Historique du 3e Régiment de Marche de Zouaves |
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Avant
la mobilisation générale du 2 Août 1914, le 3e Régiment de Zouaves
comptait six Bataillons ainsi répartis : Le
1er Bataillon et la C. H. R. à CONSTANTINE Le
3e Bataillon à PHILIPPEVILLE Le
6e Bataillon à BATNA Les
2e et 4e au MAROC. Le
5e Bataillon tenait garnison au camp de Sathonay, près de LYON, où était
également fixé le dépôt de France du régiment, commandé par le
Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC. Le
Colonel FRANCEZ, Commandant le Régiment, résidait à CONSTANTINE. Conformément
aux prévisions du Plan de mobilisation, le 3e Zouaves de
Marche devait se former à SATHONAY, par la réunion des 1er et
5e bataillons renforcés par un Bataillon de réserve, constitué
sur place, et qui prenait le n°11. La
portion d'ALGÉRIE avait mission de fournir au régiment de marche sa C.
H. R. et sa Musique qui devaient rallier SATHONAY en même temps le 1er
bataillon auquel était confié le drapeau. Les
3e et 6e Bataillons avec un Bataillon de réserve, destinés à entrer
dans la composition du 3e bis de Zouaves sous le commandement du Colonel
FRANCEZ, ne devaient quitter leurs garnisons que quelques semaines après. Quant
aux 2e et 4e Bataillons, alors en opérations au MAROC OCCIDENTAL, ils
formèrent plus tard le 8e Zouaves et s'illustrèrent au cours de la
campagne avec la Division Marocaine, digne rivale de sa soeur algérienne,
la 37e Division, dont allait faire partie le 3e Zouaves. Départ
de Constantine Le
départ de CONSTANTINE s'effectua en plusieurs trains, dans l'après-midi
et la soirée du 3 Août, au milieu des ovations enthousiastes de la
population. A
leur arrivée à PHILIPPEVILLE, le 1er Bataillon, la C. H. R. et la
Musique, furent cantonnés aux environs de la gare dans les baraquements
et dans les magasins du port, en attendant l'heure de l'embarquement fixée
au lendemain. Bombardement
de Philippeville par le Goeben La
plupart des zouaves reposaient encore lorsque, à cinq heures, le
vrombissement et l'explosion d'obus de gros calibres troublèrent
soudainement le sommeil de la population Philippevilloise. Sur
la rade, resplendissante de lumière, un magnifique croiseur de bataille,
dont le nom devait devenir célèbre, était embossé à moins d'un mille
du rivage, et, tranquillement, sans risque, tirait sur la ville sans défense. Un
obus tomba sur le hangar où étaient logés la 4e Compagnie et la section
de mitrailleuses, tuant ou blessant tous les sous-officiers de la
compagnie et un grand nombre de zouaves. Le
hangar s'enflamme : l'incendie, favorisé par l’amoncellement de paille
de couchage, prend aussitôt des proportions redoutables. Les cartouchières,
bondées de munitions, ainsi que les caisses à cartouches de la section
de mitrailleuses explosent au milieu des flammes et de la fumée épaisse,
aveuglant et assourdissant les blessés étendus dans le hangar. Sous
le bombardement qui continue, de courageux sauveteurs, parmi lesquels se
fait remarquer le sergent COURTOIS se portent à leur secours et
parviennent à retirer de la fournaise un grand nombre d'entre eux. Cependant,
malgré le dévouement de ces braves, les pertes demeurent lourdes encore. Dix
gradés ou zouaves périrent par le. bombardement ou l'incendie. Vingt
blessés, dont cinq allaient bientôt succomber, furent transportés à
l'hôpital militaire. Le
1er Bataillon avait perdu, en outre, tous ses chevaux et mulets de bât,
et la majeure partie de son matériel. La
population de PHILIPPEVILLE. vivement impressionnée par le bombardement,
reprit confiance, devant l'attitude exemplaire du Bataillon pourtant si éprouvé.
Le Colonel TAUPIN, Commandant la Brigade, le Commandant DE GOUVELLO présents
sur le lieu de la catastrophe avec les officiers du régiment, firent
preuve, en cette circonstance, d'un calme et d'un sang-froid justement
admirés. Le
soir même, la Musique des Zouaves jouait sur la place de la Marine, non
loin de l’emplacement bombardé et la foule tranquillisée, écouta avec
recueillement la Marseillaise et la marche des Zouaves. Le
lendemain, 5 Août, d'imposantes funérailles furent faites par la ville
aux victimes du bombardement. Au milieu de l'émotion virile qui étreignait
tous les coeurs, le Général COMBY, Commandant la Division, prononça sur
leurs tombes de fortes et énergiques paroles et prit, au nom de tous,
l'engagement de venger ces premières victimes de la guerre, tombées pour
le Pays, avant d'avoir pu affronter l'ennemi. Ainsi,
quelques heures à peine après la déclaration de guerre et à plus de
2.000 kilomètres de la frontière, le 3e Zouaves avait le douloureux
honneur d'être le premier au sacrifice. Départ
pour la France L'embarquement
de la troupe et des Etats-Majors qui devaient se rendre en France eut lieu
le 5 Août, à midi, mais le départ ne put s'effectuer que le 6, quand
les navires d'escorte, six des plus belles unités de la flotte de la Méditerranée,
furent signalés. Ce
fut sous la protection de cette magnifique escadre, que le transport
« Medjerdah », gagna MARSEILLE, après avoir fait escale à
Ajaccio, le 7 Août à 11 heures. Marseille
- Sathonay Le
débarquement à MARSEILLE s'effectua le 8, à 9 heures du matin et le
soir de ce même jour, les éléments du 3e Zouaves venus d'Algérie,
ainsi que les Etats-Majors de la 37e Division et de la 74e Brigade, étaient
transportés par voie ferrée, à SATHONAY, où ils arrivèrent le 9 Août
à 12 heures 30. La
constitution du 3e Régiment de Marche de Zouaves commença le jour même
sous la direction du Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, nommé au
commandement du Régiment. Le 12, celui-ci était prêt à entrer dans la
74e Brigade dont il devait faire partie, avec le 3e Tirailleurs Algériens. Cette
brigade allait elle-même participer à la constitution de la 37e
Division, dont la composition en infanterie était la suivante : Général
Commandant la Division : Général COMBY. 73e
Brigade : Général BLANC. 2e
Régiment de Marche de Zouaves 2e
Régiment de Marche de Tirailleurs. 74e
Brigade : Colonel TAUPIN. 3e
Régiment de Marche de Zouaves 3e
Régiment de Marche de Tirailleurs. A
la hampe des quatre drapeaux de la Division brillait la Croix de la Légion
d'Honneur. Que
n'allait-on pouvoir demander à des régiments possédant de tels titres
de noblesse ! Manque
les pages 12 et 13 mitrailleuses
innombrables, ni les assauts farouches des rudes adversaires qui lui étaient
opposés ne réussirent à ébranler la solidité du régiment qui ne
quitta ses positions qu'à l'heure fixée, après avoir perdu 17
Officiers,936 Zouaves tués, blessés ou disparus. Quelques
instants après. le Colonel TAUPIN, commandant la Brigade, était
mortellement blessé par un éclat d'obus dans les rangs de l'arrière-garde. La
Retraite Cependant,
pour soustraire les armées françaises aux tentatives d'encerclement des
allemands, le Général JOFFRE ordonne le large mouvement de repli qui
devait lui permettre de ramener sur la MARNE la Victoire sous les plis de
notre drapeau. Il
importe de rompre le contact avec l’ennemi et de gagner le champ nécessaire
à une vigoureuse contre-offensive. Par
une marche ininterrompue de nuit et de jour, le régiment atteint BOURLERS
le 25 Août. Le 26, il traverse HIRSON et cantonne à ORIGNY-EN-TIÉRACHE,
le 27 à la BARRERIE, le 28 à PRISCES. Partout,
dans les campagnes traversées, régnait la terreur de l'invasion. A
l’horizon flambaient les villages; les populations abandonnaient leurs
demeures dans une confusion et un désordre inexprimables. Sur les routes,
brûlées par le soleil d'Août, c'était le douloureux exode des Français,
et des Belges fuyant devant l'envahisseur. Tous les chemins étaient
encombrés de leurs troupes misérables qui allaient, sans but précis,
vers le Sud, poussant devant eux leurs troupeaux et traînant dans des véhicules
de toutes sortes, les hardes et les bagages qu'ils avaient pu hâtivement
y entasser. C’est
au milieu de toute cette misère que se poursuivait la retraite de nos
soldats : bien qu’épuisés, par la longueur des étapes, le dos brisé
par le sac et les pieds en sang, les zouaves marchaient en bon ordre
gardant malgré la tristesse de ces spectacles, les désillusions et les
épreuves de chaque jour, une force de résolution invincible, qu’ils
puisaient dans une obscure et intime certitude de la victoire. Guise
- Courjumelle Heureusement,
l’ennemi qui cherchait surtout une action de flanc ne nous poursuivait
que mollement. Peu
à peu, voyant s'accentuer le repli de l’Armée Anglaise, il accélère
sa marche et cherche à encercler la Ve Armée en la gagnant de vitesse
par la rive droite de l’OISE. Le
Général LANREZAC décide le 26 août de s'établir dans la région de
VERVINS, face au Nord-Est pour être prêt à attaquer à son tour. Le Xe
Corps laissé face au Nord reçoit la mission de rejeter au delà de
l'OISE toute colonne ennemie qui tenterait de passer la rivière. Mais Von
Bulow ayant franchi l'OISE, l'attaque sur SAINT-QUENTINN est suspendue. Le
lendemain 29 Août. la majeure partie de la Ve Armée se porte au secours
du Xe Corps et attaque sur tout le front en direction du Nord. Le
IIIe Corps auquel a été rattachée la 37e Division a pour objectif
ORIGNY-MONT D'ORIGNY. La Division. rassemblée au point du jour vers LE HÉRIE-LA-VIEVILLE,
est prête à appuyer les attaques des autres Divisions du IIIe Corps qui
tente d'enlever le front BERTAIGNEMONT JONQUEUSE. A
midi, la 74e Brigade reçoit du Général de Division l'ordre de prononcer
un mouvement offensif sur le Bois DE BERTAIGNEMON. L'attaque
menée par le 3e Tirailleurs et le 11e Bataillon du 3e Zouaves réussit
complètement et l’ennemi se trouve repoussé sur une profondeur de
plusieurs kilomètres au Nord de COURJUMELLE. Le 30, la Division rassemblée
au Sud-Est de la FERME DE COURJUMELLE, se dispose à reprendre l'attaque.
Mais la Ve Armée reçoit l’ordre de rompre le combat et de reprendre la
retraite bien qu'elle eut contraint les allemands à repasser l’OISE. Le
régiment, avec un groupe d'artillerie et un régiment de cavalerie.
formant l’arrière-garde de la Division, se replie dans la direction
PARPEVILLE, CHEVRESIS, MONTCEAU, LA FERTÉ-CHEVRESIS. Arrivé
à CHEVRESIS-LES-DAMES après la nuit tombée, il en repart le 31 à 2
heures du matin pour atteindre LAON, à 14 heures. Pont-Rouge Malgré
l'extrême fatigue des troupes dont l'effectif est diminué de plus du
tiers par suite des pertes subies depuis le début des hostilités, un
nouvel effort va être immédiatement demandé à la 74e Brigade. Elle était
à peine arrivée à LAON, que l'ordre parvient au Colonel SIMON,
Commandant la Brigade, d'embarquer sa troupe en chemin de fer à
destination de VAUXAILLON-MARGIVAL, pour y accomplir une mission de
flanc-garde. Une
division de cavalerie allemande qui avait passé l'OISE à BAILLY, avait
pu atteindre la région immédiatement au Nord de SOISSONS, que les
anglais venaient d'évacuer. Le flanc de la Ve Armée, encore attardée à
LAON, est ainsi découvert, il faut lui donner le temps et lui ménager
l'espace nécessaire à son repli au Sud de l’AISNE. A
18 heures, les premiers éléments de la Brigade débarquent à VAUXAILLON.
Le Bataillon du 3e Tirailleurs envoyé aux avant-postes vers la ferme
d'ANTIOCHE est accueilli par une canonnade nourrie et ne peut atteindre le
point fixé. Les
éléments déjà arrivés s'établissent sur le plateau à l'Est de
VAUXAILLON, tandis que successivement débarquent dans la nuit noire les
Bataillons du 3e Zouaves, partie à VAUXAILLON, partie à MARGIVAL. A
minuit, l'ordre est donné de s'établir à deux kilomètres au Sud-Ouest
de PONT-ROUGE, pour interdire à l'ennemi tout débouché sur la route de
LAON à SOISSONS. Le régiment formé en colonnes, se met aussitôt en
marche mais il se heurte aux postes de l'ennemi qui barre toujours le
passage à travers le PLATEAU de NEUVILLE-SUR-MARGIVAL. Le temps presse;
il faut être en place au lever du jour. Au
lieu d'engager une lutte dont le résultat eut été douteux, la colonne,
faisant un grand détour par PINON, réussit à occuper sans coup férir
les emplacements prévus et à remplir intégralement sa mission, malgré
les efforts de l'ennemi qui attaque, en vain. notre flanc-garde à
PONT-ROUGE et ne lui fait subir que des pertes assez légères. Sa
mission remplie, le 3e Zouaves franchit l’AISNE à SERMOISE, et va le
soir cantonner à SERCHES au Sud-Est de SOISSONS, couvert par le 3e
Tirailleurs qui tient MONT-DES-SOISSONS. Le
lendemain, 2 Septembre, le Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, Commandant le Régiment,
prend provisoirement le commandement de la Brigade, rattachée à la 53e
Division de Réserve du groupe VALABRÈGUE. Le
3e Zouaves, conjointement avec le 3e Tirailleurs et la Division de
Cavalerie BONNEAU, couvre la retraite de ce groupe de Divisions, en tenant
successivement les passages de l'OURCQ à TRUGNY, de la MARNE à MÉZY,
puis du PETIT MORIN. Le
4 Septembre, il est remis à la disposition de la 37e Division qu'il
rejoint à VILLEGRUIS, le 5, veille de la Bataille de la Marne. Bataille
de la Marne Ce
jour-là, l'ordre était parvenu de poursuivre le lendemain la retraite au
Sud de la SEINE, lorsque, vers 14 heures des officiers d'Etat-Major, arrivés
en automobile, au milieu des bivouacs de la Division, apportent une grande
nouvelle : « CONTRE-ORDRE. On ne recule plus, l'armée de PARIS a attaqué
en flanc l'armée allemande. L'offensive générale est décidée pour le
lendemain : La Victoire est certaine ». Ces paroles sont rapidement
répandues ; dans la plaine les compagnies se rassemblent. Les Capitaines
lisent et commentent l'ordre désormais immortel du Général JOFFRE. Le
6 au matin, le régiment groupé en ordre parfait entre LA QUEUE-AUX-BOIS
et VILLEGRUIS, semble disposé comme pour une parade. Les hommes, qui, au
cours d'une retraite de 200 kilomètres, ont enduré toutes les privations
et fourni un effort surhumain sont transfigurés. Nulle trace de fatigue.
Leur attitude superbe révèle l'ardeur qui les anime. La division, placée
tout d'abord en réserve d'armée, n'a plus qu'un désir: avancer. Elle
suit avec impatience le bruit de la canonnade qui parait s'éloigner vers
le Nord. Dans
sa hâte de s'engager, elle talonne les éléments de première ligne dont
elle dépasse les réserves. Le soir, le régiment cantonne à dix kilomètres
de son point de départ. Le
7, la Division passe en réserve de corps d'armée. Le terrain qu'elle
parcourt porte les traces récentes d'une lutte acharnée. Le régiment
traverse COURGIVAUX qui brûle encore. Des cadavres allemands jonchent le
sol ; les habitants, sortant des caves, accueillent les zouaves avec
enthousiasme. Le
8, le régiment, enfin en première ligne, mène l'attaque sur le Plateau
au Sud du PETIT MORIN en liaison avec la 73e Brigade, à droite, et un régiment
du 18e Corps à gauche. Le château de RIEU est enlevé. La progression
est facile, les pertes relativement légères. En
fin de journée, le PETIT MORIN est atteint; MONTMIRAIL et MARCHAIS vont
être à nous. Le régiment attend toute la nuit l'ordre de franchir la
rivière. Le lendemain, à la pointe du jour, la poursuite commence au
Nord des deux villages, évacués par l'ennemi, quand, brusquement,
l'ordre arrive de s'arrêter. La division vient de recevoir une autre
mission. A
l'extrême gauche des troupes françaises, la VIe Armée, épuisée par sa
Victoire de l'OURCQ, a besoin de renforts. La 37e Division lui est affectée
et va mener la poursuite en essayant de couper la retraite à l'ennemi. Le
Soissonnais Carlepont
- Caisnes Embarqué
le 9 Septembre à VILLENAUXE, le régiment arrive le 10 à SURVILLERS, s'y
repose une journée et repart le 12, brûlant les étapes par COUDUN et
CLAIROIX. Jusqu'au 15 au matin, on ignore s'il va falloir intervenir sur
la rive droite ou sur la rive gauche de l'OISE. Enfin,
tout se précise ; sur le plateau à l'Est du Bois SAINT-MARD, la gauche
du IVe Corps Français commence à rencontrer une résistance opiniâtre.
Tout fait prévoir que l'ennemi ne reculera plus que contraint. Le
commandement décide de lancer la 37e Division dans la bataille. Le 15, à
4 heures, elle reçoit l'ordre de se porter vers CARLEPONT et CAISNES. Aussitôt
CARLEPONT dépassé, la progression commence droit vers l'Est, sous le feu
de l'artillerie allemande. Tandis que sur leur gauche, la 73e Brigade pénètre
dans CUTS, les zouaves atteignent d'un élan les hauteurs dominant CAISNES
d'où ils peuvent apercevoir le village de LOMBRAYE, violemment attaqué
par l'infanterie du IVe Corps. La nuit, coupée d'alertes, est passée sur
le champ de bataille. Une pluie pénétrante glace les hommes qui viennent
de franchir une dure étape dont la dernière partie sous les obus. Au
lever du jour, la marche en avant reprend vers BELLEFONTAINE et LOMBRAYE,
pour attaquer à revers les positions ennemies qui ont résisté la veille
à l'assaut des fantassins. Malheureusement,
la chute de la Place de MAUBEUGE, venait de libérer un corps d'armée
allemand qui accourait à marches forcées. Dès
10 heures, alors que le succès semblait acquis, une violente fusillade
s'allume sur les derrières du régiment. Les quelques éléments français
restés à CARLEPONT sont submergés par les feldgrau qui débouchent en
masse du Bois de CARLEPONT, venant de Noyon par PONTOISE. La situation
change en un instant. La
37e Division est isolée et toute retraite vers le Sud est coupée. Vainement,
pendant toute l'après-midi, les officiers de liaison du Quartier Général
du IVe Corps s'efforceront d'atteindre la Division. Au château d’OFFEMONT
où est installé le P. C. du général BOELLE, la consternation est générale
: on redoute une catastrophe. Cependant,
vers le soir, le Chef artificier du régiment, maréchal des logis BOCH réussit
a amener au régiment à CAISNES, son train de combat, en utilisant un
sentier carrossable du BOIS DE LA MONTAGNE. Le
Général COMBY décide que le lendemain, par une marche de nuit, toute la
division tentera de s'échapper par cette issue précaire. Les préparatifs
de cette opération commencent aussitôt. Les roues des canons et des
voitures sont entourées de paille pour éviter tout bruit et le repli des
éléments avancés commence. Entre
temps, la Brigade Marocaine CHERRIER, accourait pour dégager la Division.
Elle se lançait héroïquement, à l'arme blanche. enlevant le village de
CARLLPONT, mais ne pouvait dépasser ses lisières. Sa présence à
CARLEPONT nous assurait néanmoins la possession de l'étroit couloir que
devait utiliser la Division. L'entreprise hasardeuse réussit au delà de
toute espérance et le 18 au matin, la 37e Division avait échappé au péril. Le
3e Zouaves, au cours de cette pénible étape, parcourue dans l'obscurité
sous bois, par des chemins détrempés, à quelques centaines de mètres
de l'ennemi, ramena ses blessés légers et la totalité de ses bagages et
sut conserver, aux moments les plus critiques, un ordre et un moral
parfaits qui allaient lui ménager, le lendemain, une splendide revanche. Prise
du Drapeau du 85e Bavarois Couvert
par le 11e Bataillon, qui avait pris les avant-postes, 1e régiment goûtait
le 18, à TRACY‑LE‑VAL et au Bois SAINT-MARD, un peu de repos
dont il avait le plus grand besoin après trois journées de marche et de
combats. Cependant,
l'ennemi malgré qu'il eut manqué l'occasion d'anéantir la 37e Division,
avait remporté un succès dont il comprenait l'importance. Quatre-vingts
kilomètres seulement le séparent de PARIS, but dont il a été contraint
de s'éloigner, mais qu'il n'a cessé de convoiter. Dans
la nuit du 18 au 19 Septembre, il cherche à surprendre nos avant-postes. Les
43e et 44e Compagnies de grand-garde, sont habilement dissimulées dans
les bois. Leur front est couvert par des treillages de fil de fer et leurs
postes, bien retranchés, peuvent battre efficacement de leurs feux tous
les chemins et allées de la forêt activement surveillées. Au
premier indice de l'approche de l'ennemi, l'alarme est donnée sans bruit
: 1es parapets sont garnis de leurs défenseurs. Les zouaves gardent leur
sang-froid, laissent approcher les allemands et les clouent sur place par
un feu meurtrier. Au
petit jour, des patrouilles sont lancées en avant. L'une d'elles,
conduite par un sergent, découvre sous un monceau de cadavres et de
mourants un magnifique trophée: le Drapeau du 85e Régiment d'Infanterie
Bavaroise, que le zouave LAROCHE arrache des mains crispées de l'officier
qui le retenait. Deux
étendards pris à l'ennemi à SAN-LORENZO avaient mérité au 3e Zouaves
la Croix de la Légion d'Honneur. Ce troisième drapeau capturé devait
lui valoir une citation d l'ordre de l'Armée et lui conférait la place
d'honneur parmi les plus illustres régiments. Combats
du Bois Saint-Mard et de Tracy-le-Val. Malheureusement,
au delà de la droite de la Division, sur le plateau à l’Est du Bois
SAINT-MARD, les avant-postes français s'étaient laissés entamer et, en
se repliant, avaient découvert son flanc droit. La
nuit suivante, les allemands attaquent sur tout le front ; le Bois
SAINT-MARD est débordé ; les colonnes ennemies progressent par le ravin
de PUISALEINE, atteignent le CHATEAU DE TRACY-LE-VAL, sur les derrière du
régiment. Le
Colonel DEGOT qui a pris, la veille, le commandement de la Brigade lance
sur l'ennemi sa réserve disponible : deux compagnies de zouaves,
conduites par le Lieutenant CHAIX DE LAVARÈNE. Leur
héroïque sacrifice permet de prolonger la résistance et donne au régiment
le temps de se dégager. Le
Bois SAINT-MARD et la lisière Est d’OLLENCOURT, ne sont d'ailleurs
perdus que momentanément. Le
soir même, le 3e Zouaves, rassemblé sous les murs du parc d'OFFEMONT, réoccupe
OLLENCOURT et se dispose à réaliser, pendant les journées qui suivent,
une nouvelle avance en direction du Bois SAINT-MARD et de la route de
BAILLY à NAMPCEL. Du
21 au 28 Septembre, le régiment, appuyé sur sa droite par le 3e
Tirailleurs progresse par bonds successifs en dépit d'une énergique résistance
de l'ennemi. Le
Bois SAINT-MARD, jonché de cadavres ennemis et malheureusement aussi des
nôtres, est reconquis jusqu’à la crête militaire dominant le vallon
DES ROSETTES ; les trois quarts de TRACY-LE-VAL sont à nous. Le
30 Octobre, nouvelle avance. La 74e Brigade rencontre dans son attaque du
cimetière de TRACY, des résistances qu'elle ne peut vaincre. L'ennemi.
solidement retranché derrière des fils de fer, flanqués de
mitrailleuses, dispute le terrain pied à pied. Seul le Bataillon CHARLET
à droite réalise des progrès sensibles. Néanmoins les objectifs fixés
sont loin d'être atteints. Cependant,
une nouvelle attaque est ordonnée pour le 12 Novembre. Nos pièces
d'artillerie, réduites au silence par la disette de munitions dont
souffrirent plus ou moins nos batteries sur l’ensemble du front à cette
époque, ne purent nous prêter aucun appui. C'est
à la cisaille, ou au moyen d'explosifs portés à bout de perches, que
les assaillants durent s'attaquer aux épais réseaux de fil de fer
ennemis. Malgré
ces difficultés presque insurmontables, la 74,e Brigade, conduite par le
Colonel DEGOT, qui installe son P. C. à TRACY-LE-VAL, au milieu de ses
zouaves, se porte à l'assaut à la pointe du jour. Tous
les cisailleurs furent tués avant d'avoir pu accomplir leur tâche. Les
explosions hâtives n'endommagèrent que très faiblement les défenses
accessoires de l'ennemi. L'élan magnifique des zouaves et des tirailleurs
fut brisé et le cimetière de TRACY-LE-VAL, transformé par l’ennemi en
une véritable forteresse, ne put, faute de moyens matériels, lui être
enlevé. Néanmoins,
quelques progrès avaient été réalisés des deux côtés et à l'intérieur
du village de TRACY-LE-VAL. En un point de la route de NAMPCEL. qui avait
été atteinte, les tranchées adverses n'étaient séparées que par la
largeur de la chaussée. Alors
une nouvelle vie commence qui exige du soldat un grand effort
d'adaptation, une patience et une endurance poussées parfois jusqu'au stoïcisme.
Immobilisé dans la tranchée, il lui faut se servir de son outil autant
que de ses armes, guetter aux créneaux, subir avec impassibilité les
intempéries, la boue et les bombardements les plus intenses. Nuit
et jour, en veille aux parapets, on travaille à la réfection de tranchées
et d'abris qui s'effondrent, minés par l’eau qui sourd de toutes parts
ou que bouleversent les tirs de l'artillerie ennemie. A
bras d'hommes, d'énormes rondins, de lourdes planches, des centaines de
rouleaux de fil de fer barbelé sont transportés aux premières lignes. L'abnégation
et l’esprit de sacrifice des zouaves s'affirment de plus en plus. Une
vraie camaraderie naît des souffrances subies et des dangers bravés en
commun. Officiers et soldats, vêtus pareillement du même kaki grossier
se sentent plus que jamais de la même famille. Une affection réciproque
qui souvent inspire de touchants dévouements, renforce la discipline et
prépare le régiment aux luttes qui vont suivre. Pour
l'instant, on ne lui demande que des coups de mains ou des travaux de
première et deuxième ligne. Ces
quelques mots suffisent à résumer l'histoire de la période qui s'étend
de Novembre 1914 à juin 1915. Cependant,
les tombes, qui chaque jour plus nombreuses, se creusent dans le cimetière
des zouaves au CHÂTEAU-DE-TRACY, disent éloquemment ce que cette
monotone existence comportait d'héroïsme et de dangers. Et on ne sait
qui l'on doit admirer davantage de l'humble et anonyme pionnier qui,
chaque soir, au milieu de l'intense fusillade qui s'allumait à la nuit
tombante, sortait de la tranchée pour placer des fils de fer devant les
lignes ou de ces volontaires de la « chasse au boche » qui, à
l’exemple du sergent RAGINEL, se portaient à l’affût, dans les bois,
pour abattre quelque patrouilleur ou quelque guetteur ennemi. Un
jour, qu’il était sorti seul comme d'habitude, le sergent RAGINEL se
heurte à un fort détachement allemand qui ouvre le feu sur lui et le
blesse. RAGINEL riposte et sans se laisser intimider, maintient en respect
ses adversaires qui poussent des hourrahs pour se donner du courage, sans
pourtant se décider à l'aborder, tant l’attitude du sous-officier est
menaçante. Les
allemands tirent à nouveau sur lui. Bien qu'atteint mortellement cette
fois, il parvient à rentrer dans nos lignes. Les
24 et 25 Décembre, une action meurtrière menée, dans le Bois SAINT-MARD,
par des fractions du 11e Bataillon, en liaison avec le 3e Tirailleurs en
vue d'appuyer une attaque de la 73e Brigade, nous permet de gagner du
terrain dans la direction de la ROUTE DE NAMPCEL. Sur
plusieurs points enfin, une guerre de mines patiente, sournoise et sans
merci est entamée avec des alternatives diverses et fournit aux zouaves
l'occasion de faire preuves de leurs rares qualités. Cependant,
différentes mutations avaient modifié l’encadrement du régiment. Le
Commandant DE GOUVELL, promu Lieutenant-Colonel, avait été remplacé par
le Commandant LABROSSE. Le Capitaine SAUVAGE. Commandant le 11e Bataillon,
blessé grièvement à CAISNES, avait laissé le commandement du 11e
Bataillon au Capitaine NICOLAS qui, blessé à son tour le 12 Novembre, était
remplacé par le Commandant MONDIELLI. Au
milieu de Mai, le Lieutenant-Colonel LE BOUHELEC, victime d'un accident
d'automobile, est dirigé sur l'ambulance de FRANCPORT. Le
Lieutenant-Colonel Louis, nommé au Commandement du 3e Zouaves, rejoint
son poste à TRACY-LE-VAL. A
ce moment, tout le front se rallume ; l’offensive de printemps est déclanchée
: le rôle du régiment va y être modeste, mais glorieux. Le magnifique résultat
obtenu dans l’affaire de QUENNEVIÈRES, marquera le premier pas heureux,
fait dans la voie des offensives, qui nous donneront le succès final. Quenneviéres,
6 Juin 1915 Pour
soulager le front d'Artois, une attaque est décidée sur le PLATEAU DE
QUENNEVIERES. Différentes troupes sont désignées à cet effet, dont le
5e Bataillon du 3e Zouaves. Ce bataillon est mis au repos pour quelques
jours à FRANCPORT, puis remonte en ligne dans la nuit du 5 au 6 juin. A 3
heures du matin, la préparation d'artillerie, commencée discrètement
depuis plusieurs jours, s'accentuait brusquement. Pièces de 155, de 120
et 75, canons de 58 font rage, détruisent les réseaux allemands,
bouleversent les tranchées et les abris. Anéanti
par l’intensité formidable de ce feu, l'ennemi ne peut tenir aux créneaux.
Les zouaves, hissés sur les parapets, applaudissent à l'adresse de nos
artilleurs, et, certains du succès, s'équipent résolument. La
mission du bataillon est d'atteindre le rebord du RAVIN DE
MOULIN-SOUS-TOUVENT, tout en couvrant le flanc droit du secteur d'attaque. A
10 heures, les sections se glissent dans les sapes russes et occupent les
parallèles de départ. A 10 heures 15, l’artillerie allonge son tir,
mais déjà le bataillon, devançant l’heure de l’attaque était sorti
en rampant hors de la tranchée et, inaperçu avait gagné une trentaine
de mètres à travers les hautes herbes qui avaient poussé dans le « No
man’s land ». Puis,
d'un élan, la ligne kaki soudainement dressée franchit les première,
deuxième et troisième tranchées ennemies. méprisant le feu de
mousqueterie et les rafales de mitrailleuses qui causent cependant des
pertes sérieuses. De nombreux allemands sont surpris et tués à la
grenade dans leurs abris ; une batterie de 77 est prise avant d'avoir pu
ouvrir le feu, tant l’affaire a été vivement menée. Entraînés par
leur élan, les zouaves dépassent l’objectif et s'abandonnent à la
griserie de courir librement dans les prés émaillés de marguerites. Ils
remontent la berge opposée du ravin, marchent vers PUISIEUX et s'emparent
de trois pièces de 150. C'est à ce moment que tombe glorieusement le
Sous-Lieutenant COURTOIS qui entraînait ses hommes en chantant la
Marseillaise, aux côtés du père EDOUARD, aumônier du Bataillon qui
malgré ses 56 ans, chargeait en tête du bataillon, une chéchia sur la tête
et son crucifix à la main. En
cours de route, le Lieutenant GUILLEMIER avait été tué en franchissant
une tranchée au moment où il criait « En avant ! En avant !
Vive la France ! » La
vague victorieuse continuait à avancer. Il n'y avait plus aucun ennemi
devant elle. Le terrain, à perte de vue, était libre. Le
moral de tous était exalté au plus haut degré car la trouée était
faite ; malheureusement, aucune réserve ne se trouvait à pied
d’oeuvre pour en profiter. Le
Commandant CHARLET, jugeant qu’il serait imprudent de s’engager plus
avant, donne l'ordre de se reporter sur la berge Ouest du ravin. On fait
sauter les trois pièces prises, et, revenu à hauteur de l'objectif fixé,
le bataillon organise la position conquise. A
15 heures, l'ennemi réagit avec violence; ses obus viennent de l'Est et
du Nord. Une contre-attaque débouche des carrières au Sud de la FERME
DES LOGES et presse vivement les bataillons disposés au Nord du secteur,
obligeant le bataillon à se mettre sensiblement à l’alignement de ses
voisins. La
nuit se passe sur cette position : plusieurs autres attaques ennemies sont
repoussées. La journée du lendemain est marquée par une très violente
réaction d'artillerie ennemie. Puis, le soir, le bataillon est relevé. Ce
beau succès nous avait coûté soixante tués et deux cents blessés. A
la suite de cette affaire glorieuse, le 5e Bataillon est cité à l'Ordre
de l’Armée 5e
bataillon du 3e régiment de Zouaves « Sous
les ordres du commandant CHARLET, pour l'élan magnifique qu’il a montré
dans l’attaque du 6 juin et la façon remarquable dont il s'est servi de
la baïonnette, grâce à quoi il a infligé de pertes sévères à
l’ennemi ». Secteur
de Quennevières A
partir du 21 juin, le 3e Zouaves quitte définitivement son ancien secteur
de TRACY-LE-VAL, pour occuper les positions conquises à QUENNEVIERES lors
de l'attaque du 5 juin; secteur pénible s'il en fût. L'ennemi, furieux
de son échec, arrose copieusement de projectiles ses anciennes tranchées,
qu'il cherche à rendre intenables. Le
régiment au contraire, dépense tous ses efforts pour le rendre
habitable. Or, tout est à refaire : abris, boyaux, défenses accessoires,
parapets de tir à créer, tranchées à retourner. Une
chaleur lourde décompose les cadavres que l'ennemi ne nous permet pas
d'enterrer. Des odeurs pestilentielles, au milieu desquelles à faut
vivre, empoisonnent l'atmosphère. Des légions de mouches vertes
infestent les tranchées, creusées au milieu d'un charnier, qu'à tout
moment bouleversent les torpilles convergeant de trois côtés sur le
saillant conquis. Ces
dures épreuves auraient brisé le moral de soldats moins aguerris que nos
zouaves. Grâce
à un labeur acharné, la situation matérielle s'améliore de jour en
jour, les pertes diminuent ; des coups de mains heureux rectifient
avantageusement nos lignes. Pourtant,
voilà que la dysenterie fait son apparition. Le 8 Juillet, le 3e Zouaves
est relevé et mis au repos dans la région de BONNEUIL. Repos
tout relatif d'ailleurs, car les zouaves sont employés à des travaux défensifs
dans la vallée de l’AISNE en lisière de la forêt de COMPIÈGNE. Entre
temps, le régiment se refait et se prépare à de nouvelles luttes. Le
bruit d'une prochaine et puissante offensive française se répand
partout. Le 9 août, la Division, tenue prête à partir depuis quelques
jours, est embarquée en chemin de fer. Le 10, le régiment se trouve
rassemblé en CHAMPAGNE. dans la région de SAINT-HILAIRE-AU-TEMPLE,
VADENAY. En
Champagne Le
Camp de Chalons Le
17 Août, le Ministre de la Guerre, M. MILLERAND, LORD KITCHENER et le Général
JOFFRE, passent en revue la 37e Division ; l'attitude des zouaves est
remarquée. Les
vainqueurs de QUENNEVIÈRES qui, d'un seul élan, ont crevé la ligne
ennemie, ont conscience de leur valeur. Ils savent ce que l’on attend
d'eux, aussi se redressent-ils avec fierté, affirmant leur résolution de
remporter bientôt une nouvelle et moins stérile Victoire. A
l'issue de la revue, le régiment va bivouaquer à l’Ecole de Tir et se
consacre à l'aménagement du terrain en prévision de l'offensive
prochaine. Les
tranchées de première ligne sont trop éloignées de l’ennemi ; les
communications sont insuffisamment réalisées. D'abord employé à
creuser des boyaux d'évacuation, le régiment inaugure, le 24 Août, les
travaux d’approche, proprement dits, par une hardie opération de sape
volante. Par une nuit claire, les hommes munis de leurs outils,
franchissent, à 21 heures, les tranchées devant le Bois DURNERIN
(secteur d’AUBERIVE). Ils gagnent vers l'ennemi le terrain voulu, s'arrêtent
et creusent une ligne de tranchées, tandis qu'une autre fraction du régiment
réunit, pendant ce temps, par un boyau, la nouvelle ligne à
l’ancienne. A l’aube, les allemands constatent, avec surprise, que la
ligne française s'est rapprochée en quelques heures de 700 mètres.
Malgré leurs efforts, ils ne peuvent s'opposer à cette avance, qui, sur
certains points, au cours des nuits suivantes, atteignit les réseaux de
fil de fer allemands. En
raison de la vigilance des Drachen, les travaux ne s'effectuent que la
nuit et sont des plus pénibles pour le régiment, qui, avant et après
ses 6 heures de terrassement, doit accomplir une marche de deux heures. Organisation
du Secteur d'attaque Dans
la nuit du 30, au 31 Août, le régiment vient occuper le secteur d'où il
doit bondir pour la prochaine offensive au Nord de SAINT-HILAIRE-LE-GRAND.
Mais, là encore. tout est à faire pour aménager nos lignes en vue de
l'attaque : l’organisation des premières tranchées, des places
d'armes, des boyaux d'évacuation et de liaison, et, en dernier lieu des
parallèles de départ, occupe l'activité de nos troupes jusqu'au dernier
moment. Chacun se donne avec ardeur et travaille d'arrache-pied. L'allemand
rendu méfiant par l’importance des travaux exécutés, s'efforce de
contrarier nos desseins : canons, minenwerfer, mitrailleuses, s'acharnent
sur nous, causant des pertes sensibles. Le Commandant LABROSSE, Commandant
le 1er Bataillon est blessé et remplacé par le Capitaine JURION, qui est
blessé à son tour et passe le commandement du bataillon au Capitaine
REVERZY. Le
22 Septembre, le bombardement français augmente de violence. Pendant 72
heures, il se déchaîne avec intensité. Le
24 Septembre, on apprend que l'attaque est fixée au lendemain. Cette
nouvelle est accueillie avec joie, car les zouaves, fatigués par un
labeur épuisant, voient dans cette offensive le terme de leurs fatigues.
Encouragés par le souvenir de QUENNEVIÈRES, les hommes ont une confiance
absolue dans le succès. Le régiment qui a pu pousser ses travaux
d'approche jusqu'à amener ses parallèles de départ à moins de 200 mètres
des lignes allemandes, a comme premier objectif, le Bois RAQUETTE. Mais
avant d'y parvenir, il lui faudra franchir trois lignes de tranchées
garnies de défenses accessoires qui forment au Sud de ce bois un saillnt
à angle droit de plus de 500 mètres de côté, jalonné à l’Ouest par
le Bois N°1 solidement organisé. Dans
le secteur d'attaque affecté au régiment, quatre bataillons vont donner
l'assaut. En
première ligne, les bataillons REVERZY et CHARLET, en deuxième ligne, le
bataillon de Tirailleurs BONNARD et le bataillon MONDIELLI. Chacun de ces
bataillons forme deux vagues qui toutes ensemble, à l'heure H, doivent
bondir à l’attaque. A gauche, le régiment se relie au 2e Zouaves, à
droite au 60e R.I. Le
25 Septembre, à la pointe du jour, le Lieu tenant-Colonel LOUIS convoque
à son P. C, simple excavation creusée dans la craie de la tranchée de
première ligne, ses chefs de Bataillon pour leur indiquer l'heure de
l’attaque fixée à 9 heures 15. Déjà,
toutes les unités sont à leur poste ; on procède aux dernières
distributions. Le feu de l'artillerie française redouble de violence ; la
position ennemie est littéralement écrasée d'obus et voilée par la fumée
des explosions. A ce spectacle, l'enthousiasme des zouaves est à son
comble ; ils battent des mains à chaque coup heureux d'un bruyant « métro
». La joie et l'espoir brillent dans tous les regards. Toutefois,
le tir de nos pièces est moins précis qu'on ne l'aurait espéré. Un
grand nombre d'ouvrages ennemis sont toujours intacts et les observateurs
de l'adversaire, restés à leur poste, ont pu discerner les derniers préparatifs
de l'attaque et notamment la mise en place de nos unités dans les parallèles
de départ insuffisamment approfondies. Quelques
minutes avant l’heure de l’assaut, quand ils virent les français
mettre baïonnette au canon, ils comprirent que l'instant décisif était
arrivé et les mitrailleuses ennemies ouvrirent aussitôt un feu des plus
violents sur nos tranchées pour nous empêcher d'en sortir. Mais cette
pluie de balles ne saurait détourner le régiment de son but. A 9 heures
15, il se jette en avant. Profitant
des brèches que nos obusiers de 58 et notre artillerie ont ouvertes dans
les réseaux de fil de fer de l'ennemi, les 5e et 11e Bataillons
franchissent à droite, les trois lignes de tranchées allemandes, et sans
se soucier de ce qui peut se passer sur leurs flancs, ils attaquent la
corne Sud-Est du Bois RAQUETTE. Le Commandant MONDIELLI est blessé : mais
en dépit de la résistance opposée par l'ennemi, les vagues d'assaut
avancent avec succès. La
gauche est moins favorisée. Très éprouvée par le feu des
mitrailleuses, elle se heurte à des réseaux insuffisamment détruits et
subit de lourdes pertes du fait de ce temps d'arrêt. Néanmoins,
les premières tranchées allemandes sont franchies et le Bois N°1 est
abordé au prix de lourds sacrifices. Le Capitaine REVERZY, Commandant le
1er Bataillon, les quatre Commandants de Compagnies et tous les officiers
sont tués. Les
hommes privés de direction sont de nouveau arrêtés. Le
Médecin-Major NOEL MARTIN, qui s'était porté à l'attaque au milieu de
son Bataillon, n'hésite pas à en prendre le commandement. A
sa voix, quatre-vingts zouaves se groupent, et, entraînés par ce chef énergique,
encadrés seulement par deux caporaux, ils reprennent leur marche en
avant, à l’intérieur des lignes ennemies avec les éléments du
bataillon de soutien du 3e Tirailleurs. Mort
du Colonel Louis Cependant,
le Lieutenant-Colonel Louis, revêtu de sa tenue de parade s'est élancé
hors de la tranchée suivi de son Drapeau. Le groupe formé par le
Colonel, la garde du Drapeau et les agents de liaison ne tarde pas à
attirer l'attention de l’ennemi, qui dirige sur lui un feu des plus
ajustés. Le Capitaine adjoint au Colonel est blessé ; le
porte‑drapeau est tué. Le sergent, le caporal et tous les hommes
qui composent la garde sont successivement mis hors de combat. Le Drapeau
est recueilli par le cycliste du Colonel. Peu
après, le Lieutenant-Colonel Louis, qui marchait sur le talus d'un boyau
allemand tombe également frappé à mort. Son cycliste se porte auprès
de lui. Alors, une voix se fait entendre « Le Drapeau en avant »
Qui a poussé ce cri ? On ne sait, mais on obéit. Le Drapeau est relevé
et c'est lui qui maintenant guide le régiment vers l'ennemi. Sous la
rafale, il s'avance ; vingt fois il est abattu, mais toujours une main le
redresse pour le porter toujours plus en avant dans les lignes allemandes. Une
force irrésistible pousse ces hommes au dernier sacrifice. Ils sentent
profondément tout ce que signifie leur geste héroïque. C'est le régiment
qui doit passer en dépit des pertes. C'est la France qui, elle, ne meurt
pas. si les hommes tombent et doit toujours demeurer debout. Bientôt,
tous les zouaves sont tués ou blessés et le Drapeau est tombé à terre.
L'ennemi peut s'en emparer. Un sergent-major du 3e Tirailleurs le saisit,
mais est frappé mortellement à son tour; enfin un simple tirailleur est
assez heureux pour le relever une dernière fois et le remettre entre les
mains du Général DEGOT, Commandant la Brigade, qui, à la suite des
zouaves, s'est porté dans les tranchées allemandes, et se fait le
gardien du glorieux emblème, désormais hors de danger. Mort
du Commandant Charlet Malgré,
la perte de la plupart des officiers et des chefs de section, les vagues
d'assaut qui, sous la violence du feu se sont mélangées, continuent, sur
la droite leur avance rapide. Elles
s'emparent d'une batterie de 105 en action et s'enfoncent dans le Bois
RAQUETTE où un centre de résistance récemment construit à l’intérieur
du bois, les oblige à se diviser en deux groupes. Celui
de droite dépassant le bois, pénètre profondément dans la ligne
adverse ; ses éléments avancés sont pris à revers et submergés. Le
groupe de gauche, violemment contre-attaqué, est obligé de céder
momentanément un peu de terrain, mais bientôt la situation est rétablie.
Malheureusement le Commandant CHARLET, deux de ses Commandants de
Compagnies et le Père EDOUARD étaient tombés glorieusement autour du
fortin dont le régiment avait pris possession. En
fin de journée, il tenait la clairière entre le Bois VOLANT et le Bois
RAQUETTE, la majeure partie de ce bois, et, sur la droite, en liaison avec
le 60e RI, toute la troisième ligne allemande. Le
3e Zouaves ne comptait plus que 350 combattants valides et n'avait plus
que 7 officiers, qui, au cours de la nuit du 25 au 26 s'employèrent à
organiser la défense du terrain conquis sous le commandement d'un
capitaine tout nouvellement promu, que secondaient activement les Médecins-Majors
NOEL MARTIN et GENOVA, occupés à relever et à soigner avec un
inlassable dévouement les nombreux blessés. Les
jours suivants, l'attaque se poursuit ; mais trop éprouvé, le 3e Zouaves
passe en réserve de brigade. Il campe dans le Bois RAQUETTE conquis en
entier, et assume le ravitaillement des premières lignes. Le
29 Septembre, le Chef de Bataillon PHILIPPE, du 2e Zouaves, est nommé
Lieutenant-Colonel et vient prendre le commandement du régiment qui, après
quelques jours encore passés dans la région, est envoyé au repos dans
le Nord. En
CHAMPAGNE, le 3e de Marche venait d'écrire pour toujours, en lettres de
sang, son nom glorieux. Le Colonel, deux chefs de Bataillon tués, le
troisième blessé ; 40 officiers et plus de 1800 hommes hors de combat,
tel fut le bilan terrible de ces rudes, mais belles journées. Le Général
GOURAUD tint à rendre au 3e Zouaves l'hommage qui lui était dû et le
cita en ces termes à l’ordre de la IVe Armée : «
3e Régiment de marche de Zouaves » «
Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Louis, le 25 septembre 1915,
s"est rué à l'assaut des positions allemandes avec un élan et un
enthousiasme qui confinent au sublime. Bien que pris de tous côtés par
un feu formidable d’artillerie et d'infanterie, s'est enfoncé comme un
coin dans les lignes ennemies qu'il a crevé sur une profondeur de plus de
deux kilomètres, s'est emparé de 11 pièces d’artillerie et de 9
mitrailleuses, a fait 400 prisonniers et ne s'est arrêté, bien
qu’ayant perdu son chef et presque tous ses cadres, que lorsqu’il a été
à bout de souffle. Dans toutes les circonstances où il a été engagé
depuis le début de la campagne, s'est montré à la hauteur des vieux régiment
de Zouaves. En Champagne, il les a dépassé, Déjà le 19 septembre 1914,
il avait pris un drap à l’ennemi ». Signé
GOURAUD Il
convient de mentionner ici les citations suivantes qui consacrent la
gloire des deux héroïques officiers supérieurs tombés au Champ
d'Honneur « Lieutenant-Colonel
LOUIS : Chef dans la grande acceptation du mot ; volonté de fer ;
Est tombé glorieusement à coté de son drapeau dans l'attaque du 25
septembre qu’il avait si méticuleusement préparée ». « Chef
de bataillon CHARLET : Brave comme son épée ; déjà deux fois cité à
l'ordre de l’Amée. A été l'âme de la ruée sublime du 3e Zouaves,
dans le journée du 25 septembre. Est tombé à la tête de ses Zouaves,
mortellement, frappé ». Dunkerque
- Le Repos Embarqué
le10 Octobre à SAINT-HILAIRE-AU-TEMPLE, le régiment est transporté dans
la région de DUNKERQUE. Pour
la première fois depuis son entrée en campagne, il va jouir d'un repos
prolongé. Cette perspective n'est pas faite pour attrister les zouaves déjà
tous émus par l’accueil chaleureux que leur fait la population de
ZEGGERS-CAPPEL, LOOBERGHE, PETITE-SYNTHE. Au
surplus, ce n'est pas le travail qui manque ; il importe de réorganiser
le régiment, de recevoir et d'amalgamer les renforts. Le
Commandant TORLOTTING est placé à la tète du 1er Bataillon ; le
Commandant THIRY remplace au 5e le Commandant CHARLET. L'instruction
des mitrailleurs, des grenadiers et des spécialistes de toute nature, se
poursuit activement. Trois
mois se passent ; le 7 janvier, la 37e Division est enlevée par voie ferrée
pour rejoindre, dans la région de BAR-LE-DUC le Vlle Corps, auquel elle
est affectée. Les
zouaves trouvent auprès des habitants de ROBERT-ESPAGNE, TREMONT, BBENEY,
le même accueil sympathique que dans le Nord, sympathie qui ira toujours
grandissante lorsque après les « coups de chien », le 3e Zouaves
viendra « souffler » dans la région. Dès
Janvier, la situation générale se précise sur le front français. Le
Kaiser, dit-on, projette une entreprise qui doit finir la guerre « sur un
coup de tonnerre ». Dans les milieux bien informés, on chuchote que
VERDUN sera le premier objectif des allemands ; Ils ne passeront pas,
s'empresse-t-on d'ajouter, et cette affirmation, qui est dans toutes les
bouches, va devenir la prophétique et fière devise des défenseurs de
notre citadelle inviolée. Un
séjour du 3e Zouaves au Camp de MAILLY est brusquement interrompu le 11 Février
par une alerte ; il regagne les cantonnements précédents. Trois jours
après, enlevé en auto-camion, le régiment est transporté près de
SOUILLY. De là, par un temps épouvantable, il gagne ISSONCOURT, et le
lendemain, sous une pluie incessante et glaciale, va occuper IPPECOURT. Verdun Février
1916 Le
21 au matin, une violente canonnade se fait entendre ; le téléphone
transmet l'ordre d'alerte ; il n'y a cependant pas à bouger encore. Le
lendemain. nouvelle canonnade, nouvelle alerte. Le régiment se porte sur
ANSEMONT, où il reçoit quelques obus destinés au Pont de la Meuse. Le
23, dans la matinée, il s'achemine sur FLEURY devant DOUAUMONT. Après
une nuit passée au bivouac, que la rigueur d'un froid de quinze degrés
rend excessivement pénible, le Colonel reçoit l'ordre de porter le régiment
dans le ravin au SUD-EST de LOUVEMONT, pour être en mesure d'agir soit en
direction du BOIS LE CHAUME, soit en direction de la CROUPE 344. Successivement,
les bataillons. par le RAVIN DES VIGNES, et la rive gauche de la MEUSE, se
dirigent sur le village de BRAS, en formation largement ouverte. En
cours de route, des renseignements sont fournis par les blessés, venus de
l'avant « Le village de SAMOGNEUX est, disent‑ils, tombé aux mains
des allemands celui de LOUVEMONT aurait été évacué par les Français.
» Sans se laisser émouvoir par ces nouvelles alarmantes, le régiment
poursuit sa route comme à la manoeuvre et atteint le RAVIN DE HEURIAS, où
il s'établit en position d'attente. Confirmation
officielle est donnée au Chef de Corps de la progression inquiétante des
allemands qu'il faut arrêter coûte que coûte. Le 11e Bataillon qui
avait pris la tète, reçoit l'ordre de prendre position sur la côte du
POIVRE ; le 5e Bataillon sur les hauteurs à l’Est de la route de
LOUVEMONT, que tient toujours le 2e Tirailleurs. Le
1er Bataillon tout d'abord en réserve, allait être employé en partie,
le lendemain, pour renforcer le 5e Bataillon. Les
deux Bataillons de tête vont aussitôt prendre leurs emplacements et
gravissent, dans un ordre parfait, les pentes abruptes dominant le ravin.
A leur débouché sur la crête, ils sont salués par un bombardement
d'une violence inouïe. Les obus de 210, en crevant la croûte de terre
gelée, font retomber sur les hommes, en même temps que leurs éclats, d'énormes
mottes de terre durcie, soulevées par les explosions. Au
retour d'une reconnaissance, et tandis qu'il disposait ses compagnies au
Nord de la COTE 342, le Commandant MONDIELLI, Chef du 11e Bataillon, est
atteint d'un éclat d'obus et transporté à l'arrière. En
dépit du bombardement que la nuit seule ralentit un peu, le 3e
Zouaves se met à l'oeuvre pour organiser ses positions. Les
hommes travaillent avec tant d'ardeur, que, malgré la température
glaciale, ils souffrent d'une soif cruelle qu’ils apaisent en absorbant
de la neige. u
moyen d'outils portatifs, on approfondit les tranchées existantes et on
en creuse de nouvelles ; ainsi se passe la nuit. Le
25, à 7 heures, des coups de fusil signalent l’arrivée de l'ennemi.
Dans le ravin de VACHERAUVILLE à l’Ouest de LOUVEMONT, le bombardement
de plus en plus intense, atteint une violence qui n'avait jamais été
constatée encore. A 14 heures, le tir de l'artillerie s'allonge et
l'ennemi se porte à l'assaut. Enhardi par les succès des jours précédents,
il croit pouvoir en finir avec nous. Cette dernière résistance vaincue,
VERDUN est à lui ; mais de notre côté, nous veillons. Ce
n'est pas seulement une position importante qu'il s'agit de défendre.
Chacun a compris que VERDUN symbolise la résistance française ; coûte
que coûte, il ne faut pas que l'ennemi passe, et il ne passera pas. Le
canon qui tonne depuis trente heures n'ébranle pas la fermeté des défenseurs ;
on pourra mourir s'il le faut, on ne reculera pas. Les
vagues ennemies s'avancent nombreuses et serrées, mais accueillies par le
feu des fusils et des mitrailleuses, saisies d'une sorte de panique, elles
reculent, et, après avoir subi des pertes importantes, refluent en désordre
jusqu'au fond du ravin. L'insuccès
de cette première tentative ne décourage pas les allemands ;
l'enjeu est si beau, l’objectif parait si rapproché !. Après
un nouveau bombardement, ils prononcent une nouvelle attaque aussi
violente que la précédente. Sur certains points, les ennemis parviennent
près de nos tranchées, mais, comme la première fois, ils sont refoulés
et subissent des pertes encore plus sensibles. A plusieurs reprises,
l'ennemi tente de déboucher du village de LOUVEMONT et des crêtes situées
à l’Est. Sous
le choc de ces assauts incessants, des actes d'héroïsme se multiplient
qui mériteraient d'être cités. C'est ainsi que les allemands ayant réussi
à pousser en avant plusieurs mitrailleuses, le zouave mitrailleur DEFAUX
n’hésite pas : Il braque sa pièce sur celles de l’ennemi et engage
avec elles un duel hélas trop inégal. Bientôt, une balle l'atteint en
pleine poitrine, mais en tombant DEFAUX s’écrie : « Ça va bien !
C'est pour la France ». Plus
loin, un autre mitrailleur regarde, navré, sa pièce impuissante dans un
moment aussi critique ; un obus vient d'en briser le trépied. Mais son
aide a une idée toute simple ; il s'accroupit et fait placer sur ses épaules
la pièce qui recommence à semer dans les rangs ennemis, la panique et la
mort. A
la tombée de la nuit, nous conservons toutes les positions que nous
occupions la veille. Cependant
l’ordre de repli arrive. La nouvelle est si inattendue, que, croyant à
une erreur, les chefs de Bataillon demandent confirmation écrite de cet
ordre. Les prescriptions sont formelles, il faut obéir. Le
décrochage s'opère sous la protection de quelques éléments qui
rejoignent le lendemain matin le régiment rassemblé à BELLEVILLE. Impressionnés
par l’attitude décidée des défenseurs de la COTE DU POIVRE, les
allemands n'osèrent pas renouveler leurs attaques. Aussi,
le général Commandant le 30e Corps d’Armée rendit en ces termes,
hommage à la solidité du régiment dans la journée du 25 Février « Le
3e Zouaves a écrit ce jour-là, la plus belle page de son histoire. S'il
ne s'était trouvé là pour arrêter l'ennemi, la ligne française était
enfoncée et VERDUN était pris ». Avril
1916 Le
régiment reste en alerte deux jours à BELLEVILLE. prêt à marcher
encore; là ou la situation sera le plus critique ; mais le danger est
conjuré. Par
auto-camions, il gagne RUMONT, où il ne fait que passer. Puis à pied, du
6 au 9 Mars, le régiment se porte à CHATENOIS. Etapes longues par un
vilain temps de neige qui rend la route glissante et pénible pour des
hommes lourdement chargés. Mais le nouveau cantonnement est bon et fait
vite oublier les misères des jours précédents. On se repose des
renforts arrivent. Les séances d'exercice sont reprises. Le 16, le Général
JOFFRE passe la division en revue; le 3e Zouaves y est représenté par
son Drapeau et un Bataillon. Le
26, on remet sac au dos, et par MERICOURT et SAVIGNY, on se porte à
VILLERS-SUR-MOSELLE. Pendant quinze jours encore, on goûte les douceurs
de l'arrière. Le commandant DE MIQUEL remplace au 5e Bataillon le
Commandant THIRY, évacué. Le
12 Avril, le régiment est embarqué à BAYON, transporté à
LIGNY-EN-BARROIS, d'où il se dirige sur VERDUN. Avril-Mai-Juin
1916 C'est
la période critique de l'interminable bataille. Les allemands font effort
par les deux rives de la MEUSE. Résolue dans sa résistance, l'armée de
VERDUN fait tête et tient avec opiniâtreté. Pendant
deux mois et demi, le 3e Zouaves va garder le secteur d'AVOCOURT, passant
alternativement une dizaine de jours en ligne et une dizaine de jours en réserve,
soit à BRABANT, Soit à RÉCICOURT. La tâche est rude ; le Bois
CARRÉ, l'ouvrage des RIEUX, viennent d'être reconquis et il s'agit de
les organiser. Les tranchées rares et à peine ébauchées n'offrent
qu’une protection insuffisante contre une artillerie ennemie très
active. Sous
les bombardements ininterrompus, le travail est incessant.; le temps se déclare
contre nous. Les
pluies fréquentes détrempent le sol défoncé par les projectiles; les
tranchées s’effondrent et l'on vit dans la boue, dans l'horrible boue
de VERDUN. Des
deux côtés, on cherche à s'approcher pour mieux s’observer et bientôt
en certains points, les petits postes sont à peine à dix mètres les uns
des autres. Cette proximité impose la lutte à la grenade c'est à qui en
jettera le plus pour neutraliser et démoraliser son adversaire. De temps
en temps, la torpille vient mêler sa note brutale à ce concert
assourdissant. Malgré
ces difficultés, tranchées, boyaux, abris se creusent, souvent transformés
en entonnoirs par l’éclatement des obus. L'adversaire voit des réseaux
de fils de fer et des chevaux de frise se dresser inopinément devant lui. Exposés
à toutes les intempéries, nos soldats doivent, au prix d'efforts
surhumains, reprendre continuellement un travail qui ne s'achève jamais.
Les relèves et le ravitaillement s'opèrent avec les plus grandes
difficultés. Accablés par les obus qui pleuvent, aveuglés par la flamme
de nos pièces d'artillerie, ils doivent parcourir rapidement les pistes
gluantes de la forêt de HESSE. En certaines de ces parties, les cuisines
roulantes elles-mêmes, doivent y être lancées au galop. Toutes
les tentatives de l'ennemi sont déjouées par contre le 12 Mai, le régiment
réussit un coup de main qui nous livre des prisonniers. Stainville
Repos Mais
nos forces diminuent. Nos pertes sont élevées, la relève est décidée.
Le 344e R. I. arrive dans la nuit du 1er au 2 Juillet. Le 3e Zouaves
descend des lignes et se rend par autos à STAINVILLE-MENIL-SUR-SAULX, où
les circonstances ne lui permettront qu'un repos de courte durée. Les
allemands, en effet, réalisent depuis quelques jours sur la rive droite
de la Meuse et dans la direction de VERDUN, une progression inquiétante.
THIAUMONT, FLEURY sont tombés. L'ennemi approche de SOUVILLE et menace de
forcer les derniers retranchements de la citadelle. Juillet
1916 Le
12 Juillet, dans la matinée, le régiment se voit enlevé en autos et
transporté à VERDUN où il cantonne. Le
13 et le 14 sont employés aux préparatifs d'attaque et aux
reconnaissances. Celles-ci
ne font que confirmer la situation précaire de notre ligne de défense.
Entre SOUVILLE et la COTE DE FROIDETERRE, la position n'est plus gardée
que par des groupes peu nombreux de fantassins blottis dans des trous
d'obus. LA CHAPELLE-SAINTE-FINE et la POUDRIÈRE DE FLEURY sont aux mains
de l'ennemi mais, du côté français, on l'ignore encore, tant
l'incertitude est grande au sujet de l'étendue de l'avance allemande. Il
semble que la forteresse soit à la merci du moindre effort. C'est
dans ces tragiques circonstances que la 37e Division monte en ligne le 14
Juillet au soir. Le
3e Zouaves se dispose à sa place de bataille au Sud de FLEURY, entre le
PETIT Bois et 1'ABRIS DES QUATRE CHEMINÉES; le 1er Bataillon au pied de
la CROUPE DE FLEURY, le 5e Bataillon à sa gauche, en travers du RAVIN DES
VIGNES, le 11e Bataillon en soutien, derrière le centre du dispositif. Il
a comme objectif la crête et le VILLAGE DE FLEURY, Le
15, à 7 heures 55, le régiment se porte à l'attaque, sur un terrain découvert,
dominé de tous côtés par des crêtes d'où l'ennemi, invisible,
concentre sur nos vagues d'assaut, le tir de ses mitrailleuses. Mort
du Commandant Torlotting Sous
les rafales meurtrières, l'avance est pénible et bientôt elle est complètement
enrayée. Le Commandant TORLOTTING blessé mortellement d'une balle au
ventre, reste étendu jusqu'au soir sur le terrain sans qu'on puisse lui
porter secours. Le
Capitaine Louis, jeune et énergique officier, qui était parti à
l'attaque avec un fusil à la main, gisait à ses côtés. Tué
aussi, le Capitaine BOUQUET, engagé comme simple zouave, à 53 ans, en même
temps que ses deux fils entre lesquels une balle allemande vint le
frapper. Tous
les officiers du 1er Bataillon et plus de la moitié des hommes sont hors
de combat. Le Bataillon de gauche (5e) n’est guère moins éprouvé.
La situation de ces éléments accrochés au terrain est très critique,
car un violent barrage d'artillerie et de mitrailleuses interdit toute
communication avec eux. Le
Bataillon de réserve (11e), qui veut intervenir, se voit, à
son tour, bloquer par l'intensité du feu de l'adversaire. Les survivants
sont contraints de rester immobiles, le reste de la journée dans des
trous d'obus qui n'offrent qu'un abri insuffisant contre le tir fichant de
l'adversaire. Enfin
la nuit rend quelque liberté à nos mouvements; vite, on approfondit les
trous existants, on les relie entre eux on organise ainsi sur la position
conquise chèrement, des éléments de tranchées. Le
2e Zouaves, venu dans la nuit pour continuer l'attaque, déclanche sans
succès son mouvement. Les deux bataillons du 3e, les plus éprouvés,
sont relevés au cours des deux nuits suivantes, tandis que le 11e est
maintenu en ligne. Il
exécute, lui-même, le 18 une nouvelle attaque. Cette tentative héroïque,
vouée d'avance à l'insuccès, donne la mesure de ce qu'était l'esprit
de sacrifice du régiment. Au
moment de l'assaut, le Lieutenant PROFFIT, commandant une compagnie se
dresse sur le parapet, s'avance d'une cinquantaine de mètres, se
retourne, salue ses hommes et s'écrie :
En avant… Ce mépris absolu de la mort, cette bravoure réfléchie,
déchaînent l'enthousiasme des zouaves. Surmontant
son extrême fatigue. bravant les rafales de mitrailleuses, la troupe s'élance
sur les traces de ce vaillant officier. Tant
d'héroïsme ne fut pas prodigué en vain. Par sa vigoureuse intervention,
la 37e Division avait conjuré le danger qui menaçait la place. Epuisée,
elle laissait à d'autres troupes le soin de continuer la progression
commencée. Dés lors, l'ennemi ne cessa de reculer. Le mois de Juillet
1916 marqua, dans la Bataille de VERDUN, la fin de la période défensive
et le début de l'offensive. Lorraine Après
quatre jours passés au CAMP DE NIXEVILLE, les éléments du 3e Zouaves,
retirés du secteur, sont transportés à SAPIGNICOURT et à PERTHES.
C'est là, que le 24, le 11e Bataillon resté en ligne vient rejoindre le
régiment. Celui-ci est dirigé le 13 Août sur CHAMPIGNEULLE, d'où à
peine descendu du train, il se porte sur PONT-A-MOUSSON, où il doit tenir
nos lignes du 17 Août au 27 Septembre. Pendant
cette courte période, aucun fait saillant. Le secteur est très calme.
Toute l'activité se borne à des patrouilles; au cours de l'une d'elles,
un petit poste ennemi est enlevé. Le
beau temps favorise l'exécution de travaux importants qui s'exécutent
sans être troublés par l'ennemi, tandis que des hauteurs du XON, où nos
sentinelles font bonne garde, on peut apercevoir, toute proche dans la
nuit sereine, la lueur de METZ qu'un instant après la visite de nos
avions plonge dans l'obscurité. Relevé
par le 170e R. I., le régiment est dirigé sur FAINS (par BAR-LE-DUC), où
il demeure jusqu'au 1er Novembre. Le régiment reçoit un nouveau Chef de
Bataillon, le Commandant DE METZ, affecté au 5e Bataillon, en
remplacement du Commandant DE MIQUEL, passé à l'Etat-Major. Déjà,
quelques semaines auparavant le Commandant d'Auzac de la Martinie avait
pris le commandement du 1er Bataillon. Verdun Novembre
1916 De
nouveau, la Division est appelée à VERDUN. Elle doit y occuper un
secteur au Nord-Est de la ville. La 73e Brigade monte en ligne la première.
Elle sera relevée dans quelques jours par la 74e Brigade, placée en réserve
à la citadelle. Nuit
et jour, le canon tonne sans arrêt. Des reconnaissances sont envoyées
les 7, 8 et 9 Novembre. Elles reviennent harassées, racontant les visions
dont elles ont été témoins. DOUAUMONT,
que l'ennemi avait conquis au prix de pertes inouïes, lui a été de
nouveau arraché après de durs combats, et c'est le terrain bouleversé
de la lutte que nous devons occuper. Maintenant, sur les glacis du fort
que les Français tiennent pour toujours, l’artillerie ennemie déverse
sans compter, des projectiles de tous calibres. Les bois n'existent plus ;
le terrain argileux, fouillé par la mitraille, sans cesse retourné par
de formidables explosions, s'est transformé sous l'action de la pluie et
de la neige en une mer de boue gluante. Malheur à qui s'écarte des
pistes où l'on enfonce déjà jusqu'à mi-jambe; il court grand risque de
s’enliser et de périr s'il n'a le bonheur d'être retiré par plusieurs
camarades. C'est
dans de pareilles conditions que le 3e Zouaves tient ce secteur, du 12 au
24 Novembre les bataillons occupant successivement par périodes de 4
jours, soit les premières lignes, soit les environs de 2600, soit enfin
les QUATRE CHEMINEES. La
tâche est particulièrement dure sur les glacis du fort où les zouaves,
blottis dans les trous, plongés jusqu'au ventre dans une eau boueuse,
observent sans broncher la consigne donnée : tenir Et
ils tiennent sous le marmitage incessant, sous la neige et malgré la
faim, car le ravitaillement est presque illusoire; c'est ainsi que le 13
Novembre, il n'arrive à un bataillon qu'un seul bidon de vin pour tout
son effectif. Aux
agents de liaison est dévolue une tâche ingrate et difficile. Dans la
nuit noire, pour remplir leur mission, ils risquent de s'enliser ou de se
perdre. Porteur d'un ordre important, le zouave BONFILS s'égare dans les
ruines du village de DOUAUMONT où nos postes sont enchevêtrés avec ceux
de l'ennemi. Entouré et saisi par les allemands, il feint de se résigner
à son sort et détruit le pli qu'il porte mais il n'est pas homme à
rester prisonnier. Il s'oriente et s’élance vers les nôtres. Les
adversaires dépités, tirent sur lui et l'atteignent à la jambe, mais,
surmontant ses souffrances, BONFILS continue sa course et rentre dans nos
lignes. En
deuxième ligne, en réserve, la situation est aussi pénible :
l'allemand était encore là il y a quelques jours ; il connaît tous les
coins où il est possible de s'abriter et son tir précis en est la
preuve; mais l'entrain du 3e Zouaves résiste à tout. Un
210 vient tomber sur l'entrée d'un abri qui, tout entier roule et tangue ;
le tonnerre de l'explosion se produit, éteignant la lumière et
emplissant la caverne de fumée. Mais dans le silence qui suit, un cri
puissant s'élève gouailleur « Fermez les contrevents, N... de D... »
et le rire qui éclate, prolongé, aide à attendre avec plus de
confiance, les obus qui suivent. Décembre
1916 Le
24 Novembre, le régiment redescend les rangs bien éclaircis, dans la région
de Perthes; le Commandant d'AUZAC, Commandant le 1er Bataillon est grièvement
blessé pendant la relève. MANQUE
LES PAGES 36-37 course,
enlève la tranchée des DEUX PONTS, atteint et dépasse le VILLACE DE
BEZONVAUX, déjà occupé la veille par une compagnie de chasseurs de la
Division voisine, mais qui, bloqués étroitement dans leur conquête,
poussent des cris de joie en voyant arriver leurs sauveurs. Le
Sous-lieutenant GOUJON tombe mortellement atteint. C'est
le sergent JACOB qui prend le commandement; il ne lui reste plus qu'une
soixantaine d'hommes. Qu'importe? il atteindra son objectif coûte que coûte. Donnant
l'exemple, il gravit la côte suivi de son groupe héroïque et forçant
à fuir les servants d'une mitrailleuse ennemie, il pénètre dans la
TRANCHEE BOCHEMAR. Celle-ci
que l'artillerie française continue à arroser de projectiles est aussitôt
prise à partie par les pièces allemandes. Ce double tir rend la position
intenable. Le sergent JACOB rend compte de la situation en quelques mots
lapidaires « Nous sommes une soixantaine de zouaves écrasés par
les obus français et allemands, écrit-il à son Chef de Bataillon, mais
nous ne voulons pas nous en aller. Envoyez du secours et faites taire les
canons français. » De
la corne Nord du Bois HASSOULE, la petite troupe a été aperçue et les
renforts sont déjà en route. Bientôt sur une largeur de 600 mètres, la
position est occupée en forces et, sur la gauche, le 3e Tirailleurs arrêté
par la tranchée WEIMAR, désormais débordée, atteint à son tour le
BOIS DES CAURIERES, parachevant dans sa zone d'action la belle victoire du
régiment. Ce
succès valut au 3e Zouaves une citation à l'Ordre de la IIe Armée,
ainsi libellée: Sous
les ordres du Lieutenant-colonel PHILIPPE, s'est élancé avec
enthousiasme à l'assaut des tranchées allemande en partant d'un terrain
extraordinairement difficile, sous un bombardement violent et sous le feu
des. mitrailleuses. A
emporté d'un seul élan la première position, et, grâce à une
manoeuvre habile, après 24 heures de combats incessants, a atteint son
objectif final, 3 kilomètres du point de départ. S'est emparé de 10 pièces
d'artillerie, de 9 pièces de mitrailleuses prises de haute lutte, de dépôts
de munitions considérables, faisant en outre plusieurs centaines de
prisonniers ». Le
régiment avait largement acquis durant l'année 1916, le droit d'inscrire
le nom de VERDUN sur les plis de son glorieux drapeau. Trois
mille trois cents hommes hors de combat, tel était alors le chiffre éloquent
des pertes subies par lui, sous les murs de l'immortelle citadelle. Le
3e Zouaves allait encore au cours de l'année suivante, combattre à
nouveau, par deux fois, sur ce champ de bataille, si largement arrosé de
son sang. Après
une relève commencée le 18 Décembre, le 3e Zouaves gagne par autos la région
de VASSY, qu'il quitte au commencement de Janvier, pour le CAMP DE MAILLY
et cantonne à BREBANT et CORBEIL. Le
9 Janvier, une Compagnie d'Honneur représentant le régiment se rend à
TANNOIS, où le Général en Chef NIVELLE épingle à la Croix de Guerre
du Drapeau, la 3e palme. Le 16, le Lieutenant-colonel PHILIPPE remet à
ses zouaves la fourragère. Quelques jours après, c'est le Général de
Division GARNIER-DUPLESSIS qui, après une revue, vient dire au régiment
tout son contentement. Reims
La Neuville 1917 Le
28 Janvier 1917, le régiment quitte le CAMP DE MAILLY pour gagner REIMS,
où il arrive le 15 Février. Ces étapes sont rendues pénibles et par un
froid rigoureux de quinze à vingt degrés, et par le mauvais état des
cantonnements. Du
15 Février au 14 Mars, on confie à nos troupes la garde du secteur de
BETHENY-LE-LINGUET. Pendant cette période, toutes les tentatives ennemies
pour forcer nos lignes sont déjouées. Une fois de plus, le 3e Zouaves
montra qu'il ne se laissait ni entamer, ni surprendre. Le
5 Mars, un de leurs strosstrupp avant fait irruption à la faveur d'un
intense bombardement dans le secteur de la 43e Compagnie, un groupe ennemi
se présente en arrière de nos sentinelles doubles, se saisit de deux
zouaves avant qu'ils aient pu donner l'alarme, les désarme et se fait
conduire auprès de nos mitrailleuses pour s'en emparer. Les zouaves font
semblant de les guider, puis en arrivant près de nos tranchées, ils se dégagent
dans un corps à corps, où ils déploient une grande bravoure, et, aussi
héroïques que jadis le chevalier d'ASSAS, renouvellent l'exploit du
zouave inconnu du pont de DRIE GRATCHEN, ils crient aussi à nos
mitrailleurs : Tirez, ce sont
les boches !. Plus
heureux que le héros dont s'honore le 1er Zouaves, les zouaves DEMOLIS et
RUELLAND, réussissent à gagner nos lignes sans être atteints et sont récompensés
aussitôt par le Général de Division. Préparation
de l'Attaque du 16 Avril Après
une courte détente dans la région d'HERMONVILLE, le régiment occupe les
bords du canal de l'AISNE, vers LA NEUVILLE. Là encore, nous avons à
endurer bien des souffrances physiques ; la neige, la pluie tombent chaque
jour. Détrempées par l'eau, bouleversées par les obus, les pistes sont
presque impraticables et les tranchées sont transformées en ruisseaux de
boue. C'est
dans de telles conditions matérielles que nos zouaves vont, non seulement
faire face aux allemands, mais encore préparer la grande offensive qui
est imminente. Nos
travaux d'approche inquiètent l'ennemi qui, pour recueillir des
renseignements est prêt à tous les sacrifices. Le
4 Avril, après une sérieuse préparation d'artillerie, le front français
est rompu sur les deux flancs du régiment ; les allemands s'infiltrant
par ces brèches, arrivent dans le dos de nos compagnies de première
ligne et le combat s'engage dans un violent corps à corps. La 41e entourée
de toutes parts, résiste victorieusement pendant quatre heures. Le
sergent mitrailleur BONNARD, l'adjudant JACOB, le héros de BEZONVAUX, se
font remarquer par leur ardeur dans la lutte. Le
poste de commandement du Chef de Bataillon complètement isolé est défendu
avec acharnement par la section de l'adjudant CANIVEZ : un fléchissement
et elle est rejetée dans le canal. Les allemands sont à quinze mètres
et couvrent le poste de grenades. Derrière ses hommes qui combattent et
cramponnés au talus, tirent sur l'ennemi à bout portant, l'adjudant se
promène et d'une voix qui domine le fracas crie : « Un carton,
Messieurs ! 10 centimes le carton » Grâce
à l'esprit de décision du Lieutenant-colonel PHILIPPE et au dévouement
de tous, une contre-attaque reprend le terrain occupé et délivre les défenseurs
des flots de résistance qui n'avaient pas voulu se laisser submerger :
l'ennemi regagne son point de départ. 16
Avril 1917 Nous
sommes à la veille de cette attaque que tant de lèvres plus ou moins
discrètes annoncent depuis bien des semaines. La
progression du régiment doit s'effectuer suivant la direction générale
LA NEUVILLE, Bois EN DENTELLE, BERTRICOURT. La
nuit du 15 au 16 qui précède l'attaque est froide et pluvieuse; blottis
contre les talus humides et gluante, les pieds enfoncés dans la boue, les
combattants attendent l'heure du départ. A
6 heures, les Zouaves franchissent le parapet. La sortie est superbe; on
se croirait à la manoeuvre. Mais bêlas, cette vision est courte. De tous
les points des lignes allemandes, des mitrailleuses crépitent et nos
hommes tombent. Malgré tout, on progresse, tantôt courant, tantôt se
couchant pour attendre l'accalmie ; péniblement on gagne du terrain. Les
pertes sont cruelles; presque tous les officiers sont tombés. Les
quelques éléments qui ont pu approcher de la ligne ennemie sont arrêtés
par un puissant réseau, encore intact, défendu par des adversaires au
coude à coude, protégés par un tir de barrage ininterrompu d'artillerie
et de mitrailleuses. Devant
cette barrière redoutable, le plus courageux est impuissant. Tout contre
le réseau allemand, nos groupes clairsemés s'arrêtent, et, des trous
d'obus où ils sont contraints de chercher un refuge, ils combattent
jusqu'à la dernière cartouche, jusqu’à la dernière grenade. Tout
ravitaillement est impossible quiconque lève la tête est mort. Nos
soldats sont fusillés presque à bout portant par des ennemis qui tirent
sans danger. Qui
pourrait décrire les transes éprouvées pendant des heures interminables
par ces hommes condamnés à subir sans pouvoir y répondre, un feu
meurtrier, et qui attendent, la baïonnette en main, l'irruption d'un
ennemi qui peut à tout instant les aborder. A
11 heures, après une courte préparation de notre artillerie, dont les
obus soumettent nos éléments avancés à une nouvelle épreuve, une
deuxième attaque est tentée par nos fractions de réserve mais cette
attaque est paralysée à son départ et désormais, sans espoir d'être
secourus, les zouaves restés entre les lignes attendent que la nuit leur
donne une chance d'échapper à la captivité ou à la mort. Le soir, à
la faveur de l'obscurité, les rares survivants rampent vers notre parallèle
de départ. Leur rentrée provoque plus d'une inévitable méprise. Cependant
les secours s'organisent et de courageux brancardiers se mettent à la
recherche des blessés qui n'ont pu se tramer jusqu'à nous. Les
journées du 17 et du 18 se passent sans que soit tentée une attaque,
qu'on sent vouée à l'insuccès. Pendant
la nuit du 18 au 19, Un corps russe relève le régiment qui se replace en
réserve, non loin de la première ligne à l'Ouest du CANAL DE L'AISNE A
LA MARNE. Le
même jour, le régiment doit appuyer les Russes qui attaquent le MONT
SPIN. Après avoir fait une sortie magnifique et réalisé quelques progrès,
les Russes sont assaillis de tous côtés par des feux d'infanterie et de
mitrailleuses. Tous leurs officiers tombent ; la troupe est
affreusement meurtrie. Traqués de toutes parts, ses débris se replient
en désordre sur la tranchée de départ, mettant en danger nos propres
positions. Le 3e Zouaves se reporte aussitôt en ligne, à travers un terrain dépourvu ou à peu prés, de tout boyau de communication
et continuellement battu par des tirs de barrages et des feux de
mitrailleuses. Enfin,
pendant la nuit du 20 au 21, le régiment épuisé est relevé définitivement. Cette
attaque qui laisse un souvenir pénible à tous ceux qui l'ont vécu,
avait coûté près de 100 tués identifiés, 200 disparus et 400 blessés,
dont le Commandant BEFF, commandant le 1er Bataillon. Le
23 Avril, le régiment cantonne à FLEURY-LA-RIVIERE. C'est là que le
Commandant MONDIELLI en prend définitivement le commandement en
remplacement du Lieutenant-colonel PHILIPPE, qui, terrassé par la
maladie, se voit contraint de quitter le commandement de son cher régiment. La
Lorraine Bauzemont Très
affaibli par les opérations de LA NEUVILLE, le régiment vient prendre en
LORRAINE un repos nécessaire. Du
1er Mai au 10 Août, les zouaves sont tour à tour les hôtes choyés des
cantonnements de repos des régions de TOUL, de LUNEVILLE et les gardiens
vigilants du secteur de BAUZEMONT. Cet
arrêt relatif dans l'action est une saine convalescence morale et
physique pour tous. Le printemps bat son plein; la campagne n'est que
fleurs et verdure et forme un violent contraste avec les terrains désolés
et bouleversés que l'on vient de quitter où la mort régnait en maîtresse.
Des distractions sont offertes aux zouaves. Déjà
à TRACY-LE-VAL et à ROBERT-ESPAGNE, des artistes du régiment, avaient
constitué un embryon de théâtre pour offrir à leurs camarades des soirées
récréatives. L'institution prend corps et devient un service important
du régiment qui contribue à entretenir la bonne santé morale. Grâce
aux efforts, à l'initiative intelligente et à la persévérance dans
l'accomplissement de l'oeuvre entreprise des zouaves BERTRAND et BONFILS,
la troupe théâtrale prospéra au régiment, digne émule de celle que
leurs anciens avaient créée en CRIMEE. Elle atteignit son apogée après
l'armistice et au cours de la période d'occupation, sous la direction
musicale du zouave FAURE ; elle groupa plus de quinze excellents
artistes. Le
10 Août 1917, le 3e Zouaves est appelé en CHAMPAGNE ; Il y est cantonné
à LHERY (MARNE). Se tenir prêt à toute éventualité, telle est la
consigne. Mais l'attaque que prévoyait le commandement ne se produit pas;
le régiment redevient donc disponible. Il est dirigé le 6 Septembre sur
ROBERT-ESPAGNE, près de BAR-LE-DUC, puis quelques jours après sur le
Bois DE NIXEVILLE (VERDUN). Revue
du Roi d'Italie Entre
temps, au mois de Septembre 1917, il avait reçu la visite de son plus
illustre caporal, Sa Majesté le Roi d'Italie, qui, à quelques kilomètres
de VERDUN, à SOUILLY, passa le régiment en revue et tint à honorer son
Drapeau d'une deuxième Médaille de la Valeur Italienne. Verdun Vaux
- Bezonvaux Du
13 Octobre au 5 Novembre 1917, le 3e Zouaves reçoit la rude mission de
tenir le secteur de BEZONVAUX-VAUX, terrain qu'il avait conquis en Décembre
1916 et où la lutte n'avait cessé d'être vive. Les
belles citations à l'ordre du jour, dont ses bataillons font l'objet, les
félicitations de son Chef de Corps, le Lieutenant-Colonel MONDIELLI, témoignent
de la façon dont le 3e Zouaves s'acquitta de sa pénible mais glorieuse
mission. Le
Général Commandant la 37e Division, cite à l'Ordre de la Division : Le
5e Bataillon du3e Régiment de marche de Zouaves Sous
le commandement du Chef d'escadrons CHAIGNEAU, chargé d'assurer la garde
d'un secteur de combat très agité. a rempli sa mission avec une
vigilance, une endurance et une solidité au-dessus de tout éloge, malgré
les difficultés du terrain et les intempéries. A trois reprises, a
repoussé des coups de mains ennemis, précédés de violents
bombardements, et a fait payer cher à l'adversaire ses vaines tentatives. Signé:GARNIER-DUPLESSIX. Le
Colonel TAHON, Commandant la 74e Brigade, cite à l'Ordre de la Brigade Le
1er Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves « Sous
le commandement du Chef de bataillon CHALIGNE, a assuré la garde d'un
secteur très agité, avec un esprit de sacrifice et une endurance
au-dessus de tout éloge. Par son calme et sa vigilance inlassables, a su
tenir l'ennemi en respect et déjouer toute tentative d'attaque ». Signé:
TAHON. Le
Lieutenant-Colonel MONDIELLI, Commandant le Régiment, cite à l'Ordre du
Régiment: « La19e
Compagnie du 3e Régiment de marche de Zouaves » Superbe
et solide unité qui, sous le commandement énergique du capitaine DEFRAUX,
a pendant plusieurs jours, monté une garde vigilante au point le plus
sensible d'un secteur de combat, bravant les intempéries et le
bombardement ininterrompu de l'ennemi. A trois reprises différentes, a
rejeté dans leurs lignes des groupes ennemis qui tentaient un coup de
main en faisant chaque fois subir à l'adversaire des pertes sensibles » Signé:
MONDIELLI. Note
du Lieutenant-Colonel MONDIELLI, Commandant le 3e Zouaves: Au
moment ou le régiment rentre pour quelques jours dans la zone de ses
cantonnements, le colonel est heureux d'adresser aux officiers, sous-offi
ciers, caporaux et zouaves du régiment, ses vives félicitations
pour la bonne volonté, l'entrain et l'endurance dont ils ont fait preuve
au cours de la rude période passée en secteur. Les
jeunes ont tenu à rivaliser avec les anciens expérimentés sur le théâtre
glorieux de nos exploits de décembre 1916. Le
3e Zouaves a montré qu'il savait faire bonne garde et qu'il ne se
laissait pas entamer. La
Cote 344 Le
6 Novembre, le régiment réintègre les cantonnements de ROBERT-ESPAGNE;
il y arrive très affaibli avec un effectif considérablement réduit. Cependant,
Sa tache n'est point terminée; le commandement lui demande un nouvel
effort. Les allemands serrent de trop prés la COTE 344 qu'ils menacent de
reprendre; il faut les rejeter et détruire les abris vastes et nombreux
qu'ils possèdent dans le ravin d'AIGLEMONT et dans lesquels peuvent être
abrités des bataillons entiers. C'est
à l'accomplissement de cette double mission que la division est destinée,
Quelques jours de repos et on se remet au travail ; chaque bataillon
répète soigneusement sur un terrain approprié la future attaque. Dans
la nuit du 23 au 24, le régiment se déploie sur ses emplacements de départ
de la FERME MORMONT. Il occupe la partie droite du secteur d'attaque dont
il est le pivot; à sa gauche sont disposés le 2e Zouaves, puis le 2e
Tirailleurs. Faute
de tranchée habitable, les hommes sont disséminés sur le terrain dans
les trous d'obus; ils sont là, par deux, par trois, la tête abritée par
la mince toile de tente humide et maculée de terre. De violentes et fréquentes
rafales d'artillerie éventrent ce sol déjà Si souvent retourné; la
boue jaillit recouvrant hommes et matériel et rendant les armes presque
inutilisables. Le
25 au matin, toute notre artillerie est en branle; les obus tombent dru
sur les lignes ennemies; l'allemand riposte. A
12 heures 20, l'attaque s'élance. De chaque trou d'obus, des tas de boue
à forme humaine se dressent; les zouaves résolument se portent en avant.
A la main, ceux dont les fusils ont été détruits, tiennent leur baïonnette
ou leur couteau de tranchée. En un clin d'oeil, la première tranchée de
ennemi est atteinte; ses mitrailleuses sont retournées contre lui; les
prisonniers affluent vers nos lignes. On
souffle quelques secondes, et l'on se porte à l'assaut des abris. Bien
que surpris au fond de leurs tanières, les allemands ont eu le temps d'en
garnir chaque entrée d'une mitrailleuse. La lutte s'engage, acharnée,
dans un violent corps à corps. Le Caporal VIVES, saisi à bras le corps
par un allemand fait percuter sur le casque de son adversaire la grenade
qu'il tenait à la main et la lance au milieu d'un groupe d'ennemis qui
venait à la rescousse, jetant parmi eux le désarroi et les obligeant à
lever les mains. Chaque
caverne constitue un îlot de résistance vers qui convergent tous les
efforts. Les grenades explosives et incendiaires pleuvent sur les
allemands qui sont déconcertés par tant d'intrépidité et d'audace; un
à un, les abris tombent entre nos mains et sautent. Vers
15 heures, l'opération est terminée. 300 prisonniers, 24 mitrailleuses,
14 lance-bombes ont passés dans nos lignes et représentent le glorieux
butin de ces trois heures de combat. Dés
le 25 au soir, commence l'organisation de la position conquise :
l'artillerie ennemie réagit activement. Il pleut, il neige, on retourne,
on pétrit, on gratte dans ce mortier avec les mains. Les outils manquent
d'ailleurs ! qu'en ferait-on ? Chaque
jour s'aggravent les conditions matérielles d'existence; les hommes sont
épuisés par tant de fatigues. Les gelures apparaissent et le nombre de
leurs victimes croit rapidement. Malgré tout, on tient l'allemand en
respect et la position conquise nous reste définitivement. Le
régiment est relevé le 5 Décembre; pour la septième fois, il dit au
revoir à la glorieuse cité, après avoir payé ce nouveau succès de 80
tués et 400 blessés ou évacués. Le
commandement rend hommage à tant de sacrifices, d'énergie inlassable et
de dévouement par les citations suivantes: Le
Général Commandant la IIe Armée, cite à l'Ordre de l'Armée Le
11e Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves « Bataillon
plein d'élan qui. le 25 novembre 1917, sous le commandement du Commandant
DODY, dans une course rapide mais réfléchie, s'est rué à l'attaque des
positions ennemies du Ravin d'Anglemont. Dépassant du premier bond la
tranchée ennemie, a abordé avec une fougue qui a stupéfié son
adversaire les abris profonds dans lesquels il s'était réfugié. Après
un brillant corps à corps, a paralysé la résistance de l’ennemi, fait
près de 300 prisonniers dont 8 officiers, capturé 14 lance-bombes et 24
mitrailleuses et détruit les organisations souterraines de l'ennemi ». Signé:
HIRSCHAUER Le
Général Commandant la 37e Division, cite à l'Ordre de la Division le
1er Bataillon du 3e Régiment de marche de Zouaves «
Bataillon admirable par son esprit de devoir et de sacrifice. A Soutenu le
25 novembre 1917, l'attaque du bataillon d'assaut après avoir supporté
le bombardement le plus intense avec son mépris habituel du danger et son
endurance. A contribué avec une ardeur inlassable à l'aménagement de la
position conquise sur laquelle il a succédé au bataillon d'attaque ». Signé:
GARNIER-DU;PLESSIX Letricourt Relevé
de VERDUN, le régiment est acheminé à nouveau sur la LORRAINE. Ce
trajet comporte deux arrêts successifs: l'un à COLOMBE-LA FOSSE (AUBE),
l'autre ATTIGNY (VOSCES) cependant. des renforts arrivent et le corps va
se reconstituer. Le
10 Février 1918, le 3e Zouaves prend à sa charge le secteur de
JAN-DELAINCOURT. Dans
Ces lieux jadis si calmes, règne une grande activité; l'ennemi semble très
avide de renseignements. Un
de ses coups de main (nuit du 8 au 9 Mars) est particulièrement vif. Néanmoins,
en dépit de la minutieuse préparation de sa tentative, il est refoulé
dans ses lignes sans avoir pu aborder les nôtres et laisse sur le terrain
un important matériel. Le
10 Avril, quittant la LORRAINE, le régiment est dirigé sur les champs de
bataille de PICARDIE, où, depuis le 21 Mars, s'est déchaînée la nuée
allemande. L'heure est décisive; la nation entière n'a d'espoir que dans
ses soldats. Les zouaves vont au combat avec une résolution que rien ne
brisera. La
Somme La Picardie Hangard
Cachy Le
26 Avril, le 3e Zouaves s'établit aux lisières Ouest de BOVES, en
soutien de la Division Marocaine qui opère dans la région de HANGAD). Le
27, il pousse plus avant et s'échelonne en profondeur du RAVIN DE DOMART
et au BOIS DE GENTELLE. Le
terrain est vierge de tous travaux les troupes creusent le sol et
s'abritent dans des trous individuels. De part et d'autre, l'artillerie
est très active: sans répit, l'allemand arrose nos positions avec des
obus toxiques (hypêrite, arsine), les pertes sont sensibles. Pourtant
l'avance allemande semble dés maintenant paralysée : « Le flot
ennemi est endigué et achève de mourir sur la grève », écrit le
Maréchal Foch. Le
1er Mai, le régiment relevant la Division Marocaine occupe les
avant-postes devant CACHY, à hauteur de VILLERS-BRETONNEUX. Obliger
l'ennemi à rester coi sur place, créer une première ligne sous le feu,
ouvrir des boyaux communiquant avec l'arrière, établir des doublures et
des lignes de soutien, telle est l'oeuvre pénible et périlleuse qui
incombe au régiment; il s'y adonne avec l'énergie et l'endurance qui lui
sont coutumières. En quelques semaines, malgré son artillerie et ses
gaz, l’allemand voit surgir devant lui un secteur couvert de défenses
solides qu'il n'ose pas attaquer. Le
séjour se prolonge: le 3e Zouaves veille et renforce ses positions devant
CACHY et le BOIS D'HANGARD. L'ennemi
ne semble plus du tout disposé à l'offensive. L'initiative des opérations
est passée chez les nôtres. De nombreuses patrouilles sont poussées
dans les lignes allemandes; des coups de main ramènent des prisonniers.
Le 17 Juillet, par une attaque brusquée menée par la 18e et la 19e
Compagnies, deux tranchées ennemies sont prises. Nos positions sont de la
sorte sensiblement améliorées. Le
1er Août, le régiment quitte le secteur et vient cantonner à
SAINT-SAUFLIEUX. Attaque
de Moreuil et Bataille du Santerre 8, 9, 10 Août 1918 Tous
comptaient jouir là d'un repos mérité par trois mois de travaux et de
combats, quand le 5 Août, à l'issue d'une manoeuvre, le Chef de Corps
annonce qu'un pareil exercice pourrait bien être exécuté bientôt sur
le champ de bataille. Les prévisions du Colonel ne tardent pas à se réaliser;
le lendemain, le 3e Zouaves se met en route vers minuit et s'installe sur
la rive gauche de LA LUCE, pour l'assaut du lendemain. L'extrême
discrétion qui a présidé à la préparation de cette offensive, la
rapidité surprenante avec laquelle un matériel formidable a été
concentré, l'ampleur du front d'attaque font que la confiance dans le
succès s'impose à tous. Le
régiment en liaison à gauche avec le 2e Tirailleurs, à droite avec le
28e Bataillon de Chasseurs, doit progresser en direction générale:
MOREUIL-LE PLESSIER. Le
1er Bataillon (Capitaine ROUIRE) attaquera le premier, soutenu
successivement par le 5e (Commandant GRAPINET) et le 11e (Commandant DODY). La
première partie de la nuit du 7 au 8 Août se passe normalement. Soudain,
vers 4 heures 20, le ciel s'embrase derrière nos positions. Une
artillerie d'une puissance inouïe hurle; les lignes allemandes sont
soumises à un pilonnage sans précédent ; l'enthousiasme grandit
chez les nôtres. 5
heures 5, C'est l'assaut. Protégés par un épais brouillard, rendu plus
opaque par l'effet de nos obus fumigènes, les premières vagues arrivent
sur l'ennemi sans être vues. Les allemands se rendent en masses. La
progression continue rapide. Les chefs ont peine à retenir leurs hommes. L'intensité
du tir de notre artillerie, l'élan foudroyant de nos troupes,
l'orientation même de notre attaque qui atteint les réserves allemandes,
sans entamer leurs troupes de couverture, grâce à une habile et rapide
manoeuvre exécutée à l'Est de MOREUIL, jettent le plus grand désarroi
chez l'ennemi. Des sections entières capturées, devant le café encore
chaud, qu'elles n'ont pas eu le temps de prendre, un Colonel et son
Etat-Major saisis au saut du lit, montrent bien l'extrême confusion qui règne
chez l'ennemi. Les
fortes positions de MOREUIL et de LE PLESSIER, tombent successivement
entre nos mains enlevées, la première par le 1er Bataillon et la deuxième
par le Bataillon GRAPINET (5e), tandis que le 11e (Comandant DODY), a
contourné MOREUIL à l'Est et conquis le Bois DE GENONVILLE, hérissé de
mitrailleuses, au prix de pertes sérieuses. Le
8 au soir, nos lignes sont portées à 8 kilomètres du point de départ;
la position d'artillerie est entièrement conquise. De nombreux
prisonniers et un important matériel témoignent de notre éclatant succès. Le
9, l'attaque reprend dans la direction de Roye, se développe et déborde
en rase campagne. C'est un spectacle inaccoutumé pour l'homme habitué à
la guerre de tranchée de voir l'artillerie évoluer en terrain libre et
venir se mettre en batterie derrière l'infanterie. Le 5e Bataillon
continue la marche vers le BOIS LECOMTE : l'allemand s'accroche à tous
les points d'appui et cherche à arrêter notre avance qui dans la journée
du 9 en est un peu ralentie. Mais l'enthousiasme des zouaves, exaltés par
la victoire, a raison des mitrailleuses adverses et le régiment n'en
continue pas moins sa course vers ses objectifs. Le
10, le 11e Bataillon prend la tête, s'empare de SAULCHOY et arrive à peu
de distance des anciennes tranchées françaises du mois de Mars. Un arrêt
de plusieurs heures était prévu pour permettre à l'artillerie de frayer
la voie à nos troupes à travers ces ouvrages qu'on pensait devoir être
tenus solidement. Cependant,
l'ennemi paraît désemparé; des hauteurs de SAULCHOY, on aperçoit dans
la plaine, au Sud des colonnes qui tentent de s'échapper de la poche de
MONTDIDIER et battent en retraite vers l'Est. Le
Commandant DODY demande à poursuivre sans délai et certain d'être
approuvé, met ses unités en route. L'artillerie française tire.
Qu'importe ! On la préviendra et nos avions se chargeront de lui
faire savoir que les zouaves avancent quand même. L'acte
d'initiative du Commandant de l'avant-garde est approuvé et le 3e
Zouaves, devançant de 2 heures le moment convenu, continue, sans arrêt,
sa progression victorieuse. L'ardeur
de tous est extrême; au milieu des zouaves enthousiasmes, passent au
galop de leurs chevaux, le Colonel de SAINT-MAURICE, Commandant l'ID. 37,
et le Lieutenant-Colonel Commandant le régiment qui mène l'attaque au
delà des anciennes tranchées françaises, tandis qu'attardée une pièce
d'A. L. G. P. continue à bombarder régulièrement sans heureusement
causer de pertes, cette position qui est désormais à nous. Cette
fois, chacun le sent, c'est la Victoire définitive, c'est le recul des
allemands qui commence et qui ne s'arrêtera qu'au delà du RHIN. Sans
souci de la fatigue et de la chaleur, le régiment poursuit sa course vers
ROYE. A GUERBIGNY, il s'empare du PONT DE L'AVRE et franchit la rivière.
Le Bois OCTOGONAL défendu par 3 mitrailleuses est enlevé par la
Compagnie ROUIRE. Le village de MARQUIVILLIERS tombe entre nos mains; de
nombreux prisonniers s'ajoutent à ceux des jours précédents. Mais
après une avance qui atteint 22 kilomètres à vol d'oiseau, parcourus en
combattant, le régiment est à bout de souffle. Relevé le 11 au matin et
mis en réserve au Bois D'HARGICOURT, il se consacre au pieux devoir
d'ensevelir ses morts et entre temps dénombre ses glorieux trophées. Pendant
ces trois immortelles journées, le régiment avait pris sa revanche des
longues années de piétinement et avait vu récompenser sa valeur et son
esprit offensif par le plus éclatant triomphe. La fourragère aux
couleurs de la Médaille Militaire lui était désormais acquise, mais son
ambition était plus haute. Avant
même qu'on eut le loisir de lui en faire la remise, d'autres exploits
allaient bientôt lui mériter des récompenses plus enviées. C'est dans
les termes suivants que le Général DEBENEY, Commandant la Ire Armée,
cite à l'Ordre de l'Armée le 3e Régiment de Zouaves: « Sous
les ordres du Lieutenant-Colonel MONDIELLI, par des manœuvres menées
avec autant de fougue que d'habileté, a brisé toutes les résistances de
l'ennemi dans les journées des 8, 9 et 10 août 1918, réalisant une
progression de 22 kilomètres, enlevant de haute lutte plusieurs batteries
dont les servants sont tués sur leurs pièces, n'hésitant pas à sortir
de sa zone pour aider la progression des troupes voisines, montrant ainsi
les plus belles qualités de camaraderie et d'enthousiasme communicatif. A
pris, au cours de ces belles journées 53 canons, dont 8 de 210, 6
minenwerfer, plus de 50 mitrailleuses et près de 1.000 prisonniers parmi
lesquels un commandant de régiment avec tout son état~major » Signé:
DEBENEY Attaque
de Noyon (28 Août) L'heure
des longs repos est passée ; sous nos coups, l'ennemi chancelle et
recule. Sans répit, les armées alliées frappent. Le
19 Août, après un repos sur le champ de bataille où le Général SIMON,
Commandant la 37e D.I., passe une revue et remet des décorations, le 3e
Zouaves quitte le Bois D'HARGICOURT; le 26, il entre en ligne à
CHIRY-OURSCAMP devant NOYON, puis, inopinément, dans la nuit du 27 au 28,
arrive l'ordre d'attaque pour le matin du 28. A
6 heures, après une courte préparation d'artillerie, l'attaque débouche ;
les vagues d'assaut progressent dissimulées par les hautes herbes du
marais. En moins d'une heure, grâce à une manoeuvre d'encerclement exécutée
habilement par le 1er Bataillon (Commandant CHALIGNE), LA DIVETTE est passée
et le MONT RENAUD conquis. L'avance
se poursuit alors en direction des lisières Sud-Est de Noyon mais les éléments
de tête sont reçus par de violentes rafales de mitrailleuses partant de
l'usine à gaz et de PONT-L’EVEQUE. Les zouaves ragent de ne pouvoir se
mesurer en face avec cet adversaire qui les guette et les fusille à
l'abri des pans de mur ; malgré cette position désavantageuse,
l'usine est emportée et PONT-L'EVEQUE est enlevé, mais reçu à la
sortie du village par un violent barrage d'artillerie, le régiment ne
peut déboucher des lisières Est. Le
29, à 5 heures 30, la marche en avant amorcée au cours de la nuit,
reprend comme la veille en direction des faubourgs Sud-Est de Noyon. La
lutte revêt un caractère d'extrême âpreté. Des combats violents et
meurtriers se déroulent dans les rues d'ORROIRE et aux abords de
LANDRIMONT. Néanmoins ces deux positions tombent, complètement débordées
à l'Est par le 3e Zouaves, à l'Ouest par le 2e, les allemands déguerpissent
en hâte de NOYON. La ville de Noyon est à nous. Prise
du Mont Saint-Siméon Dès
lors, les unités de tête (5e Bataillon), sous le Commandement du
Capitaine ROTH, cherchent à déboucher de LANDRIMONT; mais la position
dominante de l'adversaire rend vaines toutes ces tentatives. Le
30, après une préparation d'artillerie un peu plus vive que de coutume,
le régiment en liaison à gauche avec le 2e Tirailleurs, à droite avec
le 4e Zouaves, attaque la TRANCHEE DE LA MADONE et le piton boisé du MONT
SAINT SIMEON. Le 11e Bataillon, commandé par le Capitaine ZABLOT, est en
tête. L'élan est superbe malgré la pente abrupte. les mitrailleuses qui
font de nombreux vides dans leurs rangs, les zouaves d'une seule haleine
s'emparent de la portion Sud de la tranchée et grimpent jusqu'à la crête.
Ce magnifique bond a créé une situation délicate : le régiment se
trouve en flèche, isolé, dans les positions ennemies. Le manque de
liaison est particulièrement inquiétant à gauche où le terrain est
accidenté et boisé, tandis que le reste de la tranchée de la MADONE
tient encore. C'est
alors que l'adjudant LAFFONT va accomplir un acte d'une audace inouïe et
dont les résultats sont décisifs. LAFFONT
suivi de quelques hommes, part sous bois; apercevant un poste de
mitrailleurs ennemis, il est sur eux d'un bond. Stupéfaits, les allemands
lèvent les bras et se rendent. Entendant du bruit, un Obert-Lieutenant
accourt avant qu'il ait pu faire un geste, LAFFONT l'a saisi, lui a braqué
son revolver devant les yeux et lui crie: Ordonne à ta compagnie de se
rendre ou tu es mort. L'officier allemand tremble de tous ses membres,
mais il s'exécute et la compagnie, désarmée est conduite en arrière
par deux hommes. Cependant. LAFFONT n'est pas encore satisfait il pousse
plus loin, aperçoit un feldwebel mêmes gestes. même sommation, même
stupeur chez le sous-officier allemand, même succès dans l'audacieuse
entreprise. En
moins d'une demi-heure, 30 mitrailleuses, 120 prisonniers ont été capturés
par ce hardi sous-officier et une poignée de zouaves qui l'accompagnent.
La gauche ainsi dégagée rend possible la progression du 2e Tirailleurs
qui dépasse à son tour la tranchée si habillement conquise. La
Poursuite Renonçant
à contenir notre avance, l'allemand, pour la retarder, tend des pièges
de toute nature à nos troupes et fait sauter les maisons, les caves, les
ouvrages d'art et les carrefours de routes à l'aide de mines et d'engins
à retardement. Le 3 Septembre, le poste de commandement du Chef de Corps
saute par l'effet d'une mine retardée. Le Colonel échappe par miracle à
ce pénible accident qui coûte la mort de son capitaine adjoint
(Capitaine PEY). Le
4, reprise générale de l'attaque en direction de LA FÈRE. Les villages
de SALENCY, BABOEUF, DAMPCOURT sont dépassés en fin de journée.
MONDECOURT est enlevé après une lutte très vive. L'avance
ralentie le 5 devant ABBÉCOURT où le régiment subit un bombardement
d'une intensité rare, reprend plus ardente, plus rapide que jamais. Le 6,
OGNES, CHAUNY, VIRY-NOUREUIL, tombent entre nos mains. Inlassablement, les
zouaves talonnent l'ennemi. Le 7. le CANAL DE SAINT-QUENTIN est franchi de
vive force; nos lignes sont portées devant TERGNIER-FARGNIER. Le
8 et 9 de nombreuses patrouilles de reconnaissance sont poussées en
avant, obligeant chaque fois l'ennemi à céder du terrain. Le 10, il n'y
a plus un seul allemand entre nous et le CANAL DE L'OISE ; nos
avant-postes sont établis aux portes de LA FÈRE dont l'enceinte de
VAUBAN, émerge au-dessus de vastes inondations. Le
Général Commandant la 3e Armée glorifie la conduite du 3e Zouaves au
cours de cette période offensive par la citation suivante, à l'Ordre de
l'Armée: « Régiment
d'élite, sous le commandement de son brillant chef de corps, le
Lieutenant-Colonel MONDIELLI, a, le 29 août 1918, assuré par sa
manoeuvre la prise de vive force d'une ville importante et âprement défendue.
Le 30 août 1918, a emporté d'assaut un piton abrupt. faisant 200
prisonniers appartenant à trois régiments différents et capturant 43
mitrailleuses. Les 4.5, 6, et 7 septembre 1918, a toujours devancé
l’heure prévue pour la reprise de l'attaque, collant à l'ennemi, le
bousculant dans sa retraite, s'emparant d'une ville importante,
franchissant un canal sous le feu de l'artillerie au moyen de passerelles
de fortune, s'arrêtant enfin aux limites des inondations de la ligne
Siegfried » Signé:
HUMBERT Tergnier Après
quelques jours de repos dans la région de CHAUNY, le 3e Zouaves revient
prendre les lignes devant LA FÈRE, où il les avait laissées le 12
Septembre. Le 23, il est relevé et gagne les crêtes de CUTS, près
Noyon. Cette
région est riche en souvenirs glorieux pour la 37e Division. Aussi ce séjour
est-il presque entièrement consacré à des services funèbres ou à de
pieux pèlerinages sur les champs de bataille de CAISNES, TRACY-LE-VAL et
QUENNEVIERES (combats de Septembre I914 à Juillet 1915), au cours
desquels les tombes de nos morts sont entretenues et ornées de fleurs. Du
4 au 23 Octobre, le régiment occupe successivement les cantonnements de
SAÇY-LE-GRAND, AVRIGNY et OGNES. Pendant
que les zouaves goûtaient un repos qu'il avaient bien mérité, les coups
de boutoir se faisaient de plus en plus nombreux sur le front. LA FERE
tombait entre nos mains et nos troupes progressaient de plus de 15 kilomètres
au Nord et à l'Est de cette ville. C'est ainsi que le 26, le régiment
ramené de nouveau en ligne, est disposé en position d'attente à
RENANSART. La
Victoire 26
Octobre – 11 Novembre 1918 Le
27 Octobre, le régiment flanc-garde de droite du 2e Zouaves, se met en
mouvement suivant l'axe RENANSART - FERME DE PERRIÈRE, LE HERIE - LA
VEEVYLLE. La progression se poursuit rapide. Débordant de son secteur, le
3e Zouaves s'empare de MONCEAU-LE-NEUF, où il fait des prisonniers. En
fin de journée, ses avant-gardes atteignent FAUCOUZY. Mais la réaction
de l'ennemi se faisant très vives immobilise les lignes le 28 et le 29. Le
30, l'attaque continue avec la côte 150 et le HERIE-LA VIEVILLE comme
premiers objectifs; cependant. c'est en vain que les zouaves tentent
d'aborder le village. Tous leurs assauts se brisent contre une position
solidement organisée et âprement
défendue. Il faut faire intervenir l'artillerie lourde qui paralyse définitivement
la résistance de l'adversaire. Le
5 Novembre dés l'aube, l'avance reprend sous la forme d'une véritable
marche militaire; débordés de toutes parts, les allemands fuient. Les
mitrailleuses qu'ils laissent pour protéger leur retraite se montrent,
elles aussi, assez peu tenaces. LE HERIE est vite dépassé; l'offensive
se poursuit. Les pénibles tableaux de la zone des batailles s'effacent
graduellement peu à peu. les villages intacts apparaissent devant nos
troupes. Puisieux
- Délivrance des Populations civiles Un
cavalier passant au galop de son cheval lance ce cri « Des civils », et il montre du doigt le village
de PUISSIEUX. Des civils ! Des civils répètent les zouaves qui accélèrent
leur marche vers le hameau. Ils y arrivent. Hâves, amaigris et palis par
les privations. les habitants sont accourus au devant de la troupe. Tout
d'abord. ils restent muets et surpris ne reconnaissant plus nos nouveaux
uniformes. Puis la joie éclate; les yeux se mouillent d'émotion, les
mains se serrent. Enfin vous voilà répètent ces malheureux avec qui les
zouaves partagent tout ce que leurs musettes contiennent de vivres réconfortants. LE
SOURD, FERONVAL, LA DEMI-LIEUE, NEUVE-MAISON sont occupés. HIRSON est dépassé
le 9 au matin. Partout nos hommes reçoivent les témoignages de
l'affection que l'on voue aux êtres chers et longtemps attendus. Partout
le même enthousiasme! Au
hameau de la DEMI-LIEUE, une jeune fille voyant des cavaliers français
arrêtés par des mitrailleuses ennemies, se met à leur disposition pour
aller les reconnaître. « Laissez-moi aller seule, dit-elle, peut-être
ne tireront-ils pas. Elle part, un panier au bras, reconnaît les
emplacements des mitrailleuses et rapporte les renseignements. Les
allemands n'ont pas osé tirer. Quelques
heures plus tard, tandis qu'un violent tir d'artillerie ennemie était
dirigé sur le village, le Colonel de SAINT-MAURICE, Commandant
l'infanterie de la 37e Division, en présence d'une compagnie du 3e
Zouaves, décorait de la Croix de Guerre, cette jeune et brave française. Le
9, vers 15 heures, le régiment devenu avant-garde de la Division, passe
la ligne des avant-postes dans la forêt de SAINT-MICHEL, franchit la
frontîere belge et occupe le soir même FOURMALOT, MACQUENOISE, FOURNEAU
PHILIPPE. Le
10, il marche sur CHIMAY; l'ennemi réagit énergiquement avec son
artillerie. Arrivé devant SELOIGNES, les unités d'avant-garde sont arrêtées
net par des feux violents de mitrailleuses. La lutte s'engage très vive
autour du village, qui en fin de compte reste entre nos mains. Derniers
coups de feu. L'ARMISTICE (11 Novembre 1918) Le
11 au matin, les zouaves surmontant la dernière résistance de l'ennemi,
capturent encore une mitrailleuse en action, puis reprennent la poursuite
avec ardeur et à 11 heures s'arrêtent après avoir dépassé FORGES et
BOURLERS, à quelques kilomètres de CHIMAY. Les
hostilités sont suspendues. C'est l'armistice dont la nouvelle bien
qu'attendue est accueillie avec satisfaction, mais laisse néanmoins au
coeur, une sorte de regret de voir interrompre cette marche victorieuse du
régiment, avant qu'il ait pu pénétrer les armes à la main en
territoire allemand. Cependant,
cette impression dure peu. Lorsque, au cours d'une revue le
Lieutenant-Colonel MONDIELLI eut commenté devant les zouaves attentifs,
les clauses de l'armistice qui consacrait la chute de la puissance
militaire allemande et remercié son glorieux régiment des souffrances
endurées et des sacrifices consentis pour gagner la cause sacrée de la
Patrie, une joie sans réserve réchauffa tous les coeurs. Officiers et
zouaves vibrèrent d'un même frisson d'orgueil à la pensée de la France
restaurée dans son unité par l'irrémédiable défaite de l'ennemi
abhorré. La
population de SELOIGNES, témoin du dernier combat livré par le régiment,
s'associa à cette patriotique manifestation et offrit des gerbes de
fleurs à ses libérateurs. Celle-ci furent pieusement déposées sur les
tombes des dernières victimes de la campagne tombées à l'attaque de la
petite ville belge. Tous
ces succès valurent au régiment une nouvelle citation à l'Ordre de
l'Armée, la sixième qui lui conférait l'insigne honneur de porter la
fourragère rouge. Régiment
d'élite, qui a encore illustré sa tradition au cours de la campagne et
notamment à VERDUN. A peine retiré de glorieux combats qui lui va
laient une citation à l'ordre de l'Armée a été engagé le 28
octobre 1918, sous le commandement du lieutenant-colonel MONDIELLI, devant
la forte position
de LE HERIE LA VIEVILLE, A fait une nouvelle preuve de ses qualités
militaires hors pair au cours d'une semaine de combats, après lesquels,
le 3 novembre 1918, il s'est élancé à la poursuite, a talonné l'ennemi
de jour et de nuit, débouchant en BELGIQUE le 9 novembre. A obligé les
allemands à abandonner un important matériel, luttant avec âpreté
jusqu'au dernier moment dans une localité où il fait des prisonniers et
prend une mitrailleuse en action, le 11 novembre » Epilogue Après
l'Armistice Le
régiment se félicitait d'avoir à séjourner pendant quelque temps dans
cette localité de SELOIGNES, qui lui avait témoigné tant de sympathie;
mais le 18 Novembre, il reçut l'ordre de se remettre en route pour faire
en sens inverse le chemin qu'il avait parcouru récemment au galop de la
Victoire. C'est
ainsi que le régiment revit HIRSON, LE HERIE-LA VIEVILLE, ANGUILCOURT, où
il séjourna jusqu'à la fin de Décembre, campé au milieu des ruines. Il
aspirait à entrer à son tour en ALLEMAGNE, mais d'assez longues épreuves
lui étaient encore réservées avant qu'il eut obtenu satisfaction. Dirigé
de SAINT-QUENTIN sur la LORRAINE, par étapes effectuées sous la pluie,
à travers une région dévastée et dépourvue de ressources, Il
parcourut toute l'étendue de l'ancien front par SAINT-QUENTIN, LAON, LE
CHEMIN DES DAMES, EPERNAY, CHALONS, SAINT-DIZIER, BAR-LE-DUC, TOUL, la
VALLEE DE LA MEURTHE, CHARMES et RAMBERVILLIERS. Là, du 30 Janvier au 13
Février, le 3e Zouaves prit un repos dont il avait grand besoin pour se
refaire de l'effort qu'il venait de fournir et qu'il avait produit avec un
entrain et une endurance superbes. Partout
d'ailleurs, le 3e Zouaves avait à coeur de faire admirer la crânerie de
son allure et sa belle tenue, laissant sur son passage dans les localités
où il séjournait et où il faisait jouer sa troupe théâtrale,
d'unanimes regrets. Occupation
en Allemagne Le
14 Février, la marche fut reprise vers le RHIN, par BACCARAT et LORQUIN.
Entre ces deux localités, aux accents entraînants de la Marche des
Zouaves, le régiment franchit l'ancienne frontière de 1871. C'est avec
un sentiment de fierté et de joie patriotique que les zouaves saluèrent
cette terre de LORRAINE reconquise par le courage et les vertus militaires
de nos soldats. Embarqué
en chemin de fer à SARREBOURG, le 17 Février 1919, le régiment gagna la
région du TAUNUS par NIEDERHAUSEN. IDSTEIN Le
18 Février, il cantonne à IDSTEIN, à quelques kilomètres de la zone
neutre, dont il doit surveiller la frontière. Pendant
cette période, chacun s’efforcera de donner aux allemands une haute idée
du soldat français; la redoutable renommée et l'exacte discipline du régiment,
en imposèrent à nos ennemis qui nous témoignèrent le plus grand
respect. Le
22 Mars 1919, une belle cérémonie groupa sur les PLATEAUX DU TAUNUS,
recouverts de neige, les drapeaux et les délégations des régiments de
la 37e D.I. Sur
cette terre allemande que nous foulions avec fierté, dans le cadres sévère
de sombres forêts de sapins, le Général MANGIN épingla au Drapeau du Régiment,
la fourragère aux couleurs de la Légion d'Honneur, insigne envié entre
tous et qui consacrait à jamais la gloire acquise par le régiment, au
cours de la longue et dure campagne. Wiesbaden Appelé
à faire partie de la garnison de WIESBADEN, le 3e Zouaves quitta IDSTEIN,
le 11 Juin, pour rejoindre son nouveau cantonnement. Là, encore, il fit sur nos ennemis son impression
habituelle. La
relève de la garde du PALAIS IMPÉRIAL, faite chaque jour par le régiment,
aux accents de la Musique et dans tout l'éclat d'une brillante cérémonie
militaire, était un spectacle très goûté des allemands et leur donnait
une haute idée de la tenue et de la valeur de nos troupes. Le
14 Juillet 1919 vit le Drapeau du 3e Zouaves à l'Honneur, après qu'il
avait été tant de fois et si vaillamment à la peine. Le Colonel, le
Drapeau et sa garde ainsi qu'une compagnie d'Honneur, furent appelés à
PARIS, pour prendre part aux fêtes de la VICTOIRE. La
veille de l'inoubliable défilé, le 13 Juillet, sur la Place de l'Hôtel
de Ville, en présence des trois Maréchaux de France, le Président de la
République fit la remise au régiment de la récompense suprême, la MEDAILLE
MILITAIRE qu'il épingla aux plis du Drapeau à côté de la Croix de la Légion
d'Honneur, de la Croix de Guerre, barrée de six palmes et des deux Médailles
de la Valeur Italienne. Le
décret qui à lui seul constitue un magistral exposé des titres du régiment,
résume ainsi l'histoire du 3e Zouaves pendant la grande guerre: DÉCRET La
Médaille militaire est conférée
au Drapeau du 3e Régiment de marche de Zouaves « Régiment
d'élite qui a surpassé au cours de la campagne les plus glorieuses
traditions d'une histoire qui lui avait déjà valu la Croix de la Légion
d'honneur et la Valeur Militaire Italienne. Jeté
dans la bataille le 23 août 1914, sur la SAMBRE, il a fait énergiquement
tête à l'ennemi le 23 à METTET et à WAGNET, le 29 à GUISE. Les
15, 16 et 17 septembre, après la brillante défense des bois de CUTS et
de CAISNES, il marqua à TRACY-LE-VAL et au Bois SAINT-MARD, le terme
définitif de l'offensive des armées allemandes sur la route de
NOYONS à PARIS et s'empara le 19 du Drapeau allemand du 85e R. I.
Bavarois. Le
23 septembre 1915, il prend part à la BATAILLE DE CHAMPAGNE, dans un élan
magnifique au cours duquel son propre drapeau tombe et est
relevé plus de 20 fois. Il
attache ensuite son nom pendant deux années consécutives à l'héroïque
défense de VERDUN. Les
23, 24, 23 février à LOUVEMONT
et à la COTE DU POIVRE, d'avril à juillet au Bois D'AVOCOURT, il
contient
l'ennemi. Le
25 juillet, il engage devant FLEURV, la magnifique contre-offensive qui se
poursuivit ensuite sans arrêt jusqu'au 15 décembre 1916, date à
laquelle, dans un élan splendide, Il rejette définitivement l'ennemi
dans la
WOEVRE et au delà de BEZONVAUX. Après avoir combattu
glorieusement le 16 avril 1917, en CHAMPAGNE, il termine la brillante série
de ses combats devant VERDUN par l'enlèvement
de la COTE 344, le 25 novembre 1917. Porté
devant AMIENS en avril 1918, il tient tête à l'ennemi, reprenant le terrain pied à pied pendant trois mois. Enfin,
les 8, 9 et 10 août, bousculant l'ennemi dans une course ardente de 20
kilomètres, il ouvre la route de ROYE; amené sur la DIVETTE, il s'empare
de NOYON, CHAUNY, TERGNIER, déployant dans une poursuite acharnée ses
brillantes qualités d'endurance et de ténacité.
A peine retiré de ces combats, il est reporté de nouveau sur LA
SERRE et continue la poursuite en direction d'HIRSON et de la BELGIQUE où
il s'arrête, le 11 novembre aux portes de LOUVIN capturant au cours de
cette merveilleuse épopée 74 canons, 21 canons lourds, plus de 1500
prisonniers et un important matériel de guerre ». Fais
à Paris, le 5 Juillet 1919. G.
CLEMECEAU
R. POINCARRE De
PARIS, le Drapeau du 3e Zouaves fut appelé à se rendre à LONDRES pour y
recevoir sa part de l'hommage et de l'admiration que la nation anglaise désirait
témoigner à l'armée française. Il revint à WIESBADEN le 10Août. Retour
en Algérie Cependant
l’ALGERIE réclamait elle aussi, ses zouaves pour les fêter et, le 13
Août, le 3e Zouaves quittait les PAYS RHENANS et débarquait le 24 Août
à PHILIPPEVILLE, sur cette terre d'AFRIQUE qu'il avait quittée depuis 5
ans et il rentrait triomphant après avoir tenu toutes ses promesses. Fidèle
au serment fait par le Général COMBY, le 5 Août 1916, il avait vengé
l'outrage fait par la marine allemande, le 4 Août 1914, à la ville qui
avait été son berceau. Une
cérémonie funèbre à la mémoire des victimes de cette agression, fut
à la suite de la réception enthousiaste que la municipalité de
PHILIPPEVILLE avait organisée en l'honneur du 3e Zouaves. Le
26 Août, le régiment faisait à CONSTANTINE une entrée triomphale, dont
le souvenir restera gravé dans toutes les mémoires. Les anciens que la
guerre avait épargnés ne revirent pas sans émotion la vieille Casbah
avec son monument des Braves et la Salle d'Honneur du régiment où auprès
du vieux drapeau du MEXIQUE, d'ITALIE et du NIEDERWALD, fut religieusement
déposé celui qui avait guidé le régiment à la Victoire ; le Drapeau
de la MARNE, de CHAMPAGNE, de VERDUN, le Drapeau qui a franchi le RHIN. |