Le sous-lieutenant
RAICHLEN fut chargé de cette mission.
Il fallait, pour
s'y rendre traverser un large plateau battu par les balles et les obus. Le
décrochage serait laborieux,
Debout sur la
ligne de feu, RAICHLEN enlève ses deux sections à la fois. Des
tirailleurs tombent. Après quelques pas, un flottement se produit. Une
section prend le pas gymnastique. Le mouvement de repli va-t-il dégénérer
en panique? D'autres troupes sont là. Un mouvement de repli précipité
peut entraîner tout le monde. RAICHLEN arrête ses tirailleurs, leur fait
faire demi-tour et là sous le feu comme à l'exercice, les deux sections
se rassemblent et s'alignent, puis, au commandement exécutent des
mouvements de maniement d'armes.
Et l'on peut voir
alors cette petite troupe gagnant l'emplacement qui lui était assigné au
pas cadencé, l'arme sur l'épaule droite comme pour un défilé.
2)
Le 5e Bataillon sur la Marne et sur l’Aisne avec la 1er
Di de marche du Maroc.
Le 13 août, le 5e
Bataillon (Commandant TISSEYRE) est rassemblé à Mekhnès. Il est
transporté les 13 et 14 août par voie ferrée à Mehedia où il est
embarqué pour Cette sur le « Mingrelie». De Cette, il est dirigé sur
Bordeaux. Le Bataillon fait partie du Régiment de Marche de Tirailleurs
indigènes composé d'un Bataillon de chacun des 4e,5e,6e
et 7e Régiments de Tirailleurs. Ce régiment, sous les ordres
du Colonel CROS, fait partie de la 2e Brigade de la Ire Division de Marche
du Maroc, commandée par le Général HUMBERT. Le 24 août, il quitte
Bordeaux et le 25 il débarque à Tournes, prés de Mézières. Dès le 28
août, il prend part au combat de la Fosse-à-l’eau.
Le
30 août, à Berthoncourt, prés de Rethel, il lui est demandé un sérieux
effort et il y perd 10 Officiers, 9 Sous-Officiers. La Division à l'ordre
de tenir l'ennemi jusqu'à 16 heures. Les tirailleurs se déploient sur l'éperon
à l'est de Berthoncourt. Les coloniaux enlèvent le village a la baïonnette.
Des contre-attaques furieuses de l'ennemi les délogent. Le Bataillon
couvre leur retraite, et, de pied ferme reçoit le choc des Allemands,
leur infligeant des pertes élevées.
Le
Général BLONDLAT donne l'ordre de la retraite. L’ennemi épuisé ne
peut poursuivre. Le Bataillon franchit l'Aisne et, après le combat d'Allincourt
( 1er septembre) l'ennemi perd le contact.
L'heure
de l'offensive arrive enfin, le 5e Bataillon reçoit l'ordre de
se porter sur Saint-Gond et de tenir toutes les routes des Marais. C'est
alors cinq jours de luttes héroïques. Toute une division de la Garde
prussienne, appuyée d'une puissante artillerie parvient à franchir le
marais, mais se brise sur la falaise de Mondement. Le Bataillon est mêlé
à toutes les alternatives de flux et de reflux.
Le
10 septembre, l'ennemi lâche pied, abandonnant une grande quantité de
matériel.
Les
Tirailleurs le poursuivent. Cette avance les amène jusqu'à Beaumont, au
sud de Reims. Les efforts répétés pour gravir les hauteurs de Nogent et
de Broyes restent infructueux.
La
vie de tranchées commence dans le secteur des Marquises, puis au fort de
la Pompelle. Le Commandant TISSEYRE, blessé grièvement, est remplacé
par le Commandant TOUPNOT.
Le
5e Bataillon reste dans ce secteur jusqu'a la fin d'octobre,
puis est renvoyé au plateau de Paissy, où il trouve les 1er
et 6e Bataillons.
3)
Du 6 Novembre1914 au 25 septembre 1915.
Les
trois Bataillons du Régiment sont réunis. Le Régiment de Marche est au
complet sous les ordres du Lieutenant-Colonel DAUGAN.
a)
Attaque de Soupir.
Le
3 novembre, le Régiment s'apprêtait à s'embarquer en automobile pour
une direction inconnue; mais des troupes voisines ont perdu du terrain et
il faut le reconquérir.
Le
4e Tirailleurs est mis à la disposition du 1er
Corps d'armée; Il reçoit l'ordre d'attaquer par surprise les positions
allemandes au nord de Soupir et de reporter la ligne aux anciennes lignes
françaises.
L'attaque
sera dure. Les Boches tiennent des pentes boisées précédées d'un
glacis de 1800 mètres qu'il faudra franchir sous le feu de leurs
mitrailleuses.
La
marche d'approche se fait de nuit.
Le
6 novembre, à 5h40, les deux colonnes d'attaque débouchent; un épais
brouillard couvre la vallée, mais la clarté de la lune permet de se
diriger. Les avant-gardes, 24e et 18e Compagnies, s'élancent
sur leurs objectifs, franchissent le glacis, bousculent et traversent la
première ligne allemande.
Mais
la 2e ligne a été alertée et un feu terrible de
mitrailleuses fauche tout ce qui tente d'approcher de la lisière du bois.
Aussitôt
l'on s'accroche au terrain, à 50 mètres de l'ennemi. On travaille, on
creuse, on organise ; Si l'on ne peut plus avancer, du moins le Boche ne
reprendra rien du terrain reconquis.
La
position, dominée par l’ennemi, semble si difficile à tenir que le
commandant du groupement (Colonel CORNU) donne l'ordre de l'évacuer.
Le Commandant
TOUPNOT déclare que les travaux faits permettent de résister à toute
attaque et demande l'autorisation de rester sur place. Le Colonel CORNU
vient lui-même, au point du jour, constate que les tirailleurs ne veulent
rien lâcher de ce qu'ils ont conquis et donne l'autorisation de ne pas
reculer,
Le
Régiment tient le secteur jusqu'au 16 novembre, puis il est envoyé au
repos à Fismes. Il l'avait bien gagné : depuis le 6 novembre il avait
perdu 207 tués et 316 blessés.
Le
24 novembre, il embarque en camions autos et rejoint la 1ere Division
du Maroc à Mailly-Champagne. Entre Ludes et Mailly, il rencontre le Général BLONDLAT, Commandant la Division et
défile devant lui.
b)
La Ferme d'Alger.
Du
25 novembre 1914 au 22 avril 1915, le Régiment tient le secteur de «la
Pompelle», «Ferme d'Alger»; guerre de tranchées, guerre de mines,
dure, fatigante. Le Régiment, par un travail obstiné et bien conduit,
fait de son secteur un secteur modèle. Il trouve, de plus, le moyen d'y
glaner de la gloire.
Le
22 décembre, au Bois des Zouaves, le 1er Bataillon attaque.
Dans ce premier essai, on n'arrive pas à détruire les défenses
accessoires.
Le
30 décembre, à 4h20, une vive fusillade éclate devant la ferme d'Alger.
Les troupes alertées sautent à leurs emplacements de combat, puis la
fusillade cesse, une partie des troupes regagne ses abris.
A
5h15, une formidable explosion se fait entendre. Toute la ferme a sauté,
engloutissant la moitié de la section BOUTEILLE et une escouade de la
section FAVIER (2e Compagnie)
35
tués, 25 disparus, 40 blessés.
Le
Capitaine JEAN, dont l'abri s'est effondré, sort avec peine des décombres.
Il court aux emplacements de combat de sa Compagnie; tout le monde est à
son poste et sur les lèvres mêmes de l'énorme entonnoir de 40 mètres
de diamètre et de 32 mètres de profondeur, les tirailleurs se tiennent
prêts à repousser l'ennemi. L’aIlemand se précipite sur nos tranchées
croyant sans doute les trouver vides, mais il est accueilli par un feu précis
et reconduit la baïonnette dans les reins. Il reflue vers ses tranchées,
abandonnant quelques cadavres. Son attaque, malgré l'explosion formidable
qui l'a précédée, ne lui a pas fait gagner un pouce de terrain. Puis la
guerre de tranchée recommence, monotone et fatigante. Les Boches tentent
de nous faire sauter de nouveau, mais le Capitaine du Génie CUSSENOZ a
pris la direction de la contre-mine, aidé du Lieutenant de tirailleurs
RAICHLEN et de l'Adjudant PEGAND.
Ils
conduisent leurs travaux avec une telle science et une telle ardeur que
les galeries boches sont bientôt repérées, minées, et que l'ennemi est
rejeté loin de nos positions.
Le
1er mars, une forte attaque boche vient donner une fois de plus
aux tirailleurs l'occasion de montrer que les positions qu'ils défendent
sont inviolables. Après un bombardement de plusieurs heures, les
Allemands sortent de leurs tranchées et se précipitent à l'attaque de
la ferme d'Alger et des tranchées situées à l'ouest et à l'est. Ils
atteignent nos fils de fer. Mais trois compagnies les accueillent par un
feu ajusté qui les décime, et ils refoulent vers leurs tranchées,
laissant de nombreux cadavres sur le terrain. Les tirailleurs avaient été
superbes, bon nombre d'entre eux montant sur les parapets, malgré les
obus, pour mieux voir et mieux tirer. Les Allemands semblent avoir compris
que toute attaque contre le 4e Tirailleurs sera brisée; ils se
contentent désormais de bombarder ou de mitrailler le secteur, mais ils
ne tentent plus aucune attaque jusqu'au 21 avril date à laquelle le Régiment
est relevé.
Du 15 août 1914
au 21 avril 1915, le Régiment avait perdu en tués, blessés ou disparus:
51 officiers et 2649 hommes de troupe.
c)
Combats en Artois.
Le 25 avril 1915,
le Régiment embarque en chemin de fer.
Ou va-t-on? On
n'en sait rien. Mais qu'importe le lieu. Si I’on appelle la Division
Marocaine, c'est qu'il y a de bons coups à donner et le Boche va sentir
ce que pèsent les coups donnés par les Tirailleurs, les Zouaves et la Légion.
Le trajet est
long, la nuit arrive; dans le lointain, des lueurs. C'est Paris que l'on
contourne, et quelques regrets montent au cœur de chacun de ne pouvoir,
avant la bataille, défiler dans la Capitale. Puis l'on traverse Amiens,
Abbeville. On débarque à Houdain, et, tout de suite, une surprise attend
le Régiment. Tous les mouvements se font en plein jour. Les colonnes
s'allongent paisiblement sur les routes, une nuée d'avions survole les
troupes, mais tous sont français, pas un avion boche ne se fait voir. La
confiance grandit.
En attendant
l’attaque, on prépare le terrain, on creuse des boyaux, des parallèles;
les travaux sont pénibles, le trajet pour se rendre au travail est long
et fatigant, mais cela n'est rien, c'est pour la victoire, et puis, en se
rendant au travail, on voit les canons de 155, les mortiers de 220. qui
commencent leur réglage pour la préparation d'artillerie. Les Boches ne
tiendront pas. Enfin le grand jour arrive.
Le 9 mai, à 4h30,
le Régiment est rassemblé en réserve de Corps d'Armée; il est
impatient de s'engager et lorsque, à 11 heures, les nouvelles arrivent,
lorsque les blessés racontent que la Légion et le 7e
Tirailleurs sont à la côte 140, les hommes mettent d'eux-mêmes sac au
dos et rompent les faisceaux prêts à marcher.
A 14 heures, le Régiment
se porte sur Mont-Saint-EIoi, puis sur la ferme Berthonval; le 6e
Bataillon, (capitaine BERTHELON), est en tête, suivi du
1er (Commandant BOIZOT), puis du 5e
(Commandant TOUPNOT).
Le 6e
Bataillon se porte ensuite vers la côte 123, à l'est de la route de Béthune
et renforce le 7e Tirailleurs et la Légion très éprouvés.
Le
chemin creux est organisé par la 21e Compagnie, les autres
compagnies la soutiennent en arrière et la flanquent.
Le
1er Bataillon s'installe à l'ouest de la route de Béthune.
Le
5e Bataillon occupe les Ouvrages Blancs.
De
nombreuses patrouilles boches tentent, pendant la nuit d'aborder le front;
elles sont repoussées, les cadavres s'alignent devant la position.
Le
Colonel DAUGAN a pris le commandement de la brigade; le Commandant TOUPNOT,
celui du Régiment. Le 5e Bataillon est commandé par le
Capitaine DUCOURNEAU.
Dés
l'aube du 10 mai, les Boches tentent de nouveau de s'approcher ; ils sont
reçus à coups de fusil. Mais, pendant toute la matinée et le
commencement de l'après-midi, descendant de la côte 140 par petits
paquets en utilisant les chemins creux, les Boches s'approchent de la côte
123. L'artillerie tire sur eux, elle les disperse et en tue beaucoup, mais
les chemins creux sont profonds et les Boches avancent quand même.
A
15 h. 30, une troupe de la valeur d'un bataillon sort du chemin creux à
250 mètres de la 21e Compagnie, elle est fauchée par nos
feux; les Boches refluent, mais ils se sont aperçus que la 21e
formait saillant. Ils continuent leur marche dans le chemin creux et une
compagnie débouche sur la droite de la 21e Compagnie.
Cette
Compagnie, décimée par l'Artillerie a perdu trois de ses Officiers, le
Capitaine PATRIARCHE, blessé dès le matin, est blessé de nouveau; ses débris
(50 hommes à peine) se replient sur la
22e Compagnie, établie dans une tranchée à 200 mètres
en arrière. Les Boches ne progressent pas plus avant.
Le
5e Bataillon se rapproche et, dans la nuit, deux compagnies, la
19e (Capitaine GUENNEBEAUX), et la 17e (
sous-lieutenant CHATTON), viennent renforcer le 6e Bataillon
ainsi que deux sections de mitrailleuses.
On
décide d'attaquer la côte 123, le 11 mai, à 14 heures, mais la préparation
d'artillerie est insuffisante, les mitrailleuses boches battent tout le
terrain; les Compagnies de première ligne tentent de se porter en avant,
elles ne peuvent déboucher; les Compagnies de soutien les rejoignent,
elles perdent les deux tiers de leur effectif et ne peuvent, elles non
plus, déboucher. Elles se cramponnent alors au terrain. Les Boches
tentent de contre-attaquer en descendant des hauteurs 119 et 140 et en
sortant des bois de la Folie, ils sont à leur tour fauchés par les
sections de mitrailleuses La Casiniere et Carlotti.
Les tentatives de
l'ennemi pour reprendre le terrain perdu avaient été enrayées.
Le Régiment est
relevé dans la nuit du 11 au 12 mai et se rend dans la région de
Guestreville.
Les pertes avaient
été sévères: 6 Officiers tués, 15 blessés. 873 sous-officiers,
caporaux et tirailleurs ne répondaient pas à l'appel.
Mais quelques
renforts arrivent et le Régiment se reforme. Il faut être bientôt prêt
pour de nouveaux combats.
A peine reconstitués,
le 16 juin 1915, le Régiment attaque en première ligne.
Attaque de vive
force, sur le terrain même de l'attaque du 9 mai, contre un ennemi qui a
rassemblé des moyens pour arrêter notre offensive et qui bombarde
violemment, sans discontinuer depuis le 9 mai.
Le terrain à
conquérir est un vallon très accentué (un des ravins à l'est de
Souchez). Le Régiment est formé sur douze lignes minces, successives et
derrière lui, suit la Légion.
A sa droite, la 2e
Brigade de la Division du Maroc : a sa gauche, une autre Division.
A 12h. 15,
l'attaque débouche.
La Division
Marocaine porte sa tête d’un seul élan jusque de l'autre côté du
ravin. Les divisions voisines sont arrêtées. Celle de gauche est rejetée
dans ses tranchées de départ.
Aussi l'ennemi qui s'est ressaisi, prend Complètement d’enfilade notre
ravin, dissociant les unités, empêchant toute circulation et tout
ravitaillement.
En tête de l'attaque, de l'autre côte du ravin, des Tirailleurs du 5e
et du 1er Bataillon, mélangés avec des Zouaves, tiennent la
tranchée des Walkyries. Le Commandant AUBERTIN prend le commandement de
ce front et s'y organise. La majeure partie du 1er Bataillon
s'accroche sur le flanc gauche, ne pouvant plus bouger, mais bien décidé
à garder le terrain conquis. Son Chef le Commandant BOIZOT, est
mortellement blessé; le Capitaine MENNETRIER, qui le remplace, est blessé;
le Capitaine NORMAND dirige la résistance.
Le Lieutenant-Colonel DAUGAN
engage alors le 6e Bataillon, pour consolider toute cette ligne très précaire.
Il n'y arrive qu'au prix de pertes très cruelles dont celle de son Chef
le Commandant DUCHAT, grièvement blesse.
Le
mouvement offensif est définitivement arrêté, mais chacun n’a
d'autre idée que de conserver le terrain conquis.
Des
contre-attaques ennemies sont fauchées rien que par le feu de
mousqueterie; en vain l'ennemi presse constamment notre gauche à la
grenade et s'acharne sur nos communications dans le ravin et dans la
tranchée de départ.
Le
ravitaillement et l'évacuation ne sont possibles que pendant les quelques
heures de nuit, si courtes en juin. La souffrance de la soif devient aiguë.
Malgré
cette situation défavorable, les positions conquises sont rigoureusement
conservées jusqu'a la relève, qui n'est terminée que le 18 au matin.
Les
pertes avaient encore une fois été sévères 8 Officiers tués, 19 blessés.
1211 sous-officiers, caporaux et tirailleurs ne répondaient pas a
l'appel.
En
résumé, dans les deux affaires du 19 mai et du 16 juin, à moins d'un
mois d'intervalle, le 4e Tirailleurs avait exécuté les ordres
de ses Chefs, s'était emparé des objectifs indiqués, et avait, malgré
toutes les contre-attaques, conservé le terrain, et cela malgré qu'il
ait perdu : 3 OfFiciers supérieurs. 48 Officiers, 2.084 sous-officiers
caporaux et tirailleurs.
Les
pertes étaient la rançon de l'élan magnifique du Régiment et de
l'incomparable courage de ses tirailleurs.
C'est
le tirailleur ARADAN de la 17e Compagnie qui blessé grièvement
près de la route de Béthune, est étendu sur le terrain en attendant son
transport vers l'arrière, impossible en ce moment. Son Commandant de
compagnie essaie, par des paroles réconfortantes, de l'encourager et de
lui faire accepter plus facilement et ses douleurs et l'abandon momentané
dont il est l'objet. Mais ARÀDAN, montrant un mépris superbe de la mort
répond en souriant: «Qu'est-ce que tu veux, mon lieutenant, Mektoub! »
«Donne-moi des cigarettes à fumer jusqu'à ce que je meure ou que l'on
m'emporte». «C'est tout ce que je demande, le reste, je m'en f…»
Ce sont les
tirailleurs HASSIN BEN HAMED et KHELIFA, qui, s'étant trouvés en avant
des lignes d'assaut se voient entourés par les boches et sommés de se
rendre. Ils répondent à coups de baïonnette mettant hors de combat les
dix Allemands qui les entourent. HASSINE est blessé. Son camarade KHELIFA
le met à l'abri s « Ça va bien, lui dit HASSINE, je peux mourir. J’en
ai tué ma part. Va-t-en continuer ton devoir».
C'est un Officier
indigène qui entraîne ses hommes au moment où la 3e Compagnie doit
sortir des tranchées françaises. Le i6 juin, les Allemands ont déjà déclenché
leurs tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses. Le premier
peloton s'élance résolument, mais comme les pertes qu'il subit sont sévères,
il y a une hésitation parmi les hommes du 2e peloton.
C'est alors que le
Lieutenant indigène DAHMANI, qui commande le peloton, se met debout sur
la tranchée et crie à ses hommes en arabe « Dieu seul est Dieu et
Mohamed est son prophète! Ce ne sont pas les balles qui tuent, c'est la
volonté de Dieu»
Puis il commande: «En
avant!». Tout le monde le suit en répétant ses paroles.
Du 15 août 1914
au 17 juillet 1915, le Régiment avait perdu en tués, blessés ou
disparus s 102 Officiers et 4.872 hommes de troupe.
Le 16 septembre
1915, le Régiment recevait sa première citation à l'ordre de l'Armée
ainsi conçue
Ordre
Général de l'Armée N° 104: Le Général Commandant la Xe
Armée cite à l’ordre de l'Armée: le 4e RÉGIMENT DE MARCHE
DE TIRAIILEURS.
«Après
avoir pris part à toute la campagne du Maroc et assuré héroïquement en
1912 la défense de Fez, a fait preuve constamment, depuis le début de la
campagne, d'une parfaite discipline et de l'esprit d'offensive le plus énergique.
Le 16 juin, sous les ordres du lieutenant-Colonel DAUGAN, a enlevé de la
façon la plus brillante et au prix de lourdes pertes, quatre lignes de
tranchées ennemies et s'y est maintenu malgré un feu violent et des
contre-attaques répétées»
Signé:d'URBAL
c)
Repos et séjour en Alsace
Après quelques
jours de repos dans la région de Chelers, puis de Hesdin, le Régiment
embarque en chemin de fer et se rend dans la région de Montbéliard, où
il arrive le 8 juillet.
Le 17 juillet, il
cantonne dans la région de Frahier. Pendant toute cette période, il se
repose, s'instruit et amalgame les nombreux renforts qui lui ont été nécessaires
pour combler les pertes du 10 mai et du 16 juin 1915.
Les
19 et 20 août, le Régiment se rend dans la région de Traubach-le-Bas
pour y exécuter des travaux. Les Officiers disponibles effectuent des
reconnaissances sur le front.
Le
27 août, le Régiment relevé par le 7e Tirailleurs se rend
dans la région de Frahier.
Le 13 septembre,
le Président de la République, accompagné du Ministre de la Guerre, du
Général de MAUD'HUY, Commandant la VIIe Armée, passent, prés de Chaux,
la revue de la Division Marocaine.
IL décore de
la Croix de Guerre le drapeau du 4e Tirailleurs et attache
lui-même le glorieux insigne a la hampe du drapeau.
Les 14 et 15
septembre, le Régiment embarque en chemin de fer a Lure. Il débarque le
16 à Saint-Hilaire-au-Temple, d'où il se rend, par Suippes aux abris 4
et 5,et jusqu'au 24 septembre, il se prépare à l'attaque.
4)
Opérations en Champagne du 25 septembre au 18 octobre 1915.
a)
Attaque
du Bois Sabot.
Dans l'attaque
du 25 septembre 1915, en Champagne, le 4e Tirailleurs, sous les ordres du
Lieutenant-Colonel DAUGAN, encadrant trois bataillons de réserve (247e
et 248e d'Infanterie), est chargé de l'enlèvement du Bois
Sabot, bois fortifié et miné fortement, formant saillant des lignes
allemandes.
Le 5e
Bataillon, sous les ordres du Commandant AUBERTIN, doit attaquer à l'extrême
droite.
Les 1er
et 6e Bataillons
(Commandant DUPAS et Capitaine CASAMAJOR) doivent attaquer à l'extrême
gauche sous les ordres du Commandant CALMON.
La veille de
l'attaque, le Commandant DUPAS, grièvement blessé est remplacé à la tète
du 1er Bataillon par le Capitaine NORMAND.
Après une
puissante préparation d'artillerie, le 25 septembre, à 9h15, tirailleurs
et fantassins bondissent des tranchées dans un élan superbe et sautent
dans les lignes ennemies avant le déclenchement des tirs de barrage,
tombant sur les mitrailleuses avant qu'elles n'aient pu tirer.
La section de
l'Adjudant SACCALAIS, chargé de la liaison avec le Corps de droite,
bondit ainsi sur une section de mitrailleuses qui s'apprêtait à faucher
le corps voisin et tue tous les servants avant qu'ils aient fini de mettre
en batterie.
Mais l'intérieur du
bois est fortement organise, des mines sautent, des fortins ignorés de
nous se dévoilent et résistent désespérément.
De nombreux combats
locaux se livrent où la ténacité de nos tirailleurs finit par
triompher. Ce n'est que vers 18 heures que l'intérieur étant complètement
nettoyé, les deux ailes font leur jonction, terminant l’encerclement.
Le butin de la
journée fut considérable
: 500 prisonniers, 15
mitrailleuses, 10 minerwerfer; des armes, des munitions et un nombreux matériel
étaient tombés entre nos mains.
L'attaque française
avait réussi sur tout le front attaque.
Le lendemain, le 4e
tirailleurs se portait en avant pour livrer de nouveaux combats.
Ce brillant fait
d'armes valut au Régiment sa citation à l'Ordre de l'Armée.
Le Général
Commandant la IVe Armée cite à l’Ordre de l'Armée le 4e RÉGIMENT
DE MARCHE DE TIRAILLEURS
«Le
25 septembre 1915, opérant en deux détachements, s'est rué à l'assaut
du Bois Sabot, a enlevé la position d'un seul élan malgré l'explosion
de trois fourneaux de mine sous les pas des assaillants et l'organisation
formidable de la position, faisant plus de 400 prisonniers dont 11
Officiers et prenant de nombreuses mitrailleuses, des minenwerfer et un
matériel considérable».
Signé:
GOURAUD.
C'est à
l'attaque du Bois Sabot que la section du Lieutenant FRETILLÈRE, 23e
Compagnie, progressait dans les organisations allemandes du Bois Sabot.
Une explosion de mine coupe sa section en deux. Le Sergent ALI, No Mle
6879, et une vingtaine de tirailleurs, étourdis par l'explosion, sont
pris de l'autre côté de l'entonnoir par un groupe de quarante Allemands
et emmenés prisonniers. Au cours de leur retraite vers l'arrière, les
Allemands se trouvent tout à coup en présence d'un parti de Zouaves. Ils
s'arrêtent et hésitent sur la décision à prendre. Le sergent ALI qui
les observe, s'aperçoit de leur hésitation et en profite de suite. Il
commande aux tirailleurs de se jeter sur les Allemands pour les désarmer.
Ceux-ci stupéfaits, se laissent faire. C'est ainsi que quarante
prisonniers sont ramenés à la compagnie par des tirailleurs armés de
fusils allemands.
Un mois plus tard, le
Sergent ALI recevait la Médaille Militaire.
b)
Attaque
de la Butte de Souain
Les 26 et 27
septembre, le Régiment occupe et organise le terrain conquis sous de
violents bombardements.
Le 28 septembre, il attaque le Bois
P.16. En plein jour, a 15h30, après une marche d'approche difficile, sous
'un violent bombardement, les vagues d'assaut des bataillons AUBERTiN et
CASAMAJOR s'élancent superbement, mais les fils de fer boches sont
intacts et une violente fusillade leur fait perdre la moitie de leur
effectif.
Ils s'élancent de
nouveau, mais ne peuvent parvenir à franchir ces obstacles.
Enhardis, les boches
contre-attaquent, baïonnette au canon. Nos mitrailleuses les déciment,
ils rentrent précipitamment dans leurs tranchées.
Le 29 septembre,
le Régiment se réorganise à deux Compagnies par Bataillon et continue
à tenir le secteur.
Il
est relevé le 2 octobre et se rend au camp de la Noblette, puis à la
ferme Plémont.
Le 5, il reprend
sa place dans les tranchées et travaille jusqu'au 17 octobre à
l'organisation du terrain.
Les opérations
du 25 septembre au 17 octobre avaient coûté cher au Régiment: 8
Officiers tués, 27 blessés, 1884 Sous-Officiers, Caporaux et Tirailleurs
ne répondaient pas à l'appel.
C'est le 28
septembre que le Sous-Lieutenant indigène AMARA de la 22e
Compagnie, est apporte, blessé au PS du Bataillon.
Ses blessures
sont graves, il y a urgence à l'emporter vers l'arrière. Aussi, après
un rapide pansement, le Médecin Aide-Major BAQUET hâte les brancardiers.
Mais le Sous-Iieutenant AMARA, arrêtant leur élan « Docteur, tu me
faire grand plaisir de dire tout cela au Commandant»
Et
pour satisfaire son désir, le Médecin doit prendre sous sa dictée, des
notes enregistrant ses explications détaillées sur la conduite de sa
section pendant l’action, sur ce qu'il aurait voulu la conduire jusqu'au
bout, mais qu'il avait été blessé, était demeuré quelque temps entre
les lignes à la suite d'un léger recul des nôtres qui, ayant repris le
terrain, avaient pu alors le relever. Il termina enfin ses longues
explications par « Docteur, Vive la France! »
Après
quoi, il consentit à se laisser évacuer.
5)
D'octobre 1915 à juillet 1916.
Le
18 octobre, le Régiment, relevé, campe dans les bois au nord de Cuperly.
Il s'embarque le 20 à Saint-Hilaire-au-Temple, et est transporté à Béthisy-Saint-Pierre.
Le
26 octobre, le 2 Corps d'Armée colonial dont fait partie la Division du
Maroc, est passé en revue par le roi d’Angleterre, le Président de la
République, le prince de Galles et le Général JOFFRE.
Le
21 octobre, s'ouvre pour le Régiment une longue période d'instruction
intensive. Elle est poursuivie sans arrêt dans divers cantonnements et au
Camp de Crévecoeur jusqu’au 28 février.
Le
18 janvier, le Colonel DAUGAN, nommé Chef d’État-major du détachement
d'Armée de Lorraine, quitte le Régiment.
Le
Colonel MAURICE prend, à la date du 20 janvier, le Commandement du Régiment.
Il
le quitte le 16 février pour prendre le commandement du Régiment de
Tirailleurs Marocains. Le 25 février, il est remplacé par le
Lieutenant-Colonel DARDENNE venu du Dépôt du 1er Tirailleurs,
à Blidah.
Le
29 Février, le Régiment prend possession du secteur de la Cense;
sous-secteurs : l'Ecouvillon, La Carmoy. Il y restera jusqu'au 20 juin, y
fournissant un travail considérable d'organisation et faisant aux Boches,
dans le secteur de l'Ecouvillon, en particulier, une continuelle guerre
d'escarmouches.
C'est
pendant cette période que fut grièvement blessé le Caporal SADOK BEN
OTHMAN, légendaire au régiment. Il était originaire de Djendouba et
avait le matricule 64. En dix-neuf ans de services il avait gagné la Médaille
Militaire, une jolie brochette de décorations, le galon de première
classe et l'emploi de clairon. Il paraissait heureux de son sort,
tranquille, ne réclamant rien; et, pourtant, il devait avoir au fond du cœur
un peu de mélancolie, une modeste ambition non exprime , car, le jour où
son commandant de compagnie lui proposa d'abandonner ses fonctions de
clairon pour le grade de Caporal d'escouade, sans un mot d'acceptation ou
de remerciement, il courba simplement sa haute taille et baisa l'épaule
de son officier.
SADOK
devint, dés le premier jour, le Caporal le plus respecté de toute la
compagnie; ses jeunes tirailleurs l'adoraient et l’appelaient « le Viou
» comme de petits lignards auraient dit «le Grand-père». C'était l'époque
ou le régiment, après avoir fait ses preuves comme troupe de choc dans
une trentaine de combats, tenait et organisait la zone de la Cense. Les
tirailleurs maniaient plus souvent l'outil que le fusil; parfois
cependant, un ordre de départ en patrouille les rendait à des
occupations plus conformes à leur conception du rôle de soldat.
Or,
un jour, le 8 juin 1916, la section de SADOK se glissait dans les bois en
avant des réseaux de fil de fer lorsque, brusquement, les balles crépitèrent:
les Boches!. Devant SADOK, une barbe rousse. Il s'élance le premier, baïonnette
en avant; mais alors, au milieu de la fusillade, on entend le bruit d'une
toute petite grenade, probablement une balle explosive, et SADOK s'arrête
la main droite en lambeaux.
Trois
semaines après, l’Ordre du Régiment portait ceci : LÉGION D'HONNEUR.
Le GénéraI Commandant en Chef a fait, dans l'Ordre de la Légion
d'Honneur, la nomination suivante:
Au Grade de
Chevalier SADOK BEN OTHMAN EL
KELLAI, N° Mle 64, Caporal au 4e Régiment de Marche de
Tirailleurs, 2e Compagnie
«
Gradé d'élite, ayant de très beaux états de services, Médaillé
Militaire, deux fois cité à l'ordre pour la bravoure et le dévouement
dont il n'a cessé de faire preuve en toutes circonstances blessé grièvement
pour la deuxième fois, le 8 juin 1916,alors qu'a la tète de son
escouade, il poursuivait une patrouille ennemie;s'est montré digne de son
passé et de la tradition des vieux tirailleurs, disant en montrant sa
main broyée a son Chef de BatailIon « Cela ne fait rien. Toujours, je
ferai bien mon service pour la France ». Amputé de la main droite.
Le 5 juin, le premier ordre
instituant la fourragère la confère au 4e Tirailleurs. Six Régiments
et deux Bataillons de Chasseurs sont seuls admis à cet honneur.
Depuis
le début de la guerre, le Régiment a participé à plus de 20 combats et
perdu 130 Officiers et prés de 7000 hommes. Au cours des grandes
Batailles en Artois et en Champagne il a enlevé plusieurs lignes de
tranchées allemandes et reconquis un peu de la terre de France.
Français
et indigènes ont rivalisé d'entrain et de courage et se sont couverts de
gloire.
Pour
la 3e fois, le Régiment a été reconstitué et dans un état
superbe, prêt à entamer de nouvelles luttes qu'il conduit avec âpreté,
justifiant sa fière devise «Sans Peur et Sans Pitié».
Les
récompenses obtenues depuis le début de la guerre comprennent
10
Croix d'Officier de la Légion d'Honneur,
33
Croix de Chevalier,
97 Médailles
Militaire,
979 Citations.
Le
21 juin, le Régiment s'embarque à Estrées-Saint-Denis. Il débarque à
Boves, près d'Amiens, et se rend le 22 à Bayonvillers. Il y séjourne
jusqu'au 24, puis va, vers Proyart et Fontaine-les-Capy, prendre place en
ligne et participer aux travaux de préparation d'attaque.
Du 27 au 30, il retourne à
Bayonvillers, puis, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, il
vient, vers Proyart, se placer en réserve du 1er Corps d'Armée
colonial.
6)
Opération sur la Somme.
a)
Belloy-en-Santerre.
Depuis le 1er
juillet I916, la Division Marocaine suit à la trace le 1er
Corps d'Armée Colonial qui venait d'enlever DOMPIERRE et ASSEVILLERS.
La Légion, par un assaut célèbre,
s'empare de Belloy-en-Santerre, mais l'artillerie lourde, à bout de portée,
opère ses changements de position.
L'ennemi reçoit des renforts nombreux
et se réorganise sur d'excellentes positions.
Il
s'agit de tenir, pendant ce temps, le terrain conquis malgré le
bombardement, de jour en jour plus violent, malgré les efforts répétés
de l'ennemi.
Cette
mission de sacrifice est confiée à la Division Marocaine. Le 4e
Tirailleurs, sou~ le commandement du Lieutenant-Colonel DARDENNE, en prend
largement sa part.
Le
5 juillet, son front est immense, il comprend le parc de Belloy, que défendent
le Commandant VINCENT, puis le Commandant CASAMAJ0R, le Village de Belloy
et le boyau de la Tristesse, que défend le Bataillon AUBERTIN, face au
boyau de Chancelier.
Pendant
sept jours et sept nuits, malgré la fatigue et l'insomnie, malgré la
boue qui encrasse les armes, nos tirailleurs non contents de résister, exécutent
de violentes attaques de bataillons qui fixent l'ennemi sur ses positions
et qui donnent à nos renforts d'Artillerie le temps d'arriver.
Le
7 juillet, c'est le 5e Bataillon, qui, ayant attaqué sans succès
a deux reprises le boyau du Chancelier, avec la 5e Compagnie de
mitrailleuses, sous les ordres du Commandant AUBERTIN, s'y précipite
finalement en fourrageurs à la sonnerie de la charge profitant d'un
moment de défaillance de l'ennemi.
Malheureusement,
la pluie qui aveugle notre Artillerie, la boue qui enraye nos armes, nous
laissent à la merci d'une contre-attaque ennemie sur notre droite, qui
est en l'air.
En
vain, tous se dévouent; le Sous-lieutenant SANDAL-LASBORDE, Commandant
une section de mitrailleuses, prend sur le siège de la pièce la place de
ses tireurs successivement tués ; en vain, l'aspirant TOUPNOT retourne
contre l ennemi une mitrailleuse boche.
Le
sinistre boyau est de nouveau perdu, non sans nous avoir laissé
cependant, entre les mains 350 prisonniers boches.
C'est
la 21e compagnie, sous les ordres du Capitaine DE COURSON DE LA
VILLENEUVE, qui, en réserve, voyant le Régiment à notre droite rétrograder,
s'engage sans ordres, contre-attaque avec vigueur, à la baïonnette et à
la grenade, reprend le terrain perdu et bloque l'ennemi.
Le 9 juillet,
c’est le 1er Bataillon, sous les ordres du Commandant VINCENT
avec les 22e et 23e Compagnies, qui attaque devant
le parc de Belloy, de terribles positions défilées dans les blés,
constamment modifiés par des renforts ennemis imprévus.
L’héroïsme des
compagnies n'arrive qu'à fixer l'ennemi l'immobiliser et l’empêcher
lui-même d'attaquer.
Le
4e Tirailleurs restait tout surpris de n'avoir pas vu, selon
son habitude, fuir l'ennemi.
Mais sa mission était
remplie.
Le terrain,
vaillamment conquis par les coloniaux et la Légion, était conservé. L'Artillerie
lourde avait pu prendre position pour les futures attaques.
Le Régiment avait
perdu depuis le 1er juillet : 5 officiers et 70 hommes tues, 17
officiers et 854 blessés, 80 disparus.
Le 9 juillet, tout
ce qui reste de la 23e Compagnie est en première ligne à la
lisière Nord du parc de Belloy-en-Santerre. La Compagnie va attaquer. La
grosse artillerie ennemie tire d'une façon continue et violente sur les
premières positions. Les grands peupliers du parc sont coupés par les
obus les uns après les autres.
Ils
tombent lentement et le fracas de leur chute se mêle au vacarme des
explosions et au claquement des balles de mitrailleuses.
Couchés
dans le petit fossé qui borde la lisière, les tirailleurs attendent avec
calme l'heure de l'assaut.
KHEMIS
et AMARA dit «Le Bezouiche», sont assis et tranquillement, jouent aux
cartes. Ils sont attentifs et suivent leur jeu d'un oeil mobile. Leur Chef
de section passant par la les félicite de leur calme. Le Tirailleur
KHEMIS, qui vient de gagner les deux charrias (mois de solde) de son
camarade «Bézouiche», lui répond tranquillement avec un bon rire épanoui
«M'en fous des Boches, y vont faire comme le charria de Bézouiche, quand
j'y attaque, tout di suite, y faire déserteur».
b)
Lassigny - Le Plémont.
Le 13 juillet, le
Régiment est relevé, il séjourne quelques jours à Bayonvillers, puis
est transporté en chemin de fer dans la région de La
Neuville-Roi-Leglantier (Oise). Les cantonnements sont bons, les terrains
d'exercice ne manquent pas ; le régiment va pouvoir se refaire.
Mais
le 29 juillet, une nouvelle tâche est imposée au Régiment le haut
commandement a besoin de la 15e division d'infanterie
coloniale. Bien que le régiment ne soit pas encore au complet, bien que
l'instruction ne soit pas terminée, il faut aller la relever. On gardera
le secteur tout en s'instruisant, et, Si les hommes de garde sont moins
nombreux, on sera plus attentif, on travaillera encore plus et le Boche ne
s'en apercevra pas.
Le
Lieutenant-Colonel DARDENNE quitte le Régiment, le Commandant AUBERTIN,
nommé Lieutenant-Colonel prend le commandement du 4e
Tirailleurs.
Le
12 août 1916, le Général DEGOUTTE prend le commandement de la Division
Marocaine.
Le
Régiment tient le secteur jusqu’au 24 octobre; lorsqu’il le quitte,
il passe à ses successeurs un secteur complètement réorganisé, facile
à défendre et pourvu de nombreux abris. Le travail fourni a été considérable,
car l'instruction a été poussée à fond et tout en montant la garde, en
fusant des coups de mains chez les Boches, le Régiment s'est mis au
courant de toutes les armes nouvelles dont il vient d'être doté.
Le
Régiment se rend ensuite au camp de Crevecoeur, pour y parfaire encore
son instruction et se préparer à de nouvelles attaques.
c) Crévecoeur
- Roye.
Le
20 novembre, le Régiment part pour la Somme ou il relève la 10 Division
Coloniale.
L'hiver
1916-1917 fut un hiver de dur labeur pour le 4e Tirailleurs.
En
décembre, dans les boues de la Somme, il prépare avec l'énergie de la
misère une attaque qui ne se fit pas.
Dans
la nuit du 12 au 13 décembre 1916, le 6e Bataillon relève le
5e aux tranchées, entre Belloy-en-Santerre et Barleux.
Partout,
une boue épaisse. Les boyaux sont impraticables. Plusieurs tirailleurs
restent enlisés jusqu'à la ceinture, et doivent, au petit jour, être
arrachés à la terre. Mais la boue conserve leurs souliers, leur équipement
et leurs fusils.
Le soir, à la
tombée de la nuit, les tirailleurs HEREDIA et CHEDLI, MIe 1695, quittent
le poste de secours, organisent un petit pont de planches et se mettent au
travail pour essayer de sauver leurs fusils perdus dans cette boue
profonde. Et cependant l'artillerie boche tape sans cesse sur ce ravin
appelé le Ravin de la Mort «Règlement, règlement», dit CHEDLI.
En
janvier, dans la neige du Camp de Crévecoeur, le Régiment s'entraîne précipitamment
pour de nouveaux combats.
En
février, devant Roye, équipé à la légère, il est prêt à bondir
dans la trouée que d'autres vont faire devant lui.
Mais en mars,
l'ennemi, épouvanté, cède d'avance; aussitôt le 4e vole en
Champagne où les canons de Roye affluent, eux aussi.
7) D'avril à août
1917.
a)
En Champagne
Le 17 avril, à 3 h. 45, le 4e
tirailleurs, une fois de plus saute à la gorge de l'Allemand maudit.
L'attaque a été
montée à toute vitesse, c’est la manœuvre!. On le sait, mais on sait
aussi qu'on les aura quand même,
Aussi quand, dans
l'aube naissante, le Bataillon DAUZIER (1er bataillon) est
disloqué sur la première ligne ennemie par des réseaux encore debout,
par le déclenchement du barrage d'artillerie et de mitrailleuses boches
et par la perte de son Chef, personne ne frémit.
D'autres,
peut-être, auraient cédé, déclaré partie nulle et signé le revers.
Le 4e Tirailleurs veut les avoir quand même et il sait faire.
La
poursuite sur le plateau n'est plus possible, on entame le combat de trous
avec le tir courbe et aussitôt dans les entonnoirs, dans les boyaux, le
combat à la grenade s'engage suivi par les ravitailleurs et par des fils
téléphoniques qui lui rendront la protection de son artillerie.
Sous le
commandement du Capitaine PATRIARCHE,le 1er Bataillon avance
ainsi pas à pas, fraternellement aidé par les compagnies du Bataillon
PETITPAS de la VASSELAIS (5e Bataillon), qui, sans s'accumuler
inutilement sur lui, ont immédiatement prolongé son flanc gauche, et,
ainsi toute la journée, l'ennemi recule.
Il recule, lentement, car ce sont des
Saxons qui se défendent superbement, mais cinq cents mètres sont gagnés
dans la journée.
Les
lignes étant confondues, on signalait partout des détachements français,
on n'osait y employer le 75.
Le
18 seulement, la situation s'éclaircit et le Iieutenant-Colonel AUBERTIN,
qui commande le Régiment, peut enfin, avec les concentrations des belles
batteries du commandant
CHANSON, déblayer le terrain devant les Tirailleurs du Commandant de la
VASSELAIS, qui gagne encore ses cinq cents mètres.
Le
19, nouveaux progrès, toujours de cinq cents mètres,
Le 20, la situation est claire; on peut
manœuvrer, employer artillerie lourde et légère; aussi, par une belle
et énergique manœuvre d'encerclement, le Commandant MENNETRIER a la tête
du 6e Bataillon, atteint l’objectif du Bois Noir. Mais aussi
que d'actes de bravoure à citer
Dans
la nuit du 13 au 14 avril 1917, en Champagne, un coup de main est tenté
sur la première ligne ennemie.
Le
détachement est accueilli dès sa sortie de la brèche faite dans nos réseaux
par des rafales de mitrailleuses. Ne pouvant aller plus loin, il rentre
dans nos lignes.
Au
petit jour, des cris sont entendus par les sentinelles en avant du petit
poste d'où était parti le détachement.
Les
tirailleurs ALI BEN YOUSSEF,
N° Mat 3161 et BOUBAKEUR, N°Mat 17471 de la 2e Section,
passant sur le parapet de la tranchée, aperçoivent entre les deux
lignes, le Caporal ALEYA de la 17e Compagnie, blessés, qui ne
pouvait marcher.
Ils enjambent les fils de fer, courent
vers leur camarade, et, sous les feux des mitrailleuses qui n'étaient
qu'a une cinquantaine de mètres, le ramènent au petit poste.
La
23e Compagnie tenait un saillant boisé, le secteur
d'attaque du Régiment.
Les
tirailleurs ALI, N° Mat 17.759,et ABD El. AZIZ N° MIe 17471 de la 40e
Section, sous une pluie de projectile de tous calibres assuraient avec
vigilance leur service de guetteur.
Un
obus de 150 vint à tomber entre les deux sentinelles et les blessa grièvement.
ALI ,qui avait au ventre une blessure affreuse, mettant â nu ses
intestins, dit à ses camarades accourus pour le secourir
« Bel Koum, khalina mouth tranquille;
mektouh ena mouth fi Champagne. Eslem lennes koul Filaméne».
( Attention, laissez-moi mourir
tranquille; moi, Dieu a voulu que je sois tué en Champagne. Que la bénédiction
de Dieu soit sur vous tous. Au revoir ).
Il tourna ses yeux vers le ciel et
rendit peu après son dernier soupir.
Quatre
heures quarante cinq minutes.
C'est l'heure fixée
par le commandement pour attaquer.
Les Tirailleurs du
1er Bataillon, en première vague d'assaut, débouchent des
parallèles françaises et sautent dans les tranchées allemandes.
Le
Boche déclenche le tir de barrage et les mitrailleuses crachent avec
ensemble.
Dans le Bataillon
de soutien, un groupe hésite devant cette avalanche de projectiles.
C'est alors qu'un
pionnier, ALLOUCHE MADJER, N° MIe 17766, bouillant
d'impatience, saute, d'un bond, sur le parapet, au mépris des balles et
des obus et, au cri de «En avant, vive la France» ,il fonce en avant.
Une
balle atteint le brave; qu'importe!, suivi de tout un groupe, il franchit
le tir de barrage et le voici combattant ardemment.
La fièvre dans
les yeux, il guette et tire sur tout ce qui se présente comme ennemis.
Soudain, un obus
éclate si prés de lui, qu'il le blesse plus sérieusement.
ALLOUCHE,
déjà affaibli par sa première blessure, continue cependant à avancer
jusqu'à-ce que ses forces le trahissent.
Emmené
par un camarade au poste de secours, il répond encore aux questions qu'on
lui pose. «C'est grave?» lui demanda-t-on sur son passage; mais lui tout
entier au combat répond: «je n'ai pas de chance: blessé, je m'en fiche,
mais évacué, c'est bien ennuyeux».
b)
Sur la Marne
Du
24 au 26 avril, le Régiment est relevé. Il va se reposer et se refaire
dans la région de Saint-Mart-Ies-Rouffy-Vouizy (Marne).
Le 21 mai, il se rend à
Saint-Hilaire-au-Temple et a Cuperly.
Le
2 Juin, il est alerté et embarqué en auto-camions; le 3, il débarque
dans la région de Vaux-Varennes, et, le 4 au soir, il relève les troupes
qui occupent le secteur, entre la Miette et l'Aisne.
Ce
secteur, nouvellement conquis, n'est pas organisé. Il est dominé par les
cratères de la cote 108, occupés par les boches et par les hauteurs de
Juvincourt; aucun travail, aucun ravitaillement ne sont possibles de jour.
Alors, on marche,
on travaille toute la nuit, malgré les tirs de harcèlement dont les
Boches sont prodigues, et, lorsque, au bout d'un mois, le 4 juillet le Régiment
part pour la vallée de l'Aube, le secteur a été amélioré.
Du 7 juillet au 11
août, dans la région de Nogent-sur-Aube, le Régiment se repose, se
divertit, célèbre des anniversaires glorieux et se prépare à l'attaque
de Verdun
Le Général
GOURAUD vient passer en revue la Division et la félicite de sa belle
tenue.
Tous
travaillent à plein cœur, et c'est avec joie et confiance que le 11 août,
le Régiment s'embarque en camions pour Verdun.
8)
Offensive devant Verdun.
L'offensive du 20
août 1917, au nord de Verdun, avait été préparée comme savent et
peuvent le faire des troupes aguerries.
Une
partie seulement des États-majors de Division et de régiment s'était établi
dans le secteur, étudiant et préparant tout ce qu'il fallait pour déboucher.
Les Bataillons,
loin en arrière, étudiaient leur opération sur des cartes et sur les
plans en relief, s'exerçaient et s'entraînaient.
Ils ne furent amenés
sur la position qu'au dernier moment, la plupart dans la dernière nuit.
Cependant, chacun
savait bien ou il devait frapper, l'opération, qui était à portée
limitée, était bien définie. Le plan d'engagement fixait la mission de
chacun et prévoyait tout ce qu'il était possible de prévoir.
L'objectif était
le bois de Lumières dont la lisière sud dominait de haut toute la région.
Dans
la nuit du 19 au 20 août, pendant qu'une puissante préparation
d'artillerie achevait de bouleverser les lignes allemandes, la Division du
Maroc, au travers des barrages d'obus toxiques, prenait silencieusement sa
formation d’assaut à l'ouest de la Meuse, de part et d'autre des ruines
de Chattancourt.
Le
20 août, à 4 heures, dans un cadre infernal, sur une terre qui tremble,
dans une atmosphère empoisonnée au milieu de fumées embrasées par
l'aurore et constellées d'explosions,
le 5e Bataillon, Commandant NORMAND, débouche derrière un irrésistible
barrage roulant que les Tirailleurs impatients trouvent trop lent à leur
gré.
Il
dépasse son premier objectif, submerge la première position, escalade la
côte de l'Oie, et enlève la lisière sud du bois de Cumières, réduisant
facilement les dernières résistances de l'ennemi.
Vers 6 heures, le
drapeau tricolore, lancé en plein ciel par une fusée, annonce que le
deuxième objectif est atteint.
Le Général de
Division fait communiquer que l’attaque sera reprise à 8 heures.
A ce moment, le
6e Bataillon, Commandant MENNERIER, traversant le 5e
Bataillon, déblaie le bois de Cumières, atteint la lisière Nord et
s'empare des ouvrages et batteries qui en défendent le débouché ; le
troisième objectif est atteint.
On
se trouve alors sur la pente descendant vers le ruisseau de Forges. Du
bois de Forges, en face, les renforts ennemis n'osent pas contre-attaquer,
mais ils bombardent et mitraillent vigoureusement.
Néanmoins,
la progression continue par les boyaux et les creux de terrain, rapportant
à chaque pas, de nouveaux prisonniers.
A
11h30, le Commandant MENNERIER fait entreprendre la conquête méthodique
des derniers ouvrages ennemis.
Le
quatrième objectif est aussi atteint vers 17 heures, à deux kilomètres
de nos tranchées de départ.
Le
1er Bataillon, Capitaine PATRIARCHE, avait fourni des Compagnies de
nettoyeurs de tranchées et assurait le service de réserve de division.
La
Légion, à droite, les Zouaves a gauche avaient progressé parallèlement.
La nuit se passe
à organiser les positions.
Toute cette opération
avait été conçue, préparée et exécutée avec une telle précision
que le Lieutenant-Colonel AUBERTIN, Commandant le Régiment, quoique resté
en liaison téléphonique constante avec les bataillons, le Commandement
et l'artillerie, n'eut dans tout le courant de cette journée, aucun ordre
à donner pour modifier le plan d'engagement.
Le 2, au point
du jour, dans le brouillard, des reconnaissances ennemies viennent se
heurter à nos postes avancés.
Elles
sont immédiatement rejetées à la baïonnette et poursuivies d'un seul
élan jusqu'au ruisseau de Forges.
Tout
le versant Nord de la Vallée de Forges est interdit à l'ennemi.
Cette situation
est confirmée pendant les jours suivants par de vigoureuses
reconnaissances offensives, tandis, que les trois bataillons concourent à
créer le nouveau front et l’organiser sous la réaction de l'ennemi qui
reprend des forces tous les jours.
Le
gros du régiment ne quitte le front que le 3 septembre, quatorze jours
après l'attaque.
Grâce à la
puissance et a la perfection de la préparation, nos pertes furent
relativement légères et notre butin considérable
400 prisonniers,
bien dénombrés ; 6 canons, 11 mitrailleuses, 3 minenwerfer et un
nombreux matériel.
Ces rudes journées
valaient au Régiment sa 3e citation à l'ordre de l'Armée.
Extrait de l’Ordre
Général, N° 900, du 20 septembre 1917:
Le Général
Commandant la IIe Armée cite à l'Ordre de l'Armée le 4e RÉGIMENT
DE MARCHE DE TIRAILLEURS.
"
Régiment de tout premier ordre et remarquablement entraîné. A donné le
20 août 1917, sous les ordres du Lieutenant Colonel AUBERTIN la preuve de
sa haute valeur en enlevant, sur une profondeur de trois kilomètres, une
série de puissantes organisations ennemies en conservant l'ordre le plus
parfait. Arrivé au terme de ses objectifs, s'est emparé, par une
brillante et vigoureuse action, d'une batterie ennemie encore armée,
puis, prêtant son concours au Régiment voisin, a poussé ses
reconnaissances jusqu'aux nouvelles lignes ennemies, pénétrant dans un
village encore occupé et fouillant les batteries abandonnées par
l'ennemi, où il a recueilli du personnel et effectué des destructions. A
fait 400 prisonniers et capturé 6 canons, 11 mitrailleuses et 2
minenwerfer"
9)
Maxey-Bois-L’Eveque-FIirey.
Le 5 septembre, le
Régiment débarque à Maxey-sur-Vaise (Lorraine).
Le Général
DEGOUTTE est nommé au commandement du 21 Corps d'Armée.
Le Général
DAUGAN prend le commandement de la Division Marocaine.
Le 4e
Tirailleurs retrouve son ancien Colonel, celui qui l'a conduit à la
victoire au Plateau de Paissy, à Soupir, à la ferme d'Alger, à Arras,
au Bois Sabot.
Le 8 septembre, le
Régiment se rend à Domremy, et présente à la vierge Lorraine les armes
qui ont commencé la libération du territoire, les armes qui, partout ou
le Régiment a attaqué, ont reconquis la terre française. Chacun
souhaite en son cœur de faire comme Jeanne d'Arc, de bouter l'ennemi hors
de France.
Le 9 septembre, le
Régiment quitte ses bons cantonnements de la région de Vaucouleurs, ou
l'accueil des habitants avait été si affable, et se rend au camp de Bois
l'Évêque, entre Toul et Nancy. L'instruction est reprise et poussée
avec ardeur.
Le
25 septembre le Régiment fête l'anniversaire de la prise du Bois Sabot,
en décembre 1915 et célèbre en même temps la fête musulmane de
1'Aid-el-Kebir.
Le
29 septembre, le Général PÉTAIN passe en revue la Division Marocaine.
Il
remet au drapeau du 4e Tirailleurs sa troisième palme.
Le
3 octobre, le Régiment quitte le camp pour relever les troupes qui
occupent le secteur de Flirey. La Division a reçu l'ordre de réveiller
ce secteur calme jusqu'alors. Jusqu'au 14 janvier, elle s'y emploie de
tout cœur. Le Régiment prend une large part aux coups de mains, tous réussis,
que nous faisons chez les Boches et repousse victorieusement, en faisant
des prisonniers et en tuant des ennemis, tous les raids que les Boches
tentent chez nous, et, cela malgré le froid, la neige, les intempéries
que les tirailleurs supportent allégrement.
Lorsque la Division
quitte le secteur, plus de deux cents prisonniers ont été faits, une
partie importante des organisations allemandes a été détruite, un butin
considérable rapporté. En outre, l'ennemi a constaté une fois de plus,
qu'en secteur comme en attaque, la Division Marocaine et le 4e
Tirailleurs ne craignent personne.
Après
relève, le Régiment se rend dans la région d'Uruffe (Est de
Vaucouleurs), pour se reposer et s'instruire en attendant l'ordre, espéré
depuis si longtemps, d'enfoncer le Boche et de le battre à tout jamais.
10)
Du 1er janvier au 1e août 1918.
Dans le courant
de janvier 1918, le Régiment est ramené dans la zone de Vaucouleurs, où
il reste jusqu'au 1 avril, travaillant avec passion la contre-attaque qui
va être la manœuvre indiquée contre les ruptures dont nous menace la
formidable armée boche renforcée maintenant de toutes ses troupes du
front russe.
L'avalanche
attendue se déclenche sur la Somme. Aussitôt la Division marocaine est
portée devant Amiens qui est menacé, derrière la jointure des armées
anglaises et françaises.
Le 26 avril,
cette jointure venant d'être presque rompue, le Régiment est engagé à
Cachy; malgré les difficultés de l'attaque et les pertes subies (deux
compagnies du 1er Bataillon complètement anéanties) les
tirailleurs, grâce à leur héroïsme et à leur admirable ténacité, se
cramponnent désespérément au terrain et refoule avec de grosses pertes,
les contre-attaques ennemies qui, désormais ne dépasseront plus ces
lignes de Cachy et du Bois Hangard.
Le Régiment est
à peine depuis quelques jours au repos dans la région de
Nanteuil-le-Haudoin qu'une nouvelle offensive boche balaye tout le front
de l'Aisne. Alerté le 27 mai, il est transporté en camions dans la région
au sud-est de Soissons, où l'offensive allemande est particulièrement
menaçante; à Breuil et Missy-au-Bois, les 28, 29, 30 et 31 mai, il fait
des prodiges d'énergie et de bravoure et parvient, malgré des pertes élevées,
à, contenir le flot allemand.
Remis en réserve
dans la nuit du 31 mai au 1 juin, il fait de suite le dur métier de réserve
d'armée, sautant de la forêt de Villers-Cotterêts à I'Aisne pour étayer
la ligne partout où elle craque. Enfin, il prend la première ligne à
Ambleny, au sud de l'Aisne; c'est la que, le 12 juin, sous un bombardement
intense de l'Artillerie adverse, il reçoit le choc de la 34e
Division allemande. Comme toujours, le 4, Tirailleurs soutient sa vieille
réputation; malgré la violence des contre-attaques ennemies, malgré les
obus toxiques qui empoisonnent l'atmosphère, les tirailleurs tiennent
bon, quoique les bataillons soient réduits à 120 hommes et à quelques
mitrailleuses. Ils conservent intégralement leurs positions que l'ennemi
ne dépassera plus.
4e Citation du Régiment
(décision du Général en Chef du 13juillet 1918).
"Superbe
régiment qui vient, sous le commandement du Lieutenant-Colonel AUBERTIN
de faire preuve une fois de plus, au cours de la période du 28 mai au 17
juin, de son remarquable moral et de son parfait entraînement. Le 12
juin, après les dures fatigues des combats précédents, a reçu, sur un
front de plus de 2 kilomètres, une violente attaque allemande menée par
des effectifs quatre fois supérieurs en nombre, appuyée par une intense
préparation d'artillerie et précédée des troupes spéciales d'assaut;
par la vaillance de ses unités, la soudaineté et la vigueur de ses
contre-attaques, a maintenu intégralement sa position, faisant éprouver
à l'ennemi des pertes considérables".
Signé MANGIN
Retiré
de la bataille pour se recompléter, le 4e Tirailleurs a la
douleur de quitter la Division marocaine avec qui il combat depuis quatre
ans Il est transporté en Champagne où il prend part à l'énergique défense
du 15 juillet, puis en Lorraine où pendant quelques jours, il tient le
secteur du Bois le Prêtre, pour entrer dans la 2e Division
marocaine, alors en formation.
11)
Du 20 août à l’Armistice.
Le suprême effort de
l'AIlemagne est maintenant brisé. Il reste à l'expulser du territoire.
Dans le courant du
mois d'août, le 4e quitte la Lorraine pour la région de la
forêt de Compiègne et attaque sur l'Ailette du 20 au 24 août :
Camblain-le-Fresnes, Besmé, L’Ailette marquent ses étapes
victorieuses.
Le 31 août, il
attaque de nouveau, prés de Crécy-au-Mont, des positions âprement défendues
par la Garde Prussienne. Après une lutte acharnée et au prix de lourdes
pertes, il oblige l'ennemi à la retraite, s'empare de Crécy-au-Mont, la
Glorie, le Paraidis, franchit le canal de l'Ailette sous le feu de
l'ennemi et s'installe à la Ferme de Granchamp et au Bois de la Binette.
Sa belle conduite dans cette affaire lui vaut une cinquième citation à
l'Ordre de l'Armée.
"Régiment
d'élite au passé glorieux. A. sous le commandement du Lieutenant-Colonel
AUBERTIN, au cours des opérations du 30 août au 3 septembre 1918, donné
à nouveau la mesure de sa ténacité et de son héroïsme; prenant la
suite d'un régiment d'lnfanterie dont l'attaque avait été enrayée dés
le début avec les plus lourdes pertes, il a pu, malgré les nombreuses
mitrailleuses ennemies restées intactes et un tir de barrage d’une
violence toute particulière, mordre dans les positions ennemies occupées
par un adversaire résolu, l'obligeant à la retraite, réalisant ainsi
par la suite une avance de 4 kilomètres"
(Notification du GQC du 25 décembre 1918).
Signé
MANGIN
Ramené dans la région
de la Ferté-Gaucher pour se refaire, le 4e Tirailleurs n'y
reste que quelques jours; il est enlevé en camions et transporté en
Champagne, car il doit prendre part à la grande attaque qui se prépare.
Le 26 septembre, dans un élan magnifique et après une intense préparation
d'artillerie, il enlève les
pentes ouest de la Butte du Mesnil, traversant une véritable mer de fils
de fer, manœuvre l’ennemi en faisant tomber successivement ses centres
de résistance et l'oblige à la retraite; la Dormoise est atteinte,
Grateuil est dépassé, l'Alin est franchi et le 29, il arrive sur les
pentes sud de Marvaux, ayant réalise, depuis le 26, une avance de 11
kilomètres, ayant capturé un nombre important de prisonniers et un matériel
considérable.
En récompense de
l'effort magnifique soutenu par les tirailleurs, une sixième citation est
accordée au régiment avec la fourragère aux couleurs de la Légion
d'Honneur.
"Régiment
d'élite parfaitement entraîné et d'une cohésion remarquable. Sous les
ordres du Lieutenant-Colonel AUBEBTIN, au cours d'une progression
victorieuse marquée par des combats acharnés sur un terrain particulièrement
difficile, a su mener à bien la tâche qui lui incombait. Chargé, les
26, 27, 28 et 29 septembre 1918 de la conquête de la partie ouest de la
butte du Mesnil puis du Plateau de Grateuil et des pentes au sud de
Marvaux, a progressé sans arrêt, manœuvrant avec autant de science que
de vigueur les obstacles qui lui étaient opposés. A atteint tous ses
objectifs et capturé, au cours de cette avance de 11 kilomètres 838
prisonniers dont 11 Officiers, 29 canons. 12 mlnenwerfer et de nombreuses
mitrailleuses" (Ordre Général du 10 novembre 1918.
Signé
GOURAUD.
Mais l'ennemi n’est
pas encore par terre; après cinq jours de repos, dans la région au sud
de Saint-Menehould, le 4e Tirailleurs est reporté en avant et,
après trois jours d'une marche rendue extrêmement pénible par la pluie
qui tombe sans arrêt, le Régiment attaque, le 17 octobre au matin, le
ravin de Beaurepaire ou, là encore, malgré les difficultés d'un terrain
boisé, bourré de mitrailleuses allemandes, il déploie, pendant quatre
jours d'attaques consécutifs, ses qualités coutumières d'endurance, d'énergie
et de froide ténacité pour refouler les tenaces mitrailleurs boches
invisibles dans les talus où ils se cramponnent désespérément.
L'Armistice le
trouve attendant ses renforts en secteur devant l'Alsace au sud de
Dannemarie.
Aussitôt
il part en Savoie garder la frontière suisse depuis le Mont-Blanc,
jusqu'aux Rousses, tandis que par deux fois, son drapeau avait l'honneur
d'être appelé à venir saluer l'Alsace délivrée, à Huningue, le 21
novembre et à Mulhouse le 10 décembre.
Enfin, le 19 décembre,
il fait tout entier son entrée solennelle à Guebviller, au milieu des
acclamations alsaciennes, réalisant ce jour-là le rêve qui, pendant
toute la guerre, avait soutenu sa vaillance.
C'est là que
vient le trouver le 26 décembre, l'ordre de rentrer immédiatement en
campagne au Maroc pour continuer de suite la besogne qu'il avait
interrompue en 1914.
En résumé. au
cours de la grande guerre qui ne fut pour lui qu'un intermède entre deux
campagnes marocaines, le 4e Régiment de marche de
Tirailleurs a pris part à vingt-huit grandes affaires, soit offensives
soit défensives; il a fait plus de 3000 prisonniers, pris, plus de 6o
canons et capturé un matériel considérable.
En toutes
circonstances, malgré des pertes souvent sévères, il a toujours fait
preuve de la plus grande bravoure et de la plus belle énergie. Depuis la
bataille de la Marne de 1914, pas une seule de ses compagnies n'a reculé
une seule fois.
Il est permis
de dire qu'il a bien mérité de la Patrie et c'est le front haut que, en
janvier 1919, au milieu des acclamations enthousiastes qui, à Bordeaux,
à Oran et jusqu'à Taza et Bou Denib, saluérent le retour des
vainqueurs, il passe du front français au front marocain, emportant sur
son drapeau et sur les fanions de ses bataillons et compagnies les
glorieux insignes de cinquante et une citations collectives.
C'est du Maroc
qu'est parti le drapeau du Régiment pour aller recevoir à Paris, la
croix de Chevalier de la Légion d'Honneur remise devant l'Hôtel de Ville
par le Président de la République, le 13 juillet 1919, et avec laquelle
il défila le lendemain sous l'Arc de Triomphe.
Le décret lui
conférant cette suprême distinction est lui-même une citation rappelant
tous les éléments de gloire du Régiment.
LE PRÉSIDENT
DE LA REPUBLIQUE DÉCRETE:
Est décoré de
la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, le drapeau du 4e
Régiment de marche de Tirailleurs Indigènes Tunisiens. Drapeau glorieux.
A flotté sur tous les Champs de Bataille de la Grande Guerre. Le 23 août
1914, à Hanzinelle, en Belgique, le 30 août à Ribemont et
Villers-le-Sec, les Tirailleurs brisent I'ennemi.
Du 6 au 13
septembre 1914, ils poursuivent l'adversaire jusqu'au Chemin des Dames.
Le 16 juin
1915, en Artois, ils enlèvent prés du Cabaret Rouge quatre lignes de
tranchées; en Champagne, le 25 septembre 1915, ils prennent le Bois
Sabot.
Le 17 avril
1917, le Régiment attaque près d'Auberive, atteignant tous ses
objectifs; le 20 août 1917, à Verdun, iL emporte la côte de l'Oie et le
Bois de Cumières.
Le 12 Juin
1918, prés de Soissons, il résiste héroïquement à la poussée de
l'ennemi, maintenant intégralement toutes ses positions.
Du 30 août au
3 septembre 1918, sur l'Ailette, il pénètre dans des positions défendues
désespérément et force l'ennemi à la retraite.
Les 26, 27, 28
et 29 septembre, il contribue à l'enlèvement de la Butte du Mesnil passe
la Dormoise, s'empare du Plateau de Grateuil, franchit l'Alin et prend
pied sur les pentes du sud du massif de Marvaux.
Au cours de ces
actions, le drapeau du 4e Régiment de marche de Tirailleurs indigènes
conquiert la fourragère aux couleurs de la Légion d'Honneur; il est
glorieusement blessé le 18 septembre 1914 à Paissy, par éclat d'obus.
Paris, le 5 juillet 1919.
Signé: R. POINCARÈ.
A
son retour du défilé triomphal, le drapeau du 4e Régiment de
Tirailleurs recevait à Casablanca des mains du Général LIAUTEY la Médaille
du Mérite Militaire chérifien.
Ce drapeau qui
n'est pas seulement le drapeau du Régiment de marche, mais qui,
pieusement entretenu, est toujours le premier drapeau du 4e Régiment
de Tirailleurs tout entier, dont l'ordre du Régiment suivant du 23
septembre 1919 retrace brièvement la magnifique épopée:
Premier
drapeau français des Tirailleurs de Tunisie.
Premier drapeau
français qui flotta sur le Maroc, à Casablanca, en 1908; à Fez, en révolte
1912.
Drapeau
fécond qui, en 1913 abritait simultanément sous ses plis 12 bataillons
de tunisiens, dont 6 au Maroc.
Drapeau généreux
qui, dés le 20 août 1914,
entrait en Belgique face à l'envahisseur à la tête de ses 1er,
5e, 6e Bataillons et de sa CHR, les conduisant sans
répit aux plus dures attaques dans les rangs des immortelles divisions
marocaines, jusqu'à ce que, le 21 novembre 1918. il eut le bonheur
d'embrasser, à Huningue, I'Alsace délivrée et de flotter sur le Rhin
reconquis.
Drapeau, à
l'ombre immense dont la pensée, pendant ce temps soutenait la vaillance
de nombreux autres bataillons qui combattaient sous son numéro: 2e
Bataillon au Maroc, 3e en France, d'autres en Orient et au Sud
Tunisien.
Premier drapeau
qui, sitôt le Rhin délivré, est venu apporter aux Marocains l'éclatant
témoignage du triomphe de la France en jetant aux premières lignes ses
fourragères rouges, depuis Fez et Taza jusqu'à Bou-Denib.
Drapeau
glorieux enfin, acclamé par des Provinces sans nombre, passé tout frémissant
sous l'arc triomphal au milieu de l'émouvante escorte que lui font les âmes
des milliers de braves, français et musulmans, tombés pour lui, gardant
jalousement dans ses plis les insignes de sa gloire
La
Croix de la Légion d'Honneur
La
Croix de Guerre illustrée de 6 palmes
La
Médaille du Mérite Militaire chérifien
La
Fourragère rouge.
Signé:
Lieutenant-Colonel AUBERTIN.