Historique du 4e Zouaves

1915

 

SÉJOUR EN BELGIQUE

 

Nieuport-ville - Lombaertzyde

 

Le 31 janvier, le régiment quitte la région de Bergues-Quaedypre, et, en deux étapes, par Hondschoote et Furnes, gagne la région des Dunes. Avec quelle joie, officiers et hommes virent les premiers monticules de sable qui, à leurs yeux, et après l'expérience de Pypegaele et d'Ypres, représentaient surtout des tranchées propres, exemptes de boue et d'eau où l'on pourrait enfin se coucher, dormir.

Leur bonheur fut cependant de courte durée; le secteur des Dunes était affecté au 1e régiment de Zouaves. Au 4e, à droite, fut confiée la garde du polder entre les Dunes et la route de Lombaertzyde - Nieuport - Ville. La fameuse Brigade de marins de l'Amiral Ronarc'h continuait la ligne vers Saint Georges et Ramscapelle.

Dans la nuit du .4 au 5 février, après avoir traversé Nieuport en ruines, deux bataillons du régiment, les 3e et 11e prenaient possession de-leur nouveau domaine.

Sous un ciel bas, gris, délavé, s'étend une plaine monotone que ponctuent quelques rares maisons de maraîchers; elle s'allonge toute unie, sans arbres, sans rien qui arrête la vue ; Entre la Dune et l'inondation tendue par les Belges dans leur retraite. Le sol en est spongieux, tout imprégné d'eau; on ne peut creuser, et de fait, aucune tranchée n'existe. Les organisations défensives se réduisent à un parapet fait de sacs de sable, à peine assez épais pour arrêter les balles, et derrière lequel on doit circuler courbé en deux. Pas de parallèles de soutien, pas d'abris : le secteur est neuf, il faudra l'organiser; voilà du travail pour de longs mois.

Les cantonnements de repos de Coxyde-Plage et du Camp de Mitry, près d'Oost-Dunkerque se présentent mieux et ceci compensera cela Coxyde surtout, avec ses villes, ses magasins, sa population sympathique, sa belle plage d'où l’on peut jouir du spectacle sans cesse varié de la flotte anglaise montant la garde devant la côte Belge, deviendra le séjour de prédilection des Zouaves, une sorte de petit paradis où ils reviendront périodiquement, toujours avec la même joie, reprendre leurs flâneries au bord de la plage, les promenades à la Panne, la partie de Football ou l'intrigue interrompue.

Ce fut dans la nuit même de leur prise de possession du Secteur de Lombaertzyde que les Zouaves firent connaissance avec les “ Minens allemands. Les effets en étaient terribles, extraordinaires; des portions entières de parapet disparaissaient, emportées, balayées par le souffle puissant de l'engin; les hommes atteints étaient broyés, déchiquetés. La nuit venue, les morts enterrés, il fallait, fiévreusement, sous les balles de mitrailleuses, remplir, amonceler les sacs de terre, boucher les brèches et le lendemain de nouveau assister impuissant à la démolition du travail si péniblement fait la veille.

Dans cette lutte d'usure, entre les Boches qui démolissaient et les Zouaves qui voulaient organiser, ceux-ci finirent par avoir le dessus; petit à petit, en dépit des torpilles, l'épaisseur du parapet augmenta, il fut surélevé, doublé d'un parados, garni de pare-éclats; des dépôts de munitions apparurent, une seconde parallèle était en voie d'achèvement quand brusquement le travail fut arrêté.

 

2e BATAILLE D'YPRES.

Lizerne

 

Le 23 avril, à 5 heures du matin, les bataillons Pruneaux et Bonnery, au repos à Coxyde, sont alertés, vont à pied jusqu'à Furnes, sont embarqués en chemin de fer, débarquent au Lion Belge, près de Woesten, et sont jetés à 15 heures en pleine bataille.

La veille, les Allemands, employant pour la première fois un procédé d'attaque qui nous deviendra bientôt familier, ont fait une émission de gaz, se sont rués à l’assaut et ont réussi à percer notre ligne tenue par la ... Division territoriale, au Nord d'Ypres. Le temps presse, la brèche s'élargit, il faut coûte que coûte empêcher les Boches d'exploiter leur succès. Les deux bataillons qui doivent occuper le terrain au Nord de Zuydechoote arrivent à temps pour boucher le trou formé entre l'armée Belge et les débris de la ...e Division. A 17 heures, ils font front devant Lizerne et Streentraate, et la ligne, ligne bien mince il est vrai, est reformée. On cherche les liaisons, les mitrailleuses sont installées, les Allemands n'iront pas plus avant.

La nuit, une nuit noire qu'éclairent les lueurs des fermes belges en flammes, se passe sans incident. Le 24 à 4 heures, le Bataillon Bonnery attaque en direction de Lizerne, avance de 300 mètres, mais décimée par des mitrailleuses, ne peut pousser plus avant. Le Sous-Lieutenant Trinquart, âgé de 60 ans, un ancien de 70, le Lieutenant Pretrel sont parmi les morts.

Pendant les journées des 24 et 25 avril et dans la matinée du 26, les bataillons s'installent, s'enterrent, organisent le terrain en dépit d'un violent bombardement. La 9e Compagnie subit des pertes sensibles. Les Lieutenants Soulié et Rey sont tués par le même obus.

Ces pertes ne font qu'irriter les Zouaves et excitent leur ardeur; des patrouilles sont lancées, des reconnaissances très mordantes font des prisonniers, s'assurent que le village de Lizerne est fortement tenu et le 26 à 15H30, après une préparation d'artillerie courte mais violente, le 3e Bataillon reçoit enfin l'ordre d'attaquer.

Dans le crépitement de la fusillade, soudain allumée avec un entrain endiablé, les hommes en chéchia kaki s'élancent, bondissent dans les hautes herbes. L'instant est enfin arrivé où l'on va pouvoir rendre aux gens d'en face tout le mal qu'ils ont fait. Les gaz tuent, mais les baïonnettes aussi. La première tranchée allemande est atteinte, ses occupants, en dépit de leurs supplications ne sont bientôt plus que des cadavres. Les Zouaves règlent leurs comptes.

Le Lieutenant Pellegrin, qui excite les hommes, est tué raide d'un coup de pistolet en pleine figure; L'Aspirant Derivaux, près de lui a le même sort. Ils seront bientôt vengés !.

Le Bataillon se reforme au-delà de la tranchée, et, renforcé par la 11e Compagnie, repart à l'attaque du village. Les premières maisons sont atteintes. On se fusille à bout portant. Dans les tranchées, dans les boyaux, de part et d'autre des pare-éclats, pendant 10 minutes, c'est une lutte acharnée, terrible. Le sergent Houet, le Lieutenant R d'Humières, les caporaux Riffet, Balussou, le soldat Valéro tombent en entraînant leurs camarades, mais les Zouaves ont juré qu'ils auraient le village et ils tiennent parole. A 16H30, ils en occupent les dernières maisons; 2 mitrailleuses, 130 prisonniers, soldats d'infanterie et Chasseurs Wurtenbourgeois restent entre leurs mains. Cc beau succès venant après les journées de Nieuport, si dures, si déprimantes, surtout au point de vue moral, contribue pour beaucoup à redonner aux hommes cette maîtrise de soi-même, cette confiance dans leur valeur, qu'un long séjour dans les tranchées semblait avoir diminué.

Du 26 avril au 4 mai, les deux Bataillons occupent successivement le village que les boches furieux de leur échec, bombardent effroyablement ; nous avons encore des pertes et ce ne sera qu'une poignée d'hommes que le 418e RI relèvera dans la soirée du 4. Les débris des deux bataillons rentre le 6 à Coxyde ; la population qui a appris leur magnifique succès et en comprend la portée, leur fait une réception enthousiaste.

 

L'attaque allemande du 9 Mai

La seconde bataille dYpres devait avoir sa répercussion jusqu'à Nieuport. Dès le 25 avril, les Allemands avaient identifié le 4e Zouaves en face de Lizerne. L’instant leur sembla donc propice pour attaquer la ligne Nieuport-Lombaertzyde, où ils savaient que les territoriaux avaient remplacé les éléments du régiment au Nord d'Ypres.

Le 9 mai, dès 4 heures, la 2e Division de Marine Allemande commence de la Grante Dune à Lombaertzyde, une très violente préparation d'artillerie et de lance-mines.

Mal protégés par leur mince parapet, Zouaves et Territoriaux subissent de graves pertes. Tout 1e monde tient  cependant. Les guetteurs sont à leurs créneaux, les mitrailleurs à leurs pièces, attendant, anxieux, l'instant où les bonnets plats se décideront a surgir. A midi, l'attaque est déclenchée, les Feldgrauen déferlent par-dessus leur parapet, mais de la ligne française qu'ils croyaient anéantie, part soudain une fusillade telle, que les assaillants surpris sont tout d'abord arrêtés; ils se ressaisissent cependant, repartent de l'avant, entraînés ou poussés par 1eurs officiers; en vain, à 50 mètres de notre ligne qu'ils croyaient si facilement enlever, les bataillons Boches se disloquent, s'effondrent. Les plus courageux de leurs hommes viennent mourir au pied de notre parapet; les autres courent çà et là, affolés, et dans ce troupeau d'hommes qui tourbillonne, nos mitrailleuses tirent, tuent tant qu'elles -peuvent, fauchent des grappes entières de Feldgrau.

Sur la plus grande partie de leur front d'attaque, les Allemands sont ainsi repoussés. A notre droite cependant, malgré de terribles pertes, ils réussissent à s'infiltrer jusqu'à notre tranchée de première ligne; ils nous prennent 300 mètres de terrain entre le Mamelon-Vert et la route de Nieuport. Une contre-attaque est aussitôt montée; à 18 heures, deux compagnies du 5e Bataillon et deux compagnies de fusiliers marins réussissent sans difficultés à reprendre le terrain perdu en faisant des prisonniers. A 19 heures, notre ligne est intégralement rétablie, l'attaque allemande a échoué.

Partout dans l'herbe ou sur les fils de fer gisent des cadavres gris; pendant de longs mois encore ils resteront là, lugubre témoignage de la valeur de nos Zouaves, véritable épouvantail pour leurs camarades, qu'à leur insu, ils avertiront de ce qu'il en coûte de vouloir affronter les Français dans cette plaine où les mitrailleuses portent si bien.

De fait, par la suite, rien ne viendra plus troubler le calme du Secteur et les Zouaves mettront à profit cette tranquillité pour pousser avec acharnement leurs travaux d'organisation. Des boyaux permettront d’aller en sécurité de Nieuport au Polder et au Mamelon-Vert. Le parapet si précaire du début n'est plus utilisé que comme parallèle de surveillance. Les parallèles principales et de doublement sont terminées au mois de juin; les parallèles de soutien apparaissent fin juillet. Le redan de Nieuport est aménagé en place d'armes pour un bataillon. A l'arrière, les Zouaves ne sont pas moins actifs qu’à l'avant. Avec l'aide du Génie divisionnaire, ils transforment le camp de Mitry, le rendent habitable, construisent le camp Rinck, élèvent des écuries, installent des lavoirs, un théâtre complet a même surgi en un clin d'oeil entre deux dunes. Partout, d'Oost-Dunkerque à Coxyde, ce coin de la côte belge montre des traces de leur activité.

En juillet, le Commandant Richaud, du 1e Zouaves, est nommé Lieutenant-Colonel et remplace, à la tète du régiment, le Lieutenant-Colonel Eychéne appelé au Ministère de la Guerre.

Au début d'août, le 8e Tirailleurs vient remplacer le 1e Zouaves qui quitte le groupement de Nieuport. Les Tirailleurs sont d’abord amalgamés aux hommes du 4e Zouaves, des sections mixtes sont formées.

Au début de septembre, les Algériens étant suffisamment au courant du régime des tranchées, chaque régiment reprend son autonomie; le 8e Tirailleurs garde le Polder et le Mamelon Vert, le 4e Zouaves, passant à sa gauche vers la mer, occupe les Dunes et Nieuport-Bains. Le régiment trouve 1à un secteur dont l'organisation était déjà fort avancée; les hommes goûtèrent surtout les abris enfoncés dans le flancs des mamelons de sable et qui leur paraissaient formidable, indestructibles auprès de leurs modestes cabanes de madriers et de sacs à terre de Lombaertzyde. Désormais les torpilles pouvaient tomber, ils s'en moquaient et ils ne ménagèrent pas les louanges à l'adresse de leurs prédécesseurs du 1e, qui, eux, n'avaient pas ménagé leur peine et leurs efforts pour laisser une position digne de leur régiment.

 

Organisation de Nieuport-Bains

Cette période de Nieuport-Bains fut une période de travail intense ; chacun avait à cœur de parachever un travail si bien commencé et qui permettait de subir sans pertes les plus forts bombardements; L’expérience devait le prouver par la suite.

 

Nieuport-Bains fut organisé en point d'appui. Deux petits ouvrages, la Maison du Marin et Beacon le protégeaient dans la direction de l'ennemi. Deux grands boyaux couverts, éclairés à l'électricité furent construits de part et d'autre de la rue principale; Ils permettaient d'aller sans être, vu de l'embranchement de la route Groenen-Dick jusqu'au canal de l'Yser, le boyau bordant la plage pouvait en plus être employé comme tranchée de tir. Toutes les caves des villas firent réunies par un boyau central reliant entre eux les différents abris et PC.

Ces travaux n'exigèrent pas moins de quatre mois d'efforts soutenus; tous les bataillons et l'équipe de pionniers y participèrent; ils furent dirigés par le Commandant Lagarde et par son adjoint, le Capitaine Reynes. Le premier s'occupait plus spécialement des premières lignes et des défenses du canal de l'Yser; le second, du travail à l’intérieur de Nieuport. Tous ces travaux, qui coûtaient tant de peine, permettaient de supporter avec des pertes réduites les bombardements de plus en plus violents des Boches. Le secteur fut équipé pour répondre à ces bombardements; Des lance-bombes de 58, de 150 et de 240 furent amenés, montés dans les Dunes; ils étaient servis moitié par des Zouaves et moitié par des Artilleurs, qui rivalisaient d'entrain pour frapper et démolir les tranchées ennemies. Des journées entières se, passaient dans le calme le plus absolu, puis brusquement, des tranchées adverses partaient les gros cylindres noirs lancés par des minens allemands. Nous répondions. Pendant une heure, c'était un bombardement effroyable, indescriptible. Partout en l'air tourbillonnaient les torpilles et nos bombes à ailettes. Puis brusquement tout rentrait dans le calme, chacun remontait son parapet éboulé, remettait ses abris en état, accumulait de nouvelles munitions, et quelques jours s'étant écoulés, un nouveau bombardement était déclenché, tantôt par nous, tantôt par les Allemands. Les Zouaves appelaient ces journées agitées, les journées de “ bamboula ”, et les grandes bamboulas dont on se souvient encore au régiment eurent lieu les 7 et 15 octobre, le 10 novembre, le 27 décembre, les 1e et 21 janvier 1916.

 

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