Historique du 2e Régiment de Marche de Zouaves |
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Dès les premiers jours de la mobilisation (2 août 1914),
au milieu d'un enthousiasme frénétique, soldats de l'active et de la réserve
accoururent en foule pour prendre leur place dans les rangs. Aussitôt
constitués, le 1er Bataillon de l'active et le 11e Bataillon formé par
des éléments de réserve partaient d'Oran avec le drapeau sous le
commandement du Colonel Godchot, faisaient halte au dépôt de Sathonay,
pour y compléter leurs préparatifs, se groupaient avec le 5e Bataillon
qui tenait garnison en France en temps de paix et formaient le « 2e Régiment
de Marche de Zouaves ». Gardien du drapeau, le 2e de marche eut a
coeur dès la première bataille de se montrer digne du vieux 2e Zouaves. CHARLEROI Les meilleures troupes allemandes venaient de franchir la
frontière de Belgique, et malgré la résistance héroïque de Liège
avançaient rapidement par la Meuse et la Sambre sur la route directe de
Paris. La 37e division, a laquelle le 2e Zouaves fut rattaché
organiquement pendant toute la campagne fut affectée à l'armée du général
Lanrezac, transportée en chemin de fer Jusqu'à Rocroi et rassemblée le
21 Août 1914, prête au combat, aux abords du village de Fosse. La grande bataille de Charleroi, où l'ennemi espérait
emporter du premier coup le succès décisif, venait de s'engager. Le 2e
Zouaves, qui venait de recevoir un nouveau chef, le Lieutenant-Colonel
Trousselle, fut mis à la disposition du général commandant la 19e
Division et reçut, le 22 août au matin, l'ordre d'enlever le village d'Auvelais. La tâche était rude et digne des zouaves. Le village,
solidement organisé, armé de nombreuses mitrailleuses et protégé par
une puissante artillerie, était tenu par l'élite de l'armée allemande :
la Garde impériale. Le terrain, plat et nu, descendait en Pente douce
vers la Sambre. Impossible d'échapper sur ce glacis aux vues de l'ennemi
et au tir inexorable des mitrailleuses. Le 5e Bataillon, Colonel en tête,
n'en partit pas moins à l'assaut, tête haute. Les balles et les obus
creusaient dans les rangs des trouées sanglantes. Le Colonel Trousselle
tombait mortellement frappé, mais, pleins d'entrain, les zouaves
progressaient quand même. A 9 h 30, le 5e Bataillon atteignait un tas de
scories à 150 mères seulement du village et s'enfonçait comme un coin
entre les premières maisons d'Auvelais et le hameau des Alleux, protégé,
par une tranchée. Le 1er et le 11e Bataillon ne tardaient pas à
prolonger le 5e, face au village. Mais les mitrailleuses faisaient rage. L'Allemand, caché
dans les maisons, souffrait peu. L'artillerie française, prise violemment
à partie par des canons de gros calibres, restait muette. Le régiment s'épuisait
et les munitions devenaient rares. Le Commandant Decherf comprit qu'en
continuant la lutte la mort de ses hommes resterait inutile et, vers 12 h.
30, par petites fractions, des zouaves regagnaient les positions de départ.
La Garde, épuisée par de lourdes pertes, ne songea même pas à
poursuivre ces héros qui, malgré l'infériorité du nombre, les périls
du terrain et le manque de moyens matériels, avaient tenu en échec et
arrêté la progression des meilleures troupes de l'Allemagne. Certes, le 2e Zouaves n'a pu, le 22 août, enlever
Auvelais, mais son rôle n'en a pas été moins glorieux. Les chiffres
ont, hélas ! leur triste éloquence : les 20 officiers et les 1.006
hommes qui restaient couchés sur le champ de bataille prouvaient avec éclat
que le5e zouaves de Charleroi étaient bien les dignes héritiers des
zouaves de Magenta et de Woerth, qu'ils pouvaient lever fièrement, la tête
et qu'ils sauraient bientôt. venger leurs morts. GUISE Si l'ennemi n'avait pu progresser devant Auvelais, il n'en
était malheureusement pas de même à l'extrême gauche de la ligne de
bataille. écrasés sous 1e nombre et menacés d'être tournés, l'armée
anglaise et les corps français en liaison avec elle avaient dû battre en
retraite. La bataille de Charleroi était une défaite pour les Alliés,
le généralissime donnait l'ordre de se replier. Le 2e Zouaves partit donc pour la France. Après plusieurs marches de nuit et quelques combats
d'arrière-garde, le 24 août, près de Mettet et près de Philippeville,
la 37e Division arrivait le 28 août 1914 à Landifay, à quelques kilomètres
de Guise. Le Général Lanrezac avait l'intention d'arrêter là, l'avance
allemande et, le 29 août, la 37e Division, 1a joie dans l'âme, recevait
l'ordre de faire demi-tour et d'attaquer dans la direction de
Berteignemont, le 2e Zouaves lui servant de soutien. L'attaque réussit et
les tirailleurs atteignaient bientôt la lisière. Une contre-attaque
puissante les en chasse quelques instants après ; le 2e Zouaves se
cramponne à la crête qu'il occupait pour faciliter le repli du 6e
Tirailleurs et arrêter net; toute progression ennemie. A 17 heures, puis
à 19 heures, des attaques menées avec brio par le 11e Bataillon
(Capitaine Janpierre) et le 5e (Capitaine Jacquemin) nous permettaient â
nouveau de reprendre pied dans le bois. La journée se terminait pour les
zouaves par un brillant succès : l'ennemi était arrêté dans sa marche
sur Paris ; le terrain était solidement tenu et les zouaves commençaient
à espérer qu'ils referaient en vainqueurs leurs étapes de retraite. Mais des Allemands avaient réussi, grâce au nombre de
leurs divisions, à opérer un mouvement tournant sur la gauche. l'armée
était menacée et, le 29 août, dans la nuit, la 37e Division recevait
l'ordre de continuer la retraite vers le Sud. Le 1er septembre, le 2e
Zouaves franchissait, l'Aisne a Pont-d'Arcy; le 3, la Marne à Dormans,
et, le 5, il atteignait la Seine. A aucun instant, malgré ce recul
rapide, il ne douta qu'un plan d'ensemble savamment étudié allait bientôt
permettre à l'armée française de faire tête, victorieusement. Jamais,
malgré les souffrances, la fatigue et la faim, il ne perdit sa discipline
et son entrain. C'est avec une joie profonde et la conviction intime du
succès qu'il reçut, le 6 septembre, l'ordre de cesser la retraite et de
faire demi-tour pour arracher à la barbarie allemande nos provinces
envahies. LA MARNE – CUTS Le 2e Zouaves n'eut pas cependant à jouer un rôle très
important à la bataille de la Marne. La 37e Division était placée, le 6
septembre, en réserve d'armée en attendant le résultat des opérations
importantes qui se déroulaient sur l'ensemble de la ligne de bataille
française. L'ennemi, de toutes parts, était pris à la gorge. Les
troupes qu'il poursuivait depuis deux semaines et qu'il croyait harassées
et démoralisées, se dressaient devant lui plus vaillantes, plus désireuses
que jamais de combattre et de vaincre. Et devant ces soldats décidés à
mourir plutôt qu'à reculer d'un pas, l'armée allemande, stupéfaite,
battit à son tour en retraite. Quelle joie pour nos zouaves de s'élancer à la poursuite !
Le 8 septembre, ils passent à l'avant-garde, talonnent sans répit les
colonnes ennemies, leur infligeant à chaque instant des pertes sensibles.
A Rieux, une compagnie du bataillon Delalande, à la baïonnette, s'élance
sur un bataillon cycliste et le met en déroute, en reprenant une batterie
de 75. A Monteil, à Hochecourt, l'arrière-garde ennemie, violemment
attaquée, doit abandonner ses blessés. A Montmirail enfin, malgré la
fusillade et la fatigue d'une rude journée, les zouaves forcent les
Allemands à abandonner précipitamment la ville. Le 10 septembre après trois jours de poursuite acharnée,
la division recevait l'ordre de s'embarquer pour aller prendre place sur
des bords de l'Oise, à l'extrémité des lignes françaises et amorcer un
mouvement tournant destiné à rejeter les armées impériales hors de
France et à tendre la main à la forteresse de Maubeuge investie. Le 2e
Zouaves débarquait le 12 septembre à Auger-Saint-Vincent et détachait
en soutien de cavalerie deux compagnies du bataillon Jacquemin. Le 13, il
cantonnait près de Compiègne, le 14, à Thourette et recevait Noyon
comme objectif. Malgré l'héroïsme qu'il allait déployer pour
l'atteindre, la fortune des armes devait lui permettre, quatre ans plus
tard seulement, de reconquérir la vieille cité. Le 15 septembre, le régiment reprenait sa marche en
avant, traversait Carlepont abandonné par l'ennemi, et recevait l'ordre
d'attaquer Mont-Choisy et Cuts. Cette tâche ardue fut confiée au 11e
Bataillon, sous les ordres du commandant Fabre, récemment arrivé. Le
bataillon Delalande recevait l'ordre d'appuyer cette attaque en s'emparant
de La Pommeraie. Malgré une résistance très ferme des troupes
allemandes, le bataillon Fabre, grâce à l'entrain de ses hommes,
atteignait assez vite Mont-Choisy et tâchait de déboucher sur Cuts, dont
l'ennemi avait organisé la lisière et qu'il tenait fortement avec de
nombreuses mitrailleuses. Le bataillon Delalande, accroché plus durement,
n'arrivait à La Pommeraie qu'assez tard dans la soirée. Les deux
bataillons aussitôt, combinant leur effort, s'élancent d'un bond à
l'attaque de Cuts, bousculent l'ennemi surpris et s'emparent presque sans
pertes du village. La victoire semblait couronner nos efforts, mais un événement
imprévu allait imposer à la 37e Division et au 2e Zouaves des sacrifices
nouveaux et des pertes sanglantes: Maubeuge était tombée et les corps
d'armée qui l'investissaient étaient descendus rapidement par la vallée
de l'Oise. C'est le 16 septembre que 1a 37e Division allait recevoir
presque seule le choc de cette formidable armée. Le 16 au matin, le bataillon Delalande recevait la mission
de tenir La Pommeraie et le bataillon Fabre d'occuper le village de Laigle.
Toute la nuit, une pluie fine et glacée s'était abattue sur le bivouac
des zouaves ; l'avance de la veille n'avait par permis aux vivres
d'arriver. Les hommes fatigués par deux mois de combats incessants,
n'avaient pas mangé depuis l'avant-veille. Qu'importe ! Pas un n'était
,absent pour repartir à l'assaut et cette journée allait les rendre
dignes des zouaves de Bazeilles. Laigle était encore inoccupé une longue colonne
d'infanterie ennemie sortait de la forêt un peu au nord pour aborder le
village. Le caporal Clam n'hésite pas : il arrête ses quatre
patrouilleurs d'avant-garde et brûle toutes ses cartouches. Devant le feu
de ces cinq hommes, la colonne allemande reflue, rentre dans le bois et en
organise la lisière. Le bataillon Fabre, grâce à l'abnégation de ce héros
entre dans Laigle et s'y retranche. L'ennemi, cependant, arrivait de
toutes parts. il venait de bousculer sur la gauche du régiment une
brigade d'infanterie française dont quelques éléments se mirent à la
disposition du Commandant Fabre et assurèrent la liaison avec le
bataillon Delalande. A 10 heures, après une préparation d'artillerie
intense, l'ennemi attaquait et était repoussé. D'heure en heure, il
recommençait ses assauts, toujours vain. C'est sur Laigle qu'il concentre
tous ses efforts. A 17 heures le Commandant Fabre n'avait plus sous ses
ordres que 200 à 300 hommes, zouaves, tirailleurs et fantassins ; une
attaque nouvelle se dessinait, plus violente encore que les précédentes,
car des troupes fraîches ne cessaient d'arriver. Le combat fut terrible :
pouce par pouce, il fallut: défendre le terrain ; cette puissante attaque
ne réussit qu'à s'emparer de quelques maisons. Malheureusement, il ne
restait presque plus personne ; le Commandant Fabre, blessé, venait d'être
fait prisonnier. Pendant que les quelques survivants organisaient, durant
la nuit, les maisons du village qui restaient en notre pouvoir, le général
commandant les troupes allemandes se faisait conduire auprès du
Commandant Fabre et le félicitait de l'héroïsme de ses troupes : «
Vous aviez devant vous, commandant, toute une division ». Le médecin-chef
de l'ambulance ajoutait qu'il avait déjà soigné plus de 1200 blessés
allemands. Le lendemain 17 septembre, l'Allemand, renforcé encore,
reprenait ses assauts et s'emparait de Choisy ; Le Hesdin et La Pommeraie
étaient réduits en miette, et le bataillon Delalande, menacé d'être
cerné, revenait à Caisnes auprès du Colonel. Dans l'après-midi
seulement, les fractions qui s'étaient maintenues encore toute la matinée
dans Laigle, débordé de toutes parts, rentraient également à Caisnes.
La situation était de plus en plus critique. L'Allemand avait pris
Choisy, Cuts et derrière la 37e Division, Carlepont venait de tomber à
son tour. La route était fermée et il fallait tenter un effort suprême
pour ne pas laisser aux mains de l'ennemi les drapeaux glorieux de quatre
régiments. La « brigade marocaine » se dévoua pour ses camarades
d'Afrique et fut sublime. Elle s'élança sur Carlepont ; après plusieurs
tentatives infructueuses et sanglantes, finit par y pénétrer, livra dans
la nuit un horrible combat de rues, permit à la 37e Division d'échapper
à la tenaille allemande et de se replier sur Tracy-le-Mont et
Tracy-le-Val. Pendant ces trois journées de combats ininterrompus le 2e
Zouaves venait de barrer la route de Paris et de briser tout l'effort de
l'ennemi. TRACY-LE-MONT Après être resté un jour en cantonnement d'alerte à
Tracy-le-Mont, le 2e zouaves était lancé à nouveau dans la mêlée. Une
division, pressée par un ennemi très supérieur en nombre et qui avait
accumulé un formidable matériel d'artillerie lourde, venait de lâcher
pied à notre droite ; il fallait reconquérir le plus possible le terrain
perdu. Le 20, au matin, le 11e Bataillon, sous les ordres du
Capitaine Tschupp, et le bataillon Delalande se lançaient a l’assaut le
long de la route de Tracy-le-Mont à Quennevières, sous un feu violent
d'artillerie et de mitrailleuses. La Progression fut dure et coûteuse ;
les Allemands défendaient le terrain avec opiniâtreté. A la tombée de
la nuit, les deux bataillons avaient cependant avancé de quelques
centaines de mètres. Le 23 septembre, une attaque générale était ordonnée,
dans la direction de Nampcel. La 74e Brigade attaquait à la gauche, le 2e
Tirailleurs à la droite. Profitant d'un épais brouillard, les 1er et 11e
Bataillons s'élancent à l'assaut avec leur ardeur coutumière et
s'emparent sans trop de peine du village de Puisaleine qui leur était fixé
comme premier objectif. Mais, quand ils essayèrent de continuer la
progression sur Nampcel, ils furent accueillis par une avalanche
formidable d'obus de 210 et de 150, qui firent dans les rangs une trouée
sanglante. Impossible d'avancer davantage ; on se maintint sur place. A la
tombée de la nuit, comme la 74e brigade n'avait pas pu progresser, ordre
était donné au 2e Zouaves de réoccuper ses positions de départ et de
s'y retrancher. Une violente attaque allemande débouchant, le 25, du
ravin de Puisaleine, fut arrêtée net sous notre feu. L'ennemi organisa
à son tour des retranchements. Ce dernier essai de guerre de mouvement
venait de coûter au régiment 4 officiers et 600 hommes. La guerre de
tranchée commençait. SECTEUR DE QUENNEVIÈRES-BOIS SAINT-MARD « Hier, j’ai passé l'après-midi dans les tranchées ;
j'ai trouvé les hommes qui les habitent résignés, calme, vigilants,
ayant le mot pour rire. » Cette phrase, qui semble d'hier, été écrite
en 1855, par un officier anglais qui venait de visiter les positions du 2e
Zouaves devant Sébastopol. Les zouaves de 1914 ont su, comme leurs ancêtres
de Crimée, cacher sous la patience t la ténacité leurs qualités
habituelles d'ardeur et de mouvement ; ils ont su passer les semaines et
les mois, 1'oei1 au créneau, sous la pluie et dans la boue sans perdre la
confiance sacrée. Cette vie est monotone et triste ; l'ennemi est partout
sans qu'on puisse percevoir, des mois durant, une capote grise ; la journée
et la nuit se passent lentement à des besognes pénibles. Le fusil cède
la place à la pioche ; les obus enlèvent chaque jour quelques camarades
et le soldat n'a pas le coeur réchauffé par l'ardeur de la bataille.
Cette vie de tranchées fourmille d' exemples d'héroïsme ni modeste et
caché, de souffrances profondes, physiques et morales ; elle était plus
pénible qu'à tout autre, à ceux qui avaient parcouru tant de kilomètres
sur les talons de l'ennemi et elle allait être la vie du 2e Zouaves, sans
interruption, pendant dix mois, sur le plateau de Quennevières. Le terrain était difficile, boisé, coupé de ravins
profonds; l'ennemi avait; accumulé un matériel bien supérieur au nôtre,
et les tombes sont, hélas ! nombreuses, qui prouvent à tout jamais la
courageuse ténacité de nos braves. Cependant, le 2e Zouaves n'est pas resté absolument
inactif sur ses positions défensives pendant dix mois. Il tenta à
plusieurs reprises de s'emparer, par de violentes attaques, des tranchées
allemandes. Les opérations les plus importantes furent celles des 30 et
31 octobre 1914, à la ferme de Quennevières ; des 21 au 25 décembre
1914, au bois Saint-Mard ; des 6 au 16 juin 1915, sur le plateau de
Quennevières. Prise de la ferme de Quennevières Nous nous étions arrêtés, fin septembre, à quelques
centaines mètres de la ferme de Quennevières, d'où l'ennemi pouvait
distinguer tous nos mouvements. Une attaque fut prescrite pour le 30 octobre dans la
direction générale de la ferme des Loges ; le 2e Zouaves ayant plus
particulièrement pour objectif la ferme et les tranches en avant du bois
Saint-Mard Le 30, la résistance acharnée de l'ennemi ne permit qu'une
faible progression. L'attaque reprit le 31, à 4 heures du matin. Protégés
par l'obscurité, les zouaves du 5e Bataillon s'élancent impétieusement
l'assaut, approchent à 80 mètres de la ferme et, malgré un feu
meurtrier, l'enlèvent la baïonnette ; les camarades du bois Saint-Mard
avaient aussi progressé de 200 mètres. Cette affaire, qui privait
l'ennemi de deux observatoires importants, nous avait coûté 1 officier
et 80 hommes. Combats des 19e et 20e Compagnies Le 10 novembre 1914, les 19e et 20e compagnies, qui
avaient été détachées en soutien de cavalerie le 12 septembre,
rejoignaient aux tranchées leur bataillon. Si elles n'avaient pas
participé, aux batailles de Laigle, de Tracy et de Quennevières, leur tâche
n'en avait pas été moins glorieuse. Du 12 au 20 septembre, transportées presque constamment
en automobiles aux points où l'on pensait voir surgir la cavalerie
ennemie, elles avaient assuré la défense de Rosières-en-Santerre,
Villers-Carbonel, Péronne et Longavesne. Le 23 septembre, elles
repoussaient, à Le Mesnil-Cartigny, une colonne allemande très supérieure
en nombre. Le 26 septembre, après avoir combattu à Albert, Auveluy
et à Maurepas, les deux compagnies recevaient la mission de défendre à
tout prix le village de Maricourt avec le 45e Régiment d'Infanterie.
L'ennemi était très puissant et pourvu de beaucoup de matériel : un déluge
de feu s'abattit sur les maisons du village que les zouaves tenaient opiniâtrement.
Mais, bientôt, les Allemands réussirent à cerner la localité ; il
fallait choisir entre la capture et la mort; les deux compagnies n'hésitent
point; elles s'élancent à la baïonnette, sautent à la gorge de
l'ennemi et se frayent. un chemin malgré tout. Le combat avait coûté à ces deux unités 178 tués et
50 blessés. Les quelques survivants qui venaient prendre place dans les
tranchées du bois Saint-Mard étaient bien les égaux en gloire de leurs
camarades. Attaques du Bois Saint-Mard L'affaire de Quennevieres, le 31 Octobre, n'avait pas éloigné
suffisamment l'ennemi ; il s'était maintenu dans une position
puissante appelée « Le Champignon », près du bois Saint-Mard, où se déroulait
une guerre de mines impitoyable. Le régiment reçut donc l'ordre de
donner de l’air à tout le secteur. Tel fut le but assigné à l'attaque
du 21 décembre 1914. L'action devait être menée par quatre bataillons :
à droite, le 1er et le 11e du 2e Zouaves, sous les ordres du
Lieutenant-Colonel Decherf ; à gauche, le 5e et le bataillon Duhamel, du
2e Tirailleurs, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Bourgue. Depuis
plusieurs semaines, des places d'armes avaient été aménagées et des
munitions accumulées ; mais, de son côté, l'ennemi n'était pas resté
inactif ; il avait renforcé ses réseaux de fil de fer, augmenté considérablement
le nombre de ses mitrailleuses et de ses canons. L'affaire allait être périlleuse
et très dure. Le 21 décembre, à 2 heures, une poignée de braves, sous
le commandement du Lieutenant Sorel, plaçaient quelques pétards sous les
défenses ennemies, coupaient les fils de fer à la cisaille et se
faisaient tuer héroïquement. A 7 heures, toute la ligne partait à
l'assaut. Le premier bond permettait à la compagnie Burat d'enlever le
Champignon, et à la compagnie Cordier de prendre pied dans la première
tranchée allemande. Les autres unités, prises sous une grêle inouïe de
balles et d'obus devant des fils de fer intacts, étaient forcées de
s'arrêter à quelques mètres de l'ennemi et de s'y créer en hâte un médiocre
abri. Le 22, l'ennemi contre-attaquait violemment, en usant
d'une avalanche de grenades et de minenwerfer, rejetant les zouaves des
positions chèrement conquises. Le 23, le général commandant le secteur prescrit de
reprendre à tout prix la tranchée perdue la veille. Animée d'un
admirable esprit de sacrifice, la compagnie Bétant repart à l'assaut et,
grâce à la vigueur et à la rapidité de son action, reprend en entier
la position de la veille. trois fois l'ennemi contre-attaque avec
grenades, minen, lance-flammes ; trois fois il est repoussé mais, vers 15
heures, sa supériorité devient telle, que les quelques survivants de la
17e Compagnie sont obligés de revenir à leur point de départ du matin. Le régiment avait perdu beaucoup d'hommes. Aussi, le 25 décembre,
l'objectif principal fut-il confié au bataillon Philippe du 42e
d'Infanterie ; le 2e Zouaves avait seulement pour mission de reconquérir
la tranché déjà deux fois conquise et deux fois perdue. Mais les
efforts combinés des fantassins et des zouaves devaient encore rester
vains ; une contre-attaque acharnée les rejette définitivement de la
grande tranchée allemande. Le Champignon seul nous restait. Pendant ces six jours de combats acharnés, les zouaves
avaient fait résolument le sacrifice de leur vie ; mais leur abnégation
sublime n'avait pas pu venir à bout du matériel ennemi. 11 officiers et
900 hommes étaient tombés. Dormez ! morts héroïques ! Attaques du plateau de Quennevières Pendant les premiers mois de 1915, l'inégalité entre les
armées française et allemande avait beaucoup diminué. L'Allemagne avait
perdu ses meilleurs soldats sur l’Yser; le matériel français s'était
considérablement accru et, à Beauséjour comme à Arras, peu s'en était
fallu que, nous ne réussissions à percer le front de l'ennemi. Pour opérer
une diversion et chercher à prendre d'ennemi en défaut, le commandement
prescrivit une attaque importante sur le plateau de Quennevières. Le 6 juin 1915, sous les ordres du Général Nivelle,
commandant la 61e Division d'Infanterie, la 73e Brigade (2e Zouaves et 2e
Tirailleurs) et la 121e Brigade s'élançaient à l'assaut. Le 1er
Bataillon du 2e Zouaves (Commandent Philippe) devait s'emparer des deux
lignes de tranchées allemandes ; le 11e (Commandant Cassaigne), enlever
la Bascule, si le succès couronnait les efforts du 1er Bataillon. Le 5e
restait à l'arrière pour assurer la garde des positions de départ. A 10 heures, après une bonne préparation d'artillerie,
les zouaves du commandant Philippe partaient irrésistiblement à
l'attaque avec les derniers obus de 75. L'ennemi fut complètement surpris
et n'eut pas le, temps de se mettre en garde ; en moins d'un quart d'heure
le 1er bataillon avait atteint tous ses objectifs et dirigé sur l'arrière
de nombreux prisonniers. Voyant le succès de leurs camarades, les hommes du
bataillon Cassaigne s'ébranlaient à leur tour, à 11 h. 30, avec la même
impétuosité. Malheureusement, l'ennemi avait eu le temps de s'alerter et
de se préparer au combat ; la préparation d'artillerie, plus faible sur
ce front secondaire, avait laissé intactes les défenses accessoires et,
dès les premiers mètres, le feu des mitrailleuses ennemis couchait sur
le sol des lignes entières de tirailleurs. L'attaque progressa néanmoins
jusqu’aux abords immédiats des fils de fer, où une lutte acharnée
s'engagea à la grenade. Le lendemain, les bataillons Philippe et Cassaigne
partaient pour un repos bien mérité. Le commandement ne voulut pas rester sur ce demi-échec,
et le 5e Bataillon, sous les ordres du Commandant de Barbeyrac de
Saint-Maurice, dut se tenir prêt à attaquer vers la Bascule le 15 juin,
avec le bataillon Melou, du 2e Tirailleurs, et deux bataillons du 42e
d'Infanterie. L'ennemi avait amené des renforts ; nos préparatifs ne lui
échappaient pas. Averti vraisemblablement de la date assignée à notre
action prochaine, il renforçait son artillerie, exécutait une préparation
formidable et attaquait le 14 au soir avec la dernière vigueur. Le 5e
bataillon souffrit beaucoup ; sauf en un point, il réussit à maintenir
intactes ses positions. L'opération prévue pour le 15 dut être reportée au 16
juin. Après une action de détail exécutée pendant la nuit, zouaves,
fantassins et tirailleurs partent héroïquement à l'assaut, à 6 heures
du matin ; les bataillons du 42e pénètrent dans les lignes allemandes,
les zouaves s'emparent d'un saillant des tranchées ennemies. Peu à peu,
le feu ininterrompu de l'artillerie allemande disloque les troupes
victorieuses. La liaison avec le 42e est compromise ; ce régiment, soumis
à un combat corps à corps, où l'ennemi, mieux ravitaillé, prend le
dessus, abandonne successivement les tranchées conquises. En fin de journée,
les zouaves seuls avaient maintenu leurs gains contre les contre-attaques
; ils partaient au repos avec le sentiment du devoir fièrement accompli. Les combats du 6 au 16 juin avaient coûté cher au régiment.
Mais les 25 officiers et les 1.250 hommes qui, pendant ces journées,
avaient versé leur sang aux abords de Quennevières, avaient du moins la
satisfaction suprême de voir la patrie s'incliner sur eux reconnaissante.
Les fanions du 1er et du 11e Bataillons recevaient, en effet, la croix de
guerre avec les motifs suivants, magnifiques dans leur concision : Le Général commandant 1a VIe armée cite à l'ordre de
l'armée : le 1er bataillon du 2e zouaves de marche, sous les ordres
du commandant Philippe : « Pour l'élan magnifique qu'il a montré dans
l'attaque du 6 juin et la façon remarquable dont il s'est servi de la baïonnettes
grâce à quoi il a infligé des pertes sévères à l'ennemi ». Le 11e bataillon du 2e zouaves de marche, sous les ordres
du commandant Cassaigne : « S'est porté avec le plus beau
courage à l'attaque d'un point d'appui fortement organisé, a subi de
grosses pertes sous le feu de l'ennemi, sans ralentir son élan ». Signé: Général DUBOIS Un mois après, le 8 juillet 1915, le 2e Zouaves quittait
en entier le secteur qu'il venait de défendre avec tant d'acharnement
depuis Septembre 1914. Dans le petit triangle formé par Tracy-le-Mont, le bois
Saint-Mard et Quennevières, il avait perdu 1.500 blessés et 1.050 tombes
attestaient qu'il s'était dépensé héroïquement sans ménager ses
sacrifices. CHAMPAGNE Le général Joffre venait en effet de décider une
attaque importante en Champagne sur un front, de vingt-cinq kilomètres
environ, et avait accumulé sur ce point toutes les ressources matérielles,
encore insuffisantes d’ailleurs, dont disposait l'armée française. La
37e division était placée sous les ordres du général Gouraud,
comandant IVe armée, pour coopérer à cette trouée que tous espéraient. Le 30 août 1915, le régiment prenait position en première
ligne et commençait à préparer par un travail acharné son offensive
prochaine. Les travaux de terrassement à faire étaient énorme, les
lignes françaises étaient séparées des allemandes par plus de 800 mètres
; il fallait créer des parallèles de départ à 200 mètres de l'ennemi,
creuser des places d'armes, des boyaux de communication, des abris de
toutes espèces. Pendant un mois, sans arrêt, les zouaves manièrent la
pioche avec acharnement sous le feu de l'ennemi. Les Allemands de leur côté, au courant de nos préparatifs,
renforçaient leurs fils de fer, augmentaient la densité de leurs
troupes, le nombre de leurs canons et de leurs mitrailleuse. Le terrain se
prêtait admirablement à la défense ; c'était une série de larges
ondulations offrant des glacis de vaste étendue et, de-ci, de-là,
quelques boqueteaux qui s'érigeaient en blockhaus formidables. La journée du 25 septembre 1915 fut désignée pour le
commencement de l'offensive ; le 2e Zouaves avait pour mission de
s'emparer d'abord de la première position, c'est-à-dire de trois lignes
de tranchées très fortement organisé et de plusieurs bois qui avaient
reçu les noms de bois Volant, bois Y, bois N, bois Raquette, etc..., puis
de pousser sur la dernière position constituée par la crête organisée
de Vedegrange pour atteindre en fin de journée les rives de la Py. A 9 H. 15, les trois bataillons du régiment, sous les
ordres du Lieutenant-Colonel Decherf, (les Commandants Philippe, de
Saint-Maurice et Cassaigne, s'élançaient d'un seul bloc à l'assaut.
Malheureusement, les fils de fer et les mitrailleuses de première ligne
étaient presque intacts ! Mais qu'importe à des zouaves décidés à vaincre ou à
mourir ? Dans les 200 mètres qui séparaient nos lignes de la
première tranchée allemande, le régiment perdit 24 officiers (dont le
Commandant Cassaigne) et 1.100 hommes ; cela n'arrêta pas son élan. Avec
un entrain irrésistible, les survivants enlèvent d’un bond les trois
premières lignes allemandes, traversent sans arrêt le bois Volant le
bois Y et dévalent impétueusement sur le bois N. Dans le seul bois
Volant ils avaient pris 4 canons, fait 300 prisonniers et, de l'aveu d'un
officier allemand, anéanti cinq compagnies du 107e saxons. Mais la prise
de ces bois venait encore d'imposer au régiment des pertes sensibles. Le
Colonel Decherf, 1 capitaine et 6 lieutenants étaient blessés ; les
hommes étaient dispersés. La capacité offensive du régiment, privé de
chef, était atteinte pour un temps. La nuit du 25 au 26 fut employée par le commandant, de
Saint-Maurice, qui remplaçait le colonel blessé, à former deux groupes
de combat : l'un de 400 hommes sous les ordres du Commandant Philippe,
l'autre de 200 hommes avec le Capitaine Germanaz, et le 26, à 12 h. 15,
les zouaves repartaient à l'assaut aussi lestement et avec autant
d'entrain que la veille. Sous un tir de barrage formidable, ils enlevaient
crânement les derniers boqueteaux encore occupés par l'ennemi et
s'installaient sur la dernière crête avant la deuxième position
allemande. Un glacis de 900 mètres séparait les zouaves de la parallèle
de Vedegrange fortement tenue ; il ne fallait pas songer à l'attaque sans
l'appui de l'artillerie et de troupes fraîches. Le 27, le bataillon du Bouchet, commandant le 1er
Bataillon du 130e d'Infanterie, est mis à la disposition du commandant de
Saint-Maurice et, à 14 h 30, zouaves et fantassins, dans un même élan
d'héroïsme, repartent une troisième fois à l'assaut. La mitraille
faisait rage, mais qui pourrait briser l'élan de ces hommes électrisés
par deux journées de victoire ? Quelques instants après, la deuxième
position allemande était en notre pouvoir. Il ne fallait plus penser à poursuivre l'attaque. Sous
les tirs incessants de la grosse artillerie, les survivants de l'héroïque
2e Zouaves éprouvaient à chaque instant de lourdes pertes. Le 1er
octobre, le régiment commandé par son nouveau chef, le
Lieutenant-Colonel de Saint-Maurice était définitivement relevé et
envoyé près de Dunkerque pour un long repos. II avait superbement accompli la dure mission que le
commandement lui avait confiée, sachant qu'il en était; digne. Il avait
perdu 32 officiers et 1.513 hommes mais il avait fait magnifiquement son
devoir et, quelques semaines après, le Général Joffre venait épingler
au drapeau la croix de guerre que le Général Gouraud lui avait conférée
avec la citation suivante : Le Général commandant la IVe armée cite à l'ordre de
l'armée : Le 2e régiment de marche de zouaves : « Aux ordres
successifs du Lieutenant-Colonel Decherf et du chef de bataillon de
Saint-Maurice, a préparé par un travail acharné son offensive de
Champagne. S'est emparé le 25 septembre, avec un élan que n'a pu briser
le feu meurtrier des mitrailleuses allemandes, de trois lignes de tranchées
et d'un bois fortement organisé. A poussé le 26 une nouvelle attaque,
prenant à l'ennemi quatre canons et un important matériel. Est resté en
ligne jusqu'au 1er octobre sous un feu très dur d'artillerie lourde,
organisant énergiquement et solidement le terrain conquis Signé : Général GOURAUD COTE DU POIVRE Le régiment resta au repos jusqu'au mois de février dans
la région de Dunkerque, puis de Bar-le-Duc, et au camp de Mailly. II
utilisa cette période à panser ses blessures, faire de l'instruction et
donner libre court à sa gaieté habituelle. Imitant en cela les zouaves
de la Dobroudja et de Sébastopol, il saisit chaque occasion de donner des
représentations théâtrales improvisées et de maintenir au plus haut
degré son entrain et sa belle humeur. Le 15 février, il prenait la route
de Verdun sous les ordres du chef qui l'avait tant de fois conduit à la
victoire, le Colonel Decherf, revenu à peine guéri de sa blessure. Verdun ! Ce nom qui incarne aux yeux de la France la ténacité
héroïque de tous ses fils, mérite d'être inscrit en lettres d'or sur
le drapeau du 2e Zouaves. C’est lui qui reçut le premier choc devant la
Mère citadelle ; c'est lui qui, huit fois, reprit le chemin de la Meuse
pour disputer lambeau par lambeau à l'ennemi les approches de la
forteresse, c'est lui qui eut l’honneur, enfin, de rejeter l'Allemand,
vaincu, d'un suprême coup d'épaule. Le 21 février, quand le Kronprinz impérial déchaîna
sur Verdun 600.000 soldats, l'élite de l'armée allemande, appuyée par
toute l'artillerie dont pouvait disposer l'ennemi le 2e Zouaves se
trouvait à Dieue-sur-Meuse. Le 22, au matin, il partait pour Bras où il
passait la nuit sous la neige. Ce même jour, le 11e Bataillon, aux ordres
du Capitaine André, était mis à la disposition du Général commandant
la 72e division pour former réserve sur la route de Vacherauville à
Beaumont. Les deux autres bataillons gagnaient, le 23, au petit jour, le
bois des Fosses. Les circonstances étaient déjà critiques. Les unités
de première ligne, écrasées sous le feu, avaient dû se replier et
laisser à l'ennemi toute notre première position. Les quelques
survivants, isolés, mais groupés, un peu démoralisés, ne tenaient plus
que quelques parcelles du terrain et étaient dans l'impossibilité de résister
à une nouvelle attaque en masse. Beaumont et le bois de la Wavrille étaient
perdus ; le bois des Fosses, coupé de ravins abrupts, était soumis sans
interruption à des tirs inouïs de 210 et de 305 mêlés à de nombreux
obus toxiques ; les zouaves ignoraient tout du terrain et de la position
de l'ennemi ; ils ne s'en préparaient pas moins à défendre bravement le
bois des Fosses. Dans la soirée du 23, par une nuit noire, sous les
bourrasques de neige, malgré un tir de 210 d'une violence sans précédent,
le 1er Bataillon (Capitaine Marque), n'ayant aucune carte et ne
connaissant pas le terrain, traversai à la boussole tout le bois des
Fosses et prenait position à la lisière. Le 24 au matin, le 5e Bataillon Commandant Jacquemin et le
bataillon Melou, du 2e Tirailleurs, recevaient l'ordre de reprendre le
bois de la Wavrille. Sous les ordres du Colonel Decherf, zouaves et
tirailleurs s'élancent à l'assaut avec autant de calme et autant d'ordre
que sur un terrain de manoeuvre. Mais l'ennemi avait massé de nombreuses
troupes dans ce bois pour continuer sa ruée sur Verdun. Nos lignes
d'assaut subissent de lourdes pertes sous le feu des mitrailleuses et les
barrages d'artillerie. Elles n'en avancent pas moins, abordent l'ennemi à
la baïonnette et pénètrent dans le bois. Ce succès local ne pouvait être qu'éphémère, on ne
lutte pas à un contre cent. Les unités de gauche et de droite, attaquées
vers 13 heures, sont obligées de lâcher pied ; de toutes parts
jaillissent les fusées blanches qui marquent les progrès de l'avance
allemande. Elles apparaissent bientôt dans le bois des Fosses même ; il
fallait choisir entre une capture inutile ou la retraite. Le Colonel
Decherf lança l'ordre de repli. Par échelons, sans cesser de tirer,
imposant à l'ennemi leur volonté, les 1er et 5e Bataillons gagnent les
hauteurs de Froideterre où ils se placent en réserve de troupes fraîches
qui viennent d'arriver. Seules, la compagnie Chenoriot et les sections de
mitrailleuses régimentaires, sous les ordres du Capitaine Marque,
prennent une route légèrement différente et viennent se placer aux
abords de Louvemont. Elles allaient contribuer, le 25, à arrêter presque
définitivement l'offensive allemande sur la côte du Poivre et permettre
au Général Pétain d'amener ses réserves stratégiques. Le 25, à 10 heures, l'ennemi lance une première attaque
sur Louvemont et est repoussé. Une, nouvelle attaque à 14 heures prend
pied dans les tranchées françaises, mais est rejetée par une
contre-attaque impétueuse. A 16 heures, l'ennemi lance une attaque générale
sur tout le front, de Douaumont à la Meuse. Le combat est héroïque.
Fatigués par trois jours de bataille sans ravitaillement, écrasés sous
les obus, les zouaves se cramponnent au terrain. Les mitrailleuses crépitent sans interruption et
recouvrent le sol d'un manteau gris de cadavres. La mitrailleuse du
Caporal Catinaud s'enraye ; il n'a pas le temps de chercher les outils nécessaires,
il plonge le doigt dans le mécanisme et malgré la douleur que lui cause
une coupure atroce, continue le tir. L'ennemi, cependant, progresse ; à
notre gauche, il entre dans Louvemont et parvient à prendre pied dans nos
tranchées. Les zouaves se battent corps-à-corps. Le caporal Duret, percé
de deux coups de baïonnette, reste sur sa pièce de mitrailleuse et abat
de nombreux Allemands à coups de mousqueton. Tant d'héroïsme n'était pas dépensé en vain. Le 25,
malgré l'importance des attaques allemandes, la progression fut presque
nulle. Par la « Voie Sacrée », les camions automobiles amenaient sans répit
les troupes fraîches et les canons. Le 2e Zouaves avait perdu 31
officiers et 1.650 hommes, mais il pouvait être fier, car il avait
contribué pour une large part à sauver Verdun. AVOCOURT Pendant que le régiment recevait, dans la région de
Neufchâteau, les renforts qui lui étaient nécessaires, l'ennemi
continuait à s'acharner sur Verdun. Ses attaques, localisées d'abord sur
la rive droite de la Meuse, s'étaient peu à peu amplifié. Il avait pris
Béthincourt, Forges et le bois d'Avocourt et il faisait des efforts
acharnés pour s'emparer du Mort-Homme et de la côte 304. La 37e
Division, sous le commandement du Général Niessel était dirigée
d'urgence sur la rive gauche de la Meuse et le 2e Zouaves recevait la
mission de défendre le plateau des Rieux, qui domine Avocourt à l'Est et
relie le village au bois d'Avocourt. Entré en secteur le 20 avril, il ne fut relevé que le 30
mai ; pendant cette dure période, sous un tir incessant de l'artillerie
lourde allemande, malgré une lutte acharnée à la grenade devant le bois
Carré, il ne perdit pas un pouce de terrain, créa de toutes pièces un
secteur entier, refaisant d'heure en heure les retranchements que détruisait
le feu de l'ennemi. Il contribua ainsi de toutes ses force à empêcher
l'allemand de progresser sur la rive gauche de la Meuse et de tourner
Verdun. Relevé le 30 mai pour aller au repos à
Brabant-en-Argonne, il avait perdu en avant de la forêt de Hesse 6
officiers et 350 hommes. FORT DE VAUX L'ennemi, désespérant de prendre pied au Mort-Homme et
à la côte 304, avait dans les derniers jours du mois de mai, lancé
plusieurs attaques à grande envergure sur la rive droite de la Meuse.
Dans les premiers jours de juin, il avait réussi à remonter les pentes
du ravin de la Morgue et le 5 juin il avait pris pied dans le fort de
Vaux. L'héroïque garnison du Commandant Raynal, submergée,
avait été forcée de se réfugier dans les casemates souterraines et
d'abandonner à l'ennemi toute la superstructure du fort. Le kronprinz impérial
se vantait de s'être emparé
de la « pierre angulaire de la défense de Verdun ». Le Général Nivelle, commandant l'armée fit appel pour rétablir
la situation au 2e Zouaves et au régiment colonial du Maroc dont il forma
une brigade provisoire sous les ordres du Colonel Savy. Le 6 juin, le régiment
enlevé en auto, venait cantonner à minuit à Haudainville et préparait
se combat. « Général, avait dit le Général Nivelle au Général
Hirschauer en lui amenant les chefs de corps du 2e, Zouaves et du régiment
d'infanterie coloniale du Maroc, je vous présente les colonels des deux
plus beaux régiments de France » Le 2e Zouaves eut à coeur de prouver qu'il méritait
cette parole flatteuse dans la bouche d'un tel chef et c'est en chantant
que les bataillons montèrent à Vaux, où ils savaient que les
attendaient !es plus dures épreuves de toute la campagne. Le 11e Bataillon, sous les ordres s du Commandant Jérôme,
devait prendre position dans la nuit du 7 au 8 à la tranchée de Besançon
quelques dizaines de mètres à l'ouest du fort, et se lancer à
l’assaut à 3 Heures. Des guides du 298e devaient le conduire par le
boyau d'Altkirch. Par trois fois, sous un bombardement effroyable, le
colonel du 298e envoya les hommes nécessaires vers le fort de Tavannes ;
trois fois tous ces braves trouvèrent la mort. Le commandant Jérôme ne
trouva personne à Tavannes pour lui indiquer la route et, après un long
retard, il prit le boyau de l'Étang, plus praticable, mais beaucoup plus
long. Vers 2 heures, il atteignait le P.C. du bois Fumin avec deux de ses
compagnies ; les deux autres, échelonnées à quelque distance, privées
de tout guide dans une nuit noire, sur un terrain coupé de ravins
profonds et inconnu de tout officier, soumis en outre à un effroyable
bombardement de 305 et de 210, avaient essayé de prendre le boyau
d'Altkirch, avaient dû revenir en arrière et prendre le boyau de l'Étang
où elles s'étaient mélangées à d'autres unités. Sentant approcher l'heure de l'attaque, le commandant Jérôme
prenait la tête de son bataillon avec quelques officiers et sa liaison et
s'avançait vers les tranchées de départ. Avec les premières lueurs du
jour, l'ennemi intensifiait encore son tir. A mi-chemin environ entre le
P. C. du bois Fumin et la première ligne, le Commandant Jérôme, tous
les officiers qui l'accompagnaient et toute la liaison tombaient
mortellement frappés par une rafale de 210. A 3 heures, le bataillon,
privé de tous ses chefs, n'avait pu parvenir à la tranchée de Besançon
; l'attaque ne pouvait avoir lieu. Ordre était donné aux survivants,
commandés par un jeune sous-lieutenant, d'aller se reformer au tunnel de
Tavannes. Le Colonel Decherf prescrivait au 1er Bataillon (Commandant
Pasquier) d'assurer, le 8 au soir, la relève du 298e à la tranchée de
Besançon. A 3 h. 30, l'ennemi attaquait et était repoussé par le
298e. A 18 heures, il renouvelait une attaque par surprise et réussissait
à s'emparer de la tranchée de Besançon et de tous ses occupants. Quand
le 1er Bataillon arriva, vers 21 heures, il trouva ses emplacements aux
mains de l'ennemi et eut une superbe attitude. Le Capitaine Chénoriot,
qui se trouvait en tête, est saisi par deux Allemands, fait prisonnier et
privé de ses armes. Il se laisse faire sans résistance et, au moment d'être
dirigé sur l'arrière, bousculé par les deux soldats, un trait d'héroïque
initiative illumine son esprit : « Tenez-vous tranquilles, crie-t-il à
ses deux gardiens et n'oubliez pas que je suis capitaine ». Les
Allemands, impressionnés, desserrent leur étreinte ; deux coups de poing
les envoient rouler à terre. Le capitaine gagne l'arrière à la course
sous le feu de l'ennemi. Cette scène a duré quelques minutes à peine ;
il a le temps d'alerter les unités du bataillon qui arrivent et de faire
organiser une nouvelle position à quelques mètres de la tranche perdue. Alors commença une période de dix jours de souffrances
atroces que les zouaves supportèrent avec un sublime héroïsme. Le
bombardement ne cessait pas, effroyable. Impossible d'enterrer les mors ;
impossible d'assurer le ravitaillement. Les hommes n'avaient, par la
chaleur de juin et au milieu de la puanteur des cadavres, qu'un quart;
d'eau par jour et par section. Le commandant Gilbert, du 5e Bataillon, avait été à son
tour mortellement blessé. 19 officiers et 846 hommes étaient tombés. Les survivants avaient supporté sans se plaindre des plus
dures souffrances. Mais, malgré ses attaques incessantes, l'ennemi
n'avait pas progressé d'un mètre et c'est avec une émotion visible que
le Général Hirschauer vint, le 17 juin, le régiment étant relevé, féliciter
et remercier le Colonel Decherf. FLEURY Après quelques jours à Nubécourt, où le régiment célébra
sa fête traditionnelle, il rejoignait à Brabant-en-Argonne la 37e
Division, toujours en secteur. Le 9 juillet, la division entière était
relevée et le 2e Zouaves, enlevé, en automobiles, venait cantonner à
Chamouilley où il devait se reformer et reprendre l'instruction. L'ennemi ne lui permit pas de jouir longtemps de ce repos.
Le Kronprinz venait en effet de lancer une nouvelle et puissante offensive
sur la rive droite de 1a Meuse, s'était emparé de Fleury devant
Douaumont et avait progressé jusqu'à la poudrière. Il n'était plus qu'à
trois kilomètres de Verdun. En attendant que la contre-offensive
franco-britannique lancée sur la Somme, le 1er juillet ait pu produire
ses fruits, il fallait que l’armée de Verdun se sacrifie avec ses
propres ressources, arrête l'avance allemande et, demande à ses troupes
décimées un dernier effort peur barrer la route de la vieille citadelle. Le 14 juillet, la 37e Division était enlevée en
automobiles. Le 2e Zouaves passait la nuit au bois de la Ville et venait
prendre place, le 15 au matin, dans les casernes de Verdun en attendant le
résultat de l'attaque que prononçait sur Fleury la 74e Brigade : 3e
Zouaves et 3e Tirailleurs s'élancèrent courageusement à l'assaut et
progressèrent légèrement au prix de pertes énormes. Dans la nuit du 15
au 16, le 2e Zouaves, qui n'avait reçu que quelques hommes de renfort
depuis Vaux, relevait le 3e Zouaves et recevait l'ordre d'attaquer le 16,
à 3 h. 15, la crête qui relie Thiaumont à Fleury. Aucun officier ne connaissait le terrain, ni les
emplacements exacts de l'ennemi. Les trous d'obus aménagés étaient trop
près des mitrailleuses allemandes pour que le tir de l'artillerie fût
efficace. Tous savaient qu'ils marchaient à la mort, mais que leur
sacrifice était indispensable, et ils partirent superbement à l'assaut.
Malgré le feu des mitrailleuses, la progression du 11e Bataillon
(Commandant Marchal) atteint cependant 400 mètres de profondeur ; celle
du 1er Bataillon (Commandant Pasquier), 300 mètres environ. Les pertes
avaient été lourdes ; il ne fallait plus songer à l'offensive ; les
deux bataillons se cramponnèrent au terrain et le conservèrent intact
pendant plus de quinze jours. Le 5e Bataillon, sous les ordres du Capitaine Thomas, était
resté en réserve. le 15 au soir, il était mis à la disposition du
Colonel Thouvenel commandant le 3e Tirailleurs, face à la poudrière de
Fleury. Le 19 juillet, il recevait l'ordre d'enlever cet ouvrage fortement
organisé. A 22 h.30, profitant d'une nuit assez obscure, il lançait sur
la poudrière une attaque concentrique, brisait la résistance ennemie,
plaçait ses mitrailleuses à l'entrée de la route de la poudrière
causait aux défenseurs des pertes considérables et capturait plus de 300
allemands dont 8 officiers, chiffre supérieur a son propre effectif. L'attaque de Fleury avait coûté au 2e Zouaves, déjà
bien affaibli par les affaires de Vaux, 19 officiers et 620 hommes ; mais,
relevé le 28 juillet, il partait ,joyeux au repos, car les trois fanions
de ses bataillons possédaient maintenant la croix de guerre. Le 5e
Bataillon était en effet cité en ces termes : Le général commandant la IIe Armée cite à l'ordre de
l'armée Le 5e bataillon du 2e régiment de marche de zouaves et le
peloton de grenadiers du 3e tirailleurs : « Sous le commandement du
capitaine Thomas, se sont emparés d'un ouvrage ennemi solidement organisé
en y faisant plus de 300 prisonniers dont 8 officiers ». Signé : Général NIVELLE. DOUAUMONT Au bout de quelques jours de répit, le 2e Zouaves fut
envoyé en Lorraine pour tenir le secteur de Nomény où, tout en
harcelant l'Allemand, il finit de se reconstituer. Pendant son séjour à Nomény, l'offensive
franco-britannique de la Somme n'avait cessé de se développer. Pour
faire face à ces coups de bélier répétés, l'ennemi avait dégarni le
front de Verdun, transporté sur la Somme une partie de son matériel et
suspendu ses attaques. Le Général Joffre estima que les circonstances étaient
favorables pour donner de l'air à Verdun et décida, dans les derniers
jours d'octobre, une offensive importante qui nous permit de reprendre les
deux positions maîtresses de la rive droite de la Meuse : des forts de
Douaumont et de Vaux. La 37e Division, en réserve, n'avait pas été engagée,
mais elle fut désignée pour relever les troupes victorieuses et elle
prit position, le 1er novembre, aux abords du fort de Douaumont ; le 2e
Zouaves était chargé de défendre les abords Est, ainsi qu'une tourelle.
Il y resta du 1er au 10 novembre, sous un très violent bombardement qui
empêchait de creuser des abris et des tranchées, sous une pluie glacée
qui transformait le terrain bouleversé en un immense bourbier. L'ennemi, sentant la valeur des groupes qui lui étaient,
opposées, n'essaya pas de contre-attaquer, mais le régiment n'en eut pas
moins à supporter de dures souffrances et des pertes sensibles (7
officiers et 282 hommes). La brillante attaque du mois d'octobre nous avait rendu
Vaux et Douaumont, mais ces forts restaient à proximité immédiate des
lignes allemandes, à la merci d'une contre-attaque sérieuse. Une
nouvelle offensive d'ensemble fut ordonnée pour le 15 décembre 1916 de
manière à rejeter l'ennemi à trois kilomètres au delà. La 37e
Division était désignée pour partir des positions de Douaumont qu'elle
venait récemment d'occuper. La mission confiée au 2e Zouaves, commandé par un
nouveau chef, le Lieutenant-Colonel Bonnery, était particulièrement dure
et périlleuse. Le fort de Douaumont, aux abords duquel il devait prendre
place, était l'objet de tirs incessants de l'artillerie allemande. Le
terrain, bouleversé de fond en comble par une année de combats
ininterrompus, n'était qu'une succession de trous d'obus que l'hiver
avait transformés en fondrières. A chaque pas, les hommes s'enlisaient
et risquaient de périr dans la boue sans un prompt secours ; les
ravitaillements étaient presque impossibles. Le 11e Bataillon n'en monta pas moins en ligne le 11 décembre
avec gaieté, car il sentait que la victoire allait bientôt couronner ses
efforts. Après plusieurs contre-ordres qui ramenèrent le régiment à
Verdun, le 2e Zouaves se trouvait, dans la nuit du 14 au 15 décembre : le
11e Bataillon en première ligne, le 1er Bataillon en soutien immédiat.,
le 5e Bataillon en réserve, près des abris Adalbert. L'attaque était prévue pour le 15 à 10 heures ;
l'ennemi aux aguets, ne cessa pendant toute la matinée d'exécuter un tir
intense de contre-préparation que les zouaves supportèrent stoïquement.
Ils avaient perdu plus de 500 hommes avant le départ, mais, entraîné
par le commandant Thomas le 11e Bataillon s'élança superbement sur
l'ennemi stupéfait. En moins d'une heure, il franchit les tranchées
allemandes de Douaumont, le ravin du Helly bondé de mitrailleuses et
atteignit son objectif aux abords de la côte 347 en faisant une centaine
de prisonniers. Le 1er Bataillon, dont le chef, le Commandant Pasquier,
avait été blessé la veille, le dépassait vers 12 heures, entraîné
par le capitaine Louvet qui ne tardait pas à être blessé à son tour.
Sans se soucier du danger, malgré leur situation délicate, car les
troupes voisines ne progressaient pas aussi vite, les zouaves avancèrent
sans répit, franchirent le ravin de l'Hermitage et atteignirent en
quelques instants leur objectif final : la tranchée du bois Le Chaume. A
13 h. 15, le Lieutenant Caussy, qui avait pris le commandement de ce
bataillon, pouvait rendre compte qu'il avait accompli sa mission et capturé
plus de 400 prisonniers, deux batteries de campagne et une batterie de
mortiers de 150. Il demandait en outre des renforts pour étayer ses
flancs où il ne pouvait assurer la liaison avec les régiments voisins,
arrêtés sur les premiers objectifs. Ce compte-rendu fut confié au zouave Denuch, qui partit
allègrement avec sa vaillance coutumière. Arrivé Près du ravin de
l'Hermitage, il se heurte à un groupe de six allemands qui le mettent; en
joue ; il ne perd pas son sang-froid, déchire le pli dont il est chargé
et se laisse faire prisonnier. Mais, en cours de route, il fit comprendre
à l'officier allemand qu'il se trompait de route, réussit à le
convaincre et ramena fièrement au P. C. de son commandant de bataillon
les six boches stupéfaits. Il repartit immédiatement accomplir à
nouveau sa mission. La journée du 16 décembre fut plus sombre ; pendant la
nuit, l'Allemand avait contre-attaqué par trois fois sans résultat et le
colonel avait renforcé la première ligne par la Compagnie Greslé. Une
reconnaissance, envoyée très tôt dans la matinée sur le ravin des
Rousses, s'était heurtée à des mitrailleuses. L'ennemi renforçait peu
à peu son front, et dans l'après-midi, attaquait le flanc découvert de
nos premières lignes. Les hommes n'avaient, plus de munitions, la lutte
se fit à coups de baïonnette, puis à coups de crosse. Les survivants du
bataillon durent battrent en retraite et se regrouper avec le 5e Bataillon
à la tranchée de Cobourg. Le colonel venait de recevoir le bataillon Gaugeot du 137e
d'Infanterie. Il n'hésita pas à ordonner une attaque de ce bataillon et
des éléments des 1er et 5e Bataillons, sous les ordres du Commandant
Morin. Quelques heures après, les positions du matin étaient à peu près
reprise et la liaison assurée vers la droite avec la 74e brigade qui
avait atteint ses objectifs. Malgré une violente contre-attaque, le 17 décembre à l0
heures, le régiment n'avait perdu aucune de ses positions, quand il fut
touché, le 18 au soir par un ordre de relève. Parti au combat avec 2.000
hommes à peine, il avait laissé sur le terrain 28 officiers et 1187
hommes, mais la tache accomplie était belle. Verdun était définitivement
dégagé. Et l'uniforme des zouaves s'ornait désormais de la
fourragère aux couleurs de la croix de guerre que lui méritait la
citation suivante Le Général commandant la IIe Armée cite à l'ordre pie
l'armée Le 2e Régiment de Marche de Zouaves: « Le 15 décembre
1916, sous le commandement du Lieutenant-Colonel Bonnery, s'est élancé
à l'assaut avec la plus belle ardeur, malgré les difficultés du terrain
et un violent bombardement. Surmontant les résistances de l'ennemi, a
atteint à l'heure fixée, après une marche de plus de trois kilomètres,
l'objectif qui lui était assigné, s'y est maintenu malgré de violentes
contre-attaques, a fait de nombreux prisonniers, capturé dix canons et un
matériel de guerre considérable ». Signé : Général GUILLAUMAT LE GODAT Après 3 mois passés en première ligne dans le secteur
de Prunay près de Reims où il avait relevé le régiment russe du Général
Nitchvolodof, le 2e Zouaves était remis en réserve le 2 avril 1917. Son
nouveau chef était le Lieutenant-Colonel de Metz. Le régiment désigné pour prendre part à l’offensive
générale autour de Reims prenait position le 15 avril à l'est du canal
du Godat. Devant lui le mont Spin hérissé de défenses redoutables et de
nombreux observatoires. L'attaque se déclanche le 16 avril à 6 h. En tête le
1er Bataillon, que doit suivre le 5e Bataillon (Morin) puis le 11e
Bataillon (Despas). Elle se heurte immédiatement à des fortins qu'il faut
faire tomber un à un. Le 1er Bataillon s'arrête après avoir subi de très
fortes pertes au pied même du mont Spin. Le bataillon Morin est engagé
sur la droite du 1er pour assurer la liaison avec le 2e Tirailleurs. Les
deux premières compagnies entraînées magnifiquement par les Capitaines
Greslé et Cadiou s'alignent sur les éléments avancés du 1er Bataillon
après de durs combats à la grenade. Le commandant Morin est mortellement
blessé. Le 11e Bataillon, dont le chef, le Commandant; Despas, est
également blessé, se porte en soutien des bataillons de tête. Seules de l'ensemble de l'armée, les unités du 2e
Zouaves avaient pu progresser, ayant perdu 23 officiers et 690 hommes. LORRAINE - BEZONVAUX - COTE 344 Après avoir occupé le front de Lorraine de mars à
novembre 1917, le régiment fut dirigé sur Verdun où il prit position
aux Nord du fort de Vaux. Dès le 23 novembre il passait dans un autre
secteur de Verdun pour prendre part avec les autres régiments de la
division à l'attaque de la côte 344. A droite, en 1ere ligne, le 5e
Bataillon (Guillaume) à sa gauche, le 11e Bataillon (Despas), en réserve
le 1er Bataillon (Huot). Le 25, l'ennemi déclanchait un violent tir de barrage
d'artillerie. A 12h 20 l'attaque est lancée. Malgré, la perte de
nombreux officiers les compagnies s'avancent péniblement sur un terrain
transformé en une immense fondrière par la pluie qui tombe, continue,
depuis la veille. Le 5e Bataillon progresse normalement, mais le 11e est
obligé de stopper complètement enlisé. Grâce à l'intervention de la
compagnie Minvielle, les Allemands sont contraints à la retraite et le régiment
atteint tous ses objectifs le 27 au matin. Il avait perdu 17 officiers et
770 hommes. Le 2e Zouaves recevait la citation suivante Le Général commandant la 37e Division cite à l'ordre de
la division Le 2e Régiment de Marche de Zouaves ; « Régiment
animé du plus bel enthousiasme et de la foi patriotique la plus profonde.
Le 25 novembre 1917 sous les ordres du Lieutenant-Colonel de Metz, après
avoir été soumis pendant plusieurs heures au violent bombardement de
l'artillerie ennemie, est sorti d’un superbe élan de ses tranchées
malgré les plus grandes difficultés, a conquis tous ses objectifs,
mettant l'ennemi en fuite et lui enlevant des prisonniers et du matériel». Signé: GARNIER‑DUPLESSIS. NOMENY Le régiment quitta Dugny en chemin de fer le 1er décembre
pour aller jouir d'un repos bien gagné, dans la région de Bar-sur-Aube.
Le 15 décembre, il gagnait par étapes Monthureux-sur-Saône d'où il
repartait le 21 Janvier pour aller reprendre le même secteur qu'il avait
occupé en août 1916, à Nomény et Clamery. Il allait s'illustrer à
nouveau en opérant, le 23 mars 1918, un coup de main superbement réussi. Au nord-est, de Nomény s'étendait un vaste réseau de
tranchées organisées depuis plusieurs années, puissamment défendues
par des mitrailleuses et par d'épais réseaux de fils de fer, garnies
d'abris à l'épreuve. Le commandement avait besoin de prisonniers pour se
renseigner sur l’ordre de bataille de l'ennemi ; ordre fut donné au 2e
Zouaves de préparer un coup de main important, de pénétrer de deux
kilomètres dans les lignes allemandes en direction du moulin de Mailly et
de faire prisonniers les occupants de deux lignes de tranchées
successives : la tranchées des Brotteaux et la tranchée de Bellecourt.
L'opération fut confiée au 1er Bataillon (Capitaine Louvel), à la 43e
Compagnie et la CM 11 ; l'ensemble de l'Infanterie étant sous les ordres
du Commandant Corap. Le 23 mars 1918, à 17 h. 40, les zouaves sortaient avec
un entrain endiablé de leurs positions de départ, pénétraient dans les
positions adverses par les brèches que l'artillerie leur avait créées,
nettoyaient en quelques instants la tranchée des Brotteaux, de Bellecourt,
ainsi que le moulin de Mailly, et rentraient victorieusement dans nos
lignes, après avoir atteint tous leurs objectifs exactement, suivant
l'horaire prévu. Nous avions perdu 2 officiers et 57 hommes seulement, tué
à l'ennemi de nombreux soldats et nous ramenions dans nos lignes toute la
garnison ennemie (60 prisonniers) et un important matériel. Quelques jours après, la 37e Division quittait tout entière
la Lorraine, s'embarquait en chemin de fer, arrivait le 15 avril dans la région
de Granfresnoy (Oise) et se préparait à monter en secteur près
d'Amiens. VILLERS BRETONNEUX Entre temps, l'armée allemande avait déclanché un
formidable offensive vers Amiens et; avait reconquis Péronne, Montdidier,
Noyon. Il fallait à tout prix l'empêcher de reprendre Amiens, et
maintenir la liaison entre l'armée française et l'armée britannique. Le Division fut envoyée devant Amiens et chargée de
couvrir la ville en assurant un contact étroit avec un corps d'armée
australien ; elle allait maintenir intact ce secteur pendant trois mois. Placé au hasard des relèves intérieures de la division,
tantôt devant Villers-Bretonneux, tantôt face au bois de Hangard, le 2e
Zouaves mania la pioche et le fusil avec son entrain et sa confiance. En
quelques semaines, organisa de toutes pièces un secteur puissamment
fortifié et malgré toutes les tentatives, malgré le feu souvent intense
de l’artillerie, malgré les avalanches d'obus toxique, malgré les
pertes subie, aucun Allemand ne pénétrât vivant dans ses lignes. Quelques Jours après sa relève, il recevait la mission
d'attaquer à fond ; le 2e Zouaves allait conquérir en quelques semaines
une magnifique moisson de lauriers. MOREUIL La tâche confiée le 8 août au 2e Zouaves était digne
de lui : enlever d'un seul bond les tranches du moulin de Thennes d'où
l'ennemi avait fait partir tant d'attaques, s'emparer d'un seul élan du
bois de Moreuil, position formidable d'où les observatoires allemands
dominaient au loin les vallées de l'Avre et de la Luce et atteindre le
village de Plessier-Rozainvillers. La progression à réaliser dans la
première journée seule était de plus de dix kilomètres de terrain très
coupé. A lui seul, le bois de Moreuil, fouillis inextricable de fil de
fer, de tranchées et d'arbres abattus, semblait un obstacle presque
infranchissable. A 5 h. 05, après une magnifique préparation
d'artillerie, le 5e Bataillon, superbement enlevé par le commandant
Rodary, s'élançait à l'assaut, tête haute, avec une héroïque fierté.
Le tir de l'artillerie ennemie creuse des trous sanglants dans les rangs ;
les zouaves ne s'en soucient guère, enlèvent le moulin de Thennes et
commencent une lutte acharnée dans le bois de Moreuil. Rien ne peut arrêter
leur élan, ni le feu des mitrailleuses, ni les obstacles amoncelés à
chaque pas. A 6 h. 50, le 5e Bataillon avait progressé de quatre kilomètres,
vaincu toutes les difficultés et cédait au 11e Bataillon la place
d'honneur à l'avant-garde. Il avait bien vengé son chef, l'héroïque
commandant Rodary, qui venait de trouver en pleine victoire la plus belle
mort que puisse rêver un soldat tel que lui. En avant du bois de Moreuil, le terrain était coupé de
moins d’obstacle. Une série de larges ondulations conduisait jusqu’au
village de Plessier-Rozainvillers et offrait un superbe champs de tir aux
mitrailleuses allemandes. Le commandant Despas engagea cranement son
bataillon sur ces glacis meurtriers, manoeuvrant avec la plus grande
habileté pour s’emparer des mitrailleuse par les régiment voisins. Quelle belle journée que celle du 8 août ! Sans
pertes trop sensibles, le 2e Zouaves avait fait plus de 300 prisonniers et
capturé 22 canons avec de nombreuses mitrailleuses. Plus de tranchées où
l'on doit mener « la guerre de taupes », mais la guerre de
mouvement où le soldat français retrouve devant l'espace libre ses
vraies qualités de race : l'ardeur et l'initiative. Le 9 août, le 1er Bataillon (Capitaine Cordier), qui
avait reçu la mission d'avant-garde, dépasse d'un bond le cimetière du
Plessier et s'engage crânement sur le glacis qui sépare
Hangest-en-Santerre du bois des Lorettes. Sa progression, d'abord rapide,
se ralentit peu à peu sous le feu meurtrier des mitrailleuses qui défendaient
la lisière des bois. Force fut de s'arrêter vers 15 heures après avoir
réalisé une avance de quatre kilomètres ; mais, forts d'une confiance
inébranlable dans le succès, les zouaves refusent de s'en tenir là : la
compagnie Lalanne se rapproche lentement des mitrailleuses ennemies, s'élance
d'un seul bond sur l'ennemi stupéfait, s'empare de tous les défenseurs
de la côte 97 et ouvre au régiment pour le lendemain, toute large, une
route que l'ennemi croyait bien gardée. Quelques heures après cette action d'éclat, le 10 août
à 4 h. 30, le régiment reprenait sa marche en avant. Les quelques
mitrailleurs dont l’ennemi avait parsemé la route de sa retraite lèvent
les bras, apeurés. Presque au pas de course, dépassant tous ses
camarades de combat, le 2e Zouaves franchit la côte 97, les villages d'Eches,
Andechy, Villers-les-Roye et s'infléchit légèrement vers la droite pour
atteindre l'Avre aux portes mêmes de Roye. Devant lui s'enfuyaient au
loin d'interminables convois. La victoire était entière, l'ennemi en
pleine déroute. Une division allemande fraîche venait cependant de
prendre position devant Roye avec mission de résister à tout prix. A la
tombée de la nuit, le régiment se heurta aux premières troupes
d’avant-garde ; il était très en pointe par rapport aux autres
unités de la 37e Division et ne pouvait tenter seul l'attaque de Roye,
protégée par un terrain coupé de bois. Il s'arrêta devant les
boqueteaux dits : bois du Moulin et bois des Boches, en attendant l'aurore
pour pousser de l'avant. Un trait d'héroïsme prouvera, mieux qu'un long récit
combien les zouaves victorieux conservaient, après quatre jours de
fatigues inouïes, un entrain endiablé. Le Lieutenant Claudel, avec une
poignée d'hommes, longeait les marais de l'Avre pour reconnaître la
situation de l'ennemi. Il capture quelques prisonniers, se prépare à les
diriger sur l’arrière quand apparaît une section de mitrailleuses
allemande commandée par un officier. Le Lieutenant Claudel se précipite
seul, revolver au poing, et s'empare de la section épouvantée. Un deuxième
groupe de huit hommes s'approche à quelques secondes d'intervalle ;
l'officier prend un fusil et, sans perdre une balle, abat six ennemis.
Voyant arriver des renforts, il rentre enfin dans nos lignes avec tous ses
prisonniers. Ceci n'est qu'un trait entre mille. Jamais peut-être l'héroïsme
ne s'éleva aussi haut qu'au cours de ces trois journées des 8, 9 et 10
août 1918. Gloire à tous ces braves qui venaient de porter à
l'Allemagne un coup terrible et qui allaient voir bientôt, fruit de leur
courage, une troisième palme s’ajouter à leur drapeau avec la citation
suivante Le général commandant la Première Armée cite à
l'ordre de l’armée le 2e Régiment de Marche de Zouaves : « Sous les
ordres du Lieutenant-Colonel De Metz, a effectué en trois journée de
combat et de brillantes manœuvres du 8 au 10 août, une progression de 22
kilomètres dans les lignes ennemies. Véritable régiment d'avant-garde,
a poussé le 10 août au delà de ses objectifs pour occuper des points
dominants et faciliter ainsi aux régiments voisins le passage de l’Avre.
A capturé dans ces trois journées 19 canons, 60 mitrailleuses et
plusieurs centaines de prisonniers ». Signé Général DEBENEY NOYON Dix jours de repos à peine furent accordés au régiment.
Dès le 19 août, i1 commençait une série de marches de nuit qui
l'amenaient, le 27 août, au nord de Compiègne. De toutes parts, l'ennemi
était talonné par les armées alliées ; ses pertes augmentaient chaque
jour sans qu'il put combler les vides creusés dans ses rangs. Le moment
était venu de frapper les coups décisifs et de « bouter l'ennemi hors
de France ». Le 28 août, une offensive d'ensemble était ordonnée ;
la 37e Division attaquait, sa droite appuyée à l'Oise. Le 2e Zouaves
formait l'aile gauche de la division. Le terrain était difficile, les
lignes séparées par la Divette, gros ruisseau augmenté par les pluies récentes
et qui présentait un sérieux obstacle au débouché des vagues d'assaut.
A quelques kilomètre en arrière, les hauteurs de Larbroye et du mont
Renaud, sur lesquelles nos troupes avaient lancé tant d'attaques
infructueuses. Les ordres ne parvinrent au chef de corps cinq heures avant
le départ le l’assaut; les zouaves n'en eurent connaissance quelques
instants avant l'heure fixée, mais il n'y eut pas un seul retardataire ;
la joie au coeur, tous bouclèrent leurs sacs, plièrent leur couverture.
A 5 heures, la Divette était franchie par des moyens de fortune et le 1er
Bataillon (Commandant Louvet) commençait sa marche sur Noyon. Dives-le-Franc et Larbroye tombèrent entre nos mains sans
trop de résistance, mais l'ennemi, qui voulait se retrancher sur le canal
du Nord, commença, à partir de Larbroye, à exécuter sur nos troupes un
tir de mitrailleuses et d'artillerie d'une violence extrême. La
progression, d'abord ralentie, dut bientôt s'arrêter tout à fait. A la
nuit, une infiltration audacieuse permettait cependant aux unités de tête
de border le canal du Nord. Il fallait que Noyon fût à nous, malgré toutes les
tentatives de l’ennemi. Le 29 août, à 5 heures, le 5e Bataillon,
vigoureusement entraîné par le capitaine Hamel, s’élançait à
l’assaut. Sous le tir des mitrailleuses, le canal du Nord est franchi
d'un bond ; les zouaves s’engagent crânement dans les marais de la
Verse où ils s’enfoncent jusqu'à mi-jambe sous une avalanche d'obus
toxiques, pénètrent dans le quartier de Cavalerie malgré les efforts désespérés
des Allemands et engagent autour des casernes et dans le hameau d'Happlincourt
un corps à corps acharné. La division de gauche, décimée, n'avait pas
progressée ; le régiment, découvert sur son flanc gauche, cloué sur
place par les barrages de mitrailleuses, fit face au nord et s'installa
entre la Verse et Happlincourt, aux lisières mêmes de Noyon que le 2e
Tirailleurs venait de nettoyer. La 37e Division avait reconquis la vieille cité médiévale
et, tout proches, les morts de Cuts, de Tracy et de Quennevières ont dû
ce jour là tressaillir d'aise dans leur glorieux linceul. L'attaque reprit le 30 août. Sous un feu intense, le
commandant Despas lança le 11e Bataillon sur les pentes du mont Saint-Siméon,
en liaison avec le 3e Zouaves. La progression fut rude ; les hommes durent
avancer par infiltration, en rampant sous les balles, mais, animés d'une
sublime abnégation, ils atteignirent envers et contre tous la tranchée
du Lacet, au sommet même du mont Saint-Siméon, privant l'ennemi de son
plus dangereux observatoire. Il fallut s'arrêter à nouveau, se fortifier sur place
pour résister aux nombreux retours offensifs des troupes allemandes qui
furieuses d'avoir perdu la ville, voulaient à tous prix nous arracher nos
bains. Nos Pertes avaient été lourdes ; le feu, la fatigue, les gaz
toxiques avaient décimé les unités encore affaiblies par les pertes de
Moreuil : pas un homme ne recula ; à défaut de chefs, de simples
soldats électrisent leurs camarades et font passer dans les rangs des
frissons d'héroïsme. Citons un seul trait : l'équipe de fusiliers-mitrailleurs
du zouave Bellegueule, a brûlé toutes ses cartouches ; l’ennemi va
attaquer et les hommes hésitent : « Les enfants, hurle-t-il, mon
revolver est encore chargé, toutes les balles pour les Boches, la dernière
pour moi » Tous se redressent : la contre-attaque échoue. Avec de tels hommes, le régiment ne pouvait pas perdre un
pouce de terrain. Quand, quelques jours après, l'ennemi, harassé, dut se
décider à nouveau à la retraite, c'est avec un même élan que tous s'élancèrent
à sa poursuite, méprisant à chaque instant les dangers et ne laissant
aucun répit aux arrière-gardes. Le 4 septembre, le régiment dépassait le château de
Salency, Béhéricourt et la croix de Béhéricourt. Le 5 septembre, il
traversait Grandrupt, Mondescourt, Marest-Dampcourt et, malgré des
barrages effroyables, se maintenait sans cesse en contact étroit avec le
boche. Le 6 septembre, il enlevait Chauny, Vitry-Noureuil et, n'écoutant
que son courage, s'arrêtait seulement devant Vouel, très en flèche par
rapport aux unités voisines et forcé de se défendre sur tous les
points. Le 7 septembre, enfin, par une habile manoeuvre, il franchissais
le canal Crozat, s'emparait de Tergnier et Fargnier et s'arrêtait aux
portes de La Fère en interdisant à l'ennemi toute contre-attaque. Sa mission désormais terminée, après quelques jours de
secteur, il gagnait ses cantonnements de repos la tête haute, fier du
devoir noblement accompli et couronné des plus beaux lauriers. Le nom de
Noyon, qu'auréole le sang de 700 hommes du 2e Zouaves, restera pour
toujours inscrit glorieusement parmi les plus beaux faits d'armes de notre
régiment, si riche cependant en héroïsme. La magnifique citation suivante allait d'ailleurs récompenser
les survivants et valoir au 2e Zouaves l'honneur de porter la fourragère
aux couleurs de la médaille militaire. Le Général commandant la IIIe Armée cite à l'ordre de
l'armée Le 2e Régiment de Marche de Zouaves : Régiment d'élite.
Sous le commandement éclairé et froidement résolu de son chef de corps,
le Lieutenant-Colonel de Metz, a franchi de vive force, le 28 août 1918,
le canal du Nord, aux portes mêmes d'une ville importante que sa
brillante manoeuvre du lendemain devait faire tomber. Le 29 août 1918, a
attaqué sans regarder en arrière, a supporté une contre-attaque
violente sur son flanc gauche, s'est cramponné au sol et a conservé la
ville reconquise. Le 30 août 1918, a emporté d’assaut un piton âprement
défendu, escaladant les pentes sous un feu violent d'artillerie et de
mitrailleuses. Les 5, 6 et 7 septembre 1918, a toujours devancé l'heure
de l'attaque, menant avec fougue la poursuite d'un ennemi à qui sa
vitesse en imposait ; est demeuré trois jours en avant-garde à 4.000 mètres
au delà de toute liaison latérale, obligé la nuit venue de faire face
dans toutes les directions. Par son acharnement, par son audace, a empoché
l'ennemi de se raccrocher aux lignes prévues dans ses ordres et a précipité
le mouvement de retraite jusqu'aux inondations de la ligne Siegfried. A
fait des prisonniers de trois régiments différents ». Signé : Général HUMBERT. LE HERIE - LA VIEVILLE Dès le 23 octobre, le régiment était réengagé. Sous
la pression constante des armées alliées, en Flandre, dans le Nord de la
France et en Champagne, l'ennemi reculait peu à peu et abandonnait les
positions Hindenburg et Siegfried, qu'il avait organisées pendant si
longtemps et qu'il croyait inattaquables. Le 23 octobre, le 2e Zouaves
quittait Chauny, où il avait joui de quelques jours de répit et, en deux
étapes, venait se placer sur la Serre, à Anguilcourt, Le Sart et Achery,
en soutien immédiat de la 58e Division. La 37,e Division avait l'ordre de
se placer côte à côte avec la 58e dès que cette dernière aurait réussi
à s'emparer de la ferme puissamment organisée de Ferrière. Le 26 octobre, comme la ferme de Ferrière venait de
tomber entre nos mains, le régiment quittait Anguilcourt, traversait
Renansart pendant la nuit et s'instillait aux environs de Port-Sée, avec
mission de prendre, dès le matin du 27, sa place habituelle d'avant-garde
de la 37e Division, en liaison à gauche avec la 58e. Le 27, d'un seul bloc, tout le régiment se portait en
avant à la poursuite de l’ennemi ; il franchissait sans arrêt une
dizaine de kilometres et s'arretait à la tombée de la nuit devant le
village de Le Hérie-la-Viéville, où l’allemand, vaincu, tentait pour
la dernière fois d'enrayer notre avance victorieuse. Le 28, à 6 heures, le régiment s'élançait à l'attaque
du village. Jamais, peut-être, l'ennemi n'avait réussi à trouver
une position aussi formidable que cette localité. Le village, placé sur
un piton élevé, dominait toute la région ; il fallait absolument pour
l’atteindre, franchir un glacis de deux kilometres environ, en pente
assez raide, dont les mitraileuses pouvaient battre aisément les moindres
cheminements. En avant du village, les Allemands avaient creusés deux
lignes de tranchées garnies d'épais réseaux de fils de fer et protégées
elles-mêmes par une série de fortins fermés, véritables nids de
mitrailleuses. Mais les Zouaves étaient électrisés par leurs victoires
précédentes, et ils voulaient montrer qu'ils sauraient combattre et
mourir aussi bien que ceux de Guise dont les tombes étaient proches. A 6 heures donc, le 1le Bataillon, chargé de la mission
d'avant-garde, s'élançait, ses deux compagnies de tête merveilleusement
entraînées par le Capitaine Dressler et le Lieutenant Durignieux. Il réussit
à s'emparer de quelques uns des fortins et à faire prisonniers les
occupants. Force lui fut bientôt, devant des fils de fer intacts et sous
le feu des mitrailleuses, de s'arrêter et de s'organiser un abri
provisoire. L'attaque reprit le 30 octobre, à 6 heures. Les zouaves
du 11e Bataillon, sans se laisser décourager par la mort des deux chefs
splendides qui les avaient conduits si souvent à la bataille, le
Capitaine Dressler et le Lieutenant Durignieux, s'emparent des derniers
fortins organisés et s'établissent à proximité immédiate des fils de
fer, prêts, au premier signal, à se lancer à l'attaque décisive. Le commandement employa les journées des 30 octobre, 1er,
2, 3 et 4 novembre, à accumuler devant Le Hérie-la-Viéville de
formidables moyens d'artillerie. Les réglages furent conduits avec soin
et, le 5 au matin, l'assaut, devait reprendre. Tout portait à croire que,
l'allemand serait battu ; il le comprit lui-même et, dans la nuit du 4 au
5, il se hâta de battre en retraite. Alors commença pour le 2e Zouaves,
une période inoubliable. Suivant sans répit, les colonnes allemandes, il
eut la joie de délivrer maints villages qui, depuis quatre ans,
souffraient les pires tortures sous la botte allemande. A l'entrée de
chaque localité, des habitants, la figure have, et n'osant croire encore
à leur bonheur, venaient embrasser, en pleurant, les soldats libérateurs. Aussi, plein d’indignation et d'espoir, le régiment
poursuivait-il sans répit son avance. Le 5, il dépassait Puisieux,
Clanlieu, Colonfay et Le Sourd ; le 6, Féronval, Ambercy, La Chaussée ;
le 7, il franchissait le Thon ; le 8, il atteignait la Demi-lieue ;
le 9, Hirson, où il passait en réserve de division. Il s'apprêtait le
11 novembre, à franchir la frontière de Belgique, quand un télégramme
du maréchal Foch lui apprit la signature de l'armistice et la signature
de la cessation des hostilités. Une cinquième citation à l'ordre de
l’armée apportait, en effet, une nouvelle gloire à son drapeau. Le Général commandant la Première Armée cite à
l'ordre de l’armée : Le 2e régiment de Marche de Zouaves : « Magnifique régiment
qui s'est couvert de gloire au cours de la campagne, notamment à Verdun.
Réengagé le 27 octobre 1918 sous le commandement du lieutenant-colonel
de Metz, peu après de brillantes opérations qui lui valaient une
citation à l'ordre de l'armée, a fait preuve de remarquables qualités
de ténacité dans l'attaque de la forte position de Le Hérie-la-Viéville.
S'est élancé ensuite à la poursuite avec une apreté et une ardeur
exceptionnelles, empêchant l'ennemi de se rétablir avant Hirson et d'opérer
la destruction des ponts de la ville, capturant un matériel important et
cinq trains de chemin de fer prêts à partir ». Signé: Général DEBENEY. Le 2e Zouaves reçut la grande nouvelle de l'armistice
avec une joie profonde, vibrante à la fois et recueillie et ces minutes
inoubliables furent pour lui la récompense tant attendue de ses efforts,
de ses souffrances, de l'héroïque sacrifice de tous ses morts. « Aigle du 2e Zouaves, sois fière de tes soldats», s'était
écrié le maréchal de Mac-Mahon en lui attachant, premier de tous les étendards
de France, le ruban roue de la Légion d’Honneur. Redresse-toi plus fière encore aujourd'hui, au milieu des
trophées de la salle d'honneur, car les zouaves de 1914 ont été dignes
de ceux de Magenta et ils ont su venger les glorieux vaincus de
Froeschwiller et de Sedan. » |