la prise du MONT-HAUT par le 3e Bis

Extrait de "La terre de France reconquise", Henri Bordeaux

Le Mont-Haut est l’objectif de la division Naulin qui doit opérer entre le chemin de terre reliant Prosne à la route Nauroy-Pont-Faverger à gauche et, à droite, les bois de la Mitrailleuse et du Marteau. Elle est formée de zouaves, de tirailleurs et de bataillons d'Afrique. Un de ses régiments, le 3e bis régiment de zouaves, sera cité à l'ordre du corps d'armée en ces termes :

Les 17 et 18 avril 1917, sous les ordres de son chef, le lieutenant-colonel Trapet, qui a su faire passer dans l'âme de son régiment son infatigable et indomptable énergie, s'est emparé dans un élan irrésistible, malgré des difficultés de terrain presque insurmontables, de hauteurs fortifiées que l'ennemi avait organisées depuis plus de deux ans en véritable forteresse.

Soumis, les 19 et 20 avril, à un bombardement intense, a organisé et maintenu tout le terrain conquis, repoussant de violentes contre-attaques et faisant preuve de la plus grande ténacité, d'un courage superbe et du plus pur esprit de sacrifice. A fait de nombreux prisonniers et s'est emparé d'un important matériel de guerre.

Son chef, le lieutenant-colonel Trapet, a été lui-même cité à l'ordre de l'armée :

Brave entre les braves. A su faire passer dans le coeur de ses cadres et de ses zouaves l'ardeur et le courage qui l'animent. Pendant la période du 17 au 21 avril 1917, a dirigés lui-même avec. la plus grande habileté et un sens tactique remarquable les attaques faites par son régiment. S’est emparé, malgré une très vive résistance et les difficultés de terrain presque insurmontables, de l'objectif qui lui était assigné et a conservé tout le terrain conquis malgré de très violents bombardements et plusieurs contre-attaques. Déjà cité cinq fois cité à l'ordre.

 

Enfin, c'est le chef de bataillon Lesieur qui aura eu la gloire, avec les 3e et 1er bataillons d'Afrique (ce dernier recevra pour cet exploit la fourragère), d’enlever le premier le Mont-Haut.

Du 17 au 21 avril 1917, a fait preuve des plus brillantes qualités militaires et donné l'exemple du courage, du sang-froid et du mépris du danger. Le 18 avril, entraînant ses compagnies privées d'officiers, a enlevé l'objectif indiqué, s'y est maintenu, repoussant toutes les contre-attaques ennemies et donnant au commandement les renseignements les plus précis.

 

Il faut atteindre d'abord la lisière sud du mont Perthois et l'extrémité nord-est des bois parallèles, puis le Mont-Haut et la tranchée nord-ouest du Casque. Des difficultés sans nombre ralentissent la progression. En principe, les bataillons d'assaut doivent mener seuls l'attaque jusqu'à la conquête de l'objectif, les bataillons de réserve de régiment et de brigade suivant immédiatement afin d'échapper au barrage et prêts à boucher les trous, s'il s'en produit.

A quatre heures quarante-cinq, les vagues d'assaut sortent des tranchées et se portent à l'attaque des objectifs fixés sous la protection du tir d'artillerie qui s'exécute conformément aux dispositions du plan d'accompagnement. Pendant vingt minutes, l'artillerie ennemie ne s'oppose pas à la progression. L'heure de l'assaut a surpris l'ennemi. A cinq heures cinq seulement, il déclenche un tir de barrage d'ailleurs peu nourri. A la droite de la division, en raison de l'obscurité et du mauvais temps (pluie et neige), un certain flottement se produit au cours de la marche en avant, notamment parmi les mitrailleurs. Néanmoins, la traversée des premières lignes allemandes se fait sans difficulté. La résistance réelle ne commence qu'à la tranchée d'Erfurt, où des mitrailleuses et des fusils-mitrailleurs accueillent nos hommes. Une lutte courte et violente nous rend maîtres de la tranchée où nous faisons des prisonniers. A cinq heures quarante-cinq, la tranchée d’Erfurt est franchie. On aborde la tranchée d'Oldenburg, on la dépasse. Mais de nombreux nids de mitrailleuses arrêtent alors la marche en avant : il faut les réduire un à un par des attaques à la grenade. Cependant, on continue d'avancer, en liaison à gauche avec les zouaves de la division, à droite avec la division Eon. Les zouaves étant arrêtés par les abris de Constancelager, il faut suspendre la progression et organiser le terrain conquis, étayer les flancs et renforcer les liaisons. Nous sommes parvenus à la lisière du bois du mont Perthois. L’après-midi, les Allemands lancent quatre contre-attaques pour nous rejeter. Les tirailleurs bondissent, baïonnette basse, le clairon sonnant la charge. Ce bond les amène jusqu'au mont Perthois. Mais il faut s'accrocher au terrain pour la nuit, et la situation demeure sérieuse.

A la gauche de la division, la progression a été moins rapide, et la résistance ennemie a commencé, dès le début de l'action, au Bois-en-Escalier qu'il faut encercler et où l'on fait quatre-vingts prisonniers. Puis les zouaves dépassent la tranchée d'Erfurt pour se heurter aux abris souterrains dont les mitrailleuses les arrêtent. Plus à gauche, les tirailleurs ont été arrêtés devant la tranchée d'Erfurt par des mitrailleuses installées sous des abris profonds et bétonnés, dans un talus en équerre qui forme l'ensemble du centre de résistance de Constancelager. Ce centre de résistance demandera à être réduit comme une forteresse. Des batteries de 75, qui ont audacieusement suivi la progression, se mettent en position vers le Bois-en-Escalier et ouvrent le feu. Puis les zouaves tentent de tourner les abris par l'Est, mais ils ne peuvent déboucher; les tirailleurs tentent l'encerclement par l'ouest ; même impossibilité. Les abris bétonnés ont résisté, les mitrailleuses sont intactes. Le combat à la grenade dans les boyaux est rendu impossible par suite de l'état de leur bouleversement. La résistance est telle qu'il est nécessaire d'appliquer sur l'ensemble de Constancelager une concentration d'artillerie lourde de tous calibres, ce qui est d'une exécution difficile, en raison de la trop grande proximité de nos éléments avancés. Pour que cette préparation soit exécutée, le commandement ordonne de suspendre l'opération et de s'organiser sur place.

La réduction de Constancelager est obtenue dès le matin du lendemain, 18 avril. Une violente concentration de feux est faite sur les positions à partir de sept heures du matin. A sept heures trente, les Allemands des abris souterrain hissent un drapeau blanc. C'est le sous-lieutenant Gaspary, du régiment mixte, seul d'abord, puis suivi du sous-lieutenant Lagache, qui va recevoir la reddition des défenseurs de Constancelager. Une heure plus tard, le lieutenant-colonel Trapet, commandant le 3e bis de zouaves, installe son PC dans un de ces abris souterrains. Alors l'ennemi inonde à son tour son ancienne position d'obus de gros calibres. Le poste de commandement est complètement enseveli. On en retire le colonel, le capitaine Gosard et un sous-lieutenant d'artillerie; mais le sous-lieutenant téléphoniste Loison, occupé à la vérification de la ligne téléphonique, l'oreille à l'écouteur, est écrasé à son poste de combat. Le colonel change de PC.

Au delà de Constancelager, zouaves et tirailleurs ont tenté de reprendre la progression. Mais les pentes sud du Mont-Haut sont garnies de mitrailleuses. La préparation d'artillerie est reprise sur les deux Mont-Haut. Ordre est donné de les attaquer à six heures du soir par régiments accolés. Toutes les mitrailleuses n'ont pas été réduites. II faut descendre dans le cul-de-sac sous leur feu et monter à l'assaut de la cote 251; avec des effectifs diminués. Le sommet du plateau est entouré d'une double ligne de tranchées : elles sont enlevées. L'adjudant-chef Cardinali y fait une vingtaine de prisonniers. Avant huit heures le plateau est enlevé et deux compagnies de zouaves, sous la protection de deux patrouilles de couverture, se retranchent en arrière à contre-pente du sommet. Les Allemands contre-attaquent immédiatement. Mais le lieutenant-colonel Trapet, qui a déjà installé son poste de commandement à 50 mètres à contre-pente sud, a déclaré : « La position est prise, elle sera gardée par les zouaves ». Du sommet que nous tenons, nous avons des vues très étendues et pouvons tirer sur le ravin du fond de Nauroy

Le 3e bataillon d'Afrique (commandant Neyrel) a marché à la tête des zouaves et atteint le Mont-haut avec une compagnie et demie et une compagnie de mitrailleuses. Le 1er bataillon (commandant du Guiny), après une avance victorieuse, a été arrété devant la tranchée de Fosse-Froide.

Le 19 avril est marqué par de violentes réactions ennemies, tandis qu'à notre gauche nous prenions notre dispositif de stationnement couvrant la ligne des observatoires. Les contre-attaques ennemies, prises sous le feu de notre artillerie, éprouvent des pertes considérables : du sommet du Mont-Haut, les fantassins peuvent suivre le spectacle que leur offrent trois bataillons allemands débouchant au delà de la route de Nauroy au village de Moronvilliers, dans la Noue des Maréchaux, s'éparpillant sous la grêle d'obus et se désagrégeant de tous côtés. D'autres reparaîtront dans l'après-midi, baïonnette au canon, se dirigeant vers le fond de Nauroy et le ravin de la Fosse-Froide, et seront pareillement dispersés sous le feu. Il en sera de même le lendemain 20 avril.

Cependant les tirailleurs ont attaqué les tranchées de Fosse-Froide, le 19. Le 1er bataillon les a conquises, le commandant Zuilling qui le commandait a été tué, et une contre-attaque allemande a rejeté le 1er bataillon, mais a été à son tour arrêtée par le 3e. « Et jusqu'à la relève, dit un compte rendu du régiment, qui est effectuée le 21 avril à vingt-trois heures, les tirailleurs restent stoïques sous le bombardement. La relève les trouve sales, boueux, hirsutes. Ils ont souffert de la faim et de la soif. Ils out les traits tirés de ceux qui n'ont pas dormi depuis plusieurs jours. Mais un sentiment les a soutenus : la volonté de vaincre. Bon nombre d'entre eux (dont 35 officiers) ont rougi de leur sang la terre de France qu'ils ont reconquise. Mais ceux-là ont été vengés et les tirailleurs ont connu l'ivresse de la charge telle qu'ils l'avaient rêvée, la griserie de la charge au son du clairon qu'ont accompagné les clameurs de la, victoire. Ils ont capturé plus de 200 prisonniers, se sont emparés de 3 canons, 12 mitrailleuses et d'un matériel important. Du 17 au 21 avril, les tirailleurs ont ajouté à l'historique de leur corps une page glorieuse, digne de celles qu'ils avaient écrites à Bouchavesnes, sur l'Yser et à Verdun. »

La division Naulin, qui a conquis le Mont-Haut, a fait au cours des attaques près de 500 prisonniers, dont 8 officiers et a pris un matériel important, canons, minenwerfer, mitrailleuses, matériel de TSF.

 

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