt la garnison assiégée capitule: les Zouaves font prisonniers  5 Officiers, 111 hommes et s'emparent d'une dizaine de mitrailleuses.

Cet obstacle imprévu a retardé d'une demi-heure le Bataillon de Zouaves. Il peut enfin reprendre sa marche. Pressant l'allure, il arrive bientôt sur la route Louvemont-les Chambrettes que nos batteries ont pilonnée. Dans les abris creusés sous la voie même se trouve un important détachement ennemi. Sans même tenter de résister, domptés a l'avance, ces hommes un Chef de Bataillon et 200 soldats se rendent. Et, sans autre incident, le Bataillon DHOMME atteint son objectif à droite du Bataillon de Tirailleurs qui a rallié le sien sans coup férir.

Aussitôt, on s'organise sur les pentes du nouveau ravin d'où se découvre vers l'avant un vaste panorama. Des reconnaissances offensives sont envoyées vers des emplacements de batteries ennemis connus et repérés.

Il gèle les jours suivants: il tombe même une neige très dense. On reste quatre jours encore sur ce morceau de France arraché à l'envahisseur, à besogner, à établir les communications avec l'arrière, à subir le froid, les intempéries. Enfin le 20 décembre, le Régiment est relevé. 

Il a perdu :

Tués : 2 officiers, 69 hommes de troupes.

Blessés : 12 officiers, 1129 hommes de troupe.

Disparus : 73 hommes de troupes.

Ainsi, définitivement, la mission du Général  MANGIN est accomplie; l'ennemi est à 15 km de Verdun. En un mois, il a accumulé ses morts sur ce terrain dont il est chassé, il a usé le moral de ses troupes. « Grâce à tous, Chefs et soldats, dit le Général PÉTAIN, un coup formidable a été porté à la puissance militaire allemande». La France, devant Verdun, a fait la plus belle conquête: celle de l'admiration, du respect et de la reconnaissance éternelle du monde civilisé qu'elle vient de sauver.

Le 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs a pris une large part à cette oeuvre magnifique. Reconnaissant l'importance de son dernier succès, le Général Commandant la IIe Armée, le cite à l'Ordre avec le motif suivant

« Le 15 décembre 1916, sous l'habile et énergique commandement du Lieutenant-Colonel VERNOIS a, dans un magnifique élan enfoncé les lignes allemandes sur une profondeur de 2 km, s'emparant malgré une vive résistance de l'ennemi, de trois organisations successives fortement retranchées capturant 1038 prisonniers dont 27 officiers, et prenant ou détruisant 5 canons de 77, 10 canons de tranchées et un nombreux matériel de guerre ».

Et le 2 janvier 1917, le Général Commandant en Chef décide que le 4e Régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs ayant été cité deux fois à l’ordre de l'Armée pour sa brillante conduite devant l'ennemi, aura droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre.

4-L'offensive de l’Aisne.

L'hiver de 1916-1917 eut des rigueurs exceptionnelles: aucune affaire capitale ne salua la naissance de la 4e année de guerre.

Le 5 janvier, le Régiment part pour le camp de Gondrecourt où, malgré les intempéries d'un hiver excessif, malgré la neige qui monte quelquefois jusqu'aux genoux, et la bise qui glace les visages et les doigts, il recommence à s’entraîner. C'est la qu'il reçoit l'ordre qui prescrit à toute la division de se porter par voie de terre vers un nouveau théâtre d'opérations, celui de l'Aisne.

Le 4 février, dispos, entraîné par des marches qui l'avaient mené du Barrois jusqu'en Brie, le 4e Régiment Mixte arrivait sur la Marne, à Pavant, terme d'un voyage de trois semaines.

Le 27, il monte par nouvelles étapes vers le front, en arrière du 2e Corps d'Armée colonial.

L'offensive est imminente. Chaque nuit, des troupes disputent les routes aux convois automobiles et aux échelons d'Artillerie; le jour elles se dérobent dans les bois. Tous les mouvements se font en grand mystère. Les emplacements de Batteries sont établis depuis longtemps; les munitions, sont à pied d’œuvre, cachées à la vue des avions; aucun soupçon ne doit être donné à l'ennemi. On dut, hélas, bientôt se rendre à l'évidence l'ennemi avait tout su. Le 16 est le jour fixé pour l'attaque. Les armées françaises, de Coucy-le-Château à l’Ouest, jusqu'à l'Est de Reims, doivent livrer l'assaut décisif. Elles doivent rompre le front, déloger l'ennemi de toutes ses organisations fortifiées; exploitant le succès, transporter le combat au grand jour, et nous rendre enfin la guerre de mouvement qui décidera de notre victoire.

La 38e  DI est rattachée au 2e Corps d'Armée Colonial qui forme la droite de la 4e Armée; la mission de ce Corps est de percer le front, d'atteindre la crête du bois d'Elva - Moulin de la Tour (ferme) au delà de Martigny-Chavailles. Celle de la 38e Division est d'exploiter immédiatement ce succès vers Laon, sans laisser aux Allemands le temps de se ressaisir.

L'attaque a été déclenchée dans la pluie du petit jour. Le 4e Régiment Mixte qui ne joue pas ce premier acte, se trouve dans la coulisse immédiate, au sein de notre Artillerie. Une violente canonnade a été déchaînée pendant les dernières heures de la nuit, les Corps de première ligne ont dû s'élancer à l'assaut. Le temps est détestable, mais l'enthousiasme est indescriptible. La confiance a été chauffée à blanc. Au reste, c'est merveille de voir toutes prêtes tant de troupes de toutes armes. Les cavaliers sont massés prêts à sauter en selle; les avant-trains des Batteries, attelés, sont prêts à être accrochés. Les canons attendent le moment d'avancer.

A 7h35, le 4e Régiment Mixte reçoit l'ordre de commencer son mouvement. Par des cheminements appropriés, il vient prendre les emplacements de première ligne d'où la 15e Division d'infanterie Coloniale s'est élancée tout à l’heure. Mais cette chose surprenante s'est produite; les Corps de la 15e DIC n'ont pu progresser !.Ils sont en arrêt devant la troisième ligne de tranchées allemandes. Alors brusquement tombe parmi nos Tirailleurs et nos Zouaves l'ordre d'arrêter le mouvement.

Or, comme s'ils n'avaient pas compris cette nouvelle incroyable, certains des nôtres, emportés par leur ardeur, ne peuvent être retenus. Deux Compagnies du Bataillon MEFFREY, non seulement ont dépassé les anciennes lignes françaises, mais encore ont pénétré dans les lignes allemandes et sont mêlées aux troupes coloniales en plein combat.

Tandis que les bataillons JAUFFRET et DHOMME vont occuper des abris dans le ravin de Moulins, le Bataillon MEFFREY reste en ligne où il bouche le trou qui s'est formé entre des unités du Corps colonial.

Mais la triste réalité se fait jour. Étonnés le matin de voir passer l'heure ou ils devaient, franchissant le front des troupes coloniales, passer à leur tour en première ligne et progresser en talonnant l'ennemi, les Tirailleurs et les Zouaves du 4e Mixte ont bien compris que les Allemands opposaient une résistance imprévue. Cependant, la journée a passé, et aucun changement heureux n est survenu….

On pense au 25 septembre 1915.

Vers 21 heures, le Bataillon DHOMME est alerté et envoyé en première ligne relever les débris d'un Bataillon sénégalais. Il tombe de la neige fondue; il fait très froid; les boyaux, éboulés, sont presque impraticables; dans la nuit très obscure, les Zouaves avancent péniblement, puis s'installent sur un terrain que nos tirs de préparation ont bouleversé. Ils restent là trois jours. Le 19, ils sont relevés, ainsi que les Tirailleurs du 5e Bataillon; le 4e Régiment Mixte va stationner aux creutes de Verdun et de l'Yser.

Au cours de ces journées décevantes d'impatience et d'épreuve, le 6e Bataillon de Tirailleurs a eu une trentaine de tués et une centaine de blessés: le 1e Bataillon de Tirailleurs, quelques tués, une quarantaine de blessés.

Mais à l'aile droite, l'ennemi, qui occupait le petit plateau de Craonne et l'isthme d'Hurtebise a été rejeté de cette magnifique position défensive. Là, nos troupes ont effectué une avance sensible. La bataille s'y poursuit âprement: les Allemands contre-attaquent avec une extrême violence pour reprendre le terrain qui leur a été arraché.

Le Régiment est alerté et se porte dans la région Poteau d'Ailles (Ferme Hurtebise).

Or, le 24 avril, un bombardement ennemi d'une intensité peu commune se déverse sur tout le secteur; de nombreux avions nous survolent; tout fait présager que la bataille va entrer dans une nouvelle phase.

Le 25, en effet, a 5h15, après une préparation d'artillerie brève mais massive sur nos lignes, précédées de stosstruppen, sept compagnies de troupes d'élite appartenant à la Garde prussienne s'élancent à l'assaut de nos positions autour de la Ferme d'Hurtebise.

Le choc, extrêmement rude, des premiers bataillons assaillants, est reçu par la 21e  Compagnie. Ébranlée par la préparation, puis virtuellement submergée par les vagues d'assaut qui suivent au plus prés un barrage roulant, cette Compagnie héroïque tient pourtant. Le mot d'ordre est «tenir coûte que coûte». Rapidement, par sections, des îlots de résistance sont formés, contraignant l'ennemi à marquer un temps d'arrêt et lui font payer cher son avance. C'est le combat corps à corps, à coups de grenades et de revolver: une lutte furieuse où chacun a fait le sacrifice de sa vie. Puis l’attaque gagne les positions de la 23e Compagnie, qui se sectionne en d'autres centres de résistance. Pied à pied, fiévreusement, on dispute le terrain. On sait que le bataillon de réserve du Régiment de Zouaves prépare en hâte une rude contre-attaque; jusqu’a ce qu'il vienne se jeter dans la mêlée, il faut tenir, lutter, mourir, gagner du temps, faire payer sa vie. Déjà, plusieurs heures ont passé et l'ennemi furieux s'essouffle, mais s'entête.

L'assaut gagne la tranchée de soutien de la 23e Compagnie. C'est la dernière étape que l'on puisse permettre avant l’arrivée de la contre-attaque, à tout endroit l'on se dévoue: Officiers et Tirailleurs sont héroïques dans ces tragiques circonstances. Mais déjà les Zouaves accourent, ils bondissent, foncent sur l'assaillant épuisé, le rejettent de la ferme d’Hurtebise, des abords du monument, du boyau Prûm ou déjà il s'infiltrait, reprennent tout le terrain perdu. En fin de journée, lorsque le 116e Régiment d'Infanterie vient relever Zouaves et Tirailleurs, la continuité du front est partout rétablie.

Aussi, grâce au dévouement, digne de l'antique, de ce beau 6e Bataillon du 4e Régiment Mixte, la journée du  24 avril fut, pour les Allemands un échec coûteux et une dure leçon. Le terrain, qu'ils ont prétendu reprendre est jonché de cadavres de leurs soldats d'élite. Mais ce combat d'Hurtebise a coûté au 6e Bataillon qui s'y est sacrifié: 

Tués : 18 hommes de troupes.

Blessés : 3 officiers, 103 hommes de troupes.

Disparus : 4 officiers , 182 hommes de troupes.

Le Commandant MEFFREY qui fut l’âme de la résistance y conquit son grade d'Officier de la Légion d'honneur.

Depuis le 16 avril, premier jour de l'offensive, les pertes du Régiment se chiffrent ainsi : 

Tués : 2 Officiers, 53 hommes de troupe.

Blessés : 8 Officiers et 428 hommes de troupe.

Disparus : 4 officiers et 261 hommes de troupe.

Le Bataillon MEFFREY décimé, est relevé le 28 avril et va se reconstituer à Cramaille, dans la région de Fère-en-Tardenois, pendant que les bataillons JAUFFRET et DHOMME continuent de tenir sur la crête du Chemin des Dames. Le 23 mai, le Régiment est regroupé au Sud de l'Aisne dans les petits villages de Serre, Barbonval, Revillon.

Enfin, le 14 juin, le Régiment remonte en secteur dans cette zone du Chemin des Dames: Ailles, Paissy, Hurtebise, où il a été si éprouvé deux mois auparavant. L'ennemi, au reste, prépare une vigoureuse attaque sur tout ce front. Il sonde le terrain. Il multiplie ses coups de main, en particulier devant le secteur du 6e Bataillon de Zouaves.

Le Régiment est relevé dans la nuit du 28 au 29 juin, puis se porte dans les cantonnements de Launoy, Droisy, Courdoux d'où, en autos-camions, il gagne Montreuil-aux-Lions, prés Château-Thierry.

Là, du 7 au 27 juillet, à la disposition du Groupe  des Armées du Nord, il se réorganise et reprend l'instruction. C'est au cours de ce séjour et à l'occasion de la Fête Nationale qu'une délégation est formée pour représenter le Régiment à Paris, à la Revue du 14 juillet. Le Drapeau et sa garde, et une section composée de soldats d'élite vont donc participer à cette fête où la population parisienne fait un triomphe aux étendards des plus valeureux Régiments de l'Armée Française.

Le 27 juillet, le Régiment est dirigé vers Crèpy en-Valois.

Le  30, il s'embarque en autos pour Beaulieu-les-Fontaines (Camp de Lassigny) et la, jusqu'au 19 août, il se livre à des exercices de combat, manœuvres de Régiment et de Division. Le 21, il remonte vers l'Aisne, dans le secteur au Nord de Vailly, il relève la 43 DI.

Le 8 septembre, le 4e Régiment mixte est relevé par le 8e Tirailleurs.

La 38e DI doit participer dans un avenir prochain à une grande offensive sur le front de la VIe  Armée, dans l'Aisne toujours.

Il s'agit, pour le 4e Régiment Mixte, au sein d'une opération d'ensemble, d'enlever

1° les organisations défensives du plateau des Marraines jusqu'à la tranchée de la Danse incluse (premier objectif).

2° la tranchée de la Lusace, le bois de Garenne, le ravin de Chavignon, la partie Est de Chavignon, le Voyeu (deuxième objectif) tout cela puissamment organisé, occupé et défendu par les plus valeureux corps de l'armée allemande: les Régiments de la Garde.

Dans la nuit du 22 au23 octobre, le Bataillon MEFFREY, chargé d'enlever le premier objectif et le Bataillon DHOMME le second, prennent leur dispositif de départ dans les tranchées et les parallèles du plateau des Marraines. Déjà ils subissent quelques pertes. Mais cette épreuve, loin d'éteindre leur ardeur combative, ne fait que les rendre plus impatients de foncer sur l'adversaire.

L'attaque se déclenche au jour naissant. Au loin, la silhouette de la Malmaison se détache confusément, elle va servir de point de repère.

Le Bataillon MEFFREY, en tète, sort d'un bond des parallèles de départ et s'échelonne, en progressant dans l'ombre, derrière le barrage roulant d'obus qui succède au tir de préparation. Dans les Compagnies de tète, les sections d'assaut s'avancent, progressant littéralement dans nos vagues de fer et de feu. Si bien que l'ennemi, ayant subi la rafale d'obus, n’a pas le temps de se ressaisir et de mettre en action ses mitrailleuses. Les boches, encore tapis dans leurs tranchées, sont tués sur place par nos premières vagues les autres, blottis dans leurs sapes, sont capturés par nos nettoyeurs

Il est 5h30, et le premier objectif est atteint. Il l'a été en 30 minutes.

Les Tirailleurs, sans perdre un instant, en étroite liaison avec les Coloniaux à droite et les chasseurs à gauche, s'organisent sur la position conquise.

A 9h15, le Bataillon DHOMME, dépassant  le  Bataillon MEFFREY, doit reprendre la marche en avant. C'est une véritable ruée à l'assaut. Les Zouaves, les Tirailleurs, balaient tout sur leur passage, portant une telle épouvante dans les rangs ennemis qu’aussitôt les mitrailleuses se taisent. Le flot des assaillants approche. Ils sautent dans la tranchée, tuent les uns, capturent ceux qui se rendent; certains boches affolés tentent de s'enfuir par le ravin de la Garenne.

La progression, ardente toujours, se fait plus lente. Dès mitrailleuses ennemies se révèlent à chaque instant au cours de la marche.

A 10h10, le barrage roulant progresse à nouveau et le Bataillon, s'y collant au plus prés, poursuit sa marche.

Elle se fait de plus en plus difficile. Le Bataillon n'est plus soumis au tir des seules mitrailleuses qui relèvent de sa zone d'action ou des pièces qui, perchées dans les arbres du bois de la Garenne, sont abattues au passage à coup de fusils, mais encore celles à l'Ouest du Ravin, qui sont installées sur le plateau.

On progresse donc par bonds de trous d’obus en trous d'obus. Au pied du mont des Tombes, se découvre maintenant le village de Chavignon. Il est 11 heures. Le 4e Régiment Mixte a couvert la presque totalité de ses étapes, sans qu'aucun des obstacles incessants, qu'il a découverts sur sa route et annihilés, ait retardé sa marche; il se trouve à l'heure prévue devant son plus fameux objectif. Comme le Bataillon DHOMME s'engage sur les pentes Nord-Ouest du Mont, qui descendent vers les lisières Sud et Sud-Est de Chavignon, l'artillerie ennemie réagit fortement à coups de 150, tout particulièrement dans le chemin creux. Alors les Zouaves s’élancent au pas de course et dévalent vers le village.

Il est 11h10; les lisières sont assaillies. Il s’agit d'enlever de haute lutte la partie désignée. Le combat s'engage une fois de plus. Les Zouaves pénètrent à l'intérieur du village, réduisent à l'impuissance les défenseurs qui tirent par les soupiraux des caves ou dissimulés dans les ruines et prennent le village rue par rue, maison par maison.

Ayant enfoncé le front, le Régiment est maintenant a moins de 10 km de Laon que l'on aperçoit nettement dressée sur son pain de sucre, ainsi qu'une immense redoute à 100 mètres au-dessus de la grande plaine.

En 10 jours, le 4e Mixte laisse là: 

Tués : 4 officiers, 114 hommes de troupe.

Blessés : 13 officiers, 667 hommes de troupe.

Disparus : 45 hommes de troupes.

Tant d'abnégation, une besogne si brillamment accomplie font que le Général MAISTRE Commandant la VIe Armée lui décerne une troisième citation à l'ordre:

       « Sous l'énergique commandement du Lieutenant-Colonel VERNOIS, a attaqué, le 23 octobre 1917, des positions ennemies  puissamment organisées et sur lesquelles la Garde Prussienne avait l'ordre de tenir à tout prix. A enlevé d'un superbe élan plusieurs lignes de tranchées solidement défendues; puis, manœuvrant avec vigueur vers un deuxième objectif et brisant la résistance opiniâtre de l'adversaire, s’est emparé, après plusieurs combats corps à corps de la moitié Est du village de Chavignon, réalisant ainsi une avance de plus de 3 km. A fait au cours de sa progression 900 prisonniers dont 18 officiers des Régiments de la Garde Prussienne, a capturé 10 canons, 12 minenwerfer, 25 mitrailleuses et une grande quantité de munitions et de matériel.

  5- La Défensive sur l’Oise mars 1918.

Relevé sur le champ de bataille de la Malmaison dans la nuit du 29 au 30 octobre, et enlevé aussitôt en camions-autos, le 4e Régiment Mixte est débarqué dans les environs de Château-Thierry où il passe quelques jours à se reconstituer, puis il gagne par voie de terre la Champagne (cantonnements de Champigneulles et de Poccancy) où il consacre quatre semaines à parfaire l'instruction de ses renforts.

Le 14 décembre, un ordre l'appelle dans la Champagne pouilleuse ou, durant tout l'hiver, il s'emploiera activement à l'organisation de puissantes lignes de défenses, celles précisément sur lesquelles se brisera en juillet ici  la dernière des offensives allemandes.

C'est là que l'ordre d'alerte, déterminé par le déclenchement de l'offensive allemande de mars, vient trouver le 4e Mixte, et c'est de là qu'il est transporté en camions dans l'Oise, dans cette même région de Lassigny qui a vu ses débuts en 1914.

Le 27 mars 1918. après avoir traversé Compiègne, à peu prés vide de ses habitants et subi au passage la vision rapide et navrante des malheureuses populations fuyant leurs foyers sous la menace de l'ennemi, le 4e Mixte commence son débarquement près de Ressons-sur-matz, à 15 heures.

C'était une inondation d'Infanterie. En files innombrables, hérissées de mitraillettes, les Boches progressaient dans la campagne, détruisant une seconde fois les villages ressuscités des ruines, littéralement poussés par les réserves qui s'avançaient sur les routes en théories interminables.

C'était le "Drang nach Westen ", la ruée vers l'Ouest. Après quatre jours d'une progression enivrante que l’artillerie au reste ne parvenait même pas à suivre, le flot boche va se briser sans remède sur la falaise que l'esprit de sacrifice français a dressée promptement. Quatre jours il a monté comme une inondation, croyant sa marche irrésistible: quatre jours vont suffire à briser ce rêve orgueilleux.

Le 4e Mixte eut sa part dans cette nouvelle bataille

Débarqué dans la journée du 27 mars à Riquebourg, des camions automobiles qui le transportaient, le 4 Mixte était appelé dés le soir même à s'engager dans la bataille et participer à la reprise du village de Roye que l'on supposait tombé aux mains de l'ennemi.

Le 28 à 3 heures, il était en position.

Le 28 mars, vers 16 heures, après de nombreuses escarmouches qui s'étaient produites au cours de la journée et avant qu'il ne soit complètement assis sur sa position, le Bataillon de Zouaves était violemment attaqué.

Le 29 mars au matin, le 4e Mixte passait à son tour à l'attaque sur tout son front en liaison avec les troupes de la 38e DI. Dans cette manœuvre, les bataillons avaient à exécuter un mouvement de conversion à droite, le village de Roye servant de pivot, et qui devait leur permettre de s'emparer des hauteurs au Nord de Roye, Couchy, Boulogne-la-Grasse. Le 4e Mixte attaquait avec deux Bataillons en première ligne, un bataillon en soutien.

La progression fut lente et dure.

Quand l'ordre vint de s'arrêter sur le terrain conquis, les pertes du Régiment avaient été de 20  tués et de 1O5 blessés en grande partie supportés par le Bataillon MEFFREY.

Le 30 mars, dés 6 heures du matin, l'ennemi attaque violemment sur le front Roye- Boulogne-la-Grasse. Débordées par un adversaire très supérieur en nombre, les troupes de la 76e DI sont forcées de se replier en combattant sur Orlivers. Le 4e Mixte maintient ses positions, infléchissant seulement sa ligne à l’ouest pour ne point laisser se créer une trouée entre lui et le 4e Zouaves de Marche. Durant toute la journée, la lutte se déroule aussi ardente et opiniâtre que la veille, lutte à laquelle prennent part toutes les unités du Régiment. Dans la soirée, le flot ennemi est contenu, mais la journée a été chaude.

Dans les journées des 31 mars et 1er avril, la lutte se poursuit avec moins d'âpreté pour le 4e Mixte, mais non sans pertes.

Le 2 avril, le Régiment était relevé. Ses pertes, depuis le 20 mars, étaient assez lourdes :

Tués : 2 Officiers, 52 hommes de troupes.

Blessés: 6 officiers, 297 hommes de troupes.

Disparus: 6 hommes de troupes.

A la suite de ces journées, le Général Commandant la IIIe Armée cite le Régiment à l'Ordre de l'Armée :

« Les 28 et 29 mars 1918, sous le Commandement du Lieutenant-Colonel VERN0IS a défendu avec la plus grande énergie les positions confiées à sa garde, repoussant victorieusement après de violents corps à corps, toutes les tentatives faites par un ennemi agressif pour déboucher de ses positions et s'emparer de la station de Roy-sur-Matz, gagnant même du terrain au Nord de ce village, interdisant à ce même ennemi les 30 et 31 mars d'étendre son attaque vers l'Est, lui infligeant des pertes sanglantes et facilitant, par l'énergie de sa défense et la vigueur de ses contre-attaques locales le retour offensif d'un Corps voisin».

 

C'est la quatrième citation du régiment à l'Ordre de l'Armée, elle entraînera l'octroi de la fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire.

6- Refonte du Régiment.

Quelques jours se sont passés dans les cantonnements proches de la région de Ressons-sur-Matz et le 11 avril, le Régiment, transporté en camions-autos, s'installe à Ay-Champagne prés d'Epernay. Séjour mémorable, parmi l'accueil sympathique de cette riche population viticole.

C'est à ce moment que se produit dans le Régiment une modification profonde. Par ordre supérieur, le 6e Bataillon de Zouaves, bataillon superbe, au passé glorieux entre tous, un des vainqueurs de Douaumont et de Chavignon, est dissous à la date du 18 avril et remplacé par le 7e Bataillon de Tirailleurs, formé au moyen des cadres et des spécialistes Zouaves restant et de contingents indigènes provenant des 12 et 13 Bataillons d’instruction du 4e Régiment de Tirailleurs. Le Régiment ne comprend donc désormais que des éléments du 8e Tirailleurs. Mais le Lieutenant-Colonel VERNOIS obtient que soit maintenu ce nom de 4e Régiment Mixte de Zouaves Tirailleurs illustré sur tant de champs de Batailles.

Le 2 mai, le Régiment quitte Ay. En quatre étapes, il atteint le Nord de la forêt de Laigue. Dans la nuit du 8 au 9, le 6e Bataillon, dans la zone de Pontoise, prend les lignes en bordure de la rive gauche de l'Oise; la plus grande partie du secteur se trouve dans la forêt de Carlepont.

Dans la nuit du 16 au 17 mai, le 7e Bataillon se porte en ligne à gauche du 6e, dans la zone de Sempigny, sur l'Oise, à un kilomètre de Noyon. La région est vallonnée et boisée. Très proche se dresse le mont Renaud qui appartient, moitié aux Français, moitié à l’ennemi et commande Sempigny ainsi que toute la campagne. Le 1er Bataillon est en réserve à Huleu.

Les deux Bataillons de première ligne, organisent leur secteur, posent des réseaux de fil de fer, aménagent des tranchées et des abris.

Cependant, la relève est projetée. Dans la nuit du  23 au 24, déjà le 6e Bataillon a cédé sa place à un Bataillon du 8e Tirailleurs et le 7e doit a son tour partir la nuit suivante, lorsque le 24, à3 h50 du matin, un bombardement d'une extrême violence se déclenche sur la région du mont Renaud, gagnant presque aussi-tôt Sempigny. Les minenwerfer qui ne s'étaient pas encore révélés exécutent sur le village un tir écrasant. La zone battue s'étend au-delà et atteint en arrière jusqu'au PC du Chef de Bataillon. Le village est mis en pièces; la plupart des caves utilisées comme abris sont enfoncées, les tranchées et les boyaux promptement nivelés, les communications coupées. A la faveur de cette canonnade, qui comprend des projectiles de tous calibres et une forte proportion d'obus toxiques, l'ennemi, à l'Est de Sempigny, tente de franchir l'Oise au moyen de radeaux légers et d'une passerelle que quelques groupes de combat lui interdisent de lancer.

Mais plus loin, de son déluge de torpilles, il a paralysé le petit poste du pont de Rempigny dont les hommes pour la plupart ont été ensevelis. S'appuyant aux piles du pont, il parvient à lancer une seconde passerelle. Notre réaction lui interdit d'en déboucher.

Trois avions sur le village, viennent mitrailler les défenseurs. Mais bientôt, à 4h50 le feu faiblit, à 5 h15 il s 'arrête. L’ennemi se replie sans même prendre le temps de supprimer sa passerelle; du mont Renaud, on le voit se hâter vers Pont-Levèque emportant des morts et des blessés

Le 7e Bataillon a perdu 41 combattants : 1 officier blessé, 8 hommes de troupe tués et 24 blessés en outre, 8 hommes manquent à l'appel, qui vraisemblablement ont été enseveli sous les obus.

Dans la nuit, la relève s'effectue. Le Régiment est regroupé au Nord de la forêt de Laigue. Il laisse dans ce secteur après un séjour de deux semaines et demi:

Tués : 1 officier, 12 hommes de troupe

Blessés : 1officier, 60 hommes de troupe

Disparus : 8 hommes de troupes présumés tués.

Mais déjà les combats ont repris, par suite d’une avance de l'ennemi sur le flanc droit de la Division. La 4e Brigade du Maroc a reçu l'ordre de tenir la région du mont de Choisy, le 6e Bataillon du 4e Mixte est mis à la disposition du Colonel Commandant le RICM en première ligne.

Engagé avec le Régiment colonial, ce bataillon, dans la nuit même, perd 3 tués, 33 blessés, 5 disparus.

Et les jours se succèdent parmi les mêmes périls. Le 9 juin, à 23h50, le bombardement gagne les arrières de tout le secteur et se prolonge sans accalmie jusqu'au 10, 10 h. 30. Des patrouilles, en même temps, tentent d'aborder nos lignes; elles laissent des morts et des prisonniers.

Le 11, le Régiment est groupé dans la forêt de Laigue. Le Régiment, après le dur séjour dans la région de l'Oise, jouît d'une détente bien méritée, détente d'ailleurs assez précaire, puisque les Bataillons sont encore en réserve de secteur. Le 9 juillet, il croit pouvoir, au bivouac dans la forêt de Compiègne goûter un repos plus réel; lorsque, le 12, il s'embarque en camions pour cantonner à Vauciennes à 6 km, Ouest de Villers-Cotterêts.

7-Seconde Bataille de la Marne.

A ce moment, sur l'AIlemagne près de lancer une nouvelle offensive, passe une folle espérance, tandis que le cœur de la France meurtrie est étreint d'angoisse.

Dans la nuit du 14 au 15, le Régiment apprend que la formidable machine allemande s'est à nouveau ébranlée.

L'attaque ennemie s'engage cette fois sur tout le front de la IVe Armée. Or, dans Le plus grand secret, le Général MANGIN, qui commande la Xe Armée, a préparé une puissante attaque de flanc qui, si elle réussit, doit changer la face de la guerre. L'aube qui se lève est celle de la seconde bataille de la Marne. Le 4e Régiment mixte va y participer.

Le 15 juillet 1918, le 4e Régiment mixte stationne aux lisières de la forêt de Retz.

Le 16 au matin, le Régiment est à pied d’œuvre et rassemblé dans la forêt de Villers-Cotterêts.

Dans la nuit du 17 au 18, sous un ciel d'orage, il a pris sa formation de combat à l'Est des creutes de Chavigny. Encadré par une Division américaine à gauche, par le RICM à droite, il est disposé en profondeur: 1er Bataillon en tête, 6e Bataillon en soutien, immédiatement derrière le premier; le 7e plus en arrière en réserve de Brigade.

Du côté boche, quelques rafales d'artillerie; se doutent ils de nos projets? . Chez nous, un silence qu'interrompt seuls le ronronnement des moteurs et le roulement des voitures; ce sont nos tanks qui, en nombre, sillonnent les routes de la forêt et notre artillerie qui au dernier moment vient occuper ses emplacements de combat. Le jour durant, troupes et engins ont été soigneusement masqués sous les couverts. Leurs mouvements n'ont commencé qu'a la nuit tombante. À l'aube, tout sera en place, et l'assaut partira en même temps que notre premier coup de canon.

4h30 Un silence d'angoisse... Une blême lueur pointe à l'Orient. C'est l'heure prévue...

4h35, Notre artillerie se déclenche, brusque, formidable, illuminant comme d'un gigantesque feu d'artifice les lisières des bois ou nos canons de tous calibres ont été soigneusement dissimulés. Frémissants, les Tirailleurs ont bondi, 1er Bataillon en tête. Dès lors, c'est la ruée irrésistible. Nos obus sèment parmi les rangs ennemis la surprise, la panique et la mort.

Suivant au plus prés le barrage roulant serré et précis, le 1er Bataillon tombe sur les tranchées ennemies en même temps que nos derniers obus. De tous côtés, les boches, les yeux hagards, l'air hébété, jettent leurs armes et lèvent leurs bras en se précipitant au devant des Tirailleurs et en criant : Kamarad.

D'un geste dédaigneux, les Tirailleurs leur indiquent la direction de notre base de départ et sans arrêt, uniquement soucieux de coller au barrage roulant, continuent la progression. Chaque centre de résistance dépassé est l'occasion d'une nouvelle moisson de prisonniers.

Stimulés par la pleine réussite du démarrage, les Bataillons de tête et de soutien rivalisent d'ardeur. Passant au Sud de Vaux-Castille, le Bataillon de gauche, ainsi que le prévoyait le plan d'engagement, se rabat sur la Savieres à hauteur de l'extrémité Sud du parc de Vierzy.

Avant de franchir le ruisseau de la Savières, les Tirailleurs ont l'indicible joie de traverser à 3 km 500 environ de la base de départ, la ligne d'Artillerie allemande extrêmement dense, composée de 77, de 105 et de 150. Les servants ennemis n'ont eu ni le temps, ni la possibilité de se porter à leurs pièces tant a été nourri, dense et précis le tir de nos contre-batteries. Affolés, ils sont accueillis mi-vêtus, courant autour de leurs pièces qui portent encore les couvre-bouches et les couvre-culasses.

Ce dépassement de la ligne d'Artillerie de l’ennemi, ossature de la résistance, galvanise nos Tirailleurs qu'une marche pénible, à bonne allure, sur un terrain raviné et accidenté, sous une atmosphère lourde, a déjà éprouvés.

Une nouvelle ardeur anime leur courage; entraînés par leurs Chefs, ils dévalent d'un élan irrésistible vers le bois du Mausolée et les pentes qui mènent au ravin de la Saviéres: ils s'enfoncent dans ces terrains marécageux qui bordent la rivière, avec de l'eau et de la boue jusqu'aux genoux. D'un trait, ils escaladent le talus de la voie ferrée.

Pour permettre aux unités de se reformer et de souffler, un arrêt a été prévu dans la progression des vagues d'assaut au delà de la voie ferrée longeant le ruisseau de la Savieres. C'est la que se reforment les 1er et 6e Bataillons et qu'ils se tiennent prêts à bondir vers leur deuxième objectif en se collant de nouveau contre le barrage roulant qui doit se stabiliser jusqu’a 6h40.

A 6 h. 40, les tirailleurs escaladent allégrement le talus abrupt qui, de la voie ferrée, donne accès au plateau de la côte 143, véritable glacis, commandé par le parc de Vierzy d'un coté, par la ferme de Montrenboeuf de l'autre. L’ennemi cantonné à Vierzy, Montrauboeuf et environs, promptement alerté a eu le temps de se ressaisir et de s'organiser. Aussi la progression est elle plus lente.

Du parc de Vierzy, les mitrailleuses ennemies redoublent de violence et prennent d'enfilade toute notre première ligne. La progression est momentanément arrêtée. Le Commandement décide alors que la reprise du mouvement en avant, avec l'appui de l'Artillerie, s'effectuera dans la soirée.

Les Américains à notre gauche n'avaient pas encore dépassé Vauxcastîlle à 11 heures; aussi lorsque le 7e Bataillon, progressant pour rejoindre le Régiment, arrive à hauteur de ce hameau sa Compagnie de gauche, est accueillie par un feu nourri de mitrailleuses. Les Américains essayent en vain de les contourner par le Nord. Le Sous-Lieutenant AGUILLON pousse vivement sa section vers un de ces centres de résistance, parvient à l'encercler en partie et prend d'enfilade la tranchée ennemie d'où partent des tirs de mitrailleuses et de nombreux coups de fusil. Les Américains, d'autre part, redoublent d'ardeur, aussi les occupants de cette tranchée et des abris voisins, se rendant compte que toute résistance devient inutile capitulent, et se rendent au Sous-Lieutenant AGUILLON qui, avec une poignée d'hommes fait ainsi prisonniers 200 Allemands dont 6 officiers et un Chef de Bataillon.

C'est alors que le Bataillon PINEAU reprend résolument et crânement la marche en avant.

Le 6e Bataillon, qui soutient le mouvement en avant du 1er Bataillon, reprend sa marche et, malgré les rafales combinées de mitrailleuses et d'Artillerie lourde, il parvient à gagner les baraques des cinq chemins, réalisant ainsi une nouvelle avance d'un kilomètre.

La nuit est venue, le Bataillon MEFFREY est en liaison à droite avec le RICM vers la ferme de Montremboeuf. A gauche, un trou existe, car les Américains n'ont pu encore déboucher de Vierzy. Se flanquant par des petits postes poussés sur sa gauche, le 6e Bataillon profite de la nuit pour prendre position en avant des cinq chemins, en vue de l'attaque du lendemain.

I’attaque recommence le 19. A 6h15, nouveau bond de 500 mètres sous un feu meurtrier de mitrailleuses: impossible de pousser au-delà; il faut se terrer dans les champs de blé.

Dans la journée du 20, le 11e Tirailleurs, qui est à la gauche du Régiment, attaque vigoureusement Tigny, mais ne peut se maintenir dans le village.

Le 21, avec l'aide de chars d'assaut et d'une puissante préparation d'Artillerie lourde, ce Régiment renouvelle en vain ses assauts sur Tigny.

L’effort fourni par le Régiment, son état de fatigue, les pertes subies, nécessitent une relève. Elle a lieu dans la nuit du 22 au 23.

 Au cours de ces quatre journées, le Régiment avait capturé:

950 prisonniers, 6 batteries dont deux lourdes, plus de 150 mitrailleuses et il avait effectué une avance de 7 km. Mais il avait perdu plus de 700 des siens, dont 7 officiers et 75 hommes tués.

Une fois encore il venait de se montrer digne de ses morts, digne de ses anciens et de son passé.

L'ordre général de la Xe Armée, consacre une cinquième fois, en ces termes, la valeur du 4e Mixte:

       « Régiment d'élite qui a montré une fois de plus qu'on pouvait entièrement compter sur lui. Le 18 juillet, énergiquement commandé par le Chef de Bataillon DHOMME, renforcé par le Bataillon DERANQUE du 8e Tirailleurs, est parti à l’assaut avec un entrain merveilleux, brisant toutes les résistances, refoulant l'ennemi sur une profondeur de 7 km, lui faisant subir des pertes cruelles et capturant 950 prisonniers, 26 canons, 150 mitrailleuses et un nombreux matériel»

Sans répit, le 4e Régiment Mixte va poursuivre sa tache.

 Relevé le 22 juillet par un Corps anglais, il est dirigé sur la région de Pierrefonds, Trosly-Breuil, ou il incorpore d'important renforts de jeunes classes; puis, sans avoir eu le temps d amalgamer ces nouvelles recrues, il remonte en ligne au Nord de la foret de Laigue, dans le secteur de Saint-Léger-aux-Bois en bordure de l'Oise, de Montmacq jusqu'à l'Ouest de Baifly. La rivière forme là une vaste boucle que l'ennemi occupe et que nous entourons.

Dans ce nouveau secteur, le Régiment est soumis nuit et jour à de violents bombardements par obus à ypérite dont les effets sont accrus par la présence des bois qui retiennent près du sol les vapeurs délétères. Aussi le nombre des évacuations est il considérable, près de 20 par jour. Le moral du 4e Mixte n'en est point atteint cependant et pour tromper son attente, le Régiment entreprend dans la boucle de I'Oise une série de reconnaissances offensives dont l'exécution dans des conditions topographiques déplorables, avec une rivière à dos développera dans la troupe les qualités d'audace et de décision qu'elle possède déjà à un haut degré.

Le 4e Mixte est ensuite appelé à prendre part à des opérations de plus grande envergure qui se préparent dans le voisinage et au cours desquelles il fera une ample moisson de lauriers. Ces opérations se déroulèrent du 13 au 29 août.

Le Régiment était en secteur dans la région de Saint-Léger aux Bois, quand, le 13 août, il reçut l'ordre de venir prendre position à la gauche de la 15e Dl, à la lisière Nord du bois Saint Mard.

Le 4e Mixte devait, avec deux Bataillons en première ligne et un Bataillon en soutien, enlever la première ligne boche (tranchée de Westphalie et de la joute), puis successivement, la montagne des Rosettes, l'éperon du Four à Verre et le bois de Carlepont (partie Ouest du bois de la Montagne), les deux Maupas, Laigle, la partie Est de la forêt de Carlepont et atteindre l'Oise entre Pontoise (inclus) et le hameau de Mont-à-Lagache (inclus).

Le Régiment, à qui allait incomber la lourde, mais glorieuse tache d'enlever ces défenses et d'ouvrir aux autres troupes de la Division l'accès de la plaine de Carlepont et des Maupas, se trouvait beaucoup moins en forme qu'il ne l'avait été à la veille de toutes les précédentes actions offensives auxquelles il avait pris part. L'offensive du 18 au 22 juillet vers Longpont lui avait coûté les meilleurs de ses officiers et de ses cadres. En outre, pour remplacer les 825 hommes mis hors de combat dans ses journées de lutte sanglante, le Régiment n'avait reçu qu'un renfort de 775 jeunes Tirailleurs, insuffisamment instruits et dont la plupart n'étaient arrivés que quelques jours avant la montée du Régiment en secteur (un renfort de 500 hommes le jour même).

L’amalgame indispensable, quand il s'agit des troupes indigènes, entre anciens et jeunes, n'existait donc pas. Cependant les événements montrèrent quel prodigieux ressort possédait cette troupe et de quel effort elle était encore capable grâce à l'énergie et à l'esprit de sacrifice de ses cadres et de ses anciens Tirailleurs français et indigènes.

Le 17, dans la nuit, les trois Bataillons du 4e Mixte prenaient leurs emplacements de combat.

Le 18 août, à 18 heures, le Bataillon MEFFREY, en liaison avec la 15e DI, attaquait pour prendre pied sur l'éperon au Nord du Four à Verre et déborder par le flanc Est la montagne des Rosettes sur laquelle marchait le Bataillon BISSERIER en la débordant par le flanc Ouest.

Après de vifs engagements au fusil mitrailleur et à la grenade, la montagne des Rosettes était enlevée à 20 heures environ, le Bataillon BISSERIER en occupait les pentes Nord et Ouest en liaison avec le 8e Tirailleurs à gauche et à droite avec le Bataillon MEFFREY qui tenait les pentes Est.

Le chiffre des prisonniers faits au cours de cet engagement s'élevait à 62.

Nos pertes s'élevaient à 138 (tués, blessés, intoxiqués, disparus).

Le 19 août, ordre parvenait au  Colonel commandant  le 4e Mixte que le mouvement en avant était momentanément suspendu. Les deux Bataillons (MEFFREY et BISSERIER) se retranchaient sur place et se mettaient en mesure de repousser toute contre-attaque ennemie.

Le 20 août, l'attaque générale était reprise à 7h10.

Partant du ravin au Sud du Four à Verre et du flanc Est de la montagne des Rosettes, le Bataillon MEFFREY attaquait avec acharnement l'éperon du Four à Verre et le Bataillon BISSERIER les lisières Sud de Carlepont. La lutte fut des plus rudes.

A 19 heures, la résistance de l'ennemi était définitivement rompue.

Après une journée de très durs combats, la position ennemie, solidement établie sur les hauteurs du Four à Verre, la crête Ouest du Bois de Carlepont, les lisières Sud du Grand Maupas et de Carlepont, était enfin forcée grâce à l'ardeur, à la ténacité et surtout l'opiniâtreté des Bataillons MEFFREY, PINEAU et BISSERIER qui, dix fois dans la journée, étaient revenus à l'assaut de positions formidablement organisées et défendues avec acharnement.

Le 21 août, le 4e Mixte reprenait sa marche droit au Nord en liant son mouvement à droite avec Ie 10e RI pour venir border l'Oise, de Mont à Lagache (inclus) à Pontoise (inclus).

Au cours de cette marche, des indices nombreux d'une retraite précipitée de l'ennemi étaient relevés.

Aussitôt arrivés sur l'Oise, les Bataillons de première ligne s’occupaient activement de rassembler des moyens de passage pour jeter sans tarder des reconnaissances sur la rive droite de la rivière.

Le 22 août le 4e Mixte renforce les détachements qu'il avait jetés de l'autre côté de l'Oise; il se constitue sur la rive droite de la rivière dans la boucle qu'elle forme au Sud de Morlincourt, de fortes avant-gardes destinées le cas échéant à couvrir le franchissement de la rivière par tout le Régiment.

C'est dans cette situation que se trouve le 31 août l'ordre de la relève qui le ramène en arrière dans le bois de Carlepont pour souffler un peu après ces rudes journées de combat et se reconstituer.

Les pertes totales du Régiment, au cours de ces journées, s'élevaient à :

Tués : 1 officier, 47 hommes de troupe.

Blessés ou intoxiqués: 11 officiers, 852 hommes de troupes.

disparus : 3 officiers, 3 hommes de troupe.

Les effectifs de certaines Compagnies étaient à ce point appauvris qu'il avait fallu procéder au fusionnement de deux bataillons en un seul.

Une citation à l'Ordre de la Xe Armée, la 6e depuis le mois d'octobre 1916, vient affirmer à nouveau les mérites du 4e Mixte

        «Régiment d'élite. Sous le commandement du Colonel VERNOIS est parti à l'attaque les 19 et 20 août 1918 avec un entrain merveilleux. Arrêté un moment par l'ennemi qui occupait une position formidablement défendue par des mitrailleuses en nombre considérable et qui lui causaient des pertes sévères, l'a manœuvré et obligé à une retraite précipitée. Continuant la poursuite, est arrivé au bord de la rivière sur les talons de l'ennemi, l'empêchant de détruire les passerelles qu'il y avait installées, réalisant ainsi une avance de prés de 10 km, faisant plus de 100 prisonniers, s'emparant de deux canons, et d'un matériel considérable».

Cette citation entraîne l'attribution de la fourragère rouge, apanage de quelques Régiments illustres, et que de tous les Régiments de Tirailleurs, ses aînés, le 4e Mixte est le premier à obtenir.

8-Du 16 septembre au 11 novembre 1918.

Alors commence une longue période reposante, féconde en impressions nouvelles.

Tout d'abord, embarqué en camions-autos, le 6 septembre à Tracy-le-Val, le Régiment va cantonner prés d'Estrées-Saint-Denis, dans les villages de Moyvillers et Arcy. Pendant dix jours, il se réorganise et goûte en paix un repos bien gagné.

Le 16, il s'embarque en chemin de fer, et le 17 il débarque dans la région de Montbêliard

C'est de là que, par étapes, il gagne la Haute-Alsace. La Division entre en secteur dans la région de Dannemarie. Le Régiment, lui, est tout d'abord en réserve à Chavannes-sur-l'Etang, près de Montreux-Vieux, à quelques pas de l'ancienne frontière. La troupe est employée à des travaux d'organisation d'une position de résistance. De plus, le Régiment est chargé de l'information d’une Brigade Américaine de la 88e DI US.

Le 11 octobre, le 4e Mixte monte en ligne à l'aile droite de la Division, sous secteur de Rechesy, en bordure de la frontière suisse. Les tranchées commencent à proximité des villages alsaciens que la guerre semble avoir respectés, tant la France a apporte de soins et d'ingéniosité a les soustraire aux bombardements. Entre les lignes, vers la droite extrême du secteur, des sentinelles suisses veillent. Un calme serein régne sur toute la contrée. Les Tirailleurs ont vécu quatre ans sans soupçonner que quelque part, le front put revêtir un tel aspect.

Le 1er novembre, le Régiment est relevé par le 2e Régiment de Tirailleurs marocains. Le 5, il se met en route pour une série d'étapes qui, par Méricourt, Fretey-les-Lure, Citers, Remiremont le conduisent dans la région où la Division se concentre.

Et c'est le 9 novembre, au Camp d'Arches, au cours d'une revue que le Général de CASTELNAU, commandant le GAE accroche au glorieux drapeau du 4e Mixte, en présence de son Colonel et d'une délégation, la fourragère a la couleur de la Légion d’honneur. Cette fourragère, il l'a conquise à Douaumont, à Louvemont; il l'a anoblie à Biermont, à Chavignon et rougie de son sang a Longpont et Carlepont, dépensant sa jeunesse, sa bravoure, son épuisable esprit de sacrifice. Des milliers de ses Tirailleurs l'ont payé de leur vie.

Cependant, arrivé le 10 a Saint-Navord, le Régiment, la nuit même, a minuit, se remet en marche. Le 10, déjà l'étape a été rude. Mais le bruit s'est répandu que le Maréchal FOCH a choisi ce secteur de Lorraine pour y frapper le coup de grâce. Depuis le mois d'août, l'ennemi est en retraite; son repli peu à peu s'est précipité, aujourd'hui il est désordonné. De la frontière hollandaise au pivot de Lorraine, a travers la Belgique qui renaît et les Ardennes dont on libère un lambeau à chaque heure, les Allemands en déroute reçoivent chaque jour un coup plus cruel d'un adversaire implacable. Chaque matin, depuis trois mois, nos journaux publient un nouveau bulletin de victoire. Le Kaiser s'est enfui, entraînant son fils dans sa chute; la révolution a éclaté à Hambourg, en Baviere, sur la Ruhr, à Berlin. Des plénipotentiaires sont venus apporter au Maréchal FOCH la supplication de l’Allemagne criminelle; ils sont repartis chargés de ses exigences formelles.

 

Le 11, on fait halte à Deyviller.

Et c’est là que parvient la nouvelle de l’Armistice.

La France est victorieuse.

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