HISTORIQUE du 23e RÉGIMENT INFANTERIE COLONIALE

Anonyme, Imp BERGER-LEVRAULT

 

Parti de Paris, le 7 août 1914, après la mobilisation générale, le régiment, sous le commandement du colonel NÉPLE, marche à l'ennemi. Son effectif de départ comprend 67 officiers et 3126 hommes de troupe. De Revigny où le régiment fut transporté par voie ferrée, il se porte dans la direction de Neufchâteau (Belgique), par étapes de 25 à 30 kilomètres. La frontière belge est franchie à Flagny, à 3H35, le 21 août 1914. Le premier contact avec des éléments de cavalerie ennemie (1er régiment de uhlans) est pris dans le village de Gérouville que l'ennemi évacue de même que les villages de Jamoigne-les-Buttes et Rampongel. D'après les renseignements verbaux recueillis, des détachements ennemis couvrent des transports de troupe dans la région de Neufchâteau, vers le nord-ouest. Le régiment ayant pour mission de couvrir le CAC, continue sa marche offensive vers Neufchâteau, précédé d'un peloton du 6e dragons.

Le régiment est arrêté aux abords du village, d'abord par une fusillade peu nourrie, laissant croire à une faible occupation, puis par des feux très meurtriers, arrêtant net toutes les tentatives d'enlèvement de la position. Il devient évident que l'ennemi occupe depuis longtemps cette position, qu'il a repéré les distances de tir et pris toutes ses dispositions pour nous recevoir. Tous les cheminements utilisables sont pris sous les feux meurtriers de leurs mitrailleuses. Néanmoins, et malgré les lourdes pertes subies à chacune des tentatives d'assaut, la progression se fait jusque sur la première ligne ennemie, mais les éléments qui y arrivent, la plupart sans officiers, sont tellement affaiblis que l'occupation en est très difficile. Les unités disloquées et mélangées luttent péniblement pour la conservation du terrain conquis.

Le colonel NEPLE est blessé mortellement pendant l'action.

Du 23 août au 5 septembre, le régiment, sous le commandement du lieutenant-colonel MAILLARD, suit le repli de l'armée, il se trouve occuper, le 6 au matin, en formation de combat, la position comprise entre le chemin de Thieblemont à Écriennes et le canal de Vitry à Saint-Dizier.

Le régiment reçoit là le choc de l'ennemi; sous l'energique impulsion du lieutenant-colonel MAILLARD, pas un pouce de terrain n'est cédé. Bien au contraire, le régiment progresse lentement, soumis à un feu violent d'artillerie.

Des mitrailleuses ennemies en position sur une péniche du canal prennent d'enfilade nos tirailleurs et causent de grandes pertes.

Le 1er bataillon, avec lequel marche le lieutenant-colonel et le drapeau déployé, enlève d'assaut les fermes de Tournay, occupées très fortement.

Du 7 au 11, le régiment très décimé devient réserve d'armée. Il reprend, le 12 au matin, le contact avec l'ennemi en retraite. La poursuite continue jusqu'au 14, au nord-ouest de Ville-sur-Tourbe. Le 25, le 23e reçoit la mission d'enlever le bois de Ville, fortement tenu par l'ennemi, de même que toutes les crêtes au nord. Au prix de très fortes pertes, la vallée de la Tourbe, battue très efficacement par l'artillerie adverse, est traversée et le régiment aborde les lisières du bois. La progression, pied à pied, continue dans le bois, la lutte est acharnée, mais le régiment refoule complètement l'ennemi et s'installe aux lisières nord du bois, essayant même de progresser au delà des lisières. Malgré les violents efforts de l'adversaire, toutes les tentatives de celui-ci pour nous chasser de la position sont repoussées.

Le 16 septembre, le régiment très éprouvé reçoit l'ordre de progresser; chacune des tentatives se trouve arrêtée net par le tir très précis et excessivement efficace de l'artillerie adverse. A la nuit, le régiment peut progresser légèrement vers le nord-ouest.

Le 17 et le 18, la situation n'est pas modifiée, plusieurs tentatives sont faites, mais toutes sont arrêtées par un tir toujours très précis de l'artillerie ennemie.

Le 18 au soir, ordre est donné de s'établir sur la position, un bataillon occupant le bois de Ville, les deux autres aux lisières nord du bois d'Hauzy.

Jusqu'au 28 septembre, la position est organisée défensivement. Les 28 et 29, l'ennemi tente, après de violents bombardements, de nous chasser de nos positions; toutes ses tentatives sont repoussées.

Le 23 octobre, après quelques tentatives infructueuses, le village de Melzicourt est enlevé à la baïonnette et organisé.

Le 11 décembre, le 1er bataillon, mis à la disposition du 91e d'infanterie, reçoit l'ordre d'enlever les retranchements allemands au nord de la Harasse en Argonne. L'attaque est menée par les seules troupes coloniales (23e, 1er bataillon, 7e, 1er bataillon).

Les 1re et 2e compagnies franchissent les parapets à 7h15, et progressent à travers les abatis, mais, tout à coup, elles sont arrêtées net par un feu très meurtrier de mousqueterie et de mitrailleuses. A deux reprises, sous l'énergique impulsion des capitaines TRIOL et BORDANT, ces unités parviennent jusqu'aux défenses ennemies intactes et sont rejetées par un feu à bout portant. Les pertes sont effrayantes; les compagnies décimées, sans cadres, tous les officiers étant tombés, s'accrochent néanmoins au terrain. A 7H35, la 3e compagnie reçoit pour mission de soutenir les deux compagnies engagées. Les hommes sont admirables d'entrain ; après avoir assisté à l'anéantissement des deux compagnies précédentes, ils s'élancent entrainés par le capitaine DUPONT, le premier debout sur les parapets. En 40 mètres, la compagnie, prise sous un feu d'enfilade de mitrailleuses, est détruite presque entièrement. L'effort nécessaire ne peut se produire, les éléments des trois compagnies sont contraints, devant les défenses intactes, de se replier.

Dans la nuit du 4 au 5 février, les 2e et 3e bataillons reçoivent l'ordre d'occuper et de résister sur les crêtes au nord de Massiges que l'ennemi, après une violente attaque, a enlevées en partie à l'unité que le régiment vient de relever.

Le 5, après un bombardement inouï, l'ennemi tente une attaque sur les positions défendues par le régiment. Il en est rejeté; mais le 23e subit de très lourdes pertes; les cadres, sont mis hors de combat, les unités complètement disloquées s'accrochent au terrain presque entièrement nivelé par le bombardement qui a repris; pas un pouce de terrain n'est cédé à l'adversaire.

Pendant les jours qui suivent, l'état précaire des lignes de défense rend la situation du régiment extrêmement pénible. Du fait de la possession des crêtes, l'artillerie ennemie a toute facilité pour régler son tir qui est extrêmement précis. Avant de songer à créer des abris, il faut s'employer, chaque nuit, à réparer les tranchées bouleversées. Le moral se maintient pourtant excellent, devant l'impuissance de l'ennemi à renouveler son offensive.

Jusqu'au 18 mai 1915, le 23e RIC occupe soit le secteur de Ville-sur-Tourbe, soit, et surtout, le secteur du bois d'Hauzy, où il alterne avec le 21e RIC. De courtes périodes de repos sont accordées au régiment dans le village de Dommartin-sous-Hans.

Le 1er juin, le 23e RIC embarque à Sainte-Menehould et débarque à Emerville, au nord-ouest de Villers-Cotterêts.

Le 6, il est à Berneuil-sur-Aisne, en réserve, .comme toute la 3e DIC, tandis qu'une offensive a lieu dans la région du vallon de Touvent. Après avoir bivouaqué dans la forêt de Laigue, près de Saint-Crépin-aux-Bois, puis cantonné à Pierrefonds, le régiment y embarque du 14 au 15 juin, et débarque à Longpré-les-Corps-Saints (Somme). Transporté en camions, dans la région sud-est de Doullens, le régiment séjourne dans les villages de Sombrin et de Warluzel du 18 juin au 5 juillet. Le CAC qui a pris l'appellation de 1er CAC est rattaché à la Xe armée (D'URBAL). Il est en réserve en vue des offensives qui se déroulent à l'est d'Arras.

Du 5 au 13 juillet, le régiment stationne à Crenas et à Halloy, à l'est de Doullens. Les premiers départs des permissionnaires ont lieu pendant cette période. Du 15 au 16, il s'embarque aux abords d'Amiens, à destination de la Champagne. Le 1er CAC est passé à la IVe armée (DE LANGLE DE CARRY). 

Le régiment débarque à Épernay et cantonne à Ay. Le 22 juillet, il est transporté en chemin de fer d'Oiry à Mourmelon-le-Petit et va bivouaquer dans le camp de Châlons où sont exécutés de nuit des travaux de terrassement. Transporté le 31, à Valmy, le régiment retourne dans ses anciens cantonnements de Dommartin-sous-Hans. Le 11 août, le 23e RIC relève le 61e RI (XVe corps), dans le sous-secteur de Massiges-Virginy. La tâche des unités consiste à aménager le terrain, premières lignes et arrières, en vue d'une offensive d'ensemble qui peut être déclenchée dès les premiers jours de septembre. Relevé par le 21e RIC, le 23e RIC creuse des boyau, du 3 au 15 septembre, dans la région de Dommartin, puis retourne dans le sous-secteur de Massiges-Virginy, où les travaux offensifs sont poussés avec une grande activité. L'ennemi cherche en vain à les arrêter par des tirs nourris de mitrailleuses et des rafales de 77. Il réussit cependant à nous causer, quelques pertes.

Dans la nuit du 24 au 25 septembre, le régiment prend ses emplacements d'attaque. Le 2e bataillon (commandant MARTELLY) avec la section de mitrailleuses BRENUDAT, le 3e bataillon (capitaine DAVID) avec la compagnie de mitrailleuses du capitaine RELET, occupent les parallèles de départ. Le 1er bataillon (commandant DORE) se rassemble à Virginy. L'attaque est déclenchée à 9H15. Le régiment a pour objectif la cote 191 de la Main de Massiges. Les bataillons d'assaut (2e et 3e), formés en quatre vagues, s'élancent sur les pentes sud de la position, dans un ordre parfait, comme pour une parade. La première vague n'a pas parcouru 50 metres qu'elle se trouve prise sous un feu violent de mousqueterie et de mitrailleuses, les autres vagues sont prises sous le feu de l'artillerie qui va en augmentant d'intensité. Aucun arrêt n'est marqué, les compagnies vigoureusement entraînées par leurs officiers continuent la progression, malgré les pertes qui commencent à devenir très sérieuses.

Des mitrailleuses, de tous côtés sur le sommet de la position entrent en action, une casemate dans laquelle se trouvent un canon tirant à mitraille et plusieurs mitrailleuses se révèle. Tout ce qui progresse sur les terre-pleins est littéralement fauché; les éléments ayant déjà, dans le premier bond, franchi la crête, sont pris sur le versant nord, sous des feux violent partant d'un plateau situé au nord-ouest de la position. Les pertes sont extrêmement élevées; presque tous les officiers sont tombés, les unités sont complètement mélangées. La situation devient très critique; l'ennemi contre-attaque; nos munitions sont presque épuisées, nos sections de mitrailleuses complètement anéanties. La casemate dont les pièces n'ont pu être réduites au silence coupe notre liaison avec l'arrière.

Le lieutenant-colonel MONHOVEN est blessé au moment où il rallie plusieurs groupes pour faire face à la contre-attaque. Une série de combats acharnés, au corps à corps, sont livrés pour enrayer l'avance ennemie, après l'épuisement, de nos munitions. Les hommes, pleins d'entrain, s'ingénient, à rechercher toutes les réserves de grenades abandonnées par l'adversaire et, ce sont celles-ci qui permettent d'arrêter sa progression.

Le 1er bataillon en réserve envoie deux compagnies en soutien qui ont à franchir un barrage très serré d'artillerie. Néanmoins, ces deux compagnies parviennent jusqu'à la ligne de feu et avec les éléments des deux autres bataillons réussissent à rejeter encore deux contre-attaques. La nuit ayant permis l'organisation rapide du terrain conquis, le groupement des unités décimées, le ravitaillement en munitions et la mise en état de quelques mitrailleuses, le régiment, dont les hommes sont admirables d'énergie et, d'entrain, repousse, dans la matinée du 26, deux très puissantes contre-attaques. Au cours de la journée et jusqu'au 1er octobre, le régiment continue sa progression vers le Nord, par des combats acharnés à la grenade, la totalité de la position, premier objectif du régiment, est entre nos mains.

Les jours suivants sont consacrés à l'organisation de la position. Dans la nuit du 9 au 10 octobre, le régiment, réduit à 2 bataillons (bataillon DUPONT (1er) et bataillon DAVID (2e et 3e)), est relevé par des éléments des groupes légers des 6e et 8e divisions de cavalerie. Transporté en camions de Courtemont à Verrières (sud de Sainte-Menehould), le régiment se reconstitue dans ce village, sous le commandement du lieutenant-colonel CAMBAY.

Revenu à Dommartin-sous-Hans le 18 octobre, le régiment relève le 3e RIC, le 23 octobre, dans le sous-secteur ouest de Massiges où il alterne avec ce régiment jusqu'au 28 novembre date à laquelle le 23e RIC est relevé par le 142e RI. Au cours d'une période de repos dans la région de Givry-en-Argonne, le régiment est passé en revue le 7 décembre par le général BERDOULAT, commandant le CA qui décore de la croix de guerre notre drapeau.

Du 17 au 18 décembre le régiment est transporté en chemin de fer dans la région de Meaux, et va cantonner à Monthyon, Bercy et Saint-Soupplet. Il se déplace du 6 au 12 janvier 1916 à destination du camp de Crèvecoeur (Oise), pour faire de l'instruction. Plusieurs manoeuvres de division ont lieu en présence du général PÉTAIN, commandant la IIe armée et du général FOCH commandant le groupe d'armées du Nord.

Parti du camp de Crèvecoeur le 28 janvier, le régiment occupe des positions dans le secteur de Foucaucourt, le 14 février. Le 2 mars, le lieutenant-colonel commandant le régiment prend le commandement de la subdivision de Dompierre. La première ligne est à peu près impraticable, les boyaux sont remplis de boue. Le 12 mars, deux compagnies du 22e RIC et une compagnie du 14e RIT viennent coopérer à la remise en état des communications. Le 24 avril, le 23e RIC est relevé par le 24e RIC et occupe, le 26 avril, les cantonnements de Framerville et de Rosières. Jusqu'au 12 mai, le régiment participe, de jour et de nuit, à l'aménagement du secteur de la 16e DIC. Après un séjour dans les cantonnements d' Harbonnières, de Framerville et de Proyart, le 23e RIC relève, dans le secteur de Foucaucourt (région du bois Commun); le 7e RIC le 25 mai. Le régiment est relevé, le 3 juin, par le 265e RI, mais, dès le 4 juin, relève le 8e RIC dans la subdivision de Dompierre.

Une attaque à laquelle prendra part le 1er CAC doit se produire au plus tard au début de juillet.

L'organisation offensive comporte la construction de nombreux abris de bombardement, de boyaux d'accès et d'évacuation, de parallèles de départ, de gradins de franchissement, d'observatoires et de PC de combat. Ces travaux sont malheureusement contrariés par un mauvais temps persistant. Les bataillons se relèvent tous les six jours. Le bataillon de réserve est cantonné à Chuignes.

La préparation d'artillerie commence le 24 juin

Relevé ce jour par le 21 RIC, le régiment va exécuter des exercices de liaison, notamment avec avion, au camp 63 près Lamotte-en-Santerre et occupe son secteur d'attaque le 27 juin.

Le 28, le général CADEL, commandant la 3e DIC, est grièvement blessé. Le général PUYPEROUX prend le commandement de la division.

L'attaque est déclenchée le 1er juillet. Au cours des journées précédentes, de nombreuses patrouilles, même en plein jour, ont vérifié l'achèvement des destructions. Le régiment a pour premier objectif les villages de Dompierre et de Becquincourt. Le deuxième objectif est la seconde position allemande, éloignée de la première d'environ 2 kilomètres et formant courtine entre les villages d'Herbécourt et d'Assevillers. L'attaque est menée par les 1er et 2e bataillons formés en quatre vagues d'assaut.

A 9H30, la première vague franchit les parapets et, dans un ordre parfait, s'élance sur la position ennemie. Ne subissant que de faibles pertes, cette vague, suivie par la 2e et la 3e, occupe les premières lignes ennemies, puis s'empare du village de Dompierre, en totalité. La progression vers Becquincourt continue, les hommes sont merveilleux d'entrain, tous les mouvements d'unités sont exécutés comme à une parade. Le second village est enlevé et aussitôt organisé. L'artillerie

continue à concentrer son feu sur la seconde position ennemie. A 15 heures, le régiment, dont toutes les unités sont bien en mains de leurs chefs respectifs, reprend sa progression; puis, sous un feu violent de mousqueterie et de mitrailleuses, il continue sa marche en bon ordre. A 300 mètres de la position, la progression se fait par bonds; les unités de tête parviennent à s'infiltrer, malgré le feu nourri de l'adversaire. A 19 heures, le régiment est maître de la position. Des barrages sont établis au nord et au sud, les régiments voisins n'étant pas parvenus sur le second objectif dans cette première journée. Les contre-attaques pendant la nuit et la matinée du 2 juillet sont aisément repoussées. A 13h30, l'ennemi débouchant de Flaucourt en petites colonnes à travers champ, se porte à l'attaque de nos positions. Notre feu de mousqueterie et de mitrailleuses très meurtrier n'empêche pas cependant l'ennemi de progresser au nord et au sud, il redouble d'efforts pour déborder nos barrages; la situation devient critique. Une contre-attaque à la baïonnette sur le terre plein est exécutée, le capitaine DEFER et le lieutenant LOUIT, devant le danger, se sont élancés les premiers, entraînant vigoureusement leurs hommes; le premier est blessé grièvement, le second est tué dans un corps à corps. L'attaque est repoussée, le tir, maintenant très précis de notre artillerie, achève la déroute de l'adversaire. Nos pertes sont assez sérieuses à la suite de cette attaque.

Le 3 juillet, à 9 Heures, le régiment pousse sur Flaucourt, couvert par de fortes reconnaissances, les compagnies en petites colonnes, par échelons. Le village est organisé, 200 prisonniers sont faits. Dans la soirée, le lieutenant-colonel CAMBAY ayant été blessé accidentellement par l'éclatement d'une grenade, le chef de bataillon JOUANNETAUD prend le commandement du régiment.

Le 4 juillet, des éléments sont poussés vers le sud-est, face à Barleux, et s'y installent en grand'garde, permettant la progression des unités en liaison au sud.

Le 5, le régiment assez éprouvé est relevé sur ses positions et va cantonner à Proyart.

Le 12 juillet, les 4e, 8e et 12e compagnies sont retirées du régiment pour la constitution du « dépôt divisionnaire ».

Revenu, le 13 juillet, dans les tranchées de la région de Dompierre, le régiment relève le 21e RIC dans la nuit du 16 au 17 et occupe la position en vue de la prochaine attaque.

Le 20 juillet, le 23e reçoit pour mission d'enlever les organisations défensives de l'ennemi au sud de Barleux. L'attaque est menée par les 1er et 3e bataillons, lesquels ne possèdent plus que 3 compagnies, quoique ayant un front d'attaque très étendu. Les première et seconde vagues franchissent la première tranchée ennemie (tranchée de la Jonction). Le bataillon sud continue sa progression, le bataillon nord est arrêté net. Des îlots de résistance se sont formés et l'ennemi commence une fusillade très nourrie sur la troisième vague qui franchit les parapets, plusieurs mitrailleuses entrent également en action et arrêtent net la progression. L'ennemi garnit de nouveau vers le sud sa tranchée de première ligne; les deux premières vagues sont complètement isolées du régiment. Tous les agents de liaison envoyés pour recueillir des renseignements sur les unités engagées sont tués avant d'avoir pu accomplir leur mission. A 8H15, une violente contre-attaque précédée d'un très violent bombardement tente de nous chasser de la position. Grâce à la bravoure des mitrailleurs de la CM3 (lieutenant ABELS), la contre-attaque est repoussée, mais non sans de très fortes pertes.

La lutte continue acharnée à la grenade, tous les approvisionnements trouvés sur la position sont utilisés en attendant le ravitaillement très lent, par suite d'un bombardement d'une violence inouïe. Les unités en liaison avec le régiment au nord et au sud ne pouvant avancer, il est impossible de continuer la progression devant la résistance de l'ennemi qui n'a pas souffert de notre bombardement préparatoire et dont l'artillerie contrebat très efficacement la nôtre. Le régiment est très éprouvé. Le 3e bataillon qui a été presque complètement anéanti est relevé dans la nuit par un bataillon du 21e RIC. Les 1er et 2e bataillons sont relevés dans la nuit du 21 au 22 par le 272 RI. Le régiment vient bivouaquer au bois Vierge, au bois Sans et au bois Signal et se reconstitue.

Le 26 juillet, le lieutenant-colonel DESCLAUX prend le commandement du régiment.

Le 4 août, le régiment occupe les cantonnements de Warfusée-Anbancourt.

Le 8, il est transporté en camions dans la région de Formerie (Seine-Inférieure). Un déplacement dans les mêmes conditions a lieu le 14. Le régiment occupe, les villages de La Neuville-en-Hez et de La Rue-Saint-Pierre.

Le colonel VANWAETERMEULEN commandant la 5e brigade passe en revue le régiment, le 24 août, et décore les militaires cités à la suite des affaires de juillet.

Du 25 au 26 août, le régiment embarque en gare de Clermont. Il débarque, le 27, dans la région du camp de Châlons et cantonne aux Grandes-Loges, à la Veuve et au camp de l'Ermitage.

Le 21, il relève le 32e RI (IXe CA), dans le secteur désigné par la suite sous le nom de « Quartier de la Bonne Auberge », à l'ouest de la route de Souain à la ferme Navarin. C'est un secteur tranquille. Il est occupé par deux bataillons, le 3e en réserve cantonne au camp de la ferme Piémont.

Le 18 septembre, l'ennemi tente sans succès un coup de main sur les tranchées du Chapeau de Gendarme, formant saillants sur la première ligne du bataillon de gauche.

Du 7 au 8 octobre, le régiment est relevé par des éléments de la 1re DI (71e et 11e RI) et réoccupe jusqu'au 27 les cantonnements des Grandes-Loges, de la Veuve et du camp de l'Ermitage.

Le 28, il s'embarque à Cuperly, débarque le lendemain à Grandvilliers (Oise), et s'installe dans les villages voisins (Halloy, Petit-Halloy, Briot ,Thieulloy-Saint-Antoine, ce dernier remplacé bientôt par Briot-la-Grange et Écatelet). L'instruction est reprise, notamment celle des spécialités.

Du 24 novembre au 4 décembre, le régiment fait mouvement pour se porter dans la région de Montdidier. Le trajet, jusqu'à Guerdigny, est parcouru en cinq étapes, avec un arrêt de six jours (27 novembre au 3 décembre), dans les cantonnements de Méry, Lataule, Belloy et fermes voisines (ouest de Ressons-sur-Matz).

Dans la nuit du 4 au 5 décembre, le régiment relève le 281e RI (58e DI), dans le quartier d'Erches. L'ennemi occupe devant nos lignes le village d'Andéchy. Le séjour en secteur se poursuit jusqu'à la fin de l'année 1916, sans qu'aucune opération importante ne soit tentée de part et d'autre.

Dans la nuit du 25 au 26 décembre, le soldat DELAY, de la 10e compagnie, réussit à arrêter trois prisonniers allemands évadés au moment où ils allaient franchir notre réseau pour regagner leurs lignes.

Du 1er au 2 janvier 1917, les 2e et 3e bataillons sont relevés par le 307e RI et se portent à Fescamps et Remaugies, tandis que le 1er bataillon, qui se trouvait au repos à Guerbigny, relève les unités du 41e RIC., dans le quartier de la Courtine, dont le lieutenant-colonel commandant le régiment prend le commandement. Le PC se trouve dans le parc du château de Tilloloy. Les bataillons du régiment séjournent successivement dans ce quartier jusqu'au 26 janvier. Après la relève qui est effectuée par des éléments du 8e régiment de zouaves, le 23e RIC occupe les camps B et 44, entre Fescamps et Boulogne-la-Grasse.

Jusqu'au 3 mars, le régiment participe à l'organisation du secteur d'attaque qui lui est dévolu dans la grande offensive, franco-anglaise qui se prépare d'Arras à l'Oise. Les travaux sont effectués dans les conditions particulièrement pénibles, en raison du froid extrêmement rigoureux qui sévit durant cette période.

Au repos du 6 au 14 mars, à Balagny-sur-Thérain et Ully-Saint-Georges (Oise), le régiment est ramené d'urgence dans sa zone d'attaque, en deux étapes. La seconde est effectuée en camions jusqu'à Piennes, d'où le 23e RIC regagne le camp B (15 mars). Ce retour comme celui de toute la 3e DIC se trouvait provoqué par la constatation de nombreux indices de repli dans la zone occupée par l'ennemi devant le front de la IIIe armée.

Le 17, le 2e bataillon (commandant MURAT) relève un bataillon du 3e régiment mixte qui occupe déjà les deux premières tranchées ennemies et le village anéanti de Beuvraignes, évacués par les Allemands. Dans la soirée, après l'occupation d' Amy et d'Avricourt, la route Roye - Noyon est dépassée par les 5e et 6e compagnies.

Le 18, après avoir contourné l'obstacle qu'oppose le canal du Nord, en le franchissant par dessus le tunnel, au sud-ouest de Libermont, et débordé ce village dont l'ennemi interdit les abords par des tirs de 150, le 2e bataillon occupe le bois de l'Hôpital.

Le 19, le 3e bataillon (commandant RENAULD) dépasse la voie ferrée de Ham à Tergnier et s'installe sur les hauteurs à l'est, de Ollezy, dominant le canal de la Somme et le village de Saint-Simon. La progression s'est effectuée avec des pertes insignifiantes, malgré les réactions souvent assez vives de l'artillerie adverse.

Le passage sur la rive nord du canal présente de très grandes difficultés. Pour aborder l'obstacle, le bataillon de première ligne ne dispose que d'une chaussée bordée de marécages, prise d'enfilade par les ouvrages de la défense. De nombreuses reconnaissances d'officiers sont poussées vers le canal dès la soirée du 19 et dans la journée suivante.

Dans la matinée du 20, une de ces reconnaissances, conduite par le lieutenant BESNARD, pénétre dans le marais et constate que le pont de Saint-Simon est détruit. Elle est prise sous le feu d'une mitrailleuse et se trouve dans l'impossibilité de ramener un des blessés. Celui-ci, le caporal LESUEUR, n'est retrouvé que le lendemain matin, dans l'eau jusqu'au cou, atteint par dix balles.

Dans la matinée du 21, sur une passerelle de fortune construite par la compagnie de génie du capitaine CIONTEMENT et couvert par l'action du groupe d'artillerie du commandant GUERRINI, le 3e bataillon force le passage du canal Crozat, s'empare des villages de Saint-Simon et d'Avense, et commande l'organisation de la tête de pont.

Dans la nuit du 21 au 22 mars, le 23 RIC, relevé par le 140e RI se porte à Fréniche et Rouvel, villages de la zone libérée où quelques habitants sont restés, malgré le repli ennemi, puis regagne, le 24 mars, la région de Boulogne-la-Grasse (camp B, bois Allongé, Conchy-les-Pots).

Du 28 au 29 mars, le régiment se porte par voie de terre à Choisy- la-Victoire, Avrigny et Épineuse, entre Clermont et, Estrées-Saint-Denis. Le 1er CAC ayant été rattaché à la VIe armée, (général MANGIN), le 1er avril, le régiment se remet en route, le 2 avril, traverse Compiègne, remonte la vallée de l'Aisne et atteint, le 5 avril, les villages ruinés de Vaurezis, Pasly, Villers-la-Fosse et Chavigny, au nord-ouest de Soissons.

Le 7 avril, l'état-major du régiment, la compagnie hors rang et le 1er bataillon se portent à la ferme de Montecouve, bâtie sur d'énormes caves, anciennes carrières, dont l'ennemi a crevé les voûtes au moment où il a dû les abandonner. Le 1er bataillon (commandant GRANIER) occupe les premières lignes dans la nuit du 9 au 10, aux lisières est et nord-est du bois de Quincy, et à la ferme du bois Mortiers.

Dans la nuit du 9 au 10 avril, ce bataillon réussit une opération de détail qui lui permet de s'emparer de la ligne avancée des petits postes de l'ennemi, devant la lisière ouest de la forêt de Mortiers. Bien que préparées par de sérieux bombardements, deux fortes contre-attaques de l'adversaire échouent devant notre nouvelle position. Des prisonniers restent entre nos mains.

Le 13 au soir, le P. C. du chef de corps et les 2e et 3e bataillons s'installent à la ferme Beaumont (1.500 mètres au nord de Leury) et dans les carrières voisines dont les entrées sont en partie obstruées par des éboulements, oeuvre de l'ennemi.

Dans la nuit du 13 au 14, le 1er bataillon pousse des reconnaissances dans la forêt de Mortiers et parvient à en occuper une partie. Il est relevé avant le jour et se porte à Leuilly.

Lorsque l'offensive se déclenche, le 16 avril, le régiment occupe des positions d'attente dans le ravin qui débouche à la ferme des Tueries (EM, 1er et 2e bataillons) et sur les pentes ouest du mont des Tombes (3e bataillon). Le 23e RIC, chargé de l'enlèvement des deuxième et troisième objectifs, ne peut intervenir, le premier objectif n'ayant pas été atteint. Cependant, le 2e bataillon (commandant MURAT), qui a reçu la mission de pousser des reconnaissances vers Anizy-le-Château, progresse, au prix de lourdes pertes, par la rive sud du canal jusqu'à la ferme Guilleminet.

Le 3e bataillon (commandant RENAULD) relève un bataillon du 7 e RIC, devant Vauxaillon, au cours de la nuit du 19 au 20 avril, et jusqu'au 5 mai, travaille à l'organisation de la première ligne. Le PC du régiment s'est installé dans une grotte sur les pentes ouest du bois des Aulnes. L'ennemi bombarde avec des obus toxiques les ravins où s'abritent les troupes en réserve.

La position ennemie est exceptionnellement forte. Elle domine complètement la voie ferrée de Soissons à Laon, sur laquelle nos éléments avancés ont été poussés.

Le 5 mai, les 2e et 3e bataillons s'élancent à l'assaut de l'éperon du mont des Singes. Le barrage ennemi commence dès la sortie des premières vagues. Sous la violence du bombardement, une section de la 6e compagnie (section du sous-Iieutenant FERET), parvenue à la tranchée de l'Aviatik, qui n'est plus qu'un fossé vaseux, ne peut s'y maintenir et regagne, homme par homme, ses emplacements de départ. Une autre section (Sous-lieutenant BAILLY) est anéantie en quelques minutes. Les sections suivantes sont clouées sur place après avoir franchi la voie ferrée (le lieutenant FLORI, commandant la 6e compagnie, est tué).

Plus tard, au sud, la 9e compagnie (lieutenant SAGOT) avec une section de la 11e compagnie (section du sous-lieutenant SCARBONCHI) formant détachement de liaison avec le régiment voisin (21e RIC) et un peloton de mitrailleuses d'accompagnement (sous-lieutenant POTI) franchissent le barrage et gravissent les pentes du mont. Les grenadiers allemands, sur le parapet de la tranchée, criblent de leurs projectiles les assaillants qui doivent s'abriter. Quatre officiers sont tombés à la tête de leur troupe (Ce sont les sous-lieutenants RENONCE et DUHEN (tués), LEVOIX et SCARBONCHI grièvement blessés). Mais, décimé et démoralisé par le tir précis dé nos mitrailleurs, l'ennemi faiblit. D'un seul bond, la 9e compagnie pénètre dans la tranchée de l'Entre-Pont dont les derniers défenseurs sont tués ou dispersés à la grenade.

L'ennemi contre-attaque sans succès dans la soirée et au cours des journées suivantes. Il réussit toutefois à enrayer nos tentatives pour l'élargissement de la position conquise.

Les 2e et 3e bataillons sont relevés par le 262e RI, dans la nuit du 12 au 13 mai. Le 1er bataillon, pendant quelques jours (8 au 11 mai), a tenu les lignes à proximité de la ferme de Bessy, en liaison avec le 7e RIC et le 4e cuirassiers.

Le 13 mai, le régiment se trouve réparti dans les villages de Chavigny et de Villers-la-Fosse.

Le 14, au matin, il est à Courtieux et Montois, sur la rive gauche de l'Aisne.

Le 16 mai, le 23e RIC, augmenté du 5e bataillon sénégalais (commandant DURAND) s'embarque à Villers-Cotterêts, débarque à Genevreuille du 17 au 18 niai et occupe, jusqu'au 9 juin, les cantonnements de Borey, Oricourt, au nord-ouest de Villersexel, dans la Haute-Saone. Le 1er CAC fait alors partie de la VIIe armée.

Le régiment se remet en route dans la nuit du 9 au 10 juin, à destination de la haute-Alsace. Il traverse Montbéliard le 12 juin et atteint, le 14 Juin les villages de Struth, Mertzen, Fulleren, Friessen, Hindlingen, en Alsace reconquise. Dans la soirée du même jour, les 1er et 2e bataillons relèvent le 214e RI dans le groupe de centre de résistance des forêts communales, placé sous le commandement du lieutenant-colonel commandant le régiment, dont le PC est à Fulleren, tandis que le 3e bataillon relève des éléments des 214e RI et 250e RIT, dans le CR des Étangs qui se trouve sous le commandement du lieutenant-colonel commandant le 250e RIT, dont le PC est à Friessen.

Le secteur est calme. Des journées entières se passent sans que l'on entende un coup de canon. La belle saison rend le séjour dans les bois relativement agréable. Les éléments au repos apportent un large concours à la population agricole.

Le 2 juillet, des éléments du 2e bataillon tentent sans succès un coup de main sur le saillant du Sonnenberg.

Le 8 Juillet, le régiment n'a plus que deux bataillons en ligne dans le groupe du CR des forêts communales qui comprend désormais les CR « Gluckernald » (1er bataillon) et des Étangs (3e bataillon). Le 2e bataillon est au repos à Manebach et Saint-Liggert, le 5e BTS à Struth, Saint-Ulrich et Altenach, dans la vallée du Larg.

Le 10 juillet, une délégation est mise en route sur Paris, accompagnant le drapeau, pour assister à la revue du 14 juillet, au cours de laquelle seront présentés tous les drapeau décorés pendant les opérations.

Le régiment est relevé du 13 au 15 juillet par le 123e RI.

Du 16 au 10, les bataillons sont répartis entre les villages de Brebotte, Recouvrance, Bourogne, Eschêne-Autrage, Charmois de part et d'autre du canal du Rhône au Rhin.

Le régiment s'embarque le 20 juillet en gare de Morvillars, débarque le lendemain à Château-Thierry, et va occuper à l'est de cette ville les villages de Crézancy, Paroy, Fossoy et Chartèves, à proximité desquels les autos-camions viennent l'enlever le 23 juillet pour le transporter dans la région de Fismes à Saint-Gilles, Courville et Mont-sous-Courville. Le 1er CAC vient d'etre rattaché à la Xe armée.

A partir du 25, dans les pauvres cantonnements de Coourlandon, Magneux et au camp du Grand-Cambrésis, les bataillons se tiennent pret à rentrer en secteur.

Après avoir été, transporté en camions jusqu'a Maizy, dans la vallée de l'Aisne, le régiment relève des éléments des 9e CA (290e et 268e RI) du 29 au 31 juillet, dans le secteur d' Hurtebise.

Le terrain sur lequel viennent de se dérouler des combats violents pour la possession des observatoires du Chemin des Dames nécessite un gros travail de réorganisation qui est immédiatement entrepris. L'activité de ses patrouilles vaut au régiment une dizaine de prisonniers en quatre jours.

Le 15 août, une attaque est menée par un bataillon du 7e RIC et le 5e bataillon sénégalais sur le monument d'Hurtebise que les Allemands ont repris aux précédents occupants. Le 5e BTS, ne peut maintenir la progression qu'il avait réalisée au prix d'un lourd sacrifice en perdant la presque totalité de ses officiers.

Du 18 au 20 août le 23e RIC est relevé par le 293e RI et regagne Magneux et les camps du Grand et Petit-Cambrésis.

Le 30 août, le régiment est constitué à trois bataillons mixtes comprenant chacun quatre compagnies d'infanterie, dont une compagnie sénégalaise et une CM.

Le 4 septembre, les spécialistes du régiment remportent quatre premiers prix dans un concours divisionnaire.

Le 16 septembre, le 3e bataillon mixte relève en première ligne, sur le plateau d'Ailles, dans le sous-secteur de Vassogne, des éléments des 239e et 36e RI. Le bataillon de deuxième ligne occupe les grottes de Vassogne et de Champagne au flanc Est du plateau. Le bataillon en réserve cantonne à Maizy.

Comme celui d'Hurtebise, ce secteur nécessite un gros travail de remise au point. L'ennemi, qui s'est constitué de vastes places d'armes en aménageant les grottes du versant nord, n'a pas perdu l'espoir de reconquérir la position et se livre à un martèlement systématique par torpilles et obus de gros calibre. Dès les premiers jours d'octobre, le mauvais temps persistant vient réduire à néant l'effort tenté de réorganisation.

Les boyaux ne sont plus que des canaux de boue dans lesquels les hommes s'enfoncent jusqu'à la poitrines. Certains éléments deviennent completement impraticables. Les travaux de déviation, entrepris avec une ardente persévérance, sont lents et difficiles. L'ennemi fait un emploi fréquent de projectiles toxiques.

Un groupement de mitrailleuses de vingt-quatre pièces est constitué le 22 septembre, dans la région de l'ouvrage Geoffroy, pour l'exécution de tirs indirects.

Le 2e bataillon mixte est en ligne lorsque, le 1er octobre, l'ennemi échoue dans une tentative sur le « Saillant du Pan coupé ».

Déjà fortement déprimés par suite de l'humidité et du froid, les Sénégalais se sont retirés du secteur le 13 octobre et rassemblés au camp Sainte-Marie, près Baslieux-lès-Fismes.

Dans la soirée du 23 octobre, après une courte et violente préparation d'artillerie, à laquelle s'ajoute un puissant engagement par le tir de mitrailleuses, un détachement commandé par le sous-lieutenant GALLICHET, de la 11e compagnie, pénètre dans l'organisation ennemie dite « Tranchée de Winterberg » et ramène du matériel après avoir détruit de nombreux abris.

Les événements d'Italie ayant provoqué le départ de la Xe armée, le 1er CAC est rattaché à la IVe armée le 28 octobre.

Bousculé le 25 septembre dans la région de Pinon, l'ennemi doit se résoudre à l'évacuation de la position du Chemin des Dames. Les patrouilles, dans la nuit du 1er au 2 novembre, constatent que les lignes adverses ne sont plus occupées.

Le 3 novembre, le 2e bataillon (commandant MURAT) occupe les tranchées dominant le village d'Ailles et l'Ailette dont les passages sont reconnus. La position dont l'organisation est commencée reste soumise au tir des obus toxiques. Les Allemands, en se retirant, ont ypérité ou miné les grottes et abris.

Sérieusement éprouvé, le 3e bataillon est relevé le 8 novembre par un bataillon du 43e RIC. Les 1er et 3e bataillons sont relevés par le 22e RIC.

Du 8 au 11 novembre, le régiment est transporté en camions dans la région de Château-Thierry Brasles. Le 3e bataillon détache des éléments à Meaux et à La Ferté-sous-Jouarre pour le service des gares.

Le général PÉTAIN, commandant en chef, visite la 3e DIC à Château-Thierry le 15 novembre. La compagnie d'honneur est fournie par le 23e RIC.

Du 17 au 20 novembre, le régiment fait mouvement pour atteindre Saint-Martin-d'Ablois et Brugny (sud-ouest d'Epernay). Le séjour, qui se prolonge jusqu'au 7 janvier 1918, est consacré au repos et à l'instruction, les manoeuvres prévues doivent être remise à plusieurs reprises en raison de la rigueur de la température.

Un renfort de 454 hommes venant du 300e RI dissous parvient au corps le 21 novembre.

Mis à la disposition du 34e CA pour relever le 21e RIC qui exécute des travaux sur la deuxième position à l'ouest de Reims, les unités du régiment se répartissent dans les villages d'Ormes (EM), Bezannes (1er bataillon), Thillois (2e bataillon), au fort de Saint-Thierry et à Bouillon (3e bataillon), après deux pénibles étapes, les 7 et 8 janvier, par temps de verglas.

Les travaux cessent le 12 janvier, en prévision de la rentrée en secteur. Elle a lieu du 16 au 18 janvier, dans le sous-secteur de Cormontreuil, au sud-est de Reims. Deux bataillons tiennent les premières lignes (CR Jouissance et Butte de tir), après relève d'éléments des 256e RI et 120e RIT. Le château de Veilly au bord de la Vesle abrite le PC.

C'est une région calme du front où les positions sont à peu près stabilisées depuis 1914. L'aménagement des abris (beaucoup sont éclairés à l'électricité) assure aux occupants un confort auquel le régiment n'est pas habitué.

Le 23e RIC est relevé par le 7e RIC du 10 au 11 février et va cantonner à Rilly-la-Montagne, Chigny-les-Rises, Champfleury, Trois-Puits, Montbré et au fort de Montbré. Toutes les unités sont employées aux travaux de la position intermédiaire et de la deuxième position. Les musiciens eux-memes reçoivent leur tâche : ils sont chargés du camouflage. Du 19 au 21 février le 23e RIC relève des éléments des 21e et. 7e RIC et, par suite d'une nouvelle répartition des lignes entre les régiments de la 3e DIC, dispose deux bataillons en profondeur dans les CR Jouissance et Taissy. Le PC de ce nouveau sous-secteur s'installe dans un groupe de maisons qui porte le nom inattendu de Varsovie, au pied de Monferré.

Pendant plusieurs mois, l'activité se borne, de part et d'autre, à des coups de main préparés par de violentes concentrations d'artillerie généralement sans résultats, le bombardement de l'adversaire ayant pour effet immédiat de provoquer l'évacuation des lignes avancées d'ailleurs faiblement tenues.

L'ennemi enregistre deux échecs sur le front du PA Allée Noire.

Le 8 avril, un petit poste capture deux Allemands empêtrés dans nos réseaux contre lesquels ils étaient venus butter par une matinée de brouillard. Le 10, une patrouille trouve un plan directeur abandonné par ces deux prisonniers.

Le 17, au cours d'un coup de main, exécuté par la 5e compagnie, sur le boyau du Pacha, le lieutenant LAISNE, commandant le groupe de tête, dépasse la 3e parallèle (tranchée de la Discorde) sans rencontrer le moindre Boche.

Le 5e BTS, réaffecté au 23e RIC le 20 avril, entre en secteur dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Cette mesure a pour conséquence de rendre un bataillon blanc disponible. Successivement, chaque bataillon blanc sera retiré du front et rattaché au CID pour y faire de l'instruction. Le 3e bataillon séjourne à Chaumuzy du 2 au 9 mai dans ces conditions.

Le 2 mai, un avion ennemi abattu par des mitrailleuses du sous-secteur (1er bataillon et 5e BTS), tombe entre les lignes à l'est de la ferme de la Jouissance. Les aviateurs réussissent à s'enfuir. Le démontage du moteur est entrepris pendant les nuits suivantes. Il est remis au PC de la 3e DIC le 8 mai, à Villers-Allerand.

Le 27 mai, l'ennemi déclenche une grande offensive entre Soissons et Reims. Le 1er bataillon (commandant MARQUET), cantonné à Chaumuzy, est absorbé par la constitution d'un régiment colonial de marche à la disposition de la 45e DI.

Le 3e bataillon (commandant RENAULD) tient le CR Jouissance. Dans la soirée du 29 mai, des éléments ennemis cherchent à atteindre nos lignes à la faveur des hautes herbes et des ondulations de terrain. Le feu des petits postes oblige les Allemands à rebrousser chemin en abandonnant du matériel.

Couvert par un bombardement intense, l'ennemi réussit à s'infiltrer, au cours de la nuit, sur le front du PA de l'Allée Noire, dans la zone de tranchées passives qui couvrent la ligne de surveillance. Appuyée par l'action des mitrailleuses et de l'artillerie qui empêchent les ravitaillements des troupe de l'attaque, la 10e compagnie (lieutenant BESNARD) entreprend résolument le nettoyage. Il se traduit par la capture de 52 prisonniers, dont 2 officiers et d'un nombreux matériel qui comprend, entre autres armes, cinq mitrailleuses légères. Il apparaît que les pertes de l'adversaire atteignent 50 % de l'effectif engagé.

Au cours de l'action, l'adjudant usant BALAY est tué, victime de sa témérité légendaire, en faisant le coup de feu avec un groupe d'ennemis en retraite.

L'attaque recommence le 1er juin. Elle avait été préparée par un violent bombardement des arrières par obus toxiques et de gros calibre. Les points de passage sur le canal de l'Aisne à la Marne ainsi que les emplacements de mitrailleuses avant été, en outre, particulièrement visés, l'ennemi progresse par les brèches qu'il a pratiquées dans nos réseau, malgré les tirs de barrage et l'action des engins de l'infanterie. Au lever du jour, les défenseurs aperçoivent les chars d'assaut qui précèdent ou appuient les assaillants. Ceux-ci abordent la voie ferrée de Reims à Châlons. Les éléments extrêmes du CR voisin s'étant repliés jusqu'au canal, la fraction du 23e RIC qui tient encore l'ouvrage de Lisieux déjà tourné par un tank est cernée complètement. L'infiltration ennemie se poursuit vers le canal et tend à prendre à revers la ligne sur laquelle résiste la 10e compagnie.

Pour parer au danger, le lieutenant BESNARD fait face à droite avec toutes ses fractions disponibles, contre-attaque, reprend au canal la liaison avec le 21e RIC et, en réglant son action avec celle qu'entreprend alors le régiment, parvient, à récupérer la totalité de son PA. De leur côté, les 9e et 11e compagnies mènent des contre-attaques auxquelles l'ennemi oppose une vive résistance.

Le terrain est réoccupé pied à pied par une série de combats acharnés à la grenade. Certains groupes ne sont réduits que par l'emploi de projectiles incendiaires. Dans la soirée, la ligne de surveillance est complètement rétablit. Sur le front du 3e bataillon, cette seconde tentative coûte à l'ennemi 33 prisonniers dont 1 officier et 20 mitrailleuses. Après avoir pris position sur la butte de Preuilly, le 26 mai, le 1er bataillon, se soumettant, au mouvement général de repli, défend le passage de la Vesle à Muizon, pendant toute la journée du 29 mai puis se reporte le lendemain dans la région cote 240-Sainte-Euphraise qu'il occupe jusqu'au 3 juin.

Le 4, il cantonne à Mailly-Champagne.

Du 9 au 10 juin, le 7e RIC est relevé par le 23e RIC qui tient désormais le sous-secteur de Cormontreuil-Taissy avec deux bataillons sur chacune des première position et position intermédiaire. Le 62e BTS compte au 23e RIC à la place du 5e BTS passé au 21e RIC.

Dans la soirée du 18 juin, les Allemands essaient en vain de prendre Reims en attaquant la ville à l'ouest et à l'est en dehors du front tenu par le régiment.

Le 29 juin, le génie fait sauter le tank abandonné par l'ennemi le 1er juin, entre les lignes de l'Allée Noire.

Du 2 au 5 juillet, le 23e RIC est relevé par le 21e RIC et occupe les cantonnements de repos de Ludes, Mailly, Chigny, Verzelay, au pied de la montagne de Reims.

Le régiment est alerté dans la nuit du 14 au 15 juillet. La Ve armée s'attend à une attaque. Quittant leurs cantonnements dont l'ennemi commence déjà le bombardement, les bataillons se portent sur les deuxième et troisième positions dans le secteur de Ludes.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet, le 3e bataillon, mis à la disposition de la 2e DIC, va s'établir successivement sur les lignes route de Nogent-ferme de Presles et ferme

d'Écueil-ferme d'Hurtebise, prêt à toute intervention. Le lieutenant-colonel commandant le régiment, son Etat-major et la compagnie hors rang, mis également à la disposition de la 2e DIC, se rendent à Chamery, dans la nuit du 17 au 18. Dans la soirée du 18 juillet, le 32e BTS (commandant TEULLÉRES) se porte à l'attaque du bois du Petit-Champ, soutenu par les 1er et 3e bataillons.

L'ennemi a réalisé, pour sa défense, une multitude de nids de mitrailleuses, disposés en quinconces. Des coupures pratiquées dans les taillis sont garnies de minenwerfer et de pièces débouchant à zéro. Avec un élan admirable, malgré les lourdes pertes que cause dès le début de l'action le feu intense de l'adversaire, le 32e BTS enfonce la ligne ennemie sur plusieurs points. Quelques flots de résistance qui n'ont pu être enlevés du premier bond, arrêtent la poussée du bataillon. Des assauts de front à la baïonnette, combinés à des attaques débordantes, viennent à bout de ces îlots. A la tombée de la nuit, la position principale de résistance est enlevée complètement. L'ennemi, qui tente une contre-attaque, doit s'enfuir, en abandonnant ses armes et son matériel. Le 32e BTS s'est emparé de 9 canons, 8 minenwerfer, de 60 mitrailleuses, de plusieurs dépôts d'obus et de cartouches. Les trois bataillons engagés ont contribué à la capture de 38 prisonniers.

Après s'être établi sur le chemin de Cuitron-Courmas, le 32e BTS est retiré de la première ligne dans la matinée du 19 juillet. La position reste tenue par les 1er et 3e bataillons.

Le même jour, le lieutenant-colonel Desclaux, commandant le régiment, prend le commandement d'un groupe tactique qui comprend le 104e RI (deux bataillons) et le 23e RIC (trois bataillons).

Dans la nuit du 19 au 20, les 1er et 3e bataillons du 23e RIC sont dépassés par les troupes anglaises du 23e CAW qui attaquent, le 20 au matin, sans obtenir de résultats appréciables, tandis que le 104e RI prend pied dans le bois de la Valotte, s'empare de Sainte-Euphraise, puis est relevé par des Italiens.

Le 2e bataillon qui, regroupé le 10 à Chigny-les-Roses, s'était porté dans le bois de Vrigny, n'a pas à intervenir. Dans la nuit du 20 au 21, il va occuper une position de soutien en arrière des Italiens, dans le bois de Maïtre-Jean. Les compagnies en ligne du 3e bataillon repoussent une attaque sur le bois du Petit-Champ.

Les Anglais reprennent leurs opérations le 21 juillet. Deux reconnaissances conduites par des officiers du régiment suivent l'attaque de la 187e brigade à travers des barrages de toutes espèces, assurant la liaison avec le commandement.

Les 1er et 3e bataillons sont relevés sur leurs positions par le 38e RI, dans la journée du 22 juillet.

Le 23 juillet, le 2e bataillon (commandant JEUX), en première ligne, le 1er bataillon (commandant MARQUET), en soutien, tous deux dans le bois de Vrigny, et le 3e bataillon (commandant RENAULD) en réserve dans le bois des Grands-Savarts, sont en place pour l'attaque qui, après celle des unités plus au sud (77e DI et le régiment d'assaut italien) se déclenche à midi, dans la tranchée attribuée au régiment. Malgré les pertes subies du fait d'une contre-préparation systématique sur des positions à peine ébauchées, l'élan de la troupe est magnifique. La 6e compagnie (capitaine REYMOND) dévale dans le vallon de la ferme Méry, s'empare de quatre canons de 120 et parvient à la lisière sud du bois Raveau, à 1.800 mètres de la ligne de départ. Le sous-lieutenant RAYNAL réduit un îlot de résistance constitué par trois mitrailleuses, ce qui permet aux Italiens d'enlever la ferme Méry et leur assure la prise de 60 Allemands et 4 canons.

Mais un large intervalle s'est produit à la droite du 23e RIC avec le régiment voisin (43e RIC) dont la progression sur le plateau de la cote 240 a été beaucoup moins sensible. L'ennemi en profite pour jeter une contre-attaque qui va prendre à revers toute notre ligne. Le capitaine GUERARD (2e compagnie) auquel ce danger n'a pas échappé, fait mettre baïonnette au canon à toute sa compagnie. Ses officiers les sous- lieutenants SOLNON et GODILLOT, s'élancent à la tête de leur section. Le sous-lieutenant GODILLOT est blessé grièvement après avoir tué deux Allemands à coups de revolver. L'ennemi, surpris d'une telle audace, s'arrête, et, sans attendre le choc irrésistible, le gros de l'attaque se disperse à travers bois.

Au cours de la nuit, le 1er bataillon à l'est et le 2e bataillon à l'ouest se répartissent le nouveau front et s'installent solidement sur la position conquise.

La journée du 24 est relativement calme.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, les 1er et 2e bataillons exécutent le mouvement de repli ordonné par le commandement qui juge la ligne atteinte défavorable à la défense. L'opération présentait de sérieuses difficultés pour la raison que, faute de temps, la reconnaissance préalable de la nouvelle position et des itinéraires ne pouvait être faite.

Le 25, après une heure de préparation d'une violence sans précédent, l'ennemi aborde la position tenue par le 1er bataillon qui subit le choc sans fléchir, mais doit finalement se replier sous la menace d'un débordement opéré sur le front d'une unité voisine. Fortement étonnés de la vigueur de la résistance, les Allemands ne cherchent pas à entraver le mouvement du bataillon. Un groupe de sous-officiers qui se décide pourtant à tenter la poursuite est bientôt capturé par la fraction qu'ils s'imaginaient tenir à leur, merci. Ce sont des grenadiers du 1er régiment.

Au cours de la même journée, le 3e bataillon en soutien dans la région de Coulommes est amené à prêter un concours décisif aux défenseurs de la cote 240. La 11e compagnie coopère au dégagement d'un PC. Les autres éléments du bataillon, mis à la disposition d'unités particulièrement menacées, contiennent l'ennemi, contre-attaquent avec succès et permettent aux 43e et 24e RIC de rétablir leur liaison (L'action des éléments du bataillon RENAULD a été déterminante dans l'échec des projets ennemis dans la direction de Coulommes écrit, dans un rapport, le chef de Bataillon DERENDINGER, commandant le Bataillon du 24e RIC).

Le 26 juillet, les 1er et 2e bataillons, sérieusement éprouvés, sont réunis en une seule unité, sous les ordres du commandant MARQUET. Le lieutenant-colonel commandant le régiment prend le commandement du sous-secteur de Méry constitué par les CR du bois (1er bataillon du 22e RIC) et de la Carbonnerie (unité MARQUET). Un bataillon du 79e RI relève le 3e bataillon au bois des Grands-Savarts, le 3e bataillon est reformé à Coulommes et au bois de Vrigny (corne sud-est).

Dans la nuit du 27 au 28 juillet l'unité MARQUET est relevée par un bataillon du 22e RIC. Le régiment occupe Chamery et Nogent en réserve de la 2e DIC.

Pendant ces dix derniers jours, le 23e RIC a pris part à toutes les opérations menées par la 2e DIC. Sous le bombardement presque ininterrompu de l'adversaire, soumis à l'action de ses gaz toxiques, le régiment a dû supporter des fatigues et des privations continuelles. Les lourdes pertes qui s'élèvent à 800 hommes et 16 officiers témoignent de l'acharnement de la lutte sur une position pour la conservation de laquelle l'ennemi s'est imposé un énorme sacrifice.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, le régiment parvient à Bouzy et Tours-sur-Marne, cantonnements de repos.

Le régiment, rejoint par le 32e BTS, rentre en secteur du 18 au 21 août, relevant le 7e RIC du secteur de Puisieux-Sillery, dans lequel est compris le fort de la Pompelle. L'ennemi qui, depuis la bataille du 15 juillet, se maintient dans le village de Prunay, a porté ses petits postes à proximité du bois des Zouaves, face à l'ouest et le long de la voie de Reims à Châlons, face sud. Les patrouilles circulent dans la vaste zone marécageuse de la rive nord de la Vesle.

Dans la nuit du 21 au 22 août, le 2e bataillon, à peine installé, subit un coup de main sur le boyau de l'Atlas, dans le CR de l'Étang. Deux fois blessé pendant la préparation, le soldat PAYET, de la 7e compagnie, est fait prisonnier et emmené par les Allemands. Il réussit à tromper leur surveillance, et, en rampant péniblement à travers le marais, parvient à regagner un de nos petits postes dans la soirée du 23 août.

La présence entre les lignes d'ouvrages et d'éléments de l'ancienne position française rend d'ailleurs assez confus le CR de l'Étang. De nombreuses tentatives sont faites de part et d'autre, sans résultats, sur les emplacements présumés des petits postes.

L'ennemi ne semble pas occuper les siens d'une façon permanente. Les reconnaissances sont multipliées dans le but de découvrir son dispositif et ses projets, car il se livre sans raison apparente à de violents tirs de harcèlement sur toute l'étendue du secteur.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre, le génie met en action les batteries de projecteurs qu'il a installées dans les talus du fort de la Pompelle. L'ennemi riposte, les jours suivants, en bombardant violemment le fort et ses abords.

Relevé par le 24e RIC, du 16 au 18 septembre, le régiment occupe les cantonnements de Louvois, Tauxières et du camp de Vertuelle.

Du 26 au 28 septembre, le 3e bataillon et le 62e BTS relèvent le 159e RI, dans le secteur de Reims-Centre. Les autres bataillons sont en réserve à la Haubette, faubourg sud-ouest de Reims (2e bataillon) et à Louvois (1er bataillon).

Le régiment a reçu la mission de réoccuper l'ancienne position française.

Par de pénibles combats à la grenade qui se poursuivent sans interruption, du 29 au 5 octobre, malgré les obstacles accumulés par l'ennemi qui a obstrué la plus grande partie des tranchées et boyaux, les ouvrages de la Fourcherie, de la Manutention et de la Saboterie sont successivement occupés par le 62e BTS. Le 3e bataillon progresse vers les lisières de Bétheny et s'empare, le 3 octobre, du pont du CBR que l'ennemi réussit à réoccuper par une contre-attaque. Une lutte opiniâtre menée dans l'après-midi nous assure, au prix de pertes sensibles, la possession définitive du pont, qui, par sa situation dominante, interdisait jusqu'alors l'approche de Bétheny. Deux nouvelles tentatives ennemies échouent le 4 octobre.

L'objectif est complètement atteint le 5 octobre. La relève est faite par le 61e BTS et un bataillon du 7e RIC.

Le 6 octobre, le régiment occupe les caves Pommery, à Reims, le village de Cormontreuil et le faubourg de la Haubette.

L'ennemi renonce enfin à résister sur le front de Reims. Les incendies et les explosions, indices d'un prochain repli, se multiplient dans les lignes ennemies, dès la nuit du 4 au 5 octobre. La progression commence aussitôt après la relève du régiment et les éléments de tête de la 3e DIC atteignent sans grandes difficultés, dans la soirée du 5, les villages de Pomacle et de Lavannes.

Le 7, après une résistance acharnée, le 21e RIC prend Bazancourt et y repousse sept contre-attaques avant d'etre relevé, du 10 au 11 octobre, par le 23e RIC. Celui-ci se porte en avant le 11 au matin. Le 2e bataillon (capitaine VALLÉE) s'empare de Boult-sur-Suippe que l'ennemi évacue précipitamment. En fin de journée, les 1er et 2e bataillons pénètrent dans la première tranchée de la position allemande au nord de la Suippe.

La Retourne est franchie le 12 octobre. Les arriere-gardes ennemies, chassées des bois au nord de la rivière, se disposent à résister sur les lisières sud des villages d'Aires et de Blanzy.

Devant Blanzy, la progression continue pied à pied par infiltrations.

Devant Aires, le sous-lieutenant SIMEONI du 62e BTS, se précipite avec fougue sur l'ennemi, et, du même élan, le rejette au nord du canal.

Au soir, toute la rive sud du canal est bordée depuis Aires jusqu'au calvaire de Martimont.

Dans la journée du 13, le 2e bataillon établit sous le feu deux passerelles de fortune sur le canal de l'Aisne. Le sous-lieutenant TRIBOUT, dont l'ingéniosité a fait merveille, est blessé mortellement à côté de la passerelle construite sous sa direction. De son côté, le 62e BTS (commandant PÉRIGAULT) qui a relevé, dans la région d'Aires, un bataillon de tirailleurs algériens, construit une passerelle qui lui permet de pousser des fractions dans le bois des Neaux, jusqu'à l'Aisne, à la faveur de la nuit. Dans les mêmes conditions, des éléments du 2e bataillon franchissent le canal, mais sont arrêtés avant d'atteindre l'Aisne, soit par le feu de l'ennemi, soit, par les inondations qu'il a provoquées faisant échouer ainsi la manoeuvre dont le but était de prendre à revers le village organisé de Balham

Renonçant à toute attaque de front, le commandement prend alors la résolution de porter un détachement du 3e bataillon (capitaine Roux) sur la rive nord de l'Aisne, par Asfeld, de manière à tourner le point d'appui.

La manoeuvre s'effectue de nuit, à proximité de l'ennemi, sur un terrain inconnu, parsemé de taillis touffus et coupé par le ruisseau des Barres, large de 5 à 6 mètres et profond de 2 mètres. Malgré ces difficultés, le détachement atteint, vers 1 heure, le bois des Grandes Pâtures et prend contact avec les fractions du 62e BTS qui bordent la rive sud de l'Aisne.

Un peu plus tard, l'avant-garde se heurte à un petit poste ennemi qu'elle enlève par surprise sans tirer un coup de fusil.

La marche est continuée vers Balliant avec les plus grandes précautions. Des groupes ennemis, appelés par leurs camarades déjà prisonniers, s'avancent sans méfiance et sont capturés à leur tour. Le détachement peut ainsi, sans être éventé réaliser l'encerclement complet du village à 5H30.

Au signal convenu, la 7e compagnie (lieutenant KAST) est jetée sur Balham. Elle réduit un nid de mitrailleuse, au sud du petit bras de l'Aisne, puis se précipite sur la passerelIe que l'ennemi n'a pas eu le temps de détruire et pénetre dans le village.

L'aspirant AMIOT, accompagné du soldat MARTIAL, pousse jusqu'à l'église, et, à eux deux, capturent quarante-deux Boches qui s'y étaient réfugiés. La satisfaction que leur cause un pareil dénouement est visible.

A leur tour, les fractions qui avaient essayé vainement de s'ouvrir un passage à travers le détachement Roux refluent vers le village et mettent bas les armes. L'opération rapporta au total, 147 prisonniers, 6 mitrailleuses, 1 minenwerfer et plus de 200 fusils.

Dans la matinée du 14, le 2e bataillon enlève Gomont et le régiment s'établit entre ce village et la sucrerie de Saint Germainmont.

L'attaque, reprise le 15 par le 3e bataillon et le 62e BTS se heurte à une ligne que l'ennemi a fortement garnie de mitrailleuses.

Du 16 au 19, les bataillons sont stabilisés sur leurs positions qu'ils organisent.

Le 19, le 2e bataillon se porte à l’attaque de la cote 145 dans le Hunding-Stellung dont les reconnaissances ont constaté la solide occupation. Déviés sous le feux des mitrailleuses qui se révèlent de toutes parts des éléments de attaque sont bientot cloués devant le bois Allongé. D'autre qui sont venus butter contre des réseaux intacts, se portent vers la gauche du 21e RIC et pénètrent dans la Hunding Stellung avec des fractions de ce régiment, capturant 60 prisonniers, s'emparant de 4 minenwerfer et d'une vingtaine de mitrailleuses. Mais la cote 145 n'a pas été atteinte.

Le nettoyage du bois Allongé tenté dans la nuit est achevé le 20 au matin, tandis que l'ennemi contre-attaque sur la Hunding Stellung. Notre ligne est maintenue devant les réseaux.

Le 2e bataillon est relevé, dans la nuit, par un bataillon du 30e RI. Le régiment se rassemble, le 21, à Roisy et dans le camps aux abords de la ferme Espérance.

Le 25 octobre, il est ramené entre l'Aisne et la Retourne. Il s'établit, le 26, à cheval sur l'Aisne, dans la région Aires, Blanzy, Balham.

Jusqu'au 31 octobre, mis à la disposition d'unités de la 28e DI (brigades NOGUEZ et DESPIERRE), les bataillons prennent une large part aux attaques qui tendent à la rupture de la position ennemie. Le 3e bataillon nettoie le bois Monstre, s'empare des bois Mathilde et Mince, mais ne peut atteindre la cote 130 le 27 octobre. Le lendemain, il conquiert, cette organisation. Le 29, le 1er bataillon (capitaine WOEHRLE) attaque, capture 31 prisonniers et doit se replier sur sa ligne de départ, les unités voisines n'ayant pas réussi à progresser.

Le 30, le 62e BTS (commandant PÉRIGAULT), dans un élan magnifique, enlève le bois Marteau, où il fait 250 prisonniers.

Le 31, la 10e compagnie réduit un centre de résistance qui subsistait dans le grand bois Marteau. La 9e, qui, avec des éléments du 99e RI mène une action sur le petit bois Marteau, fait 15 prisonniers et s'empare de 2 mitrailleuses, sans pouvoir réussir à occuper ce bois.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, les trois bataillon du 23e RIC et le 62e BTS sont relevés par des unités de la 28e DI et se portent dans la région Aire-Balham. Le 2, le régiment est ramené sur la Retourne et, dans les camps du sud (L'Ecaille et Cavalier-Léger). Le 3, il se porte à Vitry-les-Reims. Les éléments qui ne peuvent s'abriter dans ce village en ruines sont envoyés à Cormontreuil et à Taissy. Le 4, les trois bataillons du 23e RIC occupent les cantonnements de Bouzy. Le 62e BTS ceux de Louvois.

Du 7 au 8 novembre, le régiment embarque à Ciry, débarque à Chatenois dans les Vosges, et cantonne à Viocourt, Balleville, Valincourt et Vouxey. Le 1er CAC doit prendre part à une opération d'ensemble qui a pour but de rompre le front ennemi à l'ouest de Château-Salins.

Le 23e RIC commence le 11 novembre son déplacement vers le nord et apprend en route la conclusion de l'armistice qui interrompt les mouvements en vue de l'offensive.

Le 15, le régiment se remet cependant en marche et franchit solennellement l'ancienne frontière, le 18 novembre, à 8h45, dans la région d'Arracourt, au lieudit Neud de Piamont.

Le 1er bataillon traverse Moyenvic et se dirige sur Mulcey.

Les troupes allemandes ont quitté Moyenvic il y a trois jours. Des drapeaux français flottent déjà aux fenêtres et sur les monuments publics. Les enfants manifestent une grande joie et se bousculent pour suivre la troupe. Les habitants prodiguent, leurs souhaits de bienvenue aux soldats et s'empressent autour d'eux.

A l'entrée du village de Donnelay, un arc rustique porte l'inscription : « Vivent nos libérateur ». Le 17, la musique du régiment, qui a précédé le 23e RIC, a donné un bal. La population manifeste un vif regret lorsque la fanfare du régiment quitte le village après le défilé. Seul le 3e bataillon cantonne à Donnelay.

L'état-major du régiment et le 2e bataillon, qui se portent à Guéblange, voient venir au-devant d'eux des groupes d'enfants dont les paroles témoignent que le français est bien leur langue maternelle. Le curé, à l'entrée du village, adresse au Lieutenant-colonel JOUANNETAUD, commandant par intérim le régiment, des paroles de bienvenue et tient à l’honneur de recevoir la popote des officiers de l'état-major. Convié à un déjeuner, le 19 novembre, le curé porte au dessert, un toast à la France et à son armée, embrasse le lieutenant-colonel JOUANNETAUD qui les lui représente. Le lieutenant-colonel JOUANNETAUD répond en quelques mots qu'il a bien l'impression d'être toujours en France et qu'il ne trouve aucune différence entre les villages qu'il vient de traverser et ceux du Limousin, dont il est originaire.

Le 21 novembre, le régiment cantonne à Domnon, Cutting, petits villages où la population fait preuve d'une grande bonne volonté pour loger la troupe, et à Mittersheim, où l'accueil des habitants, qui ne parlent pas français, est simplement courtois. Quelques Lorrains, libérés de l'armée allemande, arrivent au village. Après vérification de leur identité, ils sont laissés libres et simplement invités à revêtir des effets civils. Cette manière de faire produit dans le pays une excellente impression.

Le 21 novembre, à Harskirchen, la population, prévenue par les éléments d'avant-garde, organise une réception. En cortège, dans leurs plus beaux habits, les notables qu'accompagnent des jeunes filles vêtues de blanc, suivis par une bonne partie des habitants, viennent au-devant de la troupe. Le général PUYPEROUX commandant la 3e DIC, arriva à point avec des officiers de son état-major pour recevoir, les fleurs et les compliments, dont ceux d'une petite Alsacienne qu'il embrasse.

Quelques kilomètres plus loin, le général PUYPEROUX à la tête du 23e RIC, entre solennellement dans la ville de Saar-Union. La réception officielle est particulièrement chaleureuse. La Marseillaise est chantée par un groupe de jeunes filles accompagnées par la fanfare du régiment. Un seul bataillon, le 2e, cantonne à Saar-Union, les autres, prennent le service aux avant-postes.

Le 22 novembre, à bonne distance de Béning, des jeunes gens, sur des montures fleuries, chevaux ou bicyclettes, se portent au-devant du gros de la colonne. Le maire et le curé suivent en voiture. Avec une touchante insistance, ils prient le lieutenant-colonel JOUANNETAUD de prendre place à coté d'eux. Le Lieutenant-colonel JOUANNETAUD accepte et parvient aux abords du village où sont rassemblés les enfants des écoles. Une jeune fille costumée récite un compliment. Le régiment traverse l'agglomération au milieu d'un réel enthousiasme. Les jeunes gens à cheval suivent le colonel et participent à la réception qui lui est faite dans la ville voisine.

A Rorbach, l'accueil est plus cérémonieux. Toutes les notabilités se tiennent à l'entrée de la ville. La municipalité, en habit, les professeurs, le curé et ses deux vicaires, les soeurs, les pompiers, successivement, par un de leurs représentants, tiennent à exprimer leur attachement à la France, ainsi que l'affectueuse admiration qu'ils vouent à ses soldats. Un député lorrain qui habite la ville, le pharmacien, l'ingénieur des chemins de fer, offrent pareillement leurs souhaits de bienvenue. Le régiment défile. A côté de son drapeau flotte celui que la ville a conservé depuis 1870. Il reprend ensuite sa place au fronton de la mairie. Le curé doyen, qui ne peut se déplacer en raison de son grand âge, attend le colonel sur la haute terrasse où l'église est bâtie. En quelques mots émouvants, le curé doyen décrit l'angoisse qui l'étreignit à la pensée qu'il pourrait mourir sans avoir vu ce jour de délivrance pour laquelle il exprime à notre armée toute sa gratitude.

Le 23 novembre à Breidenbach, le curé reçoit le colonel et tient à honneur de le loger. L'accueil de la population, qui ne parle pas du tout français, paraît tout d'abord un peu réservé. Les Allemands ou Autrichiens viennent à peine de partir. Ils sont encore à proximité de l'autre côté de la frontière, en Palatinat. Peu informés au cours de la guerre, les habitants voudraient s'assurer, avant de manifester leurs sentiments, que notre occupation est bien définitive. La preuve en est qu'au bout de quelques jours, nos soldats sont l'objet de toutes sortes de prévenances. On apporte dans les cantonnements, aussitôt le réveil, des grands pots pleins de lait. Le maire, âgé de soixante-dix ans, ancien soldat français, reste animé des meilleurs sentiments. Le curé, avec la plus grande obligeance, traduit les affiches et documents. L'instituteur, chaque jour, pendant plusieurs heures, étudie notre langue avec passion et réalise d'étonnants progrès.

Un bataillon cantonne à proximité, à Rolbing qui n'est séparé du Palatinat que par le cours d'un petit ruisseau. La réserve du début fait bientôt place à des sentiments de réelle sympathie, inspirés par la bonne tenue et la correction de nos troupes.

Le régiment pénètre dans le Palatinat le 1er décembre. La progression se poursuit sans incident à travers le pays boisé et assez accidenté, extrêmement pittoresque.

Le 7 décembre, le 23e RIC entre à Kaiserslautern. Le 10, débouchant de la forêt du Hardt, il contemple à ses pieds la vallée du Rhin.

En stationnement, depuis le 10 décembre, le régiment termine l'année dans la région de Grunstadt.

Le 4 janvier 1919, le 23e RIC occupe Spiere et une localité voisine, Berghausen.

Il touche au Rhin.

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