Historique du 3e Régiment de Marche de Zouaves

Avant la mobilisation générale du 2 Août 1914, le 3e Régiment de Zouaves comptait six Bataillons ainsi répartis :

Le 1er Bataillon et la C. H. R. à CONSTANTINE

Le 3e Bataillon à PHILIPPEVILLE

Le 6e Bataillon à BATNA

Les 2e et 4e au MAROC.

Le 5e Bataillon tenait garnison au camp de Sathonay, près de LYON, où était également fixé le dépôt de France du régiment, commandé par le Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC.

Le Colonel FRANCEZ, Commandant le Régiment, résidait à CONSTANTINE.

Conformément aux prévisions du Plan de mobilisation, le 3e Zouaves de Marche devait se former à SATHONAY, par la réunion des 1er et 5e bataillons renforcés par un Bataillon de réserve, constitué sur place, et qui prenait le n°11.

La portion d'ALGÉRIE avait mission de fournir au régiment de marche sa C. H. R. et sa Musique qui devaient rallier SATHONAY en même temps le 1er bataillon auquel était confié le drapeau.

Les 3e et 6e Bataillons avec un Bataillon de réserve, destinés à entrer dans la composition du 3e bis de Zouaves sous le commandement du Colonel FRANCEZ, ne devaient quitter leurs garnisons que quelques semaines après.

Quant aux 2e et 4e Bataillons, alors en opérations au MAROC OCCIDENTAL, ils formèrent plus tard le 8e Zouaves et s'illustrèrent au cours de la campagne avec la Division Marocaine, digne rivale de sa soeur algérienne, la 37e Division, dont allait faire partie le 3e Zouaves.

 

Départ de Constantine

Le départ de CONSTANTINE s'effectua en plusieurs trains, dans l'après-midi et la soirée du 3 Août, au milieu des ovations enthousiastes de la population.

A leur arrivée à PHILIPPEVILLE, le 1er Bataillon, la C. H. R. et la Musique, furent cantonnés aux environs de la gare dans les baraquements et dans les magasins du port, en attendant l'heure de l'embarquement fixée au lendemain.

 

Bombardement de Philippeville par le Goeben

La plupart des zouaves reposaient encore lorsque, à cinq heures, le vrombissement et l'explosion d'obus de gros calibres troublèrent soudainement le sommeil de la population Philippevilloise.

Sur la rade, resplendissante de lumière, un magnifique croiseur de bataille, dont le nom devait devenir célèbre, était embossé à moins d'un mille du rivage, et, tranquillement, sans risque, tirait sur la ville sans défense.

Un obus tomba sur le hangar où étaient logés la 4e Compagnie et la section de mitrailleuses, tuant ou blessant tous les sous-officiers de la compagnie et un grand nombre de zouaves.

Le hangar s'enflamme : l'incendie, favorisé par l’amoncellement de paille de couchage, prend aussitôt des proportions redoutables. Les cartouchières, bondées de munitions, ainsi que les caisses à cartouches de la section de mitrailleuses explosent au milieu des flammes et de la fumée épaisse, aveuglant et assourdissant les blessés étendus dans le hangar.

Sous le bombardement qui continue, de courageux sauveteurs, parmi lesquels se fait remarquer le sergent COURTOIS se portent à leur secours et parviennent à retirer de la fournaise un grand nombre d'entre eux.

Cependant, malgré le dévouement de ces braves, les pertes demeurent lourdes encore.

Dix gradés ou zouaves périrent par le. bombardement ou l'incendie. Vingt blessés, dont cinq allaient bientôt succomber, furent transportés à l'hôpital militaire.

Le 1er Bataillon avait perdu, en outre, tous ses chevaux et mulets de bât, et la majeure partie de son matériel.

La population de PHILIPPEVILLE. vivement impressionnée par le bombardement, reprit confiance, devant l'attitude exemplaire du Bataillon pourtant si éprouvé. Le Colonel TAUPIN, Commandant la Brigade, le Commandant DE GOUVELLO présents sur le lieu de la catastrophe avec les officiers du régiment, firent preuve, en cette circonstance, d'un calme et d'un sang-froid justement admirés.

Le soir même, la Musique des Zouaves jouait sur la place de la Marine, non loin de l’emplacement bombardé et la foule tranquillisée, écouta avec recueillement la Marseillaise et la marche des Zouaves.

Le lendemain, 5 Août, d'imposantes funérailles furent faites par la ville aux victimes du bombardement. Au milieu de l'émotion virile qui étreignait tous les coeurs, le Général COMBY, Commandant la Division, prononça sur leurs tombes de fortes et énergiques paroles et prit, au nom de tous, l'engagement de venger ces premières victimes de la guerre, tombées pour le Pays, avant d'avoir pu affronter l'ennemi.

Ainsi, quelques heures à peine après la déclaration de guerre et à plus de 2.000 kilomètres de la frontière, le 3e Zouaves avait le douloureux honneur d'être le premier au sacrifice.

 

Départ pour la France

L'embarquement de la troupe et des Etats-Majors qui devaient se rendre en France eut lieu le 5 Août, à midi, mais le départ ne put s'effectuer que le 6, quand les navires d'escorte, six des plus belles unités de la flotte de la Méditerranée, furent signalés.

Ce fut sous la protection de cette magnifique escadre, que le transport « Medjerdah », gagna MARSEILLE, après avoir fait escale à Ajaccio, le 7 Août à 11 heures.

 

Marseille - Sathonay

Le débarquement à MARSEILLE s'effectua le 8, à 9 heures du matin et le soir de ce même jour, les éléments du 3e Zouaves venus d'Algérie, ainsi que les Etats-Majors de la 37e Division et de la 74e Brigade, étaient transportés par voie ferrée, à SATHONAY, où ils arrivèrent le 9 Août à 12 heures 30.

La constitution du 3e Régiment de Marche de Zouaves commença le jour même sous la direction du Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, nommé au commandement du Régiment. Le 12, celui-ci était prêt à entrer dans la 74e Brigade dont il devait faire partie, avec le 3e Tirailleurs Algériens.

Cette brigade allait elle-même participer à la constitution de la 37e Division, dont la composition en infanterie était la suivante :

Général Commandant la Division : Général COMBY.

73e Brigade : Général BLANC.

2e Régiment de Marche de Zouaves

2e Régiment de Marche de Tirailleurs.

74e Brigade : Colonel TAUPIN.

3e Régiment de Marche de Zouaves

3e Régiment de Marche de Tirailleurs.

A la hampe des quatre drapeaux de la Division brillait la Croix de la Légion d'Honneur.

Que n'allait-on pouvoir demander à des régiments possédant de tels titres de noblesse !

Manque les pages 12 et 13

mitrailleuses innombrables, ni les assauts farouches des rudes adversaires qui lui étaient opposés ne réussirent à ébranler la solidité du régiment qui ne quitta ses positions qu'à l'heure fixée, après avoir perdu 17 Officiers,936 Zouaves tués, blessés ou disparus.

Quelques instants après. le Colonel TAUPIN, commandant la Brigade, était mortellement blessé par un éclat d'obus dans les rangs de l'arrière-garde.

 

La Retraite

Cependant, pour soustraire les armées françaises aux tentatives d'encerclement des allemands, le Général JOFFRE ordonne le large mouvement de repli qui devait lui permettre de ramener sur la MARNE la Victoire sous les plis de notre drapeau.

Il importe de rompre le contact avec l’ennemi et de gagner le champ nécessaire à une vigoureuse contre-offensive.

Par une marche ininterrompue de nuit et de jour, le régiment atteint BOURLERS le 25 Août. Le 26, il traverse HIRSON et cantonne à ORIGNY-EN-TIÉRACHE, le 27 à la BARRERIE, le 28 à PRISCES.

Partout, dans les campagnes traversées, régnait la terreur de l'invasion. A l’horizon flambaient les villages; les populations abandonnaient leurs demeures dans une confusion et un désordre inexprimables. Sur les routes, brûlées par le soleil d'Août, c'était le douloureux exode des Français, et des Belges fuyant devant l'envahisseur. Tous les chemins étaient encombrés de leurs troupes misérables qui allaient, sans but précis, vers le Sud, poussant devant eux leurs troupeaux et traînant dans des véhicules de toutes sortes, les hardes et les bagages qu'ils avaient pu hâtivement y entasser.

C’est au milieu de toute cette misère que se poursuivait la retraite de nos soldats : bien qu’épuisés, par la longueur des étapes, le dos brisé par le sac et les pieds en sang, les zouaves marchaient en bon ordre gardant malgré la tristesse de ces spectacles, les désillusions et les épreuves de chaque jour, une force de résolution invincible, qu’ils puisaient dans une obscure et intime certitude de la victoire.

 

Guise - Courjumelle

Heureusement, l’ennemi qui cherchait surtout une action de flanc ne nous poursuivait que mollement.

Peu à peu, voyant s'accentuer le repli de l’Armée Anglaise, il accélère sa marche et cherche à encercler la Ve Armée en la gagnant de vitesse par la rive droite de l’OISE.

Le Général LANREZAC décide le 26 août de s'établir dans la région de VERVINS, face au Nord-Est pour être prêt à attaquer à son tour. Le Xe Corps laissé face au Nord reçoit la mission de rejeter au delà de l'OISE toute colonne ennemie qui tenterait de passer la rivière. Mais Von Bulow ayant franchi l'OISE, l'attaque sur SAINT-QUENTINN est suspendue.

Le lendemain 29 Août. la majeure partie de la Ve Armée se porte au secours du Xe Corps et attaque sur tout le front en direction du Nord.

Le IIIe Corps auquel a été rattachée la 37e Division a pour objectif ORIGNY-MONT D'ORIGNY. La Division. rassemblée au point du jour vers LE HÉRIE-LA-VIEVILLE, est prête à appuyer les attaques des autres Divisions du IIIe Corps qui tente d'enlever le front BERTAIGNEMONT JONQUEUSE.

A midi, la 74e Brigade reçoit du Général de Division l'ordre de prononcer un mouvement offensif sur le Bois DE BERTAIGNEMON.

L'attaque menée par le 3e Tirailleurs et le 11e Bataillon du 3e Zouaves réussit complètement et l’ennemi se trouve repoussé sur une profondeur de plusieurs kilomètres au Nord de COURJUMELLE. Le 30, la Division rassemblée au Sud-Est de la FERME DE COURJUMELLE, se dispose à reprendre l'attaque. Mais la Ve Armée reçoit l’ordre de rompre le combat et de reprendre la retraite bien qu'elle eut contraint les allemands à repasser l’OISE.

Le régiment, avec un groupe d'artillerie et un régiment de cavalerie. formant l’arrière-garde de la Division, se replie dans la direction PARPEVILLE, CHEVRESIS, MONTCEAU, LA FERTÉ-CHEVRESIS.

Arrivé à CHEVRESIS-LES-DAMES après la nuit tombée, il en repart le 31 à 2 heures du matin pour atteindre LAON, à 14 heures.

 

Pont-Rouge

Malgré l'extrême fatigue des troupes dont l'effectif est diminué de plus du tiers par suite des pertes subies depuis le début des hostilités, un nouvel effort va être immédiatement demandé à la 74e Brigade. Elle était à peine arrivée à LAON, que l'ordre parvient au Colonel SIMON, Commandant la Brigade, d'embarquer sa troupe en chemin de fer à destination de VAUXAILLON-MARGIVAL, pour y accomplir une mission de flanc-garde.

Une division de cavalerie allemande qui avait passé l'OISE à BAILLY, avait pu atteindre la région immédiatement au Nord de SOISSONS, que les anglais venaient d'évacuer. Le flanc de la Ve Armée, encore attardée à LAON, est ainsi découvert, il faut lui donner le temps et lui ménager l'espace nécessaire à son repli au Sud de l’AISNE.

A 18 heures, les premiers éléments de la Brigade débarquent à VAUXAILLON. Le Bataillon du 3e Tirailleurs envoyé aux avant-postes vers la ferme d'ANTIOCHE est accueilli par une canonnade nourrie et ne peut atteindre le point fixé.

Les éléments déjà arrivés s'établissent sur le plateau à l'Est de VAUXAILLON, tandis que successivement débarquent dans la nuit noire les Bataillons du 3e Zouaves, partie à VAUXAILLON, partie à MARGIVAL.

A minuit, l'ordre est donné de s'établir à deux kilomètres au Sud-Ouest de PONT-ROUGE, pour interdire à l'ennemi tout débouché sur la route de LAON à SOISSONS. Le régiment formé en colonnes, se met aussitôt en marche mais il se heurte aux postes de l'ennemi qui barre toujours le passage à travers le PLATEAU de NEUVILLE-SUR-MARGIVAL. Le temps presse; il faut être en place au lever du jour.

Au lieu d'engager une lutte dont le résultat eut été douteux, la colonne, faisant un grand détour par PINON, réussit à occuper sans coup férir les emplacements prévus et à remplir intégralement sa mission, malgré les efforts de l'ennemi qui attaque, en vain. notre flanc-garde à PONT-ROUGE et ne lui fait subir que des pertes assez légères.

Sa mission remplie, le 3e Zouaves franchit l’AISNE à SERMOISE, et va le soir cantonner à SERCHES au Sud-Est de SOISSONS, couvert par le 3e Tirailleurs qui tient MONT-DES-SOISSONS.

Le lendemain, 2 Septembre, le Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, Commandant le Régiment, prend provisoirement le commandement de la Brigade, rattachée à la 53e Division de Réserve du groupe VALABRÈGUE.

Le 3e Zouaves, conjointement avec le 3e Tirailleurs et la Division de Cavalerie BONNEAU, couvre la retraite de ce groupe de Divisions, en tenant successivement les passages de l'OURCQ à TRUGNY, de la MARNE à MÉZY, puis du PETIT MORIN.

Le 4 Septembre, il est remis à la disposition de la 37e Division qu'il rejoint à VILLEGRUIS, le 5, veille de la Bataille de la Marne.

 

Bataille de la Marne

Ce jour-là, l'ordre était parvenu de poursuivre le lendemain la retraite au Sud de la SEINE, lorsque, vers 14 heures des officiers d'Etat-Major, arrivés en automobile, au milieu des bivouacs de la Division, apportent une grande nouvelle : « CONTRE-ORDRE. On ne recule plus, l'armée de PARIS a attaqué en flanc l'armée allemande. L'offensive générale est décidée pour le lendemain : La Victoire est certaine ». Ces paroles sont rapidement répandues ; dans la plaine les compagnies se rassemblent. Les Capitaines lisent et commentent l'ordre désormais immortel du Général JOFFRE.

Le 6 au matin, le régiment groupé en ordre parfait entre LA QUEUE-AUX-BOIS et VILLEGRUIS, semble disposé comme pour une parade. Les hommes, qui, au cours d'une retraite de 200 kilomètres, ont enduré toutes les privations et fourni un effort surhumain sont transfigurés. Nulle trace de fatigue. Leur attitude superbe révèle l'ardeur qui les anime. La division, placée tout d'abord en réserve d'armée, n'a plus qu'un désir: avancer. Elle suit avec impatience le bruit de la canonnade qui parait s'éloigner vers le Nord.

Dans sa hâte de s'engager, elle talonne les éléments de première ligne dont elle dépasse les réserves. Le soir, le régiment cantonne à dix kilomètres de son point de départ.

Le 7, la Division passe en réserve de corps d'armée. Le terrain qu'elle parcourt porte les traces récentes d'une lutte acharnée. Le régiment traverse COURGIVAUX qui brûle encore. Des cadavres allemands jonchent le sol ; les habitants, sortant des caves, accueillent les zouaves avec enthousiasme.

Le 8, le régiment, enfin en première ligne, mène l'attaque sur le Plateau au Sud du PETIT MORIN en liaison avec la 73e Brigade, à droite, et un régiment du 18e Corps à gauche. Le château de RIEU est enlevé. La progression est facile, les pertes relativement légères.

En fin de journée, le PETIT MORIN est atteint; MONTMIRAIL et MARCHAIS vont être à nous. Le régiment attend toute la nuit l'ordre de franchir la rivière. Le lendemain, à la pointe du jour, la poursuite commence au Nord des deux villages, évacués par l'ennemi, quand, brusquement, l'ordre arrive de s'arrêter. La division vient de recevoir une autre mission.

A l'extrême gauche des troupes françaises, la VIe Armée, épuisée par sa Victoire de l'OURCQ, a besoin de renforts. La 37e Division lui est affectée et va mener la poursuite en essayant de couper la retraite à l'ennemi.

 

Le Soissonnais

Carlepont - Caisnes

Embarqué le 9 Septembre à VILLENAUXE, le régiment arrive le 10 à SURVILLERS, s'y repose une journée et repart le 12, brûlant les étapes par COUDUN et CLAIROIX. Jusqu'au 15 au matin, on ignore s'il va falloir intervenir sur la rive droite ou sur la rive gauche de l'OISE.

Enfin, tout se précise ; sur le plateau à l'Est du Bois SAINT-MARD, la gauche du IVe Corps Français commence à rencontrer une résistance opiniâtre. Tout fait prévoir que l'ennemi ne reculera plus que contraint.

Le commandement décide de lancer la 37e Division dans la bataille. Le 15, à 4 heures, elle reçoit l'ordre de se porter vers CARLEPONT et CAISNES.

Aussitôt CARLEPONT dépassé, la progression commence droit vers l'Est, sous le feu de l'artillerie allemande. Tandis que sur leur gauche, la 73e Brigade pénètre dans CUTS, les zouaves atteignent d'un élan les hauteurs dominant CAISNES d'où ils peuvent apercevoir le village de LOMBRAYE, violemment attaqué par l'infanterie du IVe Corps. La nuit, coupée d'alertes, est passée sur le champ de bataille. Une pluie pénétrante glace les hommes qui viennent de franchir une dure étape dont la dernière partie sous les obus.

Au lever du jour, la marche en avant reprend vers BELLEFONTAINE et LOMBRAYE, pour attaquer à revers les positions ennemies qui ont résisté la veille à l'assaut des fantassins.

Malheureusement, la chute de la Place de MAUBEUGE, venait de libérer un corps d'armée allemand qui accourait à marches forcées.

Dès 10 heures, alors que le succès semblait acquis, une violente fusillade s'allume sur les derrières du régiment. Les quelques éléments français restés à CARLEPONT sont submergés par les feldgrau qui débouchent en masse du Bois de CARLEPONT, venant de Noyon par PONTOISE. La situation change en un instant.

La 37e Division est isolée et toute retraite vers le Sud est coupée.

Vainement, pendant toute l'après-midi, les officiers de liaison du Quartier Général du IVe Corps s'efforceront d'atteindre la Division. Au château d’OFFEMONT où est installé le P. C. du général BOELLE, la consternation est générale : on redoute une catastrophe.

Cependant, vers le soir, le Chef artificier du régiment, maréchal des logis BOCH réussit a amener au régiment à CAISNES, son train de combat, en utilisant un sentier carrossable du BOIS DE LA MONTAGNE.

Le Général COMBY décide que le lendemain, par une marche de nuit, toute la division tentera de s'échapper par cette issue précaire. Les préparatifs de cette opération commencent aussitôt. Les roues des canons et des voitures sont entourées de paille pour éviter tout bruit et le repli des éléments avancés commence.

Entre temps, la Brigade Marocaine CHERRIER, accourait pour dégager la Division. Elle se lançait héroïquement, à l'arme blanche. enlevant le village de CARLLPONT, mais ne pouvait dépasser ses lisières. Sa présence à CARLEPONT nous assurait néanmoins la possession de l'étroit couloir que devait utiliser la Division. L'entreprise hasardeuse réussit au delà de toute espérance et le 18 au matin, la 37e Division avait échappé au péril.

Le 3e Zouaves, au cours de cette pénible étape, parcourue dans l'obscurité sous bois, par des chemins détrempés, à quelques centaines de mètres de l'ennemi, ramena ses blessés légers et la totalité de ses bagages et sut conserver, aux moments les plus critiques, un ordre et un moral parfaits qui allaient lui ménager, le lendemain, une splendide revanche.

 

Prise du Drapeau du 85e Bavarois

Couvert par le 11e Bataillon, qui avait pris les avant-postes, 1e régiment goûtait le 18, à TRACY‑LE‑VAL et au Bois SAINT-MARD, un peu de repos dont il avait le plus grand besoin après trois journées de marche et de combats.

Cependant, l'ennemi malgré qu'il eut manqué l'occasion d'anéantir la 37e Division, avait remporté un succès dont il comprenait l'importance.

Quatre-vingts kilomètres seulement le séparent de PARIS, but dont il a été contraint de s'éloigner, mais qu'il n'a cessé de convoiter.

Dans la nuit du 18 au 19 Septembre, il cherche à surprendre nos avant-postes.

Les 43e et 44e Compagnies de grand-garde, sont habilement dissimulées dans les bois. Leur front est couvert par des treillages de fil de fer et leurs postes, bien retranchés, peuvent battre efficacement de leurs feux tous les chemins et allées de la forêt activement surveillées.

Au premier indice de l'approche de l'ennemi, l'alarme est donnée sans bruit : 1es parapets sont garnis de leurs défenseurs. Les zouaves gardent leur sang-froid, laissent approcher les allemands et les clouent sur place par un feu meurtrier.

Au petit jour, des patrouilles sont lancées en avant. L'une d'elles, conduite par un sergent, découvre sous un monceau de cadavres et de mourants un magnifique trophée: le Drapeau du 85e Régiment d'Infanterie Bavaroise, que le zouave LAROCHE arrache des mains crispées de l'officier qui le retenait.

Deux étendards pris à l'ennemi à SAN-LORENZO avaient mérité au 3e Zouaves la Croix de la Légion d'Honneur. Ce troisième drapeau capturé devait lui valoir une citation d l'ordre de l'Armée et lui conférait la place d'honneur parmi les plus illustres régiments.

 

Combats du Bois Saint-Mard et de Tracy-le-Val.

Malheureusement, au delà de la droite de la Division, sur le plateau à l’Est du Bois SAINT-MARD, les avant-postes français s'étaient laissés entamer et, en se repliant, avaient découvert son flanc droit.

La nuit suivante, les allemands attaquent sur tout le front ; le Bois SAINT-MARD est débordé ; les colonnes ennemies progressent par le ravin de PUISALEINE, atteignent le CHATEAU DE TRACY-LE-VAL, sur les derrière du régiment.

Le Colonel DEGOT qui a pris, la veille, le commandement de la Brigade lance sur l'ennemi sa réserve disponible : deux compagnies de zouaves, conduites par le Lieutenant CHAIX DE LAVARÈNE.

Leur héroïque sacrifice permet de prolonger la résistance et donne au régiment le temps de se dégager.

Le Bois SAINT-MARD et la lisière Est d’OLLENCOURT, ne sont d'ailleurs perdus que momentanément.

Le soir même, le 3e Zouaves, rassemblé sous les murs du parc d'OFFEMONT, réoccupe OLLENCOURT et se dispose à réaliser, pendant les journées qui suivent, une nouvelle avance en direction du Bois SAINT-MARD et de la route de BAILLY à NAMPCEL.

Du 21 au 28 Septembre, le régiment, appuyé sur sa droite par le 3e Tirailleurs progresse par bonds successifs en dépit d'une énergique résistance de l'ennemi.

Le Bois SAINT-MARD, jonché de cadavres ennemis et malheureusement aussi des nôtres, est reconquis jusqu’à la crête militaire dominant le vallon DES ROSETTES ; les trois quarts de TRACY-LE-VAL sont à nous.

Le 30 Octobre, nouvelle avance. La 74e Brigade rencontre dans son attaque du cimetière de TRACY, des résistances qu'elle ne peut vaincre.

L'ennemi. solidement retranché derrière des fils de fer, flanqués de mitrailleuses, dispute le terrain pied à pied. Seul le Bataillon CHARLET à droite réalise des progrès sensibles. Néanmoins les objectifs fixés sont loin d'être atteints.

Cependant, une nouvelle attaque est ordonnée pour le 12 Novembre. Nos pièces d'artillerie, réduites au silence par la disette de munitions dont souffrirent plus ou moins nos batteries sur l’ensemble du front à cette époque, ne purent nous prêter aucun appui.

C'est à la cisaille, ou au moyen d'explosifs portés à bout de perches, que les assaillants durent s'attaquer aux épais réseaux de fil de fer ennemis.

Malgré ces difficultés presque insurmontables, la 74,e Brigade, conduite par le Colonel DEGOT, qui installe son P. C. à TRACY-LE-VAL, au milieu de ses zouaves, se porte à l'assaut à la pointe du jour.

Tous les cisailleurs furent tués avant d'avoir pu accomplir leur tâche. Les explosions hâtives n'endommagèrent que très faiblement les défenses accessoires de l'ennemi. L'élan magnifique des zouaves et des tirailleurs fut brisé et le cimetière de TRACY-LE-VAL, transformé par l’ennemi en une véritable forteresse, ne put, faute de moyens matériels, lui être enlevé.

Néanmoins, quelques progrès avaient été réalisés des deux côtés et à l'intérieur du village de TRACY-LE-VAL. En un point de la route de NAMPCEL. qui avait été atteinte, les tranchées adverses n'étaient séparées que par la largeur de la chaussée.

Alors une nouvelle vie commence qui exige du soldat un grand effort d'adaptation, une patience et une endurance poussées parfois jusqu'au stoïcisme. Immobilisé dans la tranchée, il lui faut se servir de son outil autant que de ses armes, guetter aux créneaux, subir avec impassibilité les intempéries, la boue et les bombardements les plus intenses.

Nuit et jour, en veille aux parapets, on travaille à la réfection de tranchées et d'abris qui s'effondrent, minés par l’eau qui sourd de toutes parts ou que bouleversent les tirs de l'artillerie ennemie.

A bras d'hommes, d'énormes rondins, de lourdes planches, des centaines de rouleaux de fil de fer barbelé sont transportés aux premières lignes.

L'abnégation et l’esprit de sacrifice des zouaves s'affirment de plus en plus. Une vraie camaraderie naît des souffrances subies et des dangers bravés en commun. Officiers et soldats, vêtus pareillement du même kaki grossier se sentent plus que jamais de la même famille. Une affection réciproque qui souvent inspire de touchants dévouements, renforce la discipline et prépare le régiment aux luttes qui vont suivre.

Pour l'instant, on ne lui demande que des coups de mains ou des travaux de première et deuxième ligne.

Ces quelques mots suffisent à résumer l'histoire de la période qui s'étend de Novembre 1914 à juin 1915.

Cependant, les tombes, qui chaque jour plus nombreuses, se creusent dans le cimetière des zouaves au CHÂTEAU-DE-TRACY, disent éloquemment ce que cette monotone existence comportait d'héroïsme et de dangers. Et on ne sait qui l'on doit admirer davantage de l'humble et anonyme pionnier qui, chaque soir, au milieu de l'intense fusillade qui s'allumait à la nuit tombante, sortait de la tranchée pour placer des fils de fer devant les lignes ou de ces volontaires de la « chasse au boche » qui, à l’exemple du sergent RAGINEL, se portaient à l’affût, dans les bois, pour abattre quelque patrouilleur ou quelque guetteur ennemi.

Un jour, qu’il était sorti seul comme d'habitude, le sergent RAGINEL se heurte à un fort détachement allemand qui ouvre le feu sur lui et le blesse. RAGINEL riposte et sans se laisser intimider, maintient en respect ses adversaires qui poussent des hourrahs pour se donner du courage, sans pourtant se décider à l'aborder, tant l’attitude du sous-officier est menaçante.

Les allemands tirent à nouveau sur lui. Bien qu'atteint mortellement cette fois, il parvient à rentrer dans nos lignes.

Les 24 et 25 Décembre, une action meurtrière menée, dans le Bois SAINT-MARD, par des fractions du 11e Bataillon, en liaison avec le 3e Tirailleurs en vue d'appuyer une attaque de la 73e Brigade, nous permet de gagner du terrain dans la direction de la ROUTE DE NAMPCEL.

Sur plusieurs points enfin, une guerre de mines patiente, sournoise et sans merci est entamée avec des alternatives diverses et fournit aux zouaves l'occasion de faire preuves de leurs rares qualités.

Cependant, différentes mutations avaient modifié l’encadrement du régiment.

Le Commandant DE GOUVELL, promu Lieutenant-Colonel, avait été remplacé par le Commandant LABROSSE. Le Capitaine SAUVAGE. Commandant le 11e Bataillon, blessé grièvement à CAISNES, avait laissé le commandement du 11e Bataillon au Capitaine NICOLAS qui, blessé à son tour le 12 Novembre, était remplacé par le Commandant MONDIELLI.

Au milieu de Mai, le Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, victime d'un accident d'automobile, est dirigé sur l'ambulance de FRANCPORT. Le Lieutenant-Colonel Louis, nommé au Commandement du 3e Zouaves, rejoint son poste à TRACY-LE-VAL.

A ce moment, tout le front se rallume ; l’offensive de printemps est déclanchée : le rôle du régiment va y être modeste, mais glorieux. Le magnifique résultat obtenu dans l’affaire de QUENNEVIÈRES, marquera le premier pas heureux, fait dans la voie des offensives, qui nous donneront le succès final.

 

Quenneviéres, 6 Juin 1915

Pour soulager le front d'Artois, une attaque est décidée sur le PLATEAU DE QUENNEVIERES. Différentes troupes sont désignées à cet effet, dont le 5e Bataillon du 3e Zouaves. Ce bataillon est mis au repos pour quelques jours à FRANCPORT, puis remonte en ligne dans la nuit du 5 au 6 juin. A 3 heures du matin, la préparation d'artillerie, commencée discrètement depuis plusieurs jours, s'accentuait brusquement. Pièces de 155, de 120 et 75, canons de 58 font rage, détruisent les réseaux allemands, bouleversent les tranchées et les abris.

Anéanti par l’intensité formidable de ce feu, l'ennemi ne peut tenir aux créneaux. Les zouaves, hissés sur les parapets, applaudissent à l'adresse de nos artilleurs, et, certains du succès, s'équipent résolument.

La mission du bataillon est d'atteindre le rebord du RAVIN DE MOULIN-SOUS-TOUVENT, tout en couvrant le flanc droit du secteur d'attaque.

A 10 heures, les sections se glissent dans les sapes russes et occupent les parallèles de départ. A 10 heures 15, l’artillerie allonge son tir, mais déjà le bataillon, devançant l’heure de l’attaque était sorti en rampant hors de la tranchée et, inaperçu avait gagné une trentaine de mètres à travers les hautes herbes qui avaient poussé dans le « No man’s land ».

Puis, d'un élan, la ligne kaki soudainement dressée franchit les première, deuxième et troisième tranchées ennemies. méprisant le feu de mousqueterie et les rafales de mitrailleuses qui causent cependant des pertes sérieuses. De nombreux allemands sont surpris et tués à la grenade dans leurs abris ; une batterie de 77 est prise avant d'avoir pu ouvrir le feu, tant l’affaire a été vivement menée. Entraînés par leur élan, les zouaves dépassent l’objectif et s'abandonnent à la griserie de courir librement dans les prés émaillés de marguerites. Ils remontent la berge opposée du ravin, marchent vers PUISIEUX et s'emparent de trois pièces de 150. C'est à ce moment que tombe glorieusement le Sous-Lieutenant COURTOIS qui entraînait ses hommes en chantant la Marseillaise, aux côtés du père EDOUARD, aumônier du Bataillon qui malgré ses 56 ans, chargeait en tête du bataillon, une chéchia sur la tête et son crucifix à la main.

En cours de route, le Lieutenant GUILLEMIER avait été tué en franchissant une tranchée au moment où il criait « En avant ! En avant ! Vive la France ! »

La vague victorieuse continuait à avancer. Il n'y avait plus aucun ennemi devant elle. Le terrain, à perte de vue, était libre.

Le moral de tous était exalté au plus haut degré car la trouée était faite ; malheureusement, aucune réserve ne se trouvait à pied d’oeuvre pour en profiter.

Le Commandant CHARLET, jugeant qu’il serait imprudent de s’engager plus avant, donne l'ordre de se reporter sur la berge Ouest du ravin. On fait sauter les trois pièces prises, et, revenu à hauteur de l'objectif fixé, le bataillon organise la position conquise.

A 15 heures, l'ennemi réagit avec violence; ses obus viennent de l'Est et du Nord. Une contre-attaque débouche des carrières au Sud de la FERME DES LOGES et presse vivement les bataillons disposés au Nord du secteur, obligeant le bataillon à se mettre sensiblement à l’alignement de ses voisins.

La nuit se passe sur cette position : plusieurs autres attaques ennemies sont repoussées. La journée du lendemain est marquée par une très violente réaction d'artillerie ennemie. Puis, le soir, le bataillon est relevé.

Ce beau succès nous avait coûté soixante tués et deux cents blessés. A la suite de cette affaire glorieuse, le 5e Bataillon est cité à l'Ordre de l’Armée

5e bataillon du 3e régiment de Zouaves

« Sous les ordres du commandant CHARLET, pour l'élan magnifique qu’il a montré dans l’attaque du 6 juin et la façon remarquable dont il s'est servi de la baïonnette, grâce à quoi il a infligé de pertes sévères à l’ennemi ».

 

Secteur de Quennevières

A partir du 21 juin, le 3e Zouaves quitte définitivement son ancien secteur de TRACY-LE-VAL, pour occuper les positions conquises à QUENNEVIERES lors de l'attaque du 5 juin; secteur pénible s'il en fût. L'ennemi, furieux de son échec, arrose copieusement de projectiles ses anciennes tranchées, qu'il cherche à rendre intenables.

Le régiment au contraire, dépense tous ses efforts pour le rendre habitable. Or, tout est à refaire : abris, boyaux, défenses accessoires, parapets de tir à créer, tranchées à retourner.

Une chaleur lourde décompose les cadavres que l'ennemi ne nous permet pas d'enterrer. Des odeurs pestilentielles, au milieu desquelles à faut vivre, empoisonnent l'atmosphère. Des légions de mouches vertes infestent les tranchées, creusées au milieu d'un charnier, qu'à tout moment bouleversent les torpilles convergeant de trois côtés sur le saillant conquis.

Ces dures épreuves auraient brisé le moral de soldats moins aguerris que nos zouaves.

Grâce à un labeur acharné, la situation matérielle s'améliore de jour en jour, les pertes diminuent ; des coups de mains heureux rectifient avantageusement nos lignes.

Pourtant, voilà que la dysenterie fait son apparition. Le 8 Juillet, le 3e Zouaves est relevé et mis au repos dans la région de BONNEUIL.

Repos tout relatif d'ailleurs, car les zouaves sont employés à des travaux défensifs dans la vallée de l’AISNE en lisière de la forêt de COMPIÈGNE.

Entre temps, le régiment se refait et se prépare à de nouvelles luttes.

Le bruit d'une prochaine et puissante offensive française se répand partout. Le 9 août, la Division, tenue prête à partir depuis quelques jours, est embarquée en chemin de fer. Le 10, le régiment se trouve rassemblé en CHAMPAGNE. dans la région de SAINT-HILAIRE-AU-TEMPLE, VADENAY.

 

En Champagne

Le Camp de Chalons

Le 17 Août, le Ministre de la Guerre, M. MILLERAND, LORD KITCHENER et le Général JOFFRE, passent en revue la 37e Division ; l'attitude des zouaves est remarquée.

Les vainqueurs de QUENNEVIÈRES qui, d'un seul élan, ont crevé la ligne ennemie, ont conscience de leur valeur. Ils savent ce que l’on attend d'eux, aussi se redressent-ils avec fierté, affirmant leur résolution de remporter bientôt une nouvelle et moins stérile Victoire.

A l'issue de la revue, le régiment va bivouaquer à l’Ecole de Tir et se consacre à l'aménagement du terrain en prévision de l'offensive prochaine.

Les tranchées de première ligne sont trop éloignées de l’ennemi ; les communications sont insuffisamment réalisées. D'abord employé à creuser des boyaux d'évacuation, le régiment inaugure, le 24 Août, les travaux d’approche, proprement dits, par une hardie opération de sape volante. Par une nuit claire, les hommes munis de leurs outils, franchissent, à 21 heures, les tranchées devant le Bois DURNERIN (secteur d’AUBERIVE). Ils gagnent vers l'ennemi le terrain voulu, s'arrêtent et creusent une ligne de tranchées, tandis qu'une autre fraction du régiment réunit, pendant ce temps, par un boyau, la nouvelle ligne à l’ancienne. A l’aube, les allemands constatent, avec surprise, que la ligne française s'est rapprochée en quelques heures de 700 mètres. Malgré leurs efforts, ils ne peuvent s'opposer à cette avance, qui, sur certains points, au cours des nuits suivantes, atteignit les réseaux de fil de fer allemands.

En raison de la vigilance des Drachen, les travaux ne s'effectuent que la nuit et sont des plus pénibles pour le régiment, qui, avant et après ses 6 heures de terrassement, doit accomplir une marche de deux heures.

 

Organisation du Secteur d'attaque

Dans la nuit du 30, au 31 Août, le régiment vient occuper le secteur d'où il doit bondir pour la prochaine offensive au Nord de SAINT-HILAIRE-LE-GRAND. Mais, là encore. tout est à faire pour aménager nos lignes en vue de l'attaque : l’organisation des premières tranchées, des places d'armes, des boyaux d'évacuation et de liaison, et, en dernier lieu des parallèles de départ, occupe l'activité de nos troupes jusqu'au dernier moment. Chacun se donne avec ardeur et travaille d'arrache-pied.

L'allemand rendu méfiant par l’importance des travaux exécutés, s'efforce de contrarier nos desseins : canons, minenwerfer, mitrailleuses, s'acharnent sur nous, causant des pertes sensibles. Le Commandant LABROSSE, Commandant le 1er Bataillon est blessé et remplacé par le Capitaine JURION, qui est blessé à son tour et passe le commandement du bataillon au Capitaine REVERZY.

Le 22 Septembre, le bombardement français augmente de violence. Pendant 72 heures, il se déchaîne avec intensité.

Le 24 Septembre, on apprend que l'attaque est fixée au lendemain.

Cette nouvelle est accueillie avec joie, car les zouaves, fatigués par un labeur épuisant, voient dans cette offensive le terme de leurs fatigues. Encouragés par le souvenir de QUENNEVIÈRES, les hommes ont une confiance absolue dans le succès. Le régiment qui a pu pousser ses travaux d'approche jusqu'à amener ses parallèles de départ à moins de 200 mètres des lignes allemandes, a comme premier objectif, le Bois RAQUETTE. Mais avant d'y parvenir, il lui faudra franchir trois lignes de tranchées garnies de défenses accessoires qui forment au Sud de ce bois un saillnt à angle droit de plus de 500 mètres de côté, jalonné à l’Ouest par le Bois N°1 solidement organisé.

Dans le secteur d'attaque affecté au régiment, quatre bataillons vont donner l'assaut.

En première ligne, les bataillons REVERZY et CHARLET, en deuxième ligne, le bataillon de Tirailleurs BONNARD et le bataillon MONDIELLI. Chacun de ces bataillons forme deux vagues qui toutes ensemble, à l'heure H, doivent bondir à l’attaque. A gauche, le régiment se relie au 2e Zouaves, à droite au 60e R.I.

Le 25 Septembre, à la pointe du jour, le Lieu tenant-Colonel LOUIS convoque à son P. C, simple excavation creusée dans la craie de la tranchée de première ligne, ses chefs de Bataillon pour leur indiquer l'heure de l’attaque fixée à 9 heures 15.

Déjà, toutes les unités sont à leur poste ; on procède aux dernières distributions. Le feu de l'artillerie française redouble de violence ; la position ennemie est littéralement écrasée d'obus et voilée par la fumée des explosions. A ce spectacle, l'enthousiasme des zouaves est à son comble ; ils battent des mains à chaque coup heureux d'un bruyant « métro ». La joie et l'espoir brillent dans tous les regards.

Toutefois, le tir de nos pièces est moins précis qu'on ne l'aurait espéré. Un grand nombre d'ouvrages ennemis sont toujours intacts et les observateurs de l'adversaire, restés à leur poste, ont pu discerner les derniers préparatifs de l'attaque et notamment la mise en place de nos unités dans les parallèles de départ insuffisamment approfondies.

Quelques minutes avant l’heure de l’assaut, quand ils virent les français mettre baïonnette au canon, ils comprirent que l'instant décisif était arrivé et les mitrailleuses ennemies ouvrirent aussitôt un feu des plus violents sur nos tranchées pour nous empêcher d'en sortir. Mais cette pluie de balles ne saurait détourner le régiment de son but. A 9 heures 15, il se jette en avant.

Profitant des brèches que nos obusiers de 58 et notre artillerie ont ouvertes dans les réseaux de fil de fer de l'ennemi, les 5e et 11e Bataillons franchissent à droite, les trois lignes de tranchées allemandes, et sans se soucier de ce qui peut se passer sur leurs flancs, ils attaquent la corne Sud-Est du Bois RAQUETTE. Le Commandant MONDIELLI est blessé : mais en dépit de la résistance opposée par l'ennemi, les vagues d'assaut avancent avec succès.

La gauche est moins favorisée. Très éprouvée par le feu des mitrailleuses, elle se heurte à des réseaux insuffisamment détruits et subit de lourdes pertes du fait de ce temps d'arrêt.

Néanmoins, les premières tranchées allemandes sont franchies et le Bois N°1 est abordé au prix de lourds sacrifices. Le Capitaine REVERZY, Commandant le 1er Bataillon, les quatre Commandants de Compagnies et tous les officiers sont tués.

Les hommes privés de direction sont de nouveau arrêtés.

Le Médecin-Major NOEL MARTIN, qui s'était porté à l'attaque au milieu de son Bataillon, n'hésite pas à en prendre le commandement.

A sa voix, quatre-vingts zouaves se groupent, et, entraînés par ce chef énergique, encadrés seulement par deux caporaux, ils reprennent leur marche en avant, à l’intérieur des lignes ennemies avec les éléments du bataillon de soutien du 3e Tirailleurs.

 

Mort du Colonel Louis

Cependant, le Lieutenant-Colonel Louis, revêtu de sa tenue de parade s'est élancé hors de la tranchée suivi de son Drapeau. Le groupe formé par le Colonel, la garde du Drapeau et les agents de liaison ne tarde pas à attirer l'attention de l’ennemi, qui dirige sur lui un feu des plus ajustés. Le Capitaine adjoint au Colonel est blessé ; le porte‑drapeau est tué. Le sergent, le caporal et tous les hommes qui composent la garde sont successivement mis hors de combat. Le Drapeau est recueilli par le cycliste du Colonel.

Peu après, le Lieutenant-Colonel Louis, qui marchait sur le talus d'un boyau allemand tombe également frappé à mort. Son cycliste se porte auprès de lui. Alors, une voix se fait entendre « Le Drapeau en avant » Qui a poussé ce cri ? On ne sait, mais on obéit. Le Drapeau est relevé et c'est lui qui maintenant guide le régiment vers l'ennemi. Sous la rafale, il s'avance ; vingt fois il est abattu, mais toujours une main le redresse pour le porter toujours plus en avant dans les lignes allemandes.

Une force irrésistible pousse ces hommes au dernier sacrifice. Ils sentent profondément tout ce que signifie leur geste héroïque. C'est le régiment qui doit passer en dépit des pertes. C'est la France qui, elle, ne meurt pas. si les hommes tombent et doit toujours demeurer debout.

Bientôt, tous les zouaves sont tués ou blessés et le Drapeau est tombé à terre. L'ennemi peut s'en emparer. Un sergent-major du 3e Tirailleurs le saisit, mais est frappé mortellement à son tour; enfin un simple tirailleur est assez heureux pour le relever une dernière fois et le remettre entre les mains du Général DEGOT, Commandant la Brigade, qui, à la suite des zouaves, s'est porté dans les tranchées allemandes, et se fait le gardien du glorieux emblème, désormais hors de danger.

 

Mort du Commandant Charlet

Malgré, la perte de la plupart des officiers et des chefs de section, les vagues d'assaut qui, sous la violence du feu se sont mélangées, continuent, sur la droite leur avance rapide.

Elles s'emparent d'une batterie de 105 en action et s'enfoncent dans le Bois RAQUETTE où un centre de résistance récemment construit à l’intérieur du bois, les oblige à se diviser en deux groupes.

Celui de droite dépassant le bois, pénètre profondément dans la ligne adverse ; ses éléments avancés sont pris à revers et submergés.

Le groupe de gauche, violemment contre-attaqué, est obligé de céder momentanément un peu de terrain, mais bientôt la situation est rétablie. Malheureusement le Commandant CHARLET, deux de ses Commandants de Compagnies et le Père EDOUARD étaient tombés glorieusement autour du fortin dont le régiment avait pris possession.

En fin de journée, il tenait la clairière entre le Bois VOLANT et le Bois RAQUETTE, la majeure partie de ce bois, et, sur la droite, en liaison avec le 60e RI, toute la troisième ligne allemande.

Le 3e Zouaves ne comptait plus que 350 combattants valides et n'avait plus que 7 officiers, qui, au cours de la nuit du 25 au 26 s'employèrent à organiser la défense du terrain conquis sous le commandement d'un capitaine tout nouvellement promu, que secondaient activement les Médecins-Majors NOEL MARTIN et GENOVA, occupés à relever et à soigner avec un inlassable dévouement les nombreux blessés.

Les jours suivants, l'attaque se poursuit ; mais trop éprouvé, le 3e Zouaves passe en réserve de brigade. Il campe dans le Bois RAQUETTE conquis en entier, et assume le ravitaillement des premières lignes.

Le 29 Septembre, le Chef de Bataillon PHILIPPE, du 2e Zouaves, est nommé Lieutenant-Colonel et vient prendre le commandement du régiment qui, après quelques jours encore passés dans la région, est envoyé au repos dans le Nord.

En CHAMPAGNE, le 3e de Marche venait d'écrire pour toujours, en lettres de sang, son nom glorieux. Le Colonel, deux chefs de Bataillon tués, le troisième blessé ; 40 officiers et plus de 1800 hommes hors de combat, tel fut le bilan terrible de ces rudes, mais belles journées. Le Général GOURAUD tint à rendre au 3e Zouaves l'hommage qui lui était dû et le cita en ces termes à l’ordre de la IVe Armée :

« 3e Régiment de marche de Zouaves »

«  Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Louis, le 25 septembre 1915, s"est rué à l'assaut des positions allemandes avec un élan et un enthousiasme qui confinent au sublime. Bien que pris de tous côtés par un feu formidable d’artillerie et d'infanterie, s'est enfoncé comme un coin dans les lignes ennemies qu'il a crevé sur une profondeur de plus de deux kilomètres, s'est emparé de 11 pièces d’artillerie et de 9 mitrailleuses, a fait 400 prisonniers et ne s'est arrêté, bien qu’ayant perdu son chef et presque tous ses cadres, que lorsqu’il a été à bout de souffle. Dans toutes les circonstances où il a été engagé depuis le début de la campagne, s'est montré à la hauteur des vieux régiment de Zouaves. En Champagne, il les a dépassé, Déjà le 19 septembre 1914, il avait pris un drap à l’ennemi ».

Signé GOURAUD

Il convient de mentionner ici les citations suivantes qui consacrent la gloire des deux héroïques officiers supérieurs tombés au Champ d'Honneur

« Lieutenant-Colonel LOUIS : Chef dans la grande acceptation du mot ; volonté de fer ; Est tombé glorieusement à coté de son drapeau dans l'attaque du 25 septembre qu’il avait si méticuleusement préparée ».

« Chef de bataillon CHARLET : Brave comme son épée ; déjà deux fois cité à l'ordre de l’Amée. A été l'âme de la ruée sublime du 3e Zouaves, dans le journée du 25 septembre. Est tombé à la tête de ses Zouaves, mortellement, frappé ».

 

Dunkerque - Le Repos

Embarqué le10 Octobre à SAINT-HILAIRE-AU-TEMPLE, le régiment est transporté dans la région de DUNKERQUE.

Pour la première fois depuis son entrée en campagne, il va jouir d'un repos prolongé. Cette perspective n'est pas faite pour attrister les zouaves déjà tous émus par l’accueil chaleureux que leur fait la population de ZEGGERS-CAPPEL, LOOBERGHE, PETITE-SYNTHE.

Au surplus, ce n'est pas le travail qui manque ; il importe de réorganiser le régiment, de recevoir et d'amalgamer les renforts.

Le Commandant TORLOTTING est placé à la tète du 1er Bataillon ; le Commandant THIRY remplace au 5e le Commandant CHARLET.

L'instruction des mitrailleurs, des grenadiers et des spécialistes de toute nature, se poursuit activement.

Trois mois se passent ; le 7 janvier, la 37e Division est enlevée par voie ferrée pour rejoindre, dans la région de BAR-LE-DUC le Vlle Corps, auquel elle est affectée.

Les zouaves trouvent auprès des habitants de ROBERT-ESPAGNE, TREMONT, BBENEY, le même accueil sympathique que dans le Nord, sympathie qui ira toujours grandissante lorsque après les « coups de chien », le 3e Zouaves viendra « souffler » dans la région.

Dès Janvier, la situation générale se précise sur le front français. Le Kaiser, dit-on, projette une entreprise qui doit finir la guerre « sur un coup de tonnerre ». Dans les milieux bien informés, on chuchote que VERDUN sera le premier objectif des allemands ; Ils ne passeront pas, s'empresse-t-on d'ajouter, et cette affirmation, qui est dans toutes les bouches, va devenir la prophétique et fière devise des défenseurs de notre citadelle inviolée.

Un séjour du 3e Zouaves au Camp de MAILLY est brusquement interrompu le 11 Février par une alerte ; il regagne les cantonnements précédents. Trois jours après, enlevé en auto-camion, le régiment est transporté près de SOUILLY. De là, par un temps épouvantable, il gagne ISSONCOURT, et le lendemain, sous une pluie incessante et glaciale, va occuper IPPECOURT.

 

Verdun

Février 1916

Le 21 au matin, une violente canonnade se fait entendre ; le téléphone transmet l'ordre d'alerte ; il n'y a cependant pas à bouger encore. Le lendemain. nouvelle canonnade, nouvelle alerte. Le régiment se porte sur ANSEMONT, où il reçoit quelques obus destinés au Pont de la Meuse.

Le 23, dans la matinée, il s'achemine sur FLEURY devant DOUAUMONT.

Après une nuit passée au bivouac, que la rigueur d'un froid de quinze degrés rend excessivement pénible, le Colonel reçoit l'ordre de porter le régiment dans le ravin au SUD-EST de LOUVEMONT, pour être en mesure d'agir soit en direction du BOIS LE CHAUME, soit en direction de la CROUPE 344.

Successivement, les bataillons. par le RAVIN DES VIGNES, et la rive gauche de la MEUSE, se dirigent sur le village de BRAS, en formation largement ouverte.

En cours de route, des renseignements sont fournis par les blessés, venus de l'avant « Le village de SAMOGNEUX est, disent‑ils, tombé aux mains des allemands celui de LOUVEMONT aurait été évacué par les Français. » Sans se laisser émouvoir par ces nouvelles alarmantes, le régiment poursuit sa route comme à la manoeuvre et atteint le RAVIN DE HEURIAS, où il s'établit en position d'attente.

Confirmation officielle est donnée au Chef de Corps de la progression inquiétante des allemands qu'il faut arrêter coûte que coûte. Le 11e Bataillon qui avait pris la tète, reçoit l'ordre de prendre position sur la côte du POIVRE ; le 5e Bataillon sur les hauteurs à l’Est de la route de LOUVEMONT, que tient toujours le 2e Tirailleurs.

Le 1er Bataillon tout d'abord en réserve, allait être employé en partie, le lendemain, pour renforcer le 5e Bataillon.

Les deux Bataillons de tête vont aussitôt prendre leurs emplacements et gravissent, dans un ordre parfait, les pentes abruptes dominant le ravin. A leur débouché sur la crête, ils sont salués par un bombardement d'une violence inouïe. Les obus de 210, en crevant la croûte de terre gelée, font retomber sur les hommes, en même temps que leurs éclats, d'énormes mottes de terre durcie, soulevées par les explosions.

Au retour d'une reconnaissance, et tandis qu'il disposait ses compagnies au Nord de la COTE 342, le Commandant MONDIELLI, Chef du 11e Bataillon, est atteint d'un éclat d'obus et transporté à l'arrière.

En dépit du bombardement que la nuit seule ralentit un peu, le 3e Zouaves se met à l'oeuvre pour organiser ses positions.

Les hommes travaillent avec tant d'ardeur, que, malgré la température glaciale, ils souffrent d'une soif cruelle qu’ils apaisent en absorbant de la neige.

u moyen d'outils portatifs, on approfondit les tranchées existantes et on en creuse de nouvelles ; ainsi se passe la nuit.

Le 25, à 7 heures, des coups de fusil signalent l’arrivée de l'ennemi. Dans le ravin de VACHERAUVILLE à l’Ouest de LOUVEMONT, le bombardement de plus en plus intense, atteint une violence qui n'avait jamais été constatée encore. A 14 heures, le tir de l'artillerie s'allonge et l'ennemi se porte à l'assaut. Enhardi par les succès des jours précédents, il croit pouvoir en finir avec nous. Cette dernière résistance vaincue, VERDUN est à lui ; mais de notre côté, nous veillons.

Ce n'est pas seulement une position importante qu'il s'agit de défendre. Chacun a compris que VERDUN symbolise la résistance française ; coûte que coûte, il ne faut pas que l'ennemi passe, et il ne passera pas.

Le canon qui tonne depuis trente heures n'ébranle pas la fermeté des défenseurs ; on pourra mourir s'il le faut, on ne reculera pas.

Les vagues ennemies s'avancent nombreuses et serrées, mais accueillies par le feu des fusils et des mitrailleuses, saisies d'une sorte de panique, elles reculent, et, après avoir subi des pertes importantes, refluent en désordre jusqu'au fond du ravin.

L'insuccès de cette première tentative ne décourage pas les allemands ; l'enjeu est si beau, l’objectif parait si rapproché !.

Après un nouveau bombardement, ils prononcent une nouvelle attaque aussi violente que la précédente. Sur certains points, les ennemis parviennent près de nos tranchées, mais, comme la première fois, ils sont refoulés et subissent des pertes encore plus sensibles. A plusieurs reprises, l'ennemi tente de déboucher du village de LOUVEMONT et des crêtes situées à l’Est.

Sous le choc de ces assauts incessants, des actes d'héroïsme se multiplient qui mériteraient d'être cités. C'est ainsi que les allemands ayant réussi à pousser en avant plusieurs mitrailleuses, le zouave mitrailleur DEFAUX n’hésite pas : Il braque sa pièce sur celles de l’ennemi et engage avec elles un duel hélas trop inégal. Bientôt, une balle l'atteint en pleine poitrine, mais en tombant DEFAUX s’écrie : « Ça va bien ! C'est pour la France ».

Plus loin, un autre mitrailleur regarde, navré, sa pièce impuissante dans un moment aussi critique ; un obus vient d'en briser le trépied. Mais son aide a une idée toute simple ; il s'accroupit et fait placer sur ses épaules la pièce qui recommence à semer dans les rangs ennemis, la panique et la mort.

A la tombée de la nuit, nous conservons toutes les positions que nous occupions la veille.

Cependant l’ordre de repli arrive. La nouvelle est si inattendue, que, croyant à une erreur, les chefs de Bataillon demandent confirmation écrite de cet ordre. Les prescriptions sont formelles, il faut obéir.

Le décrochage s'opère sous la protection de quelques éléments qui rejoignent le lendemain matin le régiment rassemblé à BELLEVILLE.

Impressionnés par l’attitude décidée des défenseurs de la COTE DU POIVRE, les allemands n'osèrent pas renouveler leurs attaques.

Aussi, le général Commandant le 30e Corps d’Armée rendit en ces termes, hommage à la solidité du régiment dans la journée du 25 Février « Le 3e Zouaves a écrit ce jour-là, la plus belle page de son histoire. S'il ne s'était trouvé là pour arrêter l'ennemi, la ligne française était enfoncée et VERDUN était pris ».

 

Avril 1916

Le régiment reste en alerte deux jours à BELLEVILLE. prêt à marcher encore; là ou la situation sera le plus critique ; mais le danger est conjuré.

Par auto-camions, il gagne RUMONT, où il ne fait que passer. Puis à pied, du 6 au 9 Mars, le régiment se porte à CHATENOIS. Etapes longues par un vilain temps de neige qui rend la route glissante et pénible pour des hommes lourdement chargés. Mais le nouveau cantonnement est bon et fait vite oublier les misères des jours précédents. On se repose des renforts arrivent. Les séances d'exercice sont reprises. Le 16, le Général JOFFRE passe la division en revue; le 3e Zouaves y est représenté par son Drapeau et un Bataillon.

Le 26, on remet sac au dos, et par MERICOURT et SAVIGNY, on se porte à VILLERS-SUR-MOSELLE. Pendant quinze jours encore, on goûte les douceurs de l'arrière. Le commandant DE MIQUEL remplace au 5e Bataillon le Commandant THIRY, évacué.

Le 12 Avril, le régiment est embarqué à BAYON, transporté à LIGNY-EN-BARROIS, d'où il se dirige sur VERDUN.

 

Avril-Mai-Juin 1916

C'est la période critique de l'interminable bataille. Les allemands font effort par les deux rives de la MEUSE. Résolue dans sa résistance, l'armée de VERDUN fait tête et tient avec opiniâtreté.

Pendant deux mois et demi, le 3e Zouaves va garder le secteur d'AVOCOURT, passant alternativement une dizaine de jours en ligne et une dizaine de jours en réserve, soit à BRABANT, Soit à RÉCICOURT. La tâche est rude ; le Bois CARRÉ, l'ouvrage des RIEUX, viennent d'être reconquis et il s'agit de les organiser. Les tranchées rares et à peine ébauchées n'offrent qu’une protection insuffisante contre une artillerie ennemie très active.

Sous les bombardements ininterrompus, le travail est incessant.; le temps se déclare contre nous. Les pluies fréquentes détrempent le sol défoncé par les projectiles; les tranchées s’effondrent et l'on vit dans la boue, dans l'horrible boue de VERDUN.

Des deux côtés, on cherche à s'approcher pour mieux s’observer et bientôt en certains points, les petits postes sont à peine à dix mètres les uns des autres. Cette proximité impose la lutte à la grenade c'est à qui en jettera le plus pour neutraliser et démoraliser son adversaire. De temps en temps, la torpille vient mêler sa note brutale à ce concert assourdissant.

Malgré ces difficultés, tranchées, boyaux, abris se creusent, souvent transformés en entonnoirs par l’éclatement des obus. L'adversaire voit des réseaux de fils de fer et des chevaux de frise se dresser inopinément devant lui.

Exposés à toutes les intempéries, nos soldats doivent, au prix d'efforts surhumains, reprendre continuellement un travail qui ne s'achève jamais. Les relèves et le ravitaillement s'opèrent avec les plus grandes difficultés. Accablés par les obus qui pleuvent, aveuglés par la flamme de nos pièces d'artillerie, ils doivent parcourir rapidement les pistes gluantes de la forêt de HESSE. En certaines de ces parties, les cuisines roulantes elles-mêmes, doivent y être lancées au galop.

Toutes les tentatives de l'ennemi sont déjouées par contre le 12 Mai, le régiment réussit un coup de main qui nous livre des prisonniers.

 

Stainville Repos

Mais nos forces diminuent. Nos pertes sont élevées, la relève est décidée. Le 344e R. I. arrive dans la nuit du 1er au 2 Juillet. Le 3e Zouaves descend des lignes et se rend par autos à STAINVILLE-MENIL-SUR-SAULX, où les circonstances ne lui permettront qu'un repos de courte durée.

Les allemands, en effet, réalisent depuis quelques jours sur la rive droite de la Meuse et dans la direction de VERDUN, une progression inquiétante. THIAUMONT, FLEURY sont tombés. L'ennemi approche de SOUVILLE et menace de forcer les derniers retranchements de la citadelle.

 

Juillet 1916

Le 12 Juillet, dans la matinée, le régiment se voit enlevé en autos et transporté à VERDUN où il cantonne.

Le 13 et le 14 sont employés aux préparatifs d'attaque et aux reconnaissances.

Celles-ci ne font que confirmer la situation précaire de notre ligne de défense. Entre SOUVILLE et la COTE DE FROIDETERRE, la position n'est plus gardée que par des groupes peu nombreux de fantassins blottis dans des trous d'obus. LA CHAPELLE-SAINTE-FINE et la POUDRIÈRE DE FLEURY sont aux mains de l'ennemi mais, du côté français, on l'ignore encore, tant l'incertitude est grande au sujet de l'étendue de l'avance allemande. Il semble que la forteresse soit à la merci du moindre effort.

C'est dans ces tragiques circonstances que la 37e Division monte en ligne le 14 Juillet au soir.

Le 3e Zouaves se dispose à sa place de bataille au Sud de FLEURY, entre le PETIT Bois et 1'ABRIS DES QUATRE CHEMINÉES; le 1er Bataillon au pied de la CROUPE DE FLEURY, le 5e Bataillon à sa gauche, en travers du RAVIN DES VIGNES, le 11e Bataillon en soutien, derrière le centre du dispositif.

Il a comme objectif la crête et le VILLAGE DE FLEURY,

Le 15, à 7 heures 55, le régiment se porte à l'attaque, sur un terrain découvert, dominé de tous côtés par des crêtes d'où l'ennemi, invisible, concentre sur nos vagues d'assaut, le tir de ses mitrailleuses.

 

Mort du Commandant Torlotting

Sous les rafales meurtrières, l'avance est pénible et bientôt elle est complètement enrayée. Le Commandant TORLOTTING blessé mortellement d'une balle au ventre, reste étendu jusqu'au soir sur le terrain sans qu'on puisse lui porter secours.

Le Capitaine Louis, jeune et énergique officier, qui était parti à l'attaque avec un fusil à la main, gisait à ses côtés.

Tué aussi, le Capitaine BOUQUET, engagé comme simple zouave, à 53 ans, en même temps que ses deux fils entre lesquels une balle allemande vint le frapper.

Tous les officiers du 1er Bataillon et plus de la moitié des hommes sont hors de combat. Le Bataillon de gauche (5e) n’est guère moins éprouvé. La situation de ces éléments accrochés au terrain est très critique, car un violent barrage d'artillerie et de mitrailleuses interdit toute communication avec eux.

Le Bataillon de réserve (11e), qui veut intervenir, se voit, à son tour, bloquer par l'intensité du feu de l'adversaire. Les survivants sont contraints de rester immobiles, le reste de la journée dans des trous d'obus qui n'offrent qu'un abri insuffisant contre le tir fichant de l'adversaire.

Enfin la nuit rend quelque liberté à nos mouvements; vite, on approfondit les trous existants, on les relie entre eux on organise ainsi sur la position conquise chèrement, des éléments de tranchées.

Le 2e Zouaves, venu dans la nuit pour continuer l'attaque, déclanche sans succès son mouvement. Les deux bataillons du 3e, les plus éprouvés, sont relevés au cours des deux nuits suivantes, tandis que le 11e est maintenu en ligne.

Il exécute, lui-même, le 18 une nouvelle attaque. Cette tentative héroïque, vouée d'avance à l'insuccès, donne la mesure de ce qu'était l'esprit de sacrifice du régiment.

Au moment de l'assaut, le Lieutenant PROFFIT, commandant une compagnie se dresse sur le parapet, s'avance d'une cinquantaine de mètres, se retourne, salue ses hommes et s'écrie :  En avant… Ce mépris absolu de la mort, cette bravoure réfléchie, déchaînent l'enthousiasme des zouaves.

Surmontant son extrême fatigue. bravant les rafales de mitrailleuses, la troupe s'élance sur les traces de ce vaillant officier.

Tant d'héroïsme ne fut pas prodigué en vain. Par sa vigoureuse intervention, la 37e Division avait conjuré le danger qui menaçait la place.

Epuisée, elle laissait à d'autres troupes le soin de continuer la progression commencée. Dés lors, l'ennemi ne cessa de reculer. Le mois de Juillet 1916 marqua, dans la Bataille de VERDUN, la fin de la période défensive et le début de l'offensive.

 

Lorraine

Après quatre jours passés au CAMP DE NIXEVILLE, les éléments du 3e Zouaves, retirés du secteur, sont transportés à SAPIGNICOURT et à PERTHES. C'est là, que le 24, le 11e Bataillon resté en ligne vient rejoindre le régiment. Celui-ci est dirigé le 13 Août sur CHAMPIGNEULLE, d'où à peine descendu du train, il se porte sur PONT-A-MOUSSON, où il doit tenir nos lignes du 17 Août au 27 Septembre.

Pendant cette courte période, aucun fait saillant. Le secteur est très calme. Toute l'activité se borne à des patrouilles; au cours de l'une d'elles, un petit poste ennemi est enlevé.

Le beau temps favorise l'exécution de travaux importants qui s'exécutent sans être troublés par l'ennemi, tandis que des hauteurs du XON, où nos sentinelles font bonne garde, on peut apercevoir, toute proche dans la nuit sereine, la lueur de METZ qu'un instant après la visite de nos avions plonge dans l'obscurité.

Relevé par le 170e R. I., le régiment est dirigé sur FAINS (par BAR-LE-DUC), où il demeure jusqu'au 1er Novembre. Le régiment reçoit un nouveau Chef de Bataillon, le Commandant DE METZ, affecté au 5e Bataillon, en remplacement du Commandant DE MIQUEL, passé à l'Etat-Major. Déjà, quelques semaines auparavant le Commandant d'Auzac de la Martinie avait pris le commandement du 1er Bataillon.

 

 

Verdun

Novembre 1916

De nouveau, la Division est appelée à VERDUN. Elle doit y occuper un secteur au Nord-Est de la ville. La 73e Brigade monte en ligne la première. Elle sera relevée dans quelques jours par la 74e Brigade, placée en réserve à la citadelle.

Nuit et jour, le canon tonne sans arrêt. Des reconnaissances sont envoyées les 7, 8 et 9 Novembre. Elles reviennent harassées, racontant les visions dont elles ont été témoins.

DOUAUMONT, que l'ennemi avait conquis au prix de pertes inouïes, lui a été de nouveau arraché après de durs combats, et c'est le terrain bouleversé de la lutte que nous devons occuper. Maintenant, sur les glacis du fort que les Français tiennent pour toujours, l’artillerie ennemie déverse sans compter, des projectiles de tous calibres. Les bois n'existent plus ; le terrain argileux, fouillé par la mitraille, sans cesse retourné par de formidables explosions, s'est transformé sous l'action de la pluie et de la neige en une mer de boue gluante. Malheur à qui s'écarte des pistes où l'on enfonce déjà jusqu'à mi-jambe; il court grand risque de s’enliser et de périr s'il n'a le bonheur d'être retiré par plusieurs camarades.

C'est dans de pareilles conditions que le 3e Zouaves tient ce secteur, du 12 au 24 Novembre les bataillons occupant successivement par périodes de 4 jours, soit les premières lignes, soit les environs de 2600, soit enfin les QUATRE CHEMINEES.

La tâche est particulièrement dure sur les glacis du fort où les zouaves, blottis dans les trous, plongés jusqu'au ventre dans une eau boueuse, observent sans broncher la consigne donnée : tenir

Et ils tiennent sous le marmitage incessant, sous la neige et malgré la faim, car le ravitaillement est presque illusoire; c'est ainsi que le 13 Novembre, il n'arrive à un bataillon qu'un seul bidon de vin pour tout son effectif.

Aux agents de liaison est dévolue une tâche ingrate et difficile. Dans la nuit noire, pour remplir leur mission, ils risquent de s'enliser ou de se perdre. Porteur d'un ordre important, le zouave BONFILS s'égare dans les ruines du village de DOUAUMONT où nos postes sont enchevêtrés avec ceux de l'ennemi. Entouré et saisi par les allemands, il feint de se résigner à son sort et détruit le pli qu'il porte mais il n'est pas homme à rester prisonnier. Il s'oriente et s’élance vers les nôtres. Les adversaires dépités, tirent sur lui et l'atteignent à la jambe, mais, surmontant ses souffrances, BONFILS continue sa course et rentre dans nos lignes.

En deuxième ligne, en réserve, la situation est aussi pénible : l'allemand était encore là il y a quelques jours ; il connaît tous les coins où il est possible de s'abriter et son tir précis en est la preuve; mais l'entrain du 3e Zouaves résiste à tout.

Un 210 vient tomber sur l'entrée d'un abri qui, tout entier roule et tangue ; le tonnerre de l'explosion se produit, éteignant la lumière et emplissant la caverne de fumée. Mais dans le silence qui suit, un cri puissant s'élève gouailleur « Fermez les contrevents, N... de D... » et le rire qui éclate, prolongé, aide à attendre avec plus de confiance, les obus qui suivent.

 

Décembre 1916

Le 24 Novembre, le régiment redescend les rangs bien éclaircis, dans la région de Perthes; le Commandant d'AUZAC, Commandant le 1er Bataillon est grièvement blessé pendant la relève.

 

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course, enlève la tranchée des DEUX PONTS, atteint et dépasse le VILLACE DE BEZONVAUX, déjà occupé la veille par une compagnie de chasseurs de la Division voisine, mais qui, bloqués étroitement dans leur conquête, poussent des cris de joie en voyant arriver leurs sauveurs. Le Sous-lieutenant GOUJON tombe mortellement atteint.

C'est le sergent JACOB qui prend le commandement; il ne lui reste plus qu'une soixantaine d'hommes. Qu'importe? il atteindra son objectif coûte que coûte.

Donnant l'exemple, il gravit la côte suivi de son groupe héroïque et forçant à fuir les servants d'une mitrailleuse ennemie, il pénètre dans la TRANCHEE BOCHEMAR.

Celle-ci que l'artillerie française continue à arroser de projectiles est aussitôt prise à partie par les pièces allemandes. Ce double tir rend la position intenable. Le sergent JACOB rend compte de la situation en quelques mots lapidaires « Nous sommes une soixantaine de zouaves écrasés par les obus français et allemands, écrit-il à son Chef de Bataillon, mais nous ne voulons pas nous en aller. Envoyez du secours et faites taire les canons français. »

De la corne Nord du Bois HASSOULE, la petite troupe a été aperçue et les renforts sont déjà en route. Bientôt sur une largeur de 600 mètres, la position est occupée en forces et, sur la gauche, le 3e Tirailleurs arrêté par la tranchée WEIMAR, désormais débordée, atteint à son tour le BOIS DES CAURIERES, parachevant dans sa zone d'action la belle victoire du régiment.

Ce succès valut au 3e Zouaves une citation à l'Ordre de la IIe Armée, ainsi libellée:

Sous les ordres du Lieutenant-colonel PHILIPPE, s'est élancé avec enthousiasme à l'assaut des tranchées allemande en partant d'un terrain extraordinairement difficile, sous un bombardement violent et sous le feu des. mitrailleuses.

A emporté d'un seul élan la première position, et, grâce à une manoeuvre habile, après 24 heures de combats incessants, a atteint son objectif final, 3 kilomètres du point de départ. S'est emparé de 10 pièces d'artillerie, de 9 pièces de mitrailleuses prises de haute lutte, de dépôts de munitions considérables, faisant en outre plusieurs centaines de prisonniers ».

 

Le régiment avait largement acquis durant l'année 1916, le droit d'inscrire le nom de VERDUN sur les plis de son glorieux drapeau.

Trois mille trois cents hommes hors de combat, tel était alors le chiffre éloquent des pertes subies par lui, sous les murs de l'immortelle citadelle.

Le 3e Zouaves allait encore au cours de l'année suivante, combattre à nouveau, par deux fois, sur ce champ de bataille, si largement arrosé de son sang.

Après une relève commencée le 18 Décembre, le 3e Zouaves gagne par autos la région de VASSY, qu'il quitte au commencement de Janvier, pour le CAMP DE MAILLY et cantonne à BREBANT et CORBEIL.

Le 9 Janvier, une Compagnie d'Honneur représentant le régiment se rend à TANNOIS, où le Général en Chef NIVELLE épingle à la Croix de Guerre du Drapeau, la 3e palme. Le 16, le Lieutenant-colonel PHILIPPE remet à ses zouaves la fourragère. Quelques jours après, c'est le Général de Division GARNIER-DUPLESSIS qui, après une revue, vient dire au régiment tout son contentement.

Reims La Neuville

1917

Le 28 Janvier 1917, le régiment quitte le CAMP DE MAILLY pour gagner REIMS, où il arrive le 15 Février. Ces étapes sont rendues pénibles et par un froid rigoureux de quinze à vingt degrés, et par le mauvais état des cantonnements.

Du 15 Février au 14 Mars, on confie à nos troupes la garde du secteur de BETHENY-LE-LINGUET. Pendant cette période, toutes les tentatives ennemies pour forcer nos lignes sont déjouées. Une fois de plus, le 3e Zouaves montra qu'il ne se laissait ni entamer, ni surprendre.

Le 5 Mars, un de leurs strosstrupp avant fait irruption à la faveur d'un intense bombardement dans le secteur de la 43e Compagnie, un groupe ennemi se présente en arrière de nos sentinelles doubles, se saisit de deux zouaves avant qu'ils aient pu donner l'alarme, les désarme et se fait conduire auprès de nos mitrailleuses pour s'en emparer. Les zouaves font semblant de les guider, puis en arrivant près de nos tranchées, ils se dégagent dans un corps à corps, où ils déploient une grande bravoure, et, aussi héroïques que jadis le chevalier d'ASSAS, renouvellent l'exploit du zouave inconnu du pont de DRIE GRATCHEN, ils crient aussi à nos mitrailleurs :  Tirez, ce sont les boches !.

Plus heureux que le héros dont s'honore le 1er Zouaves, les zouaves DEMOLIS et RUELLAND, réussissent à gagner nos lignes sans être atteints et sont récompensés aussitôt par le Général de Division.

 

 

Préparation de l'Attaque du 16 Avril

 

Après une courte détente dans la région d'HERMONVILLE, le régiment occupe les bords du canal de l'AISNE, vers LA NEUVILLE. Là encore, nous avons à endurer bien des souffrances physiques ; la neige, la pluie tombent chaque jour. Détrempées par l'eau, bouleversées par les obus, les pistes sont presque impraticables et les tranchées sont transformées en ruisseaux de boue.

C'est dans de telles conditions matérielles que nos zouaves vont, non seulement faire face aux allemands, mais encore préparer la grande offensive qui est imminente.

Nos travaux d'approche inquiètent l'ennemi qui, pour recueillir des renseignements est prêt à tous les sacrifices.

Le 4 Avril, après une sérieuse préparation d'artillerie, le front français est rompu sur les deux flancs du régiment ; les allemands s'infiltrant par ces brèches, arrivent dans le dos de nos compagnies de première ligne et le combat s'engage dans un violent corps à corps. La 41e entourée de toutes parts, résiste victorieusement pendant quatre heures. Le sergent mitrailleur BONNARD, l'adjudant JACOB, le héros de BEZONVAUX, se font remarquer par leur ardeur dans la lutte.

Le poste de commandement du Chef de Bataillon complètement isolé est défendu avec acharnement par la section de l'adjudant CANIVEZ : un fléchissement et elle est rejetée dans le canal. Les allemands sont à quinze mètres et couvrent le poste de grenades. Derrière ses hommes qui combattent et cramponnés au talus, tirent sur l'ennemi à bout portant, l'adjudant se promène et d'une voix qui domine le fracas crie : « Un carton, Messieurs ! 10 centimes le carton »

Grâce à l'esprit de décision du Lieutenant-colonel PHILIPPE et au dévouement de tous, une contre-attaque reprend le terrain occupé et délivre les défenseurs des flots de résistance qui n'avaient pas voulu se laisser submerger : l'ennemi regagne son point de départ.

 

 

16 Avril 1917

Nous sommes à la veille de cette attaque que tant de lèvres plus ou moins discrètes annoncent depuis bien des semaines.

La progression du régiment doit s'effectuer suivant la direction générale LA NEUVILLE, Bois EN DENTELLE, BERTRICOURT.

La nuit du 15 au 16 qui précède l'attaque est froide et pluvieuse; blottis contre les talus humides et gluante, les pieds enfoncés dans la boue, les combattants attendent l'heure du départ.

A 6 heures, les Zouaves franchissent le parapet. La sortie est superbe; on se croirait à la manoeuvre. Mais bêlas, cette vision est courte. De tous les points des lignes allemandes, des mitrailleuses crépitent et nos hommes tombent. Malgré tout, on progresse, tantôt courant, tantôt se couchant pour attendre l'accalmie ; péniblement on gagne du terrain.

Les pertes sont cruelles; presque tous les officiers sont tombés. Les quelques éléments qui ont pu approcher de la ligne ennemie sont arrêtés par un puissant réseau, encore intact, défendu par des adversaires au coude à coude, protégés par un tir de barrage ininterrompu d'artillerie et de mitrailleuses.

Devant cette barrière redoutable, le plus courageux est impuissant. Tout contre le réseau allemand, nos groupes clairsemés s'arrêtent, et, des trous d'obus où ils sont contraints de chercher un refuge, ils combattent jusqu'à la dernière cartouche, jusqu’à la dernière grenade. Tout ravitaillement est impossible quiconque lève la tête est mort.

Nos soldats sont fusillés presque à bout portant par des ennemis qui tirent sans danger.

Qui pourrait décrire les transes éprouvées pendant des heures interminables par ces hommes condamnés à subir sans pouvoir y répondre, un feu meurtrier, et qui attendent, la baïonnette en main, l'irruption d'un ennemi qui peut à tout instant les aborder.

A 11 heures, après une courte préparation de notre artillerie, dont les obus soumettent nos éléments avancés à une nouvelle épreuve, une deuxième attaque est tentée par nos fractions de réserve mais cette attaque est paralysée à son départ et désormais, sans espoir d'être secourus, les zouaves restés entre les lignes attendent que la nuit leur donne une chance d'échapper à la captivité ou à la mort. Le soir, à la faveur de l'obscurité, les rares survivants rampent vers notre parallèle de départ. Leur rentrée provoque plus d'une inévitable méprise.

Cependant les secours s'organisent et de courageux brancardiers se mettent à la recherche des blessés qui n'ont pu se tramer jusqu'à nous.

Les journées du 17 et du 18 se passent sans que soit tentée une attaque, qu'on sent vouée à l'insuccès.

Pendant la nuit du 18 au 19, Un corps russe relève le régiment qui se replace en réserve, non loin de la première ligne à l'Ouest du CANAL DE L'AISNE A LA MARNE.

Le même jour, le régiment doit appuyer les Russes qui attaquent le MONT SPIN. Après avoir fait une sortie magnifique et réalisé quelques progrès, les Russes sont assaillis de tous côtés par des feux d'infanterie et de mitrailleuses. Tous leurs officiers tombent ; la troupe est affreusement meurtrie. Traqués de toutes parts, ses débris se replient en désordre sur la tranchée de départ, mettant en danger nos propres positions.

Le 3e Zouaves se reporte aussitôt en ligne, à travers un terrain dépourvu ou à peu prés, de tout boyau de

communication et continuellement battu par des tirs de barrages et des feux de mitrailleuses.

Enfin, pendant la nuit du 20 au 21, le régiment épuisé est relevé définitivement.

Cette attaque qui laisse un souvenir pénible à tous ceux qui l'ont vécu, avait coûté près de 100 tués identifiés, 200 disparus et 400 blessés, dont le Commandant BEFF, commandant le 1er Bataillon.

Le 23 Avril, le régiment cantonne à FLEURY-LA-RIVIERE. C'est là que le Commandant MONDIELLI en prend définitivement le commandement en remplacement du Lieutenant-colonel PHILIPPE, qui, terrassé par la maladie, se voit contraint de quitter le commandement de son cher régiment.

 

La Lorraine

 

Bauzemont

 

Très affaibli par les opérations de LA NEUVILLE, le régiment vient prendre en LORRAINE un repos nécessaire.

Du 1er Mai au 10 Août, les zouaves sont tour à tour les hôtes choyés des cantonnements de repos des régions de TOUL, de LUNEVILLE et les gardiens vigilants du secteur de BAUZEMONT.

Cet arrêt relatif dans l'action est une saine convalescence morale et physique pour tous. Le printemps bat son plein; la campagne n'est que fleurs et verdure et forme un violent contraste avec les terrains désolés et bouleversés que l'on vient de quitter où la mort régnait en maîtresse. Des distractions sont offertes aux zouaves.

Déjà à TRACY-LE-VAL et à ROBERT-ESPAGNE, des artistes du régiment, avaient constitué un embryon de théâtre pour offrir à leurs camarades des soirées récréatives. L'institution prend corps et devient un service important du régiment qui contribue à entretenir la bonne santé morale.

Grâce aux efforts, à l'initiative intelligente et à la persévérance dans l'accomplissement de l'oeuvre entreprise des zouaves BERTRAND et BONFILS, la troupe théâtrale prospéra au régiment, digne émule de celle que leurs anciens avaient créée en CRIMEE. Elle atteignit son apogée après l'armistice et au cours de la période d'occupation, sous la direction musicale du zouave FAURE ; elle groupa plus de quinze excellents artistes.

Le 10 Août 1917, le 3e Zouaves est appelé en CHAMPAGNE ; Il y est cantonné à LHERY (MARNE). Se tenir prêt à toute éventualité, telle est la consigne. Mais l'attaque que prévoyait le commandement ne se produit pas; le régiment redevient donc disponible. Il est dirigé le 6 Septembre sur ROBERT-ESPAGNE, près de BAR-LE-DUC, puis quelques jours après sur le Bois DE NIXEVILLE (VERDUN).

 

Revue du Roi d'Italie

 

Entre temps, au mois de Septembre 1917, il avait reçu la visite de son plus illustre caporal, Sa Majesté le Roi d'Italie, qui, à quelques kilomètres de VERDUN, à SOUILLY, passa le régiment en revue et tint à honorer son Drapeau d'une deuxième Médaille de la Valeur Italienne.

 

Verdun

 

Vaux - Bezonvaux

Du 13 Octobre au 5 Novembre 1917, le 3e Zouaves reçoit la rude mission de tenir le secteur de BEZONVAUX-VAUX, terrain qu'il avait conquis en Décembre 1916 et où la lutte n'avait cessé d'être vive.

Les belles citations à l'ordre du jour, dont ses bataillons font l'objet, les félicitations de son Chef de Corps, le Lieutenant-Colonel MONDIELLI, témoignent de la façon dont le 3e Zouaves s'acquitta de sa pénible mais glorieuse mission.

Le Général Commandant la 37e Division, cite à l'Ordre de la Division :

Le 5e Bataillon du3e Régiment de marche de Zouaves

 

Sous le commandement du Chef d'escadrons CHAIGNEAU, chargé d'assurer la garde d'un secteur de combat très agité. a rempli sa mission avec une vigilance, une endurance et une solidité au-dessus de tout éloge, malgré les difficultés du terrain et les intempéries. A trois reprises, a repoussé des coups de mains ennemis, précédés de violents bombardements, et a fait payer cher à l'adversaire ses vaines tentatives.

Signé:GARNIER-DUPLESSIX.

 

Le Colonel TAHON, Commandant la 74e Brigade, cite à l'Ordre de la Brigade

Le 1er Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves

« Sous le commandement du Chef de bataillon CHALIGNE, a assuré la garde d'un secteur très agité, avec un esprit de sacrifice et une endurance au-dessus de tout éloge. Par son calme et sa vigilance inlassables, a su tenir l'ennemi en respect et déjouer toute tentative d'attaque ».

Signé: TAHON.

 

Le Lieutenant-Colonel MONDIELLI, Commandant le Régiment, cite à l'Ordre du Régiment:

 

« La19e Compagnie du 3e Régiment de marche de Zouaves »

Superbe et solide unité qui, sous le commandement énergique du capitaine DEFRAUX, a pendant plusieurs jours, monté une garde vigilante au point le plus sensible d'un secteur de combat, bravant les intempéries et le bombardement ininterrompu de l'ennemi. A trois reprises différentes, a rejeté dans leurs lignes des groupes ennemis qui tentaient un coup de main en faisant chaque fois subir à l'adversaire des pertes sensibles »

Signé: MONDIELLI.

Note du Lieutenant-Colonel MONDIELLI, Commandant le 3e Zouaves:

Au moment ou le régiment rentre pour quelques jours dans la zone de ses cantonnements, le colonel est heureux d'adresser aux officiers, sous-offi       ciers, caporaux et zouaves du régiment, ses vives félicitations pour la bonne volonté, l'entrain et l'endurance dont ils ont fait preuve au cours de la rude période passée en secteur.

 Les jeunes ont tenu à rivaliser avec les anciens expérimentés sur le théâtre glorieux de nos exploits de décembre 1916.

Le 3e Zouaves a montré qu'il savait faire bonne garde et qu'il ne se laissait pas entamer.

 

La Cote 344

 

Le 6 Novembre, le régiment réintègre les cantonnements de ROBERT-ESPAGNE; il y arrive très affaibli avec un effectif considérablement réduit.

Cependant, Sa tache n'est point terminée; le commandement lui demande un nouvel effort. Les allemands serrent de trop prés la COTE 344 qu'ils menacent de reprendre; il faut les rejeter et détruire les abris vastes et nombreux qu'ils possèdent dans le ravin d'AIGLEMONT et dans lesquels peuvent être abrités des bataillons entiers.

C'est à l'accomplissement de cette double mission que la division est destinée, Quelques jours de repos et on se remet au travail ; chaque bataillon répète soigneusement sur un terrain approprié la future attaque.

Dans la nuit du 23 au 24, le régiment se déploie sur ses emplacements de départ de la FERME MORMONT. Il occupe la partie droite du secteur d'attaque dont il est le pivot; à sa gauche sont disposés le 2e Zouaves, puis le 2e Tirailleurs.

Faute de tranchée habitable, les hommes sont disséminés sur le terrain dans les trous d'obus; ils sont là, par deux, par trois, la tête abritée par la mince toile de tente humide et maculée de terre. De violentes et fréquentes rafales d'artillerie éventrent ce sol déjà Si souvent retourné; la boue jaillit recouvrant hommes et matériel et rendant les armes presque inutilisables.

Le 25 au matin, toute notre artillerie est en branle; les obus tombent dru sur les lignes ennemies; l'allemand riposte.

A 12 heures 20, l'attaque s'élance. De chaque trou d'obus, des tas de boue à forme humaine se dressent; les zouaves résolument se portent en avant. A la main, ceux dont les fusils ont été détruits, tiennent leur baïonnette ou leur couteau de tranchée. En un clin d'oeil, la première tranchée de ennemi est atteinte; ses mitrailleuses sont retournées contre lui; les prisonniers affluent vers nos lignes.

On souffle quelques secondes, et l'on se porte à l'assaut des abris. Bien que surpris au fond de leurs tanières, les allemands ont eu le temps d'en garnir chaque entrée d'une mitrailleuse. La lutte s'engage, acharnée, dans un violent corps à corps. Le Caporal VIVES, saisi à bras le corps par un allemand fait percuter sur le casque de son adversaire la grenade qu'il tenait à la main et la lance au milieu d'un groupe d'ennemis qui venait à la rescousse, jetant parmi eux le désarroi et les obligeant à lever les mains.

Chaque caverne constitue un îlot de résistance vers qui convergent tous les efforts. Les grenades explosives et incendiaires pleuvent sur les allemands qui sont déconcertés par tant d'intrépidité et d'audace; un à un, les abris tombent entre nos mains et sautent.

Vers 15 heures, l'opération est terminée. 300 prisonniers, 24 mitrailleuses, 14 lance-bombes ont passés dans nos lignes et représentent le glorieux butin de ces trois heures de combat.

Dés le 25 au soir, commence l'organisation de la position conquise : l'artillerie ennemie réagit activement. Il pleut, il neige, on retourne, on pétrit, on gratte dans ce mortier avec les mains. Les outils manquent d'ailleurs ! qu'en ferait-on ?

Chaque jour s'aggravent les conditions matérielles d'existence; les hommes sont épuisés par tant de fatigues. Les gelures apparaissent et le nombre de leurs victimes croit rapidement. Malgré tout, on tient l'allemand en respect et la position conquise nous reste définitivement.

Le régiment est relevé le 5 Décembre; pour la septième fois, il dit au revoir à la glorieuse cité, après avoir payé ce nouveau succès de 80 tués et 400 blessés ou évacués.

Le commandement rend hommage à tant de sacrifices, d'énergie inlassable et de dévouement par les citations suivantes:

 

Le Général Commandant la IIe Armée, cite à l'Ordre de l'Armée

Le 11e Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves

« Bataillon plein d'élan qui. le 25 novembre 1917, sous le commandement du Commandant DODY, dans une course rapide mais réfléchie, s'est rué à l'attaque des positions ennemies du Ravin d'Anglemont. Dépassant du premier bond la tranchée ennemie, a abordé avec une fougue qui a stupéfié son adversaire les abris profonds dans lesquels il s'était réfugié. Après un brillant corps à corps, a paralysé la résistance de l’ennemi, fait près de 300 prisonniers dont 8 officiers, capturé 14 lance-bombes et 24 mitrailleuses et détruit les organisations souterraines de l'ennemi ».

Signé: HIRSCHAUER

 

Le Général Commandant la 37e Division, cite à l'Ordre de la Division

le 1er Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves

« Bataillon admirable par son esprit de devoir et de sacrifice. A Soutenu le 25 novembre 1917, l'attaque du bataillon d'assaut après avoir supporté le bombardement le plus intense avec son mépris habituel du danger et son endurance. A contribué avec une ardeur inlassable à l'aménagement de la position conquise sur laquelle il a succédé au bataillon d'attaque ».

Signé: GARNIER-DU;PLESSIX

 

Letricourt

Relevé de VERDUN, le régiment est acheminé à nouveau sur la LORRAINE. Ce trajet comporte deux arrêts successifs: l'un à COLOMBE-LA FOSSE (AUBE), l'autre ATTIGNY (VOSCES) cependant. des renforts arrivent et le corps va se reconstituer.

Le 10 Février 1918, le 3e Zouaves prend à sa charge le secteur de JAN-DELAINCOURT.

Dans Ces lieux jadis si calmes, règne une grande activité; l'ennemi semble très avide de renseignements.

Un de ses coups de main (nuit du 8 au 9 Mars) est particulièrement vif. Néanmoins, en dépit de la minutieuse préparation de sa tentative, il est refoulé dans ses lignes sans avoir pu aborder les nôtres et laisse sur le terrain un important matériel.

Le 10 Avril, quittant la LORRAINE, le régiment est dirigé sur les champs de bataille de PICARDIE, où, depuis le 21 Mars, s'est déchaînée la nuée allemande. L'heure est décisive; la nation entière n'a d'espoir que dans ses soldats. Les zouaves vont au combat avec une résolution que rien ne brisera.

 

La Somme La Picardie

Hangard Cachy

Le 26 Avril, le 3e Zouaves s'établit aux lisières Ouest de BOVES, en soutien de la Division Marocaine qui opère dans la région de HANGAD). Le 27, il pousse plus avant et s'échelonne en profondeur du RAVIN DE DOMART et au BOIS DE GENTELLE.

Le terrain est vierge de tous travaux les troupes creusent le sol et s'abritent dans des trous individuels. De part et d'autre, l'artillerie est très active: sans répit, l'allemand arrose nos positions avec des obus toxiques (hypêrite, arsine), les pertes sont sensibles.

Pourtant l'avance allemande semble dés maintenant paralysée : « Le flot ennemi est endigué et achève de mourir sur la grève », écrit le Maréchal Foch.

Le 1er Mai, le régiment relevant la Division Marocaine occupe les avant-postes devant CACHY, à hauteur de VILLERS-BRETONNEUX. Obliger l'ennemi à rester coi sur place, créer une première ligne sous le feu, ouvrir des boyaux communiquant avec l'arrière, établir des doublures et des lignes de soutien, telle est l'oeuvre pénible et périlleuse qui incombe au régiment; il s'y adonne avec l'énergie et l'endurance qui lui sont coutumières. En quelques semaines, malgré son artillerie et ses gaz, l’allemand voit surgir devant lui un secteur couvert de défenses solides qu'il n'ose pas attaquer.

Le séjour se prolonge: le 3e Zouaves veille et renforce ses positions devant CACHY et le BOIS D'HANGARD.

L'ennemi ne semble plus du tout disposé à l'offensive. L'initiative des opérations est passée chez les nôtres. De nombreuses patrouilles sont poussées dans les lignes allemandes; des coups de main ramènent des prisonniers. Le 17 Juillet, par une attaque brusquée menée par la 18e et la 19e Compagnies, deux tranchées ennemies sont prises. Nos positions sont de la sorte sensiblement améliorées.

Le 1er Août, le régiment quitte le secteur et vient cantonner à SAINT-SAUFLIEUX.

 

Attaque de Moreuil et Bataille du Santerre

8, 9, 10 Août 1918

Tous comptaient jouir là d'un repos mérité par trois mois de travaux et de combats, quand le 5 Août, à l'issue d'une manoeuvre, le Chef de Corps annonce qu'un pareil exercice pourrait bien être exécuté bientôt sur le champ de bataille. Les prévisions du Colonel ne tardent pas à se réaliser; le lendemain, le 3e Zouaves se met en route vers minuit et s'installe sur la rive gauche de LA LUCE, pour l'assaut du lendemain.

L'extrême discrétion qui a présidé à la préparation de cette offensive, la rapidité surprenante avec laquelle un matériel formidable a été concentré, l'ampleur du front d'attaque font que la confiance dans le succès s'impose à tous.

Le régiment en liaison à gauche avec le 2e Tirailleurs, à droite avec le 28e Bataillon de Chasseurs, doit progresser en direction générale: MOREUIL-LE PLESSIER.

Le 1er Bataillon (Capitaine ROUIRE) attaquera le premier, soutenu successivement par le 5e (Commandant GRAPINET) et le 11e (Commandant DODY).

La première partie de la nuit du 7 au 8 Août se passe normalement.

Soudain, vers 4 heures 20, le ciel s'embrase derrière nos positions. Une artillerie d'une puissance inouïe hurle; les lignes allemandes sont soumises à un pilonnage sans précédent ; l'enthousiasme grandit chez les nôtres.

5 heures 5, C'est l'assaut. Protégés par un épais brouillard, rendu plus opaque par l'effet de nos obus fumigènes, les premières vagues arrivent sur l'ennemi sans être vues. Les allemands se rendent en masses. La progression continue rapide. Les chefs ont peine à retenir leurs hommes.

L'intensité du tir de notre artillerie, l'élan foudroyant de nos troupes, l'orientation même de notre attaque qui atteint les réserves allemandes, sans entamer leurs troupes de couverture, grâce à une habile et rapide manoeuvre exécutée à l'Est de MOREUIL, jettent le plus grand désarroi chez l'ennemi. Des sections entières capturées, devant le café encore chaud, qu'elles n'ont pas eu le temps de prendre, un Colonel et son Etat-Major saisis au saut du lit, montrent bien l'extrême confusion qui règne chez l'ennemi.

Les fortes positions de MOREUIL et de LE PLESSIER, tombent successivement entre nos mains enlevées, la première par le 1er Bataillon et la deuxième par le Bataillon GRAPINET (5e), tandis que le 11e (Comandant DODY), a contourné MOREUIL à l'Est et conquis le Bois DE GENONVILLE, hérissé de mitrailleuses, au prix de pertes sérieuses.

Le 8 au soir, nos lignes sont portées à 8 kilomètres du point de départ; la position d'artillerie est entièrement conquise. De nombreux prisonniers et un important matériel témoignent de notre éclatant succès.

Le 9, l'attaque reprend dans la direction de Roye, se développe et déborde en rase campagne. C'est un spectacle inaccoutumé pour l'homme habitué à la guerre de tranchée de voir l'artillerie évoluer en terrain libre et venir se mettre en batterie derrière l'infanterie. Le 5e Bataillon continue la marche vers le BOIS LECOMTE : l'allemand s'accroche à tous les points d'appui et cherche à arrêter notre avance qui dans la journée du 9 en est un peu ralentie. Mais l'enthousiasme des zouaves, exaltés par la victoire, a raison des mitrailleuses adverses et le régiment n'en continue pas moins sa course vers ses objectifs.

Le 10, le 11e Bataillon prend la tête, s'empare de SAULCHOY et arrive à peu de distance des anciennes tranchées françaises du mois de Mars. Un arrêt de plusieurs heures était prévu pour permettre à l'artillerie de frayer la voie à nos troupes à travers ces ouvrages qu'on pensait devoir être tenus solidement.

Cependant, l'ennemi paraît désemparé; des hauteurs de SAULCHOY, on aperçoit dans la plaine, au Sud des colonnes qui tentent de s'échapper de la poche de MONTDIDIER et battent en retraite vers l'Est.

Le Commandant DODY demande à poursuivre sans délai et certain d'être approuvé, met ses unités en route. L'artillerie française tire. Qu'importe ! On la préviendra et nos avions se chargeront de lui faire savoir que les zouaves avancent quand même.

L'acte d'initiative du Commandant de l'avant-garde est approuvé et le 3e Zouaves, devançant de 2 heures le moment convenu, continue, sans arrêt, sa progression victorieuse.

L'ardeur de tous est extrême; au milieu des zouaves enthousiasmes, passent au galop de leurs chevaux, le Colonel de SAINT-MAURICE, Commandant l'ID. 37, et le Lieutenant-Colonel Commandant le régiment qui mène l'attaque au delà des anciennes tranchées françaises, tandis qu'attardée une pièce d'A. L. G. P. continue à bombarder régulièrement sans heureusement causer de pertes, cette position qui est désormais à nous.

Cette fois, chacun le sent, c'est la Victoire définitive, c'est le recul des allemands qui commence et qui ne s'arrêtera qu'au delà du RHIN.

Sans souci de la fatigue et de la chaleur, le régiment poursuit sa course vers ROYE. A GUERBIGNY, il s'empare du PONT DE L'AVRE et franchit la rivière. Le Bois OCTOGONAL défendu par 3 mitrailleuses est enlevé par la Compagnie ROUIRE. Le village de MARQUIVILLIERS tombe entre nos mains; de nombreux prisonniers s'ajoutent à ceux des jours précédents.

Mais après une avance qui atteint 22 kilomètres à vol d'oiseau, parcourus en combattant, le régiment est à bout de souffle. Relevé le 11 au matin et mis en réserve au Bois D'HARGICOURT, il se consacre au pieux devoir d'ensevelir ses morts et entre temps dénombre ses glorieux trophées.

Pendant ces trois immortelles journées, le régiment avait pris sa revanche des longues années de piétinement et avait vu récompenser sa valeur et son esprit offensif par le plus éclatant triomphe. La fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire lui était désormais acquise, mais son ambition était plus haute.

Avant même qu'on eut le loisir de lui en faire la remise, d'autres exploits allaient bientôt lui mériter des récompenses plus enviées. C'est dans les termes suivants que le Général DEBENEY, Commandant la Ire Armée, cite à l'Ordre de l'Armée le 3e Régiment de Zouaves:

 

« Sous les ordres du Lieutenant-Colonel MONDIELLI, par des manœuvres menées avec autant de fougue que d'habileté, a brisé toutes les résistances de l'ennemi dans les journées des 8, 9 et 10 août 1918, réalisant une progression de 22 kilomètres, enlevant de haute lutte plusieurs batteries dont les servants sont tués sur leurs pièces, n'hésitant pas à sortir de sa zone pour aider la progression des troupes voisines, montrant ainsi les plus belles qualités de camaraderie et d'enthousiasme communicatif. A pris, au cours de ces belles journées 53 canons, dont 8 de 210, 6 minenwerfer, plus de 50 mitrailleuses et près de 1.000 prisonniers parmi lesquels un commandant de régiment avec tout son état~major »

Signé: DEBENEY

 

 

Attaque de Noyon (28 Août)

L'heure des longs repos est passée ; sous nos coups, l'ennemi chancelle et recule. Sans répit, les armées alliées frappent.

Le 19 Août, après un repos sur le champ de bataille où le Général SIMON, Commandant la 37e D.I., passe une revue et remet des décorations, le 3e Zouaves quitte le Bois D'HARGICOURT; le 26, il entre en ligne à CHIRY-OURSCAMP devant NOYON, puis, inopinément, dans la nuit du 27 au 28, arrive l'ordre d'attaque pour le matin du 28.

A 6 heures, après une courte préparation d'artillerie, l'attaque débouche ; les vagues d'assaut progressent dissimulées par les hautes herbes du marais. En moins d'une heure, grâce à une manoeuvre d'encerclement exécutée habilement par le 1er Bataillon (Commandant CHALIGNE), LA DIVETTE est passée et le MONT RENAUD conquis.

L'avance se poursuit alors en direction des lisières Sud-Est de Noyon mais les éléments de tête sont reçus par de violentes rafales de mitrailleuses partant de l'usine à gaz et de PONT-L’EVEQUE. Les zouaves ragent de ne pouvoir se mesurer en face avec cet adversaire qui les guette et les fusille à l'abri des pans de mur ; malgré cette position désavantageuse, l'usine est emportée et PONT-L'EVEQUE est enlevé, mais reçu à la sortie du village par un violent barrage d'artillerie, le régiment ne peut déboucher des lisières Est.

Le 29, à 5 heures 30, la marche en avant amorcée au cours de la nuit, reprend comme la veille en direction des faubourgs Sud-Est de Noyon. La lutte revêt un caractère d'extrême âpreté. Des combats violents et meurtriers se déroulent dans les rues d'ORROIRE et aux abords de LANDRIMONT. Néanmoins ces deux positions tombent, complètement débordées à l'Est par le 3e Zouaves, à l'Ouest par le 2e, les allemands déguerpissent en hâte de NOYON. La ville de Noyon est à nous.

 

Prise du Mont Saint-Siméon

Dès lors, les unités de tête (5e Bataillon), sous le Commandement du Capitaine ROTH, cherchent à déboucher de LANDRIMONT; mais la position dominante de l'adversaire rend vaines toutes ces tentatives.

Le 30, après une préparation d'artillerie un peu plus vive que de coutume, le régiment en liaison à gauche avec le 2e Tirailleurs, à droite avec le 4e Zouaves, attaque la TRANCHEE DE LA MADONE et le piton boisé du MONT SAINT SIMEON. Le 11e Bataillon, commandé par le Capitaine ZABLOT, est en tête. L'élan est superbe malgré la pente abrupte. les mitrailleuses qui font de nombreux vides dans leurs rangs, les zouaves d'une seule haleine s'emparent de la portion Sud de la tranchée et grimpent jusqu'à la crête. Ce magnifique bond a créé une situation délicate : le régiment se trouve en flèche, isolé, dans les positions ennemies. Le manque de liaison est particulièrement inquiétant à gauche où le terrain est accidenté et boisé, tandis que le reste de la tranchée de la MADONE tient encore.

C'est alors que l'adjudant LAFFONT va accomplir un acte d'une audace inouïe et dont les résultats sont décisifs.

LAFFONT suivi de quelques hommes, part sous bois; apercevant un poste de mitrailleurs ennemis, il est sur eux d'un bond. Stupéfaits, les allemands lèvent les bras et se rendent. Entendant du bruit, un Obert-Lieutenant accourt avant qu'il ait pu faire un geste, LAFFONT l'a saisi, lui a braqué son revolver devant les yeux et lui crie: Ordonne à ta compagnie de se rendre ou tu es mort. L'officier allemand tremble de tous ses membres, mais il s'exécute et la compagnie, désarmée est conduite en arrière par deux hommes. Cependant. LAFFONT n'est pas encore satisfait il pousse plus loin, aperçoit un feldwebel mêmes gestes. même sommation, même stupeur chez le sous-officier allemand, même succès dans l'audacieuse entreprise.

En moins d'une demi-heure, 30 mitrailleuses, 120 prisonniers ont été capturés par ce hardi sous-officier et une poignée de zouaves qui l'accompagnent. La gauche ainsi dégagée rend possible la progression du 2e Tirailleurs qui dépasse à son tour la tranchée si habillement conquise.

 

La Poursuite

Renonçant à contenir notre avance, l'allemand, pour la retarder, tend des pièges de toute nature à nos troupes et fait sauter les maisons, les caves, les ouvrages d'art et les carrefours de routes à l'aide de mines et d'engins à retardement. Le 3 Septembre, le poste de commandement du Chef de Corps saute par l'effet d'une mine retardée. Le Colonel échappe par miracle à ce pénible accident qui coûte la mort de son capitaine adjoint (Capitaine PEY).

Le 4, reprise générale de l'attaque en direction de LA FÈRE. Les villages de SALENCY, BABOEUF, DAMPCOURT sont dépassés en fin de journée. MONDECOURT est enlevé après une lutte très vive.

L'avance ralentie le 5 devant ABBÉCOURT où le régiment subit un bombardement d'une intensité rare, reprend plus ardente, plus rapide que jamais. Le 6, OGNES, CHAUNY, VIRY-NOUREUIL, tombent entre nos mains. Inlassablement, les zouaves talonnent l'ennemi. Le 7. le CANAL DE SAINT-QUENTIN est franchi de vive force; nos lignes sont portées devant TERGNIER-FARGNIER.

 

Le 8 et 9 de nombreuses patrouilles de reconnaissance sont poussées en avant, obligeant chaque fois l'ennemi à céder du terrain. Le 10, il n'y a plus un seul allemand entre nous et le CANAL DE L'OISE ; nos avant-postes sont établis aux portes de LA FÈRE dont l'enceinte de VAUBAN, émerge au-dessus de vastes inondations.

Le Général Commandant la 3e Armée glorifie la conduite du 3e Zouaves au cours de cette période offensive par la citation suivante, à l'Ordre de l'Armée:

« Régiment d'élite, sous le commandement de son brillant chef de corps, le Lieutenant-Colonel MONDIELLI, a, le 29 août 1918, assuré par sa manoeuvre la prise de vive force d'une ville importante et âprement défendue. Le 30 août 1918, a emporté d'assaut un piton abrupt. faisant 200 prisonniers appartenant à trois régiments différents et capturant 43 mitrailleuses. Les 4.5, 6, et 7 septembre 1918, a toujours devancé l’heure prévue pour la reprise de l'attaque, collant à l'ennemi, le bousculant dans sa retraite, s'emparant d'une ville importante, franchissant un canal sous le feu de l'artillerie au moyen de passerelles de fortune, s'arrêtant enfin aux limites des inondations de la ligne Siegfried »

Signé: HUMBERT

 

 

Tergnier

Après quelques jours de repos dans la région de CHAUNY, le 3e Zouaves revient prendre les lignes devant LA FÈRE, où il les avait laissées le 12 Septembre. Le 23, il est relevé et gagne les crêtes de CUTS, près Noyon.

Cette région est riche en souvenirs glorieux pour la 37e Division. Aussi ce séjour est-il presque entièrement consacré à des services funèbres ou à de pieux pèlerinages sur les champs de bataille de CAISNES, TRACY-LE-VAL et QUENNEVIERES (combats de Septembre I914 à Juillet 1915), au cours desquels les tombes de nos morts sont entretenues et ornées de fleurs.

Du 4 au 23 Octobre, le régiment occupe successivement les cantonnements de SAÇY-LE-GRAND, AVRIGNY et OGNES.

Pendant que les zouaves goûtaient un repos qu'il avaient bien mérité, les coups de boutoir se faisaient de plus en plus nombreux sur le front. LA FERE tombait entre nos mains et nos troupes progressaient de plus de 15 kilomètres au Nord et à l'Est de cette ville. C'est ainsi que le 26, le régiment ramené de nouveau en ligne, est disposé en position d'attente à RENANSART.

 

 

La Victoire

26 Octobre – 11 Novembre 1918

Le 27 Octobre, le régiment flanc-garde de droite du 2e Zouaves, se met en mouvement suivant l'axe RENANSART - FERME DE PERRIÈRE, LE HERIE - LA VEEVYLLE. La progression se poursuit rapide. Débordant de son secteur, le 3e Zouaves s'empare de MONCEAU-LE-NEUF, où il fait des prisonniers. En fin de journée, ses avant-gardes atteignent FAUCOUZY. Mais la réaction de l'ennemi se faisant très vives immobilise les lignes le 28 et le 29.

Le 30, l'attaque continue avec la côte 150 et le HERIE-LA VIEVILLE comme premiers objectifs; cependant. c'est en vain que les zouaves tentent d'aborder le village. Tous leurs assauts se brisent contre une position solidement  organisée et âprement défendue. Il faut faire intervenir l'artillerie lourde qui paralyse définitivement la résistance de l'adversaire.

Le 5 Novembre dés l'aube, l'avance reprend sous la forme d'une véritable marche militaire; débordés de toutes parts, les allemands fuient. Les mitrailleuses qu'ils laissent pour protéger leur retraite se montrent, elles aussi, assez peu tenaces. LE HERIE est vite dépassé; l'offensive se poursuit. Les pénibles tableaux de la zone des batailles s'effacent graduellement peu à peu. les villages intacts apparaissent devant nos troupes.

 

Puisieux - Délivrance des Populations civiles

 

Un cavalier passant au galop de son cheval lance ce cri  « Des civils », et il montre du doigt le village de PUISSIEUX. Des civils ! Des civils répètent les zouaves qui accélèrent leur marche vers le hameau. Ils y arrivent. Hâves, amaigris et palis par les privations. les habitants sont accourus au devant de la troupe.

Tout d'abord. ils restent muets et surpris ne reconnaissant plus nos nouveaux uniformes. Puis la joie éclate; les yeux se mouillent d'émotion, les mains se serrent. Enfin vous voilà répètent ces malheureux avec qui les zouaves partagent tout ce que leurs musettes contiennent de vivres réconfortants.

LE SOURD, FERONVAL, LA DEMI-LIEUE, NEUVE-MAISON sont occupés. HIRSON est dépassé le 9 au matin. Partout nos hommes reçoivent les témoignages de l'affection que l'on voue aux êtres chers et longtemps attendus. Partout le même enthousiasme!

Au hameau de la DEMI-LIEUE, une jeune fille voyant des cavaliers français arrêtés par des mitrailleuses ennemies, se met à leur disposition pour aller les reconnaître. « Laissez-moi aller seule, dit-elle, peut-être ne tireront-ils pas. Elle part, un panier au bras, reconnaît les emplacements des mitrailleuses et rapporte les renseignements. Les allemands n'ont pas osé tirer.

Quelques heures plus tard, tandis qu'un violent tir d'artillerie ennemie était dirigé sur le village, le Colonel de SAINT-MAURICE, Commandant l'infanterie de la 37e Division, en présence d'une compagnie du 3e Zouaves, décorait de la Croix de Guerre, cette jeune et brave française.

Le 9, vers 15 heures, le régiment devenu avant-garde de la Division, passe la ligne des avant-postes dans la forêt de SAINT-MICHEL, franchit la frontîere belge et occupe le soir même FOURMALOT, MACQUENOISE, FOURNEAU PHILIPPE.

Le 10, il marche sur CHIMAY; l'ennemi réagit énergiquement avec son artillerie. Arrivé devant SELOIGNES, les unités d'avant-garde sont arrêtées net par des feux violents de mitrailleuses. La lutte s'engage très vive autour du village, qui en fin de compte reste entre nos mains.

 

Derniers coups de feu. L'ARMISTICE (11 Novembre 1918)

 

Le 11 au matin, les zouaves surmontant la dernière résistance de l'ennemi, capturent encore une mitrailleuse en action, puis reprennent la poursuite avec ardeur et à 11 heures s'arrêtent après avoir dépassé FORGES et BOURLERS, à quelques kilomètres de CHIMAY.

Les hostilités sont suspendues. C'est l'armistice dont la nouvelle bien qu'attendue est accueillie avec satisfaction, mais laisse néanmoins au coeur, une sorte de regret de voir interrompre cette marche victorieuse du régiment, avant qu'il ait pu pénétrer les armes à la main en territoire allemand.

Cependant, cette impression dure peu. Lorsque, au cours d'une revue le Lieutenant-Colonel MONDIELLI eut commenté devant les zouaves attentifs, les clauses de l'armistice qui consacrait la chute de la puissance militaire allemande et remercié son glorieux régiment des souffrances endurées et des sacrifices consentis pour gagner la cause sacrée de la Patrie, une joie sans réserve réchauffa tous les coeurs. Officiers et zouaves vibrèrent d'un même frisson d'orgueil à la pensée de la France restaurée dans son unité par l'irrémédiable défaite de l'ennemi abhorré.

La population de SELOIGNES, témoin du dernier combat livré par le régiment, s'associa à cette patriotique manifestation et offrit des gerbes de fleurs à ses libérateurs. Celle-ci furent pieusement déposées sur les tombes des dernières victimes de la campagne tombées à l'attaque de la petite ville belge.

Tous ces succès valurent au régiment une nouvelle citation à l'Ordre de l'Armée, la sixième qui lui conférait l'insigne honneur de porter la fourragère rouge.

 

Régiment d'élite, qui a encore illustré sa tradition au cours de la campagne et notamment à VERDUN. A peine retiré de glorieux combats qui lui va        laient une citation à l'ordre de l'Armée a été engagé le 28 octobre 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel MONDIELLI, devant la forte position             de LE HERIE LA VIEVILLE, A fait une nouvelle preuve de ses qualités militaires hors pair au cours d'une semaine de combats, après lesquels, le 3 novembre 1918, il s'est élancé à la poursuite, a talonné l'ennemi de jour et de nuit, débouchant en BELGIQUE le 9 novembre. A obligé les allemands à abandonner un important matériel, luttant avec âpreté jusqu'au dernier moment dans une localité où il fait des prisonniers et prend une mitrailleuse en action, le 11 novembre »

 

Epilogue

Après l'Armistice

Le régiment se félicitait d'avoir à séjourner pendant quelque temps dans cette localité de SELOIGNES, qui lui avait témoigné tant de sympathie; mais le 18 Novembre, il reçut l'ordre de se remettre en route pour faire en sens inverse le chemin qu'il avait parcouru récemment au galop de la Victoire.

C'est ainsi que le régiment revit HIRSON, LE HERIE-LA VIEVILLE, ANGUILCOURT, où il séjourna jusqu'à la fin de Décembre, campé au milieu des ruines. Il aspirait à entrer à son tour en ALLEMAGNE, mais d'assez longues épreuves lui étaient encore réservées avant qu'il eut obtenu satisfaction.

Dirigé de SAINT-QUENTIN sur la LORRAINE, par étapes effectuées sous la pluie, à travers une région dévastée et dépourvue de ressources, Il parcourut toute l'étendue de l'ancien front par SAINT-QUENTIN, LAON, LE CHEMIN DES DAMES, EPERNAY, CHALONS, SAINT-DIZIER, BAR-LE-DUC, TOUL, la VALLEE DE LA MEURTHE, CHARMES et RAMBERVILLIERS. Là, du 30 Janvier au 13 Février, le 3e Zouaves prit un repos dont il avait grand besoin pour se refaire de l'effort qu'il venait de fournir et qu'il avait produit avec un entrain et une endurance superbes.

Partout d'ailleurs, le 3e Zouaves avait à coeur de faire admirer la crânerie de son allure et sa belle tenue, laissant sur son passage dans les localités où il séjournait et où il faisait jouer sa troupe théâtrale, d'unanimes regrets.

 

Occupation en Allemagne

Le 14 Février, la marche fut reprise vers le RHIN, par BACCARAT et LORQUIN. Entre ces deux localités, aux accents entraînants de la Marche des Zouaves, le régiment franchit l'ancienne frontière de 1871. C'est avec un sentiment de fierté et de joie patriotique que les zouaves saluèrent cette terre de LORRAINE reconquise par le courage et les vertus militaires de nos soldats.

Embarqué en chemin de fer à SARREBOURG, le 17 Février 1919, le régiment gagna la région du TAUNUS par NIEDERHAUSEN.

 

IDSTEIN

 

Le 18 Février, il cantonne à IDSTEIN, à quelques kilomètres de la zone neutre, dont il doit surveiller la frontière.

Pendant cette période, chacun s’efforcera de donner aux allemands une haute idée du soldat français; la redoutable renommée et l'exacte discipline du régiment, en imposèrent à nos ennemis qui nous témoignèrent le plus grand respect.

Le 22 Mars 1919, une belle cérémonie groupa sur les PLATEAUX DU TAUNUS, recouverts de neige, les drapeaux et les délégations des régiments de la 37e D.I.

Sur cette terre allemande que nous foulions avec fierté, dans le cadres sévère de sombres forêts de sapins, le Général MANGIN épingla au Drapeau du Régiment, la fourragère aux couleurs de la Légion d'Honneur, insigne envié entre tous et qui consacrait à jamais la gloire acquise par le régiment, au cours de la longue et dure campagne.

 

Wiesbaden

Appelé à faire partie de la garnison de WIESBADEN, le 3e Zouaves quitta IDSTEIN, le 11 Juin, pour rejoindre son nouveau cantonnement. Là, encore, il fit sur nos ennemis son impression habituelle.

La relève de la garde du PALAIS IMPÉRIAL, faite chaque jour par le régiment, aux accents de la Musique et dans tout l'éclat d'une brillante cérémonie militaire, était un spectacle très goûté des allemands et leur donnait une haute idée de la tenue et de la valeur de nos troupes.

Le 14 Juillet 1919 vit le Drapeau du 3e Zouaves à l'Honneur, après qu'il avait été tant de fois et si vaillamment à la peine. Le Colonel, le Drapeau et sa garde ainsi qu'une compagnie d'Honneur, furent appelés à PARIS, pour prendre part aux fêtes de la VICTOIRE.

La veille de l'inoubliable défilé, le 13 Juillet, sur la Place de l'Hôtel de Ville, en présence des trois Maréchaux de France, le Président de la République fit la remise au régiment de la récompense suprême, la  MEDAILLE MILITAIRE qu'il épingla aux plis du Drapeau à côté de la Croix de la Légion d'Honneur, de la Croix de Guerre, barrée de six palmes et des deux Médailles de la Valeur Italienne.

Le décret qui à lui seul constitue un magistral exposé des titres du régiment, résume ainsi l'histoire du 3e Zouaves pendant la grande guerre:

 

DÉCRET

La Médaille  militaire est conférée au Drapeau du 3e Régiment de marche de Zouaves

« Régiment d'élite qui a surpassé au cours de la campagne les plus glorieuses traditions d'une histoire qui lui avait déjà valu la Croix de la Légion d'honneur et la Valeur Militaire Italienne.

Jeté dans la bataille le 23 août 1914, sur la SAMBRE, il a fait énergiquement tête à l'ennemi le 23 à METTET et à WAGNET, le 29 à GUISE.

Les 15, 16 et 17 septembre, après la brillante défense des bois de CUTS et de CAISNES, il marqua à TRACY-LE-VAL et au Bois SAINT-MARD, le terme   définitif de l'offensive des armées allemandes sur la route de NOYONS à PARIS et s'empara le 19 du Drapeau allemand du 85e R. I. Bavarois.

Le 23 septembre 1915, il prend part à la BATAILLE DE CHAMPAGNE, dans un élan magnifique au cours duquel son propre drapeau tombe et est    relevé plus de 20 fois. Il attache ensuite son nom pendant deux années consécutives à l'héroïque défense de VERDUN. Les 23, 24, 23 février à LOUVEMONT          et à la COTE DU POIVRE, d'avril à juillet au Bois D'AVOCOURT, il contient             l'ennemi. Le 25 juillet, il engage devant FLEURV, la magnifique contre-offensive qui se poursuivit ensuite sans arrêt jusqu'au 15 décembre 1916, date à laquelle, dans un élan splendide, Il rejette définitivement l'ennemi dans la            WOEVRE et au delà de BEZONVAUX. Après avoir combattu glorieusement le 16 avril 1917, en CHAMPAGNE, il termine la brillante série de ses combats devant VERDUN par l'enlèvement             de la COTE 344, le 25 novembre 1917.

Porté devant AMIENS en avril 1918, il tient tête à l'ennemi, reprenant le terrain pied à pied pendant trois mois. Enfin, les 8, 9 et 10 août, bousculant l'ennemi dans une course ardente de 20 kilomètres, il ouvre la route de ROYE; amené sur la DIVETTE, il s'empare de NOYON, CHAUNY, TERGNIER, déployant dans une poursuite acharnée ses brillantes qualités d'endurance et de ténacité. A peine retiré de ces combats, il est reporté de nouveau sur LA SERRE et continue la poursuite en direction d'HIRSON et de la BELGIQUE où il s'arrête, le 11 novembre aux portes de LOUVIN capturant au cours de cette merveilleuse épopée 74 canons, 21 canons lourds, plus de 1500 prisonniers et un important matériel de guerre ».

Fais à  Paris, le 5 Juillet 1919.

G. CLEMECEAU             R. POINCARRE

 

De PARIS, le Drapeau du 3e Zouaves fut appelé à se rendre à LONDRES pour y recevoir sa part de l'hommage et de l'admiration que la nation anglaise désirait témoigner à l'armée française. Il revint à WIESBADEN le 10Août.

 

Retour en Algérie

 

Cependant l’ALGERIE réclamait elle aussi, ses zouaves pour les fêter et, le 13 Août, le 3e Zouaves quittait les PAYS RHENANS et débarquait le 24 Août à PHILIPPEVILLE, sur cette terre d'AFRIQUE qu'il avait quittée depuis 5 ans et il rentrait triomphant après avoir tenu toutes ses promesses.

Fidèle au serment fait par le Général COMBY, le 5 Août 1916, il avait vengé l'outrage fait par la marine allemande, le 4 Août 1914, à la ville qui avait été son berceau.

Une cérémonie funèbre à la mémoire des victimes de cette agression, fut à la suite de la réception enthousiaste que la municipalité de PHILIPPEVILLE avait organisée en l'honneur du 3e Zouaves.

Le 26 Août, le régiment faisait à CONSTANTINE une entrée triomphale, dont le souvenir restera gravé dans toutes les mémoires. Les anciens que la guerre avait épargnés ne revirent pas sans émotion la vieille Casbah avec son monument des Braves et la Salle d'Honneur du régiment où auprès du vieux drapeau du MEXIQUE, d'ITALIE et du NIEDERWALD, fut religieusement déposé celui qui avait guidé le régiment à la Victoire ; le Drapeau de la MARNE, de CHAMPAGNE, de VERDUN, le Drapeau qui a franchi le RHIN.

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