Historique du 296ème Régiment d'Infanterie

Numérisé par Pascale Huche

Le Régiment est constitué dès le deuxième jour de la mobilisation ( 3 Août 1914 ) sous le commandement du Lieutenant-colonel LECOMTE Denis. Il comprend deux bataillons et s'embarque pour l'Alsace le 12 Août 1914.

Débarqué à Montbéliard les 13 et 14 Août, il entre dans la composition de la 131ème Brigade, 66ème Division de réserve, (Général WOIRHAYE).

Le 16 août, il rentre en Alsace, avant garde de la division et occupe les cantonnements de Montreux Château, puis de Traubach- le Haut (18 août).

Le 19, pendant une marche offensive de la Division, il reçoit le baptême de feu à Didenheim, où, en butte à un feu d'artillerie intense et à de violents tirs de mitrailleuses, il éprouve ses premières pertes (2 tués, 17 blessés, dont le Capitaine GOBERT). Il cantonne à Zillishein, (avant-postes) et à Hochstadt.
Ce premier engagement n'a d'autre effet que d'exalter le moral du régiment qui brûle du désir de marcher dans les traces du 7ème Corps, entré le même jour à Mulhouse.
Calme complet en août, la Division étant employée à des travaux de fortification, de défense et de nettoyage du champ de bataille, et assurant la liaison avec le 7ème Corps.
Le 31 août, le Régiment quitte la région de Montbéliard, pour se porter sur le front Delle Granvillers, où se tient les avant-postes, alternant avec les 280ème et 281ème , jusqu'au 11 Septembre, date à laquelle la Division (Général MAZEL), se porte sur Giromagny par le Ballon d'Alsace.
VOSGES
A partir du 15 Septembre, il prend les avant-postes aux cols de Louchpach et du Bonhomme, avec cantonnements des éléments non employés au Rudlin et à la Truche (sud de Plainfaing). Il éprouve des pertes légères du fait de l'artillerie ennemie qui, à intervalles rapprochés, bombarde le front du col de Bonhomme au Lac Blanc, procède à des reconnaissances, au cours desquelles est tué le sergent fourrier BLANC, de la 24eme compagnie.
Quittant la région des Cols, le Régiment se porte sur Coichimont et exécute des travaux d'organisation défensive à la tête de Behouille où il subit des pertes légères, puis il va se cantonner à Corcieux.
Il est alors rattaché à la 58ème Division de réserve (Général BOLGERT) et s'embarque à Bruyères, les 6 et 7 Octobre, à destination de l'Artois. Le 10 Octobre, il cantonne à Hangest en Santerre, qu'il quitte le 11.
ARTOIS
Après 3 étapes, il est enlevé en auto à Avesnes- le- Comte, et arrive au milieu de la nuit à Noeux-les Mines, pour aller cantonner à Noyelles et à Mazingarbe, le 13 Octobre, occupant les tranchées face à Vermelles.
Le secteur qu'il doit occuper est à peine reconnu, qu'il reçoit l'ordre d'attaquer Vermelles, par sa face sud (6ème Bataillon, Commandant AMESTOY), le 5ème Bataillon (Commandant FERRACI), qui a occupé les tranchées de première ligne entre le Chemin d'Annequin à Vermelles et la Route d'Arras, coopérant à l'attaque.
Pendant 3 jours et 3 nuits, le Régiment faisant preuve d'un mordant et d'une vivacité admirables, en butte aux plus violentes contre-attaques, progresse de tranchée en tranchée, de maison en maison, car toutes sont organisées défensivement. Toutes ses unités rivalisent d'ardeur, procédant de nuit à des reconnaissances, repoussant toutes les tentatives ennemies et sans qu'en souffre leur moral, subissent d'assez lourdes pertes. La situation se stabilise le 16, à la faveur d'un brouillard intense, et, à partir de cette date, le Régiment dont l'Etat-major cantonne au Philosophe, faubourg de Vermelles, va se livrer à une conquête méthodique du village et du château qui exigera une succession d'efforts persévérants, combats et travaux d'organisation, au cours desquels il montrera que les unités de réserve sont dignes des régiments actifs du 16ème C.A.
Octobre et Novembre se passeront ainsi, la Division progressant lentement et payant assez chèrement ses avances successives, tout en préparant l'attaque de la clé de la résistance, le Château de Vermelles.
PRISE du CHATEAU de VERMELLES
Les semaines précédentes, des travaux de mine ont été exécutés avec le concours des mineurs du pays. Dés qu'ils ont été mis au point, le Général commandant la Division donne l'ordre d'attaquer le Château, et met à la disposition du lieutenant-colonel LECOMTE Denis, un détachement de 60 spahis (lieutenant BERGER).
L'attaque se fera par le 6ème Bataillon (commandant AMESTOY) et plus particulièrement par la 24ème Compagnie, (Capitaine CAVAILHE).
Deux compagnies du 109ème, Bataillon ROUSSOTTE, lui sont adjointes. Des compagnies du 144ème R.I.T. occupent les tranchées de deuxième ligne et une compagnie du 281ème garde la sortie Est du Philosophe.
L'attaque est déclenchée au signal convenu (explosion d'un fourneau de mine préparé sous le mur sud du parc du Château).
Spahis à pied et fantassins du 296ème, admirablement enlevés par le sous-lieutenant GOMMERY et le capitaine CAVAILHE, (section CORDAIRE), franchissent l'amoncellement des décombres, gagnent rapidement le mur nord du parc et occupent quelques maisons voisines, mais malgré leur élan, ceux des nôtres qui veulent progresser à l'ouest du Château, sont vivement ramenés par les défenseurs de la maison Bréon, chef-d'oeuvre d'organisation défensive.
Il sera nécessaire d'amener à pied d'oeuvre un canon de 80 pour déloger ces défenseurs. La 19ème Compagnie coopère au succès de l'opération en poussant à gauche un peloton à 150 mètres, en avant de nos tranchées à peine ébauchées, peloton appuyé efficacement par la section de mitrailleuses du lieutenant CONTE.
A 12h.30, le succès a été obtenu avec des pertes légères, mais des hauteurs de Hulluch, l'artillerie ennemie commence à arroser nos positions d'obus de 77 et de gros calibre.
Le capitaine LUBOS du 144ème Territorial et son groupe de liaison sont tués et sa compagnie particulièrement éprouvée, le Régiment subit aussi des pertes assez sérieuses. A la nuit un calme relatif se produit et nous restons sur les positions conquises, malgré une contre-attaque sérieuse repoussée à 23 heures.
Du 2 au 6 Décembre, le 296ème et le 281ème, continuent les travaux d'organisation, canonnade et fusillade, nous occasionnant encore quelques pertes.
Le 6 Décembre, le lieutenant ROCHE ayant effectué une reconnaissance, trouva les tranchées ennemies de l'ouest du Château inoccupées, ce renseignement ayant été confirmé par le lieutenant PASQUET, les deux compagnies extrêmes des 5et 6ème Bataillons occupèrent ces tranchées, l'ennemi étant encore à la lisière S.O de Vermelles. (Reconnaissance du lieutenant GIRAUD du 109ème R.I)
Le 7, le lieutenant-colonel LECOMTE Denis, nommé au commandement du 1er Etranger, est remplacé par le Commandant DOUCE.
Dés le matin, à la faveur d'un brouillard épais, le 281ème progresse vers l'Est, le 296ème occupe la lisière Nord du village que l'ennemi a abandonné. Vermelles et son Château reste définitivement acquis. Le succés assez chèrement payé, a mis en lumière une fois de plus les vertus guerrières des combattants du 296ème, et a été sanctionné par de nombreuses récompenses (Légion d'Honneur, Médaille Militaire, Citations de tout ordre).
Le 6ème Bataillon tout entier (Commandant AMESTOY), fut cité à l'Ordre de l'Armée : S'est particulièrement distingué à l'attaque du Château de Vermelles qu'il a courageusement enlevé avec un entrain et une bravoure admirables.
Signé : Général de MAUD'HUY.
Commandant la 10ème Armée.
Les jours suivants se passent dans un calme relatif, à l'organisation défensive du secteur. Le 14 Décembre, le 5ème Bataillon fait un bon de 500 mètres et occupe Notre Dame de Consolation; le 17, nouveau bon de 600 mètres, (21ème Compagnie, Capitaine GOBERT). Dés lors le 296ème va continuer les travaux d'organisation de la position, un Bataillon se trouvant en ligne, avec P.C au Rutoire, l'autre au repos à Noyelles. L'hiver se passera ainsi, avec quelques alertes, des fusillades et des bombardements intermittents, des reconnaissances de nuit au cours des quelles il subira quelques pertes , et des travaux de terrassement et de défense où notre soldat ne cessera de faire preuve de la plus belle activité, du plus grand courage et d'une merveilleuse ténacité.
Entre autres citations, la suivante mérite d'être signalée :
Le Général Commandant la 10ème Armée cite à l'ordre de l'Armée le soldat ABAUZIT du 296ème :
" S'est porté en plein jour , malgré une vive fusillade à 150 mètres en avant des tranchées, pour soigner un blessé, tombé au cours d'une patrouille. Est revenu à la nuit, avec deux camarades, rechercher ce blessé qui a pu être évacué dans de bonnes conditions. Interpellé par un sous-officier qui lui demandait son nom pour signaler sa belle conduite a répondu : Ce n'est pas la peine, si je n'y étais pas allé, un autre l'aurait fait à ma place ".
Où trouver un plus bel exemple de courage, de solidarité et d'estime réciproque ? Tels étaient tous les éléments du 296ème. Ceux qui ont survécu se souviendront toujours de la bienveillance du lieutenant-colonel DOUCE, commandant le Régiment, de la bonhomie charmante du colonel GADEL qui commandait alors la 131ème Brigade, de son allant.
Discrètement ils raconteront, qu'emporté par son ardeur, le colonel GADEL franchit plus d'une fois les premières lignes pour se rendre compte de la façon dont les reconnaissances de nuit étaient exécutées.
Ainsi commandé, le 296ème ne pouvait en aucune circonstance voir altérer sa bonne humeur et son excellent moral. Il eut une floraison d'artistes qui organisèrent des concerts dans les périodes de repos, concerts souvent interrompus par les bombardements.
A Noyelles, une revue du plus pur sel méridional " Vermelles-Ban ", œuvre du sergent CASTELBON et de ses amis, fut joué avec un vif succès sous la présidence du Lieutenant -colonel FERRACI, qui récemment promu, allait bientôt tomber glorieusement au cours d'une reconnaissance.
Le 9 Mai, attaque du Hulluch, par le 281ème, appuyé par les feux du 296ème, sans résultats. Reprise le 11, cette attaque, progresse au début, mais est bientôt enrayée, les pertes du 281ème sont sérieuses, le Commandant PAGES, type du parfait officier de campagne est tué en entraînant son Bataillon. Nous restons sur nos positions. Le 13, un obus allemand, tombe sur le Poste de Commandement du Rutoire, faisant de nombreuses victimes dans la liaison du Commandant POULET, (4 tués, 5 blessés), puis les Anglais, étendant leur front, le Régiment appuie à droite, pour leur céder son secteur. Le Capitaine GOBERT, passe chef de Bataillon au 90ème R.I, où il trouvera une mort glorieuse.
Fin mai, au cours de travaux d'aménagement pour la liaison avec les Britanniques, le Régiment subit encore quelques pertes, puis cédant à nouveau son secteur aux Anglais, va se reconstituer à Houdain, pour aller relever au secteur de Noulette, deux bataillons du 149ème (2 juin).
Secteur de NOULETTE - Fond BUVAL
Les tranchées sont en piteux état, une odeur épouvantable s'en dégage ; des flancs, des retranchements et des parapets émergent des débris de cadavres que le Régiment va recouvrir de chaux la nuit, car il ne faut pas songer à faire le moindre travail de jour, le plus petit indice d'occupation, déclenchant immédiatement bombardement et fusillade.
Le 5 juin, une attaque opérée en liaison avec le 17ème R.I ne peut progresser. Elle est reprise à 23 heures, mais aussitôt arrêtée. Le bombardement intense par obus de gros calibre nous cause des pertes sérieuses. Le Général commandant la Division, à qui le Régiment vient d'être rattaché pour ces opérations spéciales, ordonne de nouvelles attaques. C'est le Font de Buval , qui doit être le principal objectif. Le Régiment y éprouvera des pertes très sensibles, l'abordera, mais ne pourra s'y maintenir. Tous d'ailleurs y déploieront un entrain et un héroïsme dignes d'éloges, mais la plupart y disparaîtront ou y trouveront une mort glorieuse sans profit appréciable. Entre tous, il faut citer ici le capitaine ROUZADE (19ème Compagnie), qui avant l'assaut qui lui est ordonné, déclare à son chef de Bataillon qu'il peut compter sur sa Compagnie, et tombe à quelques mètres de la tranchée allemande.
Que dire de l'esprit de sacrifice, dont tous, du plus petit au chef, ont fait preuve en ces circonstances, tant au 5ème Bataillon, qu'au Bataillon AMESTOY ; nous ne pouvons relater dans le cadre restreint de cet historique, tous les actes de courage, le nom des morts et des blessés, ni les nombreuses citations qui ont sanctionné leur dévouement, mais nous croyons devoir rendre un hommage collectif à l'entrain, à la bravoure et à l'abnégation de tout ce qui composait alors le 296ème. La 19ème Compagnie fut presque entièrement anéantie, la 18ème y subit des pertes cruelles dont le Capitaine FAURE, blessé, le Sous-lieutenant BOURDON tué.
Privés de leurs chefs, les éléments engagés tourbillonnent sous un feu violent, s'aplatissent dans les trous d'obus.
Ralliés par le Lieutenant BOUNIOL, que nous retrouverons à la tête de la 18ème, pendant toute la campagne, et le Sergent LEYGUEVACQUES, ils effectuent rapidement un barrage de sacs à terre et repoussent efficacement les contre-attaques, pendant qu'à droite, le Bataillon AMESTOY, essaie non moins vainement de progresser.
La nuit, le Capitaine COUVE fait une tentative aussi infructueuse. Le Bataillon POULET reçoit l'ordre, au milieu de la nuit, de reprendre l'attaque.
La section PUJOL, envoyée en reconnaissance, à deux heures du matin, arrive en rampant jusqu'à 30 mètres du Font de Buval, mais est balayée par les grenadiers allemands et ne rejoint nos lignes qu'avec les plus grandes peines. Sur les instances du Commandement, et après plusieurs comptes-rendus téléphoniques, le Colonel Commandant la Brigade prend sur lui de surseoir à toute nouvelle tentative ; indubitablement, tous les éléments qui avaient pu prendre pied dans la tranchée allemande avaient été tués ou faits prisonniers.
Le 7 Juin, l'attaque est reprise à droite par le Bataillon AMESTOY en liaison avec le 17ème R.I ; même bravoure, même insuccès. Le Capitaine COUVE tombe glorieusement et, rapporté dans la tranchée de départ, meurt en disant : " Adieu, ma brave 22ème, vive la France ! ".
Electrisés par son exemple, toutes les fractions disponibles s'élancent en avant.
Nouvelles hécatombes infructueuses. La 22ème avait changé trois fois de chef en 24 heures.
Le 8 Juin, au cours de la relève du régiment, et après la visite du secteur par le Général LOMBARD, qui avait tenu à venir remercier les Chefs de Bataillon, des efforts de tous, le Commandant AMESTOY est blessé, évacué et passe le commandement de son Bataillon au Capitaine FINOT. Il fut fait par la suite officier de la Légion d'Honneur.
Quelques jours de repos à la Fosse 10, puis vers le 17, le Régiment relève le 2ème Mixte de Zouaves et Tirailleurs, au Secteur d'Angres, où au cours de travaux de réfection des tranchées et d'organisation, sous un violent bombardement, il va subir de nouvelles pertes, sans que soient altérés son entrain et sa bonne humeur.
Le 11 Juillet il cantonne à Hersain en réserve de C.A, et le 18, il relève le 281ème en première ligne.
Le Général d'URBAL rendait hommage au Régiment et aux autres unités sous ses ordres, par l'ordre suivant daté du 11 Juillet :
" Le Général Commandant la 10ème Armée, cite à l'Ordre de l'Armée le 21ème Corps d'Armée et les 48èmeet 58ème Divisions qui sous le commandement du Général MAISTRE, ont fait preuve, au cours d'attaques renouvelées, pendant plusieurs semaines consécutives et sous un bombardement intense et continu, de jour et de nuit, de l'artillerie ennemie, d'une ténacité et d'un dévouement au-dessus de tout éloge ".
Juillet et Août se passent dans le même secteur, le Régiment alternant entre les tranchées et les cantonnements, sans cesse bombardés de Bully-Grenay.
Le 22 Août, le Général BOLGERT quitte le commandement de la Division. Fin Août, relevé par le 31ème B.C.P et le 256ème R.I, le Régiment s'embarque pour Beyens et West-Capel.
BELGIQUE
Le Régiment reçoit des renforts, se reconstitue, et pendant un mois s'instruit au camp de Bergues, en prévision de nouvelles luttes ; le 25 Septembre, il s'embarque à Esquelbecq pour l'Artois.
ARTOIS
L'Armée Française préparait alors l'offensive qui devait se déclencher le 25. Le Régiment est en réserve sur les bords de la Scarpe. Du 29 au 4 Octobre, il cantonne à Mareuil, puis monte en secteur aux tranchées de l'Elbe et de la Vistule, améliore les travaux de défense et prépare une attaque en coopération avec le 108ème R.I.
Cette attaque se produit le 11 Octobre ; toutes les unités du 5ème Bataillon, enlevées par leurs chefs, y rivalisent d'entrain et y subissent des pertes assez sérieuses. (Lieutenant DUMAS, Aspirant BALSAN, etc…), mais, en butte à des feux croisés de mitrailleuses, elles ne peuvent guère progresser et sont soumises à un violent bombardement.
Le 30 Octobre le régiment de gauche ayant été violemment attaqué, le 296ème appuie ses contre-attaques. Les éléments de tranchées perdues sont recouvrés.
Tout Novembre et Décembre se passent dans le même secteur, avec quelques combats et quelques pertes. Le début de Décembre est particulièrement pénible à cause de la pluie persistante ; les hommes ont de la boue jusqu'aux genoux, leur ravitaillement est difficilement assuré, mais leur moral reste excellent.
Le 20 Décembre 1915, le Régiment reçoit dans sa composition, le 6ème Bataillon du 280ème et quitte la 58ème Division pour passer à la 152ème avec les 114ème et 125ème R.I.
Il s'instruit alors pendant de longues semaines, et le 28 Janvier 1916, il est passé en revue par le Généralissime, qui remet la Rosette au Commandant FINOT et la Croix de Chevalier au Capitaine LUZZANI.
En février, il est en secteur au Mont Saint Eloi, dans des tranchées bouleversées, soumises à un bombardement continu. La neige se met de la partie, quelques hommes ont les pieds gelés. Cette période pénible se termine le 9 Mars, les Anglais viennent nous relever pour nous permettre de préparer notre participation à la bataille de Verdun.
Le 27 Avril, le Régiment est réuni à Condé-en-Barrois.
Le 5 Mai, enlevé en auto et jeté dans la fournaise, il va prendre sa part glorieuse à la défense de Verdun.
Secteur d'Esnes-MORT-HOMME
Dés le 9 Mai, le Régiment occupe la partie Est du Secteur d'Esnes, jusqu'au ravin de la Hayette, ( Ouvrages de Miramas et de Tarascon).
Sous un bombardement constant, qui cause des pertes sérieuses, avec une ténacité et un moral admirables, par la pluie, il s'évertue à réorganiser des défenses et des abris qui ont disparu, repoussant avec sang-froid toutes les tentatives allemandes, faisant des reconnaissances d'officiers, en avant du front, en liaison avec le 306ème R.I à droite et le 3ème Mixte à gauche.
Le 18 Mai 1916, le 3ème Mixte procède à une attaque qu'appuie à sa droite, le Capitaine BARBIER, avec 7 sections et deux sections de mitrailleuses du 296ème. D'un élan, les Zouaves gagnent leur premier objectif, mais déclanché aussitôt, le barrage allemand coupe toute communication avec l'arrière. Les Zouaves repoussent les contre-attaques violentes qui se produisent et le Capitaine BARBIER coopère à la résistance. Sans interruption, les renforts boches débouchent du village de Béthincourt. Quelque violent que soient leurs efforts sur le 3ème Mixte et particulièrement sur son point de jonction avec le 296ème, toutes les positions enlevées restent entre nos mains. Le 5ème Bataillon, intact quant au moral, mais considérablement réduit quant à l'effectif, est relevé par le 6ème Bataillon sous un bombardement intense qui n'enlève rien de sa bonne humeur.
Le 20, les gaz asphyxiants se mettent de la partie, en particulier sur le Ravin de la Hayette et sur les pentes du Mort-Homme qu'attaquent les Allemands à 14 heures.
Signalons ici la présence d'esprit et le sang-froid du sous-lieutenant VILLEUR, des mitrailleurs, qui, mettant en batterie contre les masses ennemies, sut profiter de la nature crayeuse du sol pour régler admirablement son tir et faire tourbillonner un bataillon ennemi qui se terra et ne put par la suite, progresser que par infiltrations. La 23ème Compagnie l'aida d'ailleurs de ses feux bien dirigés et exécutés avec le même calme qu'au champ de tir.
Cependant les masses allemandes sont en tel nombre qu'elles réussissent à percer le front du régiment voisin dont la liaison reste intacte avec la 20ème Compagnie du 296ème.
Une contre-attaque réussit à les repousser momentanément, mais à 18 heures ils occupent les pentes Ouest du Mort-Homme.
Ordre est donné de contre-attaquer à nouveau, puis presque simultanément, un ordre parvient de faire un crochet défensif ; le 6eme Bataillon fait alors face à l'Est et recherche en progressant à la grenade, la liaison perdue avec le régiment voisin. Le bombardement s'accentue, il continue toute la nuit et une partie de la matinée. Nos pertes sont considérables ; les bas-fonds de la Hayette sont remplis de gaz suffocants ; on ne voit pas à deux pas devant soi, plusieurs d'entre nous subissent un commencement d'asphyxie.
Dans la nuit du 20 au 21, deux de nos mitrailleuses sont brisées par des obus. Malgré toutes les difficultés de la situation, des patrouilles sont envoyées et nous rapportent de précieux renseignements. La tranchée Wailly est complètement rasée et la 23ème se trouve en contact immédiat avec un barrage allemand ; elle n'a plus que 50 hommes, dont beaucoup sont intoxiqués.
A 6 heures, la 20ème Compagnie envoie son dernier compte-rendu relatant qu'une compagnie du régiment voisin a dû reculer d'une centaine de mètres, la 20ème lui a fait passer las grenades dont elle manquait. Le bombardement continue, intense pendant toute la matinée ; nous n'avons plus aucune réserve disponible. A 14 heures, les Allemands mènent une attaque générale sur tout le front du Régiment, avec des effectifs élevés et des lance-flammes. Le lieutenant PERILHOUS qui commande la 23ème réduite à une trentaine d'hommes, fait des prodiges de valeur, mais avec son unité commence à plier, la 22ème la renforce. Le sous-lieutenant WILLEUR qui n'a plus de mitrailleuses déploie tous ses hommes avec les agents de liaison et téléphonistes du Chef de Bataillon. Celui-ci prend le commandement de l'Echelon,et par un feu rapide, bien qu'exécuté par des éléments aussi hétérogènes, parvient à enrayer l'attaque allemande, prise d'autre part sous les feux du 5ème Bataillon. Une contre-attaque exécutée par le Bataillon WILHEM du 3ème Zouaves, d'après les ordres du Lieutenant-colonel DOUCE est dissociée par un violent tir de barrage avant d'avoir pu déboucher.
A gauche, les Allemands ont réussi à percer entre les 18ème et 19ème Compagnies, mais immédiatement en butte à un tir violent du reste du Bataillon (les bons tireurs ont deux fusils qu'ils emploient successivement, tant les canons sont surchauffés), ils tourbillonnent sans pouvoir progresser. La dernière section de la 18ème ayant été refoulée, le lieutenant BOUNIOL qui commande la Compagnie, reprend par deux fois, à la grenade,la tranchée perdue, détruit avec le concours du sous lieutenant MARCHAND, une mitrailleuse ennemie qui a pu s'établir à 30 mètres et tue les porteurs de lance-flammes.
A 16 heures, l'attaque allemande est complètement repoussée de ce côté, mais les 19ème et 20ème Compagnies, déjà réduites considérablement par le bombardement, sont presque complètement détruites malgré leur vive résistance et leur lutte jusqu'à la dernière extrémité ; plutôt mourir que rompre, aussi le Commandant CANTEGRIL fait il connaître qu'il continuera à tenir bien que les troupes qui lui restent soient harassées. Quand, dans la nuit du 21 au 22, son bataillon est relevé, au petit jour, notre ligne était encore solidement tenue.
Nous ne pouvons mieux résumer les faits de ces jours héroïques qu'en relatant les quelques lignes qui terminent pour la circonstance, le Journal de Marche :
" En résumé, dans les journées des 20 et 21 Mai, les 5ème et 6ème Bataillons ont fait preuve d'une ténacité indomptable. "
" Deux Compagnies (19ème et 20ème ) se sont fait écraser sur place plutôt que de reculer,et réduites à quelques poignées d'hommes par un bombardement d'une violence inouïe, elles se sont entièrement sacrifiées pour le maintien du front.
Une Compagnie, la 23ème, réduite à moins de 50 fusils, a repoussé une attaque, s'est fait détruire sur place plutôt que de reculer.
Les 17ème et 18ème , avec un sang-froid remarquable, presque complètement entourées, ont repoussé par des feux intenses une attaque allemande, précédée d'obus suffocants et de flammenwerfer.La 18ème a repris deux fois, à la grenade, la partie de sa tranchée que les Allemands avaient envahie.
Toutes les autres Compagnies n'ont pas bronché sous les bombardements les plus violents, complétés par des gaz suffocants et lacrymogènes, et ont repoussé complètement l'attaque allemande du 21 sur le Bec.

Tout le monde a fait magnifiquement son devoir et le Régiment a donné les preuves manifestes de sa solidité et de sa vaillance. 13 Officiers et 650 soldats, telles sont les pertes de ces deux journées pour les 2 Bataillons et les 2 Compagnies de Mitrailleuses qui ont pris part au combat.
De nombreux actes de courage sont à signaler ".
Deux jours après le Régiment est embarqué pour la Champagne ( La Cheppe et Camp de la Noblette), où il va se reconstituer, tout en occupant de temps à autre un secteur alternant entre les cantonnements de la Ferme du Piémont et de Vadenay.
Le 14 Juin, le lieutenant-colonel DOUCE qui, depuis Octobre 1914, a conduit le Régiment en tant d'engagements, est nommé au commandement de l'I.D.58 ; il ne laisse que des regrets au 296ème.
Il est remplacé le 27 Juin par le Colonel ROBERT.
Le 17 Juin, le Régiment change de secteur et se porte à Perthes- les-Hurlus, secteur relativement calme, qu'il pourra occuper tout en poursuivant sa réorganisation. Les Allemands pourtant ne restent pas inactifs et creusent de nombreux fourneaux de mine sous nos postes d'écoute, procédant à quelques escarmouches, à la grenade surtout, et à quelques attaques restreintes d'ailleurs facilement repoussées et au cours desquelles nous faisons quelques prisonniers, grâce à qui nous obtenons des renseignements.
Le 19 Septembre, le Régiment s'embarque à Mailly, pour la Somme, où il va reprendre un travail plus actif.
SOMME
Enlevé en auto le 6 Octobre de ses cantonnements de Wailly, le 296ème relève le 19 des éléments de la 18ème Division, dans le secteur de Combles ; la relève se fait difficilement par une pluie battante, des routes impraticables, des champs bouleversés par des trous d'obus et simultanément avec une attaque de la 36ème Brigade.
Le 21 Octobre, il prend part à une attaque menée par le 114ème. La 13ème Compagnie (Lieutenant GUILLAUT) progresse de 250 mètres, la 14ème, combattant à la grenade, se porte sur son alignement. Le 6ème Bataillon (Commandant VALLOIS) effectue de nombreuses reconnaissances. Le 22, organisation du terrain conquis. Le 23, nouvelle progression au cours de laquelle les lieutenant CORDIER et ROQUE sont grièvement blessés ; le 4ème Bataillon (Commandant DUCOMBEAU), prend deux mitrailleuses et fait 60 prisonniers. Contre-attaqué par des effectifs supérieurs, le 6ème Bataillon résiste héroïquement, mais ne peut maintenir sa liaison avec le Régiment voisin (105ème), dont la progression a été retardée par de violents feux de mitrailleuses.
La 23ème (lieutenant SIGNOLES), progresse pendant quelques temps à la grenade, puis tombant sous le feu de nids de mitrailleuses, est obligée de regagner ses tranchées de départ. Deux fois blessé, commandant quand même, le lieutenant SIGNOLES trouve là une mort glorieuse. Malgré des efforts persévérants, la 22ème (Compagnie VERDIER) ne parvient pas à progresser.
Le 24, le 4ème Bataillon a nettoyé les abords et mis en état la tranchée de Ludja.
Dans la nuit du 25 au 26, pendant que se fait la relève du bataillon DUCOMBEAU par une unité du 114ème , le bataillon CANTEGRIL établit une tranchée continue assurant la position en avant de la tranchée de Tours et exécute de nombreuses patrouilles qui font connaître que cette tranchée est fortement occupée. Le 26, à la pointe du jour, la 18ème ,(Compagnie BOUNIOL), repousse une forte reconnaissance allemande, et le 27, progresse à la grenade dans le boyau de Pilsen. Ce bataillon est aussi relevé le 29 Octobre.
Rentré en secteur le 31 Octobre, le Régiment organise des parallèles de départ en prévision d'une attaque qui a eu lieu le 2 Novembre ; le 4ème bataillon y fait preuve d'un mordant admirable ; à 14 heures tous les objectifs étaient atteints, les 13ème et14ème Compagnies avaient enlevé une mitrailleuse et fait 117 prisonniers dont 3 officiers et deux aspirants.
Le Lieutenant-colonel d'OLCE du 114ème, en renvoyant le 4ème Bataillon au Colonel ROBERT, lui écrivait :
" En vous renvoyant votre quatrième Bataillon, je tiens à vous dire combien j'ai été satisfait de lui pendant quelques jours. Ce Bataillon a enlevé avec brio l'ouvrage 9800, fait de nombreux prisonniers et fourni, malgré sa fatigue, un travail considérable sur les lignes conquises.
" Officiers et soldats ont rivalisé de zèle et de dévouement et je me permets de vous demander d'accueillir avec bienveillance les demandes de récompenses que vous adressera le Commandant DUCOMBEAU.
" Quant au Commandant, il a conçu et exécuté avec intelligence et entrain l'enlèvement de l'ouvrage 9800, et obtenu de son Bataillon un prodigieux effort pour porter nos lignes jusqu'à l'objectif final de la Division.
Il mérite une récompense. "
Envoyé au repos à Aubigny, le Régiment y reste jusqu'au 20 Novembre, puis occupe à nouveau le secteur de Combes.. Au cours de la relève de la 152ème Division par les Anglais, le 4 Décembre, une attaque allemande se produit et reste sans résultats, grâce à la présence d'esprit du sergent BOUDARD, qui ayant eu ses deux mitrailleuses hors service, déploya tous ses hommes avec leurs mousquetons, sur les banquettes et repoussa l'ennemi qui laissa six mort devant lui.
Impuissant ensuite à se faire comprendre des Anglais, il ne pût jamais remettre la main sur ses pièces.
Le Régiment va se reconstituer, dans la région de Saleur Salsuel, d'abord, puis à Seux, où il reste jusqu'à la fin de l'année.
Le 7 Janvier 1917, il passe de la 152ème à la 169ème D.I, (8ème C.A) et va se cantonner à Morvillers-Orival.
La 169èmè D.I se constitue dans la région, sous les ordres du Général SEROT-ALMERIS-LATOUR ; elle comprend les 13ème ,29ème et 296ème R.I ; son Infanterie divisionnaire est sous les ordres du Colonel LECOMTE Denis, qui présida aux destinées du Régiment en Alsace et à Vermelles.
Le 23 Janvier, embarquement à Grandvilliers et le 24 débarquement à Ste-Menehould.
CHAMPAGNE
Dès le 25, le Régiment occupe le secteur de Massiges-Ouest, dont le Colonel ROBERT prend le commandement et qu'il faut remettre en état car ses tranchées sont délabrées. L'artillerie allemande, mine et crapouillots de tous calibres gênent les travaux ; les cantonnements de Dammartin, sont eux-mêmes bombardés.
La situation se prolonge ainsi jusqu'à la mi-février, les bataillons se relevant dans les tranchées. Le 15 Février, l'artillerie allemande est plus active, et l'ennemi déclanche une attaque sur le Régiment voisin qui cède un peu de terrain. Le 296ème consolide ses liaisons ; les 15ème et 18ème Compagnies renforcent nos mitrailleurs qui infligent à l'ennemi des pertes sérieuses et le refoulent vers l'Ouest.
Relevé le 28 Février, le Régiment organise une nouvelle ligne de résistance qui est terminée le 10 Mars ; les travaux alternant avec la garde aux tranchées dans le secteur redevenu calme ; les groupes francs exécutent de nombreuses reconnaissances ; le groupe CHANIAC surprend le 28 Mars, un petit poste allemand dont il tue ou blesse tous les guetteurs.
Le 3 Avril le Régiment est relevé, et après une série de déplacements, cantonne à partir du 6 dans la région d'Aulnay-Champigneul, où il prend les exercices de détails.
Le 18 Avril, il se trouve à Sept-Saux ; il va bientôt participer à la nouvelle offensive de Champagne.
Sept-Saux est continuellement bombardé ; le 21 Avril, le chef d'escadron CAUSSE, adjoint au Colonel, est tué par un obus. Le 24, on procède à la reconnaissance du secteurs des Marquises, que le 296ème occupe le 26, encadré par les 47ème R.I et par les 288ème R.I.T ; le 27, préparation de la parallèle de départ pour l'attaque qui doit avoir lieu incessemment ; nos lignes subissent un bombardement ininterrompu, occasionnant quelques pertes dans les 17ème et 18ème Compagnies.
Bataille de MORONVILLERS
Le 30 Avril, le 5ème Bataillon doit mener l'attaque, renforcé par la 21ème Compagnie et une section de la 6ème C.M. Dès 6 heures du matin, le Colonel ROBERT est grièvement blessé par un obus en sortant de son P.C. A l'heure H, midi quarante, les premières vagues sortent en ordre, suivies de près par le gros des 3 Compagnies d'assaut qui se précipitent en avant avec un entrain et un enthousiasme admirables. En 5 minutes, les réseaux sont franchis, la progression est foudroyante, tout ce qui résiste est tué ou fait prisonnier. Les objectifs assignés sont atteints.
Mais à notre droite, le 14ème arrêté par des nids de mitrailleuses, ne peut progresser. La 17ème Compagnie est contrainte de fléchir pour maintenir la liaison et parer à une contre-attaque possible. La 18ème Compagnie (Lieutenant BOUNIOL) a continué sa marche. A la nuit, le régiment reste sur les positions conquises, 17ème et 18ème en avant, 21ème dans le boyau jusqu'à la tranchée ennemie, la 19ème dans la tranchée Skoda, qu'elle retourne et organise avec le concours de la 5ème C.M. Nous avons fait 110 prisonniers dont 2 officiers. Contre-attaquée à la grenade, la brave 18ème repousse l'assaillant. Le bombardement boche se fait plus intense, particulièrement sur nos arrières, où un dépôt de munitions explose ; un dépôt de vivres est également anéanti. Des munitions sont demandées en urgence.
Le 1er Mai, le 47ème s'étant légèrement reporté en arrière pour permettre une nouvelle préparation d'artillerie, a laissé notre droite un peu en l'air ; un trou existe entre le Régiment et lui. Vers midi, les Allemands en profitent pour lancer une contre-attaque ; les 21ème,17èmeet 18ème sont tout particulièrement visées ; la 19ème en réserve, à la tranchée Skoda, se porte en avant pour arrêter l'élan ennemi. Le Boche reçoit des renforts ; le 296ème résiste toujours ; notre 13ème Compagnie vient à la rescousse, et par une attaque à la baïonnette, le Lieutenant GUILLAUT qui la commande, repousse l'assaillant qui ne se replie dans sa tranchée de départ que pour lancer une nouvelle contre-attaque.
La situation du Régiment, privé de munitions du fait de l'explosion de son dépôt, devient critique, quelque zèle qu'aient mis les territoriaux à monter des grenades la nuit.
La lutte se poursuit corps à corps, ardente des deux côtés ; les nôtres ne veulent pas lâcher prise sous le nombre ; des faits sublimes de bravoure individuels et collectifs, consacrent leur vaillance tant de fois éprouvée ; ils ont tombé la capote et luttent en bras de chemise, défendant le terrain jusqu'à la dernière grenade. En vain, la 22ème cherche à venir renforcer la première ligne ; prise sous un violent tir de barrage, elle ne peut progresser. Entraînée par le Capitaine HICKEL, qui marche en tête, la 14ème réussit à apporter des grenades à la 13ème, mais la pression de l'ennemi, continuellement alimenté par des troupes fraîches, devient telle que nos unités pied à pied, se replient sur la tranchée Skoda, afin de rétablir la liaison avec le 47ème.
Nos pertes sont très sérieuses, quels qu'aient pu être leur abnégation et leur dévouement ; toutes nos unités sont terriblement éprouvées. La 18ème Compagnie, Capitaine BOUNIOL, a perdu tous ses chefs de section ; la 22ème et la 23ème ont laissé de nombreux combattants sur le terrain.
La nouvelle de la mort du Colonel ROBERT, blessé le 30 et fait Commandeur de la Légion d'Honneur, se répand dans le Régiment et provoque la consternation générale, tant ce chef brave et bienveillant s'était fait aimer. Le Régiment est en deuil ; ceux qui restent n'en sont que plus décidés à tenir le terrain acquis quelque longue que soit la liste des tués, blessés et disparus.
Dans la nuit du 1 au 2, le 4ème Bataillon relève le 5ème, et organise les nouvelles positions dans la journée du 2 ; les grenadiers de la 15ème repoussent une patrouille allemande. Le bombardement continue intense de part et d'autre, l'artillerie ennemie s'attachant surtout à anéantir nos communications avec l'arrière. Les banquettes de tir sont retournées, des défenses accessoires poussées en avant.
La nuit du 2 au 3, les 22ème et 23ème Compagnies parviennent à s'emparer de points particulièrement délicats pour notre sécurité ; des barrages sont immédiatement établis, des antennes poussées, des petits postes posés. Le Commandant SCHNEIDER anime tout son monde de son ardeur, et le soir du 3 Mai, grâce à son ascendant et à son énergie, le Régiment est à nouveau solidement établi.
Du 4 au 10 Mai, sans interruption de bombardement, les travaux d'organisation continuent. Le 11 Mai, l'aviation ennemie est particulièrement active. Enfin, le 16, le Régiment épuisé, est relevé et va se cantonner à Isse Ambonney d'où il se rend le 21 Mai, dans la région d'Elise-Daucourt Verrières, où le Général commandant le C.A, vient le passer en revue et lui remettre les nombreuses récompenses qu'il a si bien méritées.
Le 31 Mai, dans la soirée, il rentre en secteur, le Colonel DARDENNE en prend le commandement (secteur Condé, Nord de la Harazée). Il y reste en Juin et Juillet, faisant de nombreuses patrouilles et quelques prisonniers. Le 25 Juin, un petit poste de la 18ème repousse à la grenade une forte reconnaissance ennemie, le Soldat LEFEVRE s'empare du sous-officier qui la commandait.
Le 12 Juillet le Commandant SCHNEIDER est blessé par une torpille allemande au cours d'une reconnaissance en première ligne.
Le Régiment continue à occuper cette partie de l'Argonne, jusqu'à ce que, dissous en novembre, ses éléments soient versés dans les Corps de la 60ème Division,(202ème -225ème ), où tous ses combattants, officiers et hommes de troupe, iront continuer ses traditions et faire preuve à nouveau du courage, de l'abnégation et du mépris du danger qui les a toujours caractérisés.
Le Régiment n'est plus ; son drapeau reste au Régiment actif, symbole de la valeur déployée sous ses plis, valeur attestée par ses pertes nombreuses, comme aussi par les récompenses qui l'ont sanctionnée ; tous ceux qui lui ont appartenu peuvent être fiers de ses exploits, son drapeau restera pour les générations futures le symbole du sacrifice noblement consenti par tous ceux qui, morts ou vivants,ont à son ombre, payé de leur sang, de leur vie ou de leurs souffrances, la victoire sur la Barbarie.
Béziers, le 30 Juin 1920.
Le Lieutenant-colonel POULET, Commandant le 96ème R.I.

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