Historique du 3e bis Régiment de Zouaves

Avant la mobilisation générale du 2 Août 1914, le 3e Régiment de Zouaves comptait six bataillons ainsi repartis

Le 1er Bataillon et la C. H. R. à CONSTANTINE

Le 3e Bataillon à PHILIPPEVILLE

Le 6e Bataillon à BATNA

Le 5e Bataillon au Camp de SATHONAY, prés de LYON

Les 2e et 4e Bataillons au MAROC.

Le Colonel FRANCEZ, Commandant le Régiment, résidait à Constantine.

A la mobilisation, les 1er et 5e Bataillons, complétés par un Bataillon de réserve portant le numéro 11, avec la musique et le drapeau, formèrent le 3e Régiment de Zouaves de Marche.

Les 2e et 4e Bataillons, qui étaient en opérations au MAROC, entrèrent dans la composition de la Division Marocaine, où ils devaient illustrer le 8e Zouaves, qu'ils formèrent en grande partie.

Les 3e et 6e Bataillons, enfin complétés par un Bataillon de réservistes, mobilisé à ORAN, et portant le numéro 12, constituèrent le 3e Régiment de Marche d'Afrique, sous les ordres du Colonel FRANCEZ.

Ce régiment, qui pendant toute la campagne allait faire partie de la 45e Division, commandée par le Général DRUDE ( 1er, 2e et 3e bis Régiments de Zouaves, 6e Tirailleurs), fut dénommé, un peu plus tard, 5e Régiment de Zouaves ; ses Bataillons prirent les numéros 1er, 2e et 3e ; mais, au début t de 1915 on lui rendit son ancien numéro, et il devint désormais 3e bis Régiment de Zouave.

Pour la clarté e ce exposé, nous emploierons toujours cette dernière désignation.

 

Départ pour la France.

Le 3e bis se concentre, à ALGER, les 15 et 16 Août 1914 et s'embarque, pour la France, les 23 et 24.

Débarqué à Cette, où i1 cantonne le 25 Août, le Régiment est transporté en chemin de fer à LEZIGNAN (Aude).

Les 29 et 30, il s'embarque pour PARIS et, le 31, il occupe les cantonnements de FRESNES.

Le 2 Septembre, la 45e Division, mise à la disposition du Général GALLIÉNI pour la défense du Camp retranché, reçoit l'ordre de passer du Front Sud au Front Nord de PARIS, en traversant la Capitale par ses grandes artères.

Le même jour, un avion allemand ayant survolé PARIS, le bruit se répandit que 1’ennemi approchait et que la capitale allait être investie. Malgré son calme, la population, manifesta une inquiétude compréhensible ; l'activité du Général GALLIÉNI, l'impulsion personnelle qu'il sut imprimer aux préparatifs de défense, la rassurèrent.

Aussi accueillit-elle, avec un enthousiasme dont celle-ci devait toujours se souvenir, la belle Division Algérienne qui allait si crânement la défendre.

 

Bataille de l’Ourcq.

Le Régiment bivouaque aux Quatre-Chemins, puis, le 3 Septembre, se porte à la sortie Nord du BOURGET.

Le soir, il cantonne dans la région de MONTREUIL-SOUS-BOIS, LES LILAS, et attend là le moment d'entrer en action.

Le 5 Septembre, la Division reprend sa marche au Nord-Est d'abord puis à l'Est, par CHARNY. Le 6, elle s'arrête sur la ligne MEAUX, PENCHARD, MONTHYON. Le 3e bis de Zouaves s'établit au bivouac, à 2.000 mètres au Nord-ouest de PENCHARD. Peu après, le 3e Bataillon (Commandant DE MONTLUC) est détaché et dirigé sur MONTHYON, où il est mis à la disposition du 2e bis de Zouaves.

Dès son arrivée, il est employé à organiser la défense de MONTHYON et à détruire d'importants approvisionnements abandonnés par les Allemands ; il va prendre, ensuite, les avant-postes a BRINGY.

Les deux autres Bataillons (6e, Commandant GIACOMONI, et 12e, Commandant RAYNAL), restés avec le Colonel au bivouac, sont envoyés, vers 17 heures, au Sud-ouest de PENCHARD, pour y former réserve, en arrière du 1er bis Zouaves.

On est, d'ores et déjà, au contact de l'ennemi qui met en action, à grande distance, une artillerie aussi puissante en portée qu'en effectifs. La nuit met fin à l'engagement. Le 3e bis de Zouaves n'a subi aucune perte ; le 12e Bataillon rentre directement au bivouac de PENCHARD, où le 6e Bataillon le rejoint, après avoir exploré le village de CHAMBRY qu'il trouve inoccupé.

Le lendemain, 7 Septembre, le Régiment reçoit réellement, cette fois, le baptême du feu. Pendant qu'au Nord le 3e Bataillon, détaché, se porte avec le 2e bis Zouaves à l'attaque d'ETRÉPILLY, par le Sud de BARCY, les 12e et 6e Bataillons se disposent au Sud de MARCILLY, face à CHAMBRY, en avant de l'artillerie de la Division.

La canonnade de la veille recommence plus violente encore, et l'emploi de formations diluées n'empêche pas nos compagnies de subir de lourdes pertes, qu'elles supportent imperturbablement, sans pouvoir répondre.

Vers midi, le Colonel demande et obtient l'autorisation de s'emparer de CHAMBRY, où l'on distingue des groupes d'Infanterie Allemande. Le 6e Bataillon (GIACOMONI) suivi du 12e (RAYNAL) enlève en peu de temps le village, où l'ennemi ne tient pas, et atteint la lisière Est et le Cimetière, dont les murs et les abords sont mis en état de défense. La journée a été chaude ; le 3e Bataillon (DE MONTLUC) de son côté, a perdu près de 40 pour cent de son effectif et a eu son Chef blessé.

Dans l'après-midi, en présence des résistances qui arrêtent sur certains points, notamment à l'aile droite, la progression de la Division, le Commandement décide de reprendre l'attaque dans la région de CHAMBRY. Le 12e Bataillon a été trop éprouvé pour pouvoir participer à ce nouvel épisode du combat ; la lutte est reprise par le 6e Bataillon, renforcé d'une Compagnie du 1er Zouaves, aux ordres immédiats du Colonel FRANCEZ.

Commencé à 18 heures 45, l'engagement est conduit comme un combat de nuit, quoique l'ennemi entretienne une vive lumière sur le terrain par le tir ininterrompu de son artillerie, le feu de ses mitrailleuses et de son infanterie, et en faisant usage de fusées éclairantes. De place en place, flambent comme des torches, des meules de paille incendiées par les Allemands. Ces derniers, bien que déguisés en fantassins français, sont .reconnus à leurs bottes et tués à coups de crosse sur la route.

Absolument dans la main de leur chef, nos Zouaves s'avancent en deux échelons, par bonds successifs, sans répondre à ce feu enragé ; s'élançant au pas de course quand il se ralentit, s'aplatissant quand il redouble, ils parviennent ainsi, par la seule menace de leurs baïonnettes à gagner 1.500 mètres, sans que l'ennemi consente à se laisser aborder.

Vers minuit, le détachement stoppe sur le plateau (Cote 113 du I /80.000e)

Le Commandement estime que les cinq compagnies sont trop en l'air ; à une heure du matin, un ordre écrit les ramène sur leur position de départ, qu'elles réoccupent vers 3 heures. Plus de 100 hommes, presque tous du deuxième échelon, avaient été mis hors de combat.

A ces pertes devait s'ajouter, quelques heures plus tard, celle d'une section presque entière (Sous-Lieutenant GRENEGUY, de la 21e Compagnie) qui, envoyée en reconnaissance vers 8 heures, n'était plus, à son retour, représentée que par quelques hommes.

Le 8 et le 9, le Régiment, toujours réduit à deux Bataillons, continue à organiser la défense de CHAMBRY.

Le 10, l'ennemi ayant repris son mouvement de retraite, la 45e Division d'Infanterie se lance à sa poursuite ; le 3e bis de Zouaves fait d'abord partie de l'avant-garde de l'une des colonnes de poursuite ; avec ses trois Bataillons regroupés, il suit l'itinéraire : ETRÉPILLY, LIZY-SUR-OURCQ, OCQUERRE, MONTIGNY-SUR-ALLIER, LA FERTÉ-MILON, FAVEROLLES et LONGPONT.

Le 11 au soir, il cantonne au Nord de LONGPONT, à la Ferme la Grange et au Château de CHAVIGNY. Le 12, par LONGPONT, VIERSY, NOYANT et le Plateau de l'Arbre de BAUGES, où il subit une canonnade qui ne lui cause d'autre perte qu'un Officier contusionné (Commandant GIACOMINI), il aborde SOISSONS, par le Sud, sur les talons des arrières-gardes ennemies ; à 21 heures, il occupe la gare et les quartiers de la rive gauche de l'Aisne.

En passant sur la rive droite, les Allemands ont détruit le pont ; nos sapeurs s'occupent, sans retard, à le réparer ; en même temps, ils travaillent a 1’installation d'une passerelle dans le voisinage du viaduc du chemin de fer. Les difficultés du passage de l'Aisne retardent la poursuite. Le 13, la 89e Brigade doit attendre que la 90e l'ait franchie. Elle envoie un bataillon du 3e bis renforcer la 90e qui se trouve arrêtée sur le front PASLY-CUFFIES : l'ennemi semble s'être retranché sur les hauteurs qui dominent la rive droite.

 

Crouy.

Le reste du 3e bis de Zouaves passe à son tour, à la faveur des ténèbres, car la passerelle et le pont sont sous le feu de l'artillerie allemande. Dans la matinée du 14 Septembre, le régiment se porte, par Saint-Paul, dans la direction de CROUY et de la cote 132, pour prolonger la droite de la 90e Brigade.

D'un bout à l'autre du front de la 45e D. I., la progression est suspendue. Favorisée par la configuration du terrain, la résistance de l'ennemi est opiniâtre, en particulier à la Ferme LAPERRIÈRE, ancienne Commanderie de MALTE, dont les murs épais, dissimulés par des bois, présentent des abords creusés de profondes carrières qui constituent un obstacle contre lequel, à de nombreuses reprises, les efforts des assaillants viendront se briser.

Le régiment se retranche au pied de la Cote 132, et met en état de défense, les avancées et les lisières Nord du Village de CROUY, qui devient, dès lors, le but du tir systématique de l'artillerie ennemie. Les unités de réserve organisent, pendant ce temps, un point d'appui à Saint-Paul, dont les murs du Parc sont crénelés et prolongés par des tranchées.

Du 13 Septembre à la fin du mois, l'action défensive des Allemands, par un large emploi de l'artillerie, s'accuse de plus en plus, notamment dans les journées des 14, 15, 18 et 23 ; les éclats d'obus font de nombreuses victimes parmi les Zouaves.

Le 18, le Régiment avait perdu près de la moitié de son effectif ; il s'était produit dans ses rangs, des vides que ne parvenaient pas à combler les renforts fournis, à plusieurs reprises, par le dépôt de SATHONAY.

Le 23 Septembre, la 45e D. I. fait, pour escalader les hauteurs de la rive droite de l'Aisne, un nouvel effort qui se traduit par un violent combat. Pendant que la gauche du 3e bis de Zouaves assure la garde des tranchées au Nord le CROUY, sous la direction du Lieutenant-Colonel de MELVILLE, conformément aux ordres du commandement, la droite (six Compagnies et les . mitrailleuses avec le Colonel), s'établit dans la direction du Sud-est, essayant de combler, en parties, l'énorme vide qui la sépare, de ce côté, des Anglais postés sur les pentes au Nord-ouest de BUCY‑LE‑LONG ; cette fois encore l'objectif est la Ferme de LAPERRIÈRE. Un épais brouillard favorise, au début, le prise des formations de combat, au pied des hauteurs, et les Zouaves peuvent arriver, en silence, jusqu'à mi-pente sans être vus.

Mais, vers huit heures, le soleil se découvre soudain, le brouillard disparaît et, aussitôt, de tous les côtés à la fois, le feu des mitrailleuses et des canons allemands converge sur nos unités ; cloués sur place, les Zouaves s'accrochent au terrain et ne reculent. pas d'une semelle.

La veille, les indices recueillis par le service de renseignements ayant fait prévoir une contre-offensive ennemie, le Général de Division DRUDE avait recommandé aux Zouaves « de tenir ferme ».

Se conformant sans réserve à cette prescription et à l'ordre mémorable lancé le 5 Septembre par le Généralissime, le Régiment se fait décimer sur place, sans lâcher un pouce du terrain conquis. A 18 heures, il avait perdu e tiers de l'effectif engagé.

Grièvement blessé le matin., le Colonel FRANCEZ est encore atteint l'après-midi. Plusieurs Compagnies n'ont plus d'Officiers ; dans l'une d'elles, tous les Sous-Officiers eux-mêmes sont tombés ; mais les Zouaves tiennent toujours.

Les fluctuations de la relève avaient mis ce jour-là lé Régiment sous les ordres du Général QUIQUANDON : « Vos Zouaves ont été superbes de crânerie, écrit-il au Colonel en plein combat, je suis fier d'avoir eu l'honneur de commander aujourd'hui une pareille troupe, adressez-leur toutes mes chaudes félicitations ».

Vers 21 heure, le Colonel FRANCEZ, qui avait dû remettre le commandement au Lieutenant-Colonel COTTIN DE MELVILLE, était évacué. Le 15 octobre suivant il était cité, en ces termes, à l'ordre de l'Armée: « Dans un violent combat, n'a pas hésité à se porter en avant de sa personne ; a donné à tout son régiment le plus bel exemple de bravoure et de stoïcisme sous le feu d'artillerie et de mitrailleuses, a électrisé ses hommes ».

Le 27 Septembre, le Lieutenant-Colonel ANCEL était nommé au commandement du 3e bis de Zouaves.

Le réduit de LAPERRIÈRE devait tenir longtemps encore. Le 28 Septembre se produit l'attaque de la ferme voisine : La SOUS-PERRIÈRE, où le Régiment devait encore laisser de nombreux morts.

 

Ecurie - Roclincourt. - Le Labyrinthe.

Le 1er et le 2 Octobre, la 45e D. I. est enlevée en camions autos et dirigés vers le Nord, pour enrayer la tentative ennemie de manoeuvre débordante et de course à la mer.

Les Bataillons du Régiment débarquent les 3 et 4 Octobre aux environs d'ARRAS, et font mouvement, par la route, sur ANZIN-SAINT-AUBIN.

Le 5, au matin, le Régiment arrivait à ECURIE, et le Colonel ANCEL recevait du Général FAYOLLE l'ordre de s'engager.

Articulé en profondeur, le Régiment traverse ROCLINCOURT et se dirige vers THELUS. Dans la journée, ses premiers éléments étaient à 400 mètres de THELUS, lorsque à 20 heures, il reçoit l'ordre de se replier sur ROCLINCOURT et d'y cantonner.

Le 6, ordre est donné de reprendre la marche sur THELUS. Mais les Allemands, installés en force, ouvrent un feu violent de mitrailleuses qui cloue sur place nos tirailleurs.

Ceux-ci creusent immédiatement le sol et c'est ainsi que fut ébauché le Secteur de ROCLINCOURT.

Alors commença la morne et rude existence menée par les troupes aux tranchées, avec son labeur incessant et ses drames journaliers ; égayée cependant par les plaisanteries ou les inventions drôles des Zouaves et, aussi, par le souvenir inoubliable de la traversée de Paris et du frais sourire des Midinettes.

La bonne humeur et la gaîté étaient à l'ordre du jour. On se battait avec le sourire et, c'est ainsi que l'on put voir le Zouave DEROUILLE, au retour d'une reconnaissance difficile, préférer une cigarette à une proposition de citation (il eut d'ailleurs l'une et l'autre).

Le 27 Novembre fut un jour néfaste.

Ce jour-là, l'ennemi, au cours d'une attaque sur le village d'ECURIE, s'empara de quelques éléments de tranchées tenus par le régiment voisin, dans un secteur particulièrement difficile à tous les points de vue.

Des contre-attaques furent vainement tentées par ce régiment pour reprendre ces tranchées qui constituaient, disait-on, la clef de voûte de la position.

Alors cette position de secteur, où le combat s'éternisait, et où la guerre de mine était ouverte de part et d'autre, fut cédée, en partie, le 3 décembre, au 3e bis qui étendit ainsi son front jusqu'à la route de LILLE (Le 25 Janvier, il devait échanger complètement son ancien secteur de ROCLINCOURT pour celui de la route de LILLE-ECURIE).

Les attaques, les contre-attaques de tranchée à tranchée, de boyau à boyau, se succèdent et s'enchevêtrent sans trêve avec des alternatives diverses et une dépense quotidienne d'efforts surhumains, d'héroïsme et de sang.

Le 7 Décembre, après une attaque malheureuse effectuée la veille par deux compagnes de « Joyeux », la 7e Compagnie est chargée de reprendre nos anciennes lignes. A 23 heures, la section GUIZIER, partie en tête, atteint l'objectif. Le Lieutenant GUIZIER parvient même à porter les trois autres sections à leurs emplacements et à maintenir, jusqu'à 4 heures du matin, la position conquise où il fut relevé par la 11e. Celle-ci cédait, à son tour, la place au Régiment voisin, auquel une violente contre-attaque ennemie enlevait de nouveau la position.

Le lendemain, la 12e Compagnie, sous l'énergique commandement du Lieutenant PANTALACCI, bravement tué en tête de ses hommes, se faisait détruire en partie sans réussir à la reprendre.

Le 9, ce sont deux Compagnies du 2e Zouaves qui tentent vainement l'attaque.

La lutte recommence encore les 10 et 11 Décembre, les 4, 5 et 6 Janvier. Tour à tour, toutes les unités du 3e bis viennent essayer de reprendre à l'ennemi des lambeaux de cette terre où reposent déjà tant de leurs infortunés camarades.

Et c'est toujours contre cette tranchée 7, ébauche du fameux Labyrinthe, que viennent se briser sans résultat, ou avec des succès tout éphémères, les attaques du 13 janvier (8e Compagnie), du 14 Janvier (quatre Compagnies qui font une centaine de prisonniers), du 15 Janvier (1re, 6e, 9e et 11e Compagnies), du 20 Janvier (4e, 7e, 9e et Groupe franc).

Enfin le 4 Février, dans un sursaut surhumain, le Lieutenant DIBAR, avec la 12e Compagnie, les 2e et 4e Sections de la 4e Compagnie et le Groupe franc, puissamment aidé par l'explosion de fourneaux de mines et par l'Artillerie, réussit à s'installer et à se maintenir définitivement dans les positions perdues naguère, et dont la reprise avait exigé plus d'un mois d'efforts.

Les citations suivantes obtenues par les unités qui se sont le plus distinguées, disent assez éloquemment ce que furent ces combats confus, mais glorieux, pour le Régiment.

 

CITATIONS A L'ORDRE DE LA DIVISION

« 7e Compagnie (ancienne 23 e), Chargée, le 7 décembre, de reprendre des tranchées défendues par des mitrailleuses, des minenwerfer et une fusillade terrible, en franchissant des boyaux, également défendus, a accompli sa mission brillamment en perdant le tiers de son effectif et s'est maintenue sur la position conquise jusqu'à ce qu'elle ait été relevée malgré de furieuses contre-attaques ».

« 11e Compagnie (Ancienne 47e), Lieutenant MASSUS. Chargée, le 8 décembre, de relever sous un feu effroyable de bombes, pétards, mitrailleuses et mousqueterie, une compagnie qui venait d'enlever dés tranchées et fondait rapidement, a glorieusement rempli sa mission en perdant plus de la, moitié de son effectif »

« 4e Compagnie (Ancienne 12e), Lieutenant PANTALACCI. Chargée d'exécuter, dans la, nuit du 8 au 9 décembre, un coup de main ayant pour but la destruction de tranchées ennemies, a brillamment accompli sa mission au cours de laquelle elle a perdu son chef.

 

CITATIONS A L'ORDRE DU CORPS D'ARMEE

« 12e Compagnie (Lieutenant DIBAR). Désignée pour donner l'assaut à une position hérissée d'obstacles et bouleversée par des explosions de mines, est partie en bloc, a occupé de la manière la plus brillante les entonnoirs qui venaient d'être créés et le terrain environnant et s'y est maintenue sous un lieu violent »

« 2e et 4e Sections de la 4e Compagnie (Lieutenant GUIOT). Désignées pour donner l'assaut à une position hérissée d'obstacles et bouleversée par l'explosion des mines, ont atteint d'un seul bond l'entonnoir qui venait d'être créé et s'y sont maintenues sous un feu violent ».

 

Le 6 Février, 1e Général PÉTAIN, commandant le C. A., venait, en outre, féliciter le 3e bis de Zouaves de sa remarquable énergie.

Une accalmie relative suivit ce succès. Mais le commandement ne se contenta pas de la reprise des positions primitives. Il voulut, encore, s'assurer la possession de quelques éléments en direction de SOUCHEZ.

A cet effet, on s'avança, au moyen de trois galeries de mines, mais un incident, qui se produisit le 15 Février, précipita les événements. Un sapeur, travaillant en tête de la galerie du centre, tomba soudain, dans un abri allemand situé en arrière de la tranchée ennemie.

L'émotion, dit-on, fut vive chez l'ennemi, mais, pour ne pas lui donner le temps d'éventer nos deux autres galeries, le commandement donna l'ordre d'attaque pour le 17.

Ce jour-là, à la faveur de l'explosion de quatre fourneaux de mines, les éléments d'attaque fournis par le 3e bis, le 3e Bataillon d'Afrique, deux Compagnies du 2e Zouaves et le Groupe franc, s'élancent impétueusement.

Certains s'emparent des objectifs assignés ; d'autres, d'une partie seulement ; les derniers, enfin, sont cloués dans leur position de départ par la réaction ennemie : la ligne présente un aspect des plus chaotique.

Les unités qui s'étaient particulièrement distinguées sont citées, en ces termes, à l'ordre de la Division

« 9e Compagnie. Chargée avec un peloton de participer à l'attaque du 17 février et avec 1’autre peloton de ravitailler toutes les unités d'attaques en explosifs, munitions et matériels divers, s'est dépensée sans compter perdant le tiers de son effectif. Maintenue le 18 dans les tranchées allemandes conquises, y a fait son devoir, perdant les 5 /6,e des hommes qui lui restaient ».

« 10e Compagnie. Sans attendre la chute des débris formés par l'explosion simultanée de quatre fourneaux de mines, est sortie impétueusement de notre tranchée, s'est jetée résolument dans les tranchées ennemies et a rempli, en un temps très réduit, la mission qui lui était assignée ».

« 11e Compagnie. A participé aux attaques du 17 et 18 février 1915. Est restée 52 heures en première ligne sous une avalanche de bombes, de grenades et d'obus de tous calibres. Relevée, n'avait plus que le tiers de son effectif s. »

« 1re Section de la 1re Compagnie. Brillante conduite au cours d'une attaque pendant laquelle elle a perdu son chef et la moitié de son effectif ».

Après ces opérations pénibles et coûteuses, le régiment fut relevé et quitta, sans regret, ce secteur de la route de LILLE, où, depuis plus de deux mois, il avait combattu sans trêve ni repos.

 

Repos dans le Nord.

Relevé le 19 Février, le Régiment va au repos à BAVINCOURT ; le Colonel ANCEL, appelé au commandement d'une brigade, est remplacé par le Colonel AUBERT.

Quelques éléments du Régiment vont relever, au Sud d'ARRAS, des fractions,de cavalerie à pied dans un secteur très calme.

Le 30 Mars, le 3e bis est dirigé, par voie de terre, dans la région de DOULLENS, où il reprend son instruction.

Le 8 Avril, il est embarqué pour ESQUELBECQ, ZEGGERS-CAPPEL, où il reçoit la visite de M. POINCARÉ, Président de la République.

 

Langemarck Les gaz L'Yser

Le 14 Avril, le Régiment est enlevé, en camions autos, pour occuper le secteur de LANGEMARCK, en BELGIQUE.

Ce secteur s'étend de la route POEL-CAPPELLE-YPRES à LANGEMARCK inclus. A droite, les Anglais ; à gauche, la 87e D. I. Territoriale.

C'est une région calme; les tranchées n'y sont pas continues; elles sont souvent constituées par des gabionnages en superstructure ; quelques boyaux sont faits de sacs à terre; les deuxième lignes n'existent pas, peu d'obus et pas de bombes.

Cependant, dans le dossier du secteur, on trouve un extrait d'interrogatoire d'un déserteur allemand qui laisse entrevoir l'éventualité d'une attaque par gaz délétères.

Le Colonel AUBERT en prévient les unités, en indiquant les moyens d'y parer : mouchoir imbibé d'eau dans la bouche, tir dans le nuage de gaz.

Dans la nuit du 21 au 22, le Régiment est relevé par le 1er Tirailleurs, et va cantonner à CROMBECKE (P. C. de la D. I.), où il arrive à 9 heures du matin.

Dans l'après-midi, le bruit se répand dans les cantonnements que les Allemands on attaqué par gaz.

A 23 heures, le 3e bis est alerté et à 2 heures, il est dirigé sur ELVERDINGHE. En route, il reçoit l'ordre d'intervenir dans le combat, dans la région de PILEKEM.

Dans l'après-midi, le Bataillon de MONTLUC est envoyé dans cette direction et s'intercale entre le 2e bis de Zouaves et les Anglais; le Commandant DE MONTLUC blessé, est remplacé par le Capitaine TEISSEIRES.

Le Bataillon, appuyé par le peloton de mitrailleuses du Lieutenant ZABLOT, progresse jusqu'à proximité de la ferme PILEKEM et profite de la nuit pour s'organiser défensivement.

Jusqu 27 Avril, le Régiment subit de nouvelles attaques par gaz et réagit à son tour jusqu' à cinq et six fois par jour.

Ces contre-attaques permettent d'améliorer sensiblement la situation du 23. Pendant cette période, le service de Santé a pu doter tous les combattants de compresses imprégnées d'hyposulfite ce qui permet de résister dans des conditions satisfaisantes aux émissions de gaz.

Le 27, le Régiment est retiré de la ligne et mis en réserve à la CHAPELLE-NOTRE‑DAME.

Le lendemain, il est alerté et va se placer en réserve près du canal de l'YSER, en vue d'une intervention en direction de PILEKEM.

Le Colonel AUBERT y fut blessé, tandis qu'y. côté de lui, son Officier Adjoint, le Capitaine ROBILLOT, était tué net; néanmoins, le Colonel resta à son poste et conserva son commandement.

Le 7 Mai, le Régiment était envoyé au repos à COPPERNOLLEHOEK, mais alerté le 8, pour être mis en ligne à la Ferme SWANHOF. Le 13, il repousse une attaque et le 14 est mis de nouveau au repos à ELKHOEK.

Le 2e bis Zouaves qui a relevé le 3e bis; attaque pour se donner de l'air ; mais il subit de grosses pertes, lesquelles motivent sa relève, le 18, par le Régiment.

Par un temps épouvantable, nos unités trouvent toutes les tranchées et les boyaux complètement démolis par l'Artillerie ennemie. De plus, la progression réalisée par le 2e bis a amené nos lignes, dans une position en flèche, au contact de celles de l'ennemi.

Celui-ci devait être tenté de réduire cette avancée. Aussi, le 19, les Allemands exécutent un violent bombardement qui fut d'abord considéré comme représailles de la chute d'un avion abattu par notre Artillerie. Mais le lendemain 20, des tirs de réglage donnèrent l'éveil dès le matin.

A la tombée de la nuit, le bombardement devient plus violent. Les arrières sont pris à partie, ainsi que tous les passages sur le canal. Les liaisons sont impossibles.

Le Commandant SEMONIN est à demi enseveli sous son léger abri et fortement contusionné (non évacué).

Vers 21 heures, l'infanterie allemande attaque ; elle fait une petite brèche dans la ligne tourmentée que nous occupions et s'infiltre par ce moyen dans un boyau-tranchée, dit de deuxième ligne, cernant ainsi complètement la 7e Compagnie (Lieutenant GUIZIER).

A minuit, cette Compagnie dont le dépôt le munitions avait sauté n'avait plus que 16 cartouches par homme.

Plusieurs Zouaves sont envoyés pour mettre le Commandant au courant; aucun ne revient.

Enfin, l'Adjudant GROS-BADON parvient à remplir cette mission. Envoyé seul, il tombe sur des Allemands, fait le mort pendant le temps nécessaire, repart et, après avoir essuyé le feu des Zouaves de la Compagnie voisine, arrive auprès du Chef de Bataillon.

Le Commandant est mis au courant de la situation de la 7e, que l'on croyait prisonnière. L'Adjudant GROS-BADON reçoit les ordres du Colonel pour la contre-attaque qui se prépare et à laquelle sa Compagnie va si brillamment coopérer. Il rejoint ensuite sa Compagnie, en emmenant deux Zouaves qui traînent des cartouches dans des sacs. Au petit jour, notre artillerie envoie quelques coups de 75 : c'est le signal.

Les sections de la 7e Compagnie, entre lesquelles le Lieutenant GUIZIER a réparti la besogne, font irruption dans les trous où les Allemands sont blottis et attaquent par derrière ceux qui s'étaient infiltrés dans le boyau menant à la deuxième ligne.

Ces derniers surpris, jettent leurs fusils, font « kamarad » et courent vers l'arrière où des éléments de la 11e Compagnie les recueillent, tandis que cette Compagnie pousse de l'avant.

A ce moment, les Zouaves-mitrailleurs DALLA, ABADIE et DHERVILLEZ, faits prisonniers dans la nuit, et que l'ennemi avait fait travailler jusque-là, avec promesse de mort au petit jour, se mettent à crier : « Marchez, marchez, les Boches se barrent. »

D'un bond, les Zouaves de la 7e sont sur eux, et font prisonniers les gardiens.

Puis, après s'être emparés d'un dépôt de grenades, que l'ennemi avait déjà constitué, les sections du Lieutenant GUIZIER, déblaient le boyau-tranchée, objet des convoitises allemandes, font sauter le barrage et y progressent à l'aide des grenades ennemies.

Les unités du Bataillon SEMONIN arrivent à ce moment et s'emparent d'un seul bond, de 380 mètres de tranchés allemandes. Cette action brillante coûtait cher à l'ennemi.

Il laissait plus de 700 cadavres comptés sur le terrain, dont 300 devant le seul secteur de la 7e.

A la suite de ce succès les citations suivantes étaient accordées à l'ordre du Corps d'Armée

« 7e Compagnie: Occupant dans la nuit du 20 au 21 mai, un saillant nouvellement conquis et imparfaitement organisé, menacée par des attaques enveloppantes, a résisté pendant plusieurs heures à toutes les poussées de l'ennemi et a participé avec le plus bel élan à une contre-attaque générale qui l'a complément dégagée en reconquérant toutes nos tranchées et en s'emparant de nouvelles. Déjà citée à l'ordre de la Division ».

« 11e Compagnie. Désignée pour prendre part à une contre-attaque dans un secteur en butte aux attaques continuelles de l'adversaire, a accompli brillamment sa mission ; a fait 150 prisonniers, pris du matériel et infligé à l'ennemi des pertes importantes. Compagnie citée deux fois à l'ordre de la Division ».

 

Après cette chaude affaire, le Régiment fut mis au repos à IZERDENOEK et revint dans le même secteur donner la main à une attaque canadienne.

Le Colonel AUBERT fut alors nommé au commandement d'une Brigade Alpine et remplacé au régiment par le Lieutenant-Colonel PRIOU.

Quelques jours après, le 3e bis cédait aux Britanniques toute la zone de combat et s'établissait un peu plus au Nord, le long du canal de l'YSER ; dans le secteur dit de BOESINGHE.

Le 1er Août, au cours d'une revue, le Régiment reçut son Drapeau des mains de M. POINCARÉ, Président de la République, qui était accompagné de M. MILLERAND et du Général FOCH.

Le Secteur de BOESSINGHE aurait été excellent si le « Boulevard des Italiens « (Nom donné à un sentier longeant lYser, au pied du talus du Canal) avait reçu un peu moins de grosses bombes noires. D'autant plus que les cuisiniers se chargeaient, à eux seuls, d'entretenir l'esprit offensive en annonçant sans cesse, mais toujours pour la semaine suivante, les attaques les plus tentantes et les plus savamment combinées comme celle‑ci

« A l'aide de bouchons de bidons, attachés ensemble, on allait construire des radeaux qui seraient lancés au bon moment sur l'YsER ; les hommes ne sachant pas nager y prendraient place et les autres passeraient à la nage, pendant qu'on installerait, sur la berge même du canal, certaine batterie en bois, bien connue, sur laquelle quoiqu'elle fut bien en vue aux environs d'ELVERDINGHE, les artilleurs ennemis s'obstinaient à ne pas vouloir tirer. »

A les en croire les Boches devaient être tellement « sidérés » que la guerre devait finir peu après.

Malheureusement …la 45e D. I. fut envoyée au repos le 30 Septembre 1915, dans la région de BAMBECQUE et y fit prosaïquement de l'instruction jusqu'au début de Décembre.

 

Secteur de Nieuport-Ville Repos et mouvement à l'intérieur.

Jusqu'à la fin de Décembre, le 3e bis alla occuper le secteur inondé et bombardé de NIEUPORT-VILLE avec cantonnements de repos à OOST-DUNKERQUE et COXYDE-VILLE ; puis la Division fut regroupée entre DUNKERQUE et BERGUES.

Les mois de Janvier et Février 1916 furent consacrés à l'instruction.

Dans les premiers jours de Mars, le 3e bis fut embarqué pour la région de CREPY-EN-VALOIS, où il stationna jusqu'au 19 Mars, puis, par route se rendit vers FISMES.

En avril, le Lieutenant-Colonel PRIOU, nommé au commandement d'une brigade, fut remplacé par le Lieutenant-Colonel DELAVAU.

Les 19 et 20 Avril, le Division fut transportée dans la région Sud de SAINTE-MENEHOULD, d'où le Régiment gagna à pied EVRES et TRIAUCOURT.

 

Verdun (Cote 304 Le Bois Camard).

Depuis le 25 Février, la Citadelle de VERDUN était furieusement assaillie par l'ennemi qui voulait à tout prix s'en emparer et s'ouvrir ainsi la route de PARIS.

Toutes les unités de l'Armée française devaient venir s'y couvrir de gloire et écrire, avec leur sang, l'héroïsme devise : Ils ne passeront pas ; la 45e D. I. y était appelée à son tour et se vit confier la défense du secteur de combat COTE 304 - BOIS D'AVOCOURT.

Le Régiment gagna le 9 Mai le bivouac du Bois SAINT-PIERRE d'où, dans l'après-midi du même jour, le 1er Bataillon (LAMBIN) et le 2e (SEMONIN), se rendirent à ESNES et environs.

Dans la nuit du 10 au 11, le 1er Bataillon releva un Bataillon du 114e à l'Ouest de la COTE 304. La nuit suivante, le 2e Bataillon prenait, à la COTE 304, la place d'un Bataillon du 125e. Le 3e Bataillon (VEAU) était placé en réserve dans des tranchées à 400 mètres au Nord-Ouest d'ESNES.

C'était un secteur de combat, caractérisé par l'impossibilité de créer des défenses organisées. Le front était constitué par une ligne changeante de trous d'obus rapidement aménagés, qu'un pilonnage incessant transformait sans cesse.

Cette ligne même était coupée en deux par une enclave ennemie signalée comme facile à enlever par  ceux qui étaient relevés.

Quelques boyaux, à peine tracés et très dangereux d'ailleurs, n'arrivaient pas toujours jusqu'à la première ligne. Le tout était recouvert d'une boue liquide et plongé dans une atmosphère empestée.

A l'arrière, les Bois et la Vallée d'ESNES sentaient la mort ; la circulation n'était possible aux autos-ambulances et aux cuisines roulantes que grâce à l'inlassable et obscur dévouement des territoriaux qui, la pelle à la main, réparaient sans cesse les routes et les carrefours, continuellement défoncés par le bombardement.

Pour la première fois, depuis le commencement de la campagne, les Zouaves du 3e bis allaient voisiner avec leurs frères du 3e Zouaves de Marche, qui tenaient le BOIS D'AVOCOURT un peu plus à l'Ouest.

Le 12, ordre est donné d'enlever, sans préparation, l'enclave ennemie qui coupait en deux la position tenue par le Régiment.

L'opération est tentée le 13, par des éléments des 7e et 8e Compagnies du Bataillon SEMONIN, qui échouent, avec de fortes pertes, devant cette position hérissée de mitrailleuses.

Le 14, le Régiment est relevé et va en réserve vers BETHELAINVILLE.

Le 17, l'attaque de l'enclave est reprise par le 3e Mixte, à la disposition duquel sont mis le 1er Bataillon et la Compagnie de Mitrailleuses CHABERT, ainsi que d'autres éléments du 1er Zouaves.

Après une courte préparation d'artillerie, l'attaque est brillamment couronnée de succès et le Commandant TRAPET, du 3e Mixte, chargé de l'opération, se maintient dans les trous d'obus conquis, malgré les contre-attaques allemandes.

19 Mai, le 1er Tirailleurs est très éprouvé dans le secteur de la route d'ESNES à HAUCOURT, et les 2e et 3e Bataillons sont alertés pour aller le relever.

Ils arrivèrent à temps : les Tirailleurs ne formaient plus qu'une ligne discontinue et incertaine et leur Colonel, au centre de son secteur, n'avait plus autour de lui, qu'une centaine d'hommes.

La situation fut maintenue, tant bien,que mal, dans la journée. A la nuit, le 2e Bataillon atteignit les lisières Sud du Bois CAMARD ; le 3e Bataillon put reprendre une ride de terrain, qui était paraît-il, la tranchée Driant, et une de ses Compagnies (la 9e) reçut son café, le lendemain matin, par une corvée ennemie qui croyait ravitailler les siens.

Les 20 et 21, la situation,fut entièrement maintenue ; malgré les mitrailleuses restées derrière notre ligne, le 2e Bataillon put même traverser le Bois CAMARD (complètement rasé par les obus) et se fixer au RAVIN qui longe le Bois au Nord.

Le 21, à 20 heures 30, au cours du combat habituel, le Régiment reçut l'ordre de relève; le Bataillon DE GOROSTARZU, du 12e R. I., devait se substituer aux unités bien réduites de nos deux Bataillons engagés.

Celles-ci, qui n'avaient pu être ravitaillées depuis leur engagement, furent relevées, les unes après les autres et allèrent se reformer, le 22, au BOIS SAINT-PIERRE.

Pendant cette période du 11 au 21 Mai, le Régiment avait perdu 139 tués, 563 blessés et 55 disparus.

 

Repos à Perthes. Secteur de Baccarat.

 

Dans la soirée même du 22 Mai, le Régiment fut enlevé en camions autos, et transporté dans la région de PERTHES, près de SAINT-DIZIER, où il cantonna. Puis, il s'embarqua en chemin de fer à destination de THAON, au Nord d'Epinal, d'où, le 8 juin, il allait occuper le secteur de tout repos de BACCARAT.

Le Colonel DELAVAU reçut alors une autre affectation et fut remplacé par le Commandant TRAPET, du 3e Mixte, promu Lieutenant-Colonel.

 

La Somme.

Le 8 Août, la D. I. se porte, par voie de terre, dans la région du Camp de SAFFAIS, qu'elle quitte, le 24 Août, pour GRANDVILLIERS (Oise).

Le 30, le Régiment, cantonné à SOMMEREUX et DARGIES, est enlevé en camions et arrive le 2 Septembre au Bois BILLION, à l'Ouest de BRAY-SUR-SOMME, où il bivouaque les 2 et 3 Septembre.

Le 4 au soir, les trois Bataillons quittent le Bois BILLION pour aller relever des Chasseurs à Pied, dans la région de la FERME DE L'HÔPITAL.

Le mouvement s'exécute très difficilement, en plein combat, par une nuit noire et pluvieuse.

Seul, le 1er Bataillon (LAMBIN) peut effectuer sa relève, face à la Ferme de l'Hôpital.

Les 2e et 3e Bataillons, par ordre du Colonel BOYER (I. D. C. P.) se terrent dans des tranchées, ne pouvant opérer la relève projetée.

Le 5, dans la matinée, les Bataillons SEMONIN et DE TESSIÈRES parviennent à rejoindre leurs emplacements, en doublant les Chasseurs très affaiblis comme effectifs.

A 14 heures, les 1er et 2e Bataillons attaquent les lignes allemandes de la Ferme de l'Hôpital ; le 3e en réserve à la tranchée SIVAS.

L'attaque, brillamment enlevée, réussit pleinement. Le 1er Bataillon parvient à prendre pied sur le plateau, malgré un terrible feu de barrage et s'installe, face à la grand'route, en liaison à droite, avec la Brigade MESSIMY, tandis qu'à gauche le BOIS D'ANDERLU est toujours aux Allemands.

Le 6, le 2e Bataillon attaque dans cette région, en liaison avec le 3e Mixte qui ne peut avancer. I1 en résulte de fortes pertes sans résultat pour le 2e Bataillon. .

Les 7 et 8, on consolide les positions et, le 8, le Régiment relevé va en réserve à la Tranchée des Araignées.

Le 12, une attaque générale est déclenchée. Les deux Brigades, de front le 3e Mixte en tête, le 3e bis en soutien. La Tranchée Cranière est enlevée.

Le 13, le 3e Bataillon va renforcer le 3e Mixte très éprouvé et attaque à 8 heures. Le Capitaine MAUDUIT, avec sa Compagnie, progresse magnifiquement à la grenade, s'empare des tranchées du Trentin et de l'Hôpital, fait au cours du combat, qui dure de 8 heures à 17 heures, environ 400 prisonniers (dont un Major et trois Officiers) et s'empare de 11 mitrailleuses dont deux sont immédiatement utilisées.

Le 14, l'attaque est orientée sur RANCOURT.

Les 1er et 3e Bataillons peuvent exécuter le matin, une avance sérieuse ; mais ils sont encore loin de RANCOURT.

A 16 heures 30, une deuxième attaque est déclenchée ; nos Bataillons progressent de 800 mètres, au prix de fortes pertes, mais s'arrêtent à 200 Mètres de RANCOURT, hérissée de mitrailleuses. Le 33e R: I. est en échelon à gauche ; à droite, les « Joyeux » sont en retrait.

Le commandement, qui veut enlever RANCOURT, ordonne pour le 15, une concentration importante d'artillerie lourde, qui bouleverse complètement le pays.

Les Chasseurs à Pied, qui ont relevé les « Joyeux » et doivent attaquer RANCOURT ne peuvent cependant parvenir à hauteur de nos deux Bataillons de tête, qui sont stabilisés.

Le 16, les Chasseurs relèvent nos unités qui rejoignent la Tranchée des Araignées et le lendemain le Bois BILLION, d'où, à 17 heures, elles sont enlevées en camions pour aller au CAMP D'HAMELET, près de CORBIE.

Pendant ces durs combats, du 5 au 17 Septembre, le régiment avait perdu 157 tués, 760 blessés, et 51 disparus.

 

 

Repos. Secteur de Nieuport-Bains et mouvement de l'intérieur.

Le 2 Octobre, la D. I. est embarquée pour le Nord, et débarque à BERGUES. Le 9, le 3e bis prend le secteur de NIEUPORT-BAINS.

Les 12 et 13 Janvier, le Régiment est dirigé par chemin de fer sur SENLIS et CHANTILLY, la D. I. étant passée à la 3e Armée.

Les Bataillons sont employés à des travaux de fortification près des cantonnements.

Le 2 Mars, la D. I. est mise à la disposition du 1er Corps Colonial, mais, considérée comme troupe d'exploitation, elle est placée en réserve ou occupée à des travaux de préparation d'attaque.

Des indices de repli de l'ennemi ayant été remarqués, un coup de main fut ordonné qui décela l'abandon presque complet des tranchées ennemies, tenues faiblement par un mince rideau de troupes qui furent faites prisonnières. Les Coloniaux, relevés depuis deux jours, sont rappelés et entament la poursuite, tandis que le régiment est employé aux travaux de réfection des routes dans la région Sud-Ouest de ROYE.

Le 21 mars, la D. I. est embarquée à MONTDIDIER, à destination de MAILLY, où elle séjourne jusqu'au 1er Avril, puis fait mouvement, par la route, pour gagner MOURMELON.

 

 

Secteur de Prosnes. Attaques de Moronvilliers et du Mont-Haut.

Le 8 Avril 1917, quelques jours avant la grande offensive préparée par le Général NIVELLE, le Régiment monte en ligne dans le secteur de PROSNES ; le 9, l'artillerie commence à faire des brèches dans les réseaux ennemis reconnus chaque nuit.

Le 11, on aménage les parallèles de départ et les boyaux d'accès et, dès le 12, le Régiment prépare son dispositif d'attaque ; mais de leur côté les Allemands sont attentifs et leur aviation vole bas.

L'attaque est fixée au 17 Avril, à 4 heures 45.

Par une nuit obscure, agrémentée de rafales de pluie et de neige, les unités du 2e Bataillon partent à l'heure précise, atteignent rapidement les lignes allemandes en franchissant les réseaux par les brèches : les prisonniers du 363e d'Infanterie allemande affluent aussitôt.

A 6 heures 45, le 2e Bataillon dépasse la Tranchée d'Erfurth et aborde les abris-souterrains. Mais ceux-ci sont défendus par de nombreux nids de mitrailleuses qui en barrent l'approche de tous côtés. Nos pertes sont élevées. Ordre est donné de la Brigade de se fixer, en attendant une nouvelle préparation d'artillerie.

Le 3e Bataillon serre sur le 2e, en échelon à droite, et s'empare du Bois Parallèle, où il prend deux canons intacts qui avaient tiré jusqu'au dernier moment.

Le 18, les pièces lourdes et de campagne ouvrent le feu à 7 heures, sur « CONSTANZ-LAGER ».

A 7 heures 50, les occupants sortent de leurs abris, munis du brassard blanc à croix rouge de Genève, et font « kamarad » à l'heure exacte qui leur avait été prescrite (renseignement donné dans la nuit, par un Allemand, ordonnance du Capitaine, fait prisonnier par deux agents de liaison de la Compagnie MAUDUIT, lesquels s'étaient égarés dans la position ennemie).

Le 2e Bataillon s'avance de suite, s'empare des ouvrages et pousse dans la direction du MONT-HAUT.

A 9 heures 5 la liaison est assurée avec le 3e Mixte et le 1er Tirailleurs.

A midi, un temps d'arrêt s'impose : les mitrailleuses du Mont-Haut, appuyées d'un très fort barrage d'artillerie balayent tous les fonds et toutes les pentes.

A la nuit, le mouvement est repris ; les 2e et 3e Bataillons escaladent les crêtes, enlèvent le Mont-Haut, nettoient toute la position et font prisonniers les derniers défenseurs.

A 19 heures 45, le sommet était complètement à nous, et une contre-attaque allemande échouait sous nos feux de mitrailleuses.; le lendemain, l'ordre fut donné de pousser la ligne d'avant-postes plus à l'Est. Mais les Allemands avaient installé de nombreuses mitrailleuses et la progression ordonnée ne put être réalisée. De plus, l'artillerie ennemie était très active, tandis que la nôtre était encore trop loin.

A 8 heures 40, des renforts ennemis, filtrant dans les bois du fond de NAUROY, sont vus et dispersés par nos mitrailleuses.

A 14 heures, une nouvelle attaque ennemie est arrêtée de même.

Le 20, l'artillerie allemande bombarde furieusement nos lignes .; par deux fois les Allemands se lancent à l'attaque. Ils sont définitivement repoussés.

Dans la nuit, le Régiment fut relevé. Il avait perdu 20 Officiers et 683 hommes. Mais, à la suite de ce brillant succès, il obtenait les citations suivantes

CITATIONS A L'ORDRE DE LA BRIGADE

« Peloton de Sapeurs-Pionniers. Sous les ordres du Sous-Lieutenant LLEU, pendant un séjour ininterrompu de trois mois dans les tranchées du 9 octobre 1916 au 12 janvier 1917, a mis en état et réorganisé le secteur de son régiment en Belgique, travaillant de jour et de nuit avec un entrain remarquable et parfois sous de violents bombardements. Pendant la période du 5 au 17 avril 1917, dans une région où rien n'avait été préparé en vue d'une attaque, a eu à accomplir une tâche particulièrement dure dont il a su s'acquitter avec son entrain et son dévouement habituels. Après avoir mené avec rapidité, les travaux d'aménagement du terrain, avant l'attaque, s'est porté à l'assaut le 17 avril 1917 et a contribué aux succès des opérations du 17 au 22 avril 1917 en aménageant le terrain conquis et en participant à repousser une contre-attaque ennemie ».

 

CITATIONS A L'ORDRE DU CORPS D'ARMÉE

« 1er Peloton de la C. M. 1. Le 20 avril 1917, le 1er peloton de la C. M.1 du 3e bis, sous l'énergique commandement du Sous-Lieutenant BARTHAS, brisa, par une habile mise en batterie et un tir précis et continu, malgré un violent bombardement et une forte mousqueterie, de puissantes contre-attaques dirigées contre des troupes voisines »

 

CITATION A L'ORDRE DE L'ARMEE

« 2e Bataillon. Du 17 au 21 avril 1917, sous les ordres de son Chef de Bataillon, le Commandant LESIEUR, a mené avec un entrain magnifique, par un temps favorable, une attaque furieuse, sur un point d'appui fortement organisé depuis plus de deux ans, s'emparant des hauteurs et des observatoires de l'ennemi ; s'est maintenu sur ses positions, malgré un violent bombardement et de vigoureuses contre-attaques. A fait de nombreux prisonniers et pris un important butin.

En outre, par Ordre n° 1024, le Général GOURAUD accordait au Régiment la citation suivante, à l'ordre de la 4e Armée

« A donné, en Avril 1917, à MORONVILLIERS de nouvelles marques de la valeur dont il a fait preuve depuis le début de la campagne, notamment à ROCLINCOURT, à YPRES, à VERDUN et sur la SOMME. Pendant la période du 17 au 21 avril 1917, sous le commandement énergique que du Lieutenant-Colonel TRAPET, a enlevé deux positions ennemies, très fortement organisées, sur une profondeur de plus de 3 kilomètres. A accompli sa mission avec sa froide bravoure habituelle, faisant 150 prisonniers, capturant 3 canons, 8 mitrailleuses, 3 minenwerfer et un matériel important ».

 

Repos. Mouvement à l'intérieur. Secteurs de la Région de Reims.

 

Le 24 Avril, le Régiment est embarqué et va occuper les cantonnements de SONGY, ABLANCOURT et AULNAY-L'EITRE, près de VITRY-LE-FRANÇOIS.

Le Général en Chef décide alors que le 3e bis serait transformé en Régiment Mixte, et le sort désigne le 3e Bataillon (DE TEISSEIRES) pour quitter le corps.

Le 1er Mai, le Régiment reçoit le 6e Bataillon du 1er Tirailleurs, tandis que son 3e Bataillon rejoint le 3e Mixte. Mais le 8, ce 6e Bataillon repasse au 1er Tirailleurs et le Régiment reste constitué à deux Bataillons.

Le 19 il est embarqué pour EPERNAY ; cantonne à AY ; fait mouvement, le 22, pour la région Ouest de Reims et du 30 Mai au 22 Août occupe le secteur dit de MARZILLY, avec un Bataillon en ligne à LOIVRE et un au repos à CHALONS-SUR-VESLES.

Pendant toute cette période, le Régiment ne fait guère que du terrassement et à sa relève le secteur était complètement organisé.

Les 21 et 22 Août, les Bataillons se rendent dans la région de VERNEUIL, où ils reçoivent, le 30, la visite du Général en Chef.

Le 32e Bataillon de Sénégalais (Commandant JACOBI) fut à cette époque affecté au Régiment.

Vers la mi-septembre, le Régiment revient dans la région de REIMS et prend le secteur, peu intéressant, de la COTE 108 au sud de BERRY-AU-BAC, qu'il garde jusqu'au 3 Octobre ; il va, ensuite, se reposer à SAINT-MARTIN-D’ABLOIS.

Le Bataillon de Sénégalais quitte alors le Régiment.

Le 28 Octobre, il est de nouveau dans la région et prend le secteur de CHALONS-LE-VERGEUR, à la place d'un Régiment de la 71e D. I. Le 30, le Général NAULIN attache, à la hampe du Drapeau, la Croix de Guerre gagnée à MORONVILLIERS.

De violents coups de main ennemis sont déclenchés sur tout le front du Régiment.

De plus, les hauteurs de SAPIGNEUL et du MONT-SPIN qui dominent nos lignes rendent l'occupation du secteur très pénible et nous occasionnent des pertes sensibles.

Le 15 Novembre, la 71e D.I. reprend ce secteur et le Régiment va occuper le sous-secteur de CHENAY.

Les 9 et 11 Décembre, les Bataillons sont relevés et vont cantonner à FLEURY-LA-RIVIÈRE, puis, en Janvier, à CUMIÈRES et VERZY.

Fin Janvier 1918 le Régiment remonte à REIMS, où il va tenir le centre du LINGUET, avec un Bataillon tandis que l'autre est aux CAVES POMMERY travaillant à une bretelle-sud.

Le 16 Février, le 3e bis échange le LINGUET contre le CENTRE DES CAVALIERS DE COURCY, où le Bataillon F du 4e Zouaves (Commandant PINCHON) lui est affecté et forme son 3e Bataillon.

Le 28 Février 1918, à partir de 23 heures, les Allemands ouvrent un feu intense sur tout le front de l'AISNE à REIMS et au delà.

Ce tir se prolonge sans interruption jusqu'à 3 heures, puis se ralentit ; des obus toxiques éclatent sur les arrières et les batteries. Toutes les dispositions d'alerte sont prises.

Le bombardement se continue dans la matinée du 1er Mars, avec une intensité particulière sur le Régiment, entre 13 heures et 17 heures, tandis que l'attaque ennemie se prononce enfin sur le secteur voisin, où elle est enrayée. Le 2 Mars, grâce à un travail soutenu, toutes nos lignes étaient remises en état.

Le 5 Mars, le Sous-Lieutenant COURTY, du 1er Bataillon, réussit un coup de main et ramène 11 prisonniers, ce qui lui vaut les félicitations du Général de Division.

Jusqu'au 24, les travaux de défense en profondeur sont poussés activement. Puis, une alerte a lieu en prévision d'une attaque générale ennemie. Mais celle-ci se produit en PICARDIE, où le front a été enfoncé, et la Division, enlevée rapidement, est transportée dans la région de BRETEUIL (SOMME), où elle reçoit la mission de barrer à l'ennemi les routes de PARIS et d'AMIENS.

 

 

Bataille de Picardie.

Le 5 Avril, le Régiment est placé en réserve à ROCQUENCOURT, MONT-SAINT-FIRMIN, derrière la 90e Brigade qui attaque.

Le lendemain, il est chargé de relever, face à CANTIGNY, des éléments d'Infanterie de cette Brigade.

Il pleut à torrent et, en pleine nuit, nos unités parviennent difficilement à trouver leurs emplacements. Comme il n'existe encore aucune organisation, et que, d'autre part, le bombardement ennemi et ses tirs de mitrailleuses sont incessants, nos hommes creusent, comme ils peuvent, des trous individuels dans la boue. Par suite de la nécessité où ils se trouvent de circuler à découvert, leurs pertes sont bientôt assez sensibles.

Dans la nuit du 10 au 11 Avril, un coup de main est tenté par une fraction de la 7e Compagnie sur le village de CANTIGNY et nous procure un prisonnier.

Jusqu'au 17, la situation reste la même, mais l'Allemand a été arrêté.

Le 18 a lieu une action qui est ainsi décrite dans l'Ordre du Régiment, No 82-1918, du Lieutenant-Colonel TRAPET :

« Le 18 avril 1918, sous le direction du Commandant LAMBIN, la 2e Compagnie et la Compagnie de Mitrailleuses du 1er Bataillon exécutent une attaque sur la forte position ennemie dit du « CHATEAU SANS Nom », à l'Ouest de FONTAINE-SOUS-MONTDIDIER. Dans un élan merveilleux, entraînés par le brave Capitaine MOUTET, les Zouaves, d'un seul élan, rompent la, ligne ennemie, encerclent la position, s'emparent du Château, du Parc et des Communs et font 14 prisonniers. La conduite de tous est héroïque, les actes individuels de bravoure sont nombreux et les pertes ennemies sont sévères. Deux contre-attaques sont repoussées et pendant sept heures, nous tenons la position. Après un bombardement des plus violents l'ennemi lance sur nos rangs éclaircis ,une furieuse attaque forte d'un bataillon, les vagues de l'assaillant sont décimées par nos mitrailleuses qui tirent leurs dernières cartouches.

Débordés, privés de munitions, nos camarades évacuent le Château et dans des corps a corps épiques, la petite troupe se fraye un passage dans le cercle de feu qui se referme autour d'elle et en combattant se replie sur sa base de départ.

Honneur aux braves ; le riche sang de France répandu, c'est de l'héroïsme en exemple.

Les noms du Commandant LAMBIN, du Capitaine MOUTET, des Lieutenants LUCIANI et MARTY, des Sous-Lieutenants COURTY, RICHAUD et BOEHLER, de l'Adjudant GIRAUD, du Sergent LAURENT et de tous les guerriers qui ont pris part à l'attaque seront inscrits au Livre d'or du Régiment.

La Grande Bataille commence par l'Héroïsme ; elle ne se terminera que par la Victoire.

Vengeons nos amis tombés et soyons toujours fidèles à notre devise jusqu'à la fin ! Jusqu'au dernier ! Jusqu’à la Victoire !

 

En outre, les citations suivantes, à l'Ordre de la Division, étaient décernées aux deux unités

« 2e Compagnie. Sous les ordres du Capitaine MOUTET, du Lieutenant LUCIANI, des Sous-Lieutenants RICHARD et COURTY, chargée d'exécuter un coup de main sur une position ennemie très importante et défendue par un Bataillon, entraînée par ses Officiers, a, d'un seul élan, encerclé la position, faisant 14 prisonniers et infligeant aux défenseurs de très lourdes pertes. S'est maintenue pendant sept heures sur la position conquise, résistant à trois contre-attaques, dont une faite par un bataillon de renfort. Ne s'est repliée qu'après avoir usé toutes ses munitions. Officiers, gradés et zouaves ont donné tous le plus bel exemple de courage, de ténacité et de mépris du danger. »

« 1ere Compagnie de Mitrailleuses. Chargée de coopérer à un coup de main exécuté par la 2e Compagnie, a, sous les ordres du Lieutenant MARTY et du Sous-Lieutenant BOEHLER permis à la Compagnie de se maintenir pendant sept heures sur la positon conquise, malgré plusieurs contre-attaques et un tir de destruction ennemi des plus violents. A eu ses mitrailleuses écrasées par les obus et ne s'est repliée qu'après avoir épuisé ses munitions. Officiers, gradés et mitrailleurs ont rivalisé de ténacité de courage, de sang-froid et de mépris du danger. Ont infligé à l'ennemi de lourdes pertes ».

 

Le 20 Avril, le Capitaine MOUTET blessé, était fait Chevalier de la Légion d'honneur à l'Hôpital de BRETEUIL. Nos Bataillons, relevés par un Régiment Américain, rejoignaient la zone de TARTIGNY, d'où ils regagnaient la Région d'EPERNAY, puis celle de REIMS.

Le 21 Mai, le Régiment était à GUEUX, VRIGNY, ROSNAY, JANVRY, GERMIGNY, en réserve de Division.

 

 

Combats à l'Ouest de Reims.

La grande offensive allemande sur le CHEMIN DES DAMES et la région à l'Ouest de REIMS allait nécessiter, à nouveau, l'intervention du Régiment, dans une lutte inégale où il devait déployer, pendant six jours de combat incessant, toutes les qualités guerrières qui en faisaient une troupe d'élite.

Le 26 Mai 1918 au soir, le Régiment est alerté. Dans la nuit les Bataillons se portent en avant et se trouvent le 27, à 3 heures du matin : E. M. et 3e Bataillon à CHENAY, 1er à MERFY et 2e à TRIGNY.

Toute la nuit le bombardement par tous calibres est intense ; les Allemands font un très large emploi d'obus toxiques.

Au petit jour, l'ennemi attaque de toutes parts.

Au Nord de la D. I., les unités britanniques ont dû céder du terrain, et à 8 heures, le 2e Bataillon est dirigé sur VILLERS-FRANQUEUX, route 44, où il se déploie en profondeur, essayant d'établir la liaison entre le 1er Tirailleurs et les Anglais.

Le Colonel se porte avec le 3e Bataillon à HERMONVILLE et fait barrer la ROUTE DE CAUROY par le peloton des Sapeurs-pionniers, pendant que le 3e Bataillon organise la défense d'HERMONVILLE.

Le 1er Bataillon enfin, est envoyé au COL DE TRIGNY avec mission de tenir la crête entre le Col et la Ferme Saint-Joseph.

La lutte est âpre pour les trois Bataillons qui parviennent, néanmoins, à enrayer l'avance ennemie et à empêcher l'infiltration.

Le 28, au petit jour, l'ennemi renouvelle ses attaques sur tout le front de la D. I. Mais les Anglais, qui se trouvaient à l'Ouest d'HERMONVILLE, ont dû se replier et le flanc gauche du Régiment est exposé.

Trois Divisions allemandes (33e, 213e et 242e) sont engagées devant nôtre seule 45e.

A 8 heures, le 3e Bataillon reçoit l'ordre de ses relier en combattant, sur le COL DE TRIGNY. I1 exécute ce mouvement en infligeant de lourdes pertes aux Allemands.

Le 2e Bataillon, qui avait pu se maintenir vers VILLIERS-FRANQUEUX avec une compagnie en flèche (7e, Capitaine CLÉMENT), à la route 44 et LUXEMBOURT, reçoit l'ordre, à 10 heures, de se replier sur les hauteurs de SAINT-THIERRY. Le repli se fait pas à pas en combattant, mais la 7e Compagnie, presque cernée, ne pourra rejoindre qu'à la tombée de la nuit.

Ces mouvements étaient facilités par le 1er Bataillon qui, de la crête Saint-Joseph, protégeait les replis par ses feux.

A midi, ce Bataillon reçoit, à son tour, l'ordre de rejoindre le col.

Les trois Bataillons garnissent alors solidement la crête, reliés avec le 1er Tirailleurs à droite et avec le Régiment Colonial JACOBI à gauche.

Jusqu'à la nuit, les trois Bataillons s'opposent aux tentatives adverses de gagner le col et la crête de SAINT-THIERRY. Ils contre-attaquent plusieurs fois et refoulent dans les fonds les unités avancées de l'ennemi.

A 21 heures, ordre est donné de se replier d'un bloc, par TRIGNY, sur la rive gauche de la VESLE, vers AUBILLY, MERLY, PRÉMECY et BOULEUSE.

Le mouvement se fait aisément, malgré une sérieuse attaque d'Ouest en Est.

Dans la soirée, le Régiment reçoit l'ordre d'aller garnir la position dite d'ORMES, qui s'étend de la Cote 240-VRIGNY jusqu'à ORMES, soit sur plus de 6 kilomètres à vol d'oiseau.

Le 30, au matin, les unités sont en place, mais la situation ne tarde pas à être critique. La plaine de GUEUX fourmille d'ennemis.

Les 2e et 1er Bataillons sont à la Côte 240 et en avant de VRIGNY ; le 3e Bataillon, à l'ouest d'ORMES avec le Colonel.

Pendant les 30 et 31 Mai, 1er et 2 Juin, nos unités sont, sans relâche, soumises aux attaques ennemies qu'elles repoussent constamment.

Le 1er Juin, à 19 heures 30, une attaque furieuse fait plier nos lignes de la Côte 240. Instantanément, tous les éléments disponibles des 1er et 2e Bataillons, entre autres le Commandant LAMBIN personnellement, avec son groupe de liaison, contre-attaquent impétueusement, arrêtent et refoulent les Bataillons ennemis, qui, en désordre et en subissant de lourdes pertes, regagnent leur position de départ. La crête était intacte.

A la suite de cette brillante action, qui avait peut-être sauvé REIMS, les citations suivantes étaient accordées :

CITATIONS A L'ORDRE DU RÉGIMENT

« 11e Compagnie. Sous le commandement du Lieutenant VINCENSINI et du Lieutenant JAY. Chargée les 27 et 28 Mai 1918 de s'opposer à l'avance ennemie à HERMONVILLE, s'est acquittée de sa mission avec une ténacité, une énergie remarquable, contre-attaquant sans arrêt pour enrayer l'infiltration allemande. Le Lieutenant VINCENSINI ayant été tué glorieusement à la tête de ses hommes, le commandement passe au Lieutenant JAY qui continue sa mission. Les 30 et 31 Mai et 1er Juin, la Compagnie prés d'ORMES se distingua à nouveau, bloquant toute avance ennemie, grâce aux habiles dispositions de son Chef, au courage des gradés et des zouaves de la Compagnie. »

« C. M. 3. Chargée, sous le commandement du Capitaine CAYRON, 1e 28 mai 1918, d'assurer par ses feux le dégagement des compagnies du bataillon au contact avec l'ennemi, a rempli cette difficile mission d'une façon très utile, immobilisant les Allemands sous le feu. Les 30 et 31 Mai et 1er Juin 1918 la C. M. 3, grâce au choix judicieux des emplacements de pièces, à l'intensité et, à la précision de son tir, a arrêté la progression allemande, empêchant toute infiltration ; a contribué au succès de la mission confiée au Régiment. Officiers, gradés et mitrailleurs ont toujours montré sur le champ de bataille un courage, une énergie et un rendement des plus élogieux. »

« 9e Compagnie, sous le commandement du Capitaine Louzon. Chargée les 27 et 28 Mai 1918 de s'opposer à l'avance ennemie à HERMONVILLE, s'est acquittée de sa mission avec une ténacité, une énergie remarquable, contre-attaquant constamment pour arrêter l'infiltration allemande.

Les 3o et 31 Mai et 1er juin, près d'ORMES, grâce aux habiles dispositions de son chef, à l'initiative hardie des gradés et zouaves, à leur résistance acharnée, a réussi à bloquer tous les essais d'avance de l'ennemi, assurant ainsi la mission donnée au Régiment.

 

Enfin, le Régiment lui-même allait voir son héroïsme récompensé par cette citation à l'ordre de la 5e Armée :

« 3e bis Régit de Zouaves. Régiment superbe de fougue et d'allure, qui s'est constamment distingué au cours de la campagne. Vient encore, sous le commandement du Lieutenant-Colonel TRAPET de prendre la part la plus brillante aux dernières opérations. Chargé d'abord de rétablir la soudure entre deux grandes unités, s'est déployé sur un front de plus de quatre kilomètres, et grâce à des contre-attaques réitérées et incessantes, a enrayé complètement la menace de débordement de l'ennemi. Ayant ensuite reçu la mission de défendre, coûte que coûte, une ligne très importante de hauteurs, s’en est parfaitement acquitté en devançant chaque fois les intentions de l'ennemi et en le fixant au terrain par de nombreuses contre-attaques. A fait de nombreux prisonniers et pris 13 mitrailleuses. »

 

Dans les nuits du 1er au 2 et du 2 au 3 Juin, le Régiment fut relevé. Il avait perdu deux Officiers tués, 10 Officiers blessés, 656 tués, blessés et disparus.

Le 5, le 3e bis est reformé à AY et reçoit, le 6, quelques croix de guerre du Général NAULIN, commandant la Division.

Le 11, le 1er Bataillon (LAMBIN) est envoyé dans le Sous-Secteur de BEZANNES, au sud-ouest de REIMS.

Le 19, le Régiment est en réserve d'armée, à SAINT-MARTIN-D'ABLOIS, c'est le moment où la poussée allemande atteint sa limite extrême.

Le 25 juin, il prend le Secteur de la MAISON-BLANCHE, au Sud-Ouest de REIMS. Pas d'attaques sérieuses ; il faut seulement faire le gros dos sous le bombardement et tenir ferme.

Le 10 juillet, on s'attend à une attaque et on s'y prépare ; la tension dure jusqu'au 15 ; l'attaque a lieu enfin. On sait comment elle avorta.

Les 17, 18 et 19 Juillet, le Régiment est relevé et gagne VILLE-EN-SELVE et LUDES, puis TREPAIL, le 22.

Le 1er Août, le 3e bis va relever des Coloniaux dans 1e Sous-Secteur de MÉRY-VILLE-DOMMANGE.

Les jours suivants les Allemands sont repoussés sur la rive droite de la Vesle et les 2e et 3e Bataillons, engagés à leur poursuite, occupent les abords de cette rivière à hauteur de MUIZON.

L'activité de nos unités a obligé l'ennemi à un repli hâtif et il a dû abandonner un matériel important et un stock considérable de munitions variées. Cependant les Allemands tiennent toujours les hauteurs au Nord de la Vesle et leurs obus explosifs et toxiques rendent excessivement pénible le séjour dans la Vallée.

Chaque nuit on tâte les passages de la Vesle, mais l'ennemi s'y accroche toujours solidement.

Le 7 Septembre, le Régiment est relevé, puis regroupé autour de BOUILLY. Quelques jours après il gagne, de nuit, le région Sud de FISMES.

Le 14, il est placé en réserve à MAGNEUX et, le 19 se trouve en ligne à BASLIEUX.

Là, encore, il faut faire le gros dos sous les obus de tous genres et de tous calibres.

Le 24 Septembre, une forte attaque se déclenche sur le front des 1er et 3e Bataillons. Notre première ligne, écrasée par les obus, cède à gauche et se replie sur la voie ferrée étroite. A 13 heures 45, après une courte préparation, deux Compagnies du 1er Bataillon se lancent à l'attaque des lignes perdues le matin, et en délogent les grenadiers de la garde, leur faisant 60 prisonniers, prenant 10 mitrailleuses et délivrant, en outre, une Section de la 2e Compagnie cernée, mais qui avait gardé intacte sa position.

Nos Compagnies poursuivant leur avantage, dépassent même leur objectif et refoulent l'ennemi dans le Bois de la Saulx.

Nous avions eu 3 Officiers tués, 6 Officiers blessés, 33 tués, 98 bléssés, 50 disparus.

Le 27, les 1er et 3e Bataillons reviennent à MAGNEUX, tandis que le 2e Bataillon (LESIEUR) reste en ligne en appuyant à droite.

Les 27, 28 et 29 Septembre ont lieu des préparatifs d'attaque.

 

Combat sur l'Aisne. Roucy-Pontavert.

Le 30, à 4 heures, les Bataillons ont pris leurs emplacements et à 5 heures 30, le 2e Bataillon attaque, suivi des deux autres, tandis que trois Sections de tanks appuient le mouvement.

Malgré le tir de nombreuses mitrailleuses ennemies, une progression sensible peut être réalisée et nos Bataillons prennent pied sur le plateau.

Le 1er Octobre, à 6 heures, l'action reprend : le Régiment s'empare de toutes les hauteurs au Nord de ROMAIN et VENTELAY, les nettoie et, le soir, parvient devant Roucy en ruines.

Le 2, le 3e Bataillon est, à 9 heures, sur le canal latéral.

Le Régiment avait accompli sa mission et refoulé l'ennemi au Nord de l'AISNE ; aussi, il était cité, en ces termes, à l'ordre de la 5e Armée :

« Régiment d'une ardeur incomparable. Le 30 Septembre 1918 à l'assaut de positions fortement organisées, à bousculé l'ennemi et l'a poursuivi sous l'énergique commandement du Lieutenant-Colonel TRAPET, s'est élancé et l'a poursuivi pendant trois jours, brisant toutes ses tentatives de résistance et lui enlevant, au cours d'une progression de 9 kilomètres, 230 prisonniers, un canon, 27 mitrailleuses lourdes, 39 mitrailleuses légères et 8 minenwerfer. »

 

 

La Suippe. La Retourne. Le Thour. La « Hunding-Stellung ».

Le commandement stabilisant  momentanément le front de l'Aisne, la Division est retirée le 8. Le Régiment se regroupe le 9, …( ?)AY, et relève, dans la nuit du 9 au 10 des unités d’Infanterie qui occupent une position au Sud de SAINT-ETIENNE-SUR-SUIPPES.

L'attaque générale est reprise le 11. La D. I. met ses régiments en ligne : le 3e bis est à gauche.

Le 2e Bataillon attaque et enlève la ligne de SUIPPE, celle de la RETOURNE, le 12.

Ce jour-là, à 11 heures, le 1er Bataillon est à ASFELD-LA-VILLE ; à 13 heures, les 2e et 3e Bataillons passent l'AISNE à VIEUX-LES-ASFELD. Le soir même, le 2e Bataillon se trouve au contact à VILLERS-DEVANT-LE-THOUR. .

Le 14, le 3e Bataillon prend la tête, atteint le THOUR et se fixe à 1500 metres au Nord, en liaison, à droite, avec les Joyeux.

Du 14 au 21 la situation reste la même et le Régiment est reporté à HOUDILCOURT, où il demeure jusqu'au 23.

Le 24, les Bataillons sont mis en place pour l'attaque de la « HUNDING-STELLUNG » au N.E. de SAINT-GERMAINMONT.

Cette position, longuement préparée à l'avance par l'ennemi, était défendue par de formidables réseaux de fils de fer. C'était en somme sa dernière ligne organisée.

Le 25 Octobre, à 8 heures 30, le 1er Bataillon sous les ordres du Commandant LAMBIN s'engage sur un front de 500 mètres avec un effectif total de 130 combattants, colle au barrage roulant, s'infiltre par les chicanes dans les réseaux ennemis et, bousculant l'adversaire dans une charge épique, l'enfonce sur 4 kilomètres de profondeur et un kilomètre de front, en faisant 700 prisonniers, appartenant à la garde impériale.

Ce jour-là, c'est à qui, au 3e bis, devait montrer le plus d'audace.

Ce sont les Zouaves Augé, Arnault, Balié et Connes, qui attaquent avant le signal et courent devant le barrage roulant. Arrivés sur les positions ennemies, ils attaquent immédiatement les tranchées à la grenade et capturent 16 Allemands commandés par un aspirant qui, une fois revenu de son émotion, s'écrie en excellent français : « c'est tout de même malheureux de se faire prendre à seize par quatre petits soldats français ».

C'est encore le sergent GROSSO qui, à la tête d'un petit groupe de nettoyeurs de tranchées, se précipite dans les lignes ennemies, force la garnison à se rendre et ramène 250 prisonniers.

 « Ban...Ban...Bande de vaches. Cet…cette fois, ils sont fou…foutus »

Il n'est nul besoin de dire qui a prononcé ces paroles. Tous ceux du Trois bis le savent.

Le 26 Octobre, avant l'aube, les allemands prononcent une violente contre-attaque avec les éléments de deux régiments de la Division de Cavalerie à pied de la Garde (troupe d'élite que la guerre n'a pas usée).

Cinq Escadrons à pied sont en ligne. Le choc est rude, mais nos unités le soutiennent sans renfort, malgré le front considérable qu'elles occupent.

Vers la droite où la lutte est aussi vive, une section de la 10e commandée par l'Adjudant KONIETZKO et une Section de mitrailleuses, commandée par le Caporal BRUN, sont envoyées en liaison avec le Bataillon d'Afrique.

Ce détachement arrive en plein combat. La petite troupe se hâte et la Section de Mitrailleuses, dépassant la ligne, met immédiatement ses pièces en batterie à très courte distance de l'ennemi. Surpris et désorienté par ce feu se produisant sur son flanc, celui-ci hésite, puis recule, poursuivi par les chasseurs d'Afrique, qui, s'élançant à leur tour, l'enfoncent et le culbutent.

A 9 heures, la situation était rétablie sur toute 1a ligne, et le 3e Bataillon attaquait faisant 80 prisonniers ; se trouvant déjà trop en flèche, il ne pouvait aller plus loin.

Dans la soirée, à 16 heures et 17 heures, deux contre-attaques ennemies sont arrêtées net.

Le 27, un groupement, formé par le 3e bis, des Joyeux, et même de l'Infanterie, le tout sous les ordres du Lieutenant-Colonel TRAPET, arrête, dès 8 heures du matin, une attaque ennemie et, à 13 heures, le 2e Bataillon pousse vers la route de BANOGNE-RECOUVRANCE, où il se maintient.

Les 28, 29 et 30, le Régiment ne cesse d'attaquer, réalisant chaque fois une certaine avance. Des éléments parviennent même à SAINT‑FERGEUX.

300 prisonniers nouveaux sont capturés au cours de ces brillantes actions commémorées par les citations suivantes :

 

CITATIONS A L'ORDRE DU RÉGIMENT

« 1er Bataillon, Commandant LAMBIN. Ayant sous ses ordres les 1re, 2e et 3e C. M. 1 , commandées par les Sous-Lieutenants PAQUIER, MASSOT, BODIN, le Capitaine BOURDILLAT. Chargée d'enlever le 25 Octobre, à 8 heures 30, une ligne allemande puissamment organisée, le 1er Bataillon dont l'effectif était très réduit par les combats précédents, s'est élancé à l'assaut avec un entrain remarquable. Bousculant la défense avancée, il traverse les réseaux ennemis et enlève les lignes redoutables que les Allemands devaient tenir à tout prix. Continuant son avance, il brise toutes les résistances échelonnées en profondeur. A 11 heures 30, après trois heures de lutte, les objectifs fixés sur une profondeur de quatre kilomètres étaient entièrement conquis. Officiers, cadres et Zouaves ont rivalisé de bravoure; ils ont ramené 500 prisonniers, pris 3 canons et 75 mitrailleuses. »

 

« 6e Compagnie. Compagnie qui, sous le commandement du Capitaine CHABERT, a fait preuve d'une valeur exceptionnelle dans les derniers combats. Le 30 Septembre 1918, en particulier, a enlevé dans un assaut irrésistible les positions ennemies, capturant de nombreux prisonniers et un important matériel. Le 28 Octobre, par surprise, sans aucune préparation d'Artillerie, a jeté l'ennemi hors d'un bois ; en a organisé la lisière et s'y• est maintenue malgré les contre-attaques ennemies ».

 

« Peloton des Sapeurs-Pionniers. Chargé le 27 Mai 1918 d'opérer une reconnaissance défensive sur un village signalé occupé par l'ennemi, sous les ordres du Sous-Lieutenant BOEGLER et de l'Adjudant ROUSSEAU, a exécuté sa mission d'une façon remarquable. Réparti sur un front étendu, s'est opposé au débouché de l'infiltration ennemie ; par sa résistance acharnée, à permis à un Bataillon du Régiment d'arriver et de prendre son dispositif de résistance. Pendant les durs combats de Juin à Novembre 1918, les cadres et Pionniers du peloton ont rivalisé d'entrain, d'endurance, d'énergie, oubliant la fatigue et les difficultés du moment. Ont assuré un concours très efficace aux unités d'attaque. »

 

Enfin, dernière récompense, une quatrième citation à l'ordre de l'Armée était accordée au Régiment en ces termes :

« Du 11 au 31 Octobre 1918, sous l'énergique commandement du Lieutenant-colonel TRAPET, a poursuivi et harcelé l'ennemi sans relâche, l'obligeant par une pression opiniâtre de jour et de nuit, à franchir quatre rivières, à abandonner quatre villages, forçant de haute lutte, une ligne de positions fortement organisées, brisant au prix d'un effort acharné toutes ses contre-attaques et lui capturant plus de 800 prisonniers, 6 canons et plus de 100 mitrailleuses ».

Cette quatrième citation entraînait pour le régiment l'octroi de la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire.

Dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre, le régiment, épuisé, n'ayant plus que des effectifs squelettiques, était retiré du front et dirigé sur SAINT-GERMAINMMONT. .

Le Lieutenant-Colonel TRAPET, atteint par l'inexorable limite d'âge depuis le 5 juin 1918 et qui avait été maintenu jusque-là, fut alors relevé de son commandement. Sa tâche était finie.

C'est avec un serrement de coeur que tous virent partir ce « brave entre les braves », selon les termes d'une de ses citations, à qui il n'était pas donné de voir la terre promise ; et le Colonel RICHAUD, Commandant l' I. D. 45e, exprimait certainement ce que tous les Zouaves, Tirailleurs et Chasseurs pensaient, lorsqu'il écrivait en son ordre N° 127, du 3 Novembre 1918 que ce fier soldat, dont la modestie, et le désintéressement égalaient la vaillance, que ce Chef au courage légendaire, qui avait su communiquer à tous sa flamme de patriotisme et d'invincible énergie, qui était devenu comme le drapeau de son régiment, pouvait partir avec la conscience du devoir accompli et avec la conviction d'avoir vaillamment travaillé à la victoire.

Peu après, la Croix de Commandeur de la Légion d'Honneur devait lui être donnée avec la citation suivante :

COMMANDEUR :

M. TRAPET, Claude‑François (Active), Lieutenant-Colonel, commandant le 3e bis Régiment de Zouaves

« Officier supérieur, modèle de vaillance, d'abnégation et d'énergie morale, merveilleux entraîneur d'hommes. A donné une fois de plus au cours des journées difficiles des 26, 27 et 28 Octobre 1918, la mesure de son esprit d'initiative, de son énergie et de son dévouement. Après avoir enlevé de haute lutte la « Hunding-Stellung » sur une profondeur de 2 kilomètres, a conservé intacte la position conquise, malgré sa situation très en flèche, brisant les violentes contre-attaques ennemies dirigées sur son flanc droit, pendant les journées des 26, 27 et 28 Octobre. A fait au cours de ces opérations, plus de 800 prisonniers, pris 7 canons, une centaine de mitrailleuses et un matériel important. (2 blessures, 6 citations). »

 

Le Régiment passait aux ordres du Lieutenant-Colonel CALLAIS.

Après différents séjours à CONDÉ-EN-BRIE, TOUL et METZ ; il recevait le 7 janvier 1919 dans cette dernière ville, la fourragère jaune des mains du Maréchal PÉTAIN et le 9 Février, les trois Bataillons s'embarquaient, à PONT-A-MOUSSON, pour l'ALGÉRIE.

Le 3e bis a rejoint les garnisons d'avant-guerre : CONSTANTINE, PHILIPPEVILLE, BATNA, et en Septembre 1919 ses unités se sont fondues dans celles du 3e de Marche, revenues à leur tour sur le sol Africain, reconstituant ainsi, le 3e ZOUAVES.

Le Drapeau du 3e bis, qui personnifie la valeur des ZOUAVES DE LA MARNE, de ROCLINCOURT, de l'YSER, de VERDUN, de la SOMME, de CHAMPAGNE, de PICARDIE, de REIMS et de la VICTOIRE, a été placé à la Casbah, dans la Salle d'Honneur du Régiment. Il est à côté de la Relique, surmontée de l'Aigle aux ailes déployées, qui conduisit les charges légendaires du MEXIQUE, d'ITALIE et du NIEDERWALD et dont la soie pâlie porte encore les noms évocateurs de gloire, inscrits par ceux qui, derrière Lamoricière, escaladèrent, jadis, la brèche de Constantine.

 

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