LE 4e RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS

(d'aprés "L'Armée Tunisienne" Commandant R.DREVET, 1922, Weber Editions)

Ce régiment fut tour à tour appelé : régiment de marche du 4e Tirailleurs, 4e régiment de marche de Tirailleurs puis 24e régiment de Tirailleurs après la guerre.

En août 1914, il est à la 76e Brigade de la 38e DI; il est alors composé de deux Bataillons : c'est le 4e Régiment de marche.

En octobre 1914, il passe à la Division Marocaine et reçoit du régiment de marche de la Division Marocaine (7e Régiment de marche de Tirailleurs) le 5e Bataillon du 4e Régiment de Tirailleurs : il devient alors le 4e Régiment de marche de Tirailleurs. Il est alors composé des 1er, 5e et 6e Bataillons du Régiment.

Le 2 août 1914, seul le 6e Bataillon (Commandant BARROIS) était en Tunisie, en garnison à Kairouan. Le 1er Bataillon (Commandant COT) était dans la région de Fez depuis le 1er mai et en instance de départ pour la Tunisie en passant par la trouée de Taza. Le 5e Bataillon (Commandant TISSEYRE) était à Mekhnès.

LÉtat-major du Régiment de campagne était tout entier à Sousse et comprenait :

Colonel MULLER, Commandant le Régiment,

Médecin Major de 1er classe STEINMETZ,

Capitaine BOIZOT, Adjoint au Chef de Corps,

Lieutenant CHAPPE, Officier d’approvisionnement

Lieutenant SCHILTE, Officier payeur,

Lieutenant de réserve COLAS, porte-drapeau,

Lieutenant Roux, chargé du service téléphonique.

 

L'État-major du Régiment et le 6e Bataillon partirent le 6 août de Sousse et de Kairouan et furent transportés à Alger ou ils s'embarquèrent le 10 août; ils arrivèrent à Cette le 12 et furent dirigés sur Avignon où ils devaient percevoir le train de combat et le train régimentaire du Régiment de campagne.

Le 1er Bataillon (COT) quitta Oujda le 9 août et fut dirigé par voie ferrée sur Alger ou il reçut ses réservistes envoyés de Tunisie. Il rejoignit le régiment de campagne en Belgique.

Le Régiment fut donc constitué au début de deux Bataillons et il fit partie de la 77e Brigade (Général BERTIN) avec le 1er Régiment de Zouaves et le 8e Régiment de Marche de Tirailleurs 38e Division d'infanterie (Général MUTEAU). Cette division fut rattachée comme 3e Division au 18e Corps d'Armée (Général SAURET) qui lui-même fit partie de la Ve Armée (Général FRANCHET D’ESPEREY).

1) Les 1er et 2e Bataillons en Belgique, sur la Marne et sur l’Aisne.

Le Régiment de campagne arriva en Belgique à temps pour assurer le repli de Charleroi, ou la bataille était engagée.

Le 22 août, le Régiment est en Réserve à la ferme de Presle. Le soir, il est chargé d'organiser à l'arrière une position de repli et de s'y maintenir. L’Armée française bat en retraite, il faut le protéger. Le 23, devant le plateau et le village de Hanzinelle, les tirailleurs sont soumis dés le matin au tir de l'artillerie allemande. Le 24, au point du jour, l'infanterie ennemie attaque de toutes parts, fortement appuyée par de la grosse artillerie.

La belle contenance des tirailleurs en impose à l'ennemi. Son attaque faiblit et quoique serrés de très prés, les 1er et 6e Bataillons ne quittent la position que vers 11 heures, lorsque l'ordre en est donné. C'est la retraite qui commence. Jour et nuit, dans un ordre parfait, le régiment se replie vers le sud. Sans nourriture, fournissant de pénibles étapes, harassés, les tirailleurs conservent malgré tout leur belle humeur et leur entrain.

Fiers d'une réputation qu'ils ont chèrement conquise en maints combats, ils gardent intacte leur foi en la victoire et jamais pendant cette retraite, qui durera jusqu'au 7 septembre, aucun tirailleur ne se laisse aller au découragement.

Devant les habitants qui fuient l'envahisseur ou devant des troupes moins entraînées, le 4e passe fier, dans un ordre impeccable, chacun à sa place comme pendant une marche militaire du temps de paix.

Ils ne comprennent pas pourquoi on recule. Ils veulent se battre quand même. Chimay, Trélon-Glageon sont traversées sans arrêt. A marches forcées, le Régiment se replie sur Saint-Quentin, n'ayant à combattre que dans quelques escarmouches aux avant-postes.

Le 29, une partie de la division est engagée. On entend le canon et la fusillade, Il faut à tout prix arrêter l'ennemi pendant 24 heures. Dès le 29 au soir, le 1er Bataillon s'installe dans le village de Ribemont; le 6e Bataillon, en 2e ligne, tient le plateau de Villers-le-Sec. Le  30, dès l'aube, l'ennemi attaque, fortement appuyé par de l'Artillerie lourde. Ribemont est en feu. A midi, le 1er Bataillon tient toujours. Presque totalement encerclées, ses compagnies se dégagent à la baïonnette. Les Allemands se heurtent alors au 6e Bataillon. Le combat est rude, les pertes sont sévères. Les tirailleurs du Bataillon BARROIS se battent superbement et jusqu'à 17 heures, tiennent tête à un ennemi bien supérieur en nombre. L'ordre de repli est donné. Le décrochage est laborieux, mais l'ennemi épuisé ne peut poursuivre.

La mission du 4e Régiment de Tirailleurs est remplie; les camarades ont pu se retirer sans être inquiétés. Le Régiment avait perdu là plus de la moitié de son effectif, mais il n'a pas lâché un pouce de terrain sans ordre.

Les débris du régiment se rassemblent le soir même et continuent la retraite.

Journellement, au contact de l'ennemi, accomplissant de pénibles étapes, souvent le ventre vide et sans un instant de repos, les tirailleurs trouvent encore l'énergie de tenir tête à l'adversaire et de lui infliger des pertes sérieuses, notamment le 4 septembre prés de Montmirail.

Le 6 septembre, le Régiment bivouaque près de Provins ; c'est là que l'ordre de reprendre l'offensive lui parvient.

La proclamation du Général JOFFRE est lue et commentée aux troupes. Elle est comprise. Enfin on ne recule plus.

Oubliant fatigues et privations, heureux de courir sus à l'ennemi, le régiment reprend l'offensive, et, jusqu'au 13, sans répit, poursuit hardiment le Boche qui fuit.

Le 14, le régiment, en liaison avec l'armée anglaise, se porte à l’attaque du Chemin des Dames, et malgré l'énergique résistance de l'ennemi, tous les objectifs sont atteints. Le Régiment est épuisé. Les Compagnies, réduites à quelques hommes, sont réunies par deux. Néanmoins, le 21, le commandement demandera encore un effort sérieux.

Il faut reprendre à l'ennemi du terrain perdu par un Régiment voisin. Le Bataillon BARROIS se porte à l'attaque. Accueilli par des rafales de mitrailleuses et soumis à un tir d'artillerie très violent, il ne peut progresser que péniblement.

Les pertes s'élèvent vite. Le Commandant BARROIS est tué. Presque tous les gradés sont mis hors de combat. Le Bataillon qui ne peut se maintenir sur la position, se replie vers l'Arbre-de-Paissy.

C'est la guerre de tranchées qui commence, guerre de trous et de fils de fer, si peu en rapport avec le caractère des indigènes.

Le Lieutenant-Colonel DAUGAN prend Le commandement du Régiment. Le Colonel MULLER qui commandait la brigade, part avec les deux autres régiments en Belgique, ou il tombe glorieusement peu de temps après.

Des renforts sont arrivés de Tunisie. Le Régiment se reconstitue en 2e ligne et jusqu'à la fin octobre, il tiendra le secteur de Paissy, où le 5e Bataillon, sous les ordres du Commandant TOUPNOT vient le rejoindre le 29 octobre.

Pendant cette période, une des plus pénibles de la campagne pour les indigènes, qui découvraient toute l'horreur insoupçonnée par eux d'une guerre européenne, les épisodes abondent qui montrent quelle confiance les tirailleurs ont eu dans leurs cadres et aussi de quelle connaissance du soldat indigène ces cadres ont fait preuve. Les deux faits suivants sont particulièrement intéressants à ce point de vue.

Les Allemands venaient d'enlever Charleroi. Le Régiment, formé seulement depuis la veille, s'était installé pour couvrir la retraite sur des hauteurs à quelques kilomètres au sud de la ville. Là, on devait se retrancher et tenir coûte que coûte.

Tenir ? Oui, tant qu'il le faudra; mais se retrancher, à quoi bon?

Les tirailleurs, en arrière de la crête, grattent mollement le sol de leurs pelles-bêches et devant les sacs posent sans conviction quelques mottes de terre. Les Officiers à la crête, s'entretiennent des événements douloureux de la veille.

Vers le village d'Hanzinelle, on aperçoit la haute stature du Colonel MULLER qui, sur la crête, les mains dernière le dos, fait les cent pas.

Dans la campagne, pas le moindre bruit; tout est tranquille, aucun boche n'apparaît à l'horizon. Le canon et les mitrailleuses se sont tus. En arrière des compagnies, les cuisiniers se sont détachés et préparent le café, les corvées vont à l'eau au village, les hommes causent et rient: personne ne semble songer à la guerre. Soudain, dans le lointain, un coup sourd, suivi de plusieurs autres, des sifflements inconnus déchirent l'air, les obus éclatent: instinctivement, tout le monde baisse la tête. Les uns avertis s'aplatissent ou se cachent contre une gerbe de blé.

A la 1er Compagnie, quelques hommes sont blessés. Le bombardement commençait. Pendant toute la journée et le lendemain jusqu'à 10 heures, les tirailleurs sont soumis à un arrosage continuel de 77 auquel viennent se joindre, quelques heures plus tard, les 105 et 150.

Le premier moment de surprise passe, chacun regarde son voisin. Les visages des tirailleurs reflètent un certain étonnement «Comment  l'ennemi aussi a des canons? »

Au milieu de sa Compagnie, debout, allant d'une section à l'autre, le Capitaine TAILLADE donne ses ordres. Il faut faire cesser à tout prix ce moment d'hésitation.

Et sous le bombardement, le Capitaine TAILLADE, sec, nerveux, les yeux brillants, le visage reflétant toute son énergie farouche, harangue, en arabe, ses tirailleurs «Mes enfants, n'ayez pas peur. C’est aujourd'hui l'Aïd-Seghir, ce canon là, c'est le canon de la fête; réjouissons-nous et chantons comme nous le ferions en Tunisie ». Aussitôt, se frappant les mains, il entonne un chant arabe. Les tirailleurs le regardent surpris, puis tous, immédiatement chantent avec lui. Les obus tombent toujours, il y a de nouveaux blessés, le vieux Caporal tambour est décapité par un éclat d'obus; qu'importe, la Compagnie chante quand même.

Tous les yeux sont fixés sur le Capitaine qui sans sourciller, va de l'un a l'autre, encourageant les blessés, se dépensant sans compter.

Quelques grosses marmites tombent autour de la Compagnie, dégagent leur épaisse fumée noire. L'une d'elle éclate à proximité du Capitaine TAILLADE, au moment où il causait à un tirailleur et les renverse tous les deux.

Les tirailleurs qui ont vu sont atterrés, ils croient leur capitaine mort; dans la fumée, une silhouette apparaît;'est le capitaine. Rapidement, il ramasse son képi, l'essuie et, se précipitant vers sa compagnie, crie à tous: « La bess ia oueldi, la bess» (il n’y a pas de mal, mes enfants), et, continuant sa promenade, il reprend l'antique chanson.

Le 24 au matin, lorsque l’infanterie allemande partit à l’attaque du plateau qu'elle croyait sans doute enlever sans coup férir, elle fut arrêtée par le 1er Bataillon qui, solide au poste, l'attendait.

 Le Régiment se battait â Ribemont. Le 6e Bataillon, accroché au Plateau de Villers-le-Sec, tenait ferme, malgré des pertes sévères, l'ennemi serrait la position de près et, comme s'ils sortaient de terre, les Boches apparaissaient de tous côtés. La situation devenait critique. Le Colonel MULLER donne l’ordre à deux sections de la Compagnie WILLIAMS (23e Compagnie) de se replier et d'aller protéger le drapeau du régiment resté avec sa garde, en arrière, près du village de Villers-le-Sec.

Le sous-lieutenant RAICHLEN fut chargé de cette mission.

Il fallait, pour s'y rendre traverser un large plateau battu par les balles et les obus. Le décrochage serait laborieux,

Debout sur la ligne de feu, RAICHLEN enlève ses deux sections à la fois. Des tirailleurs tombent. Après quelques pas, un flottement se produit. Une section prend le pas gymnastique. Le mouvement de repli va-t-il dégénérer en panique? D'autres troupes sont là. Un mouvement de repli précipité peut entraîner tout le monde. RAICHLEN arrête ses tirailleurs, leur fait faire demi-tour et là sous le feu comme à l'exercice, les deux sections se rassemblent et s'alignent, puis, au commandement exécutent des mouvements de maniement d'armes.

Et l'on peut voir alors cette petite troupe gagnant l'emplacement qui lui était assigné au pas cadencé, l'arme sur l'épaule droite comme pour un défilé.

2) Le 5e Bataillon sur la Marne et sur l’Aisne avec la 1er Di de marche du Maroc.

Le 13 août, le 5e Bataillon (Commandant TISSEYRE) est rassemblé à Mekhnès. Il est transporté les 13 et 14 août par voie ferrée à Mehedia où il est embarqué pour Cette sur le « Mingrelie». De Cette, il est dirigé sur Bordeaux. Le Bataillon fait partie du Régiment de Marche de Tirailleurs indigènes composé d'un Bataillon de chacun des 4e,5e,6e et 7e Régiments de Tirailleurs. Ce régiment, sous les ordres du Colonel CROS, fait partie de la 2e Brigade de la Ire Division de Marche du Maroc, commandée par le Général HUMBERT. Le 24 août, il quitte Bordeaux et le 25 il débarque à Tournes, prés de Mézières. Dès le 28 août, il prend part au combat de la Fosse-à-l’eau.

Le 30 août, à Berthoncourt, prés de Rethel, il lui est demandé un sérieux effort et il y perd 10 Officiers, 9 Sous-Officiers. La Division à l'ordre de tenir l'ennemi jusqu'à 16 heures. Les tirailleurs se déploient sur l'éperon à l'est de Berthoncourt. Les coloniaux enlèvent le village a la baïonnette. Des contre-attaques furieuses de l'ennemi les délogent. Le Bataillon couvre leur retraite, et, de pied ferme reçoit le choc des Allemands, leur infligeant des pertes élevées.

Le Général BLONDLAT donne l'ordre de la retraite. L’ennemi épuisé ne peut poursuivre. Le Bataillon franchit l'Aisne et, après le combat d'Allincourt ( 1er septembre) l'ennemi perd le contact.

L'heure de l'offensive arrive enfin, le 5e Bataillon reçoit l'ordre de se porter sur Saint-Gond et de tenir toutes les routes des Marais. C'est alors cinq jours de luttes héroïques. Toute une division de la Garde prussienne, appuyée d'une puissante artillerie parvient à franchir le marais, mais se brise sur la falaise de Mondement. Le Bataillon est mêlé à toutes les alternatives de flux et de reflux.

Le 10 septembre, l'ennemi lâche pied, abandonnant une grande quantité de matériel.

Les Tirailleurs le poursuivent. Cette avance les amène jusqu'à Beaumont, au sud de Reims. Les efforts répétés pour gravir les hauteurs de Nogent et de Broyes restent infructueux.

La vie de tranchées commence dans le secteur des Marquises, puis au fort de la Pompelle. Le Commandant TISSEYRE, blessé grièvement, est remplacé par le Commandant TOUPNOT.

Le 5e Bataillon reste dans ce secteur jusqu'a la fin d'octobre, puis est renvoyé au plateau de Paissy, où il trouve les 1er et 6e Bataillons.

3) Du 6 Novembre1914 au 25 septembre 1915.

Les trois Bataillons du Régiment sont réunis. Le Régiment de Marche est au complet sous les ordres du Lieutenant-Colonel DAUGAN.

a) Attaque de Soupir.

Le 3 novembre, le Régiment s'apprêtait à s'embarquer en automobile pour une direction inconnue; mais des troupes voisines ont perdu du terrain et il faut le reconquérir.

Le 4e Tirailleurs est mis à la disposition du 1er Corps d'armée; Il reçoit l'ordre d'attaquer par surprise les positions allemandes au nord de Soupir et de reporter la ligne aux anciennes lignes françaises.

L'attaque sera dure. Les Boches tiennent des pentes boisées précédées d'un glacis de 1800 mètres qu'il faudra franchir sous le feu de leurs mitrailleuses.

La marche d'approche se fait de nuit.

Le 6 novembre, à 5h40, les deux colonnes d'attaque débouchent; un épais brouillard couvre la vallée, mais la clarté de la lune permet de se diriger. Les avant-gardes, 24e et 18e Compagnies, s'élancent sur leurs objectifs, franchissent le glacis, bousculent et traversent la première ligne allemande.

Mais la 2e ligne a été alertée et un feu terrible de mitrailleuses fauche tout ce qui tente d'approcher de la lisière du bois.

Aussitôt l'on s'accroche au terrain, à 50 mètres de l'ennemi. On travaille, on creuse, on organise ; Si l'on ne peut plus avancer, du moins le Boche ne reprendra rien du terrain reconquis.

La position, dominée par l’ennemi, semble si difficile à tenir que le commandant du groupement (Colonel CORNU) donne l'ordre de l'évacuer.

Le Commandant TOUPNOT déclare que les travaux faits permettent de résister à toute attaque et demande l'autorisation de rester sur place. Le Colonel CORNU vient lui-même, au point du jour, constate que les tirailleurs ne veulent rien lâcher de ce qu'ils ont conquis et donne l'autorisation de ne pas reculer,

Le Régiment tient le secteur jusqu'au 16 novembre, puis il est envoyé au repos à Fismes. Il l'avait bien gagné : depuis le 6 novembre il avait perdu 207 tués et 316 blessés.

Le 24 novembre, il embarque en camions autos et rejoint la 1ere Division du Maroc à Mailly-Champagne. Entre Ludes et Mailly,  il rencontre le Général BLONDLAT, Commandant la Division et défile devant lui.

  b)   La Ferme d'Alger.

Du 25 novembre 1914 au 22 avril 1915, le Régiment tient le secteur de «la Pompelle», «Ferme d'Alger»; guerre de tranchées, guerre de mines, dure, fatigante. Le Régiment, par un travail obstiné et bien conduit, fait de son secteur un secteur modèle. Il trouve, de plus, le moyen d'y glaner de la gloire.

Le 22 décembre, au Bois des Zouaves, le 1er Bataillon attaque. Dans ce premier essai, on n'arrive pas à détruire les défenses accessoires.

Le 30 décembre, à 4h20, une vive fusillade éclate devant la ferme d'Alger. Les troupes alertées sautent à leurs emplacements de combat, puis la fusillade cesse, une partie des troupes regagne ses abris.

 A 5h15, une formidable explosion se fait entendre. Toute la ferme a sauté, engloutissant la moitié de la section BOUTEILLE et une escouade de la section FAVIER (2e Compagnie)

 35 tués, 25 disparus, 40 blessés.

Le Capitaine JEAN, dont l'abri s'est effondré, sort avec peine des décombres. Il court aux emplacements de combat de sa Compagnie; tout le monde est à son poste et sur les lèvres mêmes de l'énorme entonnoir de 40 mètres de diamètre et de 32 mètres de profondeur, les tirailleurs se tiennent prêts à repousser l'ennemi. L’aIlemand se précipite sur nos tranchées croyant sans doute les trouver vides, mais il est accueilli par un feu précis et reconduit la baïonnette dans les reins. Il reflue vers ses tranchées, abandonnant quelques cadavres. Son attaque, malgré l'explosion formidable qui l'a précédée, ne lui a pas fait gagner un pouce de terrain. Puis la guerre de tranchée recommence, monotone et fatigante. Les Boches tentent de nous faire sauter de nouveau, mais le Capitaine du Génie CUSSENOZ a pris la direction de la contre-mine, aidé du Lieutenant de tirailleurs RAICHLEN et de l'Adjudant PEGAND.

Ils conduisent leurs travaux avec une telle science et une telle ardeur que les galeries boches sont bientôt repérées, minées, et que l'ennemi est rejeté loin de nos positions.

Le 1er mars, une forte attaque boche vient donner une fois de plus aux tirailleurs l'occasion de montrer que les positions qu'ils défendent sont inviolables. Après un bombardement de plusieurs heures, les Allemands sortent de leurs tranchées et se précipitent à l'attaque de la ferme d'Alger et des tranchées situées à l'ouest et à l'est. Ils atteignent nos fils de fer. Mais trois compagnies les accueillent par un feu ajusté qui les décime, et ils refoulent vers leurs tranchées, laissant de nombreux cadavres sur le terrain. Les tirailleurs avaient été superbes, bon nombre d'entre eux montant sur les parapets, malgré les obus, pour mieux voir et mieux tirer. Les Allemands semblent avoir compris que toute attaque contre le 4e Tirailleurs sera brisée; ils se contentent désormais de bombarder ou de mitrailler le secteur, mais ils ne tentent plus aucune attaque jusqu'au 21 avril date à laquelle le Régiment est relevé.

Du 15 août 1914 au 21 avril 1915, le Régiment avait perdu en tués, blessés ou disparus: 51 officiers et 2649 hommes de troupe.

 

c) Combats en Artois.

Le 25 avril 1915, le Régiment embarque en chemin de fer.

Ou va-t-on? On n'en sait rien. Mais qu'importe le lieu. Si I’on appelle la Division Marocaine, c'est qu'il y a de bons coups à donner et le Boche va sentir ce que pèsent les coups donnés par les Tirailleurs, les Zouaves et la Légion.

Le trajet est long, la nuit arrive; dans le lointain, des lueurs. C'est Paris que l'on contourne, et quelques regrets montent au cœur de chacun de ne pouvoir, avant la bataille, défiler dans la Capitale. Puis l'on traverse Amiens, Abbeville. On débarque à Houdain, et, tout de suite, une surprise attend le Régiment. Tous les mouvements se font en plein jour. Les colonnes s'allongent paisiblement sur les routes, une nuée d'avions survole les troupes, mais tous sont français, pas un avion boche ne se fait voir. La confiance grandit.

En attendant l’attaque, on prépare le terrain, on creuse des boyaux, des parallèles; les travaux sont pénibles, le trajet pour se rendre au travail est long et fatigant, mais cela n'est rien, c'est pour la victoire, et puis, en se rendant au travail, on voit les canons de 155, les mortiers de 220. qui commencent leur réglage pour la préparation d'artillerie. Les Boches ne tiendront pas. Enfin le grand jour arrive.

Le 9 mai, à 4h30, le Régiment est rassemblé en réserve de Corps d'Armée; il est impatient de s'engager et lorsque, à 11 heures, les nouvelles arrivent, lorsque les blessés racontent que la Légion et le 7e Tirailleurs sont à la côte 140, les hommes mettent d'eux-mêmes sac au dos et rompent les faisceaux prêts à marcher.

A 14 heures, le Régiment se porte sur Mont-Saint-EIoi, puis sur la ferme Berthonval; le 6e Bataillon, (capitaine BERTHELON), est en tête, suivi du  1er (Commandant BOIZOT), puis du 5e (Commandant TOUPNOT).

Le 6e Bataillon se porte ensuite vers la côte 123, à l'est de la route de Béthune et renforce le 7e Tirailleurs et la Légion très éprouvés.

Le chemin creux est organisé par la 21e Compagnie, les autres compagnies la soutiennent en arrière et la flanquent.

Le 1er Bataillon s'installe à l'ouest de la route de Béthune.

Le 5e Bataillon occupe les Ouvrages Blancs.

De nombreuses patrouilles boches tentent, pendant la nuit d'aborder le front; elles sont repoussées, les cadavres s'alignent devant la position.

Le Colonel DAUGAN a pris le commandement de la brigade; le Commandant TOUPNOT, celui du Régiment. Le 5e Bataillon est commandé par le Capitaine DUCOURNEAU.

Dés l'aube du 10 mai, les Boches tentent de nouveau de s'approcher ; ils sont reçus à coups de fusil. Mais, pendant toute la matinée et le commencement de l'après-midi, descendant de la côte 140 par petits paquets en utilisant les chemins creux, les Boches s'approchent de la côte 123. L'artillerie tire sur eux, elle les disperse et en tue beaucoup, mais les chemins creux sont profonds et les Boches avancent quand même.

A 15 h. 30, une troupe de la valeur d'un bataillon sort du chemin creux à 250 mètres de la 21e Compagnie, elle est fauchée par nos feux; les Boches refluent, mais ils se sont aperçus que la 21e formait saillant. Ils continuent leur marche dans le chemin creux et une compagnie débouche sur la droite de la 21e Compagnie.

Cette Compagnie, décimée par l'Artillerie a perdu trois de ses Officiers, le Capitaine PATRIARCHE, blessé dès le matin, est blessé de nouveau; ses débris (50 hommes à peine) se replient sur la  22e Compagnie, établie dans une tranchée à 200 mètres en arrière. Les Boches ne progressent pas plus avant.

Le 5e Bataillon se rapproche et, dans la nuit, deux compagnies, la 19e (Capitaine GUENNEBEAUX), et la 17e ( sous-lieutenant CHATTON), viennent renforcer le 6e Bataillon ainsi que deux sections de mitrailleuses.

On décide d'attaquer la côte 123, le 11 mai, à 14 heures, mais la préparation d'artillerie est insuffisante, les mitrailleuses boches battent tout le terrain; les Compagnies de première ligne tentent de se porter en avant, elles ne peuvent déboucher; les Compagnies de soutien les rejoignent, elles perdent les deux tiers de leur effectif et ne peuvent, elles non plus, déboucher. Elles se cramponnent alors au terrain. Les Boches tentent de contre-attaquer en descendant des hauteurs 119 et 140 et en sortant des bois de la Folie, ils sont à leur tour fauchés par les sections de mitrailleuses La Casiniere et Carlotti.

Les tentatives de l'ennemi pour reprendre le terrain perdu avaient été enrayées.

Le Régiment est relevé dans la nuit du 11 au 12 mai et se rend dans la région de Guestreville.

Les pertes avaient été sévères: 6 Officiers tués, 15 blessés. 873 sous-officiers, caporaux et tirailleurs ne répondaient pas à l'appel.

Mais quelques renforts arrivent et le Régiment se reforme. Il faut être bientôt prêt pour de nouveaux combats.

A peine reconstitués, le 16 juin 1915, le Régiment attaque en première ligne.

Attaque de vive force, sur le terrain même de l'attaque du 9 mai, contre un ennemi qui a rassemblé des moyens pour arrêter notre offensive et qui bombarde violemment, sans discontinuer depuis le 9 mai.

Le terrain à conquérir est un vallon très accentué (un des ravins à l'est de Souchez). Le Régiment est formé sur douze lignes minces, successives et derrière lui, suit la Légion.

A sa droite, la 2e Brigade de la Division du Maroc : a sa gauche, une autre Division.

A 12h. 15, l'attaque débouche.

La Division Marocaine porte sa tête d’un seul élan jusque de l'autre côté du ravin. Les divisions voisines sont arrêtées. Celle de gauche est rejetée dans ses tranchées de départ.

Aussi l'ennemi qui s'est ressaisi, prend Complètement d’enfilade notre ravin, dissociant les unités, empêchant toute circulation et tout ravitaillement.

En tête de l'attaque, de l'autre côte du ravin, des Tirailleurs du 5e et du 1er Bataillon, mélangés avec des Zouaves, tiennent la tranchée des Walkyries. Le Commandant AUBERTIN prend le commandement de ce front et s'y organise. La majeure partie du 1er Bataillon s'accroche sur le flanc gauche, ne pouvant plus bouger, mais bien décidé à garder le terrain conquis. Son Chef le Comman­dant BOIZOT, est mortellement blessé; le Capitaine MENNETRIER, qui le remplace, est blessé; le Capitaine NORMAND dirige la résistance.

Le Lieutenant-Colonel DAUGAN engage alors le 6e Bataillon, pour consolider toute cette ligne très précaire. Il n'y arrive qu'au prix de pertes très cruelles dont celle de son Chef le Commandant DUCHAT, grièvement blesse.

Le mouvement offensif est définitivement arrêté, mais chacun na d'autre idée que de conserver le terrain conquis.

Des contre-attaques ennemies sont fauchées rien que par le feu de mousqueterie; en vain l'ennemi presse constamment notre gauche à la grenade et s'acharne sur nos communications dans le ravin et dans la tranchée de départ.

Le ravitaillement et l'évacuation ne sont possibles que pendant les quelques heures de nuit, si courtes en juin. La souffrance de la soif devient aiguë.

Malgré cette situation défavorable, les positions conquises sont rigoureusement conservées jusqu'a la relève, qui n'est terminée que le 18 au matin.

Les pertes avaient encore une fois été sévères 8 Officiers tués, 19 blessés. 1211 sous-officiers, caporaux et tirailleurs ne répondaient pas a l'appel.

En résumé, dans les deux affaires du 19 mai et du 16 juin, à moins d'un mois d'intervalle, le 4e Tirailleurs avait exécuté les ordres de ses Chefs, s'était emparé des objectifs indiqués, et avait, malgré toutes les contre-attaques, conservé le terrain, et cela malgré qu'il ait perdu : 3 OfFiciers supérieurs. 48 Officiers, 2.084 sous-officiers caporaux et tirailleurs.

Les pertes étaient la rançon de l'élan magnifique du Régiment et de l'incomparable courage de ses tirailleurs.

C'est le tirailleur ARADAN de la 17e Compagnie qui blessé grièvement près de la route de Béthune, est étendu sur le terrain en attendant son transport vers l'arrière, impossible en ce moment. Son Commandant de compagnie essaie, par des paroles réconfortantes, de l'encourager et de lui faire accepter plus facilement et ses douleurs et l'abandon momentané dont il est l'objet. Mais ARÀDAN, montrant un mépris superbe de la mort répond en souriant: «Qu'est-ce que tu veux, mon lieutenant, Mektoub! » «Donne-moi des cigarettes à fumer jusqu'à ce que je meure ou que l'on m'emporte». «C'est tout ce que je demande, le reste, je m'en f…»

Ce sont les tirailleurs HASSIN BEN HAMED et KHELIFA, qui, s'étant trouvés en avant des lignes d'assaut se voient entourés par les boches et sommés de se rendre. Ils répondent à coups de baïonnette mettant hors de combat les dix Allemands qui les entourent. HASSINE est blessé. Son camarade KHELIFA le met à l'abri s « Ça va bien, lui dit HASSINE, je peux mourir. J’en ai tué ma part. Va-t-en continuer ton devoir».

C'est un Officier indigène qui entraîne ses hommes au moment où la 3e Compagnie doit sortir des tranchées françaises. Le i6 juin, les Allemands ont déjà déclenché leurs tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses. Le premier peloton s'élance résolument, mais comme les pertes qu'il subit sont sévères, il y a une hésitation parmi les hommes du 2e peloton.

C'est alors que le Lieutenant indigène DAHMANI, qui commande le peloton, se met debout sur la tranchée et crie à ses hommes en arabe « Dieu seul est Dieu et Mohamed est son prophète! Ce ne sont pas les balles qui tuent, c'est la volonté de Dieu»

Puis il commande: «En avant!». Tout le monde le suit en répétant ses paroles.

Du 15 août 1914 au 17 juillet 1915, le Régiment avait perdu en tués, blessés ou disparus s 102 Officiers et 4.872 hommes de troupe.

Le 16 septembre 1915, le Régiment recevait sa première citation à l'ordre de l'Armée ainsi conçue

 

 Ordre Général de l'Armée N° 104: Le Général Commandant la Xe Armée cite à l’ordre de l'Armée: le 4e RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAIILEURS.

«Après avoir pris part à toute la campagne du Maroc et assuré héroïquement en 1912 la défense de Fez, a fait preuve constamment, depuis le début de la campagne, d'une parfaite discipline et de l'esprit d'offensive le plus énergique. Le 16 juin, sous les ordres du lieutenant-Colonel DAUGAN, a enlevé de la façon la plus brillante et au prix de lourdes pertes, quatre lignes de tranchées ennemies et s'y est maintenu malgré un feu violent et des contre-attaques répétées»

Signé:d'URBAL

c) Repos et séjour en Alsace

Après quelques jours de repos dans la région de Chelers, puis de Hesdin, le Régiment embarque en chemin de fer et se rend dans la région de Montbéliard, où il arrive le 8 juillet.

Le 17 juillet, il cantonne dans la région de Frahier. Pendant toute cette période, il se repose, s'instruit et amalgame les nombreux renforts qui lui ont été nécessaires pour combler les pertes du 10 mai et du 16 juin 1915.

Les 19 et 20 août, le Régiment se rend dans la région de Traubach-le-Bas pour y exécuter des travaux. Les Officiers disponibles effectuent des reconnaissances sur le front.

Le 27 août, le Régiment relevé par le 7e Tirailleurs se rend dans la région de Frahier.

Le 13 septembre, le Président de la République, accompagné du Ministre de la Guerre, du Général de MAUD'HUY, Commandant la VIIe Armée, passent, prés de Chaux, la revue de la Division Marocaine.

IL décore de la Croix de Guerre le drapeau du 4e Tirailleurs et attache lui-même le glorieux insigne a la hampe du drapeau.

Les 14 et 15 septembre, le Régiment embarque en chemin de fer a Lure. Il débarque le 16 à Saint-Hilaire-au-Temple, d'où il se rend, par Suippes aux abris 4 et 5,et jusqu'au 24 septembre, il se prépare à l'attaque.

 

4) Opérations en Champagne du 25 septembre au 18 octobre 1915.

a)     Attaque du Bois Sabot.

Dans l'attaque du 25 septembre 1915, en Champagne, le 4e Tirailleurs, sous les ordres du Lieutenant-Colonel DAUGAN, encadrant trois bataillons de réserve (247e et 248e d'Infanterie), est chargé de l'enlèvement du Bois Sabot, bois fortifié et miné fortement, formant saillant des lignes allemandes.

Le 5e Bataillon, sous les ordres du Commandant AUBERTIN, doit attaquer à l'extrême droite.

Les 1er et 6e  Bataillons (Commandant DUPAS et Capitaine CASAMAJOR) doivent attaquer à l'extrême gauche sous les ordres du Commandant CALMON.

La veille de l'attaque, le Commandant DUPAS, grièvement blessé est remplacé à la tète du 1er Bataillon par le Capitaine NORMAND.

Après une puissante préparation d'artillerie, le 25 septembre, à 9h15, tirailleurs et fantassins bondissent des tranchées dans un élan superbe et sautent dans les lignes ennemies avant le déclenchement des tirs de barrage, tombant sur les mitrailleuses avant qu'elles n'aient pu tirer.

La section de l'Adjudant SACCALAIS, chargé de la liaison avec le Corps de droite, bondit ainsi sur une section de mitrailleuses qui s'apprêtait à faucher le corps voisin et tue tous les servants avant qu'ils aient fini de mettre en batterie.

Mais l'intérieur du bois est fortement organise, des mines sautent, des fortins ignorés de nous se dévoilent et résistent désespérément.

De nombreux combats locaux se livrent où la ténacité de nos tirailleurs finit par triompher. Ce n'est que vers 18 heures que l'intérieur étant complètement nettoyé, les deux ailes font leur jonction, terminant l’encerclement.

Le butin de la journée fut considérable : 500 prisonniers, 15 mitrailleuses, 10 minerwerfer; des armes, des munitions et un nombreux matériel étaient tombés entre nos mains.

L'attaque française avait réussi sur tout le front attaque.

Le lendemain, le 4e tirailleurs se portait en avant pour livrer de nouveaux combats.

Ce brillant fait d'armes valut au Régiment sa citation à l'Ordre de l'Armée.

Le Général Commandant la IVe Armée cite à l’Ordre de l'Armée le 4e RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS

«Le 25 septembre 1915, opérant en deux détachements, s'est rué à l'assaut du Bois Sabot, a enlevé la position d'un seul élan malgré l'explosion de trois fourneaux de mine sous les pas des assaillants et l'organisation formidable de la position, faisant plus de 400 prisonniers dont 11 Officiers et prenant de nombreuses mitrailleuses, des minenwerfer et un matériel considérable».

Signé: GOURAUD.

C'est à l'attaque du Bois Sabot que la section du Lieutenant FRETILLÈRE, 23e Compagnie, progressait dans les organisations allemandes du Bois Sabot. Une explosion de mine coupe sa section en deux. Le Sergent ALI, No Mle 6879, et une vingtaine de tirailleurs, étourdis par l'explosion, sont pris de l'autre côté de l'entonnoir par un groupe de quarante Allemands et emmenés prisonniers. Au cours de leur retraite vers l'arrière, les Allemands se trouvent tout à coup en présence d'un parti de Zouaves. Ils s'arrêtent et hésitent sur la décision à prendre. Le sergent ALI qui les observe, s'aperçoit de leur hésitation et en profite de suite. Il commande aux tirailleurs de se jeter sur les Allemands pour les désarmer. Ceux-ci stupéfaits, se laissent faire. C'est ainsi que quarante prisonniers sont ramenés à la compagnie par des tirailleurs armés de fusils allemands.

Un mois plus tard, le Sergent ALI recevait la Médaille Militaire.

b)     Attaque de la Butte de Souain

Les 26 et 27 septembre, le Régiment occupe et organise le terrain conquis sous de violents bombardements.

Le 28 septembre, il attaque le Bois P.16. En plein jour, a 15h30, après une marche d'approche difficile, sous 'un violent bombardement, les vagues d'assaut des bataillons AUBERTiN et CASAMAJOR s'élancent superbement, mais les fils de fer boches sont intacts et une violente fusillade leur fait perdre la moitie de leur effectif.

Ils s'élancent de nouveau, mais ne peuvent parvenir à franchir ces obstacles.

Enhardis, les boches contre-attaquent, baïonnette au canon. Nos mitrailleuses les déciment, ils rentrent précipitamment dans leurs tranchées.

Le 29 septembre, le Régiment se réorganise à deux Compagnies par Bataillon et continue à tenir le secteur.

Il est relevé le 2 octobre et se rend au camp de la Noblette, puis à la ferme Plémont.

Le 5, il reprend sa place dans les tranchées et travaille jusqu'au 17 octobre à l'organisation du terrain.

Les opérations du 25 septembre au 17 octobre avaient coûté cher au Régiment: 8 Officiers tués, 27 blessés, 1884 Sous-Officiers, Caporaux et Tirailleurs ne répondaient pas à l'appel.

C'est le 28 septembre que le Sous-Lieutenant indigène AMARA de la 22e Compagnie, est apporte, blessé au PS du Bataillon.

Ses blessures sont graves, il y a urgence à l'emporter vers l'arrière. Aussi, après un rapide pansement, le Médecin Aide-Major BAQUET hâte les brancardiers. Mais le Sous-Iieutenant AMARA, arrêtant leur élan « Docteur, tu me faire grand plaisir de dire tout cela au Commandant»

Et pour satisfaire son désir, le Médecin doit prendre sous sa dictée, des notes enregistrant ses explications détaillées sur la conduite de sa section pendant l’action, sur ce qu'il aurait voulu la conduire jusqu'au bout, mais qu'il avait été blessé, était demeuré quelque temps entre les lignes à la suite d'un léger recul des nôtres qui, ayant repris le terrain, avaient pu alors le relever. Il termina enfin ses longues explications par « Docteur, Vive la France! »

Après quoi, il consentit à se laisser évacuer.

5) D'octobre 1915 à juillet 1916.

Le 18 octobre, le Régiment, relevé, campe dans les bois au nord de Cuperly. Il s'embarque le 20 à Saint-Hilaire-au-Temple, et est transporté à Béthisy-Saint-Pierre.

Le 26 octobre, le 2 Corps d'Armée colonial dont fait partie la Division du Maroc, est passé en revue par le roi d’Angleterre, le Président de la République, le prince de Galles et le Général JOFFRE.

Le 21 octobre, s'ouvre pour le Régiment une longue période d'instruction intensive. Elle est poursuivie sans arrêt dans divers cantonnements et au Camp de Crévecoeur jusqu’au 28 février.

Le 18 janvier, le Colonel DAUGAN, nommé Chef d’État-major du détachement d'Armée de Lorraine, quitte le Régiment.

Le Colonel MAURICE prend, à la date du 20 janvier, le Commandement du Régiment.

Il le quitte le 16 février pour prendre le commandement du Régiment de Tirailleurs Marocains. Le 25 février, il est remplacé par le Lieutenant-Colonel DARDENNE venu du Dépôt du 1er Tirailleurs, à Blidah.

Le 29 Février, le Régiment prend possession du secteur de la Cense; sous-secteurs : l'Ecouvillon, La Carmoy. Il y restera jusqu'au 20 juin, y fournissant un travail considérable d'organisation et faisant aux Boches, dans le secteur de l'Ecouvillon, en particulier, une continuelle guerre d'escarmouches.

C'est pendant cette période que fut grièvement blessé le Caporal SADOK BEN OTHMAN, légendaire au régiment. Il était originaire de Djendouba et avait le matricule 64. En dix-neuf ans de services il avait gagné la Médaille Militaire, une jolie brochette de décorations, le galon de première classe et l'emploi de clairon. Il paraissait heureux de son sort, tranquille, ne réclamant rien; et, pourtant, il devait avoir au fond du cœur un peu de mélancolie, une modeste ambition non exprime , car, le jour où son commandant de compagnie lui proposa d'abandonner ses fonctions de clairon pour le grade de Caporal d'escouade, sans un mot d'acceptation ou de remerciement, il courba simplement sa haute taille et baisa l'épaule de son officier.

SADOK devint, dés le premier jour, le Caporal le plus respecté de toute la compagnie; ses jeunes tirailleurs l'adoraient et l’appelaient « le Viou » comme de petits lignards auraient dit «le Grand-père». C'était l'époque ou le régiment, après avoir fait ses preuves comme troupe de choc dans une trentaine de combats, tenait et organisait la zone de la Cense. Les tirailleurs maniaient plus souvent l'outil que le fusil; parfois cependant, un ordre de départ en patrouille les rendait à des occupations plus conformes à leur conception du rôle de soldat.

Or, un jour, le 8 juin 1916, la section de SADOK se glissait dans les bois en avant des réseaux de fil de fer lorsque, brusquement, les balles crépitèrent: les Boches!. Devant SADOK, une barbe rousse. Il s'élance le premier, baïonnette en avant; mais alors, au milieu de la fusillade, on entend le bruit d'une toute petite grenade, probablement une balle explosive, et SADOK s'arrête la main droite en lambeaux.

Trois semaines après, l’Ordre du Régiment portait ceci : LÉGION D'HONNEUR.

  Le GénéraI Commandant en Chef a fait, dans l'Ordre de la Légion d'Honneur, la nomination suivante:

Au Grade de Chevalier  SADOK BEN OTHMAN EL KELLAI, N° Mle 64, Caporal au 4e Régiment de Marche de Tirailleurs, 2e Compagnie

« Gradé d'élite, ayant de très beaux états de services, Médaillé Militaire, deux fois cité à l'ordre pour la bravoure et le dévouement dont il n'a cessé de faire preuve en toutes circonstances blessé grièvement pour la deuxième fois, le 8 juin 1916,alors qu'a la tète de son escouade, il poursuivait une patrouille ennemie;s'est montré digne de son passé et de la tradition des vieux tirailleurs, disant en montrant sa main broyée a son Chef de BatailIon « Cela ne fait rien. Toujours, je ferai bien mon service pour la France ». Amputé de la main droite.

Le 5 juin, le premier ordre instituant la fourragère la confère au 4e Tirailleurs. Six Régiments et deux Bataillons de Chasseurs sont seuls admis à cet honneur.

Depuis le début de la guerre, le Régiment a participé à plus de 20 combats et perdu 130 Officiers et prés de 7000 hommes. Au cours des grandes Batailles en Artois et en Champagne il a enlevé plusieurs lignes de tranchées allemandes et reconquis un peu de la terre de France.

Français et indigènes ont rivalisé d'entrain et de courage et se sont couverts de gloire.

Pour la 3e fois, le Régiment a été reconstitué et dans un état superbe, prêt à entamer de nouvelles luttes qu'il conduit avec âpreté, justifiant sa fière devise  «Sans Peur et Sans Pitié».

Les récompenses obtenues depuis le début de la guerre comprennent

10 Croix d'Officier de la Légion d'Honneur,

33 Croix de Chevalier,

97 Médailles Militaire,

979 Citations.

 

Le 21 juin, le Régiment s'embarque à Estrées-Saint-Denis. Il débarque à Boves, près d'Amiens, et se rend le 22 à Bayonvillers. Il y séjourne jusqu'au 24, puis va, vers Proyart et Fontaine-les-Capy, prendre place en ligne et participer aux travaux de préparation d'attaque.

Du 27 au 30, il retourne à Bayonvillers, puis, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, il vient, vers Proyart, se placer en réserve du 1er Corps d'Armée colonial.

 

6) Opération sur la Somme.

a)     Belloy-en-Santerre.

Depuis le 1er juillet I916, la Division Marocaine suit à la trace le 1er Corps d'Armée Colonial qui venait d'enlever DOMPIERRE et ASSEVILLERS.

La Légion, par un assaut célèbre, s'empare de Belloy-en-Santerre, mais l'artillerie lourde, à bout de portée, opère ses changements de position.

L'ennemi reçoit des renforts nombreux et se réorganise sur d'excellentes positions.

Il s'agit de tenir, pendant ce temps, le terrain conquis malgré le bombardement, de jour en jour plus violent, malgré les efforts répétés de l'ennemi.

Cette mission de sacrifice est confiée à la Division Marocaine. Le 4e Tirailleurs, sou~ le commandement du Lieutenant-Colonel DARDENNE, en prend largement sa part.

Le 5 juillet, son front est immense, il comprend le parc de Belloy, que défendent le Commandant VINCENT, puis le Commandant CASAMAJ0R, le Village de Belloy et le boyau de la Tristesse, que défend le Bataillon AUBERTIN, face au boyau de Chancelier.

Pendant sept jours et sept nuits, malgré la fatigue et l'insomnie, malgré la boue qui encrasse les armes, nos tirailleurs non contents de résister, exécutent de violentes attaques de bataillons qui fixent l'ennemi sur ses positions et qui donnent à nos renforts d'Artillerie le temps d'arriver.

Le 7 juillet, c'est le 5e Bataillon, qui, ayant attaqué sans succès a deux reprises le boyau du Chancelier, avec la 5e Compagnie de mitrailleuses, sous les ordres du Commandant AUBERTIN, s'y précipite finalement en fourrageurs à la sonnerie de la charge profitant d'un moment de défaillance de l'ennemi.

Malheureusement, la pluie qui aveugle notre Artillerie, la boue qui enraye nos armes, nous laissent à la merci d'une contre-attaque ennemie sur notre droite, qui est en l'air.

En vain, tous se dévouent; le Sous-lieutenant SANDAL-LASBORDE, Commandant une section de mitrailleuses, prend sur le siège de la pièce la place de ses tireurs successivement tués ; en vain, l'aspirant TOUPNOT retourne contre l ennemi une mitrailleuse boche.

Le sinistre boyau est de nouveau perdu, non sans nous avoir laissé cependant, entre les mains 350 prisonniers boches.

C'est la 21e compagnie, sous les ordres du Capitaine DE COURSON DE LA VILLENEUVE, qui, en réserve, voyant le Régiment à notre droite rétrograder, s'engage sans ordres, contre-attaque avec vigueur, à la baïonnette et à la grenade, reprend le terrain perdu et bloque l'ennemi.

Le 9 juillet, c’est le 1er Bataillon, sous les ordres du Commandant VINCENT avec les 22e et 23e Compagnies, qui attaque devant le parc de Belloy, de terribles positions défilées dans les blés, constamment modifiés par des renforts ennemis imprévus.

L’héroïsme des compagnies n'arrive qu'à fixer l'ennemi l'immobiliser et l’empêcher lui-même d'attaquer.

Le 4e Tirailleurs restait tout surpris de n'avoir pas vu, selon son habitude, fuir l'ennemi.

Mais sa mission était remplie.

Le terrain, vaillamment conquis par les coloniaux et la Légion, était conservé. L'Artillerie lourde avait pu prendre position pour les futures attaques.

Le Régiment avait perdu depuis le 1er juillet : 5 officiers et 70 hommes tues, 17 officiers et 854 blessés, 80 disparus.

Le 9 juillet, tout ce qui reste de la 23e Compagnie est en première ligne à la lisière Nord du parc de Belloy-en-Santerre. La Compagnie va attaquer. La grosse artillerie ennemie tire d'une façon continue et violente sur les premières positions. Les grands peupliers du parc sont coupés par les obus les uns après les autres.

Ils tombent lentement et le fracas de leur chute se mêle au vacarme des explosions et au claquement des balles de mitrailleuses.

Couchés dans le petit fossé qui borde la lisière, les tirailleurs attendent avec calme l'heure de l'assaut.

KHEMIS et AMARA dit «Le Bezouiche», sont assis et tranquillement, jouent aux cartes. Ils sont attentifs et suivent leur jeu d'un oeil mobile. Leur Chef de section passant par la les félicite de leur calme. Le Tirailleur KHEMIS, qui vient de gagner les deux charrias (mois de solde) de son camarade «Bézouiche», lui répond tranquillement avec un bon rire épanoui «M'en fous des Boches, y vont faire comme le charria de Bézouiche, quand j'y attaque, tout di suite, y faire déserteur».

b) Lassigny - Le Plémont.

Le 13 juillet, le Régiment est relevé, il séjourne quelques jours à Bayonvillers, puis est transporté en chemin de fer dans la région de La Neuville-Roi-Leglantier (Oise). Les cantonnements sont bons, les terrains d'exercice ne manquent pas ; le régiment va pouvoir se refaire.

Mais le 29 juillet, une nouvelle tâche est imposée au Régiment le haut commandement a besoin de la 15e division d'infanterie coloniale. Bien que le régiment ne soit pas encore au complet, bien que l'instruction ne soit pas terminée, il faut aller la relever. On gardera le secteur tout en s'instruisant, et, Si les hommes de garde sont moins nombreux, on sera plus attentif, on travaillera encore plus et le Boche ne s'en apercevra pas.

Le Lieutenant-Colonel DARDENNE quitte le Régiment, le Commandant AUBERTIN, nommé Lieutenant-Colonel prend le commandement du 4e Tirailleurs.

Le 12 août 1916, le Général DEGOUTTE prend le commandement de la Division Marocaine.

Le Régiment tient le secteur jusqu’au 24 octobre; lorsqu’il le quitte, il passe à ses successeurs un secteur complètement réorganisé, facile à défendre et pourvu de nombreux abris. Le travail fourni a été considérable, car l'instruction a été poussée à fond et tout en montant la garde, en fusant des coups de mains chez les Boches, le Régiment s'est mis au courant de toutes les armes nouvelles dont il vient d'être doté.

Le Régiment se rend ensuite au camp de Crevecoeur, pour y parfaire encore son instruction et se préparer à de nouvelles attaques.

c) Crévecoeur - Roye.

Le 20 novembre, le Régiment part pour la Somme ou il relève la 10 Division Coloniale.

L'hiver 1916-1917 fut un hiver de dur labeur pour le 4e Tirailleurs.

En décembre, dans les boues de la Somme, il prépare avec l'énergie de la misère une attaque qui ne se fit pas.

Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1916, le 6e Bataillon relève le 5e aux tranchées, entre Belloy-en-Santerre et Barleux.

Partout, une boue épaisse. Les boyaux sont impraticables. Plusieurs tirailleurs restent enlisés jusqu'à la ceinture, et doivent, au petit jour, être arrachés à la terre. Mais la boue conserve leurs souliers, leur équipement et leurs fusils.

Le soir, à la tombée de la nuit, les tirailleurs HEREDIA et CHEDLI, MIe 1695, quittent le poste de secours, organisent un petit pont de planches et se mettent au travail pour essayer de sauver leurs fusils perdus dans cette boue profonde. Et cependant l'artillerie boche tape sans cesse sur ce ravin appelé le Ravin de la Mort «Règlement, règlement», dit CHEDLI.

En janvier, dans la neige du Camp de Crévecoeur, le Régiment s'entraîne précipitamment pour de nouveaux combats.

En février, devant Roye, équipé à la légère, il est prêt à bondir dans la trouée que d'autres vont faire devant lui.

Mais en mars, l'ennemi, épouvanté, cède d'avance; aussitôt le 4e vole en Champagne où les canons de Roye affluent, eux aussi.

7) D'avril à août 1917.

a)     En Champagne

Le 17 avril, à 3 h. 45, le 4e tirailleurs, une fois de plus saute à la gorge de l'Allemand maudit.

L'attaque a été montée à toute vitesse, c’est la manœuvre!. On le sait, mais on sait aussi qu'on les aura quand même,

Aussi quand, dans l'aube naissante, le Bataillon DAUZIER (1er bataillon) est disloqué sur la première ligne ennemie par des réseaux encore debout, par le déclenchement du barrage d'artillerie et de mitrailleuses boches et par la perte de son Chef, personne ne frémit.

D'autres, peut-être, auraient cédé, déclaré partie nulle et signé le revers. Le 4e Tirailleurs veut les avoir quand même et il sait faire.

La poursuite sur le plateau n'est plus possible, on entame le combat de trous avec le tir courbe et aussitôt dans les entonnoirs, dans les boyaux, le combat à la grenade s'engage suivi par les ravitailleurs et par des fils téléphoniques qui lui rendront la protection de son artillerie.

Sous le commandement du Capitaine PATRIARCHE,le 1er Bataillon avance ainsi pas à pas, fraternellement aidé par les compagnies du Bataillon PETITPAS de la VASSELAIS (5e Bataillon), qui, sans s'accumuler inutilement sur lui, ont immédiatement prolongé son flanc gauche, et, ainsi toute la journée, l'ennemi recule.

Il recule, lentement, car ce sont des Saxons qui se défendent superbement, mais cinq cents mètres sont gagnés dans la journée.

Les lignes étant confondues, on signalait partout des détachements français, on n'osait y employer le 75.

Le 18 seulement, la situation s'éclaircit et le Iieutenant-Colonel AUBERTIN, qui commande le Régiment, peut enfin, avec les concentrations des belles batteries du  commandant CHANSON, déblayer le terrain devant les Tirailleurs du Commandant de la VASSELAIS, qui gagne encore ses cinq cents mètres.

Le 19, nouveaux progrès, toujours de cinq cents mètres,

Le 20, la situation est claire; on peut manœuvrer, employer artillerie lourde et légère; aussi, par une belle et énergique manœuvre d'encerclement, le Commandant MENNETRIER a la tête du 6e Bataillon, atteint l’objectif du Bois Noir. Mais aussi que d'actes de bravoure à citer

Dans la nuit du 13 au 14 avril 1917, en Champagne, un coup de main est tenté sur la première ligne ennemie.

Le détachement est accueilli dès sa sortie de la brèche faite dans nos réseaux par des rafales de mitrailleuses. Ne pouvant aller plus loin, il rentre dans nos lignes.

Au petit jour, des cris sont entendus par les sentinelles en avant du petit poste d'où était parti le détachement.

Les tirailleurs ALI BEN  YOUSSEF, N° Mat 3161 et BOUBAKEUR, N°Mat 17471 de la 2e Section, passant sur le parapet de la tranchée, aperçoivent entre les deux lignes, le Caporal ALEYA de la 17e Compagnie, blessés, qui ne pouvait marcher.

Ils enjambent les fils de fer, courent vers leur camarade, et, sous les feux des mitrailleuses qui n'étaient qu'a une cinquantaine de mètres, le ramènent au petit poste.

La  23e Compagnie tenait un saillant boisé, le secteur d'attaque du Régiment.

Les tirailleurs ALI, N° Mat 17.759,et ABD El. AZIZ N° MIe 17471 de la 40e Section, sous une pluie de projectile de tous calibres assuraient avec vigilance leur service de guetteur.

Un obus de 150 vint à tomber entre les deux sentinelles et les blessa grièvement. ALI ,qui avait au ventre une blessure affreuse, mettant â nu ses intestins, dit à ses camarades accourus pour le secourir

« Bel Koum, khalina mouth tranquille; mektouh ena mouth fi Champagne. Eslem lennes koul Filaméne».

( Attention, laissez-moi mourir tranquille; moi, Dieu a voulu que je sois tué en Champagne. Que la bénédiction de Dieu soit sur vous tous. Au revoir ).

Il tourna ses yeux vers le ciel et rendit peu après son dernier soupir.

Quatre heures quarante cinq minutes.

C'est l'heure fixée par le commandement pour attaquer.

Les Tirailleurs du 1er Bataillon, en première vague d'assaut, débouchent des parallèles françaises et sautent dans les tranchées allemandes.

Le Boche déclenche le tir de barrage et les mitrailleuses crachent avec ensemble.

Dans le Bataillon de soutien, un groupe hésite devant cette avalanche de projectiles.

C'est alors qu'un pionnier, ALLOUCHE MADJER, N° MIe 17766, bouillant d'impatience, saute, d'un bond, sur le parapet, au mépris des balles et des obus et, au cri de «En avant, vive la France» ,il fonce en avant.

Une balle atteint le brave; qu'importe!, suivi de tout un groupe, il franchit le tir de barrage et le voici combattant ardemment.

La fièvre dans les yeux, il guette et tire sur tout ce qui se présente comme ennemis.

Soudain, un obus éclate si prés de lui, qu'il le blesse plus sérieusement.

ALLOUCHE, déjà affaibli par sa première blessure, continue cependant à avancer jusqu'à-ce que ses forces le trahissent.

Emmené par un camarade au poste de secours, il répond encore aux questions qu'on lui pose. «C'est grave?» lui demanda-t-on sur son passage; mais lui tout entier au combat répond: «je n'ai pas de chance: blessé, je m'en fiche, mais évacué, c'est bien ennuyeux».

b) Sur la Marne

Du 24 au 26 avril, le Régiment est relevé. Il va se reposer et se refaire dans la région de Saint-Mart-Ies-Rouffy-Vouizy (Marne).

Le 21 mai, il se rend à Saint-Hilaire-au-Temple et a Cuperly.

Le 2 Juin, il est alerté et embarqué en auto-camions; le 3, il débarque dans la région de Vaux-Varennes, et, le 4 au soir, il relève les troupes qui occupent le secteur, entre la Miette et l'Aisne.

Ce secteur, nouvellement conquis, n'est pas organisé. Il est dominé par les cratères de la cote 108, occupés par les boches et par les hauteurs de Juvincourt; aucun travail, aucun ravitaillement ne sont possibles de jour.

Alors, on marche, on travaille toute la nuit, malgré les tirs de harcèlement dont les Boches sont prodigues, et, lorsque, au bout d'un mois, le 4 juillet le Régiment part pour la vallée de l'Aube, le secteur a été amélioré.

Du 7 juillet au 11 août, dans la région de Nogent-sur-Aube, le Régiment se repose, se divertit, célèbre des anniversaires glorieux et se prépare à l'attaque de Verdun

Le Général GOURAUD vient passer en revue la Division et la félicite de sa belle tenue.

Tous travaillent à plein cœur, et c'est avec joie et confiance que le 11 août, le Régiment s'embarque en camions pour Verdun.

8) Offensive devant Verdun.

L'offensive du 20 août 1917, au nord de Verdun, avait été préparée comme savent et peuvent le faire des troupes aguerries.

Une partie seulement des États-majors de Division et de régiment s'était établi dans le secteur, étudiant et préparant tout ce qu'il fallait pour déboucher.

Les Bataillons, loin en arrière, étudiaient leur opération sur des cartes et sur les plans en relief, s'exerçaient et s'entraînaient.

Ils ne furent amenés sur la position qu'au dernier moment, la plupart dans la dernière nuit.

Cependant, chacun savait bien ou il devait frapper, l'opération, qui était à portée limitée, était bien définie. Le plan d'engagement fixait la mission de chacun et prévoyait tout ce qu'il était possible de prévoir.

L'objectif était le bois de Lumières dont la lisière sud dominait de haut toute la région.

Dans la nuit du 19 au 20 août, pendant qu'une puissante préparation d'artillerie achevait de bouleverser les lignes allemandes, la Division du Maroc, au travers des barrages d'obus toxiques, prenait silencieusement sa formation d’assaut à l'ouest de la Meuse, de part et d'autre des ruines de Chattancourt.

Le 20 août, à 4 heures, dans un cadre infernal, sur une terre qui tremble, dans une atmosphère empoisonnée au milieu de fumées embrasées par l'aurore et constellées  d'explosions, le 5e Bataillon, Commandant NORMAND, débouche derrière un irrésistible barrage roulant que les Tirailleurs impatients trouvent trop lent à leur gré.

Il dépasse son premier objectif, submerge la première position, escalade la côte de l'Oie, et enlève la lisière sud du bois de Cumières, réduisant facilement les dernières résistances de l'ennemi.

Vers 6 heures, le drapeau tricolore, lancé en plein ciel par une fusée, annonce que le deuxième objectif est atteint.

Le Général de Division fait communiquer que l’attaque sera reprise à 8 heures.

A ce moment, le 6e Bataillon, Commandant MENNERIER, traversant le 5e Bataillon, déblaie le bois de Cumières, atteint la lisière Nord et s'empare des ouvrages et batteries qui en défendent le débouché ; le troisième objectif est atteint.

On se trouve alors sur la pente descendant vers le ruisseau de Forges. Du bois de Forges, en face, les renforts ennemis n'osent pas contre-attaquer, mais ils bombardent et mitraillent vigoureusement.

Néanmoins, la progression continue par les boyaux et les creux de terrain, rapportant à chaque pas, de nouveaux prisonniers.

A 11h30, le Commandant MENNERIER fait entreprendre la conquête méthodique des derniers ouvrages ennemis.

Le quatrième objectif est aussi atteint vers 17 heures, à deux kilomètres de nos tranchées de départ.

Le 1er Bataillon, Capitaine PATRIARCHE, avait fourni des Compagnies de nettoyeurs de tranchées et assurait le service de réserve de division.

La Légion, à droite, les Zouaves a gauche avaient progressé parallèlement.

La nuit se passe à organiser les positions.

Toute cette opération avait été conçue, préparée et exécutée avec une telle précision que le Lieutenant-Colonel AUBERTIN, Commandant le Régiment, quoique resté en liaison téléphonique constante avec les bataillons, le Commandement et l'artillerie, n'eut dans tout le courant de cette journée, aucun ordre à donner pour modifier le plan d'engagement.

Le 2, au point du jour, dans le brouillard, des reconnaissances ennemies viennent se heurter à nos postes avancés.

Elles sont immédiatement rejetées à la baïonnette et poursuivies d'un seul élan jusqu'au ruisseau de Forges.

Tout le versant Nord de la Vallée de Forges est interdit à l'ennemi.

Cette situation est confirmée pendant les jours suivants par de vigoureuses reconnaissances offensives, tandis, que les trois bataillons concourent à créer le nouveau front et l’organiser sous la réaction de l'ennemi qui reprend des forces tous les jours.

Le gros du régiment ne quitte le front que le 3 septembre, quatorze jours après l'attaque.

Grâce à la puissance et a la perfection de la préparation, nos pertes furent relativement légères et notre butin considérable

400 prisonniers, bien dénombrés ; 6 canons, 11 mitrailleuses, 3 minenwerfer et un nombreux matériel.

Ces rudes journées valaient au Régiment sa 3e citation à l'ordre de l'Armée.

Extrait de l’Ordre Général, N° 900, du 20 septembre 1917:

Le Général Commandant la IIe Armée cite à l'Ordre de l'Armée le 4e RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS.

" Régiment de tout premier ordre et remarquablement entraîné. A donné le 20 août 1917, sous les ordres du Lieutenant Colonel AUBERTIN la preuve de sa haute valeur en enlevant, sur une profondeur de trois kilomètres, une série de puissantes organisations ennemies en conservant l'ordre le plus parfait. Arrivé au terme de ses objectifs, s'est emparé, par une brillante et vigoureuse action, d'une batterie ennemie encore armée, puis, prêtant son concours au Régiment voisin, a poussé ses reconnaissances jusqu'aux nouvelles lignes ennemies, pénétrant dans un village encore occupé et fouillant les batteries abandonnées par l'ennemi, où il a recueilli du personnel et effectué des destructions. A fait 400 prisonniers et capturé 6 canons, 11 mitrailleuses et 2 minenwerfer"

9) Maxey-Bois-L’Eveque-FIirey.

Le 5 septembre, le Régiment débarque à Maxey-sur-Vaise (Lorraine).

Le Général DEGOUTTE est nommé au commandement du 21 Corps d'Armée.

Le Général DAUGAN prend le commandement de la Division Marocaine.

Le 4e Tirailleurs retrouve son ancien Colonel, celui qui l'a conduit à la victoire au Plateau de Paissy, à Soupir, à la ferme d'Alger, à Arras, au Bois Sabot.

Le 8 septembre, le Régiment se rend à Domremy, et présente à la vierge Lorraine les armes qui ont commencé la libération du territoire, les armes qui, partout ou le Régiment a attaqué, ont reconquis la terre française. Chacun souhaite en son cœur de faire comme Jeanne d'Arc, de bouter l'ennemi hors de France.

Le 9 septembre, le Régiment quitte ses bons cantonnements de la région de Vaucouleurs, ou l'accueil des habitants avait été si affable, et se rend au camp de Bois l'Évêque, entre Toul et Nancy. L'instruction est reprise et poussée avec ardeur.

 Le 25 septembre le Régiment fête l'anniversaire de la prise du Bois Sabot, en décembre 1915 et célèbre en même temps la fête musulmane de 1'Aid-el-Kebir.

Le 29 septembre, le Général PÉTAIN passe en revue la Division Marocaine.

Il remet au drapeau du 4e Tirailleurs sa troisième palme.

Le 3 octobre, le Régiment quitte le camp pour relever les troupes qui occupent le secteur de Flirey. La Division a reçu l'ordre de réveiller ce secteur calme jusqu'alors. Jusqu'au 14 janvier, elle s'y emploie de tout cœur. Le Régiment prend une large part aux coups de mains, tous réussis, que nous faisons chez les Boches et repousse victorieusement, en faisant des prisonniers et en tuant des ennemis, tous les raids que les Boches tentent chez nous, et, cela malgré le froid, la neige, les intempéries que les tirailleurs supportent allégrement.

Lorsque la Division quitte le secteur, plus de deux cents prisonniers ont été faits, une partie importante des organisations allemandes a été détruite, un butin considérable rapporté. En outre, l'ennemi a constaté une fois de plus, qu'en secteur comme en attaque, la Division Marocaine et le 4e Tirailleurs ne craignent personne.

Après relève, le Régiment se rend dans la région d'Uruffe (Est de Vaucouleurs), pour se reposer et s'instruire en attendant l'ordre, espéré depuis si longtemps, d'enfoncer le Boche et de le battre à tout jamais.

 10) Du 1er janvier au 1e août 1918.

Dans le courant de janvier 1918, le Régiment est ramené dans la zone de Vaucouleurs, où il reste jusqu'au 1 avril, travaillant avec passion la contre-attaque qui va être la manœuvre indiquée contre les ruptures dont nous menace la formidable armée boche renforcée maintenant de toutes ses troupes du front russe.

L'avalanche attendue se déclenche sur la Somme. Aussitôt la Division marocaine est portée devant Amiens qui est menacé, derrière la jointure des armées anglaises et françaises.

Le 26 avril, cette jointure venant d'être presque rompue, le Régiment est engagé à Cachy; malgré les difficultés de l'attaque et les pertes subies (deux compagnies du 1er Bataillon complètement anéanties) les tirailleurs, grâce à leur héroïsme et à leur admirable ténacité, se cramponnent désespérément au terrain et refoule avec de grosses pertes, les contre-attaques ennemies qui, désormais ne dépasseront plus ces lignes de Cachy et du Bois Hangard.

Le Régiment est à peine depuis quelques jours au repos dans la région de Nanteuil-le-Haudoin qu'une nouvelle offensive boche balaye tout le front de l'Aisne. Alerté le 27 mai, il est transporté en camions dans la région au sud-est de Soissons, où l'offensive allemande est particulièrement menaçante; à Breuil et Missy-au-Bois, les 28, 29, 30 et 31 mai, il fait des prodiges d'énergie et de bravoure et parvient, malgré des pertes élevées, à, contenir le flot allemand.

Remis en réserve dans la nuit du 31 mai au 1 juin, il fait de suite le dur métier de réserve d'armée, sautant de la forêt de Villers-Cotterêts à I'Aisne pour étayer la ligne partout où elle craque. Enfin, il prend la première ligne à Ambleny, au sud de l'Aisne; c'est la que, le 12 juin, sous un bombardement intense de l'Artillerie adverse, il reçoit le choc de la 34e Division allemande. Comme toujours, le 4, Tirailleurs soutient sa vieille réputation; malgré la violence des contre-attaques ennemies, malgré les obus toxiques qui empoisonnent l'atmosphère, les tirailleurs tiennent bon, quoique les bataillons soient réduits à 120 hommes et à quelques mitrailleuses. Ils conservent intégralement leurs positions que l'ennemi ne dépassera plus.

4e Citation du Régiment (décision du Général en Chef du 13juillet 1918).

"Superbe régiment qui vient, sous le commandement du Lieutenant-Colonel AUBERTIN de faire preuve une fois de plus, au cours de la période du 28 mai au 17 juin, de son remarquable moral et de son parfait entraînement. Le 12 juin, après les dures fatigues des combats précédents, a reçu, sur un front de plus de 2 kilomètres, une violente attaque allemande menée par des effectifs quatre fois supérieurs en nombre, appuyée par une intense préparation d'artillerie et précédée des troupes spéciales d'assaut; par la vaillance de ses unités, la soudaineté et la vigueur de ses contre-attaques, a maintenu intégralement sa position, faisant éprouver à l'ennemi des pertes considérables".

 

Signé MANGIN

Retiré de la bataille pour se recompléter, le 4e Tirailleurs a la douleur de quitter la Division marocaine avec qui il combat depuis quatre ans Il est transporté en Champagne où il prend part à l'énergique défense du 15 juillet, puis en Lorraine où pendant quelques jours, il tient le secteur du Bois le Prêtre, pour entrer dans la 2e Division marocaine, alors en formation.

11) Du 20 août à l’Armistice.

Le suprême effort de l'AIlemagne est maintenant brisé. Il reste à l'expulser du territoire.

Dans le courant du mois d'août, le 4e quitte la Lorraine pour la région de la forêt de Compiègne et attaque sur l'Ailette du 20 au 24 août : Camblain-le-Fresnes, Besmé, L’Ailette marquent ses étapes victorieuses.

Le 31 août, il attaque de nouveau, prés de Crécy-au-Mont, des positions âprement défendues par la Garde Prussienne. Après une lutte acharnée et au prix de lourdes pertes, il oblige l'ennemi à la retraite, s'empare de Crécy-au-Mont, la Glorie, le Paraidis, franchit le canal de l'Ailette sous le feu de l'ennemi et s'installe à la Ferme de Granchamp et au Bois de la Binette. Sa belle conduite dans cette affaire lui vaut une cinquième citation à l'Ordre de l'Armée.

"Régiment d'élite au passé glorieux. A. sous le commandement du Lieutenant-Colonel AUBERTIN, au cours des opérations du 30 août au 3 septembre 1918, donné à nouveau la mesure de sa ténacité et de son héroïsme; prenant la suite d'un régiment d'lnfanterie dont l'attaque avait été enrayée dés le début avec les plus lourdes pertes, il a pu, malgré les nombreuses mitrailleuses ennemies restées intactes et un tir de barrage d’une violence toute particulière, mordre dans les positions ennemies occupées par un adversaire résolu, l'obligeant à la retraite, réalisant ainsi par la suite une avance de 4 kilomètres" (Notification du GQC du 25 décembre 1918).

Signé  MANGIN

Ramené dans la région de la Ferté-Gaucher pour se refaire, le 4e Tirailleurs n'y reste que quelques jours; il est enlevé en camions et transporté en Champagne, car il doit prendre part à la grande attaque qui se prépare. Le 26 septembre, dans un élan magnifique et après une intense préparation d'artillerie,  il enlève les pentes ouest de la Butte du Mesnil, traversant une véritable mer de fils de fer, manœuvre l’ennemi en faisant tomber successivement ses centres de résistance et l'oblige à la retraite; la Dormoise est atteinte, Grateuil est dépassé, l'Alin est franchi et le 29, il arrive sur les pentes sud de Marvaux, ayant réalise, depuis le 26, une avance de 11 kilomètres, ayant capturé un nombre important de prisonniers et un matériel considérable.

En récompense de l'effort magnifique soutenu par les tirailleurs, une sixième citation est accordée au régiment avec la fourragère aux couleurs de la Légion d'Honneur.

"Régiment d'élite parfaitement entraîné et d'une cohésion remarquable. Sous les ordres du Lieutenant-Colonel AUBEBTIN, au cours d'une progression victorieuse marquée par des combats acharnés sur un terrain particulièrement difficile, a su mener à bien la tâche qui lui incombait. Chargé, les 26, 27, 28 et 29 septembre 1918 de la conquête de la partie ouest de la butte du Mesnil puis du Plateau de Grateuil et des pentes au sud de Marvaux, a progressé sans arrêt, manœuvrant avec autant de science que de vigueur les obstacles qui lui étaient opposés. A atteint tous ses objectifs et capturé, au cours de cette avance de 11 kilomètres 838 prisonniers dont 11 Officiers, 29 canons. 12 mlnenwerfer et de nombreuses mitrailleuses" (Ordre Général du 10 novembre 1918.

Signé  GOURAUD.

Mais l'ennemi n’est pas encore par terre; après cinq jours de repos, dans la région au sud de Saint-Menehould, le 4e Tirailleurs est reporté en avant et, après trois jours d'une marche rendue extrêmement pénible par la pluie qui tombe sans arrêt, le Régiment attaque, le 17 octobre au matin, le ravin de Beaurepaire ou, là encore, malgré les difficultés d'un terrain boisé, bourré de mitrailleuses allemandes, il déploie, pendant quatre jours d'attaques consécutifs, ses qualités coutumières d'endurance, d'énergie et de froide ténacité pour refouler les tenaces mitrailleurs boches invisibles dans les talus où ils se cramponnent désespérément.

L'Armistice le trouve attendant ses renforts en secteur devant l'Alsace au sud de Dannemarie.

Aussitôt il part en Savoie garder la frontière suisse depuis le Mont-Blanc, jusqu'aux Rousses, tandis que par deux fois, son drapeau avait l'honneur d'être appelé à venir saluer l'Alsace délivrée, à Huningue, le 21 novembre et à Mulhouse le 10 décembre.

Enfin, le 19 décembre, il fait tout entier son entrée solennelle à Guebviller, au milieu des acclamations alsaciennes, réalisant ce jour-là le rêve qui, pendant toute la guerre, avait soutenu sa vaillance.

C'est là que vient le trouver le 26 décembre, l'ordre de rentrer immédiatement en campagne au Maroc pour continuer de suite la besogne qu'il avait interrompue en 1914.

En résumé. au cours de la grande guerre qui ne fut pour lui qu'un intermède entre deux campagnes marocaines, le 4e Régi­ment de marche de Tirailleurs a pris part à vingt-huit grandes affaires, soit offensives soit défensives; il a fait plus de 3000 prisonniers, pris, plus de 6o canons et capturé un matériel considérable.

En toutes circonstances, malgré des pertes souvent sévères, il a toujours fait preuve de la plus grande bravoure et de la plus belle énergie. Depuis la bataille de la Marne de 1914, pas une seule de ses compagnies n'a reculé une seule fois.

Il est permis de dire qu'il a bien mérité de la Patrie et c'est le front haut que, en janvier 1919, au milieu des acclamations enthousiastes qui, à Bordeaux, à Oran et jusqu'à Taza et Bou Denib, saluérent le retour des vainqueurs, il passe du front français au front marocain, emportant sur son drapeau et sur les fanions de ses bataillons et compagnies les glorieux insignes de cinquante et une citations collectives.

C'est du Maroc qu'est parti le drapeau du Régiment pour aller recevoir à Paris, la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur remise devant l'Hôtel de Ville par le Président de la République, le 13 juillet 1919, et avec laquelle il défila le lendemain sous l'Arc de Triomphe.

Le décret lui conférant cette suprême distinction est lui-même une citation rappelant tous les éléments de gloire du Régiment.

LE PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE DÉCRETE:

Est décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, le drapeau du 4e Régiment de marche de Tirailleurs Indigènes Tunisiens. Drapeau glorieux. A flotté sur tous les Champs de Bataille de la Grande Guerre. Le 23 août 1914, à Hanzinelle, en Belgique, le 30 août à Ribemont et Villers-le-Sec, les Tirailleurs brisent I'ennemi.

Du 6 au 13 septembre 1914, ils poursuivent l'adversaire jusqu'au Chemin des Dames.

Le 16 juin 1915, en Artois, ils enlèvent prés du Cabaret Rouge quatre lignes de tranchées; en Champagne, le 25 septembre 1915, ils prennent le Bois Sabot.

Le 17 avril  1917, le Régiment attaque près d'Auberive, atteignant tous ses objectifs; le 20 août 1917, à Verdun, iL emporte la côte de l'Oie et le Bois de Cumières.

Le 12 Juin 1918, prés de Soissons, il résiste héroïquement à la poussée de l'ennemi, maintenant intégralement toutes ses positions.

Du 30 août au 3 septembre 1918, sur l'Ailette, il pénètre dans des positions défendues désespérément et force l'ennemi à la retraite.

Les 26, 27, 28 et 29 septembre, il contribue à l'enlèvement de la Butte du Mesnil passe la Dormoise, s'empare du Plateau de Grateuil, franchit l'Alin et prend pied sur les pentes du sud du massif de Marvaux.

Au cours de ces actions, le drapeau du 4e Régiment de marche de Tirailleurs indigènes conquiert la fourragère aux couleurs de la Légion d'Honneur; il est glorieusement blessé le 18 septembre 1914 à Paissy, par éclat d'obus.

 

Paris, le 5 juillet 1919.

Signé: R. POINCARÈ.

A son retour du défilé triomphal, le drapeau du 4e Régiment de Tirailleurs recevait à Casablanca des mains du Général LIAUTEY la Médaille du Mérite Militaire chérifien.

Ce drapeau qui n'est pas seulement le drapeau du Régiment de marche, mais qui, pieusement entretenu, est toujours le premier drapeau du 4e Régiment de Tirailleurs tout entier, dont l'ordre du Régiment suivant du 23 septembre 1919 retrace brièvement la magnifique épopée:

Premier drapeau français des Tirailleurs de Tunisie.

Premier drapeau français qui flotta sur le Maroc, à Casablanca, en 1908; à Fez, en révolte  1912.

Drapeau fécond qui, en 1913 abritait simultanément sous ses plis 12 bataillons de tunisiens, dont 6 au Maroc.

Drapeau généreux qui, dés le  20 août 1914, entrait en Belgique face à l'envahisseur à la tête de ses 1er, 5e, 6e Bataillons et de sa CHR, les conduisant sans répit aux plus dures attaques dans les rangs des immortelles divisions marocaines, jusqu'à ce que, le 21 novembre 1918. il eut le bonheur d'embrasser, à Huningue, I'Alsace délivrée et de flotter sur le Rhin reconquis.

Drapeau, à l'ombre immense dont la pensée, pendant ce temps soutenait la vaillance de nombreux autres bataillons qui combattaient sous son numéro: 2e Bataillon au Maroc, 3e en France, d'autres en Orient et au Sud Tunisien.

Premier drapeau qui, sitôt le Rhin délivré, est venu apporter aux Marocains l'éclatant témoignage du triomphe de la France en jetant aux premières lignes ses fourragères rouges, depuis Fez et Taza jusqu'à Bou-Denib.

Drapeau glorieux enfin, acclamé par des Provinces sans nombre, passé tout frémissant sous l'arc triomphal au milieu de l'émouvante escorte que lui font les âmes des milliers de braves, français et musulmans, tombés pour lui, gardant jalousement dans ses plis les insignes de sa gloire

 

La Croix de la Légion d'Honneur

La Croix de Guerre illustrée de 6 palmes

La Médaille du Mérite Militaire chérifien

La Fourragère rouge.

Signé: Lieutenant-Colonel AUBERTIN.

 

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