Historique du 4e Zouaves

1917

 

L'Attaque du 16 Avril  Hurtebise

 

Le 4e Zouaves ne séjourna qu’une vingtaine de jours à Treveray et à la Neuville-Sainte-Joire.

Le 15 janvier il quittait pour toujours ce pays de Meuse où il était arrivé 9 mois plus tôt, inconnu, perdu dans la foule des régiments anonymes qui depuis deux ans défendaient la Patrie. Désormais, la renommée le précédait. Sitôt à Verdun, dans cette arène sur laquelle le monde avait les yeux fixés, il s'est ouvert un chemin jusqu'au premier rang. Chemin pénible, chemin sanglant, mais qu'importait, la Gloire l'avait touché de son aile, et ses hommes emportaient au fond de leur coeur ce sentiment qui durcissait leur regard et enflait leurs narines, que désormais ils étaient invincibles.

Le régiment devait se rendre par voie de terre dans la région de la Ferté-sous-Jouare. Parti le 15 janvier, il n’arriva à destination que le 3 février; les étapes marquées par Montier-en-Der, Droupt-Saint-Balle, Méry-sur-Seine, Maiziere-la-Grande-Paroisse, Verdelot, etc. furent assez pénibles. Le froid était très vif et les routes rendues fort glissantes par le verglas. Les équipages n'avançaient qu'au prix des plus grands efforts et quelques hommes atteints d'un commencement de gelure aux pieds durent durant l’attaque du 15 décembre durent être évacués. Cependant à part ces quelques pertes dues à l'état rigoureux de la température le régiment ne laissa qu'un minimum d'hommes derrière lui et, se tira à son honneur de cette nouvelle épreuve.

Les bataillons furent cantonnés à Ruzancy, le Tiliet et Reuil. Sitôt les travaux d'installation terminés, les exercices de campagne, les manoeuvres de Compagnie, de Bataillon, de Régiment recommencèrent, mais avec une idée nouvelle. Le régiment ne fut plus exercé comme dans les mois précédents à des exercices d'attaque à objectif limité mais bien à une guerre de mouvement, à cette guerre en rase campagne que les Français avaient dû abandonner à regret après la victoire de la Marne et que le Haut Commandement voulait reprendre à tout prix une fois la trouée faite, comme étant la seule féconde en résultats et parce que, cette guerre si bien appropriée à notre caractère était la seule également qui nous permit de battre le Boche et d'obtenir la décision. Une fois la trouée réalisée, la Division, Division de poursuite, devait entrer en ligne. Le régiment fut donc exercé à l'exploitation rapide du succès, a des marches en formations largement articulées, très ouvertes et sous la protection directe d'un groupe d'artillerie qui fournissait une batterie à chaque bataillon.

Ces exercices intéressants et qui donnèrent à tous un esprit d'offensive absolument extraordinaire, se poursuivirent sans arrêt jusque dans les premiers jours de mars. Le régiment était alors dans une forme splendide, physique et morale. C'était un magnifique instrument de combat qui promettait de surpasser encore ses prouesses de Verdun.

Dans la première semaine de mars, les trois bataillons se déplacèrent séparément pour se rendre dans la région de Fismes afin d'y parachever l'équipement du futur front d'attaque. Tour à tour, bûcherons, carriers, portefaix, constructeurs, les Zouaves surent se montrer aussi efficients à l'arrière qu'à l'avant. L'hôpital d'évacuation de Saint-Gilles fut presque entièrement construit par eux. Ces travaux étaient coupés d'exercices nombreux car il importait de maintenir chacun en haleine. Le jour de l'attaque, qui peut-être serait décisive, était désormais très proche.

Le 10 avril, après une reconnaissance par les Chefs de Bataillon et les Commandants de Compagnie, des places d'armes, assignées au régiment à la veille de l'attaque, des cheminements, des dépôts de vivres et de munitions, les travaux furent arrêtés et les bataillons se regroupèrent à Fismes.

Le 12, le Général Mangin, alors Commandant de la VIe Armée, passe le régiment en revue. Très satisfait de la splendide et crâne allure des Zouaves, il réunit les officiers pour les en féliciter et leur dire en un lumineux exposé quelle devait être l'attaque qui allait se produire, les conséquences et les résultats que le Commandement en attendait.

Au jour J , le régiment suivant la progression des troupes d'attaque devait, gagner par Paissy, Ailles, Neuville et le Fort de Montbérault les dernières hauteurs au Sud de Laon, se mettre en place après avoir franchi les premières lignes françaises dans la nuit de J à J + 1, être prêt à attaquer et à continuer la poursuite en masquant Laon vers l'Est dans la journée de J + 1. Mission délicate comme on le voit, mais qui faisait honneur au Zouaves et prouvait la confiance que l’on avait en lui, en sa discipline, en ses qualités manoeuvrières.

Dans la soirée du 15, les trois bataillons se trouvèrent réunis dans les grottes ou plutôt les creutes du village d'OEully, pour leur veillée des armes. Il plut une partie de la nuit, et le 16 au matin, au lieu du beau soleil que chacun espérait, ce fut un jour gris, froid, morose qui vit le régiment se former face au Nord, recevoir ses dernières instructions, se mettre en route. Le départ retardé d'une demi-heure n'eut lieu qu'à six heures et demie, trente minutes après l'attaque. Le spectacle à ce moment était magnifique ! Partout, dans les vallées, sur les crêtes, par les routes et les chemins, de longues files d'hommes dégorgées par les innombrables ponts de l'Aisne et qui étaient autant de régiments en marche s'avançaient lentement à l'assaut des positions allemandes. Elles éveillaient dans l'esprit une idée de force, de puissance quasi surhumaine. Comment douter en voyant cette machine énorme que le mur boche ne soit écrasé, enfoncé, balayé. Tout à coup cependant, cette masse en mouvement si fort, semble hésiter, elle vacilla un instant et s'immobilisa, dans l'instant même où elle semblait irrésistible. Le régiment suivit le mouvement général, et bientôt des ordres parvenaient au Colonel Richaud de faire demi-tour et de regagner les creutes d'OEully. Depuis quelques instants déjà, de nombreux blessés légers qui refluaient vers l'arrière avaient pu donner quelques détails sur la situation dans les premières lignes. Il en résultait que les troupes d'attaque s'étaient heurtées à de nombreuses mitrailleuses, n'avaient pu réaliser la percée et se trouvaient immobilisées à quelques centaines de mètres de leurs parallèles de départ. Il était donc inutile de pousser en avant les troupes de soutien et de poursuite tant que la situation ne serait pas éclaircie. Combien il fut dur à donner cet ordre de faire demi-tour, de reculer après être parvenu si près de l'ennemi. C'était comme la sanction que cette trouée, que cette victoire que l'on croyait réalisée avait échoué et n'était plus qu'un rêve.

De 9 heures à 14 heures chacun attendait, anxieux l'ordre de reprendre la marche en avant. Malgré les faits qui d'heure en heure s'accumulaient pour démontrer que la ligne allemande n'avait pas été brisée, personne ne voulait croire à l'insuccès et ce fut avec un réel soupir de soulagement qu'à 14 heures, officiers et zouaves, sur ordre de la Division, reprirent leur chemin du matin.

Après deux heures de marche le régiment s'arrête aux abords de Moulins, au milieu des batteries d’artillerie, dont beaucoup déjà ne tiraient plus. Le Colonel partit au PC de la DI afin d'avoir quelques renseignements; il en revint bientôt avec un nouvel ordre de faire demi-tour et d'aller cantonner à Cussy-Geny pour y passer la nuit. Tout était bien fini. Cette victoire, cette poursuite ardente que tous attendaient avec impatience et tant de confiance quelques heures plus tôt, n'était plus qu'une chose du passé à laquelle il ne fallait plus songer. Le lendemain, 17 avril, dans l'après-midi, de nouvelles instructions parvinrent du Colonel. Elles disaient en substance que toute idée de percée et de poursuite était abandonnée pour l'instant et que par suite des pertes très élevées des régiments de la Division, cette Division serait relevée dans la soirée du 17.

Le 4e Zouaves relevait le ... e Colonial dans le S/Secteur du Monument d'Hurtebise.

Les bataillons se mirent en route à la tombée de la nuit dans l'ordre 3, 4, 5. La marche, fut d'abord aisée en dépit d'une nuit très noire, devint très difficile après Oulches, et ce ne fut qu'au petit jour que les deux bataillons de tête perdus dans les anciens réseaux de fil de fer allemand qui protégeait la Ferme et le Monument d'Hurtebise purent y voir assez clair pour se dégager, atteindre les emplacements qui leur avaient été assignés et opérer la relève. Mais les Boches avaient aperçu notre mouvement, ce fut au milieu d'un violent marmitage qu'elle s’acheva, marmitage qui occasionna quelques pertes dans le 3e Bataillon.

A 7 heures tout était terminé et les troupes placées de la façon suivante

A droite en liaison avec un régiment du Nord. Le 3e Bataillon commandé par le Chef de Bataillon de Clermont-Tonnerre tenait la Ferme d'Hurtebise. Sa première ligne, passant en avant de la ferme, permettait d'avoir d'excellentes vues sur le ravin de Vauclerc et offrait de grandes facilités, pour la défense.

A la gauche, le 4e Bataillon, commandé par le Chef de Bataillon Helbert, avec sa première ligne à 80 mètres du Monument de 1814, en arrière de la crête militaire, était moins bien partagé. Sans vue, sans champ de tir, avec la vallée Foulon derrière lui, quasi accroché aux pentes, il était même dans une position délicate. II importait de l'améliorer au plus tôt en se portant au moins en avant du Monument que l'on pourrait aménager en point d'appui. Ce fut donc dans le quartier du 4e Bataillon que la lutte fut la plus ardente.

Pendant les huit jours que le régiment passa en ligne, le Monument d'Hurtebise, qui n'était plus qu'un amas de pierres éboulées, passa plusieurs fois de mains en mains et donna lieu à une bataille sans trêve ni repos dans laquelle les Zouaves finiront par avoir le dessus. Le 5e Bataillon, sous les ordres du Commandant Raffiniac, était en réserve prés du PC du Colonel dans les anciennes premières lignes françaises.

Dès leur arrivée, les compagnies de première ligne, trouvant un terrain aussi bouleversé qu'à Verdun durent tout d'abord s'installer tant bien que mal dans les trous d'obus. Le calme relatif de cette première journée leur permit de les relier les uns aux autres en une tranchée continue. Le soir tout le monde était abrité. Les deux compagnies de soutien eurent la bonne fortune de pouvoir s'installer immédiatement dans quelques abris intacts de l'ancienne première ligne allemande. Celle du 3e Bataillon en arrière de la ferme d'Hurtebise, celle du 4e vers les débris de la Ferme de la Creute, sur les flancs de la Vallée Foulon.

Le 23 dans la soirée, le 4e Bataillon à bout de forces fut relevé par le 5e. Le 3e Bataillon moins la 9e Compagnie qui alla se mettre en soutien du 5e dans la courtine d'Iena, à gauche de la Creute, fut relevé par un Bataillon du 4e régiment Mixte de Zouaves et Tirailleurs.

Ces différentes relèves intérieures se passèrent sans accident et la journée du 24 fut très calme. Devant le monument même les Boches se tinrent cois. L'artillerie allemande tirant, une batterie de 58 de tranchée destinée à battre le terrain en avant du Monument put être facilement installée dans la Vallée Foulon.

Le 25, à 5 heures du matin, après une nuit silencieuse, les Boches déclenchaient subitement un très violent bombardement sur la ferme et ses abords, ainsi que sur les pentes Nord de la Vallée Foulon. Après dix minutes de tir ils passaient à l'attaque et un peu après 5h40 un renseignement parvenait au Commandant Raffiniac lui faisant savoir que le bataillon du 4° Mixte qui tenait la ferme avait été débordé puis bousculé et que les Boches étaient parvenus jusqu'à 80 mètres environ de l'ancien PC du Commandant de CIermont-Tonnerre. La compagnie de droite du 5e Bataillon très en l'air avait dû reculer, abandonner le Monument et se former en crochet défensif face a l'Est pour enrayer la progression d'un groupe Allemand en direction de la Ferme de la Creute et de PC du 5e Bataillon. La 17e Compagnie, compagnie de soutien sous le commandement du Capitaine Jeanne, se porta immédiatement de son emplacement dans la courtine d'Iéna où elle fut remplacée par la 9e, derrière la Compagnie de droite du 5e Bataillon. Contre-attaquant aussitôt dans la direction du Monument elle réussit à refouler quelques Allemands qui s'étaient infiltrés jusqu'à la seconde tranchée, mais fut arrêtée net dans son avance par un très violent feu de mitrailleuses partant de la ferme.

La situation, sinon critique, était tout au moins très alarmante. Le 5e Bataillon, complètement débordé sur sa droite, pouvait craindre de voir les Allemands qui appartenaient au 1e  Régiment de la Garde essayer d'exploiter leur succès en s'infléchissant face l'Ouest; Mais ceux-ci ne parurent pas voir l'opportunité qui s'offrait à eux. Ils hésitèrent, c'est ce qui les perdit.

La 3e Compagnie sous les ordres du Capitaine Goujat reçut l'ordre vers 8h45 de se porter à la droite de la 17e en utilisant les parties de tranchées encore intactes, de contre-attaquer en direction de la Ferme d’en chasser les défenseurs et de s'installer dans l'ancienne ligne française. Sautant de bous d'obus en trous d'obus, manoeuvrant comme à l'exercice, lentement mais sûrement, les hommes des sections Ducros et Laîné refoulent les grenadiers du 1e régiment, en tuent un bon nombre et font quelques prisonniers.

A 100 mètres de la ferme, les mitrailleuses qui tout à l'heure avaient arrêté la 17e, arrêtent à son tour la 9e Compagnie. L'arrêt est de peu de durée. Grâce au canon de 37, la progression peut être reprise. Les deux autres sections de la 9e sont engagées, l'une ,pour établir la liaison avec la 17e et accentuer l'encerclement de la ferme, l'autre vers la droite pour rechercher la liaison avec la 11e Compagnie qui vient d'arriver sur le lieu de la lutte, et prévenir ainsi toute surprise de ce côté.

A 11 heures, dans un dernier effort, la ferme est enfin atteinte, dépassée; les Zouaves parviennent à nos anciennes tranchées, la ligne est intégralement rétablie. Les “ fameux colosses ” du 1er régiment de la Garde avaient dû s'incliner, reculer devant le mordant et la ténacité des Zouaves du 4e, leur abandonner une vingtaine de prisonniers et laisser de nombreux morts sur le terrain.

Dans le courant de l'après-midi, la ligne fut renforcée par l'arrivée de la 10e Compagnie.

Le 3e Bataillon en entier, 24 heures après avoir été relevé se trouvait de nouveau en ligne après une contre-attaque des plus dures, donnant ainsi, un bel exemple d'endurance et d'énergie.

Par un message téléphoné reçu dans l'après-midi, le Général Commandant le GAR félicitait en ces termes ce bataillon de l'énergie dont il avait fait preuve et des brillants résultats qu'il avait obtenus

“ Il importe de tenir la Ferme d'Hurtebise à tout prix. Le GénéraI Commandant le GAR félicite le Bataillon de CIermont-Tonnerre de l'avoir reprise. ” Félicitations auxquelles le Général Commandant le XIe CA. ajoutait bientôt les siennes et décidait qu'en reconnaissance des services rendus par le bataillon, le boyau devant relier  la Ferme aux anciennes tranchées françaises prendrait le nom de boyau de Clermont-Tonnerre.

A la nuit, le 3e Bataillon fut relevé par un bataillon du 116e RI et quelques jours après le régiment en entier se trouvait rassemblé à Revillon. La partie, encore une fois, avait été rude, mais gagnée. Par son énergie, sa volonté, son acharnement, le 4e Zouaves au cours de ces huit jours de lutte avait pour la 4e fois fait pencher la balance de son côté et forcé la victoire à lui sourire.

A peine relevé, la Garde Impériale, profitant de son départ se rue à l'assaut. Hurtebise et son Monument sont pris. En quelques instants, huit jours de labeur et de sacrifices sont réduits à néant.  “ Puisque nos successeurs n'ont pas su conserver ce coin qui est à nous, eh bien, “ on ira remettre ça ! ” “ La Garde Impériale est là ? ” “ On est pas de la Garde, Impériale, nous; on va quand même montrer aux Fritz ce qu'on vaut ! ” Ces paroles d'un Zouave résumaient bien toute la pensée du régiment le matin du 25 avril. Et de fait, les Zouaves du 4e montrèrent si bien aux Fritz ce qu'ils valaient que l'un d'eux ne put s'empêcher, après avoir été pris, de demander au Lieutenant Ducros “ Vous ? garde aussi ? ” songeant sans doute qu'une pile aussi magistrale ne pouvait leur avoir été infligée que par des hommes choisis, triés sur le volet, soigneusement entraînés à l'instar de ses camarades à mitre du “ Erste Garde Régiment zu Fusz ”

La quatrième citation et la fourragère jaune étaient méritées.

 

Ordre du 18 août 1917.

Du 18 au 25 avril 1917, appelé à tenir un secteur sur une position de la plus grande importance et dans des conditions difficiles, a harcelé l’ennemi, l’a dominé et s'est emparé d'observatoires précieux. A repris par une contre-attaque énergique et spontanée, le 25 avril, la position d’Hurtebise dont les Allemands avaient réussi à tuer les défenseurs, le jour même où le 4 zouaves en avait été relevé. Régiment au passé brillant, au moral superbe, qui, sous le commandement du lieutenant-colonel Richaud a sous l'impulsion des chefs de bataillon de Clermont-Tonnerre, Helbert et Rafignac, s'est surpassé. il a suffit de lui dire: La Garde Impériale est devant vous, pour l'électriser.

 

Cerny-en-Laonnois

 

Après quelques jours de repos à Revillon, les Zouaves du 4e allèrent cantonner à Perles où l'arrivée d'un renfort important permit de combler les vides causés par le récent séjour aux tranchées d'Hurtebise.

Le 6 mai, le régiment fit étape, de Perles à Mont-Notre-Dame, gros bourg pittoresque au pied d'une colline couronnée d'une basilique autrefois fameuse. Les courts exercices du matin, les jeux, les séances récréatives et surtout les longues promenades dans les bois remplis de muguet eurent vite fait de faire oublier aux uns et aux autres les fatigues des journées précédentes. Cependant la canonnade qui continuait à rouler sur le Chemin des Dames, rappelait tous les jours au brave 4e que sa tàche n'était pas termine et que l'heure était proche peut-être où de nouveau on aurait besoin de lui.

Le 16 mai il quittait Mont-Notre-Dame pour Revillon et le 19 il était placé en réserve dans les Creutes de Champagne, en arrière de Cerny-en-Lannois, de terrible réputation.

Placé à contre-pente entre la vallée de l'Ailette et le Chemin des Dames, enfoncé dans un creux, entouré de grottes profondes, Cerny était une des principales places d'armes du front allemand de Soissons à Reims. En dépit d'un tir de destruction,des plus violents, ce point d'appui avait tenu le 16 avril; une nouvelle attaque exécutée le 5 mai n'avait pas été plus heureuse en cet endroit. Le coin était réputé mauvais et bien qu'il ne fut pas tout d'abord destiné au régiment c'est là qu'allèrent les Zouaves en fin de compte.

Le 20 dans la journée, alors que les commandants de compagnie s'apprêtaient à aller reconnaître des emplacements de travaux à exécuter, l'ordre parvenait au régiment d'avoir à relever dans la soirée le ...e RI qui venait d'être attaqué très violemment à l'Est de Cerny.

La relève fut rendue très dure par la longueur du trajet et par le manque absolu de guides dans la dernière partie du parcours. Plusieurs compagnies errèrent plusieurs heures dans les trous d'obus, au milieu d'une nuit noire qu’assombrissait encore un violent orage. Partis à 15 heures, ce ne fut qu'à minuit que les bataillons furent en place.

Le régiment occupait une sorte de promontoire en forme de trapèze entre le creux de Cerny, à l'Ouest et la Ferme de la Bovette à l'Est. Les deux sommets du trapèze étaient aux mains des Boches, celui de l'ouest constitué par la tranchée Baja, avait été perdu le matin même.

Deux bataillons étaient en ligne, le 5e à droite dans les tranchées de la Bavette et Kléber, le 3e à gauche dans la tranchée Deimling et dans une tranchée établie à 50 mètres de Baja et constituée par des trous d'obus reliés à la hâte. Le 4e Bataillon fut placé en soutien dans les abris du Ravin de Troyon. La position, encore une fois était délicate et difficile à défendre. On ne devait guère compter sur l’artillerie qui ne pouvait atteindre que difficilement les tranchées allemandes toutes placées à contre-pente. Les obus allaient se perdre dans la vallée de l'Ailette où tombaient dans les lignes françaises. Ce n'était donc que sur leur vigilance et sur leur fermeté en cas d'attaque, que les Zouaves devaient compter pour conserver le secteur qui leur était confié.

Au petit jour les torpilles commencèrent à tomber. Elles montaient par salves de 7 ou 8 du fond de Cerny pour venir s'écraser en avant de la tranchée Deimling, mais le tir peu précis ne cause que des pertes légères.

Bombardement le jour, reconnaissance de coups de main la nuit, telle fut la caractéristique du secteur pendant le temps que le régiment y resta. Cela n’empêchait pas de travailler ferme. Les tranchées existantes furent approfondies, de nouvelles furent créées et tout un système de boyaux qui permit de circuler en plein jour fut établi. Ces tranchées et ces boyaux furent appelés : tranchée Bonnin, tranchée Aurran, boyau du Zouave Sénechal, boyau du Zouave Charlet, afin d'honorer la mémoire des braves qui s'étaient distingués ou qui étaient tombés en défendant ce petit coin de France.

Après une série de relèves intérieures entre les bataillons, le régiment fut relevé le 5 Juin par le RICM de la Division et descendit à Villers-en Prayeres, puis à Paars et à Mont-Notre-Dame.

Le 30 juin, alors que tous s'apprêtaient à faire mouvement le lendemain pour rejoindre les autres régiments de la DI, déjà portée plus en arrière, le régiment fut soudain alerté et le soir même allait cantonner, camper plutôt dans les ruines de Vieil-Aroy.

Le 2 Juillet, le 4e Zouaves montait de nouveau en ligne à l'Est de Cerny. Les 4e et 5 Bataillons étaient en ligne, le 5e tenait la partie droite du secteur, le 4e la partie gauche, le 3e se trouvait en soutien dans les abris du Ravin de Troyon.

Le 4 juillet en fin de journée et après un violent bombardement, les Boches attaquaient sur toute la ligue, ils furent repoussés, sauf en un point, où ils réussirent à refouler un groupe de combat du 4e Bataillon et à s'emparer de 100 mètres de tranchées. Une contre-attaque aussitôt montée avec la section qui se trouvait à proximité réussit en quelques instants à chasser les assaillants et à rétablir la situation. Par deux fois au cours de la nuit les Boches essayèrent encore d'aborder nos tranchées, mais chaque fois sans résultat. La lutte néanmoins avait été chaude, les pertes sensibles, plusieurs sections de la parallèle d'observation réduites à quelques hommes; mais les survivants perdus dans la nuit noire, sans liaison, ou presque, entre eux, avaient tenu devant l'attaque allemande prolongée toute la nuit; le terrain qui leur avait été confié restait intact

Les journées des 6 et 7 juillet furent plus calmes.

Le 8 une action de détail fut montée par le régiment de droite, le ...e RI, afin de reprendre la partie du Chemin des Dames qui se trouvait devant son front et de se mettre ou a peu près à l'alignement du 4e Zouaves.

La 10e Compagnie fut mise à la disposition de ce régiment, avec mission d'aider sa progression par un violent tir d'enfilade, puis une fois les lignards arrivés à la hauteur des Zouaves, de se joindre au mouvement général afin d'atteindre les premières pentes de la Vallée de l'Ailette.

En dépit d'un très violent tir d'artillerie, l'attaque échoua, le ... ° RI fut arrêté par des mitrailleuses alors qu'il était encore à 200 métres des Zouaves de la 10e. Ceux-ci essayèrent de sortir à leur tour afin de faciliter la reprise du mouvement en vain. L’opération fut abandonnée.

Le 10 juillet le régiment était relevé et mis au repos dans la région de Château-Thierry, sur les bords de la  Marne.

 

L'attaque de la Malmaison

 

Après deux. semaines de repos, en grande partie consacrée à recevoir et à amalgamer des renforts, à renouveler l'habillement et l'équipement, le 4e Zouaves fut envoyé a Lagny, près de Noyon, en pays libéré. La région était idéale comme camp d'instruction. Les lignes de tranchées allemandes, les villages fortifiés, les ouvrages établis un peu partout aux revers des pentes, permettaient de monter les exercices les plus variés, tout en se tenant toujours très près de la réalité puisque pour ainsi dire l'on travaillait sur le vif.

 

L'instruction un peu négligée après Hurtebise fut reprise avec acharnement et en quelques semaines le régiment avait gagné sa forme des grands jours, celle de Vaux-Chapitre, de Douaumont des Chambrettes, celle qu'il avait au matin du 16 avril. La chose fut assez aisée, car- bien qu'il eut été renouvelé plusieurs fois déjà depuis ces journées mémorables, il avait toujours conservé ce merveilleux esprit de corps et ce moral élevé qui plus que toute autre chose avaient fait sa force.

Les jeunes, officiers et soldats, au contact des anciens, s'imprégnaient vite de cette atmosphère généreuse qui faisait qu'au 4e Zouaves on se sentait plus fort, plus hardi, on avait plus confiance que partout ailleurs. Le doute n'y régnait pas, comment eut-il pu y régner, alors qu'il avait sans cesse accompli la tàche assignée à sa valeur au dela des plus grandes espérances et obtenu le succès dans les situations les plus critiques.

Ce fut à Lagny, le 18 août, devant toute la Division assemblée, que le Général Pétain, Commandant en Chef les Armées du Nord et du Nord-Est remit la fourragère jaune et verte au 4e Zouaves, distinction possédée par bien peu de régiments à cette époque.

Quelques jours après, le Lieutenant Colonel Richaud, à qui le régiment devait tant, et qui plus que tout autre avait contribué à lui donner cet esprit, ce caractère spécial qui à l'avant lui faisait glaner des citations et à l'arrière le distinguait de tous les autres Corps, le LieutenantColonel Richaud, le « Réchaud cl e5 Zouaves » comme l'appelaient les hommes, était nommé au commandement de la 91e Brigade et remplacé par le Lieutenant-Colonel Besson.

Ce fut également dans ce mois d'août que le Commandant Giraud, ancien Capitaine du régiment, grièvement blessé à Villers-le-Sec en août 1914, prisonnier évadé d'Allemagne, prit le commandement du 3e Bataillon en remplacement du Commandant de Clermont-Tonnerre passé adjoint au Chef de Corps.

Le 20 août, le régiment embarqué en camions-autos fut transporté dans la région de Vierzy-Chandun, au Sud de Soissons, où il ne demeura que quelques jours. Après une manœuvre, exécutée à Acy en présence des attachés des puissances neutres, il fut mis en réserve le 30 aoùt dans les carrières des Grands Riez, en arrière d'Aisy et de Jouy.

Du .31 août au 7 septembre il fut employé à établir ou à approfondir les boyaux d'adduction reliant les carrieres transformées en places d'armes avec abris à l'épreuve, aux tranchées de première ligne.

Une grosse attaque était projetée dans ce secteur du front et les travaux préparatoires en étaient poussés avec vigueur.

Le 7 au soir le 4e Zouaves montait en ligne devant la Ferme des Bovettes et le Panthéon, face au Fort de la Malmaison, afin de reconnaître son futur terrain d'attaque. Dix jours après il était relevé et mis au repos à Grand Rozoy. Un terrain d'exercice rappelant à peu près le terrain en avant du fort y fut aménagé avec de fausses tranchées imitant les tranchées allemandes; les exercices d'attaques comencerent aussitôt.

Le Fort de la Malmaison, construit vers 1875, occupe le centre d'un plateau en forme de triangle dont la base est formée par le Chemin des Dames et les ravins au Nord de Jouy et le sommet marqué par la réunion du Ravin de Chavignon avec la Vallée de l'Ailette. De modèle démodé, de forme rectangulaire, le fort n'avait en lui-même que peu de valeur, il avait du reste été en partie détruit, ayant servi à faire des expériences d'explosifs avant la guerre. Mais, protégé par trois fortes tranchées, avec des abris nombreux et profonds, il constituait cependant un trés gros obstacle. Il était de plus défendu par des troupes d'élite allemandes appartenant à la 2e Division de la Garde renforcées par la suite par la 5e Division de la Garde.

Dans de telles conditions, l'attaque pour réussir devait être préparée avec un soin tout spécial afin de ne rien laisser au hasard et les exercices répétés un certain nombre de fois pour que le parfait automatisme de la machine fût assuré. C’est ce qui fut fait. De plus, les principaux incidents pouvant se produire, avant, pendant ou après l'attaque furent étudiés, résolus. Toutes les semaines des photos prises d’avion, renseignaient officiers et hommes sur l'état du terrain et sur les changements survenus dans la zone d'attaque du régiment. Les après-midis étaient exclusivement réservés aux exercices sportifs, à des promenades, a des jeux, a des conférences.

Le souci de la préparation fut poussé à un tel point, qu'après une visite au Fort de Condé, fort analogue à celui de la Malmaison, les hommes du 3e Bataillon connaissaient tous les détails de ce dernier sans l'avoir jamais vu. Aussi ce fut un beau régiment, fin prêt, aussi bien aux point de vue physique qu’au point de vue moral, qui, le 16 octobre s'embarqua en camions-autos à destimation de Chassemy.

Cette attaque de la Malmaison, si bien étudiée, si bien montée, si bien fignolée et qui allait réussir, serait, chacun en était certain, la pierre qui couronne l'édifice, le chef d’oeuvre du maitre ouvrier.

Le 24 octobre 1916, le RICM., le régiment frère de la Division avait eu le fort de Douaumont, c'était au tour du 4e Zouaves d'ètre à la place d'honneur, il la méritait à plus d'un titre. Le 19 au soir, après après quelques jours de repos dans les bois de Chassemy, le régiment montait en ligne afin d'y occuper jusqu'au jour de l'attaque les places qui d’armes qui lui avaient été réservées. Il était disposé, de la façon suivante :

la 9e Compagnie dans les paralleles A1, A2 et la tranchée de Narcisse tenait seule tout le front du régiment. Les deux autres compagnies du 3e Bataillon avec la Compagnie de mitrailleuses et une Compagnie du 4e Bataillon étaient abritées dans les carrières du Mont-sans-Pain, à 400 mètres en arrière des parallèles de départ, le restant du 4e Bataillon se trouvait dans la carrière souterraine du Plateau de Mameret, le 5e Bataillon tout entier dans celle du Caïd.

L'attaque devait se faire en deux phases :

1ere Phase : enlèvement des tranchées du Casse-Tète, de Leibnitz, de la Carabine par le 3e Bataillon ayant deux compagnies en première ligne et une compagnie en soutien.

Après avoir dépassé Leibniz et avant d'aborder la Carabine, les deux compagnies de tête, jusque-là accolées, devaient se séparer; la compagnie de soutien, doublant son allure pourrait alors se placer dans l’intervalle ainsi créé afin d'aborder la Carabine en meme temps que ses voisines. Cette Compagnie avait l'ordre de nettoyer cette tranchée et de s'y installer tandis que les deux autres compagnies continuant leur chemin devaient attaquer fort par l'Est et par l’Ouest, et le masquer vers le Nord.

 

2° Phase : le fort pris, et après une préparation d'àrtillerie de quatre heures, le 4e Bataillon ayant dépassé le 3e, avait pour mission de s'emparer de la tranchée et de la ferme de l'Orne, à 600 mètres au Nord du fort, puis en s'infléchissant vers l'Est de descendre dans le Bois des Pilleries et de s'installer en avant de la Ferme Mamy, dans la Vallée de l'Ailette. L'avance prévue devait être de plus de trois kilomètres. La tàche était rude, mais rien n'avait été omis pour la mener à bonne fin. La préparation d'artillerie devait être très complète et les moyens employés dépasser -tout ce que l'on avait vu jusqu'à ce jour en puissance et en nombre.

La destruction du: fort devait être faite avec 70 obus de 400, 250 obus de 270, 500 obus de 240, du 220 et du 155 à volonté pendant trois jours. Pour le barrage en avant des troupes d'assaut il avait été prévu 24 pièces de 75 et 8 de 155, et cependant au départ le régiment n'occupait qu'un front de 280 mètres. La tranchée du Casse-Tête sur cette même longueur devait être détruite par 3000 bombes à ailettes. Ces chiffres qui passaient de bouche en bouche faisaient exulter les Zouaves et contribuaient encore à augmenter leur confiance.

Les Journées des 20 et 21 octobre se passèrent sans incident, l'artillerie allemande tirant peu, les Zouaves de la 9e Compagnie pouvaient à loisir admirer le travail de la française. Le fort dans la fumée des explosions ressemblait à un volcan, la terre tremblait et les bruits confondus des départs et des arrivées faisaient un roulement continu semblable au bruit de la mer, et qui finissaient par endormir. Pendant quatre jours les tranchées allemandes furent écrasées, broyées, retournées, encore et encore; nul ne pouvait vivre dans cet enfer.

Le 21 au soir, cinq soldats allemands du 3e Grenadiers de la Garde, incapables de retrouver leur tranchée nivelée, vinrent se faire prendre par un petit-poste de la 9° Compagnie, ils ne purent donner que peu de renseignement sur l'état de destruction des positions allemandes.

Selon leurs dires, le bombardement était le plus formidable qu'ils aient jamais vu, et depuis trois jours aucun ravitaillement ne leur était parvenu.

L'attaque qui tout d'abord devait avoir lieu le 22 fut remise au lendemain, ce fut donc dans la nuit du 22 au 23 à 24h que les compagnies commencèrent leurs mouvements en vue de gagner leurs emplacements de départ. Les deux compagnies de première ligne du 3e Bataillon s'installèrent dans la parallèle A., la compagnie de, soutien, l'état-major du Bataillon, le peloton des nettoyeurs, les lance-flammes, le détachement d'accompagnement, les trois tanks mis à la disposition du régiment s'entassèrent tant bien que mal dans la parallèle A2.

A 2h30, le 3e Bataillon était placé en entier, et le 4e était en route pour la tranchée Narcisse quand subitement les Allemands qui devaient avoir eu vent de quelque chose, commencèrent un très violent bombardement de nos positions de départ. Le 3e Bataillon assez bien abrité, dans les parallèles étroites et profondes eut des pertes légères, le 4e, surpris avant d'avoir atteint les rares abris de la tranchée Narcisse souffrit beaucoup plus. Les heures passèrent sans que la violence du bombardement se ralentisse. Certainement l'ennemi devait avoir eu connaissance du jour et peut-être de l'heure de l'attaque, car les nuits précédentes il s'était  montré fort calme. Notre Commandement afin de lui donner le change avança vraisemblablement l'heure de l'attaque qui fut fixée à 5h15, en pleine nuit.

A l'heure prescrite tout le 3e Bataillon s'élança avec beaucoup d'allant hors de ses parallèles, mais dans la nuit, les trous d'obus, la fumée et la canonnade, l'ordre ne put être maintenu et bientôt les trois compagnies furent en partie mélangées.

Le fort qu'éclairaient les obus incendiaires et qui était parfaitement visible au départ, avait disparu derrière un pli de terrain et il était à craindre que ce fait n'augmentàt encore la confusion. La marche dut être continuée à la boussole. Les tranchées du Casse-Tète et de Leibnitz furent trouvées vides et complètement nivelées, les abris défoncés, les réseaux de fil de fer inexistants.

Peu après avoir dépassé la tranchée du Casse-Tète, le fort semblable à un brasier apparut de nouveau. A sa lueur, et surtout grâce au jour qui commençait à poindre, les sections se reconnurent peu à peu et l'ordre fut rétabli. Les trois compagnies abordèrent ensemble la tranchée de la Carabine, la manoeuvre s'exécuta en dépit d'une mitrailleuse allemande rapidement réduite au silence par un fusilier-mitrailleur de la 11e Compagnie.

A 6 heures, une fusée-drapeau annonçait que le fort était à nous. Le 3e Bataillon s'y installa, tandis que le 4e, au-delà du fort, attendait que la préparation supplémentaire d'artillerie fût terminée pour attaquer à son tour. Le Commandant Helbert ayant été blessé en atteignant la tranchée Narcisse, le Commandant du Peuty, un ancien aviateur, nouvellement arrivé au régiment et qui était sans commandement se hata de quitter le PC du Colonel pour se mettre à la tête du 4e Bataillon alors en avant du fort.

L'attaque fut reprise à 9h15, rien n'y fut modifié, en dépit de l'arrêt de la Division de Chasseurs qui découvrait le flanc droit du régiment.

A l'heure prescrite, d'un bond, le 4e Bataillon fut debout, les compagnies s'alignèrent, se mirent en marche, coururent derrière le barrage, à l'attaque de la ferme et de la tranchée de l'Orme. Tout aussitôt, les Boches restés dans les bois de Veau et d'Entre-deux-Monts dirigèrent dans le flanc droit du Bataillon un feu de mitrailleuses violent et meurtrier. Il n'arrête pas les Zouaves; néanmoins, une solution était -urgente. Avec un rare coup d'oeil le Commandant du Peuty fit aussitôt obliquer son bataillon vers la gauche, de façon à le mettre à l'abri derrière la ride de terre s'allongeant en avant du fort. Les balles passaient au-dessus des têtes maintenant; nullement inquiété, le 4e Bataillon arriva aisément à la tranchée et à la ferme de t'Orme tenues par un bataillon du ...° grenadiers de la Garde qui se préparait à contre-attaquer. Cette –attaque, si bien menée et les actions de détail qui 1a suivirent établissaient définitivement la renommée du régiment. En dépit d'un furieux bombardement de contre-préparation, en dépit de la nuit la machine parfaitement réglée avait fonctionné sans à coup au-delà du fort sur plus de 3 kilomètres de terrain.

Nullement intimidés par le brusque arrêt de leurs voisins de droite qui découvraient leur flanc et leurs lignes de communication vers l'arrière, les Zouaves n'avaient eu qu'une pensée, avancer, avancer encore. Atteindre malgré tout le point qu'on leur avait fixé. Ils avaient réussi, 600 prisonniers de 5 régiments différents, des mitrailleuses, 17 canons récompensaient leur audace. Une cinquième citation marquait une étape nouvelle vers la fourragere rouge.

 

Ordre du 13 novembre 1917.

Régiment d'élite, déjà cité quatre fois à l’ordre de l’armée, dont l’élan merveilleux, la vigueur et le moral superbes, digne du chef qui le commande, ont dominé une fois encore la Garde Impériale, déjà battue à Hurtebîse. Le 23 octobre 1917, sous les ordres du lieutenant-colonel Besson, ayant mission d'enlever plusieurs lignes puissamment organisées sur une profondeur de 2 km 800, a, malgré un tir violent de contre-préparation, surgi de ses parallèles de départ et, d'un seul bond, s'est emparé du Fort de la Malmaison et de tous ses objectifs, en dépit des tirs de barrage et de mitrailleuses; les a dépassés le lendemain, faisant, dans les journées des 23, 24 et 25 octobre, 600 prisonniers, prenant de nombreuses mitrailleuses et 17 canons.

 

Après quelques jours de repos près de Château-Thierry, le régiment fut envoyé dans la région d'Avize, en plein pays du vin de Champagne où il arriva le 8 novembre.

Le Colonel, la CHR et la 9e Compagnie étaient à Avize même, le 3e Bataillon à Oger, le 4e à Mesnil sur Oger, le 5e à Istre et Bury. Peu de cantonnements avaient été aussi agréables que ceux là. Le pays était riche, les gens avenants, le vin de bonne qualité. Il n’en fallait pas plus pour que les fatigues des jours précédents fussent bien vite oubliées.

Les exercices peu nombreux du fait des vignobles dont le pays était couvert, étaient remplacés par des jeux, des concours de tirs, des représentations et ce fut avec regret que, le 12 décembre le régiment se mit en route pour Mourmelon.

 

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