Historique du 2e Régiment Bis de Marche de Zouaves |
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PREMIÈRE
PARTIE LE
2e BIS DE ZOUAVES SUR LE FRONT DE FRANCE ET EN BELGIQUE Formation
d u Régiment A
la mobilisation, le 2e bis Régiment de Zouaves n'existait pas. Il fut
constitué dans la région de Montpellier. Le
20 août 1914, le lieutenant-colonel Dubujadoux prend le commandement du
2e bis Régiment de Zouaves formé par Le
4e Bataillon : Commandant d'Urbal (4e Bataillon active du 2e Zouaves). Le
14e Bataillon : Commandant Dechizelle (14e bataillon du 2e Zouaves). Le
Régiment constitue, avec le 2e Régiment de Tirailleurs, la 90e Brigade
qui fait partie de la 45e Division. Le
29 août, le Régiment est transporté dans la région des Aubrais où se
concentre cette grande unité. Le
12e Bataillon, Commandant de Marcy (12e Bataillon de réserve du 2e Régiment
de Zouaves) formé à Oran, rejoint le 3 septembre, le Régiment dans la région
du Bourget. A
l'effectif : 55 officiers - 145 sous-officiers – 2400 zouaves. BATAILLE
DE !.A MARNE Le
6 septembre, la 45e Division est en réserve générale de la VIe Armée.
Celle-ci, concentrée dans la région Nord de Paris fait face au
Nord‑Est, et a pour mission d'attaquer une armée allemande,
marchant sur la Marne entre Meaux et Château-Thierry. Le
6 septembre, avant d'arriver à Villeroy (arrondissement de Meaux) lecture
est faite aux troupes de l'impérissable ordre du jour du Général Joffre
Celui-ci, commenté par les officiers soulève un immense enthousiasme. Depuis
le matin, on entend le grondement sourd du canon, une très violente
bataille s'est engagée à l'Est de Villeroy. Le
7 septembre, à 5 heures 30, l'ordre d'attaquer est donné. Le régiment
formé par bataillons successifs, 4e, 14e, 12e se porte dans la direction
de Pringy-Barcy-Etrepilly Malgré
le feu de l'artillerie ennemie, le régiment parvient à s'emparer de la côte
124 Nord-Est de Barcy. Les pertes sont encore relativement faibles. A
9 heures le régiment franchit la côte 124. La progression lente, se fait
en terrain absolument découvert sous le feu des mitrailleuses qui décime
nos troupes. Au cours de cette avance, le Commandant d'Urbal, commandant
le 4e Bataillon, tombe, mortellement frappé, à la tête de son
Bataillon. Le
Régiment arrive ainsi à 800 mètres à l'Ouest d'Etrepilly la gauche
appuyée à la route d'Etrepilly-Barcy, mais, très éprouvé il doit
stopper. Des tranchées sont creusées sur la côte 124, face à l'Est et
occupées par une troupe panachée de Zouaves et de Tirailleurs. Malgré
le bombardement incessant de tout le plateau, le Régiment reste sur les
positions conquises. Vers
18 heures, l'ordre arrive d'enlever, coûte que coûte, le village d'
Etrepilly. Le
Lieutenant-Colonel Dubujadoux réunit les survivants du 4e Bataillon, se
met à leur tête et s'élance à l'assaut, tandis que le 14e Bataillon
appuie l'attaque à gauche du village. Etrepilly est enlevé après un
assaut terrible â la baïonnette, les occupants sont tués sur place ou
faits prisonniers. Le
4e Bataillon occupe Etrepilly tandis que le 14e Bataillon s'installe sur
la route Etrepilly-Marcylly, à hauteur de la Raperie ferme. Au cours de
cette attaque le régiment subit une perte cruelle: le Lieutenant-Colonel
Dubujadoux tombe mortellement frappé. Cette
journée a été pour le Régiment une journée terrible, les pertes sont
de 49 % pour les hommes, 69% pour les officiers. Le 4e Bataillon très éprouvé
est dissous et ses éléments sont répartis entre les autres unités du Régiment.
Le Commandant Dechizelle prend le commandement du 2e bis Régiment de
Zouaves. Grâce
à tant d'héroïsme, la bataille est gagnée. LA
POURSUITE Des
reconnaissances poussées vers le Plessis-Trocy, Trocy ont rendu compte
que l'ennemi battait en retraite sur tout le front de la VIe Armée.
D'autre part, l'armée anglaise, ayant franchi la Marne, progresse dans la
direction de Soissons. La
poursuite commence. La
45e D. I., en liaison à gauche avec le 5e Groupe de Division de réserve,
et, à droite, avec l'armée anglaise, se porte dans la région de
Trocy-Beauvoir ferme Groupe N. E. de Congis. Le
Régiment quitte Barcy, à 4 heures, le 10 septembre, puis se porte par
May en Multien-Varinfroy et Neufchelles sur Mareuil-sur-Ourcq. Au
cours de la poursuite, de nombreux allemands sortent des bois et se
rendent. La route est parsemée de nombreux caissons de munitions et des
autos abandonnés par l'ennemi dans sa fuite précipitée. La
poursuite continue le 11 septembre, marquant un léger arrêt à Chaudun,
où un Capitaine et une centaine de prisonniers sont capturés. Le Régiment
bivouaque à la ferme de la Maison-Neuve. L'offensive
est reprise dès le 12 au matin. La
45e Division à l'ordre d'attaquer dans la direction
Ploisy-Soissons-Terny-Sorny, en liaison à droite avec l'armée anglaise,
à gauche avec le 5e Groupe de Division de réserve. La
marche s'exécute par brigades accolées. Au
Nord du village de Chaudun le contact est repris avec l'ennemi, la marche
en avant s'exécute sous le feu violent de l'artillerie lourde allemande.
Après une courte halte au Château de Chevreux, le Régiment, entre le
premier à Soissons à 17 heures Pendant que les dernières fractions
allemandes font sauter le pont de la route de Crouy. La
45e DI borde l'Aisne en aval de Soissons. L'ennemi avant coupés tous les
ponts, elle doit stopper en attendant que des moyens de franchissement
soient établis. Le
13 dès 4 heures du matin la traversée de l'Aisne se fait sur une
passerelle rapidement construite sur le pont détruit. Les hommes sont
obligés de passer un à un et de nombreuses pertes sont occasionnées par
le feu de l'artillerie ennemie dont le tir sur le pont est incessant. Le
moral des zouaves est superbe et malgré des pertes sévères ils
parviennent à occuper Crouy. Le
régiment se retranche sur les lisières Est et Ouest et à la station de
chemin de fer du village. L'ARRET
COMBATS DE CROUY CUFFIES La
poursuite est terminée. La lutte se stabilise autour de Crouy. Lutte
terrible : nous attaquons et sommes attaqués. Le
14 septembre, le Régiment reçoit l'ordre d'enlever la cote 132 occupée
par l'infanterie allemande solidement retranchée. Le
12e Bataillon prononce son attaque de Crouy. Le 14e Bataillon par la route
de la Verrerie Torny. La progression en avant est très lente et le Régiment
subit de lourdes pertes ; le combat se développe toute la journée, et le
soir, le régiment couche sur les emplacements conquis. Le
15, la situation reste la même. Le 16 à 5 heures, ordre d'attaque générale
est donné. Il faut obtenir une décision sur l'ennemi avant l'arrivée de
ses renforts. Sur le front de la 45e DI, l’attaque est prononcée par un
régiment Marocain soutenu par le 2e Bis de Zouaves. La Ferme
de La Perriere est enlevée, mais le feu terrible de l’artillerie
ennemie et une forte contre-attaque ne permettent pas de nous y maintenir. Le
17 septembre, le régiment est chargé d’enlever la côte 132, en
liaison avec les Tabors Marocains du Lieutenant-Colonel Poeymirau. Le
mouvement s'opère lentement, Tabors et Zouaves bien en liaison, les
pertes sont lourdes : dans un assaut vigoureux la 1ere tranchée ennemie
est enlevée, mais il impossible de s'y maintenir sous le feu des
mitrailleuse et d’une batterie ennemie enterrée tirant à la mitraille.
La ligne d’attaque se replie lentement et se retranche à 200 mètres de
la côte 132. Le
commandant Andras de Marcy, au cours de cet assaut trouve une mort héroïque. A
l’Est du chemin de fer, les Allemands tentent un mouvement offensif
presque immédiatement enrayé. Le
18 septembre, après huit jours de combats incessants, le régiment est
relevé et maintenu en deuxième
ligne dans les cantonnements de la rive gauche de l’Aisne (Villeneuve-St
Germain- La Chaumière) pour une reconstitution rapide de ses unités. Le
régiment ne possède plus en effet qu’un effectif de 1455 officiers et
zouaves au lieu de 3195. Dès
le 21 septembre, le régiment relève, sur la rive droite de l’Aisne, le
2e Tirailleurs sur la route de Torny à l’Ouest de la cote
132. Le
23 septembre, une attaque générale est ordonnée sur tout le front de la
VIe Armée dans le but de fixer les forces ennemies qui lui sont opposées
et d’en empêcher le transport vers l’Ouest. L’attaque se déclanche
à 5 heures et s’empare des premières tranchées ennemies. Le
24 et les jours suivants, le régiment maintient et renforce les positions
occupées la veille. Le
28 , le régiment est relevé par le 1er Zouaves et se porte en réserve
sur la rive gauche de l'Aisne. La
lutte de tranchées va se poursuivre. Elle exige du soldat une endurance
poussée parfois jusqu'au stoïcisme, immobilisé dans la tranchée il lui
faut se servir de son outil autant que de ses armes, guetter aux créneaux,
subir avec impassibilité les intempéries, la boue, l’eau qui sourd de
toutes parts, les bombardements les plus intenses. COMBATS
DE THELUS ET DE LA TARGETTE Le
2 octobre la 45e D. I. est en réserve d'armée dans la zone Courtieux
Saint-Baudry - Mortefontaine - Saint-Étienne. Le
3 le Régiment est transporté en automobiles pour Compiègne, puis de là
par voie ferrée via Amiens - Doulens, sur Arras ou il débarque en pleine
zone de combat. A peine arrivé il reçoit l'ordre de se porter sur
Neuville-Saint-Waast en échelon à gauche du C.A. provisoire qui occupe
Vimy pour s'opposer à un mouvement débordant de l'ennemi. Au
cours de la nuit du 5 au 6 le 12e Bataillon reçoit l'ordre de marcher sur
Thélus pour exécuter en liaison avec les Tirailleurs une, attaque de
nuit afin de reprendre le Moulin et la côte du Télégraphe (132) occupés
la veille par l'ennemi. Arrivé
à 3 heures 30 à Thélus, le 12e Bataillon prononce son attaque à 5
heures, parvient jusqu'à 25 mètres du Moulin que l'ennemi a organisé
solidement et qu’il a garni de mitrailleuses. Sous un feu intense, la
progression est enrayée, le bataillon se replie et se retranche au cimetière
de Thélus, ayant perdu la moitié de son effectif, les 2/3de ses
officiers. Le
14e Bataillon lui aussi était jeté dans la bataille. A 5 heures le même
jour, il quitte Roclincourt pour aller à la Targette constituer un
barrage contre le mouvement débordant des Allemands sur notre aile
gauche. Trois compagnies sont placées à la sortie Nord de la Targette,
à cheval sur la route de Béthune face au Nord ; une compagnie est
maintenue en réserve à Écurie. Le Lieutenant-Colonel Dechizelle prend
le commandement des troupes qui se trouvent à la Targette. Les abords du
village sont mis en état de défense. Mais
l'ennemi progresse à Givenchy en direction de Souchez. La 1ere Division
de Cavalerie se replie vers Carency. Il faut entraver, coûte que coûte,
le mouvement offensif de l'ennemi. Le 14e Bataillon se porte à 10 heures,
au bois situé à 1.500 mètres Sud-Est Sud-Est de Carency. Des tranchées
y sont aussitôt creusées et une position d'arrêt est organisée avec
l'aide des territoriaux à la cote 124. La
mission confiée au 2e bis Régiment de Zouaves a été glorieusement
remplie, le mouvement débordant de l'ennemi est arrêté ; une ligne
solide s'organise en avant à l'Est d'Arras. SECTEUR
D'ECURIE-ROCLINCOURT Le
Régiment se groupe à Mareuil le 6. 11 est chargé de la défense du
secteur compris entre les routes Mont-Saint-Eloi Neuville-Saint-Waast et
Mareuil Neuville-Saint-Waast où, du 6 octobre à fin février 1915, par
des offensives continuelles il tiendra l'ennemi en haleine. Du
7 au 10 octobre, la 45e Division appuie à droite la progression de la 70e
Division qui attaque en direction de Villers-au-Bois La Targette sur le
front Carency Mont-Saint-Eloi. La
progression pendant ces trois jours de bataille est peu sensible ; les
tranchées enlevées un jour sont reprises le lendemain. L'ennemi est très
fortement retranché sur les lisières de La Targette et de Neuville, et
malgré l’héroïsme et l'esprit de sacrifice qui animent Zouaves et
Tirailleurs, la ligne ennemie ne peut être entamée. Le
front se stabilise là aussi. La
fin d'octobre trouve le régiment dans la même situation. Un premier gros
renfort est arrive d'Afrique. Les
Compagnies peuvent reformer les effectifs décimés par la maladie et les
pertes quotidiennes. Le 3e Bataillon est reconstitué, le Capitaine Péron
en prend le commandement. a)
Combats de Maison Blanche. dès
le 1er Novembre le secteur devient de plus en plus agité, tout fait prévoir
une attaque ennemie imminente. Le
4 novembre à partir de 13 heures, le plateau Ecurie, Maison Blanche et
les tranchées a l'ouest de la Targette sont battus presque sans
interruption par l'artillerie lourde allemande. A 23 heures une violente
attaque ennemie est prononcée sur tout le front de la brigade. A
gauche une colonne de deux Compagnies environ débouche de la Targette et
se dirige le long de la route Neuville-Mareuil sur les tranchées occupées
par les zouaves. Ceux-ci par quelques salves exécutées a moins de 200 mètres
arrêtent les assaillants. Au
centre une colonne ennemie évaluée a un bataillon longe la route de Béthune,
fonçant sur Maison Blanche ; à droite une 3e attaque est prononcée
contre les tranchées situées entre les routes de Béthune et d'Ecurie.
Sous cette violente poussée les tranchées à l'ouest et à l’est de la
route de Béthune et la ferme de la Maison Blanche sont enlevées par
l'ennemi. A
3 heures une contre-attaque exécutée contre Maison-Blanche par un
bataillon de Tirailleurs échoue ; une seconde contre-attaque est
déclenchée à 17 heures le même, jour par le bataillon de réserve des
Tirailleurs, mais, brisée par un feu intense d'artillerie un partie
seulement des tranchées perdues à l'ouest de Maison-Blanche peut être
reprise. Le lendemain, 6 novembre, l’ennemi tente d'élargir son succès
de l'avant veille mais de violentes rafales d'artillerie exécutées sur
la sortie sud de la Targette, la route de Béthune et la lisière de
Neuville qui servent de débouchés aux réserves de l'ennemi, arrêtent
toute tentative d'attaque. Le
7 novembre, le 2e bis Régiment de Zouaves est désigné pour réoccuper
les tranchées perdues au Nord-Ouest et au Nord de Maison Blanche. Le
12e Bataillon malgré deux sorties faites au cours de la nuit, ne peut
remplir sa mission, les tranchées étant occupées par de nombreux
travailleurs ennemis. La position devrait être enlevée par surprise. A 6
heures les travailleurs allemands sont relevés, ce mouvement est aperçu
par la 48e Compagnie, qui saute dans les tranchées ennemies, les retourne
et les zouaves s'y cramponnent malgré des pertes légères. Mais
la Maison Blanche est toujours entre les mains de l'ennemi l'ordre est de
la reprendre coûte que coûte. A
12 heures 30 la 13e compagnie se porte dans le chemin creux situé à 600
mètres ouest de la route de Béthune et à 13 heures 30, protégée par
un violent barrage d'artillerie, débouche sur le glacis en face de
Maison-Blanche. Elle y est aussitôt accueillie par des feux violents
d'artillerie et de mitrailleuses de front et de flanc. Elle progresse néanmoins
au prix de lourdes pertes, et à 17 heures parvient dans Maison-Blanche où
elle se retranche face à l'Est. Les
positions reconquises sont maintenues malgré, une pluie d'obus et une
contre-attaque exécutée le 10 au cours de laquelle l'ennemi subit des
pertes sérieuses. Ces
combats coûtèrent cher au Régiment. L'héroïsme
des zouaves reçoit sa récompense. Le Régiment est cité à l'ordre de
la Brigade en ces termes «
Le Généra est heureux de citer à l'ordre de la Brigade le 2e Bis Régiment
de Zouaves. Le régiment depuis qu'il est entré en campagne, n'a pas eu
un seul moment de défaillance dans les circonstances pourtant des plus
difficiles qu'il a traversées à Barcy, à Etrepilly sous Soissons, sous
Arras, il a toujours été à hauteur de la vieille et superbe réputation
des anciens zouaves qui ont étonné le monde par leur valeur. «
Son premier Chef, le Lieutenant-Colonel Dubujadoux est tombé au Champ
d'Honneur au milieu de bon nombre de ses zouaves en tête de son Régiment
; le Lieutenant-Colonel Dechizelle, qui lui a succédé, a fait preuve en
toutes circonstances d'une bravoure froide, d’une habileté consommée
sous le feu de l’ennemi, et a donné à ses Chefs comme a ses inférieurs
l’impression qu'il existait en lui les qualités d'un Chef de tout
premier ordre. Le
Général Commandant la 90e Brigade est fier d’avoir sous ses ordres une
telle troupe commandée par un tel Chef. » Mareuil,
le 8 novembre 1914 Signé
: QUIQUANDON La
vie dans les tranchées reprend monotone. Le Secteur s'organise ; le 14
novembre le Général de Maud'Huy commandant la Xe Armée et le Général
Pétain commandant le 33e CA viennent le visiter. Puis
ce sont des coups de main exécutés fréquemment de part et d'autre pour
avoir des renseignements. Le 21 novembre un groupe d 200 volontaires
attaque la tranchée allemande située à l'Est et près de la
Maison-Blanche. A
la tombée de la nuit le groupe se précipite résolument en avant. Les
Allemands qui sous le feu de l’artillerie étaient restés terrés dans
leurs abris sont surpris par la rapidité de l'attaque et massacrés a
coups de baïonnette. Les
fougasses sont placées et au bout de 20 minutes le groupe de volontaires
en entier entre dans nos lignes. b) Combats de la Barrière de Lille. Le
26 novembre les deux bataillons cantonnés a Mareuil sont alertés. Après
un violent combat, l'ennemi vient de s'emparer de la tranchée de première
ligne. Un groupe de volontaires du 2e bis Régiment de Zouaves attaque à
15 heures nais ne peut parvenir à prendre pied dans la tranchée ennemie. Le
27 novembre le Lieutenant-Colonel Dechizelle est chargé de la
contre-attaque. Le 57e Bataillon de Chasseurs est mis à sa disposition. A
15 heures 40 après une courte préparation d'artillerie, Chasseurs et
Zouaves s'élancent à l'assaut baïonnette au canon, sautent dans la
tranchée ennemie dont ils s'emparent, massacrent environ 200 Bavarois.
Mais un feu violent de grenades et de bombes de minenwerfer est immédiatement
dirigé par l'ennemi sur la tranchée conquise, tandis qu'il exécute un
mouvement d’enveloppement par les deux ailes de la position. Aussi à 16
heures 10, malgré une héroïque défense, les troupes sont obligées d'évacuer
la tranchée et de se replier sur la parallèle de départ. A
5 heures 30, le 28 novembre la nuit étant très noire et favorable à une
surprise, le signal de la reprise de l'attaque est donné. Malgré l'héroïsme
des zouaves celle-ci échoue. Les
Zouaves ne peuvent rester sur un échec. Le
29 l’attaque est reprise. A partir de 12 heures 30 l'artillerie lourde
bat les débouchés de Neuville-Saint-Waast et de Thélus pour entraver
les mouvements des réserves ennemies. De 13 heures à 13 heures 30 un
violent tir d'artillerie est ouvert sur la tranchée ennemie A 13 heures
30 les troupes d'attaque : deux Compagnies de Chasseurs et deux Compagnies
de Zouaves s'élancent à l'assaut et parviennent, malgré un feu intense
à la tranchée ennemie dont elles s’emparent tuant tous ses défenseurs. Le
7 décembre l'ennemi s'empare d'une barricade sur la route de Lille et de
la tranchée 7 située à l’ouest de cette route. Une contre-attaque exécutée
à 22 heures 30 par le 1er Zouaves ne parvient pas reprendre pied dans la
tranchée perdue. Une attaque lancée par le 2e bis de Zouaves échoue également.
Ordre est donné de tenter une troisième attaque le soir même : il
faut occuper la tranchée pour permettre au génie de la faire sauter. A
23 heures, le 10 décembre les unités sont disposées dans la parallèle
de départ, groupe franc a droite et contre la route de Lille, la 53e
compagnie au centre et a gauche. La
tranchée est escaladée à 4 heures 55 dans un silence absolu, les hommes
se couchent en avant du parapet. A
5 heures, au coup de corne, donné par le Capitaine De Metz, commandant la
Compagnie, tous les zouaves s’élancent à la baïonnette avec un
magnifique entrain, sautent dans la tranchée ennemie malgré une vive
fusillade et en massacrent les défenseurs dans un violent corps-à-corps.
Au bout de 10 minutes et après l'explosion des fougasses, le capitaine De
Metz donne le signal de la retraite et le repli sur la parallèle de départ
s'effectue rapidement. Peu
à peu, le secteur s'organise ; trois positions en profondeur sont créées. Le
22 février, la 45e D. I. est relevée sur ses emplacements par la 15e D.
I. Après
trois longs mois dans un secteur très difficile, le Régiment est mis au
repos dans la région de Wanqueton-Hauteville-Noyelles-Vion ou l’on procède
à la réorganisation des unités et des divers services. Le
Régiment pouvait être fier du travail accompli, il avait inscrit une
belle page au Livre d'Or de l’Armée Française. Toute
la 45e Division est citée a l’ordre de l’Armée en ces termes Le
Général commandant la Xe Armée cite à l'ordre de l'Armée la 45e
Division d’Infanterie : «
Placée depuis trois mois dans un Secteur particulièrement difficile, en
butte aux attaques incessantes d'un ennemi extrêmement agressif et
entreprenant, qui a été lui-même cité comme modèle à la VI Armée
Allemande par son Chef, le prince de Bavière, la 45e Division a su
maintenir ses positions. «
Elle a riposté à chaque attaque de l'adversaire avec une énergie
remarquable. Sous 1 impulsion, de son Chef, le Général QuiQuandon, elle
a repris nettement dans ses derniers temps, l'ascendant moral sur
l’ennemi en l’attaquant dans une guerre de sapes et de mines sans répit.
» Le
14 janvier 1915 Le
Général commandant la XIe Armée Signé : DE MAUDHUY. LA
BELGIQUE Une
troisième grande bataille après celles du Nord t de la Marne va
s'engager dans les Flandres ; fixés désormais sur les lignes ou ils
se sont accrochés après notre offensive de la Marne, incapables de
tenter quoi que ce soit pour le moment sur Paris, prévoyant une lutte
opiniâtre et durable, les Allemands ont décidé d'atteindre la mer. Le
30 mars, la 45e D. I. en réserve d'Armée est mise à la disposition du Général
Foch commandant le groupe des Armées du Nord ; le 6, elle est transportée
par voie ferrée dans la région de Bergues et affectée au détachement
d'Armée de Belgique sous les ordres du Général Putz. La
15e Division et la 87e Division territoriale constituent à la date du 15
avril le groupement d'Elverdinghe placé sous les ordres du Général
Quiquandon commandant 1a 45e D. I. Le groupement a pour mission d'assurer
au Nord d'Ypres, la liaison entre l'Armée Belge et l'Armée Anglaise en défendant
le Secteur compris entre la passerelle de Steenstraat, sur le canal de
l'Yser, et la route d’Ypres à Poelcapelle. L'attaque
allemande par les gaz asphyxiant. Le
21 avril 1915 le 1er Régiment de Tirailleurs et les 1re et 2e Cie du 2e
bis régiment de Zouaves occupent les tranchées de 1re ligne et de
soutien immédiat sous les ordres du Lieutenant-Colonel Bourgeois,
commandant le Bataillon de tirailleurs ; les 3e et 4e
Compagnies du Régiment sont chargés d'assurer la défense du pont de
Boesinghe. Les autres unités du Régiment cantonnent à Westvleteren. A
17 heures, brusquement le 22 avril, une violente attaque allemande se
prononce. Pour la première fois de la guerre, l’ennemi emploie les «
gaz asphyxiants » formant un nuage épais de chlore que le vent pousse
sur nos lignes. Suffoquée, et en butte a un intense bombardement la première
ligne est contrainte de se replier, après avoir subi de fortes pertes.
Les 1re et 2e Compagnies du 2e bis Régiment de Zouaves placés en réserve,
essayent en vain d'arrêter ce mouvement de retraite ; immédiatement débordées
et violemment prises a partie par l’artillerie lourde ennemie soumises
d'ailleurs à l'action des gaz délétères, elles sont bientôt décimées
et obligées de se retirer à leur tour : la deuxième à droite sur les
Canadiens la première à gauche sur le canal. L’ennemi
s 'avance rapidement en colonnes serrées dans le but de franchir le canal
de l’Yser, qu’il passe en trois points : à Stennstraat et Het-Sas et
à Boesinghe mais au delà l’ennemi est arrêté net par nos feux. Dans
la direction d'Ypres, vers le Sud, les Allemands semparent de Pilckem et
de la ligne de crête, leurs patrouilles arrivent même jusqu'au canal,
sans pouvoir le franchir Les
deux bataillons du 2e bis Régiment de Zouaves alertés arrivent à
Elverdinghe à 19 heures 30. A 20 heures le 3e Bataillon est mis à la
disposition du 7e Zouaves pour contre-attaquer sur la rive Est du canal
dans la direction de Pilckem. A
3 heures 30, le 23 avril, le 2e Bataillon (Commandant de Metz), franchit
le canal en liaison à droite avec le 7e Zouaves qui contre-attaque les
Allemands entre Boesinghe et Pilckem à gauche avec les canadiens. La
progression du Bataillon est des plus difficiles, sous un violent feu de
mousqueterie et de mitrailleuses qui l’accueille dès son débouché de
la passerelle établie a deux kilomètres environ Sud de Boesinghe. Malgré
de fortes pertes, le mouvement en avant se poursuit poursuit sur un
terrain absolument découvert et balayé par des rafales de balles et
d'obus. Le
renforcement de la chaîne se fait méthodiquement et permet d'enlever la
1ere ligne ennemie jusqu'au talus d'une route située à 400 mètres de la
2e ligne allemande. L'intensité du feu oblige à stopper momentanément. A
15 heures aidé par l'artillerie et soutenu à droite par un bataillon du
3e Bis de Zouaves (bataillon de Montluc), le bataillon de Metz, reçoit
l'ordre d'exécuter, avec les autres éléments de la ligne l’attaque générale
de la position. Au signal donné, les Compagnies sortent avec un admirable
élan mais un feu terrible de mitrailleuses les accueille et le bataillon
doit s'arrêter après un bond d'une centaine de mètres ; il s'accroche
au terrain conquis, y établit des éléments de tranchées et s'y
maintient. D'autre
part, les deux autres bataillons du Régiment assurent pendant toute la
journée la garde des passerelles du canal de l'Yser, le 1er Bataillon au
Nord, le 3e Bataillon au Sud. Le
24 avril ordre est donné de poursuivre l'offensive commencée le 23.
Toutes les troupes engagées à l'Est du canal de l'Yser, renforcées des
2e et 4e Bataillons de Chasseurs sont placées sous les ordres du Colonel
Mordacq. A
13 heures 30 après une violente préparation d'artillerie, le bataillon
de Metz quitte ses tranchées et se porte en avant ; il est immédiatement
soumis à un feu très intense de mitrailleuses et d'artillerie, qui le
prend en
écharpe sur son flanc gauche ; le bataillon progresse néanmoins avec les
plus grandes difficultés et au prix de lourdes pertes ; appuyé par le
1er échelon du 2e Bataillon de Chasseurs, elle gagne ainsi une centaine
de mètres mais décimée, est obligée de s'arrêter et se fortifie sur
place. A
18 heures 45, un tir d'artillerie très violent est ouvert sur les tranchées
allemandes ; profitant du nuage de fumée la première ligne se précipite
en avant à la baïonnette sur les positions ennemies ; mais de
violentes rafales d'artillerie et de mitrailleuses arrêtent la ligne
d'assaut à cinquante mètres de ses tranchées. Le
26, les unités de 1re ligne, épuisées sont relevées par les unités en
réserve. Le Chef de bataillon Gueho remplace le Chef de bataillon dans le
commandement de la première ligne. L’attaque
est reprise à midi dans les mêmes conditions que la veille. Le mouvement
est rapidement enrayé par le feu des mitrailleuses ennemies que n'a pu
faire taire une préparation insuffisante d'artillerie. Les
compagnies s'arrêtent et se retranchent. A
1 heure l'ordre est donné de préparer l'assaut des positions ennemies. A
3 heures les 6e, 8e et 12e Compagnies sortent en rampant des tranchées et
profitant du brouillard gagnent environ une centaine de mètres. La ligne
marque un arrêt pour se reconstituer puis un coup de sifflet du
Commandant Gueho enlève toute la ligne qui se précipite sur les tranchées
ennemies ; un feu terrible de mitrailleuses l'accueille aussitôt le
Chef de Bataillon tombe mortellement frappé ainsi que plusieurs officiers
et un grand nombre de zouaves ; les unités doivent s'arrêter et se
creuser à la hâte des éléments de tranchées. Une
contre-attaque allemande vers 8 heures est immédiatement enrayée. Le
28 le bataillon Aymes qui a relevé le bataillon de Metz, participe à un
assaut général de la position ennemie Après une courte préparation
d'artillerie, la première vague d'attaque se porte résolument en avant
à l'heure fixée malgré un bombardement ennemi très violent et un tir
très nourri d’infanterie et de mitrailleuses. Un bond d'une trentaine
de mètres est encore effectué. Le
Boche malgré sa traîtrise et grâce à la magnifique vaillance des
Zouaves et des Tirailleurs n'avait pu réussir à briser nos lignes mais
les pertes au cours de cette terrible batailles avaient été cruelles :
138 tués et 1. 200 hommes hors de combat. A
son Régiment décimé le Lieutenant-Colonel Dechizelle lit la lettre de félicitations
que le Général commandant l'Armée adressait aux troupes du 2e Bis Régiment
de Zouaves : Le
Général commandant le détachement d'Armée de Belgique adresse ses félicitations
aux troupes de toutes armes qui, du 22 avril au 4 mai ont rivalisé d'énergie
et d'entrain pour briser l'offensive au nord d' Ypres et qui ont réussi,
malgré sa résistance acharnée, à lui enlever plusieurs points
d’appui solidement organisés et à faire de nombreux prisonniers. Le
Régiment est relevé mais son rôle sur les bords de l'Yser n'est pas
terminé. b)
Attaque du 16 mai. Le
Lieutenant-Colonel Dechizelle est chargé, avec son Régiment, d'enlever
la 1ere ligne allemande entre le saillant allemand et le bastion. Un
bataillon du 7e Régiment de Zouaves est mis à sa disposition. L'ordre
d'attaque prévoit deux vagues d'assaut : la 1re vague est chargée
d'enlever la tranchée ennemie ; la seconde est destinée à l'organiser
et renforcer la ligne pour parer à un retour offensif possible de
l'ennemi. Le
16 à partir de midi l'artillerie de tranchée et l’artillerie lourde exécutent
un tir méthodique sur le saillant et les tranchées ennemies, détruisent
les défenses accessoires, démolissent les parapets, bouleversent les
tranchées allemandes. A
18 heures 25, un tir violent d'efficacité est ouvert sur tout le front.
Trois minutes avant l'achèvement de ce tir, la 1ere vague sort des tranchées
au coup de corne donné par le Commandant de Metz et, profitant du nuage
de fumée produit, se précipite baïonnette au canon avec un admirable élan
sur la tranchée allemande ; après un combat rapide à l'arme blanche
elle enlève celle-ci sur toute sa longueur, prenant deux mitrailleuses et
faisant 105 prisonniers. La
2e vague suit la 1ere et chargée de sacs à terre, se jette dans la
tranchée conquise qu'elle organise immédiatement retournant les
parapets, barrant les boyaux, évacuant sur l'arrière le matériel
conquis et les nombreux prisonniers faits. La
nécessité de s'organiser avant le jour et de consolider la position dont
les flancs restent découverts, oblige les unités à s'arrêter sur le
terrain conquis. Elles y construisent des tranchées reliant la 1ere ligne
à l'arrière et se tiennent prêtes à repousser la contre-attaque
ennemie. Le
lendemain 17 mai, l'ennemi dirige sur nos tranchées un bombardement d'une
extrême violence : boyaux et tranchées sont bouleversés, les pertes
sont lourdes, l'attaque boche est imminente. Pour
devancer l'ennemi, une nouvelle attaque est préparée. A 18 heures 08,
les troupes sortent de leurs tranchées, font un bond en avant, mais sont
obligées bientôt de se retrancher sur place, la préparation
d'artillerie ayant été insuffisante. Le
18, le régiment est relevé et mis au repos dans les cantonnements d'Eykoeck
et Crombeke. Le
Régiment venait de gagner sa deuxième citation à l'ordre de l'Armée.
Le Général commandant le Détachement de Belgique cite à l'ordre de
l'Armée le 2e bis Régiment de Zouaves «
Déjà félicité par le Général commandant le détachement, d'Armée de
Belgique, pour sa conduite au cours des combats de fin avril, a montré de
nouveau, pendant les attaques des 16 et 18 mai, sous les ordres du
Lieutenant-Colonel Dechizelle, ses merveilleuses qualités d'offensive et
le plus complet esprit de sacrifice. A, pendant trois jours et sous le
plus violent feu de mousqueterie et d'artillerie, exécuté plusieurs
attaques, s'emparant de plusieurs ouvrages allemands, de deux
mitrailleuses et de plus de cent prisonniers. » Le
21 Mai 1915 Ordre Général no 9 Son
chef, le Lieutenant-Colonel Dechizelle était cité lui aussi à l'ordre
de l'Armée «
Chef de Corps de premier ordre. Toujours confiant et répandant autour de
lui la confiance et le sang-froid ; a pendant sept jours et sept nuits
attaqué sans répit des positions extrêmement fortes, avançant toujours
malgré des pertes cruelles, grâce à des efforts exceptionnels d'un Régiment
de marche qu'il avait su rendre digne de la vieille réputation des
zouaves. c)
Secteur de Boesinghe. Le
6 juin, la 45e DI. est relevée par le 6e Corps d'Armée Britannique, puis
au cours de la semaine suivante relève la 153e Division dans le secteur
de Boesinghe. Ce
secteur s'étend sur la rive ouest du canal de l’Yser en liaison avec
l'Armée Anglaise, à 100 mètres sud du pont du Chemin de fer de
Boesinghe en liaison avec l’armée Belge à l'écluse de Steenstraat. Pendant
quatre mois, le régiment devait garder ce secteur. Cette
période fut une période de travail intense. Peu à peu le secteur
s'organise : des boyaux, des abris sont créés ; tous ces travaux, qui coûtent
tant de peine, permettent de supporter avec des pertes réduites, les
bombardements de plus en plus violents des Boches. Des
lance-bombes de 58, 150, 240 sont installés ; ils sont servis moitié par
les Zouaves, moitié par les Artilleurs qui rivalisent d'entrain pour
frapper et démolir les tranchées ennemies. Cette
vie de tranchée fourmille d'actes d'héroïsme modestes et cachés, de
souffrances profondes, physiques et morales. Les zouaves de 1914 se montrèrent
dignes de leurs ancêtres de Crimée. Au
cours de celte période, le Président de la République remet son drapeau
au 2e bis Régiment de Zouaves pendant une revue à Westvleteren en prononçant
l'allocution suivante : «
J'adresse des compliments particuliers au 2e bis Régiment de Zouaves qui
a pris d'assaut Etrepilly, qui a été cité à l'ordre de la Brigade après
s'être distingué dans les combats de la Targette et de la maison
Blanche, puis à l'ordre de l'Armée après s'être illustré au mois de
mai sur les rives ensanglantées de l'Yser. Ces grands souvenirs sont les
meilleurs garants de nos succès futurs, sûrs de nous-mêmes, fiers de
nos exploits, confiants en votre race, allez, mes amis, défendre et
sauver la Patrie ». DEUXIÈME
PARTIE LE
2e BIS EN ORIENT Le
Régiment était au repos dans la région de Rexpoede (Belgique) quand,
brusquement, le 5 novembre 1915, il est enlevé en chemin de fer. Les 7 et
9 novembre, il est embarqué à bord du « Lutétia » et du « Burdigala
» pour une destination inconnue. Tout
le monde sait, cependant, que le 2e bis de Zouaves est mis à la
disposition du général commandant l'Armée d'Orient, que nous allons
aider la Serbie, raffermir la Grèce et tâcher d'arrêter la Bulgarie.
Après nous couperons aux Austro-Allemands la route d'Orsovo-Constantinople. En
route, nous apprenons que le Régiment doit débarquer à Salonique, la «
Sultane convoitée ». La traversée se fait sans aucun incident, pas de
sous-marin ennemi en vue, et par une matinée splendide, nous arrivons en
rade de Salonique. A
peine débarqué, le Régiment se regroupe au Camp de Zeitenlick, banlieue
est de Salonique « le site le plus malsain de l'endroit ». Le
Camp de Zeitenlick, , « terrain désertique, semi-marécageux, bossué,
sans un arbre » est bientôt aménagé par les Zouaves, et ceux-ci
peuvent enfin y trouver un peu de confort. Les
pertes subies sur la Marne, sous Soissons, sous Arras, à la bataille
d'Ypres avaient profondément modifié l'encadrement du Régiment. Le
5 novembre, le Régiment comprenait : sous les ordres du
Lieutenant-Colonel Dechizelle : 69
Officiers, 206 Sous‑Officiers, 241 Caporaux, 2.667 Soldats. L'AIDE
A L'ARMÉE SERBE Le
Vardar Le
séjour au Camp de Zeitenlick devait se prolonger jusqu'au 1er décembre
1915. Les jours suivants, le Régiment gagne par étapes Amato-Karasuli et
Gjevgjeli où, pendant un mois, il construit une voie de communication sur
la rive est du Vardar entre Gjevgjeli et la route de Monastir, sur une
longueur de 50 kilomètres. Cette route est destinée à doubler la voie
ferrée pour assurer les communications entre Salonique et les Divisions
engagées sur le front. Avec
les 4e et 8e Régiments de Chasseurs d'Afrique et un Groupe d'Artillerie
à cheval, le Régiment constitue une Brigade mixte, placée sous les
ordres du Général Frotiée. La
marche en avant commence, bientôt la rivière du Vladaja est atteinte ;
le Régiment s'y organise défensivement. Les
quelques éléments français tiennent tête à la poussée Bulgare. L'Armée
française n'a subi aucun échec, mais elle est aventurée et son aventure
devient sans objet, par suite de la retraite de l'Armée Serbe qui prend
le Chemin de l'Albanie. Le
1 4 décembre, le Régiment reçoit l'ordre de se replier sur Salonique,
par la route de Kilindir, Kukus, Sarigol. La
mauvaise saison est venue, la pluie transforme les plaines en fondrières
où les attelages s'enfoncent jusqu'aux genoux, les canons jusqu'aux
essieux. Le vent du Vardar souffle un froid précoce et les Zouaves n'ont
d'autre abri que la toile de tente individuelle. L'Armée
d'Orient a franchi la frontière Grecque, l'ennemi ne l'inquiète plus. Au
cours du séjour à Kukus, où jusqu'en février, le Régiment organise
des positions défensives, le Bataillon Fourmentrau, est chargé de faire
sauter le pont de chemin de fer de Demir-Hissar, reliant la Grèce à la
Bulgarie. Cette opération est menée à bien malgré l'opposition d'un
Bataillon Grec. Vers
la mi-février, le Régiment est chargé de l'organisation du secteur sud
du front du Vardar. Il
fait alors partie du détachement du Bas-Vardar qui comprend Le
2e bis de Zouaves, deux bataillons du 1er Régiment serbe, un régiment de
chasseurs d'Afrique et un groupe de 75. La
vie de secteur reprend, mais tout est à créer, tout est à organiser et
les moyens manquent. Le
Régiment se met à l'oeuvre ; les travaux consistent d'abord dans l'aménagement
des voies de communication faites de digues permettant de circuler en tous
temps à travers les marécages. Des réseaux de fils de fer sont installés,
ainsi que des casemates de mitrailleuses, puis une seconde ligne de résistance
est aménagée. Jusqu'au
1er mai 1916, le Régiment assure la défense de ce secteur et travaille
sans relâche sous des pluies battantes et pataugeant dans la boue.
Nombreuses sont les atteintes de paludisme, de dysenterie, de gelures de
pieds. Lorsque
le Régiment quitte le front du Vardar, ses Chefs tiennent à le féliciter
en ces termes Ordre
n°1 du détachement du Bas-Vardar. « Au
moment où le 2e Régiment bis de Zouaves, chargé d'une nouvelle mission,
quitte le détachement du Bas-Vardar, le Commandant du Détachement
exprime à ce beau régiment toute sa satisfaction, pour l'oeuvre
entreprise et menée à bien par lui dans le secteur du Bas-Vardar. » « Régiment
discipliné, aussi ardent au travail qu'au combat, le 2e bis de Zouaves,
sous la conduite de ses cadres, tous animés de l'esprit de dévouement de
son Chef, le Lieutenant-Colonel Dechizelle, s'est montré à la hauteur de
la tâche souvent ingrate qui lui avait été confiée. » « le
Colonel regrette de ne plus avoir ce Régiment sous ses ordres et lui
souhaite d'ajouter de nouveaux lauriers à ceux qu'il a déjà conquis
dans de nombreux combats. » Le
Colonel commandant le Détachement du Bas-Vardar. Signé
: SALLES L'ASSISTANCE
A LA GRÉCE La
Garde aux Frontières Le
Camp retranché de Salonique Le
Bulgare ne franchit pas la frontière, mais Salonique reste toujours la «
Sultane convoitée ». Les
difficultés de toutes sortes soulevées par l'État-major et les
royalistes Grecs sont surmontées. La révolution grecque éclate et bientôt
l'Armée Grecque, après avoir été réorganisée par Venizélos, se
rangera aux côtés des Détachements alliés. Dans
les premiers jours de mai, le régiment gagne par étapes la région de
Florina, puis la vallée du Genis-Deré, avec mission d'interdire la
contrebande de guerre et de rendre praticables les pistes qui, de Vertekop,
se dirigent sur Dragomanci en remontant la vallée du Genis-Déré. Les
pistes Dragomanci, Kosturjan, Subosko sont ensuite aménagées. Au
cours de cette période, le Commandement fait appel aux qualités
offensive bien connues des Zouaves. Diverses reconnaissances sont faites :
étude des communications vers la région d'Ostrovo dans la haute vallée
du Brod et d'autre part, vers la région de la Cerna, à travers le massif
de Starkov-Grog. Puis c'est ensuite l'étude des liaisons entre la région
de Vodena et les vallées du Génis-Déré et de la Moglénica. Ces opérations
ne sont pas faciles. Chaque jour des espions sont découverts et fusillés. Pendant
cette période, l'Armée Serbe se réorganise à Corfou avec l'aide de la
France et bientôt une division Serbe, nouvellement débarquée, vient
reprendre sa place aux côtés des détachements Alliés. Cette
unité s'établit dans la région de 1Moglénica, et a pour mission
d'interdire à l'ennemi les voies d'accès conduisant à Monastir. Le 2e
bis de Zouaves relevé par cette division se rend au Camp Zeitenlick où
il est mis au repos. Avant
son départ le Régiment est cité à l’ordre de la Brigade en ces
termes : « Le
Général Frotiée, commandant la Brigade, adresse ses plus chaudes félicitations
au 2e Régiment bis de Zouaves pour les beaux travaux qu'il vient d'exécuter
dans la vallée du Genis-Deré et la région de Subotsko. » « Les
Légionnaires romains avaient déjà prouvé dans ces mêmes contrées que
le vrai soldat doit savoir se servir aussi bien de la pelle et de la
pioche que de ses armes. » « Les
zouaves du 2e bis après s'être couverts de gloire sur l'Ourcq et dans
les Flandres, se sont montrés les dignes successeurs des Légionnaires. » «
Ils ont fait une oeuvre utile et durable destinée à grandir encore le
prestige de la France. Le Général est heureux de les remercier tous et
en particulier la Compagnie Martin ». 15
juillet 1916 le
Général commandant la brigade FROTIEE OFFENSIVE
BULGARE (Août 1916) Fin
1915 le Maréchal Von Mackensen avait pris le commandement des armées
allemandes et bulgares et, dès le début de 1916, il concentre des
troupes sur le front. Près
un séjour d'un mois à Salonique, le régiment avait gagné par étape la
région nord de Sérès. Il
se trouvait stationné à Kérakli lorsque, le 17 août au matin, les
Bulgares, descendant les pentes du Demir-Hissar, attaquent. Le
19 août, le régiment reçoit l’ordre de se porter en avant et
d’atteindre la voie ferrée de Sérès. Le 20 août, à 4 heures du
matin, il franchit la Struma et progresse vers ses objectifs. L'action
se déroule par une chaleur accablante et se heurte à des effectifs
considérables appuyés par une artillerie puissante. Nos
unités sont contraintes le soir de se replier à nouveau derrière le
fleuve, ayant obligé l’ennemi à mettre en ligne près de deux
divisions et à dévoiler ses projets. Le
régiment est cité à l’ordre de la brigade par le général Descoins Quelques
jours plus tard, il rentre à Salonique. OFFENSIVE
ALLIÉE (Automne 1916) Prise
de Monastir Le
24 septembre, le régiment est dirigé sur Florina et, après un combat
d’avant-garde, rejette les Bulgares du village d’Armehor. Il fait
parti du détachement franco-russe. Le
5 octobre, l’ennemi talonné semblant se replier vers Négocami, le
lieutenant-colonel Dechizelle, impatient d’avoir des renseignements, se
porte en avant . Arrivé au PC du 4e régiment russe, il est tué
par un obus. Le
Lieutenant-Colonel Dechizelle, qui commandait le régiment depuis la
bataille de la Marne, s'était révélé un chef de corps remarquable a
tous points de vue. Le
8 octobre, sous les ordres de son nouveau chef, le Lieutenant-Colonel
Laffite, il relève en première en ligne les régiments russes et
repousse l'ennemi les l3 et 14 octobre. Le
2 », il est mis à la disposition de la 17e DI Coloniale,
sous les ordres du Voïvode Mitchich. « Le
23 octobre, le 2e Bis de Zouave a quitté la division
franco-russe pour suivre une nouvelle destination, durant les trois
semaines pendant lesquelles il a fait parti de la division franco-russe,
sous les ordres de ses vaillants chefs de corps, le lieutenant-colonel
Dechizelle, tué à l’ennemi le 5 octobre 1916, et son commandant
actuel, le lieutenant-colonel Laffite, le 2e bis Régiment de
Zouaves a porté au plus haut point, par son allant et sa valeur, le
glorieux renom des zouaves. » «
Combattant côte à rôle l'ennemi commun les zouaves ont resserré plus
étroitement encore, les liens qui unissaient déjà les armées alliées,
françaises et russes. Celle union a été a jamais soudée par le sang
versé en commun, le même jour, à la même heure et dans le même lieu,
par le lieutenant-colonel Dechizelle et les officiers du 4e régiment
russe tués par le même obus. Je remercie cordialement le 2e bis de
Zouaves de l'esprit de sacrifice qu'il a montré en toutes circonstances
et je lui souhaite de toute mon âme toujours de nouveaux succès. » 25
octobre 1916 Le
Général commandant la Division franco-russe Dietrich Dès
le 30 octobre le régiment est engagé dans le secteur de Kenali et prend
part, a fond, à la bataille de la boucle de la Cerna. En
direction des montagnes au loin le massif de Kozyak, qui dominent à l’Est
de la plaine de Monastir, il part à l'attaque le 10 novembre. Le moment
est venu de secouer la poussière des tranchées et des routes et de faire
preuve de combativité. Epaule contre épaule avec leurs camarades serbes
qui excellent dans ce genre de combat et qui enfin vont fouler et libérer
en partie la terre de leur patrie, les zouaves se lancent en avant, en
tirailleurs, et rocher après rocher pic après pic, dans ces monts
abrupte, incultes et dénudés, l'assaut des positions fortifiées
ennemies se poursuit. Il se poursuivra des jours et des nuits, sans répit,
la troupe encadrée magnifiquement, par ses chefs, tels les commandants et
capitaines Gaussot, Armand, Evain, Aymes, Palmier. L'ennemi bousculé,
s'enfuit ou se rend. Au soir du 13 novembre, 405 prisonniers dont 9
officiers, et un très important matériel de guerre sont entre nos mains. La
poursuite continue au prix de difficultés sans nombre et de pertes
cruelles. Les villages de Téparci, Vranovci, Yaratolok sont enlevés. La
pluie, la neige, ne ralentissent pas la progression. Le 17, la côte 1212
est prise, le 18, 226 prisonniers sont faits. Notre avance menace toute la
ligne bulgare et permet aux troupes qui se trouvent à notre gauche dans
la plaine, de s'emparer de Monastir (Bitoly), le 19 Novembre. Un vent de
victoire souffle dans les plis de nos drapeaux. Les
23 et 24 novembre, la côte 1050 qui flambe dans la nuit est attaquée,
sans succès d'ailleurs, des renforts allemands étant arrivés. Cette
puissante position est prise de haute lutte le 26 novembre par le 3e
Bataillon. Le
mauvais temps, la nature elle-même, arrêtent toute opération. Monastir
est débordé et une ligne de défense est organisée couvrant cette ville
5 kilomètres au Nord, coupant la plaine inondée et rejoignant l'ancienne
frontière gréco-serbe sur la rive droite de la Cerna Reka. Cette ligne
ne devait pas être dépassée avant 1918. Le
réi ment est mis au repos à Vranovci. Ses pertes ont été lourdes;
elles s'élèvent a plus du tiers de celles qu'il a eu a subir pendant
toute la Campagne d'Orient et les tombes de nos camarades sont nombreuses
autour de Brod et de Slivica. Mais de tels sacrifices n'ont pas été
vains. En deux mois les troupes alliées avaient progressé de plus de
cinquante kilomètres, délivré un lambeau de la Serbie et capturé
11.162 prisonniers et 89 canons ! En
témoignage d'ailleurs de son admiration pour la valeur et le courage déployé
par les Zouaves, S. A. R le Prince Régent Alexandre de Serbie décore, au
cours d'une revue, le Drapeau du 2e bis de Zouaves et le Général
Sarrail, Commandant en chef les Armées d'Orient, cite notre Corps à
l'Ordre de l'Armée en ces termes «
Le Général commandant en chef les armées alliées en Orient cite à
l'ordre de l'armée le 2e bis Régiment de Zouaves. A pris la part la plus
active et la plus brillante à toutes les opérations de la Macédoine
soit sur la Struma soit en Macédoine orientale. » «
Opérant avec les troupes Serbes et Russes, s'est fait remarquer par sa
tenue, sa discipline, sa bravoure extrême et son magnifique élan dans
l'attaque. A maintenu très haut chez les armées alliées le renom et le
prestige de l'armée française. S'est distingué pendant la bataille de
six jours qui s'est terminé par la prise de Monastir. En reconnaissance
de sa valeur incomparable déployée dans ces journées, à eu l'honneur
de voir son drapeau décoré par son Altesse Royale le Prince Régent de
Serbie. » OCCUPATION
DE LA THESSALIE Au
cours des derniers mois de 1916 et des premiers mois de 1917, le régiment
organise la ligne de défense de Sakuliva et s'emploie à des travaux de
route aux environs d' Iven, de Brod et de Brnick. Il
est chargé ensuite d'intervenir en Thessalie par mesure de sécurité et
pour appuyer l'action du Haut Commissaire des Alliés à Athènes, Jonnart,
tendant à l'abdication du Roi Constantin de Grèce, notre ennemi
sournois, en faveur de son fils Alexandre. C'est ainsi que, par étapes
successives, il gagne Kostoria, Servia, Elassoa, Larissa et Ockhrida. SECTEURS
DE LA LIOUMITZA DU SUD ET DES CRÊTES ROCHEUSES Le
31 juillet 1917, le 2e bis est dirigé par voie ferrée sur Bohémica. Le
Lieutenant-Colonel Boré-Verrier remplace le Lieutenant-Colonel Lafite. Du
7 août au 17 octobre 1917, le Régiment occupe le secteur de Lioumitza du
Sud et est utilisé à des travaux d'assainissement. Le
3 avril 1918, il passe au secteur des Crêtes-Rocheuses. Le 1er juillet,
il est transporté à Salonique. L'OFFENSIVE
LIBÉRATRICE La
Victoire Le
but assigné par le nouveau Commandant de l'armée, le Général Franchet
d’Esperey, est de rompre le front de Macédoine et de pousser vers le
Danube pour abattre l'Autriche, libérer les Roumains et mettre fin à la
coalition. Le
6 septembre 1918 le 2e bis Régiment de Zouaves est mis à la disposition
du XIIe Corps d'armée britannique. Il gagne par étapes la région de
Kilindir où il est en réserve. Le
18, se déclenche l'attaque des positions bulgares sur Doiran. Doiran
est enlevé mais l'attaque ne progresse plus. Le 19, l'attaque est reprise
par le 2e bis régiment de Zouaves, elle échoue encore. Mais
la résistance bulgare s'effondre à la suite de l'attaque alliée dans la
région de Moglenica. Le
22, Demir-Kapu est abandonné ; tout l'arrière-front bulgare est en
flammes. Le
23, le Régiment part à la poursuite de l'ennemi et enlève Canoli et la
côte 718. Le
27, il emporte d'assaut la côte 1472 et franchit la frontière bulgare. Le
28, le régiment passe en réserve. Le
30 septembre est communiquée aux troupes la cessation des hostilités
avec la Bulgarie. Le
régiment se porte à Hudovo où il apprend l'ordre de sa dissolution. Le 23 octobre a lieu la dernière revue du régiment passée par le Lieutenant-Colonel Boré-Verrier qui, en faisant ses adieux, retrace en termes émouvants les glorieux combats auxquels le régiment a pris part depuis la bataille de la Marne. |