Historique du 4e Zouaves

1914

Depuis le mois de mars 1914, le 4e Zouaves se trouvait être un régiment fort de 7 bataillons.

 Il était commandé par le Colonel Pichon et représenté là dans son Centre par le 4e et le 7e bataillons, la Section Hors-Rang, la Musique, le Drapeau où se lisent les noms de : “ Magenta, Solférino, Sébastopol, Icheriden ”.

Le 1e et le 2e Bataillon faisaient campagne au Maroc; le 3e et le 6e tenaient garnison à Bizerte; le 5e à Rosny-sous-Bois, près Paris.

Ces différents éléments, grossis d'ailleurs par des bataillons de réserve (11e Bataillon, Bataillons E, F, G, H, etc.) furent employés diversement au cours de la guerre. Certains bataillons cessèrent de faire corps et contribuèrent à la formation d'unités nouvelles (9° Zouaves, 2° Mixte, 1°RMA).

L'historique qui va suivre ne tiendra compte que des bataillons qui, pendant la campagne, accompagnèrent le Drapeau et s'illustrèrent sous le nom du 4° Régiment de Marche de Zouaves, savoir : 3e, 4e, 5e, 11e bataillons (ce dernier dissous en juin 1916).

 

Mise à pied d’œuvre

(2 au 23 août 1914).

Le 1 août 1914, à 17 heures, les quartiers de Tunis et de Bizerte furent consignés. L'ordre de mobilisation venait d'être affiché. On le communiqua aux troupes, et les Zouaves déjà prêts à sortir en ville débouclèrent leur ceinturon avec le plus grand calme, raccrochèrent leur baïonnette et remirent leur bourgeron comme un soir ordinaire de piquet.

Dès le 4, toutes les dispositions ayant été prises, les inspections faites, le 3e Bataillon s'embarque à Bizerte, le 4e à Tunis.

En exécution du plan de mobilisation, ils rejoignent en France, au fort de Rosny-sous-Bois, les 5e et 11e Bataillons pour former le 4e Régiment de Zouaves sous le commandement du Colonel Pichon.

Salués par les camarades qui demeurent en Tunisie, acclamés avec enthousiasme, ils reçoivent à leur départ des marques répétées de confiance de la Colonie, déjà fière de leur passé et de leur belle attitude.

Les bataillons sont transportés à Alger en chemin de fer; c'est à Alger que l'on doit prendre la mer.

Le 9, le départ d'Alger sera plus solennel encore. La présence d'une, escadre, des trois cuirassés : “ Suffren ”, “ Gaulois ” et “ Saint-Louis ”, qui ont pour mission d'escorter les 7 paquebots du convoi, fera plus imposante la levée d'ancre et les honneurs rendus au Drapeau sur la Place du Gouvernement, selon le rite habituel, sont empreints à cette heure d'une majesté nouvelle.

Le 10 et le 11, c'est la pleine mer. On vogue tous feux éteints dans la nuit, encore sous l'impression des vaisseaux pirates : le “ Goeben ” et le “ Breslau ”, signalés en Méditerranée.

Au matin du 12, la côte de France est abordée à Cette.

Les Zouaves débarquent, s'égaillent dans la ville, où ils sont fêtés, comblés entourés jusqu'au soir.

L'embarquement a lieu à 17 heures en gare de Cette.

Après une traversée triomphale de la France par Toulouse, Montauban, Cahors, Limoges et Tours, les 3e et 4e Bataillons débarquent à Paris (gare d'Ivry).

Les journées du 14 et du 15, passées par les uns à Romainville, par les autres à Noisy, sont employées à recevoir les réservistes, déjà organisés, équipés et répartis au fort de Rosny.

Le 16 au matin, le 4e Régiment de Marche de Zouaves se trouve réuni dans la gare de Bercy après avoir fait à pied, au milieu des acclamations, le trajet de Romainville-Bercy.

Il comprend :

Le 3e Bataillon Commandant Ballivet ;

Le 4e Bataillon Commandant Daugan ;

Le 5e Bataillon Commandant Bézu ;

Le 11e Bataillon Commandant Eychenne

La musique joue, le Drapeau flotte, les fleurs voltigent, panachent les selles des chevaux, les fusils des hommes. Paris croit à la promptitude de la victoire et les Zouaves rayonnants sous le rouge des chéchias, campés dans la blancheur de leurs sarrouels, répondent avec crânerie aux voeux de la foule.

Où vont-ils ? la frontière, et c'est tout ce qu'ils savent, mais nul ne doute que ce soit à la gloire.

En cours de route, on bifurqua vers le Nord. La Belgique appelait à l'aide. Le Haut Commandement venait de décider d'attaquer l'ennemi sur la ligne de Charleroi-Virton-Sarrebourg. L'armée d'Afrique arrive à temps pour cette première grande rencontre.

Le 4e Zouaves fait partie de la 38e Division qui comprend, sous le commandement du Général Muteau

75e Brigade : 1° Zouaves; Bataillons des 1° et 9 Tirailleurs.

76e Brigade : 4° Zouaves; Bataillons des 4e et 8 Tirailleurs.

Le 17 août on débarqua à Anor et. le même jour on se dirige à pied vers Robechies. Dans cette marche on passe la frontière. Au moment de la franchir les hommes présentent les armes à la terre de France, pour laquelle ils vont lutter et l'émotion de tous se traduit par le tremblement des baïonnettes.

On cantonne aux environs de Robechies. Déjà la 38e Division a ses avant-gardes à hauteur de Boussu-les-Walcourt, sur la route de Mons à Dinant, et l'on apprend qu'elle est rattachée au 3e Corps (Général Sauret).

Le lendemain on atteint Froidechapelle et le 20, par une marche pénible, difficile, lente, sur des routes encaissées ou à travers des champs fraîchement moissonnés, il faut sept heures pour faire les 14 kilomètres qui séparent de Walcourt. On attend là que la concentration s'achève.

Les populations belges nous ont fait un accueil chaleureux et nous saluent comme des sauveurs.

Les Zouaves disent et répètent qu'il n'y a pas de danger et que les Allemands ne vont pas peser lourd. On les croit, on veut les croire. La bataille de Charleroi s'engage.

 

Le baptême du feu

(23 août)

On comprit, dès la nuit du 21 au 22, que le combat était prochain. L'ordre e se porter en avant arriva à minuit l'on partit vers 2 heures.

C'était bien la route de Charleroi par Chastres et Somzée. On dépassa l'artillerie en position d'attente. Les quatre bataillons marchaient en formation largement ouverte.

Toute la journée du 22 le régiment fut en réserve.

Il se porta en avant, par bonds, en utilisant le terrain.

On allait voir l'ennemi, se mesurer, et certainement le vaincre.

A la fin de la journée, le régiment se trouvait à hauteur de Tarciennes, à l'Ouest du village. Les habitants commençaient à s'effarer, à faire des ballots, à interroger les Zouaves, incapables de rien dire, mais toujours confiants, bien que le canon grondât dans la direction du NE.

Un évènement banal par la suite, mais sensationnel à cette heure, fut l'arrivée d'un biplan allemand qui survola la Division.

C'était déjà l'ennemi. Tous les hommes tirèrent avec frénésie.

Les chefs de section commandaient des feux de salve. L'avion fut-il descendu ? Peut-être. D'aucuns l'eut prétendu; mais on causa longtemps et plusieurs parlent encore de cette première fusillade naïve et farouche.

Toutefois, cet incident eut pour résultat de faire sentir le besoin des tranchées. On en creusa à l'ouest et à l'Est de Tarciennces; l'artillerie vint prendre position dans le village. On organisa des retranchements en avant des maisons et, sur le soir, le Colonel fit passer l'ordre de se terrer. C'allait être la première veillée d'armes.

Pour la première fois les Zouaves apprirent à reposer dans un trou, à y attendre l'ennemi. La guerre se présentait déjà à eux avec le caractère qu'elle devait avoir.

Leur formation commença dès cette première nuit et le ravitaillement ne se faisant pas, ils connurent l'âpre saveur des vivres de réserve consommés avec parcimonie.

C'est dans ces conditions que le lendemain 23 août ils eurent à essuyer le feu de l'artillerie allemande en position au-dessus de Gerpinnes.

Le tir commença vers 7 Heures. On riposta. Les batteries du 32e firent dès cette première action l'admiration des zouaves et c'est alors que s'engagea entre Zouaves et Artilleurs de la 35e une confiance qui ne devait plus disparaître.

Des Hussards ennemis se montrèrent tout d'abord en avant de Gerpinnes. Ils furent arrêtés par nos mitrailleuses. Les colonnes allemandes qui cherchaient à déboucher furent maintenues jusqu'au soir.

Pourtant, à 19 heures, l'ennemi, supérieur en nombre, nous tourne par la gauche. II faut songer à un repli, abandonner le talus provisoire édifié la veille et se reporter en arrière sous une fusillade violente qui bientôt part des premières maisons de Tarciennes.

Les habitants épouvantés fuient en tous sens, gênent notre mouvement déjà si difficile. Beaucoup d'hommes tombent, néanmoins le repli se fait en bon ordre.

On se retire en direction de Somzée.

Pour échapper aux balles, par instant les Zouaves arrachent aux meules des gerbes de blé et s'en servent de boucliers. Ces gerbes mouvantes tombent, rougissent de sang, mais beaucoup se relèvent, bondissent, se couchent pour rebondir encore et peu à peu les sections se reforment. Les mitrailleuses du Lieutenant Helbert (4e Bataillon) continuent à tirer jusqu'au dernier moment. Cet officier, qui, seul, fera toute la campagne avec le régiment n'échappe à la mort en cette première circonstance que grâce à son énergie et à son sang-froid. Blessé légèrement, empêtré dans une clôture en fil de fer, il parvient à se décrocher juste à temps pour éviter le coup mortel que l'ennemi ajuste à quelques pas de lui. II peut enfin rejoindre le reste de sa section avec la mitrailleuse qui vient de faire tant de mal à l'assaillant.

Tous ne l’ont pas pu, et le soir au bivouac installé dans les champs qui avoisinent Laneffe, il y a des absents. Les Lieutenants Subileau, Pélinard, de Castiglione ont disparu; de nombreux officiers sont blessés. Des Zouaves blessés gisent encore à la place où ils sont tombés. L'ennemi les traite trop vite en prisonniers. L'un d'eux, dès le lendemain, de la meule de paille où il s'abrite, tire à 30 mètres sur un Général-Lieutenant qui n'est autre que le Prince de Saxe Meiningen, et le touche en plein coeur. Il est fusillé sur place; d'autres font feu sur des patrouilles de Uhlans et les habitants de Tarciennes qui furent témoins de ces actes héroïques sont fiers d'en conserver le souvenir.

 

La retraite

24 août 6 septembre

 

Le 23 août, le 4e Zouaves s'est battu merveilleusement. Il a le droit de ne plus oublier le nom de Tarciennes. Mais la grande bataille de Charleroi est finie : elle est perdue. Malgré leur élan, nos troupes, débordées par des forces supérieures, doivent reculer.

La 38e Division a quitté le 3e Corps pour être rattachée au 18e qui doit protéger la retraite. La 38e Division est à l'extrême arrière-garde. II s’agit de retarder la marche de l'ennemi pour permettre à la 5e Armée de se reformer. Rôle ingrat et hérissé de difficultés.

Le 24 août, à 3h30, on réveille les hommes harassés déjà par les émotions de la veille. Il faut partir : les obus allemands se rapprochent et suivent. Par Fraire, Vogenée, Silenrieux, Boussu-les-Walcourt, sur les routes où trois jours auparavant ils semaient la confiance, les Zouaves repassent tristes, mais en bon ordre : mitrailleuses à l'arrière-garde, compagnies de protection sur les flancs. Ils se sentent toujours forts et organisés mais quelle douleur devant ces convois de paysans qui fuient l'invasion et qu'il faut, pour garder les routes libres, repousser à travers champs en faisant taire la pitié.

Une grande halte de trois-quarts d'heure, et c'est tout.

On tourne à l'ouest vers Clermont; On redescend sur Brabançon. I1 est 20h30. Malgré l’encombrement des routes 45 kilomètres ont été parcourus depuis le matin. Et pourtant ce n'est pas le repos : il faut demeurer en alerte, accueillir les isolés, les gens perdus.

La nuit n'est pas terminée que l'on repart. Comme la veille et plus encore peut-être, on se heurte à l'encombrement comme la veille il n’y aura qu'une halte insuffisante où l'on peut cependant recevoir des vivres; et par Vergnies, Rance, Sautain, Eppe, on atteint la forêt de Frélon. Avant de s'y engager, on se protège contre toute surprise et la 14e garde les lisières. Ce n'est pas la débacle mais l'émotion étreint le coeur. Il faut aller plus loin. On passe à Frélon, Glageon pour ne s'arrêter qu'à Rainsart. C'est le 25; il est près de 21 heures. On a marché depuis l'aube.

 Il est curieux de lire dans les notes des bataillons que rien n'est laissé au caprice. L'heure du départ est fixée à 3h30 pour le 26 et l'on indique pour 4 heures le passage au point initial. Ces ordres sont un enseignement pour qui croirait à notre déroute. Pourtant il faut se décrocher car la cavalerie ennemie et l'artillerie légère nous serrent de près. Le mouvement de retraite continue par Etroengt Papleux. I1 est 19 heures. Va-t-on pouvoir dormir ? Non !, une marche de nuit s'impose. On gagnera ce soir même La Capelle et ce n'est qu'aux premières heures du 27 que l'on s'arrêtera à Lerzy.

La pluie tombe, le brouillard est dense. Les hommes n'ont pas mangé; ils ont froid. Insuffisamment couverts par leur tenue de toile déjà usée, abandonnant dans l'excès de fatigue leur sac et leurs provisions, ils suivent, ils obéissent avec la certitude que l'offensive va reprendre.

Ils se sont à peine étendus pendant deux heures dans les champs humides que l'on repart de nouveau, cette fois avec l'espoir bien ferme de s'arrêter sur l'Oise. Mais on passe l'Oise à Sorbais et on longe la rive gauche jusqu'à Autreppe et l'on redescend encore vers le Sud pour s'établir sur un plateau au bois de Laigny. Il est 16 heures, c'est le 27. Depuis l'aube du 26 il n'y a pas eu 6 heures de repos.

Le 28, la marche en retraite est reprise. On traverse Saint-Gobert, Voharies, Berlancourt, Chatillon-les-Sons et l'on atteint La Ferté Chevrésis. Mais il y a du nouveau dans cette journée de marche. L'ordre reste plus grand. Les groupes d'artillerie de campagne s'abritent derrière nos colonnes.

Les armées françaises et allemandes sont accrochées maintenant autour de Guise. Un ordre d'offensive générale est lancé sur tout le front de la 5e Armée. La 38e Division sera en réserve et soutien de la 36e.

Le régiment remonte vers le NO de La Ferté Chevresis en direction de Villers-le-Sec et de Ribémont. On passe l'Oise avec entrain, la fatigue ne se sent plus et on progresse sur la rive droite, où la 75e Brigade garde l'avant et repousse l'ennemi. Mais les éléments du 3e Corps sont en retraite à droite. Le 1e Zouaves trop en flèche doit se replier. Il est soutenu dans son mouvement par nos compagnies avancées. On repasse l'Oise la rage au cœur et le soir du 29 le régiment s'installe pour la nuit à 1.200 mètres au Sud de Ribémont. La nuit reste calme et le lendemain le combat s'étend à L'Est sur le front de Plaine-Selves villers-le-Sec.

A 15h15 une lutte violente est engagée au Nord de Ribémont où le 3e Bataillon du 4e Zouaves soutient encore le 4e Tirailleurs. Les 4e et 11e Bataillons contiennent à l'Est la pression de l'ennemi. Ils se portent en avant avec ardeur sans se contenter d'une simple défensive. Toutefois, sur leur droite, l'épaisseur d'un bois les inquiète et rend leur position difficile.

 

A 16 heures un mouvement de repli s'impose dans la direction d'une crête située à 200 mètres en arrière. Tandis que ce mouvement s'exécute, le Capitaine Giraud, commandant la 14e Compagnie, aperçoit à la lisière Nord du bois une compagnie allemande qui s'y installe : “ Silence absolu, commande-t-il à ses hommes. Par un derrière moi. ” On défile dans les broussailles : “ Halte !, En tirailleurs. Les Prussiens sont devant nous. Nous allons charger, dit-il. En avant !, A la baïonnette ! ” Et l'on part à la belle manière. L'ennemi ouvre le feu, mais nos Zouaves sont sur lui. Il recule et l'on s'installe sur sa position. Mais l'artillerie allemande pris la 14e Compagnie sous son tir. Il devient impossible de garder la place et il faut l'évacuer. Les pertes sont lourdes; il est impossible d'emporter les morts et les blessés graves. Le Capitaine Giraud et 3 chefs de section restent star le terrain.

Le Capitaine Giraud fut recueilli par les Allemands et soigné à l'ambulance d'Origny Saint-Benoit. Grâce à son énergie et à sa parfaite connaissance de la langue allemande il parvint à s'évader, à rentrer en France et nous le retrouvons en 1917 commandant un bataillon du 4e Zouaves. L'Adjudant Richard, seul chef de section encore debout, ramène les débris de la compagnie et rejoint le bataillon.

La marche vers le Sud va recommencer encore. Les blessés affluent lamentables. On les emmène, on les charge sur les mulets, on les traîne en brouette.

La journée a été dure pour le régiment. Le Capitaine Sorlin est tué. Les Capitaines Giraud et Faure sont blessés grièvement. Les Lieutenants Boyer, Frimigacci, Desbruères, l'Adjudant-Chef Cazazoprana sont tués. Cependant, notre offensive du 29 et du 30 a fait du mal à l'ennemi, a ralenti sa marche et masqué le repli de l'armée

Nos sections de mitrailleuses ont tiré chacune plus de 8000 cartouches en une seule journée et nos hommes qui ont saisi l'ennemi à la gorge savent maintenant qu'on peut lui en imposer. Mais ce n'est pas l'heure choisie par le haut commandement. Lentement, en bon ordre, on se dirige vers Renansart. Puis le lendemain 31 août on s'oriente vers Laon par Nouvion, Catillon, Pont-à-Bucy, Remies, Vivaise et Besny. Arrivé à Besny vers 18 heures on en repart à 22 heures en pleine nuit.

Par Cerny, Mons-en-Laonnois, Bourguignon, Chaillevois, Chavignon, Chavonne on atteint l'Aisne, d'un passage difficile, d'autant que le régiment est chargé de la protection de l'artillerie et que les avant-gardes nous talonnent de près.

Derrière le canal latéral que l'on franchit à Eys-la-Commune, on s'installe à Saint-Mard: mais pour peu de temps. II faut se presser. A 10 heures, le 2 septembre, on repart. Le régiment est le dernier de la colonne. Les bataillons sont échelonnés, le 4e à l'extrême arrière-garde.

La marche s'opère sans arrêt par Vauxtin, Bazoches Saint-Thibaut, Chéry, Cartreuve, Dravegny, Cohant CouIonges, Chamery. Les shrapnells ennemis nous font du mal, les convois marchent difficilement; quelques voitures doivent être abandonnées et tombent aux mains de l'ennemi.

Le 3 septembre on descend toujours par Ronchères, Frélon. On passe la Marne à Passy et l'on atteint Celles-le-Condé par Courthiésy et Saint-Agnan. Où s'arrètera-on ?

Tous sont exténués. Nous avons désormais l'ennemi sur notre flanc droit. C'est sous ses feux d'artillerie et d'infanterie, en ripostant malgré la fatigue, malgré le désarroi où nous jette cette course précipitée vers le Sud, qu'il faut traverser Pargny, Artonges, Marchais-en-Bric, Montenils et Montolivet. Dans toute la journée, le régiment combat avec une énergie désespérante. La situation est critique.

Le 4 au soir il devait cantonner à Montrumiere, mais les Allemands y sont déjà. Il faut appuyer à l'Est et le régiment ne réussit à se dégager qu'au prix des plus grandes difficultés.

Mais voici le 5 septembre. La 5e Armée est déjà en place organisée et forte. On la rejoint par Meilleray, Saint-Martin-du-Bochet, Monceaux-les-Provins, Villiers-Saint-Georges et l'on s'arrête enfin prés de la ferme de Lengrand, sur le plateau, à 2 kilomètres au Nord de Provins.

Joffre peut lancer son ordre d'attaque. Ses arrière-gardes viennent d'échapper à l'ennemi. Nous n'avons laissé derrière nous que des morts et quelques traînards peu nombreux.

 

L’offensive

(6 au 18 septembre)

L'ordre énergique du Général en chef ne surprit personne. Pas un instant, les Zouaves n’avaient cru la partie perdue. Soutenus par leurs officiers qui se dépensèrent brillamment au cours de la retraite, ils se laissaient dire que le recul préparait l'attaque et les chefs qui leur par1aient ainsi avaient leur confiance.

Comprit-on le 6 au matin de quelle ampleur allait être la bataille ? C'est douteux, mais l’appel fait par Joffre à l'héroïsme et au sacrifice se trouvait entendu.

La 38e Division ne fut pourtant pas engagée dans cette journée du 6. Arrivée de la veille à peine elle demeura en réserve du I8e Corps près de Gimbrais, à 6 kilomètres au Nord de Provins.

Jusqu'au 13, le 4e Zouaves ne connaîtra de la grande victoire que les marches forcées; Combien rudes après les étapes de la retraite qu'il vient de couvrir ! Mais de quel coeur tous partent de l'avant au matin du 7 ! La 35e Division et la 36e Division ont forcé devant nous les lignes allemandes. A minuit on bivouaque dans un champ près de Pierrelez, après avoir traversé Rupreux, Cerneux, Vieux-Maisons. Le lendemain on passe Montils, La Chapelle, Véronge, Thiercelin.

Le 9, on se rapproche de l’ennemi en fuite, talonnés par les éléments du 18e corps.

Et l’on marche, on parcourt des kilomètres dans l’enthousiasme. Tout atteste le désarroi, la surprise, la déroute de l’adversaire si sur de lui quelques jours auparavant. Les champs s ‘émaillent du butin dispersé, les colonnes de prisonniers refluent vers nos arrières. Il n’est plus question de fatigue. On marche, on se réapprovisionne avec les dépouilles de l'ennemi.

Après Montolivet, La Belle Vendieres et la Grand’Halte de Fontenelle, les hommes se demandent qu’a repartir.

Voici dans le lointain Château-Thierry ! On y entre le lendemain 10 septembre. Toutes les précautions sont prises en vue d'un repli éventuel de nos troupes. Sans rien donner au sommeil, on ne s'arrête que pour creuser des tranchées de soutien. Mais non !L’ennemi continue sa retraite.

Le 11, on va cantonner à Dôle; en traversant Epaux, Bézu, Bouvardes, Mareuil-en-Dôle. Le 12, la résistance se fait plus vive. On reste en position d'attente dans la région de Chéry, Chartreuve. Mais le 1e Zouaves enlève Fismes et l'on entre dans Fismes pour aller bivouaquer à Glennes.

Il pleut continuellement depuis le 8 au soir. Sans la sur-excitation du triomphe personne ne tiendrait debout. Et pourtant, dans cette soirée du 12, nos compagnies poussent de l'avant. Les Allemands résistent à Cerny et l'on ne parvient que le 13 à s'établir près de la ferme de 1a Tour de Paissy. La bataille de la Marne est virtuellement terminée. L'ennemi a atteint les crêtes du Chemin des Dames et entend s'y maintenir.

Nous avons de notre côté la prétention d'y prendre pied. La bataille s'engage, elle est dure. Le 14 au soir la Division se trouve en flèche par rapport aux autres éléments de l'armée. I1 faut attendre. Le 15, l’ennemi affirme sa résolution d'arrêt par un violent tir d'artillerie. Le 16 notre mouvement continue. Tandis que la 38e Division se porte sur Craonne, la 12e Compagnie du 4° Zouaves avance sur Ailles, le 11e Bataillon va aider les Anglais à Cerny et le Commandant Daugan reçoit l’ordre d’attaquer Vauclerc avec son Bataillon, la 9e Compagnie et des éléments du 12e d'infanterie.

La lutte se stabilise autour de la ferme d'Hurtebise, au prés de laquelle des canons sont amenés à bras. Lutte terrible : nous attaquons et nous sommes attaqués. L'ennemi garde Vauclerc, mais ne peut engager un pouce de terrain.

Cette première défense d'Hurtebise, qui se prolonge jusqu'au 17 au soir met nos fantassins à rude épreuve. Ils en ressortent aguerris, grandis, plus confiants en eux-mêmes et dans leurs chefs, dont trois : le Capitaine Rajer, le Capitaine Gavory, le Sous-Lieutenant Parison trouvèrent là une mort héroïque.

 

L’arrêt

(18 septembre -28 octobre)

 

La mission confiée au 4e Zouaves a été glorieusement remplie. Bien qu'il n'ait pu déboucher à Hurtebise, ni se maintenir à Ailles, une ligne solide s'organise sur les crêtes Nord de la Vallée Foulon, où nous abordons le Chemin des Dames.

On commence à parler de secteur de bataillon. De Paissy à Vassogne, des tranchées de soutien sont creusées. Les hommes font l'apprentissage de ces travaux de terrassement, qui vont désormais sillonner nos plaines et les marquer comme d'une blessure, de la Mer du Nord à l'Alsace.

On passe les nuits à manier le pic et la pelle et tandis qu'une ligne de tirailleurs tient les hauteurs avancées, des compagnies stationnent en soutien dans les creutes ou se creusent, dans la vallée, des abris individuels.

On connaît maintenant les jours de garde et l'heure des relèves. II y a des périodes de repos dans les villages de Jumigny, Moulins, Pargnan; mais quel repos ! Le bombardement n'est guère moins intense que sur la ligne des tranchées. De nuit et de jour, même en dormant ou en jouant aux cartes, on attend l'obus de surprise et il y a des morts. Les distributions, qu'on fait à Troyon, Vassogne restent difficiles. L'ennemi devine nos habitudes et harcèle nos convois. Malgré son tir on circule et l'on travaille. Ainsi passe cette fin de septembre.

Octobre nous trouve dans la même situation. Mais un premier gros renfort est arrivé d'Afrique. Les compagnies peuvent reformer les effectifs décimés par la maladie et les pertes quotidiennes. Pourtant les officiers disparaissent. Le Commandant Bézu, blessé à Paissy, a dû laisser le 5e Bataillon au Capitaine Foucbard, nommé Chef de Bataillon. La 9e Compagnie a perdu son Capitaine; les 14e, 15e et 16e sont commandées par un Adjudant. Les Lieutenants Klein, Helbert et Gramboulan y sont envoyés.

Le Commandant Daugan, promu Lieutenant-Colonel, passe au 4° Tirailleurs et est remplacé par le Commandant Bonnery. Le Lieutenant-Colonel Eychene avait déjà laissé son Bataillon au Commandant Trarbach pour prendre la direction du régiment. Le Commandant Trarbach tombe glorieusement à la tète de son Bataillon à Paissy le 23 septembre et désormais c'est le Capitaine Lagarde que nous trouvons à la tète du 11e Bataillon.

Tout en travaillant à la protection et à la défense, personne n’envisage encore la stabilisation définitive.

Le 12 octobre une offensive générale est tentée. Notre progression dépend du mouvement des ailes; elle ne peut avoir lieu. L'essai n'aboutit qu'à provoquer un redoublement du tir d'artillerie.

Ces jours monotones et tristes d'octobre sont marqués cependant par une détente de trois jours à Révillon. On a aussi appris à compter avec un ennemi terrible : la boue.

Les hommes savent maintenant l'énergie qu'il faut déployer dans la lutte contre la pluie, qui envahie les tranchées, les transforme en cloaques, en ruisseaux et en marécages glacés. L'arrivée des effets de drap, en permettant de remplacer la tenue de toile en guenilles a bien apporté quelques conforts mais les larges culottes rouges, qui s'alourdissent d'eau et de vase, restent peu pratiques.

Sans doute la longue marche de la retraite et de l'offensive laisse des souvenirs pénibles, des fatigues non réparées, mais la stagnation parait encore plus dure, et c'est avec joie que le 26 on apprend qu'il est question de partir.

Le 249e d'infanterie, une troupe du Maroc, viennent prendre notre place.

Le 27, à Courville, le régiment se rassemble pour une prise d'armes. Le Lieutenant-Colonel Eychene remet la Légion d'Honneur aux Capitaines Pouzergues et Desmazieres, au Médecin-Major de 2e classe Bresson, la Médaille militaire à l'Adjudant Dherbier.

Les souffrances s'apaisent et s'oublient dans cette vision de récompense et de gloire. Groupés autour du Drapeau tous s'affermissent pour de nouveaux combats.

 

Le régiment emporte de ce Chemin des Dames, où il doit revenir plus tard et s'illustrer encore, sa première Citation.

ORDRE GENERAL No 20 du 18e CA, du 29 septembre 1914.

“ Le Général Commandant le corps d’Armée cite à l’ordre du Corps d’armée le 4e régiment de Zouaves et son chef, et notamment le Cdt Daugan et le Cpne Lagarde, pour sa belle et énergique conduite à la ferme de la Creute, qu’il a conservée pendant sept jours, sous une canonnade violente, une mousqueterie incessante et des assauts répétés.”

 

La Belgique

(29 Octobre - 25 décembre)

 

Un événement nouveau vient de se produire dans l'allure générale de la guerre. Fixés désormais sur les lignes où ils se sont accrochés après notre offensive de la Marne, incapable de rien tenter le moment sur Paris, et comprenant que notre défensive va se fortifier de jour en jour, prévoyant peut-être déjà une lutte opiniâtre et durable, les Allemands ont décidé de faire un effort pour atteindre la mer. Maîtres de Zeebrugge, d’Anvers et d’Ostende, il leur faudrait Dunkerque, Calais et Boulogne; car 1e blocus maritime, ils le sentent, va se resserrer. C'est pourquoi une 3e grande bataille après celle du Nord et celle de la Marne s'engage dans les Flandres.

Sur les rives de 1'Yser, dans les plaines inondées d’Ypres, l'armée belge toujours vaillante, 1'arrmée anglaise, qui plus que jamais voit la nécessité de vaincre, nos fusiliers-marins soutiennent une lutte héroïque dans des conditions misérables.

Le 4e Zouaves va y prendre part. Enlevé le 26 du Chemin des Dames, il débarque le 29 octobre en Belgique à Furnes. Ypres et Dixmude sont pour le moment les deux grands centres de combats, les pivots de la bataille.

Où ira-t-il ? Partout à la -fois, car il faut parer au plus pressé et soutenir la résistance.

Ses bataillons seront plus souvent détachés pendant cette période.

Appelé à droite, réclamés sur la gauche, fixés parfois au centre de ce front qui va de la mer à Lens.

 

Il semble tout d'abord qu'on ait voulu le diriger sur Ypres, où se battent les Anglais. De là, la première marche sur Osvleteren, mais l'on remonte vers Furnes en soutien de l'armée belge à Lampernisse et Alveringhen. On ne s'y bat pas. On organise seulement les arrières, 24 heures à peine.

Le 5e Bataillon dès le débarquement à Furnes a été envoyé en renfort de la 42e Division et participe brillamment à la prise de Ramscapelle.

Le 1e novembre, le régiment est ramené sur Ypres par Ostvleteren, Crombeke et Poperinghe.

Il pénètre à 10 heures du soir dans la ville qui frémit déjà sous les premiers obus. La vieille cité flamande est encore intacte mais plus pour longtemps.

Le 11e Bataillon est envoyé en réserve de l'armée anglaise à l'Est d'Ypres. I1 est bientôt suivi du 4e, tandis que le 3e prend position dans les marécages de l'Yperlée.

Partout, au secteur belge comme au secteur anglais, les Zouaves se couvrent de gloire. Le Général Sir Douglas Haig tient à l'attester dans la. lettre suivante adressée par le Maréchal French au général Commandant en Chef les Armées du Nord

 

 

Mon Cher Général,

 

J'ai reçu la lettre ci-jointe du Général Sir Douglas Haig, et je m'empresse de vous l'envoyer. Pendant tout le cours de la présente campagne, si différente à tous les points de vue que celles que l’histoire a enregistrées, i1 y a eu un facteur qui a été le gage le plus constant de nos succès : C’est le sentiment d'amitié et de coopération loyale qui existe entre nos deux armées.

C'est donc avec un plaisir particulier que je vous envoie la lettre de Sir Douglas Haig.

Votre très sincère.

(Signé) : J. P. D. FRENCH.

QG Anglais, le 23 novembre 1914

 

Grand Quartier Général.

 

Armée Britannique,

Quartier Général du 1e Corps d'Armée.

20 novembre 1914.

Pendant la relève de mon Corps d'Armée des positions qu'il occupait à l'Est d'Ypres, j'ai constaté et je désire signaler le concours rapide et efficace que les soldats Français de tous grades, combattant avec le 1e Corps, ont apporté aux troupes anglaises pour coopérer avec elles à la défaite de l'ennemi commun.

 

Le 31 octobre, alors que par suite du mouvement en avant des Allemands sur Zillebeke, nos communications semblaient en danger d’être coupées, le Général Dubois, Commandant le 9e CA a mis immédiatement à ma disposition un détachement de toutes armes qui était sous le commandement du Général Moussy et Lieutenant-Colonel Payenne du 68e d'infanterie (qui fut blessé), nous a rendu à cette occasion un service signalé. Il en fut de même de la brigade de cavalerie sous le commandement du Colonel de Maison Rouge.

Par la suite, dans le but de dégager la pression qui se faisait sur mon front, une contre-attaque très efficace fut ordonnée par le Général Vidal, dans la direction de Cheluvet et le Commandant Potier, commandant le 32e régiment d'Infanterie, avec une habileté consommée.

En même temps, deux bataillons du 4e régiment de Zouaves, sous le commandement du Lieutenant-Colonel Eychenne, me furent envoyés : tout d’abord, je les conservai en réserve, mais la situation devenant critique, je du les envoyer en première ligne. Les zouaves, sous la conduite de son chef habile, répondirent avec le plus grand empressement à tous les appels que j'eus à leur adresser et combattirent avec la plus grande bravoure et décision aux cotés de nos propres troupes.

Une situation critique se présenta plus d’une fois sur ma droite vers Zillebecke, et là encore, les troupes Françaises et Anglaises combattirent côte à cote sous le commandement de l’officier le plus élevé en grade, en union si étroite, qu’elles ne tardèrent pas à se trouver entièrement mélangées.

Je désire signaler tout particulièrement les commandants Bonnery et Lagarde, commandant les deux bataillons de Zouaves, ainsi que le capitaine Legros et le Lieutenant Bonnefoy, qui furent tous deux grièvement blessés.

Aussi, je tiens à exprimer mes remerciements et ceux de tous ceux qui combattent sous mes ordres pour le concours généreux que nous avons reçu spontanément de l’Armée Française, pendant les récentes opérations en avant d’Ypres, et j’espère que le Maréchal commandant l’Armée de Campagne Britannique, estimera qu’il y a lieu de faire connaître aux autorités militaires Françaises les services rendus à la Grande Bretagne par les officiers dont j’ai mentionné les noms ci-dessus.

Dès le 8 novembre, le bataillon Lagarde qui s'est engagé à fond en avant de Veldhoeck se trouve réduit à 200 hommes. Malgré une résistance acharnée et opiniâtre, il est dans une situation très critique. Le 4e bataillon lui envoie vers 2 heures de l'après-midi deux compagnies (13e, Cpne Baronnier; 14e, Cpne Helbert). Ces deux compagnies s'engagent sans hésiter suivant les ordres du Commandant Lagarde et rétablissent la situation. La lutte a été dure, tous les officiers sont tués.

Le soir du 8, les 15e et 16e rejoignent les 13e et 14e et le 4e Bataillon (Commandant Bonnery) relève le 11e Bataillon qui est complètement épuisé.

Les journées qui suivent sont dures et pénibles, l’ennemi prépare sa grande attaque du 11.

Le 11 en effet, après un bombardement d'une violence inouïe, les colonnes allemandes culbutent la 1e ligne anglaise. La 15e compagnie (Cpne Chevrier), qui était en première ligne, est submergée. Le Capitaine rassemble la trentaine d'hommes qui lui restent et défend le terrain pied à pied. La situation est encore une fais critique. Le Commandant Bonnery ordonne une contre-attaque ; les compagnies Helbert, Grambouland et les débris de la Compagnie Chevrier et ce qui reste de la 13e s'é1ancent à la baïonnette avec une énergie telle que l’ennemi, non seulement est arrêté, mais recule jusqu'à son front de départ. Les Boches n'ont pas passé cette fois encore.

Le Zouave Paquet, l’Adjudant Arsant, le Caporal Spik1ing se firent remarquer entre tous. Le 1er n'hésite pas a faire des prisonniers quoique entouré par l'ennemi. L’adjudant, quoique blessé, garde avec énergie le commandement de sa section et le caporal reste seul gradé dans la sienne.

On vit dans l'eau et l’on enfonce jusqu'aux genoux dans les prairies inondées. En face c'est le Canal; derrière l’Yperlée. L'ennemi est mordant, audacieux. Nous l'attaquons quand même. Il faut prendre la maison du Passeur où s'abritent des mitrailleuses. Elle est prise, perdu et reprise encore.

Les Zouaves qui ont contribué à ce succès avec quelques volontaires des Bataillons d'Afrique n'auront pas le temps de défendre leur conquête. Le 3e Bataillon a eu pendant cette période la douleur de perdre deux chefs aimés et respectés : le Commandant Ballivet et le Capitaine Klein, commandant la 12e Compagnie.

Dès, le 9 décembre, tout le régiment est ramené au Sud d’Ypres, vers Kruisstraat, où-réside le Quartier Général de la 38e Division. Il est désigné pour occuper des tranchées au Nord du cana1 d'Ypres, à hauteur de Verbran den Molen, où il relève des éléments de la Division Marocaine.

Jusqu'au 21 décembre, les bataillons se remplacent avec des semblants de repos dans les fermes bombardées.

Le 19, une attaque générale fut tentée, mais sans succès. Les Zouaves Champeaux et Mathievet par leur courage et leur sang-froid y gagnent cependant la Médaille militaire. Pour la première fois nos hommes viennent de se trouver en présence d'un nouveau système de guerre : la mine. Le 21, le 4e Bataillon est à Vlamertingue; mais l'état de fatigue est considérable. Beaucoup sont malades.

Le séjour dans l'eau, le froid ont ébranlé les plus robustes.

 

L’arrivage des effets est encore très insuffisant, bien que les culottes rouges disparaissent peu à peu, remplacés par de larges pantalons de velours. On porte toujours crânement la chéchia.

La journée de Noël, passée à Poperinghe, où circule déjà un bruit de grand repos, met tous les coeurs en liesse. Un renfort important vient d'arriver de Tunis. Après quelques jours passés dans la région de Stenworde, le régiment s'embarque le 1er janvier 1915 à Cassel pour une destination inconnue, mais toujours confiant et plein d'entrain.

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