La prise du Mont-sans-Nom par la Division MarocaineExtrait de "La terre de France reconquise", Henri Bordeaux |
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Composition
de la division Marocaine : 1ere brigade marocaine RM Etranger 2e
brigade marocaine 8e RMZ 7e RMT
LE MONT SANS NOM, LE GOLFE, AUBERIVE Le
Mont-sans-Nom on
se souvient de sa description : est une avancée à l'est des massifs
de Moronvilliers vers la plaine de Châlons. Ses pentes Est s'allongent
dans la direction de la Suippe qui, du village d'Auberive, remonte vers le
nord, laissant à l'Ouest le village de Vaudésincourt et à l'Est celui
de Dontrien. Entre les pentes du Mont-sans-Nom et Aubérive sont les
tranchées et retranchements du Golfe. II s'agissait d'emporter, outre le
Mont-sans-Nom, l'ensemble de cette position, soutenue par les fortins d'Aubérive
et de Vaudésincourt, au delà même d'Aubérive et de la Suippe jusqu'à
la tranchée des Abattis. Ce fut l'oeuvre de la division marocaine
commandée par le général Degoutte, aidée à l'Est, sur la rive droite
de la Suippe, par quelques bataillons de la division Mordacq et, sur
Aubérive même, par le 75e régiment territorial. La
division marocaine a été, au cours de la guerre, de la plupart des
principales offensives. Elle occupe et défend Mondement pendant la
bataille de la Marne ; aux attaques d'Artois (9 mai 1915), elle s'empare
de la cote 140, entre Neuville-Saint-Vaast et Souchez ; en Champagne, le
25 septembre 1915, elle prend le bois Sabot; en juillet 1916, sur la
Somme, elle enlève Belloy. Elle devait avoir sa part à la victoire du
Moronvilliers. Le
départ dans la nuit, à quatre heures quarante-cinq, le 17 avril, fut sur
ce point une surprise complète pour l'ennemi qui ne déclenche ses tirs
de barrage que dix ou même quinze minutes plus tard. Ce barrage se porte
principalement sur le Mont-sans-Nom, mais les zouaves (8e RMZ)
qui sont chargés de le prendre ont déjà passé. D'un bond ils s'y
précipitent. Avant cinq heures ils ont atteint le sommet, où ils se
fortifient. La citation dont le régiment a été l'objet résume ses
opérations : « Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Lagarde, a
enlevé, le 17 avril 1917, avec un allant merveilleux, une série de
hauteurs puissamment fortifiées. A ainsi atteint d'un seul élan
l'objectif qui lui avait été fixé, faisant plus de 500 prisonniers et
s'emparant de 6 canons et d'un matériel considérable (mitrailleuses,
minenwerfer de divers calibres). Le 19 avril, a arrêté net une puissante
contre-attaque ennemie, faisant 75 prisonniers, s'emparant de 6
mitrailleuses et d'un canon de 150. Le 20 avril, malgré un bombardement
d'une extrême violence, a brisé une nouvelle attaque ennemie menée par
deux régiments, a progressé à la suite de cette attaque, faisant des
prisonniers et s'emparant de 3 canons de 150. Pendant cinq jours, les
zouaves et, en particulier, le 2e bataillon, sous l'énergique impulsion
du commandant Durand, n'ont cessé de faire preuve d'une initiative
individuelle et d'un moral qui ont fait l'admiration de tous. La
contre-attaque du 20 fut menée avec la dernière énergie par les 100e et
101e régiments saxons de la 23e division. Elle fut brisée en partie par
nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses. Les zouaves reçurent,
debout sur la tranchée, les assaillants que n'avait pu arrêter le tir de
barrage. Les
tirailleurs (4e et 7e RMT), au centre de la
division, se montrèrent les dignes émules des zouaves. Deux de leurs
bataillons seront pareillement cités. Tous deux auront perdu leur chef,
l'un le commandant Dauzier blessé et remplacé par le capitaine
Patriarche, l'autre le commandant Auzouy, tué dés le début de l'action
et remplacé par le capitaine adjudant-major Chanavas. Cependant, ces
bataillons, dans l'assaut du 17, ont rencontré des résistances
opiniâtres, en particulier sur la droite, au fortin de la tranchée du
Levant et dans le bois Allongé; ils ont pu les réduire et s'avancer
jusqu'à la tranchée du Landsturm. La nuit du 17 au 18 est marquée par
un bombardement continu des positions conquises soit au Mont-sans-Nom,
soit sur la tranchée du Landsturm. Au
lever du jour, le 18, une violente contre-attaque pénètre dans la
tranchée de Constantinople qui rejoint la tranchée de Landsturm, mais ne
parvient pas à déboucher. Les tirailleurs chassent les éléments
ennemis qui se sont ainsi avancés ou les font prisonniers. Le 19 et le
20, nouvelles contre-attaques. Le 20, les tirailleurs pénètrent dans le
bois Noir. Le
21, ils achèvent de nettoyer la tranchée Bethmann Hollweg et, après un
vif combat à la grenade, s'emparent de 6 canons. Sur les combats livrés
par le régiment de marche de la légion étrangère, qui avait pour
objectif l'enlèvement des positions du Golfe et l'encerclement par la
gauche du village d'Aubérive que les troupes de la division Mordacq
devaient dépasser par l'Est, le Bulletin des Armées a publié le récit
suivant : Le
17 avril, à quatre heures quarante-cinq, le 1er bataillon qui, d'après
le plan d'attaque, devait pénétrer dans la tranchée allemande entre le
bois en T et la Sapinière, puis faire face à l'est pour progresser dans
le Golfe, part à l'assaut, suivi du 2e bataillon. L'élan est magnifique
: malgré le vent qui souffle en tempête et la pluie qui cingle les
visages, malgré les blocs de boue dont ils sont bottés, les
légionnaires franchissent le parapet et, par les brèches pratiquées
dans nos fils de fer, atteignant le réseau ennemi ; la cisaille achève
le travail de démolition effectué par notre artillerie. La légion passe
et s'engouffre dans la tranchée des Bouleaux, marée jaune à laquelle
l'ennemi, qui reconnaît le drap kaki des Africains, ne pourra résister.
Les grenades, lancées à bout portant, déblayent le terrain ; les corps
ploient sous l'étreinte; dans cette fin de nuit que prolonge la
tourmente, on ne voit guère; nos braves se reconnaissent à la voix et
poursuivent, malgré les mitrailleuses, dans les boyaux et les abris, leur
oeuvre impitoyable. Les
Allemands, ne pouvant tenir dans leur première ligne, se retirent dans la
deuxième; les légionnaires ne leur laissent aucun répit ; les
tranchées du Golfe sont enlevées. A mesure qu'on s'approche d'Aubérive,
la résistance devient plus acharnée ; on sent tout le prix qu’attache
l'ennemi à la conservation de cette position capitale. Dans les
tranchées de Byzance, des Dardanelles, du Prince Eitel, les
mitrailleuses, les lance-flammes, les grenades opposent à nos troupes des
barrages de mort. La
légion passe quand même, à force d’héroïsme. Dans
cet enfer, les hommes de 51 nationalités différentes se battent contre
l'Allemand. Le plus grand nombre ne luttent pas pour la sauvegarde d'un
foyer ou la conservation d'un patrimoine national ; ce ne sont pas non
plus des mercenaires qu'attirent de hautes payes ou l'espoir de riches
butins, ils sont là, vétérans de la vieille légion d'Afrique,
volontaires pour la durée de la guerre, de toutes qualités sociales, des
plus humbles comme des plus élevées, de toutes les cultures, des plus
simples comme des purs raffinées, conduits par l'instinct qui les domine,
la haine de l'Allemand et l'amour de la liberté. La
légion continue sa route... Le
19, au petit jour, le fortin d'Aubérive est entre nos mains; notre
artillerie a fait une merveilleuse besogne, rendant à l'ennemi, par un
tir d'une admirable précision, la position intenable; des armes, des
munitions, des équipements, du linge, jonchent le sol; dans un réduit
attenant au fortin un récipient rempli de café chaud est vidé
goulûment par nos hommes qui, depuis le 16, n'avaient eu pour toute
boisson que l'eau dont on ne les ravitaillait qu'avec une extrême
difficulté. Tandis
qu'une section, sous les ordres d'un sous-officier, occupe le fortin, le
lieutenant commandant la 10e compagnie part avec deux grenadiers pour
explorer le village d'Aubérive ; à quatorze heures trente, il y
pénètre par l'ouest et le trouve vide d'Allemands. L'ennemi, craignant
d'être cerné, avait évacué le formidable réduit qu'était devenu le
village avec ses tranchées, ses coupoles, ses plates-formes, ses abris
pour mitrailleuses, le tout en ciment armé. Il avait résolu de porter
ses efforts sur la défense du fortin sud de Vaudésincourt qui commandait
le saillant dont la légion devait opérer l'encerclement. Notre
progression ne peut se faire qu'à la grenade et au fusil-mitrailleur. Successivement
les ouvrages de Posnamie et de Beyrouth, le Labyrinthe sont enlevés
malgré la résistance désespérée des grenadiers allemands qui ont
recours à la ruse ; sans armes et les bonnet à la place du casque, ils
s'avancent, les bras levés vers nos légionnaires, comme pour se rendre,
mais, arrivés sur eux, ils baissent les bras, et les grenades qu'ils
tiennent cachées dans leurs mains, lancées à bout portant, font un
instant reculer nos hommes. Le désarroi n'est que de courte durée ; la
rage au coeur, les légionnaires sautent à la gorge de leurs adversaires,
le corps à corps est impitoyable ; il n'est pas fait un prisonnier. Dés
lors, la défense du fortin ne pouvait longtemps tenir, le nettoyage du
Grand-Boyau nous permet d'en hâter la chute. Tous
les objectifs étaient atteints, en quatre jours de combats incessants ;
malgré la fatigue, le manque d'eau, les difficultés énormes du
ravitaillement, le régiment de la légion avait, à la grenade, gagné
plus de sept kilomètres de boyaux. Ses trois bataillons avaient eu raison
de deux régiments saxons. Un
tel effort, couronné par un tel succès, ne pouvait aller sans de
douloureux sacrifices. Au
début de l'action, le lieutenant-colonel Duriez avait été mortellement
frappé au moment où il lançait son régiment à l'attaque ; les
légionnaires puisèrent dans le désir de venger leur chef une volonté
de vaincre plus grande encore. Le chef de bataillon Deville prit le
commandement et put, le troisième jour de la bataille, rendre compte :
Les hommes sont physiquement â bout, leur moral est splendide, ils
refusent toute relève... Le
lieutenant-colonel Duriez, blessé mortellement et emporté sur un
brancard, rencontre son commandant de brigade. Il a la force de faire
arrêter les porteurs, et il rend compte en détail sans hâte, malgré
les souffrances et la mort menaçante, à son chef de la situation du
régiment et des mesures qu'il a prises, après quoi il fait signe de
reprendre la marche. Aubérive
a valu au régiment de marche de la légion sa 5e citation.
Elle est ainsi libellée Merveilleux
régiment qu'animent la haine de l’ennemi et l'esprit de sacrifice le
plus élevé. Le
17 avril 1917, sous les ordres dit lieutenant-colonel Duriez, s'est lancé
à l'attaque contre un ennemi averti et fortement retranché et lui a
enlevé ses premières lignes. Arrêté par des mitrailleuses et malgré
la disparition de son chef, mortellement touché, a continué l'opération
sous les ordres du chef de bataillon Deville, Par un combat incessant de
jour et de nuit jusqu'à ce que le but assigné fut atteint. Combattant
corps à corps pendant cinq jours et malgré de lourdes pertes et des
difficultés considérables de ravitaillement, a enlevé à l'ennemi plus
de 2 kilomètres carrés de terrain. A forcé, par la vigueur de cette
pression continue, les Allemands à évacuer un village fortement
organisé, où s'étaient brisées toutes nos attaques depuis plus de deux
ans. Tous
les régiments de la division marocaine ont eu la fourragère. Ceux qui
ont appartenu à l'un ou à l'autre, zouaves, tirailleurs ou légion et
qu'une évacuation pour maladie ou blessure en écarte, réclament comme
une faveur et un honneur d'y revenir. Ils en ont la nostalgie et, du
dépôt, ils supplient leur général ou leur colonel de les reprendre
comme s'ils ne pouvaient imaginer de combattre ailleurs. Aussi les
présents et les absents ont-ils dû apprendre avec orgueil la promotion
au grade de commandeur de la Légion d'honneur de leur chef, le général
Degoutte : « Officier général de haute valeur, ayant les plus beaux
services de guerre. Vient de se distinguer particulièrement à la tête
de sa division, au cours des récents combats, en enlevant sur un front de
sept kilomètres, dans une région difficile, les organisations
formidables accumulées par l'ennemi, capturant près de 1100 prisonniers,
22 canons, 47 mitrailleuses, 58 minewerfer et un matériel de tranchées
considérables. |