Journal des marches et opérations de la 2ème batterie du 1er Régiment d'Artillerie de Montagne pour la période du 6 septembre 1912 au 16 octobre 1913

6 septembre La 2ème batterie à l'effectif de 4 officiers : Mr CHANSON Capitaine commandant Mr PAUL Lieutenant Mr PAOLETTI Sous Lieutenant Mr DURAND Lieutenant de réserve.

9 sous-officiers, 111 brigadiers et canonniers, 20 chevaux, 104 mulets, part de GRENOBLE par voie ferrée le 6 septembre à 20 h 40 à destination de MARSEILLE.

7 septembre Arrivée à MARSEILLE 0 7 H 00. La batterie stationne jusqu'au 8 septembre.

9 septembre La batterie embarque à bord de " l'Arménie ". Embarquement des animaux et du matériel de 9 h 00 à midi; du personnel à 13 h 30, départ à 15 h 30. Aucun incident à signaler pendant la traversée.

13 septembre Arrivée en rade de CASABLANCA; débarquement du personnel et d'une partie des animaux de midi à 16 h 00. La batterie s'installe dans les tentes à l'extrémité du camp N° 1.

14 septembre Travaux d'installation, débarquement du reste des animaux et du matériel de midi à 17 h 00.

15 au 23 septembre Séjour à CASABLANCA, préparatifs de départ et manoeuvres journalières de section.

24 septembre La batterie reçoit l'ordre de son départ le 27 pour BER RECHID où elle attendra de nouveaux ordres.

25 septembre Revue de la batterie en tenue de départ par le Général de Division.

26 septembre La batterie reçoit 32 mulets indigènes (de la 2ème compagnie de conducteurs d'artillerie Sénégalaise), 19 conducteurs indigènes (de la 13ème compagnie du 17ème Escadron du Train), et échange 15 chevaux français contre 9 chevaux arabes et 6 mulets de selle (dépôt de remonte mobile de CASABLANCA). Elle quitte CASABLANCA à l'effectif de : Personnel français : 4 officiers, 10 sous-officiers, 105 brigadiers et canonniers, 5 chevaux et 64 mulets.

Personnel indigène : 19 conducteurs indigènes, 9 chevaux arabes, 38 mulets (dont 6 de selle). Restent à CASABLANCA : 1 brigadier et 1 canonnier à l'hôpital, 1 canonnier au bureau de comptabilité et 1 canonnier ordonnance du Général de Division.

27 septembre Etape à MEDIOUNA, départ à 6 h 00, arrivée 10 h 00. Bivouac sur le terrain devant l'entrée principale de la casbah.

28 septembre Etape BER RECHID, départ à 5 h 00, arrivée 10 h 30. La batterie est installée dans la casbah; officiers et troupe baraqué, les animaux à la corde à l'extérieur. La batterie reçoit l'ordre d'aller exécuter une école à feu le 30 à BOU MOURA.

29 septembre Repos

30 septembre Départ à 3 h 00, arrivée à 8 h 00. Ecole de feu, 101 coups tirés. Bivouac dans d'ancien camp des tirailleurs du côté de la casbah.

1 octobre Retour sur BER RECHID, départ à 4 h 00, arrivée à 9 h 00. La batterie reprend son cantonnement.

2 au 4 octobre Séjour à BER RECHID, manoeuvres journalières de section.

3 octobre Le Capitaine commandant est informé par une note de service du Général commandant la Division, que la batterie est placée sous les ordres du Colonel GUEYDON commandant la colonne mobile destinée à opérer chez les ZAËRS.

4 octobre A 16 h 00, la batterie reçoit l'ordre de se porter en deux étapes à GUISSER, où elle trouvera le 9ème bataillon Alpin, et avec lequel elle rejoindra quand l'ordre lui en sera donné, la colonne GUEYDON. Elle laisse un malade à l'hôpital de BER RECHID (fièvre).

5 octobre Etape à SETTAT (environ 30 à 32 kilomètres), départ 2 h 00, arrivée à 9 h 00. La batterie est campée au marché aux portes de la ville (porte BER RECHID). Elle laisse 2 malades (1 canonnier et 1 conducteur indigène) diarrhée et bronchite en subsistance au 8ème bataillon de marche de l'infanterie coloniale.

6 octobre Etape à GUISSER, (environ 28 à 30 kilomètres), départ à 3 h 00, arrivée à 10 h 00. La batterie se place sous les ordres du commandant du 9ème groupe Alpin; elle s'installe au centre du camp, les animaux aux bords.

6 au 18 octobre Séjour au camp de GUISSER, manoeuvre journalière par section.

18 octobre Le 18 au soir, le commandant du 7ème bataillon reçoit l'ordre d'envoyer 4 compagnies à DAR CHAFAÏ pour escorter un convois de munitions. Elles quittent le camp à 5 h 30 du matin. La batterie reste à GUISSER avec 2 compagnies (1ère et 2ème).

21 octobre Arrivée d'un convoi de blessés dans les combats des 14, 15 et 16. Les troupes présentes à GUISSER rendent les honneurs. Les 2 compagnies et la batterie reçoivent l'ordre de se porter le 22 sur DAR CHAFAÏ et EL BOROUDJ au lieu de OUALLATOU, poste premièrement désigné. Les opérations dans les ZAËRS sont suspendues. La colonne GUEYDON renforcée doit se rassembler à EL BOROUDJ.

22 octobre Etape à DAR CHAFAÏ environ 26 kilomètres; départ 5 h 30, arrivée 11 h 30. La colonne retrouve les quatre autres compagnies du 7ème Chasseurs. La batterie campe à proximité de la casbah avec les 2ème et 1ère compagnies.

23 octobre Étape à EL BOROUDJ, 7ème bataillon et batterie sous les ordres du commandant ??????? commandant le 7ème bataillon; environ 30 kilomètres. Départ 5 h 00, arrivée 12 h 30. La batterie quitte le 7ème bataillon et passe sous les ordres du Commandant TESSIER du 38ème d'artillerie commandant l'artillerie de la colonne. Elle prend sa place au centre dans le camp sur les pentes Sud du promontoire situé au Nord de la casbah entre les deux batteries du 2ème Régiment d'Artillerie de Montagne et une compagnie du 1er Zouaves.

24 octobre Arrivée au camp du Général FRANCHEY D'ESPEREY commandant le Corps d'occupation du Maroc et revue des troupes présentes au camp.

25 octobre Arrivée d'une troupe de renfort (un bataillon Sénégalais, deux compagnies de Zouaves, une section d'artillerie de 75).

26 octobre Reconnaissance de 7 à 8 kilomètres à exécuter vers l'Est (SOUK EL KREMIS). Composition de la reconnaissance: 3 compagnies du 1er Tirailleurs, 2 compagnies de Chasseurs, 2 compagnies de Zouaves, 1 section d'artillerie de 75 et la 2ème batterie du 1er Régiment d'Artillerie de Montagne. Départ 6 h 30; à 9 h 00, la reconnaissance arrive à proximité d'une crête marquant le terminus du trajet à parcourir. Un rassemblement de cavaliers étant signalé en arrière de cette crête, le commandant de la colonne prend les dispositions de combat pour le cas d'attaque. La batterie reçoit l'ordre de s'installer en batterie en environ 1000 mètres à l'Ouest de la crête dangereuse de façon à protéger l'abreuvoir et empêcher le déboucher des cavaliers. La position est ainsi occupée de 10 h 00 à midi sans que les cavaliers ennemis se montrent au delà de la crête.

A midi, le commandant de la colonne donne l'ordre de retour sur EL BOROUDJ. Le mouvement est fait par échelon d'abord, puis reprend la formation de route; retour au camp à 14 h 30.

27 octobre Reconnaissance exécutée au Nord Est du camp ( la batterie n'y prend pas part).

28 octobre Reconnaissance dans la direction de MEZZIA : 3 compagnies du 1er Zouaves, 3 compagnies du 1er Tirailleurs, 1 peloton de Spahis, 1 section de 75 et la 2ème batterie du 1er RAM. Départ 14 h 00, retour 19 h 00.

29 au 31 octobre Revue d'intérieur, soins de propreté, travaux d'installation d'abreuvoirs.

1 au 7 novembre Continuation du séjour à EL BOROUDJ; manoeuvres journalières de la batterie aux environs du camp. Le 6 paraît l'ordre du Général Commandant les Troupes du Maroc Occidental fixant le départ et l'itinéraire de la colonne (région TADLA , Nord ; et région des ZAËRS). Composition de la colonne : 1 bataillon du 1er Tirailleurs, 1 bataillon du 3ème Tirailleurs, bataillon du 7ème Chasseurs Alpins, 2 compagnies du 1er Zouaves, 2 escadrons du 4ème Spahis, 1 batterie de 75, 2 batteries de 65. Itinéraire : Région du TADLA Nord, par dechra des OULED ABDOUNES jusqu'à oued ZENI; retour à SOKRA DJAJA le 18 novembre. Région des ZAËRS jusqu'au camp BATAILLE. Départ fixé au 8 novembre. La batterie part à l'effectif de 4 officiers, troupe 123, chevaux et mulets 116.

8 novembre Etape à OUDDA (puits en assez grand nombre; 20 environ, profondeur 18 à 20 mètres. Départ à 6 h 00, arrivée à midi. La colonne marche en formation de combat, 2 échelons encadrant le convoi. La 2ème batterie marche au centre de l'échelon de tête encadré par : 3 compagnies du 3ème Tirailleurs en avant et échelon à droite; 3 compagnies du 7ème Chasseurs, en avant et échelon à gauche.

9 novembre Etape à AOULLALLI (puits environ 10, profondeur 18 à 20 mètres). Départ 6 h 00, arrivée 10 h 30. Mêmes dispositions de marche que le premier jour, la batterie marche dans l'échelon de tête dont la composition est la suivante : bataillon du 1er Tirailleurs, bataillon du 3ème Tirailleurs, 2 batteries de 65, 1 batterie de 75,n l'ambulance, le Génie, ½ compagnie de Zouaves

10 novembre Etape à MELGOU ( puits environ 10, profondeur 18 à 20 mètres ). Départ à 6 h 00, arrivée à 11 h 00. Marche en colonne de route; la batterie derrière le bataillon du 1er Tirailleurs.

11 novembre Séjour; travaux de propreté, 2 canonniers admis à l'infirmerie de la colonne. 12 novembre Etape à dechra des OULED ABDOUN, départ 6 h 00, arrivée 9 h 30. Marche en colonne de route; la batterie marche au gros derrière le bataillon de Chasseurs.

13 novembre Etape à BIR MEZOUI (nombreux puits). Départ 6 h 15, arrivée 10 h 00. Marche en formation de combat ( 2 bataillons accolés et en échelons ) le 3ème bataillon ferme le dispositif. La batterie marche à l'intérieur du dispositif sur la piste, accolée à l'autre batterie de 65. La colonne laisse à dechra des OULED ABDOUN les hommes fatigués et les malades ( 3 à la batterie ).

14 novembre Etape à oued ZEM. Départ 6 h 15, arrivée à 10 h 00. La batterie marche en ½ échelon de combat de queue ( 1 bataillon de Tirailleurs, 2 compagnies de Zouaves ). Un canonnier admis à l'infirmerie ambulance de la colonne.

15 novembre Séjour à oued ZEM, soins de propreté.

16 novembre Séjour à oued ZEM, le Général commandant les Troupes d'Occupation du Maroc Occidental se rend à BOUJAD, avec une escorte de 2 escadrons ( 1 Sénégalais, 1 Spahis ).

17 novembre Etape à BIR MEZOUI. Départ à 7 h 00, arrivée à 10 h 15. Marche en formation de combat. La batterie marche en ½ échelon de tête (7ème bataillon de Chasseurs ) 3 canonniers admis à l'infirmerie de la colonne.

18 novembre Marche sur SOKRA DJAJA. Départ 6 h 00, arrivée 10 h 00. La batterie fait partie d'une flanc-garde couvrant sur la droite la marche du reste de la colonne du convoi et comprenant : 2 bataillons de Tirailleurs, 1 compagnie de Chasseurs, 1 compagnie de Zouaves, 1 section de 75. Marche en formation de combat, la batterie au centre du dispositif. Les malades laissés à la dechra des OULED ABDOUN, rejoignent la batterie. L'Etat Major du groupe de marche de montagne, composé du Chef d'Escadron OBLECK et du Lieutenant ANCELLE ( personnel auxiliaire ) 4 hommes, 3 chevaux d'officiers et 4 mulets rejoignent la batterie le 18 novembre. La batterie passe sous les ordres du commandant du Groupe de Marche de Montagne.

19 novembre Séjour, soins de propreté.

20 novembre Marche sur oued KINANE ( camp d'EL KERN ). Départ 6 h 30, arrivée 10 h 35. Passage de l'oued à la sortie du camp long à exécuter dans l'ensemble de la colonne, sans toutefois présenter de réelles difficultés. La batterie marche en ½ échelon de queue ( 7ème bataillon de Chasseurs ), le Lieutenant de R HOSATTE nouvellement affecté à la batterie rejoint l'unité au camp d'EL KERN

21 et 22 novembre Repos, soins de propreté au camp d'EL KERN.

23 novembre Marche sur SIDI LAHDAN??; la colonne est formée en deux échelons de combat, la batterie marche au 2ème échelon (bataillon de Chasseurs Capitaine MELTNER. Départ 7 h 35, arrivée 14 h 15.

24 novembre Marche sur HADFRA BEN NACEUR; une partie de la colonne ( bataillon de Chasseurs et batterie de 75 ) reste à la disposition du Général Commandant les Troupes du Maroc Occidental pour une mission spéciale. Le reste de la colonne marche directement sur HADFA BEN NACEUR en deux colonnes de combat. La batterie marche au premier échelon ( bataillon de Tirailleurs, 2ème compagnie de Zouaves ), départ 7 h 00, arrivée 10 h 15.

25 novembre Repos, soins de propreté.

26 novembre Marche sur SOUK EL KHEDIN; la colonne marche en deux échelons de combat, la batterie marche au premier échelon. Départ 7 h 15, arrivée 11 h 15.

27 novembre Marche sur MERZAGA, la colonne marche en deux échelons, la batterie marche à l'échelon de queue ( bataillon de Zouaves et 1er Tirailleurs). Départ 7 h 15, Arrivée 16 h 15. La colonne GUEYDON rejoint la colonne BLONDAT.

28 et 29 novembre Repos, soins de propreté.

30 novembre Marche en trois colonnes; la colonne du Sud (Colonel BLONDAT ) et la colonne du Centre ( partie de la colonne GUEYDON, 1er Tirailleurs, 4 compagnies de Chasseurs et 2ème batterie du 1er Régiment d'Artillerie de Montagne ) sous les ordres du Lieutenant Colonel COUDIN, marchent sur TADDERS??. La colonne du Nord ( reste de la colonne GUEYDON )se porte sur MAAZIZ. La batterie marche au échelon de la colonne du Centre; départ 7 h 00, arrivée au bivouac à 5 kilomètres de LADDERS?? à 13 h 15.

1 décembre En raison du mauvais temps, les deux colonnes ( Sud et Centre ) rentrent à MAAZIZ; départ 8 h 00, arrivée 13 h 00.

2 décembre Séjour à MAAZIZ, dislocation de la colonne GUEYDON. Une partie de la colonne ( trois bataillons de Tirailleurs, bataillon de Zouaves, escadron Sénégalais, 2ème batterie du 1er RAM et batterie de 75 rentrent à CASABLANCA par MERZAGA, camp MARCHAND et le camp BOULEAU. Le Chef d'Escadron OBLECK COMMANDANT le Groupe de marche de Montagne quitte la colonne pour se rendre à FEZ, accompagné des Lieutenants ANCELLE et HORATTE.

3 décembre Etape à MERZAGA; la colonne forme deux échelons, échelon de tête et convoi. La batterie marche à l'échelon de tête derrière la batterie de 75. Départ 7 h 30, arrivée 14 h OO.

4 décembre Etape au camp MARCHAND, même formation. Départ 7 h 00, arrivée 13 h 30. La colonne reçoit l'ordre de modifier son itinéraire et de se rendre sur SOKRA EL DJAJA.

5 décembre Etape à ZAÏLIDJA ( camp CHRISTIAN ), même formation. Départ 7 h 00, arrivée 13 h 45.

6 décembre Etape à EL KERN ( oued KRIAN?? ) Même formation. Départ 6 h 30, arrivée 14 h 15.

7 décembre Etape à SOKRA EL DJAJA. Même formation. Départ 7 h 00, arrivée 11 h 15.

8 au 10 décembre Repos et soins de propreté.

11 décembre Etape à dechra des OULED ABDOUNS; même formation; Départ 8 h 00, arrivée 11 H 15.

12 au 14 décembre Repos et soins de propreté. Le 14, les troupes destinées au poste de l'oued ZEM ( 3 compagnies du 3ème Zouaves, une compagnie de Tirailleurs Sénégalais, un Goum à pied, et un Goum à cheval ), sous les ordres du Commandant PERIER rejoignent la colonne.

15 décembre Etape à BIR MEZOUI, même formation. Départ 7 h 00, arrivée 12 h 00.

16 décembre Etape à oued ZEM, même formation. Départ 7 h 00, arrivée 10 h 00.

17 au 19 décembre Travaux d'installation pour la création du poste d'oued ZEM.

20 décembre Une partie de la colonne GUEYDON, comprenant : l'Etat Major, le bataillon du 1er Zouaves, la batterie montée, reçoit l'ordre de rentrer à CASABLANCA. Les troupes restantes passent sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN, commandant le cercle de SETTAT. La batterie est désignée pour rester provisoirement à l'oued ZEM.

21 et 22 décembre Travaux d'installation du poste.

23 décembre La batterie reçoit l'ordre de rentrer à CASABLANCA avec 3 compagnies du 3ème bataillon de Tirailleurs et l'escadron de Spahis Sénégalais, en laissant une section au poste de l'oued ZEM. Effectif rentrant sous le commandement du Capitaine la section : (1ère section). 2 Lieutenants, 6 sous-officiers, canonniers et brigadiers 56 dont 9 indigènes. Animaux : chevaux 11, mulets 53. Effectif restant sous le commandement du Lieutenant PAOLETTI 2ème section, 1 sous Lieutenant, 4 sous-officiers, brigadiers et canonniers 44 dont 6 indigènes. Chevaux 4, mulets 47. La colonne de retour se met en route a 12 h 30 sous le commandement du Commandant DE COUTARD commandant le bataillon du 3ème Tirailleurs. Etape à BIR MEZOUI, arrivée 15 h 00.

24 décembre Etape à AÏN KAHLA, départ 7 h 00, arrivée 12 h 00.

25 décembre Etape à Casbah MAARIF; départ 7 h 00, arrivée 12 h 00.

26 décembre Etape au camp de BOUCHERON; départ 7 h 00, arrivée 13 h 00.

27 décembre Etape à MEDIOUNA; départ 6 h 30, arrivée 14 h 45 ( avec grande halte de 0 h 45 ).

28 décembre Etape à CASABLANCA; départ 7 h 00, arrivée 11 h 30.

29 au 31 décembre Repos; installation du camp, soins de propreté.

Poste de l'oued ZEM

24 décembre Construction d'une plate forme pour servir à l'artillerie de position.

25 décembre

Continuation de la construction de la plate forme. Repos l'après midi. A 22 h 30, prise d'armes provoquée par une attaque des avants postes.

26 décembre Continuation de la construction de la plate forme et construction de redans pour abriter les pièces de 65 en cas d'attaque.

27 décembre Continuation de la construction de la plate forme et de redans pour abriter l'artillerie en cas d'attaque.

28 décembre Continuation de la construction de la plate forme. A 22 h 30, prise d'armes provoquée par une attaque des avants postes. Pas d'accident à signaler à la section. Plusieurs tentes trouées dans le poste, un cheval blessé.

29 décembre Continuation des travaux pour abriter le personnel en cas d'attaque.

30 décembre Inspection du matériel par Monsieur ROCTON Capitaine inspecteur.

31 décembre Continuation des travaux pour l'organisation de la défense du poste. Visite des animaux par Monsieur le vétérinaire.

1 au 10 janvier Continuation des travaux pour la défense du poste.

11 au 20 janvier Le personnel a été employé à la construction des abris et à l'organisation de la défense du camp.

21 au 29 janvier Continuation de la construction des abris et organisation de la défense du poste. La section fournie tous les jours les animaux nécessaires aux corvées générales du poste.

30 et 31 janvier Repos accordé par le Chef de Bataillon commandant le poste.

1 février Continuation de la construction d'abris.

2 février Repos. A 15 h 00, attaque du poste par plusieurs centaines de cavaliers; prise d'armes pour tout le poste, trois coups de canon de 80 m/m section de position tirés sur l'ennemi qui le disperse.

3 au 5 février Continuation de la construction d'abris.

6 février Quelques cavaliers longeant l'oued essayent de surprendre les corvées. Prise d'arme pour tout le poste ( pas d'incident ).

7 février Coups de feu tirés par des vedettes allant à leur poste; prise d'armes.

8 février Continuation de la construction d'abris.

9 février Repos; corvées de lavage.

10 février De 7 h 30 à 9 h 30, manoeuvre d'artillerie et de chargement de mulets; à 14 h 00 revue de détail.

11 février A 8 h 30, attaque des vedettes. Prise d'armes pour tout le poste; rien à signaler, service intérieur de la section.

12 février Continuation de la construction d'abris, service intérieur de la section.

13 février Corvées de lavage; à 13 h 00 attaque des vedettes, prise d'armes par tout le poste. Rien à signaler.

14 février Construction d'abris, service intérieur de la section.

15 février Service intérieur de la section, à 13 h 00 attaque des vedettes, prise d'armes par tout le poste. Rien à signaler.

16 février Corvées de lavage. A 15 h 00 attaque des vedettes, prise d'armes par tout le poste. Rien à signaler.

17 février Service intérieur de la section. A 12 h 00 départ pour une reconnaissance effectuées à environ 10 kilomètres du poste. Rien à signaler. Rentrée à 17 h 00.

18 février A 5 h 00, attaque du poste et pillage du souk. La section s'est portée à son poste mais n'a pu tirer, en raison de l'obscurité. A 6 h 30, nouvelle attaque par de nombreux cavaliers. Plusieurs coups tirés à faible distance dispersent momentanément les cavaliers. A 8 h 00 l'ennemi paraissant vouloir tenter une nouvelle attaque décisive et s'approcher du poste, la section ne cessa dès lors de tirer sur tous les groupes les plus compacts et les plus rapprochés. L'ennemi fut mis en fuite à 14 h 00 et poursuivi jusqu'à 3000 mètres ( 78 coups tirés ).

19 février Nettoyage du matériel; service intérieur de la section.

20 et 21 février Mauvais temps; service intérieur de la section.

Section en station à CASABLANCA (celle du grand père VIAL Claude)

1 au 20 janvier 1913 Le personnel très réduit de la batterie étant pris par les corvées et services généraux, il n'a pu être fait aucune manoeuvre. Six servants dont trois élèves pointeurs sont désignés par ordres du Général de Division Commandant les Troupes du Maroc Occidental pour remplacer les déchets produits à MOGADOR dans les batteries 8/1 et 4/1.

21 au 31 janvier Chaque jour il est fait une manoeuvre d'artillerie et de chargement des mulets ( les matins ) pour former des servants et des pointeurs.

1 au 10 février Le matin, manoeuvre, chargement des mulets et artillerie, principalement en vue de la formation de servants et de pointeurs. Le soir, promenade, ajustage du harnachement et pansage. Le 10, la batterie par ordre de la place, quitte le camp N°1 et vient s'installer à l'ancien camp Espagnol.

11 février au 10 mars Le matin manoeuvre de chargement des mulets et artillerie. Le soir promenade des animaux, pansage. Le 8 mars, le Capitaine CHAUSSON et un brigadier, trois canonniers Français et quatre conducteurs indigènes du T.E.M., 4 chevaux, 5 mulets joints à un détachement composé de : 1 compagnie du 14ème bataillon Alpin de Chasseurs à pied, 1 section de la batterie 3/38 de campagne sous les ordres du Capitaine BIDON de l'Etat Major des T.O.M.O. se rend au poste de l'oued ZEM. Quatre canonniers du 2ème R.A..Mongtagne venus au Maroc pour la relève sont affectés à la batterie.

11 au 14 mars Matin : manoeuvre d'artillerie et de chargement des mulets; Soir : promenade des animaux, pansage et abreuvoir.

15 mars Matin : tir à la cible, promenade des animaux Soir : revue d'armes, pansage et abreuvoir. 16 au 18 mars Matin : marche d'entraînement pour tout le personnel de la section. Soir : pansage et abreuvoir. La batterie reçoit l'ordre de rallier BEN AHMED; départ prévu pour le 20 sous le commandement du Capitaine MARQUIS , chef du détachement composé de la section et de deux compagnies du 9ème bataillon Sénégalais.

19 mars Préparatifs en vue du départ.

20 mars Départ du camp Espagnol à 11 h 15. Le Maréchal des Logis CELA reste comme chef de détachement du camp Espagnol. Le maître pointeur CARON reste à CASABLANCA pour cause de maladie. A 16 h 00, arrivée à MEDIOUNA.

21 mars Etape à BER RECHID, départ 6 h 30, arrivée 12 h 30, distance 22 kilomètres. Le canonnier BENSATA rentre à l'hôpital, les canonniers DIGONNET, DALBE et DUMAS sortent du dépôt des convalescents et rentrent à la section.

22 mars Etape à SIDI EL AÏDI; départ 6 h 30, arrivée 11 h 30, distance 20 kilomètres. La section prend place au bord de l'oued.

23 mars Etape à BEN AHMED; départ 6 h 30, arrivée 11 h 30, distance 20 kilomètres. La section prend place dans la colonne du Commandant CAHEN.

24 mars Repos; travaux de propreté et revue d'armes. Le mulet Moussu ayant une fracture du rein a été abattu. Trois canonniers sont laissés en subsistance au poste de BEN AHMED pour raison de santé.

25 mars Etape à MELGOU. La section marche derrière la compagnie RAYMOND. Départ 7 h 00, arrivée 12 h 00, distance 20 kilomètres.

26 mars Etape à dechra des OULED ABDOUN. La section marche derrière la compagnie QUILICHINI. Départ 7 h 00, arrivée 12 h 00, distance 20 kilomètres.

27 mars Etape à oued ZEM. La section marche derrière la compagnie MARQUIS. Départ 5 h 30, arrivée 16 h00 avec grande halte de 1 h 30 à BIR MEZOUI.

28 mars La section quitte oued ZEM à 12 h 00 et opère la jonction avec la 2ème section à dechra BRAKSA à 16 h 00.

Section en poste à oued ZEM

22 février A 2 h 00, l'ennemi étant signalé, la section se porte à son poste et y reste toute la nuit. De 7 h 00 à 10 h 00 repos, service intérieur de la section.

23 février A 0 h 30, attaque du poste par quelques cavaliers; la section se porte à son poste et y passe le reste de la nuit. A 5 h 00, nouveaux coups de feu venant du camp des Sénégalais situé à 300 mètres de notre poste. La section n'a pas à tirer, aucun objectif sérieux ne s'étant pas montré. A 12 h 30 attaque du poste, un coup de canon fut tiré par la 4ème pièce sur un groupe de fantassins à 1200 mètres. L'ennemi se retira à 13 h 30, aucun incident à signaler.

24 février Corvée de lavage demie section, service intérieur de la section.

25 février A 7 h 00 attaque des vedettes au moment où elles allaient prendre possession de leur poste; prise d'armes pour toute la section et la partie corvée de lavage demie section.

26 février Nettoyage du matériel; remplacement des munitions, service intérieur de la section.

27 février Corvée de lavage; arrivée au poste de la colonne SIMON.

28 février Mauvais temps; service intérieur de la section.

1 mars Service intérieur de la section. 2 mars A 8 h 00, l'ennemi est signalé par les vedettes; à 10 h 15 l'ennemi apparaît en grand nombre dans l'oued, la section tire plusieurs coups de canon. A 11 h 00, plusieurs coups de canon furent tirés sur des cavaliers et fantassins cherchant à atteindre la casbah des OULED SENIRS??. A 13 h 00, de gros rassemblements de cavaliers et de fantassins de la tribu des SMALAS cherchent à approcher de la casbah des OULED SENIRS??, plusieurs coups furent tirés sur eux. A 14 h 00, la colonne apparaît vers la dechra des OULED SENIRS??. L'ennemi est mis en fuite et poursuivi par un tir par salves. Aucun incident à signaler à la section; pertes de la journée 5 tués, 16 blessés.

3 mars L a section se joint à la colonne MANGIN pour marcher sur les SMALAS; départ 6 h 00. Plusieurs mises en batterie furent exécutées sans pouvoir tirer, l'ennemi fuyant à trop grande distance. A 11 h 00 quand on s'aperçut que le poste était cerné, la section fut désignée pour rester en arrière garde et protéger la marche de la colonne qui allait délivrer le poster. La section tira sur tous les objectifs à des distances variantes entre 700 et 2500 mètres. Plus de quinze mises en batterie furent nécessaires et la section du plusieurs fois battre en retraite par pièce. A 16 h 00 la section mit en batterie pour protéger la rentrée de la colonne qui rentrait de la poursuite de l'ennemi. Rentrée au poste à 17 h 30. 1 cheval de sous-officier de blessé à la section; pertes de la journée 2 tués et 8 blessés.

4 mars Repos; perception des munitions.

5 mars Repos

6 mars La section s'est jointe à la colonne RIVET pour escorter un convoi allant chercher à BIR MEZOUI les arabas abandonnées le 2 mars. Départ 4 h 00, rentrée 10 h 15. Aucun incident à signaler.

7 mars Corvées de lavage; service intérieur de la section.

8 mars La section a fourni tous les hommes disponibles et plusieurs animaux pour la préparation du terrain d'aviation; service intérieur de la section. De 20 h 00 à 2 h 00 plusieurs attaques du poste; la section se porte à son poste, mais n'a pas à tirer. Aucun incident à la section, 1 zouave tué.

9 et 10 mars Continuation du terrain d'aviation.

11 mars A 2 h 00, attaque du poste par de nombreux ennemis. L'ennemi a profité de l'obscurité pour s'avancer jusqu'à 50 mètres du poste, l'infanterie repoussa les assaillants. La section se porta à son poste mais n'eu pas à tirer. Plusieurs marabouts troués, aucun incident à signaler. Repos, service intérieur de la section.

12 mars Pendant toute la nuit, l'ennemi ne cessa de tirer des coups de feu sur la poste, sans paraître tenter une attaque décisive. La section se porteà son poste, mais n'a pas à tirer. Aucun incident à signaler. Repos, service intérieur de la section.

13 mars Corvée de lavage, service intérieur de la section.

14 mars Arrivée du Capitaine et d'un détachement composé : 1 brigadier, 1 maître pointeur, 1 trompette, 2 canonniers Français et 4 conducteurs indigènes. Installation du détachement, service intérieur de la section.

15 mars Du poste on observe de nombreuses factions ennemies marchant par groupements se dirigeant vers l'Ouest, en longeant les crêtes qui limitent l'horizon du poste au Sud et au Nord. A 7 h 30, la section de 65m/m mise en position, devant la face Nord reçoit l'ordre de tirer d'abord 2 salves à 5 minutes d'intervalle, servant de signal d'alarme pour la colonne de BIR MEZOUI, puis d'ouvrir le feu sur les groupements les plus importants, tout en économisant le plus possible les munitions. Tirs par section ou par pièce suivant l'importance des objectifs et cesse dès que les groupements sont atteints ou dispersés. Distance variant de 3000 à 3500 mètres dans la direction Nord et Nord Ouest ( 38 coups tirés, obus à balles ). Le mouvement s'accentuant nettement vers l'Ouest, la section vient prendre position devant la face Ouest du poste surveillant : 1 /le terrain Sud de la dechra des BENI SMIR pour la défendre contre l'attaque qui se dessine de ce côté. 2/ La crête au Nord de la dechra pour surveiller le mouvement de retraite des factions engagées contre la colonne. On entend en effet vers l'Ouest de nombreux coups de canon et une très vive fusillade qui semble indiquer que l'action est sérieusement engagée. A 10 h 45, l'attaque contre les BENI SMIR semblant progresser, la section ouvre le feu sur des groupements assez importants tiraillant aux environs de la dechra Rouge 2400 - 2600 mètres et qui se dispersent rapidement ( 12 coups tirés ). A 11 h 30, les groupements venant de l'attaque de la colonne de BIR MEZOUI reparaissent sur la crête à 300/000 à droite de la casbah des BENI SMIR, redescendant et se dirigeant vers l'Est, distance 2800 mètres, 8 coups tirés. Le Commandant donne l'ordre de cesser le feu, les factions ennemies battent nettement en retraite en étant très disséminées sur le terrain. Aucun incident de tir à signaler. Total : 64 projectiles tirés ( obus à balles ).

16 mars Dès le matin, on observe du poste les mêmes mouvements que la veille vers l'Ouest, mais les groupements passent trop loin du poste pour que le tir puisse être efficace. Vers midi, l'attaque semblant se dessiner contre la dechra des BENI SMIR, la section prend position devant la face Ouest du poste. Les vues du postes pour protéger la casbah sont assez limitées, la crête sur laquelle est construite la casbah même et qui limite l'horizon du poste vers l'Ouest cachant de façon absolu tout le terrain et chemin d'accès à l'Ouest de la casbah BENI SMIR. Vers le Sud Est un ravin assez profond situé entre la crête rocheuse de la casbah Rouge et la crête de l'horizon permet à l'assaillant de dissimuler ses mouvements. La section est mise en surveillance sur l'angle gauche de la casbah Rouge. A 1 h 00, ordre de commencer le feu. Tir sur la crête rocheuse où des factions assez importantes se déplacent et tiraillent où doivent se trouver de nombreux rassemblements; distance 2500 - 2900 mètres, sur un front de 250/000 environ à la droite du marabout. Le Capitaine commandant utilise, dans la suite les 2 pièces de la section, soit séparées, soit simultanément pour tirer sur tous les groupements plus importants, semblant menacer particulièrement la casbah, en surveillant spécialement secteur de la casbah Rouge. Quelques obus à mélinite sont tirés sur des assaillants portés sur la petite croupe rocheuse située en arrière et à gauche du marabout et dont la présence est révélée par de nombreux coups de feu. Les résultats paraissent très efficaces, l'attaque ne semblant pas progresser de ce côté, et des mouvements de cavaliers assez importants commençant à se manifester au Sud et au Nord de la casbah, sur la crête de l'horizon. Le Commandant fait à 15 h 00 exécuter un tir en arrière de la casbah pour atteindre les rassemblements et retarder l'attaque qui devait se produire de ce côté, mais sur laquelle on avait aucune vue ( tir à 3100 - 3200 mètres ). Vers 16 h 00 de très importants groupements apparaissent sur la crête aux environs immédiat de la casbah, à droite et à gauche, et se précipitent avec une extrême rapidité sur la casbah par les côtes Nord Ouest et Sud Ouest pendant que les BENI SMIR sortent précipitamment de la face Est fuyant vers le camp. Le mouvement dure deux ou trois minutes à peine. Dès qu'il s'amorce, la section ouvre un feu rapide sur la lisière et les abords Sud Ouest et Nord Ouest de la casbah, puis tir à la mélinite à l'intérieur de la casbah ( 8 coups ). Après quelques salves tirées sur les groupements les plus importants quittant la casbah avec leur butin, le Commandant donne l'ordre de cesser le feu à 16 h 30, la casbah étant à ce moment à peu près évacuée. Aucun incident à signaler, nombreux projectiles tirés à balles ( 147 ). D'après les renseignements reçus, obus explosifs 16 ont été très efficaces.

17 mars Des groupements sont signalés dès le matin dans la dechra des BENI SMIR, occupés vraisemblablement à ramasser leurs morts. A 9 h 00 le commandant du poste donne l'ordre de tirer 2 obus explosifs qui précipitent l'évacuation de la dechra, en même temps sans doute que l'annonce de l'arrivée de la colonne mobile qui apparaît sur les crêtes Nord Ouest du poste ( 3500 ) vers 10 h 30 marchant vers le Nord Est. On entend dans l'après midi le canon dans cette direction.

18 mars La colonne fait savoir par rekkas, qu'elle a refoulé les SMALA de leur campement et que ce même pour elle, doit en contournant le poste par l'Est se diriger vers le Sud du campement des TADLA du côté de SI HAYA. Rien à signaler du côté du poste.

19 mars Arrivée au poste vers 11 h 00 du Général DITTE et du Colonel MANGIN. Rien à signaler.

20 mars Départ du Général DITTE et du Colonel MANGIN vers 15 h 00; on aperçoit du poste dans la direction Sud Ouest une abondante fumée. Le soir, la colonne fait savoir qu'elle rentre à BIR MEZOUI après avoir marchée sans rencontrer d'obstacles et brûler le campement des TADLA abandonné.

21 au 23 mars Rien à signaler, travaux intérieur et de propreté, revue d'armes.

24 mars Travaux intérieur de propreté. La colonne MANGIN vient camper à proximité du poste. La section est mise provisoirement à la disposition de la colonne et est remplacée au poste par une section de 75 ( 3/38 ). Elle est affectée au groupe GUEYDON DE DIVES comprenant : Le bataillon MARTY ( 14ème Chasseurs ), le bataillon PERIER ( 3ème Zouaves ), le bataillon LAGRIFOUL ( 3ème Tirailleurs ), la batterie de 65 DUHAUTOIS ( 8/1 ), 8 pelotons de cavalerie ( Spahis et Goumiers ), 1 section de mitrailleuses, et reçoit l'ordre d'aller le soir même camper au bivouac de ce groupe. La section quitte donc le poste à l'effectif suivant : personnel : officiers 2, sous-officiers 3, canonniers 50. Animaux : chevaux français 3, chevaux arabes 4, mulets 50.

25 mars Repos; la colonne a l'ordre de se tenir prête à partir dans la nuit au premier signal. Le signal est donné à 22 h 00.

26 mars Départ de la tête de colonne à 0 h 30. Ordre de marche : groupe GUEYDON encadrant le convoi et formant l'arrière garde. La section est placée sous les ordres du Commandant MARTY commandant l'arrière garde ( 14ème bataillon de Chasseurs ° et marche derrière le convoi; direction générale de marche Nord Est. A 6 h 30, l'arrière garde s'arrête pour protéger la réparation d'une voiture de la batterie de 75 ( FORGE ) restée en arrière. Quelques groupements de cavaliers apparaissent sur les crêtes mais trop disséminés pour faire intervenir le canon. A 7 h 00, l'arrière garde reprend le mouvement en avant et rejoint à 7 h 30 le gros à la dechra des OULEDS BRAKSA. La section reçoit l'ordre de quitter le bataillon MARTY qui s'installe à la dechra avec la batterie de 75, et de se mettre sous le commandement du Commandant LAGRIFOUL dont la bataillon forme l'arrière garde de la partie de la colonne poursuivant le mouvement en avant. A 9 h 00, ordre du commandant de l'artillerie ( Commandant TEISSIER ) de se porter le plus rapidement possible en tête de la colonne. La marche en avant est effectuée à une allure très rapide dans un terrain mouvementé et rocheux, et à 10 h 15 la section se met en batterie à environ 1500 mètres du campement des SMALAS, pour repousser le mouvement d'offensive que ces derniers effectuent contre la cavalerie ( Spahis ) occupant ce campement; ouverture du feu de suite ( 10 projectiles tirés ). Les SMALAS abandonnent leur attaque et s'enfuyent aux coups tirés sur ce groupement plus important; la section se porte en avant. A 11 h 30, ordre à la colonne de faire demi-tour pour venir bivouaquer à la dechra BRAKSA, section placée à l'arrière garde ( Commandant PERIER bataillon 3 ). Rien à signaler. Arrivée à 15 h 30 au bivouac ( camp groupe GUEYDON près de la dechra Ouest ).

27 mars Repos

28 mars La section fait partie d'un détachement placé sous les ordres du Colonel GUEYDON, comprenant : 2 bataillons, 2 sections d'artillerie et 2 pelotons de Spahis chargés de protéger la recherche des silos dans les dechras voisines du camp, et d'aller jusqu'au point dit " le vieux caroubier " à la rencontre d'un convoi venant de l'oued ZEM. Départ 7 h 00, arrivée aux dechras 8 h 00; rien à signaler. Départ pour le " caroubier " 10 h 45, arrivée 12 h 00. La section reçoit l'ordre de surveiller le terrain dans les directions Sud et Est. A 12 h 30, ordre d'ouvrir le feu sur une dechra où quelques Marocains ont été signalés vidant des silos et sur un ravin en arrière de cette dechra défilé aux vues et qui peut leur servir de chemin d'accès et de fuite. Distance dechra : 2400, ravin : 2450 - 2700. Aucun incident. A 12 h 45, ordre de cesser le feu. A 15 h 30 le convoi arrive et le détachement rentre au camp où il arrive vers 16 h 30.

Note personnelle : Dans ce convoi, la 1ère section où se trouve le grand père VIAL Claude. La 2ème batterie se trouve alors au complet ( voir 28 mars section de CASABLANCA ).

Pertes : néant. Projectiles tirés 24 dont 6 obus explosifs. Ravitaillement effectué.

29 mars Reconnaissance effectuée par une partie des éléments de la colonne sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN. Pour la batterie repos et soins de propreté. Toutes les troupes de la colonne ( sauf le bataillon de Chasseurs et la batterie de 75 à la dechra ) reçoivent l'ordre de se tenir prêt à partir le lendemain pour une reconnaissance dans la direction Nord Ouest ( liaison avec le camp CHRISTIAN ).

30 mars Le départ est ajourné en raison du très mauvais temps persistant depuis la veille au soir.

31 mars Départ 7 h 00, la batterie est affectée au groupe MAGNIN formant l'arrière garde encadrant le convoi et marche derrière les 2 compagnies de Tirailleurs Sénégalais. A 10 h 30, ordre de laisser une section à dechra des BAKSA avec le convoi et 2 compagnies du groupe MAGNIN. La 1ère section reste; la 2ème section continue la marche en avant. A 14 h 00, la colonne arrête son mouvement en avant en vue du détachement du camp CHRISTIAN. A 2 h 30, ordre de revenir en arrière pour venir bivouaquer à l'oued où la batterie retrouve la 2ème section. Aucune des 2 sections n'a tiré.

1 avril Repos. Un détachement est envoyé dans les dechras voisines pour chercher de l'orge dans les silos.

2 avril Retour à la dechra BRAKSA. La batterie marche au groupe de tête (groupe MAGNIN) derrière la 1ère compagnie du gros. Rien à signaler. Arrivée au bivouac à 10 h 30. La batterie reprend sa place dans le camp GUEYDON DE DIVES.

3 avril Séjour à la dechra BRAKSA.

4 avril Soins de propreté et corvées intérieures; très mauvais temps empêchant toute manoeuvre intérieure. La batterie est affectée au groupe MAGNIN dont la nouvelle comprend : Bataillon BRUNET ( 2 compagnies de Zouaves, 2 compagnies Sénégalaises avec section de mitrailleuses ) Bataillon MARTY ( 3 compagnies de Chasseurs avec section de mitrailleuses ) Bataillon CAHEN ( 3 compagnies Sénégalaises ) 1 batterie de 65 ( 2 sections ) et ½ batterie de 75 ( 3/38 ) 2 escadrons de cavalerie ( DECHAMP et GAND ) 8ème Ambulance mobile

5 avril Soins de propreté et corvées intérieures. La 1ère section est désignée pour faire partie de l'escorte du convoi allant sur l'oued ZEM devant rejoindre le lendemain la colonne à la dechra des OULED MOUSSA.

6 avril La colonne se porte à la dechra BRAKSA à BOUJAD. Départ à 11 h 00, groupe MANGIN formant l'escorte du convoi et l'arrière garde. La batterie marche derrière la compagnie de Chasseurs formant l'arrière de l'escorte du convoi. Aucun incident dans la marche. Arrivée à BOUJAD à 16 h 30. La colonne bivouaque à proximité et au Sud de la ville.

7 avril Départ à 3 h 00 du matin, groupe MANGIN en tête formant l'avant garde; ordre de marche: Avant garde : 2 compagnies Gros : 2 compagnies de Zouaves et bataillon Sénégalais Flanc garde droit : 2 compagnies de Zouaves Flanc garde gauche : 1 compagnie MARTY En réserve : 2 compagnies MARTY, 3 compagnies Sénégalaises, artillerie. A 7 h 30, la batterie reçoit du Colonel MANGIN par le Commandant de l'artillerie, l'ordre de prendre position face à l'Est et d'ouvrir le feu sur des groupements de cavaliers aperçus sur la droite de la colonne. Tirs par section sur 2 groupements différents : distance du tir 3600 3800 mètres projectiles tirés 35 obus à balles, 21 obus à la mélinite. Les groupements se dispersent. A 7 h 30, la 2ème section ouvre le feu sur un rassemblement plus rapproché et vers l'arrière; distance 1700 mètres, 10 projectiles tirés ( obus à balles ). Le groupement est atteint dès les premiers coups et se disperse. La batterie remise sous les ordres du Colonel MAGNIN reçoit l'ordre de reprendre sa place dans la colonne; Elle rejoint le gros du groupe MANGIN à la halte effectuée de 9 à 9 h 30, en arrière d'une crête ayant de très bonnes vues sur tout le terrain environnant la colonne. A 9 h 15, la batterie met en batterie sur la crête, la 1ère sectioin face au Sud, la 2ème face à l'Ouest et reçoit l'ordre d'ouvrir le feu sur tous les groupements importants apperçus dans les deux directions. La 1ère section : 26 projectiles ( obus à balles ) en trois tirs différents, distance de tir entre 2500 et 3500 mètres. 2ème section : 4 projectils ( obus à balles ) distance de tir 3000 mètres. A 9 h 30, la colonne reprend la marche en avant , l'artillerie batterie de 75 à gauche, batterie de 65 à droite, marchant derrière la première ligne d'infanterie et ayant pour mission, en manoeuvrant dans chaque batterie par échelon de section, de déblayer le terrain devant l'infanterie, de façon de permettre à celle-ci de marcher rapidement en avant direction générale, la casbah TADLA ( Sud Ouest ). La 2ème section se porte de suite en avant, prend position à 9 h 40 et ouvre le feu sur les groupements aperçus; distance 2000 mètres ( 12 projectiles ). La 1ère section quitte alors sa position et fait un bon en avant; ouverture du feu à 10 h 00; distance 1800 mètres ( 8 projectiles tirés à balles ). En raison de la marche très rapide de l'infanterie suffisamment soutenue par la batterie de 75, le Capitaine commandant donne alors aux deux sections l'ordre de se porter en avant le plus rapidement possible, sans arrêt, de façon à rejoindre la ligne d'infanterie et arriver le plus tôt possible en vue de la casbah TADLA pour appuyer le mouvement en avant de la cavalerie et pouvoir à temps prendre place sur la rive gauche de l'OUM ER REBIA dont l'accès est rendu assez difficile par un terrain très accidenté. La batterie entière reprend son mouvement en avant en accélérant l'allure; mais à 10 h 30, la 1ère section est demandée d'urgence par le Colonel GUEYDON commandant le groupe d'arrière garde pour combattre des groupements assez importants menaçant le convoi. La 1ère section se met à sa disposition, la 2ème continue son mouvement en avant, traverse l'OUM ER REBIA en même temps que la tête d'infanterie et prend position sur les hauteurs de la rive gauche où elle se met en surveillance prête à combattre tout retour offensif de l'adversaire. 6 coups tirés sur un groupement de cavaliers. La 1ère section mise à la disposition du Colonel GUEYDON se met en batterie face au Nord ( arrière de la colonne ) et ouvre le feu sur les groupements menaçant le convoi. Distance de tir 2500 mètres, 22 projectiles tirés ( explosifs ). Elle reprend sa marche en avant et est de nouveau arrêtée sur les hauteurs rive droite de l'OUM ER REBIA, et mise en surveillance sur les hauteurs rive gauche où manoeuvre la compagnie, mais elle n'a pas à tirer. Elle rejoint la 2ème section à 12 h 30; grande hdalte jusqu'à 14 h 00. A 14 h 00, reprise du mouvement en avant : même formation que le matin; aucun tir n'est effectué. Arrivée à la dechra NELTA à 16 h 30 où la colonne bivouaque, la batterie en arrière face Ouest occupée par le bataillon BRUNET. Total des projectiles tirés : 144 dont 43 explosifs. Pertes : Néant Ravitaillement effectué le jour même.

8 avril La colonne se porte de la dechra NELTA à casbah TADLA; départ à 8 h 00; groupe MAGNIN encadrant le convoi d'arrière garde, la batterie derrière le convoi. Rien à signaler, arrivée à 18 h 00. Le groupe MAGNIN bivouaque sur les hauteurs de la rive gauche, la batterie derrière la face Est occupée par le bataillon Sénégalais.

9 avril Repos, soins de propreté.

10 avril A 9 h 00, ordre de départ de toute la colonne pour casbah ZIDANIA, groupe MANGIN en tête. Ordre de marche : Avant garde : 2 compagnies du 14 bataillon de Chasseurs Alpins Flanc garde gauche : 2 compagnies du bataillon BRUNET Flanc garde droit : 1 compagnie Sénégalaise, 1 compagnie du 14ème bataillon de Chasseurs Alpins. En réserve : 2 compagnies Sénégalaises, 2 compagnies Unités Auxiliaires Marocaines. L'artillerie marche en avant de la réserve; départ à 11 h 30. A 15 h 00, halte à hauteur des dechras des BENI MADEN qui sont brûlées; reprise de la marche en avant. A 16 h 00, ordre de mettre en batterie; objectif les dechras avoisinantes la casbah ZIDANIA et les groupements venant à l'attaque de la colonne. Distance des tirs 2400 et 3200 mètres. 126 projectiles tirés dont 17 à balles et 109 à la mélinite. La colonne se remet en marche et bivouaque à 17 h 30 au Sud de la casbah; la batterie est placée sur les pentes du ravin, derrière la face Sud ( bataillon BRUNET ).

11 avril Marche sur la casbah BENI MELLAL; groupe MAGNIN arrière garde, 2 compagnies BRUNET, au convoi 3 compagnies Sénégalaises. Ordre de marche : Flanc garde droit : Compagnie RAYMOND Flanc garde gauche : 1 compagnie 14ème B.C.A. Réserve : 2 compagnies 14ème B.C.A., 2 Unités Aauxiliaires Marocaines. La batterie marche en arrière de la réserve; départ à 5 h 30. A 7 h 00 la groupe MAGNIN sauf 1 bataillon reçoit l'ordre de s'installer en halte gardée avec le convoi sur la rive Nord de l'oued, pendant que le reste de la colonne se porte à BENI MELLAL. La batterie est installée en surveillance face à l'Est et au Sud, mais il ne se présente aucun objectif. A 17 h 20, la colonne mobile revient et toute la colonne s'installe au bivouac, la batterie derrière la face Nord occupée par les Sénégalais.

12 avril Marche sur casbah ZIDANIA et passage de l'oued; départ 7 h 00, groupe MAGNIN en tête. Ordre de marche : Avant garde : 2 compagnies bataillon MARTY. Flanc garde droite : 1 compagnie 14ème B.C.A., compagnie Sénégalaise; Flanc garde gauche : 2 compagnies BRUNET Réserve : 2 Compagnies BRUNET, 1 compagnie Sénégalaise. La batterie marche derrière la réserve; le passage de l'oued est assez difficile, l'eau atteignant en certains endroits plus d'un mètre avec un très fort courant. La batterie passe à 10 h 00 en tête du groupe derrière une compagnie d'unité auxiliaire Marocaine, sans incident et va prendre position sur les hauteurs Nord de l'oued, en surveillance face au Nord et à l'Ouest. Vers 11 h 30, les crêtes commencent à se couvrir de groupements se dirigeant vers le camp et tiraillant. A 11 h 45, ordre à toute la batterie d'ouvrir le feu sur les groupements des crêtes Nord Ouest ( cavaliers et hommes à pieds ). Distance 3000 mètres ( 19 projectiles tirés à balles ); les groupements disparaissent. A 13 h 00, ordre à toute la batterie de battre les crêtes Ouest marquées par des douards et leurs abords par un feu intense et rapide. Distance du tir 2900, 3200 mètres; 68 projectiles tirés ( à balles ). Ordre de cesser le feu. A 13 h 30, ordre pour toutes la batterie de battre la crête Ouest la plus rapprochées et le ravin en arrière. Cette crête est occupée par des fantassins qui tiraillent sur nos lignes d'infanterie. Distance du tir 1200, 1800 mètres; 48 projectiles tirés ( à balles ). A 14 h 00, ordre pour la 2ème section de battre les crêtes et le versant arrière d'un petit mamelon occupé par des fantassins qui tirent sur le camp ( direction Sud Ouest ). Distance du tir : 900 mètres, 6 projectiles tirés ( explosifs ). A 15 h 00, le Capitaine commandant reçoit l'ordre d'envoyer une section à son emplacement de bivouac ( en arrière ) de la face occupée par le 14ème B.C.A. et de conserver l'autre section en surveillance prête à appuyer la contre attaque effectuée vers l'Ouest par 2 bataillons pour dégager les abords du camp A 15 h 30, ordre de porter la section en avant le plus rapidement possible dans la direction de la contre attaque. Elle fait un bond d'environ 1500 mètres et est mise en batterie avec mission de surveiller le flanc gauche de la contre attaque et d'empêcher tout retour offensif de l'ennemi lorsque les troupes de cette contre attaque se replieront sur le camp. A 16 h 00, la section ouvre le feu sur d'importants rassemblements dans la direction du Sud Est; 45 projectiles tirés, dont 11 explosifs, en trois tirs qui sont arrêtés dès que les groupements sont dispersés. A 17 h 00, la contre attaque commence à se replier, après avoir brûlé les douars. Aucun retour offensif de l'ennemi. La section prend sa place au bivouac où elle arrive à 17 h 30. Total projectiles tirés : 186, dont 169 à balles et 17 explosifs. Blessé : 1 Maréchal des Logis fourrier.

13 avril Marche sur EL KOUIF où la colonne doit bivouaquer; groupe MAGNIN d'arrière garde, la batterie devant les 2 compagnies du 14ème B.C.A. Départ 6 h 00, arrivée midi, sans incident. La batterie bivouaque derrière la face Nord ( 14ème B.C.A. ).

14 et15 avril Repos et soins de propreté; revue intérieure. Manoeuves d'artillerie le 15 au matin. Un convoi de ravitaillemen,t dirigé le 14 sur oued ZEM rejoint la colonne le 15 à 14 h 00.

16 avril La colonne se porte sur SIDI BEN SALAT (SOUK EL ARBA ); groupe MAGNIN avant garde, la batterie en avant de la réserve de l'avant garde ( bataillon MARTY ). Départ 6 h 00, grande halte de 12 h 00 à 13 h 30. Arrivée à 16 h 30 aux douars de SIDI BEN SALAT où la colonne bivouaque ( la batterie derrière la face Nord ).

17 avril La colonne se porte au Sud Ouest dans la direction du gué qui se trouve à l'Ouest du SIDI SALAT. Départ à 10 h 30, groupe MAGNIN d'arrière garde, la batterie marchant en arrière de la réserve constituée par le bataillon BRUNET. Aucun incident jusqu'à 15 h 00, heure à laquelle les premiers coups de feu se font entendre. A 15 h 30, ordre à la batterie de se mettre en batterie face au Sud Est et d'ouvrir le feu sur des groupements venant de l'Est et du Nord Est, et se dirigeant vers la tête de la colonne. Ouverture du feu à 3600 mètres. La distance de ces groupements dépassant 4000 mètres, le Capitaine commandant arrête le tir ( 8 projectiles tirés, à balles ), et porte la batterie en avant. A 15 h 50, au moment de prendre une nouvelle position la batterie reçoit l'ordre de passer immédiatement la rivière avec les premiers éléments de la colonne ( cavaliers bataillon BRUNET, section de 75 ) pour aller prendre position sur la rive gauche. Le passage du gué s'effectue à 17 h 15. A 17 h 45, la batterie est mise en surveillance sur les hauteurs de la rive gauche à environ 800 mètres au Sud de la rivière, avec mission de surveiller et battre une dépression de terrain où se trouvent des rassemblements assez importants se dissimulant aux vues. A 18 h 15, les deux sections ouvrent le feu rapide sur leur zone; distance de tir 2800 à 3000 mètres; projectiles tirés : 35 à balles. A 18 h 45, ordre de charger les mulets et de s'installer au bivouac qui est formé sur la rive gauche de la rivière. La batterie est placée derrière la face Ouest ( bataillon BRUNET ). Nombre total de projectiles tirés, 43 à balles. Perte : néant. Un incident de tir : rupture du grain rapporté du marteau.

18 avril La colonne se porte en suivant la rive gauche de la rivière à DAR OULD ZIDOUH où elle campe. Groupe MAGNIN avant garde; la batterie devant les compagnies de réserve ( bataillon MARTY ). Départ 7 h 00, arrivée 8 h 30; aucun incident.

19 avril La colonne se porte vers l'Ouest sur la rive droite de l'oued SAMMELLEN?? où elle opère sa jonction avec la colonne SAVY campée sur la rive gauche. Départ à 6 h 00, arrivée à 9 h 00. Groupe MAGNIN arrière garde; la batterie derrière les compagnies de réserves. Aucun incident.

20 avril La colonne se porte vers la montagne dans la direction du Sud Est (SIDI BOU VAHIA). Départ 6 h 00, arrivée au pied de la montagne à une oliveraie où la colonne doit faire grande halte et vider des silos. Le groupe MAGNIN est chargé de la protection du côté de la montagne. La batterie reçoit l'ordre d'aller avec le 14ème B.C.A. occuper une première croupe qui domine l'oliveraie ( de 15 à 20 minutes de marche ), arrivée sur la position à 10 h 40. La batterie est établie en surveillance, une section face à l'Ouest, une section face au Nord prête à battre les différentes crêtes occupées par des groupements très importants de Marocains, mais avec l'ordre de ne tirer qu'en cas d'attaque et sur l'ordre du commandant du 14ème B.C.A.. L'attaque n'ayant pas lieu (seulement quelques coups de feu isolés), la batterie ne tire pas et à 14 h 30 reçoit l'ordre de rejoindre la colonne qui se porte à DAR OULD ZIDOUH, groupe MAGNIN d'arrière garde. Arrivée au bivouac à 18 h 30, aucun incident.

21 avril Le groupe MAGNIN est désigné pour escorter jusqu'à Z??MART le convoi de ravitaillement dirigé sur EL BOROUDJ. Départ à 5 h 00, passage du gué 5 h 30 à 7 h 00, grande halte de 11 h 15 à 12 h 25. Retour au campement à 16 h 30, aucun incident.

22 avril Repos, travaux de propreté.

23 avril Repos, travaux de propreté, instruction et manoeuvres.

24 avril Le convoi de ravitaillement arrive au camp à 9 h 00 du matin avec son escorte et un renfort de 2 compagnies et une demi batterie de 75 (Capitaine TOUEXZ) venant d'EL BOROUDJ. Le Colonel MANGIN commandant la colonne se rend à EL BOROUDJ où se trouve le Résident. Le commandement est exercé en son absence par le Colonel GUEYDON DE DIVES. Des dispositions sont prises en vue d'une attaque de nuit possible. La batterie a comme zone de surveillance la face Nord (abords de l'oued). Les positions sont préparées (épaulements rapides) et les mouvements principaux du terrain repérés.

25 avril Repos, travaux de propreté, instruction et manoeuvres d'artillerie.

26 avril Marche sur AÏN ZERGA. Groupe MAGNIN d'arrière garde, la batterie en arrière de la réserve (bataillon MARTY), bataillon Sénégalais d'arrière garde. Départ 6 h 00. Les premiers coups de feu se font entendre vers 10 h 00 sur la droite et à l'arrière. Le bataillon d'arrière garde est chargé avec une section de 75 de contenir l'ennemi devenant à chaque instant plus nombreux et plus pressant, pendant que le reste de la colonne continue la marche et arrive au camp d'AÏN ZERGA. A 13 h 00, le bataillon MARTY (réserve de l'arrière garde) qui a suivi le gros de la colonne et se trouve à en environ 500 mètres du camp, reçoit l'ordre de s'arrêter et de faire face à l'attaque. La batterie prend une position le plus défilé possible sur une petite crête, direction générale à 800 mètres de la face Ouest du camp. Le Sous-Lieutenant PAOLETTI de la 2ème section blessé assez gravement au moment de mettre en batterie est remplacé dans le commandement de la section par l'adjudant. Ouverture du feu à 13 h 30 sur de nombreux groupes Marocains qui serrent de près notre dernière ligne d'infanterie. Tir par hausses échelonnées sur un front de 150 millièmes environ. Distance du tir variant de 800 à 1800 mètres et battant le terrain jusqu'aux douars et dechras de AÏN THONNER. Projectiles tirés 58 à balles. A 14 h 00, ordre de charger les mulets et de s'installer au camp derrière la face Sud (14ème B.A.). Arrivée au campement à 14 h 30. La batterie s'installe et fait l'abreuvoir de suite, à 16 h 30 ordre de porter toute la batterie en avant de la face Ouest du camp pour soutenir la contre attaque effectruée par 2 bataillons, 1 batterie de 75 et la cavalerie contre les Marocains qui occupent les douars, dechras et bois d'AÏN THANNER, et tiraillent sur le camp en s'approchant à moins de 800 mètres. La batterie est en position à 17 h 00 avec mission de battre tout objectifs se présentant dans la zone de surveillance qui lui est affectée, direction générale Ouest, sur un front de 300 milièmes environ. Cette zone est répartie entre les 2 sections qui exécutent différents tirs. 1/ Sur des groupements signalés dans un petit ravin à 1200 mètres et qui se manifestent pas des coups de feu sur la crêtes. Distance de tir : 1200 - 1400 mètres; projectiles tirés 8 à balles, 14 explosifs. 2/ Sur des groupements vus dans le pli de terrain assez profond et boisé se trouvant sur la droite (groupements et bois). Distance de tir 1800-2000 mètres; projectiles tirés 15 à balles, 38 à mélinite. 3/ Sur les 2 dechras situées sur la crête en arrière de ce pli de terrain. Distance de tir 2200 - 2400 mètres; projectiles tirés 18 à mélinite. 4/ Sur la crête de l'horizon à droite des bois d'où sortent les Marocains refoulés par la contre attaque. Distance de tir 3200-3300-3400 mètres, en poursuivant l'ennemi sur la droite; projectiles tirés 42 à balles. A 18 h 35, ordre de charger les mulets et de reprendre l'emplacement de campement. Les sections sont placées pour la nuit sur la face Sud et préparées pour le tir en cas d'attaque rapprochée. Projectiles tirés : 123 à balles, 70 à mélinite. Ravitaillement effectué le soir même. Pertes : Un Sous-Lieutenent (M PAOLETTI ) assez grièvement blessé, une balle lui ayant traversé la poitrine légèrement au dessous du coeur (voire carte postale du 21/07/13).

27 avril Marche sur SIDI ALI BOU BRAÏM (Sud Ouest); départ à 7 h 00, groupe MAGNIN avant garde, la batterie en avant de la réserve (bataillon Sénégalais et compagnies de Zouaves). A 12 h 30, l'attaque de la position de SIDI ALI BOU BRAÏM commence. La batterie reçoit l'ordre de se mettre en batterie avec zone de surveillance les dechras formant la lisière Est du village et les pentes avoisinantes. La batterie est encadrée par les deux batteries de 75; les trois batteries sous le commandement du Commandant TESSIER. A 13 h 00, la 2ème section est portée en avant pour être à même de prendre pied sur la position dès qu'elle sera occupée par l'infanterie, mais est arrêtée après un bond d'environ 500 mètres pour tirer sur les crêtes qui se trouvent à l'Est du marabout où le dominant et sont occupées par des Marocains qui tirent sur notre infanterie montant au marabout. Distance 2000, site +180; 6 à balles, 10 explosifs. A la même heure, la 1ère section restée en position exécute un tir sur la zone de surveillance pour soutenir l'attaque de l'infanterie qui y monte; 30 projectiles tirés, 14 à balles, 16 explosifs. A 13 h 15, le Capitaine commandant qui a reconnu le chemin d'accès du marabout envoie l'ordre à la 2ème section de reprendre son mouvement en avant, ordre exécuté à 13 h 50. La section arrive en haut du village (près du marabout) à 14 h 00 et se met en batterie à la sortie Sud du village pour surveiller le ravin boisé et les crêtes dans la direction Sud. Notre infanterie cherchant à progresser dans ce ravin, la section bat les bois et petites crêtes où la fumée décèle la présence des tirailleurs ennemis. Tir exécuté de 14 h 30 à 16 h 00; distance de tir variant de 1200 à 2000. 60 projectiles tirés : 40 à balles, 20 explosifs. A 14 h 30 la 1ère section rejoint la 2ème au village et est mise en position d'attente. A 15 h 30, ordre à la batterie de redescendre au campement au pied de la montagne. Le 14ème bataillon s'installe au village et aux crêtes voisines pour y passer la nuit. La batterie fait l'abreuvoir en redescendant (l'abreuvoir est à mi pente, et l'opération est longue en raison du grand nombre d'animaux qui s'y présente). A 18 h 00, le Capitaine descendu en avant pour prendre des ordres, reçoit l'ordre d'envoyer une section pour soutenir la position que le bataillon BRUNET a prise dans la montagne à l'Ouest du village et de mettre l'autre section en batterie dans le camp pour battre la crête rocheuse dominant le village à l'Ouest et dont l'extrémité Ouest est occupée par les Goumiers. Sur cette crête se produit un retour offensif de Marocains tiraillant dans le village et dans le camp.

La 1ère section (Lieutenant HUSTE) se porte dans la direction indiquée aussitôt l'abreuvoir terminé, guidée par le brigadier fourrier qui a reconnu l'itinéraire. Elle arrive à la position à 17 h 15 et se met de suite en batterie. Mission : soutenir l'attaque de l'infanterie qui doit s'emparer de la dechra, du col et des pentes descendant du col sur la plaine. 1er tir : sur les oliviers où se trouve des groupements arrêtant la marche de la compagnie Marocaine; distance 1000 - 1250 mètres. Projectiles tirés 28 dont 8 à balles et 20 explosifs. 2ème tir : sur le village et la dechra qu'attaquent les compagnies de Zouaves; distance 700 - 900 mètres; Projectiles : 40 explosifs. 3ème tir : casbah et oliviers attaqués par la compagnie Marocaine; distance 1300 - 1450 mètres. Projectiles tirés : 4 à balles et 33 explosifs. 4ème tir : col et pentes Nord et Sud attaqués par les Zouaves. Projectiles tirés 48 à balles.

La 2ème section se met en batterie dans la partie Ouest du camp et exécute différents tirs sur les pentes et les crêtes du mamelon rocheux qu'elle a dans sa surveillance, sur les groupements les plus importants qu'elle aperçoit; distance de la crête 1700 mètres, site + 180. Projectiles tirés 22 dont 11 à la mélinite. Les deux sections rentrent à leur campement à la nuit. La 2ème section à 18 h 30, la 1ère à 19 h 00. Total des projectiles tirés : 131 à balles, 150 à mélinite. Le ravitaillement est effectué, mais en raison de l'approvisionnement des sections de munitions, ne peut être fait au complet. Il manque à la batterie pour avoir son approvisionnement total 80 obus à la mélinite.

28 avril la colonne reste sur place. A 7 h 00 ordre de mettre une section en batterie dans le camp pour surveiller les crêtes situées à l'Ouest du mamelon occupé par le 14ème bataillon pendant le mouvement effectué par deux bataillons du groupe GUEYDON qui a pour mission d'aller occuper ces crêtes. La section ne tire que 5 projectiles sur un groupement très près dont le tir gène la marche de l'infanterie et qui disparaît de suite et est remplacée dans sa mission de surveillance par une section de 75. A 17 h 45, le Capitaine ayant remarqué que le mouvement de replis du bataillon Sénégalais qui occupait le col et les crêtes était menacé par les Marocains qui reprennent rapidement leurs positions et tirent sur les troupes en replis ( compagnies Sénégalaises et section de 65) dans le village, et même commencent à descendre les pentes, fait mettre rapidement une section en batterie à proximité du parc et ouvre le feu sur le col et les crêtes où la présence des tireurs se manifeste par beaucoup de fumée. Projectiles tirés 37 à balles. Le ravitaillement ne peut être effectué, la section de munitions n'ayant plus de projectiles de 65. La batterie passe à la 8ème batterie qui a épuisée ses munitions 17 paires de caisses. A 19 h 45, attaque assez violente de la face Est du côté Sud; le personnel de la batterie est rassemblé aux pièces. L'ennemi vient jusqu'aux tranchées mais est repoussé par une charge à la baïonnette de la compagnie coloniale RAYMOND.

29 avril La colonne conserve son campement et occupe les crêtes. La batterie à l'ordre de tenir une section prête à marcher mais n'exécute aucune opération. A 15 h 30, en prévision d'une attaque par la plaine, le commandant de l'artillerie donne l'ordre au Capitaine Commandant de reconnaître une position sur le mamelon rocheux de la face Ouest permettant de battre le pied des pentes de la montagne du côté de l'Ouest, en angle mort pour le 75 en batterie dans le camp. La position est occupée à 16 h 00 par la 1ère section, mais aucun tir n'est exécuté, sauf un coup comme repérage du terrain. La section rentre à la nuit. Pendant la nuit, quelques attaques partielles du camp, mais l'alerte n'est pas donnée.

30 avril La colonne se porte à AÏN ZERGAZ; départ du camp à 4 h 55, batterie en avant garde avec le bataillon MARTY. A 5 h 30, arrêt pour permettre aux bataillons du groupe GUEYDON qui avaient passé la nuit sur les crêtes et étaient redescendus à la pointe du jour sous la protection de l'artillerie en batterie, de rejoindre la colonne. Aucun incident pendant la marche. Arrivée au bivouac à 10 h 45; même emplacement que le 26.

1 mai La colonne se porte à casbah ZIDANIA; départ du camp à 5 h 00, la batterie en arrière garde, derrière la réserve (bataillon MARTY). Aucun incident. Arrivée au campement à 12 h 30. Même emplacement que le 10 avril.

2 au 4 mai Repos et travaux de propreté. Départ le 2 d'un convoi d'évacuation et de ravitaillement sur l'oued ZEM..

5 mai La colonne se porte sur casbah TADLA; départ du camp 6 h 00, la batterie en avant garde devant la réserve. Aucun incident. Arrivée au campement à 11 h 00.

6 mai Installation, soins de propreté. La batterie est placée en surveillance : 1ère section face au Sud Ouest, 2ème section face à l'Est. Pendant l'attaque de nuit qui a lieu à 22 h 00, la 2ème section tire 6 coups de canon (distance 400 à 600 mètres).

7 mai Repos. La colonne est constituée en 3 groupes, placés sous les commandements respectifs du : Colonel MATHIEU, Lieutenant Colonel MAGNIN, Commandant BETRIX. La batterie est affectée au groupe MATHIEU et vient occuper un campement dans un vallonnement situé en arrière de la face Sud du camp (bataillon de tirailleurs). Le Colonel TARGE commandant l'artillerie des Troupes du Maroc Occidental rejoint la colonne avec le convoi de ravitaillement et prend le commandement de l'artillerie. A 15 h 30, ordre à la 2ème section d'aller prendre sa position sur la face Est du camp pour appuyer la sortie faite par une partie des troupes Mission : surveiller et battre le ravin de l'Oum er Rebia entre les deux marabouts, et ensuite le mamelon et le plateau au delà du ravin. Distance de tir marabouts, 2800 mètres, crête du mamelon 3000 mètres. La section (1ère) est mise en surveillance pour la nuit sur la face Sud, dans une tranchée occupée par le bataillon de tirailleurs pour la défense rapprochée du camp en cas d'attaque. A 22 h 00 attaque sur la face Sud : 8 coups de canons tirés dont 2 coups à 600 mètres, puis tir à distance rapprochée 200 mètres.

8 au 10 mai Travaux intérieurs et soins de propreté. Le matin manoeuvre d'artillerie. Une section à tour de rôle occupe chaque nuit la position de surveillance; quelques coups de fusils seulement, la section n'a pas à tirer.

11 au 18 mai Continuation du séjour à casbah TADLA et travaux d'installation du poste. Travaux intérieur et manoeuvre journalière d'artillerie. Le 16, la 2ème section est placée dans les tranchées de la face Nord pour surveiller les hauteurs de la rive droite de l'Oum er Rebia. Aucune des 2 sections n'a exécuté de tir.

19 mai La colonne se porte à MOHAMED EN NEFATI sous le commandement du Colonel MATHIEU, sauf un détachement (14ème bataillon de chasseurs) qui accompagne le Colonel MANGIN à BOUJAD. Colonne de ronde départ 6 h 30; arrivée 16 h 45.

20 mai Séjour, travaux de propreté.

21 mai La colonne se porte à SOUK EL ARBA. Départ 7 h 00, grande halte 10 h 00 à 13 h 00; arrivée 16 h 45. Le Colonel MANGIN rejoint la colonne dont il reprend le commandement.

22 et 23 mai Séjour, travaux de propreté. Nettoyage du harnachement, manoeuvre d'artillerie.

24 mai Le groupe MATHIEU se porte à oued ZEM par SOUK EL TLETA. Etape à SOUK EL TLETA. Départ 3 h 15, arrivée 7 h 30. Puits très profonds, abreuvoir difficile.

25 mai Le groupe se porte à oued ZEM (40 kilomètres environ); départ à 1 h 00, grande halte à la casbah des BENI HASSEN de 8 h 30 à 11 h 00. Arrivée à oued ZEM à 14 h 30.

26 et 27 mai Séjour à oued ZEM; soins de propreté, distribution d'effets.

28 mai Le groupe MATHIEU (bataillon du 3ème Zouaves, bataillon colonial RIVET, bataillon FUMET, Unités Auxiliaires Marocaines, 2 batterie et escadron LE BIHAN) est désigné pour effectuer une ronde de police vers le Nord, dans la direction du camp CHRISTIAN et de l'oued GROU. Etape à SOKRA EL DJAJA. Départ 1 h 30, arrivée 8 h 30.

29 mai La colonne se porte à SIDI BOUNADEL (6 kilomètres d'EL KERN) source et oued. Départ 3 h 30, arrivée 9 h 00.

30 mai La colonne se porte à AÏN TRISI. Départ 4 h 30, arrivée 10 h 00. Un détachement venant du camp CHRISTIAN (3 compagnies) rejoint la colonne.

31 mai La colonne se porte à TMISSI TRERA (7 kilomètres à l'Ouest de l'oued GROU). Nombreux puits. Départ 4 h 30, arrivée 12 h 00.

1 juin Repos. reconnaissance d'itinéraire exécuté par un certain nombre d'officieers accompagnés par la cavalerie jusqu'à l'oued GROU (MECHRA MENDEL) Rien à signaler. Aucun douars n'est même apperçu sur la rive droite de l'oued.

2 juin La colonne se porte à AÏN ZARRA (source et oued) Départ 4 h 30, arrivée 11 h 00. Le détachement du camp CHRISTIAN quitte la colonne et rentre au camp.

3 juin La colonne se porte à BOUJAD. Départ 4 h 30, grande halte à 8 kilomètres de BOUJAD de 10 h 00 à 13 h 30 (oued et source) Arrivée 15 h 45.

4 juin Repos, soins de propreté.

5 juin La colonne se porte à casbah TADLA. Départ 4 h 30, arrivée 12 h 00. La batterie placée en arrière de la face Sud (bataillon de tirailleurs).

6 juin Repos, soins de propreté. 7 juin Repos, soins de propreté, le matin manoeuvre d'artillerie.

8 juin. La colonne sauf quelques unités laissées à casbah TADLA effectue une marche en avant (3 bataillons) 2 bataillons Sénégalais et Coloniaux, 1 compagnie du 3ème Zouaves, 2 batteries 8/1 et 2/1, 2 escadrons de cavalerie. En exécution des ordres donnés par le Colonel MANGIN, les 2 batteries doivent manoeuvrer par échelon de façon à soutenir la marche en avant de l'infanterie. Chaque section occupe ainsi une série de position et y exécute les tirs suivants, toujours dans le but de soutenir la marche de l'infanterie en déblayant soit le terrain en avant, soit les crêtes de flanc d'où l'ennemi tiraille. 1ère section

(Section du grand père VIAL Claude, voir carte postale du 02/09/1912)

1ère position: 7 h 10, tir sur des tireurs ennemis derrière crête - 1800 m - 12 obus. 7 h 30, tir en profondeur pour battre toute une partie de terrain où sont disséminés de nombreux Marocains (cavaliers et piétons), soit en groupement, soit isolés - 1600 à 2000 m - 26 obus. 7 h 45, tir sur quelques tireurs ennemis installés derrière un piton (flanc droit) et tiraillant sur l'infanterie - 1400 m - 9 obus. 2ème position: 8 h 30, tir en profondeur sur une crête occupée par les tireurs ennemis et en arrière de cette crête - 1000 à 2000 m - 19 obus. 3ème position: 10 h 30, objectif cavaliers (ordre du Colonel MANGIN au Lieutenant commandant la section). Tir de poursuite sur des cavaliers se déplaçant sur la droite - 2400 à 3000 m - 18 obus. 4ème position: A midi, sur les rochers bordant à gauche la direction de marche et où s'est faite la halte de midi à 1 h 00.

2ème section

1ère position: 7 h 35, tir sur groupement à 2300 m -14 obus. 8 h 00, tir sur groupement assez denses - 2000 à 2200 m - 20 obus. 2ème position: 8 h 45, tir sur quelques groupements ou isolés tiraillant du piton et des rochers de droite - 14 obus. 3ème position: 10 h 20, tir sur des groupements tirant d'un piton à 800 m - 15 obus. 10 h 45, tir vers l'arrière à droite sur des groupements cherchant à accrocher 2 compagnies de flanc-garde - 1850 m - 12 obus. 11 h 00, tir sur un groupement de cavaliers (objectif indiqué par le Colonel MAGNIN) - 12 obus.

A 12 h 15, la section rejoint la 1ère section sur les rochers où se fait la halte. Une pièce est mise en batterie dans les rochers pour tirer à distance très rapprochée sur les Marocains installés sur le piton et tiraillant sur notre première ligne de feu. - 6 obus. A 13 h 00, reprise de la marche en avant. Direction de marche : la Casbah de MOHA OU SAÎD. La batterie a pour mission de soutenir l'attaque par les crêtes, placée sous les ordres du Commandant EXPERT-BESANCON. La marche dans les rochers et les buissons est très difficile, à 13 h 30 la première section se met en batterie et ouvre le feu sur la hauteur (dechra) dont l'infanterie commence à atteindre les premières pentes, de façon à déblayer le terrain. Distance 1600 - 1800 m - 22 obus à balles. La deuxième section poursuit, sans arrêt, sa marche en avant, et vient s'installer sur les hauteurs à côté de la dechra, et est mise en surveillance sur le terrain avoisinant la casbah de MOHA OU SAÎD, où se porte une fraction de la colonne. La première section quitte sa position dès que l'infanterie a pris pied sur le plateau et rejoint la deuxième section à la dechra. Le Capitaine commandant reçoit l'ordre de suivre de suite avec une section le mouvement en avant sur la casbah. La première section continue sa marche en avant. Terrain très accidenté et ravin d'accès difficile ( la section roule, 4 mulets dont un se tue. Le chargement est pris par un mulet haut le pied). Arrivée à la casbah à 15 h 00. Une pièce se met de suite en batterie pour surveiller les accès à la casbah (2 coups tirés). A 15 h 30, ordre de revenir en arrière. Le passage du ravin se fait sans accident et à 16 h 15 la section rejoint le reste de la colonne. La colonne se met en route pour rejoindre le campement établi par le Colonel MATHIEU, à l'entrée des gorges, sur le plateau près du marabout. La batterie marche à l'avant-garde; aucun incident. Arrivée 19 h 15. Nombre de projectiles tirés : 201 dont 9 explosifs. Ravitaillement effectué.

Pertes : Hommes : 2 hommes dont un effleurement léger (peut continuer son service ). Animaux : 1 mulet tué, 2 chevaux blessés ( dont probablement celui du grand-père VIAL Claude; voir sa carte postale du 08/07/1913 ).

9 juin Séjour au camp. Un convoi est envoyé sur Casbah TADLA. Départ 10 h 00; retour 18 h 00.

La batterie reçoit l'ordre d'envoyer une section à 200 mètres de l'angle Nord Est du camp, pour protéger le départ et le retour du convoi. La deuxième section prend position le matin, elle n'a pas à tirer. L'après midi, elle exécute un tir sur un groupement qui tire des pentes Sud Est du camp. A 12 h 20, le Capitaine reçoit l'ordre de mettre de suite 2 pièces en batterie, pour déblayer les rochers Sud du camp (dechra en ruine) à l'Ouest des gorges d'où des groupements Marocains tirent de façon assez intense sur le camp. A 12 h 30, la première section ouvre un feu très rapide - 26 obus à balles - distance 1000 - site + 106. La section reçoit alors l'ordre de se mettre en surveillance sur les crêtes Est des gorges. A 13 h 00, tir sur des groupements - 24 obus à balles - Tir sur des isolés postés dans les rochers - 11 obus explosifs. A 17 h 30, tir sur des groupements - 16 obus - distance 2100 - 2300 mètres. A 17 h 40, tir sur des groupements - 10 obus. A 18 h 30, la deuxième section rentre au camp et s'installe pour la nuit en position de surveillance, à proximité du parc de la batterie (surveillance sur les crêtes); la première section se place dans les tranchées, prête à battre en cas d'attaque de nuit la lisière des bois à droite et à gauche du marabout et tout le terrain en-deça. Aucun tir exécuté la nuit.

10 juin La colonne marche sur le village de KSIBA. Groupe MATHIEU d'avant-garde, la batterie derrière les deux premières compagnies de Tirailleurs. Départ à 4 h 00 du matin. A 9 h 15, les premières lignes d'infanterie arrivent à proximité (1 kilomètre) du plateau rocheux qui s'étend jusqu'au village. La batterie reçoit l'ordre de soutenir la marche en avant de l'infanterie, en déblayant le plateau, le mamelon boisé et le vallon qui se trouve à droite. 1ère section, objectif : le plateau rocheux - 1000 - 1200 m. 2ème section, objectif : le mamelon, le vallon - 1500 m. L'infanterie progresse, le Capitaine fait porter en avant la première section et la met en position, après un bond de 1500 mètres environ, sur le plateau, face au Sud, pour battre les pentes boisées de la montagne d'où partent de nombreux coups de fusil, gênant la marche de l'infanterie. Distance 600 - 800 et 1000 mètres. La deuxième section quitte ensuite sa position et se porte en avant jusqu'à l'extrémité du plateau où le Capitaine la met en batterie face au Sud, pour battre les pentes boisées dominant le village. Distance 1200 mètres - site + 92. La première section rejoint bientôt la deuxième sur cette position. La batterie est alors mise sous les ordres du Commandant TESSIER, commandant l'artillerie de la colonne, pour exécuter un tir à obus explosifs sur le village. Le tir est exécuté par les deux batteries à 11 h 00; 54 coups par pièces en feu rapide - distance : 500 - 1200 mètres - front à battre par section : 50 millièmes. La colonne reprend le mouvement en avant; le Capitaine reçoit l'ordre de suivre l'avant-garde avec une section. La première section suit le mouvement, pénètre dans le village pour se mettre à la disposition du Colonel MATHIEU avec lequel elle cherche à se remettre en liaison. La deuxième section vient bientôt l'y rejoindre, envoyée en avant par le commandant de l'artillerie. Presque au même moment, le Capitaine reçoit du Colonel MANGIN l'ordre de faire remonter sur le plateau, d'abord une section, puis toute la batterie. La deuxième section remonte la première et, aussitôt arrivée sur le plateau, se met en batterie face au Sud pour battre les pentes boisées de la montagne. La première section remonte ensuite; le Capitaine commandant reçoit alors l'ordre du Colonel MANGIN de mettre immédiatement une section à la disposition du Colonel MATHIEU, qui protège le mouvement de repli du convoi dans la plaine. Le Capitaine reconnaît un chemin qui permette à la batterie de descendre sans repasser par le pied du village; pendant qu'il effectue cette reconnaissance, il donne à la première section l'ordre de se mettre en batterie sur les bords du plateau pour tirer dans la plaine sur les groupements Marocains qui harcèlent notre arrière-garde. Distance: 1800 mètres. La section charge ensuite les mulets et vient rejoindre le Capitaine sur la position reconnue au col, de l'autre côté de la vallée. Elle met de suite en batterie (13 h 50) avec mission de protéger le mouvement de repli du groupe BETRIX qui évacue le plateau. Tir sur le plateau rocheux - extrémité Est - 2000 mètres. Tir sur la corne du bois s'étendant au pied du rocher - distance : 2200 mètres. Tir sur des groupements qui s'avancent dans la vallée - 15500 - 2000 mètres. La deuxième section qui était restées sur le plateau, après avoir exécuté des tirs face au Sud sur les pentes boisées de la montagne, reçoit l'ordre de descendre dans la vallée et de venir rejoindre la première section. Elle arrive au col à 14 h 20. Toute l'artillerie est, à partir de ce moment, mise sous les ordres du comandant de l'artillerie. Pendant que la première section conserve ses objectifs, la deuxième prend sous on feu le plateau rocheux dans sa partie milieu, puis dans la vallée, des groupements assez denses qui s'avancent. Distance : 2500 - 3000 mètres. A 14 h 45, la batterie reçoit l'ordre de quitter la position, par échelon (la 8ème batterie l'ayant déjà évacuée); la 2ème section part la première, la 1ère ensuite. La deuxième section s'arrête à la crête où s'est installé la 8ème batterie et reçoit du commandant de l'artillerie la désignation de la partie du terrain qu'elle doit battre sur les pentes Nord du col; les Marocains poursuivent leur mouvement en avant. Elle ouvre le feu de suite (15 h 00). Distance : 600, 700, 800 mètres. La première section continue et vient occuper une position sur une petite crête à 400 mètres en arrière, reconnue par le Capitaine commandant, de façon à permettre le repli de la première crête. 15 h 30, elle a pour mission de surveiller le mouvement de repli, de façon à le soutenir de son feu en arrosant la crête dès son évacuation, et aussi éventuellement de battre les pentes et le vallon boisé qui se trouve sur la droite et où l'action paraît aussi être très vivement engagée. La deuxième section qui vient rejoindre la première à 15 h 50 sur la position prend spécialement cet objectif et ouvre le feu de suite. Distance 800, 1000, 1200 mètres. A 16 h 15, le mouvement des Marocains s'arrête, l'arrière-garde redescend dans la plaine sans être inquiétée. La colonne se reforme et vient camper à 2 h 00 environ au pied des montagnes sans incident. Le nombre total des projectiles tirés : 705, dont 247 explosifs et 458 à balles. Le ravitaillement par les sections de munitions a été opéré sur le terrain à la position du col, à 14 h 45, puis à la dernière position, à 16 h 00. Ravitaillement : 36, puis 72 projectiles.

Pertes : 1 cheval tué et 1 mulet blessé. Personnel : Néant. Incidents de tir : 4 grains de marteau cassés, 1 ressort de percuteur, 1 raté d'accrochage, 9 axes d'osselet faussés constaté seulement le lendemain et n'a pas empêché le tir.

11 juin La colonne se porte à casbah TADLA; départ 13 h 00, arrivée 18 h 00. Marche retardée d'abord par l'incendie des moissons puis par un très violent orage. Les groupes reprennent au camp leurs anciens emplacements.

12 au 19 juin Séjour au camp. Travaux intérieurs et instruction d'artillerie. Le 17 juin, revue des troupes par le Général FRANCHEY D ESPEREY Commandant les Troupes du Maroc Occidental arrivé le même jour.

20 juin La colonne (moins les 2 bataillons du groupe BETRIX et les batteries montées, laissés à casbah TADLA) se porte à la dechra des BENI BATA. Départ 4 h 30, grande halte de 10 h 45 à 14 h 45; arrivée à 17 h 30. Très peu d'eau et de mauvaise qualité.

21 juin La colonne se porte à BOUJAD et occupe le camp occupé précédemment. Départ 5 h 00, arrivée 8 h 00.

22 juin La colonne se porte à oued ZEM. Départ 4 h 00, arrivée 9 h 00.

23 au 30 juin Séjour au camp. Travaux intérieurs, le matin manoeuvres d'artillerie.

1 juillet La batterie quitte Oued ZEM à destination de BENI AMED; étape à BIR MEZOUI. Départ 5 h 00, arrivée 8 h 00.

2 juillet Etape à dechra des OULEDS ABDOUM. Départ 4 h 00, arrivée 9 h 00.

3 juillet Etape à MELGOU. Départ 4 h 00, arrivée 9 h 00.

4 juillet Etape à BEN AMED. Départ 4 h 00, arrivée 9 h 00. La batterie reçoit par télégramme, l'ordre de se mettre à camp BOUCHERON où elle doit prendre son stationnement d'été.

5 juillet Etape à BOUCHERON. Départ 4 h 00, arrivée 8 h 30.

5 au 10 juillet Installation de la batterie dans les baraquements du poste. Travaux d'installation et de mise en état du camp.

11 et 12 juillet Aménagement des locaux, mise en état du harnachement.

13 et 14 juillet Inspection par le Lieutenant Colonel Commandant l'artillerie métropolitaine. Le Capitaine part en permission de 30 jours et passe le commandement de la batterie au Lieutenant HUSTE.

15 au 20 juillet Aménagement des locaux du poste.

21 juillet au 31 août Instruction d'artillerie et chargement des mulets; continuation des travaux du poste.

1 au 10 septembre Instruction d'artillerie batterie portée, chargement des mulets. Le Capitaine rejoint la batterie le 8 septembre.

11 au 21 septembre Chaque matin les sections exécutent une manoeuvre de section, soit portée à l'extérieur, soit d'artillerie. Une fois par semaine, manoeuvre de batterie portée.

21 au 30 septembre Manoeuvre de section chaque matin; une manoeuvre de batterie par semaine. A dater du lundi 29 septembre, manoeuvre chaque matin pour tous les canonniers non libérables présents à la batterie. Une instruction spéciale placée sous la direction du Lieutenant HUSTE est faite chaque jour, aux brigadiers anciens (à titre de révision) aux canonniers ayant suivi le peloton (deux) dans leur ancien régiment et aux servants susceptibles de faire des pointeurs. Les élèves brigadiers recevrons de plus l'instruction théorique nécessaire pour pouvoir s'ils le méritent être inscrit au tableau d'avancement.

1 au 20 octobre Même programme d'instruction que pendant la période du 21 au 30 septembre.

Le 16 octobre 1913, le brigadier VIAL Claude quitte la 2ème batterie et le Maroc. Il embarque à CASABLANCA pour rejoindre MARSEILLE où il débarque le 19 octobre pour rejoindre ses foyers.

Extrait du journal de marche de la colonne d'oued Zem

17 mars Le Colonel CH. MANGIN, commandant la région de MARRAKECH, reçoit le 17 mars à 10 h 00 du soir l'ordre de se rendre d'urgence à l'oued ZEM pour prendre le commandement de la colonne mobile, en remplacement du Colonel SIMON rappelé en CHAOUIA.

18 mars Départ du Colonel MANGIN et de deux officiers de son Etat Major, Capitaine DE KERVENOALE et Capitaine CORNET. Les deux automobiles civiles réquisitionnées sont laissées à BER RECHID où le Colonel MANGIN trouve le Général DITTE et le Commandant DAUGAN venus en automitrailleuses et tous continuent avec les automitrailleuses sur BEN AHMED (arrivée 6 h 00 du soir).

19 mars Départ pour le poste de l'oued ZEM (arrivée 15 h 00). La situation est la suivante :

1/ SITUATION MILITAIRE

A BEN AHMED : une section coloniale Capitaine BREGAND (bataillon DESPORTES), un détachement 4ème compagnie T.A.M. Aux OULED ABDOUN : une section coloniale Lieutenant GIROD, un détachement 4ème compagnie T.A.M. Capitaine FUMEY. A BIR MEZOUI : une compagnie du 4ème zouaves, Capitaine REQUISTON, fanfare du bataillon Alpin, éclopés de la colonne SIMON, un peloton de Spahis. A l'oued ZEM : trois compagnies de Zouaves, Commandant PERIER, 4ème Goum mixte Lieutenants FOIRET, BOURGOIN, Capitaine DONAFORT. Une section de 80 de position, une section de mitrailleuses de position, une section de 65 CHANSON.

En colonne avec le Colonel SIMON : 19 compagnies d'infanterie, 4 sections mitrailleuses, 2 escadrons ½, 1 batterie ½ 75, 1 batterie 65, 2 ambulances mobiles, 1 section de munitions, 1 convoi.

Tous les ravitaillements se font par convoi libre entre l'arrière et un point situé à mi-route entre BIR MEZOUI et les OULED ABDOUN.

2/ SITUATION GENERALE :

Le 14 mars, le Colonel est prévenu dans la nuit que le poste de l'oued ZEM doit être attaqué. Le convoi qui doit partir le lendemain a son escorte renforcée : Sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN, 2 bataillons, 1 batterie de 75, 3 pelotons de cavalerie. Le Lieutenant Colonel MAGNIN pousse le 15 jusqu'à la Casbah des BENI SMIR à 2 kilomètres de l'oued ZEM, aperçoit l'ennemi en marche par le Nord et par le Sud sur le camp de BIR MEZOUI gardé par un bataillon et une demie batterie de 75. Il laisse le convoi à la garde des BENI SMIR et se porte au secours du camp. Pendant cette marche, le Lieutenant Colonel MAGNIN fortement attaqué, subit de fortes pertes : 14 tués, 49 blessés. L'ennemi est repoussé. Le 17, l'ennemi attaque la Casbah des BENI SMIR; le combat avec les contingents de ce village dure de 6 h 00 du matin à 4 h 30 de l'après midi, heure à laquelle l'ennemi enlève la Casbah d'assaut, tandis que les habitants se réfugient sous les murs du poste. Le 18, la colonne du Colonel SIMON se met en marche contre les rassemblements signalés chez les SMALA, à SI MOHAMED LEBSIR, au Nord du poste; il doit se rabattre sur un deuxième rassemblement vers SI HAMZA, dans le Sud Est de l'oued ZEM. Le Général DITTE décide d'aller attendre à CASABLANCA avec le Colonel MANGIN le retour du Colonel SIMON.

20 mars Départ du Général DITTE et du Colonel MANGIN pour CASABLANCA.

21 mars Retour du Colonel MANGIN. Il trouve à 3 h 00 de l'après midi la colonne SIMON rentrée à BIR MEZOUI dans la matinée (le 18, les rassemblements SMALA ont été dispersés à SI MOHAMED LEBSIR; le 19, les TADLA et BENI ZEMOUR à SI HAMZA; le 20, elle a parcouru les BENI HASSEN). Pertes : 6 blessés très légers le 18; aucune perte les 19 et 20.

22 mars Départ du Colonel SIMON pour CASABLANCA. Le Colonel MANGIN a pris le 21 le commandement de la colonne mobile et de la région provisoire comprenant l'oued ZEM et EL BOUROUDJ. Ce commandement relève directement du Général commandant les T.M.O et du Résident Général.

Composition de la colonne à la date du 22 mars

Colonel MANGIN , commandant la colonne. Etat Major : Commandant DAUGAN, Chef E.M; Capitaines BIDON, CORNET, DE KERVENOAEL, GOUBARD. Officier interprète MARTEL. Commandant de l'artillerie: Chef d'escadron TESSIER. Commandant la cavalerie: Commandant CHOPIN DE LA BRUYERE. Service vétérinaire: Aide-vétérinaire WAGNER. Service des renseignements: Capitaine DONAFORT, Lieutenants RACT-BRANCAZ, BOURGOIN, DELHOMME.

La troupe se compose de 112 officiers, 1657 européens, 1959 indigènes, 461 sénégalais, 196 chevaux français, 363 chevaux arabes, 517 mulets et 411 chameaux.

Le poste d'oued ZEM comprend: 21 officiers, 645 européens, 200 indigènes, 35 sénégalais, 5 chevaux français, 66 chevaux arabes et 97 mulets.

Le poste d'EL BOROUDJ comprend: 20 officiers, 429 européens, 319 indigènes et 253 sénégalais.

23 mars Séjour au camp de BIR MEZOUI. Tous les animaux et moyens de transport des unités sont mis à la disposition du Capitaine BARE chargé de l'évacuation des approvisionnements du camp sur le poste de l'oued ZEM. Le bataillon Alpin MARTY assure la protection de cette opération entre le camp et le poste, et la surveillance de la réparation de la ligne téléphonique oued ZEM - BIR MEZOUI détruite par l'ennemi.

24 mars La colonne se porte sur l'oued ZEM (départ 7 h 00, arrivée 10 h 00) et campe sur les crêtes à l'Est du poste (le groupe GUEYDON DE DIVES près du piton Sud-Est, le groupe MAGNIN au Nord, le convoi entre les deux). Le bataillon DE COUTARD (2ème du 3ème tirailleurs) et un peloton de Spahis sont maintenus à BIR MEZOUI pour terminer l'évacuation des approvisionnements sur l'oued ZEM. 30 malades sont évacués par la 7ème Ambulance maintenue avec le détachement DE COUTARD. Ce détachement rallie le soir à 6 h 30 l'OUED ZEM et campe au Sud du poste. Un détachement sous les ordres du Commandant CAHEN est arrivé à BEN AHMED, il fait séjour le 24 et doit arriver le 25 à MELGOU, 26 OULED ABDOUN, 27 oued ZEM. Il comprend : 2 Compagnie 7ème bataillon colonial (5 officiers et 180 hommes); 1 S.M bataillon Zouaves LEVEQUE (1 officier et 30 hommes); 2 compagnies bataillon sénégalais PARAIRE (5 officiers et 365 hommes); 1 peloton 3ème escadron A.M DESCHAMPS (1 officier et 55 hommes); 1 section d'artillerie 65 CHANSON ( 1 officier et 65 hommes).

25 mars Un important rassemblement ZAÏANI est signalé au Sud de l'oued GROU à 30 kilomètres au Nord-Est du poste dans la forêt, vers DAR SKAR. Le ZAÏANI en personne serait avec ce groupement qui posséderait 1500 fusils et pousserait les SMALA à la révolte. Si les renseignements sont confirmés, le Colonel commandant la colonne est décidé à se porter de nuit contre ce foyer d'agitation pour l'atteindre au jour. A 10 h 00 du matin, un ordre de mouvement préparatoire est envoyé aux troupes.

Ordre de mouvement

1/ La colonne se tiendra prête à partir à la première alerte. 2/ Ordre de marche: a/ Groupe du Lt-Colonel MAGNIN; b/ Groupe du Colonel GUEYDON DE DIVES; ce groupe encadrera le convoi entre ses 2ème et 3ème bataillons. Le commandant du groupe désignera un bataillon chargé d'assurer la sécurité du convoi en cas d'engagement. c/ La cavalerie marchera de nuit derrière le premier bataillon du groupe de tête; de jour 4 pelotons en avant du groupe de tête, un peloton à la disposition de chaque commandant de groupe pour assurer la sécurité des flancs, 3 pelotons à la disposition du groupe de queue pour assurer la sécurité du convoi et la sûreté de l'arrière garde. 3/ Le point initial et l'heure de départ seront fixés ultérieurement. 4/ Le convoi marchera dans l'ordre suivant sous la direction du Lieutenant RAMEL : - 7ème et 8ème ambulance; - 2 sections de munitions réunies sous les ordres du Lieutenant d'artillerie le plus ancien; - Groupe des T.R dans l'ordre des unités sous le commandement du Lieutenant FILIPPI; - Chameaux d'allégement dans l'ordre de marche des unités, convois de vivres sur chameaux (sous le commandement du Lieutenant RAMEL). 5/ Les commandants de groupe et le commandant du convoi feront prendre dès le départ des formations aussi ouvertes que possible pour diminuer la profondeur de la colonne. Les 7ème et 8ème ambulances détacheront chacune à l'un des groupe deux mulets de cacolet par bataillon. Les chameaux d'allégement sont distribués aux unités à raison de 9 chameaux par compagnie européenne, 6 par compagnie indigène, 3 par section de mitrailleuses, 21 par groupe pour remplacer les animaux des T.R indisponibles, 8 par ambulance.

 

La colonne comprend au total 125 officiers, 3112 fusils, 278 sabres, 10 pièces, 4 sections de mitrailleuses. Elle est approvisionnée à 4368 coups de canon (2928 coups dans les batteries, 1440 coups dans les deux sections de munitions) et 620 000 cartouches d'infanterie dont 495 000 dans les unités et 125 000 aux sections de munitions sans compter les approvisionnements de la cavalerie, de l'artillerie et des sections de mitrailleuses (73 000). En cas de départ, le poste sera gardé par le bataillon de COUTARD, un peloton de cavalerie, une section de 75 TOUCAS, une section de la batterie CHANSON, une section de position. Le bataillon DE COUTARD rapatriable sera relevé le 27 par le bataillon CAHEN, en route pour rejoindre. Dans la matinée, des vedettes ennemies ont paru sur les crêtes; le Lieutenant BOURGOIN envoyé avec une escorte de cavalerie pour reconnaître la sortie Nord des camps a été accueilli par une trentaine de coups de fusils; une bande de 100 cavaliers a circulé dans l'après-midi entre BIR MEZOUI et oued ZEM, menaçant la ligne télégraphique qui n'a pas été cependant détruite. Les cavaliers des BENI SMIR se sont portés sur les crêtes à l'Ouest de leur douar; l'ennemi a disparu devant cette menace. A 17 h 00, le Colonel commandant la colonne donne l'ordre d'opération suivant : a/ La colonne mobile se mettra en route cette nuit dans l'ordre indiqué par l'ordre préparatoire; b/ point initial, 200 mètres Nord du camp MAGNIN; c/ passage au point initial de la tête du premier élément minuit; d/ la direction sera assurée par M. le Lieutenant BOURGOIN du service des renseignements; e/ le bataillon DE COUTARD occupera le poste à 23 h 30. f/ on veillera tout particulièrement aux mesures de sécurité pendant le branle-bas de départ, une attaque, d'après un renseignement indigène non recoupé, pouvant se produire à ce moment.

A 18 h 00, un détachement composé de 3 compagnies du 3ème tirailleurs (2ème bataillon COUTARD), 10 cavaliers du Goum, se porte sur BIR MEZOUI à la rencontre d'un convoi libre qu'il ramène à l'oued ZEM sans incident à 22 h 30.

26 mars

Combat de Botmat Aïssaoua

A minuit trente, le poste de l'oued Zem a été occupé par le bataillon DE COUTARD et la colonne s'est mise en route vers le Nord dans l'ordre prescrit. Les troupes marchent en formation massée, artillerie en colonne par pièces doublées les sections accolées, cavalerie en ligne de peloton par quatre, l'infanterie en colonne de bataillon, compagnies en ligne de sections par quatre. Pendant toute la nuit, la cavalerie reste massée derrière le bataillon de tête. La sécurité est assurée à l'avant par une section détachée par l'unité de tête : quatrième Goum à pied; le convoi et l'artillerie sont gardés sur leurs flancs par des fractions d'infanterie. Le lieutenant BOURGOIN du service de renseignements marche en tête avec les guides. Le terrain rocheux mais cependant praticable à l'artillerie devient plus facile quand la colonne atteint la piste de Bir Mézoui à la Dechra de Brakça. A 4 h 15, la colonne passe près de Ciouchanine (carte 200 000) marqué par un caroubier visible de très loin. A 5 h 30 la Dechra de Brakça est en vue, les guides disent quelle est vraisemblablement occupée par des guerriers Smala, mais qu'aucune route ne permet de l'éviter. La cavalerie jusqu'alors massée derrière le premier bataillon du groupe de tête reçoit l'ordre de se porter rapidement en avant de la colonne et d'entourer la Dechra pour empêcher les défenseurs de s'enfuir vers l'Est ou vers le Nord et de donnent l'alarme aux campements établis dans la forêt. A 5 h 45, le capitaine DESCHAMP commandant la cavalerie a dirigé au galop l'escadron LE BIHAN (1er du 4ème Spahis) vers l'Est de la Dechra et se porte de sa personne avec le reste de la cavalerie vers l'Ouest. De nombreux coups de feu partent de la Dechra, les escadrons combattent à pied en attendant l'arrivée de la colonne. Le groupe du Lieutenant colonel MAGNIN qui marche en tête attaque le Dechra par l'Ouest et l'occupe à 6 h 45. Cet engagement a donné l'alarme aux Smala campés dans l'Ouest. Toutes les crêtes se garnissent de cavaliers et fantassins ennemis accourus de la montagne. A l'Est de la Dechra de Brakça en effet, la plaine cesse brusquement; un premier ravin s'abaisse immédiatement en avant des murs et tout le pays apparaît montagneux, coupé de rides parallèles s'étageant jusqu'à l'horizon. La cavalerie s'est déjà portée en avant aux deux ails de la ligne d'infanterie et tient le terrain par le combat à pied. A 6 h 25, la crête située à l'Est de la Dechra est solidement tenue par le groupe MAGNIN. Ordre est donné au groupe GUEYDON DE DIVES par le commandant de la colonne de hâter sa marche et celle du convoi qui se masse derrière les murs de la Dechra. Le groupe MAGNIN continu à tirer sur l'ennemi qui apparaît de plus en plus nombreux sur les hauteurs de l'Est. Le guide indique une trouée orientée de l'Ouest à l'Est dans la direction d'un piton derrière lequel serait Botmat Aïssaoua campement du Zaïani, Moha ou Hamou. Le colonel MANGIN décide de continuer rapidement le mouvement en avant dans cette direction, pour essayer non plus de surprendre ce camp, que l'engagement de Dechra Brakça a dû avertir de l'approche de la colonne, mais d'y arriver avant que le Zaïani ait pu s'en échapper. Il s'agit donc de marcher très vite en montagne; d'autre part les renseignements indigènes disent que la région est très boisée. Le colonel MANGIN prend la résolution d'alléger la colonne en laissant dans la Dechra la batterie de 75 NIMETZ et le convoi administratif sur chameaux qui en terrain difficile pourraient allonger démesurément la colonne. Le 14ème bataillon Alpin MARTY (une section de mitrailleuses) assurera avec une compagnie algérienne la garde de la Dechra, où s'installent également la 8ème ambulance mobile et la section de munitions du lieutenant JACQUOT.

A 7 h 45, la colonne ainsi allégée reprend sa marche vers l'Est et descend dans la vallée en refoulant devant elle l'ennemi qui tient les crêtes. Le groupe MAGNIN s'est établi sur un large front qui occupe les hauteurs Sud (bataillon de Zouaves BRUNET) la vallée (bataillon RIVET) et les hauteurs Nord (bataillon Sénégalais DUCHEMIN). Le convoi progresse par le fond sous la protection de cette avant garde et du groupe GUEYDON DE DIVES. Ce groupe a passé à l'avant garde (groupe MAGNIN) la batterie 65 DUHAUTOIS en remplacement de la batterie 75 NIMETZ laissée à la Dechra des Brakça. Cette batterie de 75 NIMETZ, établie immédiatement à l'Est de la Dechra, à 200 mètres des murs, appuie par son tir la marche de la colonne mobile. La cavalerie LE BIHAN, établie sur la droite se place en réserve derrière le bataillon BRUNET puis plus au centre du dispositif derrière le bataillon RIVET. Le reste de la cavalerie (capitaine DESCHAMP), moins un peloton envoyé à l'arrière garde, éclaire la gauche. L'ennemi est refoulé de crête en crête par le tir de l'infanterie MANGIN et les feux de la batterie 65 DUHAUTOIS, dont la rapidité des mouvements dans les changements de positions par échelon de section et la précision du tir font l'admiration de la colonne. A 8 h 15, les zouaves (compagnie SIMONIN) du bataillon PERRIER qui marche en tête du groupe GUEYDON DE DIVES, viennent occuper la gauche du bataillon RIVET. Un trou s'est en effet produit dans la ligne MAGNIN par l'arrêt du bataillon DUCHEMIN qui, accroché par les contingents Smala à l'extrême gauche, est resté en arrière. Le colonel commandant la colonne décide de continuer rapidement avec le reste des troupes, contre l'objectif principal, le camp du Zaïani, auquel un effort de toute la colonne sur l'extrême gauche contre les Smala tenus en respect par le bataillon Sénégalais DUCHEMIN pourrait laisser le temps de disparaître dans la vallée de l'oued Grou. A 9 h 45, ce camp apparaît à 4 kilomètres de la première ligne; les tentes très nombreuses sont encore dressées. Le colonel commandant la colonne lance sur le camp l'escadron LE BIHAN, toujours en réserve derrière le bataillon RIVET. L'escadron grossit des cavaliers d'escorte de l'Etat Major s'ébranle immédiatement dans un bel élan. Les capitaines CORNET et DE KERVENVAEL, le lieutenant RACT BRANCAZ de l'Etat Major de la colonne accompagnent la charge. Malgré les difficultés du terrain, malgré les nombreux coups de feu qui partent des hauteurs la cavalerie en fourragères arrive à 9 h 35 dans le camp ennemi surpris par cette audacieuse et rapide attaque; les cavaliers sabrent les défenseurs qui abandonnent les 300 tentes, tous leurs bagages, des chevaux et des troupeaux. Les tentes de Moha ou Hamou et de ses fils restent entre nos mains. Mais, l'ennemi se reforme rapidement sur les crêtes qui dominent le camp; un feu violent est dirigé sur les Spahis. Ceux ci sont ainsi repartis pour le combat à pied, avec ordre de tenir à tout prix le terrain jusqu'à l'arrivée de l'infanterie de la colonne : détachement Lieutenant FORTOUL, hauteurs qui dominent le camp au Sud, détachement Lieutenants LE BIHAN et ONAKLOUFI hauteurs de l'Est, détachement Lieutenant FAURE hauteur du Nord. Le Lieutenant colonel MAGNIN, qui a devancé son groupe pour se rendre compte de la situation, arrive de sa personne près du détachement FORTOUL. L'ennemi, revenu de cette surprise, accourt par les hauteurs du Sud et de l'Est et prononce un retour offensif sur le camp. Le détachement FORTOUL qui a épuisé toutes ses cartouches va se trouvé obligé de lâcher sa position; le brigadier BARTHELEMY, en se repliant, emporte en travers de sa selle un Spahis tué. Les détachements de l'Est et du Nord se maintiennent sur leurs positions; le Lieutenant colonel MAGNIN envoie le capitaine KERVENEL chercher des munitions à l'arrière. Mais les coups de canon de l'avant garde retentissent; l'infanterie débouche au pas de course des hauteurs de l'Ouest et vient s'établir à son tour, à 10 h 15, sur le camp ennemi. Une vive fusillade repousse les Zaïani. L'escadron LE BIHAN a perdu un Spahi tué, trois Spahis blessés, un cheval disparu, un cheval tué (Lieutenant LE BIHAN), six chevaux blessés. L'ennemi, poursuivi par les feux de l'infanterie et le tir de l'artillerie s'éloigne en pleine déroute. Le Colonel commandant la colonne décide de continuer la poursuite avec toute la colonne. Après un quart d'heure d'arrêt au camp de Botmat Aïssaoua, la marche est reprise. Le bataillon BRUNET s'avance par les hauteurs de droite; le bataillon RIVET progresse dans la vallée coupée d'arbustes serrés qui rendent la marche difficile mais ne constituent pas la forêt annoncée par les indigènes. La cavalerie LE BIHAN suit les hauteurs à gauche; le groupe GUEYDON et le convoi marchent dans la vallée. La colonne est déjà à quatre kilomètres au delà du camp ennemi; elle a dépassé les puits de Tougourit, quand le commandant de la colonne reçoit d'un cavalier un renseignement verbal sur la situation du bataillon DUCHEMIN qui, toujours accroché à l'arrière par les Smala aurait, d'après ce cavalier, subi de fortes pertes et ne pourrait se dégager sans l'appui de la colonne. Ordre est transmis immédiatement aux deux groupes de faire demi-tour pour se porter au secours du bataillon DUCHEMIN. A 11 h 45, la colonne est en marche vers l'ouest. Le groupe GUEYDON DE DIVES a formé une nouvelle avant garde : bataillon LAGRIFOUILLE, escadron LE BIHAN, section CHANSON 65 (batterie du grand père VIAL Claude). A 12 h 50, un caporal d'infanterie coloniale arrive de l'Ouest; il est porteur d'un compte rendu écrit du Commandant DUCHEMIN : le bataillon fortement établi sur les hauteurs situées à quatre kilomètres au Nord Est de Dechra Brakça tient en respect les contingents Smala; il a perdu trois tués et deux blessés. A 14 h 00, la jonction est faite avec le bataillon DUCHEMIN qui rallie la gauche de la colonne sous la protection d'une compagnie Algérienne et du 4ème Goum à pied, qui prennent successivement position sur un repli au Nord de la route. L'artillerie de 65 DUHAUTOIS en position de surveillance au Nord de cette route n'a pas eu à s'employer, l'ennemi ayant disparu vers 15 h 00. A 17 h 00, tous les éléments de la colonne sont concentrés à Dechra Brakça. Les pertes totales s'élèvent à sept tués (un Zouave, trois Sénégalais, un Spahis, un cavalier auxiliaire Marocain) et quatorze blessés (trois coloniaux, un Zouave, deux Spahis européens, deux Spahis Algériens, deux Sénégalais, un cavalier d'auxiliaires Marocains). Munitions consommées : 300 obus, 50 000 cartouches d'infanterie.

La colonne est ainsi campée :

Dechra Brakça Bataillon MARTY Une compagnie Algérienne Une batterie de 75 NIMETZ Deux ambulances mobiles Convoi administratif

Dechra à 1200 mètres Ouest Etat Major Bataillon BRUNET

Camp de 600 mètres de côtés entre les deux Dechra Le reste de la colonne.

Le bataillon MARTY a dispersé dans la matinée quelques groupes dont le tir n'a causé aucune perte au détachement. D'après les renseignements recueillis, le Zaïani Moha ou Hamou démoralisé a repassé l'oued Grou au gué de Moulay Lhassen et s'est réfugié a SIDI EMBARECK.

27 mars Au réveil, vers 6 h 00, quelques coups de feu sont tirés sur la dechra Ouest par des rôdeurs. Le Colonel commandant la colonne décide de stationner pendant quelques jours à la dechra des BRAKSA et de rayonner dans les environs. Un convoi d'évacuation des blessés et tués est dirigé sur l'oued ZEM. Départ midi sous l'escorte de deux compagnies d'infanterie, un peloton de cavalerie. La marche du convoi est protégée jusqu'à TIOUCHAININE par un détachement comprenant : six compagnies d'infanterie, deux pelotons de cavalerie, une section de 75 sous les ordres du Lieutenant colonel MAGNIN. Ce détachement est de retour à dechra BRAKSA à 18 h 00, aucun incident. A 17 h 00, arrivée d'un avion piloté par le Lieutenant DE LAMORLAIS. Dans la journée, une section de 75 établie contre la dechra Ouest a dispersée des groupes apparus dans le Nord-Est qui semblaient vouloir vider les silos des dechras nombreuses situées dans la région.

28 mars A 7 h 00, départ d'un détachement sous les ordres du Colonel GUEYDON DE DIVES 7 compagnies, 8ème compagnie T.A.M., une section 75 NIMETZ, 3 pelotons cavalerie (Capitaine DESCHAMPS). But : 1/ Permettre le pâturage des animaux de la colonne; 2/ rechercher les silos à grains; 3/ aller au devant du convoi de l'oued ZEM qui quitte ce poste à midi. A 10 h 00, le Commandant BRUNET avec un détachement comprenant : bataillon BRUNET, un peloton cavalerie, une section 75 NIMETZ, se porte dans le Nord pour couvrir le pâturage et la recherche des silos pendant que le groupe GUEYDON se porte vers TUIOUCHANINE à la rencontre du convoi. A 17 h 00, retour du détachement GUEYDON DE DIVES avec le convoi venant de l'oued ZEM. Quelques coups de canon ont été tirés à midi par ce détachement de TIOUCHANINE sur les BENI ZEMMOUR qui vidaient les silos des casbahs. Aucune perte. Aucun incident.

Au convoi : Commandant DE LA BRUYERE, commandant la cavalerie, retour de permission; Médecin Major de 1ère classe CULTIN; chef du service de Santé de la colonne; Capitaine DE REYNES, Lieutenants LATIL, MARSAN, Sous-Lieutenant ROLANDEZ, 14 chasseurs. Le convoi apporte un ravitaillement en obus de 75 et 65, en munitions, en vivres.

Le courrier du convoi apporte le télégramme de félicitations suivant du Commandant en Chef : " N° 139 - Bravo! Toute ma satisfaction : Primo - pour la vigueur du coup et le brillant succès; Secundo - pour ne pas vous être laissé entraîner et avoir compris qu'il fallait rejeter MOHA ou HAMMOU dans le pays ZAIANI sans y pénétrer; Tertio - pour avoir repris à dechra BRAKSA une position vous permettant aussi bien de vérifier et provoquer soumission que vous porter sur tout autre objectif qu'il y aurait à briser. Mes félicitations aux vaillants troupiers qui ont fourni un tel effort ".

Arrivée du Sid de BOUJAD. A 18 h 00, retour du détachement BRUNET sans incident, quelques coups de feu ont été tirés par un groupe de cavaliers ennemis. Aucune perte.

29 mars Départ de l'avion du Lieutenant DE LA MORLAIS pour CASABLANCA (7 h 00). A 6 h 30, départ d'un détachement sous les ordres du Lieutenant colonel MAGNIN et comprenant : Groupe MAGNIN (moins la compagnie A.M D'IVRY et une section de 75 NIMETZ), batterie de 65 DUHAUTOIS; 3 pelotons de cavalerie; 1 détachement d'ambulance.

But : visiter l'Ouest du pays SMALA pour hâter les soumissions et rapporter l'orge des silos. Retour à la nuit sans incident. Un goumier AHMED BEN MOHAMMED du 4ème Goum s'est dévoué en retirant d'un silo où il était imprudemment descendu et était tombé asphyxié par le gaz carbonique, le soldat DARRAS de la 3ème compagnie coloniale. La pluie commence à tomber à 16 h 00. Soumission des BENI ZEMMOUR.

30 mars La pluie a fait rage toute la nuit, le sol est complètement détrempé. Le départ de la colonne mobile pour le Nord (jonction avec CHRISTIAN) est reporté au lendemain. Dans l'impossibilité d'emmener en terrain glissant un convoi de chameaux, les unités non désignées pour partir passeront leurs mulets de train de combat et train régimentaire aux autres. On emportera un jour de vivres du jour, un jour de vivres des trains régimentaires, deux jours de vivres de réserve; la cavalerie, une demi-journée d'orge.

31 mars La grande et la petite dechra sont laissées à la garde d'un détachement commandé par le Chef de bataillon MARTY et comprenant : - pour la grande dechra : 14ème Alpin et section de mitrailleuses, une compagnie de Tirailleurs Algériens LAGRIFFOUL, une batterie de 75 NIMETZ, trois pelotons de Spahis GAND, 7ème ambulance, deux sections de munitions, convoi administratif. - Pour la petite dechra : une compagnie 4ème Zouaves BRUNET, une compagnie 4ème bataillon 3ème Zouaves, une compagnie Sénégalaise.

Des ordres sont laissés au Commandant MARTY pour envoyer le 31, un convoi de ravitaillement sur l'oued ZEM. A 7 h 00, le reste de la colonne se met en route dans l'ordre suivant : Groupe GUEYDON : bataillon de Zouaves PERIER (moins une compagnie) bataillon Tirailleurs LAGRIFFOUL (moins une compagnie), une batterie 65 DUHAUTOIS. Groupe MAGNIN : bataillon RIVET, une compagnie coloniale et section de mitrailleuses, deux compagnies Sénégalaises, 4ème Goum à pied, bataillon BRUNET , une compagnie Zouaves et section mitrailleuses, 3ème et 8ème compagnies T.A.M., batterie de 65 CHANSON. Cavalerie : Escadron DESCHAMPS (T.A.M. et Goum), escadron LE BIHAN (1er du 4ème Spahis), 8ème ambulance mobile, les T.R encadrés par le groupe MAGNIN. La jonction avec le groupe mobile de CHRISTIAN doit se faire vers MSANN par un détachement léger tandis que le gros de la colonne campera au Sud du point d'eau de JERAH près la dechra des OULD KERDA. L'orage a cessé dans la nuit; le brouillard gêne la marche. Le sol couvert de champs d'orge est détrempé par les pluies. Temps très beau. A 9 h 30, le canon se fait entendre dans le Nord, dans la direction du camp CHRISTIAN A 10 h 30, le convoi est laissé dans la dechra des AIT ABDESSALEM à la garde de deux compagnies Sénégalaises et toute la colonne change de direction vers le Nord pour marcher au canon. Les Capitaines KERVENOAËL et CORNET sont envoyés en avant pour essayer la liaison par la vue avec le détachement de CHRISTIAN. A partir de la dechra ABDESSALEM, les cultures cessent; le terrain devient rocheux. La colonne campe à JERAH (Oued, eau courante assez abondante). La cavalerie seule continue en avant la marche au canon. A 12 h 30, quelques coups de canon sont tirés pour annoncer au groupe de CHRISTIAN la marche du détachement. A 13 h 40, les Capitaines KERVENOAEL et CORNET font la jonction avec le Capitaine KERRE du détachement de CHRISTIAN. A 14 h 15, rencontre du Lieutenant Colonel MAGNIN, commandant la colonne de l'oued ZEM et du Lieutenant Colonel MAURIAL commandant le cercle des ZAERS qui a accompagné le détachement de CHRISTIAN. Ce détachement, sous les ordres du Commandant IBOS, de l'infanterie coloniale comprend : 2 compagnies coloniales (ROUYER et GIRARD), 1 compagnie Sénégalaise (GOETZ), 1 section de 65 coloniale (Capitaine LEQUIERE), 1 section de 65 (Lieutenant MEAUX), 5ème, 6ème, 7ème Goums mixtes (détachements), 2 sections de mitrailleuses. Parti de CHRISTIAN à 5 h 00, le détachement a combattu de 9 à 12 h 00 les Smala dissidentes. Ses pertes sont de 1 tué, 13 blessés. La cavalerie DESCHAMPS - LE BIHAN forme l'arrière garde du détachement IBOS qui vient camper à 19 h 00 à JERAH auprès de la colonne mobile de l'oued ZEM. L'ennemi n'a inquiété cette marche que par quelques coups de feu tirés à distance. Des ordres sont donnés pour compléter dès l'aube les approvisionnements en orge de la colonne; les animaux et corvées nécessaires aux transports escortés jusqu'aux dechras voisines (ABDESSALEM et OULD KERDA) par deux compagnies Sénégalaises et le 4ème Goum. Le ravitaillement terminé, la colonne poussera dans la journée vers l'oued GROU où se sont retirés les Smala qui ont attaqué la colonne IBOS. Dans la journée, 3 ou 4 coups de canon ont été entendus du côté de la dechra BRAKSA où campe le détachement MARTY. Au Nord de JERAH, le pays est rocheux, montueux, aride, privé d'eau, couvert de broussailles et jujubiers, appelé " forêt " par les indigènes mais ne gênant ni la vue, ni la marche. Terrains de pâturage pour les Smala qui ont leur terrain de cultures plus au Sud dans la région fertile que jalonne la ligne Est Ouest des dechras.

1er avril A 11 h 30, départ du détachement IBOS pour camp CHRISTIAN. A 12 h 00, retour des corvées rapportant un jour et de mi d'orge pour toute la colonne. Cet orge a été prélevé sur les silos de la dechra ABDESSALEM. La colonne fait séjour au camp de JERAH. Temps très beau.

2 avril Départ à 6 h 00, arrivée 10 h 00 dechra BRAKSA où les unités réoccupent leurs anciens camps. Le groupe GUEYDON a laissé 2 compagnies à la dechra de ROUAMECHE et une à la dechra du HAMMADY, pour protéger les compagnies auxiliaires SIMONNET et d'IVRY chargées de charger l'orge des silos. Temps très beau. L'escorte d'un convoi de ravitaillement parti de dechra BRAKSA vers l'oued ZEM le 1er avril, est de retour le 2 avril à 15 h 30 sans incident.

3 avril A 6 h 00, départ de la compagnie coloniale RIVET-DESPORTES qui va tenir garnison en CHAOUIA. Départ du Commandant RIVET. A 16 h 00, arrivée du bataillon CAHEN : 2 compagnies Sénégalaises du bataillon PARAIRE et 2 compagnies Coloniales CAHEN, section de mitrailleuses Zouaves du bataillon LEVEQUE. Par suite de ces mouvements, la colonne est ainsi réorganisée :

Groupe GUEYDON : 10 compagnies, 2 batteries, 1 escadron, 3 sections de mitrailleuses 7ème ambulance.

Groupe MAGNIN : 10 compagnies, batterie 65 CHANSON, 2 escadrons, 2 sections de mitrailleuses, 8ème ambulance, SANAT (assistance indigène).

Séjour pour toutes les troupes au camp de dechra BRAKSA. Temps froid et pluvieux. Soumission définitive des SMALA. Seuls, du Tadla, les BENI KHIRANE sont hésitants, les BENI AMIR expectants, les AIT ROBOA douteux. MOA ou SAÏD est à casbah TADLA avec quelques centaines de cavaliers.

4 avril Les Smala fidèle ou récemment soumis, ravitaillent la colonne en bois, grains et vivres frais;

5 avril Le camp de l'oued ZEM a été l'objet le 3 avril d'une démonstration opérée par une centaine de cavaliers BENI AMIR et AIT ROBOA qui, apparus à 1500 mètres à l'Ouest du poste ont tiré de 14 h 30 à 15 h 30. Ces cavaliers étaient détachés d'un groupe de 900 cavaliers dont 800 ont pris position à AÏT KAICHER (oued ZEM) à 5 ou 6 kilomètres au Sud du poste. 3 000 BENI AMIR, sous le commandement d'ABDALLAH BEN DJABEUR et ABBOU BEN AMMOU, seraient campés à BOUKHOUCH sur les routes de l'oued ZEM - poste à EL BOROUDJ, avec l'intention d'attaquer le poste de l'oued ZEM et les tribus fidèles BENI SMIR et OULAD BRAHIM. Les AÏT ROBOA avec MOHA OU SAÏD se sont rapprochés de BOUJAD. Ils campent avec leurs tentes de guerre et leurs troupeaux à mi-route entre ce point et casbah TADLA. MOHA OU SAÏD prône la guerre sainte. Le marabout de BOUJAD et les OULAD YOUSSEF demandent que la colonne se porte à leur secours. Le colonel MANGIN prend la résolution de marcher sur BOUJAD; il en rend compte au Résident Général par télégramme. Un détachement sous les ordres du Commandant BRUNET et comprenant : 2 compagnies du 3ème Zouaves PERIER. 2 compagnies du 4ème Zouaves BRUNET 1 section de mitrailleuses 3 compagnies Sénégalaises 1 section de 65 CHANSON 2 peloton de cavalerie GAND

quitte dechra BRAKSA à 8 h 30 pour l'oued ZEM où il doit prendre un convoi de ravitaillement. Le détachement et le convoi rejoindront la colonne mobile le 6 avril vers TIOUCHANINE dans la matinée. Un escadron de Spahis LE BIHAN se porte à 8 h 30 vers TIOUCHANINE où il restera en observation jusqu'à 12 h 00 afin d'établir la liaison entre le détachement BRUNET et la colonne mobile. Il rentre à 13 h 00 sans rien signaler. Le colonel commandant la colonne rend compte par télégramme des mouvements proposés pour le lendemain. " Détachement Commandant BRUNET renforcé de section artillerie montée TOUCAS laissée jusqu'à présent oued ZEM se portera avec convoi ravitaillement le 6 sur dechra OULD MOUSSA, 2 kilomètres environ Sud arbre TIOUCHANINE d'où je me porterai sur BOUJAD. Je disposerai ainsi en ce point prêt à prendre l'offensive de 20 compagnies, 5 sections de mitrailleuses, 2 batteries de 65, 1 batterie ½ de 75, 3 escadrons de cavalerie, 4 sections de munitions, convoi administratif sur chameaux portant 8 jours de vivres, 2 ambulances mobiles. Soit 4 000 hommes, 1300 chevaux et mulets, 800 chameaux. Garnison oued ZEM reste constituée 3 compagnies, section 80 montagne et section mitrailleuses position, forces suffisantes pour parer toutes éventualités ".

6 avril

La colonne quitte Dechra Brakça pour BOUJAD à 11 h 00. Elle fait à 12 h 30 sa jonction vers l'arbre de Tiouchanine avec le détachement du Commandant BRUNET rentrant de l'oued Zem avec un convoi de ravitaillement. Le détachement BRUNET est fondu dans la colonne qui reprend sa route à 13 h 00 et arrive à BOUJAD à 16 h 30. Le camp est dressé dans une courte vallée à 800 mètres au Sud Ouest de la localité. Cinq puits abondants et peu profonds. Terrain facile entre Dechra Brakça et BOUJAD, sauf les cinq derniers kilomètres très rocailleux.

Tous les douars Ouled Youssef se sont groupé autour du village du fameux marabout. Au loin dans la plaine de l'Oum er Rebia on aperçoit les feux des douars ennemis Ait Roboa, Chleuches et Beni Amir s'étendant de l'Est à l'Ouest sur une ligne de 40 kilomètres et sur une profondeur de 15 kilomètres environ. Les renseignements recueillis à Boujad prêtent aux Beni Amir d'Abdallah Ben Djaleux l'intention d'attaquer à bref délai le poste de l'oued Zem. Moha ou Saïd fait répandre le bruit qu'il rejettera les Français jusqu'à Casablanca. Les renseignements sur l'ennemi donnent le campement de Moha ou Saïd comme situé à 1 h 30 de marche de Boujad. L'éveil ne serait pas donné, les Ait Roboa ignoreraient la marche de la colonne sur Boujad. Le Colonel MANGIN décide d'essayer l'enlèvement du camp ennemi par une surprise au petit jour : Le caïd Djilai et le Druse Si Chassen confident du Sîd (marabout de Boujad), offrent cinquante fantassins Beni Zemmour résolus, pour guider la colonne et marcher à l'avant-garde avec nos fantassins et à l'arme blanche. Cinq cent cavaliers des tribus amies ou récemment ralliées se joindront également à nous.

A 21 h 00, l'ordre suivant est envoyé aux troupes : 1/ La colonne se portera demain 7 vers le Sud, contre les campements ennemis. 2/ Réveil 1 h 30, départ 3 h 00. 3/ Ordre de marche Groupe MAGNIN : Compagnies auxiliaires Marocains D'IVRY et SIMONET 50 auxiliaires Beni Zemmour à pied Bataillon Sénégalais Reste du groupe MAGNIN, toute la cavalerie (moins deux pelotons) derrière le bataillon de tête de ce groupe.

Groupe GUEYDON : Encadrant le convoi deux pelotons de cavalerie.

4/ Formations denses: liaisons serrées en longueur et profondeur.

Des instructions verbales seront données aux commandants des deux compagnies auxiliaires Marocaines pour mener l'attaque à la baïonnette sans tirer si possible, et essayer d'enlever Moha ou Saïd en personne.

7 avril

(Combat de Casbah Tadla)

La colonne quitte le camp à 3 h 00 du matin, mais l'obscurité très profonde retarde la marche du convoi et oblige l'avant-garde à s'arrêter. La surprise projetée est impossible. A l'aube, la colonne n'est qu'à trois kilomètres de Boujad. A 5 h 50, la cavalerie qui se portait en tête dès le lever du jour est accueillie par les coups de feu des cavaliers Marocains apparus sur les crêtes. Elle peut néanmoins continuer à progresser en couvrant la colonne qui prend une formation étalée en largeur et profondeur. Le terrain très rocailleux à quelques kilomètres au Sud Est de Boujad devient meilleurs; la contrée est couverte de bons pâturages. A 7 h 00 toute la plaine se garnit de cavaliers ennemis au Sud et à l'Ouest. La section PONS puis la batterie NIMETZ tirent sur les groupes du Sud, la batterie CHANSON (batterie du grand père VIAL Claude) sur ceux de l'Ouest. D'autres groupes apparaissent au Nord Ouest sur le flanc droit de la colonne, une section de la batterie CHANSON les disperse. Le commandant de la colonne donne l'ordre de se diriger sur le pont de Casbah Tadla passage obligé de l'ennemi et de ses troupeaux. A 7 h 30, franchissement d'un petit oued facile. De 7 h 35 à 7 h 55, tir assez vif de l'artillerie sur l'ennemi très nombreux. A 7 h 55, la cavalerie qui s'était rabattue sur le flanc droit est serrée de près par les Beni Ami et gêne le tir de l'infanterie. Cette cavalerie reçoit l'ordre de rentrer en réserve dans le carré à la disposition de commandant de la colonne. De 8 h 40 à 9 h 15 arrêt de l'avant-garde sur une crête qui permet d'établir en surveillance l'artillerie du groupe MAGNIN pour recueillir l'arrière garde assez engagée. L'ennemi tiraille toujours sur les premières lignes et sur le flanc droit de la colonne. A 9h 15, reprise du mouvement en avant; à partir de ce moment l'infanterie va marchant sans arrêt tout en combattant jusque vers midi. Les Beni Amir se montreront particulièrement mordant à l'arrière garde. A 10 h 00, le commandant de la colonne donne l'ordre au commandant de la cavalerie (Capitaine DESCHAMPS) de se porter en avant pour s'emparer du pont de Casbah Tadla dont on aperçoit le minaret à quatre kilomètres vers le Sud. Le Lieutenant colonel MAGNIN qui commande le groupe de tête reçoit l'ordre de faire appuyer ce mouvement par l'artillerie de 75 au trot.

Deux ravins très encaissés et très profond retardent la marche de ce détachement. La cavalerie malgré les balles qui partent des crêtes des deux rives et de la Casbah sur le flanc gauche enfile le pont à la charge, traverse les troupeaux de moutons que l'ennemi abandonne et se porte sur les hauteurs de la rive gauche. Les Capitaines BIDAN et CORNET de l'Etat Major qui ont accompagné la charge répartissent l'occupation des crêtes. L'escadron DESCHAMPS, le goum à cheval du Lieutenant FOIRET et le pelotons du Maréchal des Logis LEGEY tiennent les hauteurs de l'Est face à cette direction où de nombreux cavaliers ennemis tiraillent en protègeant la retraite des troupes. Le peloton du Lieutenant DE GOUTEL est formé face au Nord Est pour répondre au feu des tireurs qui, établis dans la Casbah de la ville tirent dans le dos de la cavalerie DESCHAMPS. A 11h 00, les escadrons LE BIHAN et GAUD resté sur la rive droite rallient la première ligne et font du combat à pied face à l'est, direction Rhorm el Alim, où un retour offensif de l'ennemi se dessine. Pendant toute la charge, l'artillerie a bombardée la Kasdbah de la ville et les pente de la rive gauche de l'Oum er Rebia. Débordant la cavalerie qui tient les hauteurs, les auxiliaires Beni Zemmour s'avancent à l'extrême droite et s'emparent des troupeaux en fuite. Ramenés, ils sont protégés par la cavalerie qui se porte en avant et occupe à 11h 20 pour les recueillir, la Dechra située à l'Ouest (pelotons Poiret, JEANNEROA et ROLLET) et par une section de 75 qui, établie sur un éperon de la rive droite, canonne des groupes nombreux qui accourent à l'Ouest. Des renforts sont demandés à l'arrière. A 11 h 30, arrivent la section de mitrailleuses du bataillon Alpin, une section de 65 CHANSON. A 11 h 40 une section de 75 NIMETZ arrive à son tour. A midi, les tirailleurs Sénégalais et Chasseurs Alpins qui ont rivalisé de vitesse viennent relever la cavalerie et occuper les crêtes. Le groupe de tête (Lieutenant colonel MAGNIN) est au complet, le groupe de queue (Colonel GUEYDON DE DIVES) serré de près par l'ennemi pendant toute sa marche atteint à 13 h 00 l'oum et Rebia avec le convoi. Les Troupes font la grande halte. A 14 h 15 la marche en avant est reprise dans la direction de Mechra Nefad, près Rhorm el Alem au pied de l'Atlas, où se serait réfugié Moha ou Saïd. A 15 h 30, l'artillerie NIMETZ tire sur les groupes qui occupent cette Casbah et se porte progressivement en avant par échelons sous la protection de la cavalerie. A 16 h 00 , Mechra Nifad est bombardée par un tir à obus explosifs qui en chasse les derniers défenseurs. A 17 h 00, la colonne campe sur cette position. L'artillerie poursuivit par son feu les groupes ennemis grimpant en déroute dans l'Atlas. Depuis midi l'ennemi démoralisé n'a offert aucune résistance. Les Beni Amir ont fui vers le Sud Ouest, les Aït Roboa vers Casbah Kenifra (Nord Ouest). Quinze mille moutons ont été pris. L'étendard de Moha ou Saïd, ses bagages, sa correspondance sont tombés entre nos mains. La vigoureuse poursuite a décontenancé l'adversaire qui a subi de fortes pertes. De notre côté deux tués, vingt neuf blessés plus huit blessés très légers. Munitions consommées : obus 800, cartouches d'infanterie 45 000. Partie de Dechra Brakça le six à 11h 00, la colonne a atteint le repaire de Moha ou Saïd au pied de l'Atlas le sept avril à 16 h 00, fournissant en moins de 30 h 00 une étape de soixante kilomètres, livrant un combat de 11 h 00. Ces troupes ont été admirables d'endurance et d'entrain.

8 avril La colonne quitte le camp de Mechra Nefad à 8 h 00 pour Casbah Tadla où elle campe à midi à cheval sur l'oum er Rebia, le groupe GUYEDON DE DIVES et les convois sur la rive droite en aval et près de la ville, le groupe MAGNIN et l'Etat Major sur la rive gauche. Le groupe GUEYDON détache une compagnie européenne dans casbah Tadla pour en arrêter le pillage commencé en notre absence par les tribus alliées. Mechra Nefad, Casbah de Moha ou Saïd, a été détruite avant le départ par l'incendie et la mélinite. Rhorm el Alem distante de Mechra Nefad de 2500 mètres a été visitée par la cavalerie mais épargnée comme n'appartenant pas à Moha ou Saïd. La nuit s'est passée sans incident au camp de Mechra Nefad en vue de l'ennemi dont les feux brillaient la nuit sur les premières pentes de l'Atlas. Une cinquantaine de cavaliers ont suivi la colonne au départ à distance respectueuse et échangés quelques coups de feu avec la cavalerie d'arrière-garde. Aucune perte. La colonne a reçu en marche la soumission des caïds Ait Roboa de la fraction Beni Mada.

9 avril Nuit sans incident. La colonne fait séjour à casbah TADLA. La compagnie de Zouaves LAPLACE chargée de protéger la ville contre le pillage à ouvert le feu sur un groupe d'indigènes sommés d'évacuer les maisons qu'ils incendiaient et qui avaient tiré un coup de feu sur nos postes; 4 indigènes ont été atteint par nos balles. Entre 12 et 15 h 00, quelques coups de feu ont été tirés de loin sur le camp face Sud Ouest par une centaine de cavaliers et fantassins.

10 avril (combat de casbah Zidania)

Dans la nuit, des coups de feux assez nombreux ont été tirés sur le camp de Casbah Tadla à deux reprises, vers 11h 00 et vers 14 h 00 par des Beni Amir. Au réveil, des feux signaux apparaissent dans le Sud Ouest; le Colonel MANGIN décide de se porter dans cette direction et de marcher sur Casbah Zidania en territoire Beni Amir à la frontière des Aït Roboa. La colonne se met en route à 11 h 00 du matin. Le groupe MAGNIN marche en tête (toute la cavalerie en pointe, bataillon Alpin en avant-garde; bataillon de Zouaves et TAM BRUNET et bataillon Sénégalais GIBEAUX aux ailes, la batterie de 65 CHANSON et la section de 75 TOUCAS derrière le bataillon de tête). Le groupe du Colonel GUEYDON DE DIVES marche en queue dans l'ordre suivant : bataillon mixte colonial CAHEN aux ailes, bataillon PERRIER en queue, les Zouaves sur le flanc, le 4ème goum formé en ligne en arrière garde. Le convoi marche au centre du dispositif, il est directement encadré en queue et sur les flancs par le bataillon de tirailleurs LAGRIFFOUL spécialement désigné comme escorte. La cavalerie LE BIHAN (4/1 Spahis) est en extrême pointe arrière. A 13h 30, l'arrière garde ouvre le feu sur des cavaliers ennemis qui la serrent d'assez près; le 4ème Goum à pied, démasqué par l'escadron LE BIHAN, tire et se porte en avant puis s'arrête et ouvre à nouveau le feu en une seule ligne avec une discipline parfaite qui empêche tout accrochage et permet la marche régulière en avant de la colonne. La section de mitrailleuse du bataillon PERRIER et la batterie de 65 DUHAUTOIS aident le 4ème Goum à se replier et à disperser l'adversaire. A 14h 45, l'avant garde qui a progressé par le tir de son infanterie et de sa cavalerie atteint les Douars importants des Beni Madane qu'elle incendie pendant un arrêt de longue durée qui permet au gros de serrer. A 15 h 00 , la colonne toute entière est remise en marche. A 15 h 30, l'ennemi assez nombreux s'est progressivement approché jusqu'à 1400 mètres de l'avant-garde. On aperçoit cavaliers et fantassins mélangés qui s'avancent rapidement sur la colonne. L'avant-garde s'arrête, la section de 75 PONS met en batterie en arrière de la crête et la section de mitrailleuses Alpine ouvre à 1400 mètres un feu violent sur l'ennemi qui essaie de continuer son mouvement, s'arrête, puis s'écoule sur le flanc gauche de la colonne. Au même moment l'arrière garde est assez fortement engagée (tir de la batterie de 65 DUHAUTOIS). La batterie de 65 CHANSON établie à hauteur et à droite de la section PONS, à l'avant garde ouvre le feu à 2400 mètres contre de nombreux groupes ennemis sur les hauteurs qui dominent le fleuve, et arrête la marche de ces groupes vers la colonne. A 16 h 00, reprise de la marche en avant; le combat a cessé, Casbah Zidania est en vue. A 17 h 00, l'avant garde atteint Casbah Zidania. La marche n'est inquiétée que par quelques tireurs isolés établis sur la rive droite de l'oum er Rebia. A 17 h 30, le Colonel GUEYDON DE DIVES signale qu'il est engagé à l'arrière contre environ sept à huit cent cavaliers; il demande l'appui de la batterie de 75 NIMETZ qui part immédiatement au trot et ouvre le feu à 1500 mètres contre ces cavaliers; en butte au tir de cette batterie, au feu des mitrailleuses et de l'infanterie, l'ennemi se disperse à 18 h 00. Toute la colonne campe en carré sur la rive gauche de l'oum er Rebia, près de la Casbah Magzen en ruines. Le gué qui conduit aux Dechra Beni Amir de la rive droite a un mètre de hauteur d'eau courant rapide.

Pertes : 1 tué 6 blessés

Munitions consommées 430 obus 19500 cartouches d'infanterie

Temps lourd, chaud, orage à la tombée de la nuit; petite pluie, éclairs, tonnerre. Pluie torrentielle de sept à 9h 00, le camp est complètement inondé. Entre Casbah Tadla et Casbah Zidania, terrain dénudé, facile pour toutes les armes. Une pointe de cavalerie a passé le gué et fait quelques prisonniers parmi les tireurs embusqués sur la rive droite dans les Dechra des Beni Amir. D'après les renseignements fournis par ces prisonniers, Abdallah ben Djabeud, chef des Beni Amir avait rassemblé à Casbah Zidania une harka de Beni Amir et de Beni Moussa destinée à attaquer la colonne au camp de Casbah Tadla. Notre mouvement en ayant surpris l'adversaire qui s'est néanmoins porté à notre rencontre dans l'intention de nous barrer la route. Les Beni Mellal (Aït Roboa) s'étaient joints à la harka; ce sont eux qui se sont montrés si acharnés contre l'arrière garde. Le Colonel MANGIN décide en conséquence de se porter le 11 contre Casbah Beni Mellal (14 kilomètres Sud Est de Casbah Zidania), contre de la fraction la plus hostile des Aït Roboa.

11 avril Combat de casbah Beni Mellal

Réveil à 4 h 00, départ à 5 h 00, direction la casbah Beni mellal, groupe GUEYDON en tête, groupe MAGNIN en queue. A 6 h 10, la colonne reçoit les premiers coups de feu des casbah des Zouaer et Bzaza sur les rives de l'oued Derna; l'infanterie de l'avant garde riposte. A 6 h 30 la batterie 75 NIMETZ

canonne les rassemblements qui occupent les douars et la berge Est de la rivière; une section de cette batterie déloge de casbah de la rive droite des groupes qui essaient de tourner la colonne par son flanc gauche. Sous la protection de cette artillerie et des deux sections de mitrailleuses des bataillons de zouaves LEVÊQUE et PERRIER, le groupe GUEYDON franchit l'oued Derna, large vallée de trois cent mètres de largeur, berges de quinze mètres, faciles en certains endroits, à pic en d'autres; fond de vallée planté de jardins, de vergers et coupé de séguias; deux bras, l'un large de vingt cinq mètres, cinquante centimètres d'eau, courant rapide; l'autre de quinze mètres de largeur, cinquante centimètres d'eau, courant rapide. Passage assez facile pour l'artillerie montée, fond de galet. Le tir cesse à 7 h 15. Le Colonel MANGIN décide d'éviter au convoi le franchissement de cet important obstacle qui retarderait considérablement la marche et bien inutilement puisque la colonne doit revenir dans la journée soit sur l'oued Derna soit peut être à casbah Zidania. Le convoi est maintenu sur la rive droite de l'oued Derna sous la garde du groupe du Lieutenant colonel MAGNIN, sauf un bataillon (14ème Alpins commandant MARTY) passé au groupe GUEYDON DE DIVES. Le groupe GUEYDON DE DIVES ainsi allégé et renforcé se porte sur casbah Beni Mellal dans l'ordre suivant :

Cavalerie : Escadrons DESCHANMPS - GAND - LE BIHAN; Bataillon LAGRIFFOUL Batterie de 75 NIMETZ - batterie de 65 DUHAUTOIS Bataillon PERRIER Bataillon CAHEN Bataillon MARTY 7ème ambulance mobile BEYNE, médecin Chef CULTIN.

Le Colonel MANGIN prend le commandement de cette colonne. A 9 h 15, la colonne s'arrête pour permettre aux éléments de serrer sur l'avant-garde. Toutes les pentes en avant de casbah Beni Mellal et des jardins qui entourent cet important village sont garnies de milliers de défenseurs résolus à la résistance. Dans la plaine au Nord et au Sud de Beni Mellal, au pied de l'Atlas, des groupes importants de cavaliers sont en marche sur ce village. Il apparaît nettement que l'ennemi est décidé à le défendre. Sa première ligne se concentre dans un ravin à cent mètre du mur d'enceinte; le glacis dénudé qui descend de ce mur vers le ravin est parcouru par des groupements considérables. Le Colonel MANGIN fait appeler le Colonel GUEYDON DE DIVES, le Commandant TESSIER commandant l'artillerie et prescrit de pousser l'artillerie et les sections de mitrailleuses en première ligne. La colonne s'approchera sans tirer à bonne portée de fusil des lignes ennemies et ouvrira alors le feu par surprise, infanterie, mitrailleuses et artillerie tirant ensemble pour produire un effet de masse très démoralisant pour l'adversaire. Mais il semble que l'ennemi songe à se replier. Un flottement se produit dans la première ligne établie au ravin. Le Colonel MANGIN ordonne alors aus commandant DAUGAN, chef d'Etat Major, (Capitaine BIDON adjoint) de se porter avec la batterie de 75 NIMETZ, soutenue par toute la cavalerie, à droite du village vers une hauteur surmontée d'un marabout, afin de prendre d'enfilade les groupes qui tenteraient de remonter le glacis. Il est 9 h 45; pendant que le détachement du Commandant DAUGAN se déploie vers la droite, la colonne est remise en marche sans tirer. A 10 h 00 la distance du ravin tenu par l'ennemi est estimée à deux mille mètres avec le télémètre de la section de mitrailleuses LEVÊQUE.

A 10 h 10, la batterie de 75 NIMETZ ouvre le feu à deux mille cinq cent mètres un peu prématurément sur des groupes en vue en avant du marabout dans les vergers au Sud du village. Cette batterie n'a pu exécuter l'ordre qu'elle avait de se porter au marabout: les terres noires très lourdes des champs d'orges et les séguias boueux ont en effet ralenti la marche; les servants doivent fréquemment dégager les roues des gaines de glaise épaisse qui les enveloppent. La cavalerie a du conformer son mouvement à celui de la batterie qu'elle soutenait. A 10 h 15, la première ligne d'infanterie, la batterie de 65 DUHAUTOIS et les mitrailleuses ouvrent à leur tour le feu sur l'ennemi à mille deux cent mètres tout en continuant à progresser par échelons. La batterie NIMETZ continue à tirer à l'extrême droite sur l'ennemi qui abandonne la hauteur du marabout et reflue dans les bois que l'artillerie fouille à obus explosifs. A 10 h 45, la première ligne atteint le ravin; l'ennemi qui est parti occupe maintenant la lisière du village, le mur d'enceinte et les bois. La batterie DUHAUTOIS tire à obus explosifs contre cette deuxième ligne de défense et prépare l'assaut qui est donné à 11 h 00. La cavalerie et la batterie de 75 rentrent par ordre derrière la première ligne à la disposition du commandant de la colonne auquel le Commandant DAUGAN a rendu compte de l'impossibilité de rouler rapidement dans les labours détrempés de l'extrême droite. Le Colonel GUEYDON DE DIVES reçoit comme point de direction pour toute la colonne le ravin situé au dessous et au Sud Ouest de Casbah Beni Mellal, ravin par lequel les défenseurs montent dans l'Atlas. Le bataillon LAGUIFFOUL dépasse le village et s'établit à la lisière du bois qui le borde à l'Est et sur les premières pentes de l'Atlas. Le bataillon PERRIER en seconde ligne occupe casbah Beni Mellal, le bataillon CAHEN suit de près, le bataillon MARTY demeure à l'Ouest du village. Un détachement sous les ordres du Capitaine BIDON et comprenant une compagnie de Zouaves, une compagnie Sénégalaise, une section de 75, un peloton de cavalerie , est resté en flanc-garde de droite dans la plaine vers le marabout. Un second détachement de deux compagnies Alpines, une section de 75 est demeuré en flanc-garde de gauche dans la plaine. Pendant toute la durée de l'occupation de casbah Beni Mellal, de 11 h 00 à 13 h 30 les deux détachements vont être d'une aide précieuse aux troupes de l'avant en dispersant les groupes qui descendent de la montagne sur ses flancs et essaient de les envelopper par les bois.. A 11 h 30, pour permettre le débouché des troupes (bataillon LAGUIFFOUL et PERRIER) des bois Est vers la montagne d'où l'ennemi crible le village de projectiles, toute la cavalerie, sous les ordre du Capitaine DESCHAMPS, restée en réserve auprès du commandant de la colonne dans l'intérieur des murailles, reçoit l'ordre de déblayer les hauteurs dominantes. La cavalerie sort par le Sud du village, se porte sur les pentes du mamelon boisé qui le domine de ce côté, et sans se soucier des tireurs embusqués sur sa droite, change de direction à gauche, contourne la hauteur du Sud qu'elle déblaie avec l'aide des deux sections de mitrailleuses CAHEN et PERRIER établies dans le village sur un tas d'immondices. La batterie de 65 DUHAUTOIS établie sur un autre tas d'immondices suit le mouvement par son tir; la compagnie D'IVRY (T.A.M) en flanc-garde le couvre à ?????. Cette charge qui à coûté à la cavalerie cinq chevaux tués, un caïd Mia blessé grièvement, permet aux bataillons LAGRIFFOUL et PERRIER de faire déboucher et d'occuper les hauteurs. Le bataillon MARTY (deux compagnies) a été appelé à 12 h 15 pour occuper la partie Nord Est de casbah Beni Mellal menacée par un retour offensif de l'ennemi à la faveur des vergers. Ce bataillon place une section de sauvegarde à la porte du Mellal dont les habitants sont venus demander protection. Le feu est mis au reste du village. A 12 h 00, la situation est la suivante : Bataillons PERRIER et LAGRIFFOUL Nord Est extérieur Compagnie D'IVRY tient le bois Sud Bataillon MARTY ½ intérieur Nord ½ extérieur Ouest Bataillon CAHEN centre du village une compagnie du détachement BIDON Batterie de 65 dans le village Batterie de 75 Sud du village (deux détachements) Etat Major (au centre) près de la batterie de 65 Cavalerie et réserve (centre du village) près de la batterie de 65 Ennemi Est dans la montagne.

A 12 h 30, le commandant de la colonne donne l'ordre de rentrer en plaine. l'ennemi est chassé du village, des bois et des hauteurs qui les dominent. Le résultat est atteint, le village est incendié. Il ne reste qu'à regagner le détachement MAGNIN sur l'oued Derna.. Le repliement des bataillons LAGRIFFOUL et PERRIER se fait sous la protection de la batterie DUHAUTOIS, des mitrailleuses et du bataillon CAHEN qui tiennent les énormes tas d'ordures émergeant des terrasses et donnant des vues sur l'extérieur. L'artillerie de 75 du détachement BIDON tire sur les groupe ennemis qui descendent de la montagne derrière le bataillon LAGRIFFOUL. Le bataillon LAGRIFFOUL se replie par les bois au Sud du village, le bataillon PERRIER par le village. Le bataillon MARTY reçoit l'ordre d'aller renforcer le détachement de plaine établi au Nord Ouest. Le bataillon CAHEN et la batterie de 65 forment l'arrière garde. Le mouvement de décrochage des bataillons PERRIER et LAGRIFFOUL est assez long. Le dernier élément du bataillon CAHEN QUITTE CASBAH Beni Mellal à 13 h 30. L'ennemi se rue alors par les brèches des murailles et descends la pente du ravin. L'artillerie de 75 établie au Nord Ouest bat le glacis situé en avant des murs de la casbah. Toute la colonne une fois en plaine, le détachement BIDON est dissout, le détachement MARTY prend place à l'arrière garde où il relève le bataillon CAHEN à 14 h 15. L'ennemi se montre assez mordant pendant la marche de retour, quelques hommes sont blessés à l'arrière garde, mais la précision du tir de l'infanterie sur les cavaliers et fantassins marocains, imprudemment approchés de la ligne et les rafales du 75 découragent bientôt l'ennemi. A 15 h 00 le combat cesse complètement. On aperçoit une grosse colonne d'un millier de cavaliers au moins qui venant du Sud Ouest s'avance en bon ordre et en formation dense mais hors de portée d'artillerie sur casbah Beni Mellal. Les guides disent que ce sont des contingents Cheuhs arrivés trop tard pour prendre part à l'engagement. A 18 h 00 toute la colonne légère a rejoint le groupe MAGNIN sur l'oued Derna. Le camp est dressé sur la rive droite.

Pertes : un tué douze blessés

Munitions consommées : 800 obus 51600 cartouches d'infanterie.

12 avril Combat de Dechra des Beni Amir

La colonne quitte le camp de l'oued Derna à 7 h 00 pour aller camper à casbah Zidania. La cavalerie franchit le gué de l'oum er Rebia et occupe sans incident les douars de ma rive droite. La batterie d'avant garde s'établit sur la rive gauche en position de surveillance, face aux hauteurs de la rive droite. Le gué est reconnu, le fond est résistant (gravier), le courant très rapide, la hauteur d'eau un mètre dix aux endroits les plus profonds. Une batterie de 65 passe sur la rive droite à 9 h 00. Le bataillon Alpin la suit à 9 h 15 et s'établit en soutien d'artillerie sur la crête au Nord des douars. Le groupe GUEYDON DE DIVES qui doit protéger en arrière le passage du convoi fait la soupe sur la rive gauche. Il ouvre le feu à 9 h 15 pour disperser quelques groupes de cavaliers apparus sur les crêtes Sud Ouest. Le convoi passe sans incident de 9 h 00 à 12 h 00. Les équipes de nageurs fournies par les compagnies auxiliaires Marocaines et Sénégalaises ont été admirables de solidarité et de dévouement. C'est grâce à elles qu'il n'y a pas eu d'accident à déplorer. Sur la rive droite, l'artillerie du groupe MAGNIN disperse des groupes assez nombreux qui se replient dans les douars à quelques kilomètres de casbah Zidania. Le camp est dressé sur les hauteurs de la rive droite qui dominent le gué. A 14 h 00 toute la colonne a passé le fleuve. L'ennemi se montre assez pressant sur la face Ouest du camp; des balles viennent atteindre des animaux au piquet, un malade est blessé à l'ambulance. Le bataillon BRUNET prononce un mouvement offensif qu'il exécute à la baïonnette, surprenant l'adversaire, auquel il inflige des pertes à l'arme blanche, lui faisant plusieurs prisonniers. A 12 h 45, l'artillerie établie au camp en surveillance appuie la marche de ce bataillon par un tir à démolir qui déloge l'ennemi des douars les plus rapprochés et par un tir progressif de poursuite qui lui cause des pertes sérieuses. A 14 h 30, l'ennemi s'étant reformé en arrière et apparaissant plus nombreux, le Lieutenant colonel MAGNIN part avec des renforts pour appuyer le bataillon BRUNET et occupe les douars. Le détachement de sortie comprend avec le Lieutenant colonel MAGNIN : Bataillon BRUNET Bataillon CAHEN Toute la cavalerie Bataillon PERRIER Sections de 75 PONS et DOLLOT Une section de 65

Le Colonel MANGIN prend la direction du combat. Le camp reste à la garde du Colonel GUEYDON DE DIVES. A 15 h 00, la section DOLLOT canonne les premiers douars, le bataillon BRUNET est en soutien d'artillerie. Le Commandant BRUNET, blessé au pied, est remplacé à la tête de son bataillon par le Capitaine TORLOTTING. A 15 h 15, le Colonel MANGIN ordonne de prendre l'offensive contre les douars que le bataillon TORLOTTING enlève à la baïonnette à 15 h 30. L'ennemi laisse plusieurs morts et blessés sur le terrain. L'artillerie DOLLOT qui s'est portée en avant au trot canonne la position en exécutant des tirs de poursuite. Les compagnies auxiliaires marocaines qui au cours des précédentes affaires se sont fait remarquer par leur entrain au feu se sont à nouveau distinguées. Un auxiliaire de la compagnie SIMONET s'est emparé d'un étendard en tuant d'un coup de baïonnette le Marocain qui le portait. Le bataillon CAHEN, une section de mitrailleuses, une section de 65, une section de 75 occupent en repli les hauteurs situées à mi-route entre le camp et les douars. L'ennemi se repli sur les crêtes hors de portée et paraît renoncer à la lutte. A 4 h 45 le détachement de sortie quitte les douars pour rentrer au camp à 5 h 30. Pertes au cours de l'engagement : Dix blessés dont le commandant BRUNET

Munitions consommées obus 530 cartouches d'infanterie 43 000

Un détachement de trois compagnies est laissé pour la nuit à 1200 mètres à l'Ouest sur des hauteurs d'où l'ennemi pourrait tirer sur le camp

13 avril Il a été rendu compte dans la soirée d'hier 12, qu'un tirailleur Algérien du bataillon LAGRIFFOUL avait disparu au cours du combat de Casbah BENI MELLAL (11 avril). le Commandant LAGRIFFOUL rend compte ce matin 13 qu'un second tirailleur a disparu au cours du combat du 11. La colonne quitte Casbah ZIDANIA à 6 h 00 et campe à midi près deMOHAMMED EN NEFATI sur l'oued BOUGUERROUN. Temps très beau. Aucun incident, quelques cavaliers apparus peu de temps après le départ ont tirés quelques coups de feu sur l'arrière-garde et ont disparu. Terrain plat, couvert d'une herbe très fine, grande plaine facile à toutes armes, Eau abondante dans l'oued.

14 avril Départ d'un convoi d'évacuation sur l'oued ZEM, tous les blessés et malades sont dirigés sur ce poste. Escorte : trois compagnies, un peloton de cavalerie, sous le commandement du Commandant PERIER. Quelques coups de feu ont été tirés sur le camp vers 23 h 00. Un courrier arrivé dans la nuit apporte l'approbation du Résident Général aux instructions données par le Colonel MANGIN au Lieutenant-Colonel SAVY.

15 avril Séjour au camp de MOHAMMED EN NEFATI. A midi, arrivée du convoi venant de l'oued ZEM : 2 compagnies Sénégalaises du bataillon PARAIRE (VALLOD); 1 section de mitrailleuses Sénégalaise (Bataillon VALLOD); 1 peloton de cavalerie; 120 hommes de recrues pour le 14ème bataillon de Chasseurs; 1 compagnie de conducteurs Sénégalais (LANDRIAU).

16 avril Départ à 6 h 00 pour SOUK EL ARBA des BENI AMIR où la colonne arrive à 15 h 00 après une grande halte de 12 à 13 h 30 auprès de la séguia HARRAR. Aucun incident. Les BENI AMIR ont pris la fuite. Le village est incendié. L'aviateur DO HU, auquel le commandant de la colonne a demandé d'exécuter une reconnaissance au Sud de SOUK EL ARBA des BENI AMIR, rend compte qu'il est parti de l'oued ZEM le 16 à 12 h 45; la durée de son vol a été de 1 h 30. Le nuage causé par l'évaporation des eaux de pluies l'a empêché d'apercevoir la colonne; il a cru distinguer des rassemblements dans le Nord Ouest de SOUK EL ARBA; quelques coups de feu lui auraient été envoyés.

17 avril

Combat du gué de SIDI SALAH

Des délégations des BENI AMIR sont venues offrir la soumission des fractions les plus importantes de cette tribu. Afin de faire sa jonction avec EL BOROUDJ et la colonne SAVY et pour prendre contact avec les BENI MOUSSA, tout en continuant à faire pression sur les BENI AMIR, le Colonel MANGIN décide de se porter avec toute la colonne sur l'OUM ER REBIA vers le gué de SIDI SALAH. Départ 10 h 30, à 12 h 00, le Lieutenant RACT-BRANCAZ, envoyé sur le flanc gauche pour reconnaître des groupes de cavaliers peu nombreux est reçu à coups de fusil. A 12 h 15, la cavalerie signale des rassemblements en avant de la colonne; les groupes aperçus à gauche suivant parallèlement à la direction de marche à 1000 ou 1500 mètres des flancs-gardes. A 13 h 30, la colonne quitte le territoire des BENI AMIR pour rentrer dans celui des BENI MOUSSA; l'ennemi apparaît plus nombreux et tire sur les troupes qui continuent leur marche sans répondre. Le pays est absolument plat, la terre rouge très légère est depuis le départ couverte de culture d'orge. Les lignes de dechras qui bordent l'OUM ER REBIA sur les deux rives apparaissent indistinctes dans le mirage produit par l'air surchauffé qui vibre au-dessus du sol. On aperçoit confusément dans une brume rougeâtre sans qu'il soit possible d'en apprécier la distance et l'importance réelles, une épaisse colonne qui semble en marche vers le Sud Est. A 15 h 30, la cavalerie ne peut plus progresser à l'avant garde sans répondre au feu d'un millier de cavaliers et fantassins progressivement approchés à bonne distance. La ligne des Dechras que longe la colonne à l'Est est occupée par de nombreux groupes ennemis. Le Colonel MANGIN fait ouvrir le feu sur ces groupements par la batterie de 75 NIMETZ (distance 3500 mètres), le groupe GUEYDON qui marche en tête continue son mouvement vers le Sud, sur le gué de SIDI YOUB. A 16 h 30, la batterie NIMETZ, qui a repris sa marche, reçoit l'ordre d'exécuter un tir progressif sur une multitude de piétons apparus au gué de SIDI SALAH, à 2000 mètres sur le flanc gauche de la colonne. Des fantassins embusqués derrière des plis de terrain tirent à quelques centaines de mètres de la première ligne du groupe GUEYDON qui a reçu l'ordre de faire face à gauche et de marcher sur le gué de SIDI SALAH. Le groupe de queue (Lieutenant Colonel MAGNIN) qui a dû, lui aussi, refouler avec son artillerie des groupes importants sur son flanc gauche, continue droit vers le Sud sur le Gué de SIDI YOUB (BOURED JIHA). Appuyée par l'artillerie (batterie de 75 NIMETZ, batterie de 65 DUHAUTOIS), la première ligne du groupe GUEYDON (bataillon de Tirailleurs Algériens et bataillon Sénégalais colonial CAHEN) se porte à bonne allure contre l'ennemi établi en face de SIDI SALAH. Elle le refoule dans le fleuve par ses feux et par une charge à la baïonnette brillamment menée. Le tir de l'artillerie écrase les masses ennemies au passage du gué SIDI SALAH et sur les pentes de la rive gauche. A 17 h 00, le bataillon de Zouaves PERIER, détaché du groupe GUEYDON, arrive avec le bataillon TORLOTTING du groupe MAGNIN au gué de SIDI YOUB. Le Caïd d'OULD ZIDOUH qui accueillit la colonne AUBERT en 1910, accourt au galop porteur d'un drapeau blanc et guide la colonne au passage du gué commencé à 17 h 15. Le gué long de 600 mètres et profond de 75 centimètres, suit le milieu du fleuve et aboutit à un banc de gravier où les compagnies Marocaines d'IVRY et SIMONET prennent pied les premières, suivies par le reste du bataillon TORLOTTING que précède le Lieutenant Colonel MAGNIN, et par le bataillon PERIER, la batterie de 75 NIMETZ, la batterie de 65 DUHAUTOIS et tout le groupe GUEYDON qui a terminé le combat sur le flanc gauche. La cavalerie passe le fleuve à un second gué situé à 1 kilomètre en aval et continue à couvrir le flanc droit de la colonne. La section de 75 TOUCAS, établie sur la rive droite, achève de disperser les rassemblements ennemis qui essayent de se reformer. Le convoi resté sur la rive droite, sous la protection du bataillon Alpin, du bataillon Sénégalais VALLOD et du bataillon colonial CAHEN appuyé par la batterie de 65 CHANSON (celle du grand père VIAL Claude), doit renoncer à franchir le fleuve au gué reconnu par la cavalerie; le courant très violent entraîne quelques charges et quelques animaux. Le convoi retourne sur ses pas et vient passer au gué de SIDI YOUB. Les derniers éléments ont terminé le passage à 21 h 30, grâce au clair de lune qui a favorisé cette délicate opération. L'ennemi a disparu à 18 h 00, en déroute complète vers l'Atlas; les contingents comprenaient les BENI MOUSSA, les AÏT BOUZID et les AÏT AÏAD. Le caïd OULD ZIDOUH annonce que le Colonel SAVY a eu un engagement dans la journée sur la rive gauche de l'oued ABID contre des contingents BENI MOUSSA et CHLEUHS. Toute la colonne campe sur la rive gauche du fleuve et y passe la nuit sans être inquiétée. Pertes : 6 blessés dont un décédé des suites de ses blessures. Munitions consommées : 800 obus 27000 cartouches d'infanterie. 18 avril Départ à 7 h 00, arrivée à 8 h 30 à Casbah ZIDOUH, sous la conduite du Caïd OULD ZIDOUH et des notables. Aucun incident. Un courrier du Colonel SAVY daté du 17 au matin annonce son intention de pousser dans la journée du 17 une reconnaissance sur l'oued EL ABID et de revenir le soir même à son camp de DAR CAÏD CHOBI. Deux rekkas fournis par le Caïd OULD ZIDOUH sont expédiées : le premier sur EL BOROUDJ, donne rendez-vous au Commandant BETRIX pour le 22 à DAR CAÏD ZIDOUH. Le Commandant BETRIX profitera du retour d'un convoi de ravitaillement poussé sur EL BOROUDJ le 21 pour rejoindre la colonne avec deux compagnies dont le Goum; et le second rekkas est envoyé au Colonel SAVY pour lui prescrire de se rendre avec tout son monde le 19 sur l'oued EL ABID, à Casbah CAÏD EMBAREK où il rencontrera la colonne MANGIN. La colonne campe à DAR CAÏD OULD ZIDOUH. Arrivée des marabouts de TERMAST venant affirmer leur soumission.

19 avril Départ à 6 h 00 sur DAR CAÏD EMBAREK. Brûlé au passage les douars OULED RAHO (des OULED MAHMED _ OULED BOU MOUSSA) trouvés évacués. Arrivée à 9 h 00 sur l'oued EL ABID à DAR CAÏD EMBAREK. La colonne campe sur la rive droite en face de la colonne SAVY établie sur la rive gauche et qui n'a pu traverser en raison de la hauteur des eaux (1 mètre 10) et de la violence du courant. Le séjour de la colonne SAVY sur la rive gauche de l'oued EL ABID s'est passé sans incident depuis le 10 avril, sauf le 17 où un petit engagement a eu lieu entre des contingents BENI MOUSSA et un détachement en reconnaissance au gué de MECHRA BOU MEBA (Casbah CAÏD EMBAREK). Ce détachement, sous les ordres directs du Colonel SAVY, comprenait : Cavalerie; 3 pelotons de Spahis Sénégalais, 1 peloton de Chasseurs d'Afrique, 1 Goum à cheval. Laissés en repli à 6 kilomètres du fleuve sous le commandement du Commandant MONHOVEN : 1 Goum à pied, 1 peloton Sénégalais monté, 1 section de mitrailleuses du 7ème Sénégalais, 1 section de 75. Accueillie par une fusillade de l'ennemi en arrivant en vue du fleuve, la cavalerie s'est repliée sur la position tenue en arrière. L'ennemi a dû se replier en désordre surpris par le feu inattendu de l'infanterie, de l'artillerie et des mitrailleuses. Pertes : 2 Spahis Sénégalais blessés.

20 avril Le passage du gué étant difficile, la colonne SAVY reste sur la rive gauche de l'oued EL ABID avec mission de montrer ses forces pendant quelques jours dans la région SRARNA Nord Est. La colonne MANGIN rentre à DAR OULD ZIDOUH en passant par le pied du Moyen Atlas. Départ à 6 h 00, arrivée à 10 h 30 à ERFALA, douar ENTIFA au débouché de la route MAGHZEN de TABIA, DJEMAA ENTIFA. La colonne s'établit en halte gardée autour de l'olivette qui s'étend au bas des pentes. Pendant l'arrêt, des équipes videront les silos des BENI AÏAD, fraction dissidente des BENI MOUSSA. L'orge prélevée sur les silos ENTIFA est payée immédiatement au Caïd SALAH AOURACH. Le groupe MAGNIN protège l'opération du côté de la montagne; bataillon Alpin, bataillon TORLOTTING à l'Est et à l'Ouest du col donnant passage à la route MAGHZEN; bataillon CAHEN dans le bois d'oliviers (lisières Est et Sud face à la montagne). Le groupe GUEYDON s'établit à l'extérieur et au Nord du bois d'oliviers encadrant et protégeant le convoi face à la plaine. L'ennemi tire de loin quelques coups de feu isolés auxquels il n'est pas répondu; ces groupes assez nombreux d'AÏT ATTAB qui occupent les crêtes de la montagne, paraissent peu disposés à prendre l'offensive. Des délégations ENTIFA et AÏT AÏAD se présentent pour assurer le Commandant de la colonne de leurs dispositions pacifiques et pour demander l'aman. Le bataillon Alpin établi sur le piton le plus élevé rend compte par télégraphe optique qu'aucun mouvement de l'ennemi n'est en vue dans la montagne. A 15 h 00, la colonne se met en route pour Casbah OULD ZIDOUH. A ce moment, un coup de feu parti de la montagne vient blesser mortellement au convoi un chasseur Alpin. Retour sans incident à 18 h 45 à DAR OULD ZIDOUH.

21 avril Séjour de la colonne à DAR OULD ZIDOUH. Un convoi d'évacuation et ravitaillement est dirigé à 6 h 00 sur EL BOROUDJ par TERMAST. L'escorte comprend : 3ème escadron A.M DESCHAMPS, 2 compagnies Alpines, 1 Sénégalaise compagnie A.M.; elle est renforcée jusqu'à TERMAST par le groupe du Lieutenant Colonel MAGNIN qui doit rentrer au camp le soir même. Le commandant de la colonne visite l'emplacement de la Casbah OULD ZIDOUH , qui est reconnu impropre à l'établissement d'un poste. 22 avril Un télégramme du Résident Général convoque le Colonel MANGIN à EL BOROUDJ pour le 24, afin de discuter les propositions concernant la réorganisation et l'occupation du TADLA présentées dans le télégramme n° 208 du 17 avril. Séjour au camp d'OULD ZIDOUH.

23 avril Départ à midi d'un bataillon pour TERMAST où il doit séjourner pendant le voyage du Colonel MANGIN à EL BOROUDJ. Séjour du reste de la colonne à OULD ZIDOUH.

24 avril Départ du Colonel MANGIN (Commandant DAUGAN, Capitaines CORNET, DONAFORT, BELLOT) pour EL BOROUDJ (4 h 00 du matin); escorte : 2 pelotons Spahis SALA jusqu'à TERMAST, escadron T.A.M. DESCHAMPS au delà. Arrivée à DAR OULD ZIDOUH du convoi de ravitaillement revenant d'EL BOROUDJ. Ce convoi est escorté par le détachement parti de DAR OULD ZIDOUH le 21 et renforcé au retour par les unités suivantes prélevées sur la garnison d'EL BOROUDJ : compagnie coloniale FILLANDEAU, une section d 'artillerie de 75 TOUCAS, 3ème Goum mixte DE MAZERAT - BOUCLY. Le Colonel MANGIN arrive à EL BOROUDJ à 9 h 00, le Résident Général arrive à 16 h 00.

25 avril Retour à DAR OULD ZIDOUH du bataillon envoyé à TERMAST. Arrivée à DAR OULD ZIDOUH de renforts envoyés d'EL BOROUDJ (1 compagnie Sénégalaise, 1 section de mitrailleuses Sénégalaise). Retour du Colonel MANGIN à DAR OULD ZIDOUH (escorte : escadron DECHAMPS); le Résident Général quitte EL BOROUDJ pour CASABLANCA.

26 avril

27 avril

1er Combat de SIDI ALI BOU BRAHIM

La participation des Chleuhs à l'attaque du camp d'AIN ZERGA a été vérifiée auprès des prisonniers. Les AIT ATTA, AIT ATTAB, AIT AIAD, AIT BOUZID avaient envoyé des contingents pour nous attaquer. De nombreux BENI MOUSSA ont pris part à l'affaire. La harka très importante était sous les ordres du chleuhs MOHAMED OU SAID EL ATTABI, beau frère de SALA AOURAGH, caïd des ENTIFA. Les deux mille cavaliers apparus sur la face Nord du camp étaient des Chleuhs et AIT ROBOA venus de Casbah BENI MELLAL avec dit-on MOHA OU SAID en personne. Il est également reconnu que les Chleuhs ont en dépôt des troupeaux que les arabes du TADLA ont mis en sûreté dans la montagne et qu'ils font pression sur les arabes, les empêchant de faire leur soumission. La soumission du Tadla ne pouvant être obtenue qu'après la destruction complète de la harka des Chleuhs, le Colonel MANGIN se porte le 27 avril contre SIDI ALI BOU BRAHIM

où la harka en fuite s'est reformée. La population de ce village mi-partie Chleuhs, mi-partie BENI MOUSSA ( Ouled Arif ) a fourni d'important contingents lors de l'attaque du camp le 26. La colonne quitte AIN ZERGA à 7 h 30. L'aviateur LA MORLAYE la survole à 8 h, pousse une reconnaissance jusqu'à l'Atlas et rentre à EL BOROUDJ. La marche s'effectue dans autre incident que quelques coups de feu tirés sur l'arrière-garde et le flanc gauche par deux ou trois cents cavaliers. Le terrain de la charge du 26 que la colonne traverse est jonché d'un grand nombre de cadavres et de blessés abandonnés la veille par l'ennemi en déroute; les blessés, tous Chleuhs, ou habitants de SIDI ALI BOU BRAHIM confirment les renseignements déjà recueillis sur la participation des diverses tribus de l'Atlas à l'attaque du 26. A 12 h 30, la colonne arrive à quelques kilomètres des olivettes du village de SIDI ALI BOU BRAHIM. Des groupes nombreux sont en vue dans la plaine sur le flanc gauche de la colonne; la lisière des jardins; des vergers et le village sont fortement occupés. A 13 h, la première ligne, groupe MAGNIN, arrivée à un kilomètre de la lisière du bois d'oliviers reçoit de nombreux coups de feu. L'artillerie tire à 1 000 mètres sur les bois d'oliviers et chasse les défenseurs, canonne le village et les ravins en arrière; mitrailleuses et infanterie tirent également en continuant à progresser par bonds. La batterie NIMETZ est en première ligne à droite du dispositif, la batterie TOUCAS à gauche, une section 65 CHANSON au centre, le bataillon sénégalais VALLOD en deuxième ligne, la cavalerie en réserve. Le convoi a reçu l'ordre de stationner en plaine à 2 000 mètres des lisières sous la protection du groupe GUEYDON DE DIVES. A 13 h 30 le village est occupé par l'infanterie. Le bataillon Alpin enlève d'assaut la montagne qui le domine à l'Est et y prend position. Tandis que le groupe MAGNIN occupe les premières crêtes de L'Atlas, le groupe GUEYDON DE DIVES serre avec le convoi contre ces hauteurs, forme le camp à leurs pieds, près d'une olivette où coule une séguia abondante. Toute l'artillerie au centre du carré appuie le mouvement du groupe MAGNIN dans la montagne et refoule des nombreux cavaliers ennemis apparus dans la plaine. A 16 h 00 les positions occupées par le groupe MAGNIN sont les suivantes :

Bataillon TORLOTTING à l'extrême gauche (Nord Est près du douar de TISMOULIT); Bataillon Alpin à SIDI ALI BOU BRAHIM et sur les hauteurs voisines dominant le col; Bataillon VALLOD sénégalais en réserve dans l'olivette avec la cavalerie près du groupe GUEYDON.

Le bataillon TORLOTTING engagé à l'extrême gauche est le plus pressé par l'ennemi. A 16 h 45 un détachement de sortie, sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN et comprenant un bataillon mixte BETRIX, deux compagnies sénégalaises, une compagnies de tirailleurs algériens, une compagnies de zouaves et une section de 65 DUHAUTOIS, se porte en soutien du bataillon TORLOTTING, enlève les hauteurs occupées par l'ennemi entre cette unité et le bataillon Alpin refoule par ses feux d'artillerie, d'infanterie et de mitrailleuses l'ennemi dans le fond des montagnes et rentre au camp à la nuit noire vers 20 h 00, partie par la route suivie à l'aller, partie par la position occupée par le bataillon TORLOTTING auquel une compagnie sénégalaise (Capitaine VELLE) est laissée en renfort. Cette compagnie vivement pressée par l'ennemi au moment où elle redescend les pentes doit se dégager par un corps à corps et subit des pertes sensibles. Le bataillon TORLOTTING, le bataillon Alpin passent la nuit dans la montagne. Tout le reste de la colonne campe au pied de l'Atlas.

Les pertes sont: 13 tués dans le Capitaine REQUISTON, 4ème Zouaves; 41 blessés dont les Lieutenants JAUBERT, 14ème Alpin et de CASTELJAUX, 4ème zouaves.

28 avril

2ème combat de SIDI ALI BOU BRAHIM et attaque de nuit du camp de SIDI ALI BOU BRAHIM

La nuit s'est passée sans autres incident que quelques coups de feu. A l'aube, l'ordre est donné au Colonel GUEYDON DE DIVES de faire occuper les hauteurs qui dominent au Sud et à l'Est les crêtes sur lesquelles se trouvent les avants postes de nuit (pitons A et B à l'entrée du ravin de SIDI ALI BOU BRAHIM, village de SIDI ALI BOU BRAHIM, crête allant de ce village à la Dechra P à 300 mètres Ouest de TISMOULIT, village de TISMOULIT, petite Dechra R près du bois X). L'opération doit être effectuée par les bataillons BERTON (Algérien) et BETRIX (Sénégalais), le 4ème Goum Lieutenant DELHOMME, la batterie de 65 DUHAUTOIS relevant à l'aube les troupes ayant passé sur la position la nuit du 27 au 28. L'artillerie de 75 ( NIMETZ et TOUCAS) et la batterie de 65 CHANSON établies dans la plaine près du camp appuient ce mouvement en canonnant les crêtes occupées par l'ennemi. Le bataillon Sénégalais BETRIX, qui doit relever à l'Est de la ligne d'avant-postes le bataillon TORLOTTING, opère son mouvement de l'Ouest à l'Est par les crêtes O.H.F.D. qui bordent la conque au fond de laquelle se trouve le village de TISMOULIT et chasse successivement l'ennemi de ces hauteurs pour atteindre à 9 h 30 le piton D qui domine le col blanc par lequel passe la route de TISMOULIT vers la Casbah BENI MELLAL. D'autre part, la compagnie DOUALIN sénégalaise, avec un peloton GIBEAULT sénégalais et une section de 65 DUHAUTOIS, s'est portée directement de TISMOULIT à l'assaut du col Blanc et du pic E (EL KOUDIA) qui le domine au Nord. La jonction est faite vers 10 h 00 avec le détachement BETRIX. A 10 h 00, les emplacements occupés sont les suivants :

Compagnie sénégalaise DOUALIN ( Piton E et col Blanc Un peloton sénégalais GIBEAULT ( face à l'Est Une section 65 DUHAUTOIS Bataillon BETRIX ½ compagnie sénégalaise GIBEAULT Piton D face au Sud-Est Compagnie sénégalaise PARIS Piton F.H face à la vallée de TAGMOUT.

Bataillon Compagnie RIEU En réserve au village de TISMOULIT BERTON Compagnie URGUETTE Pic C face au Sud 4ème Goum ( Position intermédiaire entre H&C Une section de 65 DUHAUTOIS ( Compagnie VARIENGIEN Village de SIDI ALI BOU BRAHIM et piton B.

Bataillon Compagnie MARQUIS ( Piton A village de SIDI ALI BOU sénégalais Compagnie QUILICHINI ( BRAHIM et pentes face à l'Ouest. VALLOD Compagnie CORNELOUPT ( Compagnie RAOULD (

Tout le reste de la colonne occupe le camp; ces emplacements sont gardés toute la journée. L'ennemi s'est replié et ne tire que quelques coups de feu des crêtes en face de celles tenues par nos troupes. On aperçoit dans la plaine vers l'Est des groupes ennemis qui semblent se diriger vers le camp et s'arrêtent indécis hors de portée; d'autre part un exode de population et de troupeaux paraît se produire de la montagne vers l'Oum er Rebia. Ce son de nombreux campements de BENI MOUSSA et BENI AMIR, délivrés des Chleuhs, par la présence de la colonne, qui regagnent leurs douars. La vallée large et fertile de TAGMOUT qui se trouve devant le bataillon sénégalais BETRIX, est occupé par de forts rassemblements dont on entend les cris, mais qui ne tirent presque pas. Le Colonel GUEYDON donne l'ordre d'occuper à 17 h 00 pour la nuit des positions en arrière des crêtes tenues pendant le jour. Le bataillon BERTON tiendra les crêtes B et C, le bataillon VALLOD la crête A. Quant au bataillon BETRIX, il doit quitter les hauteurs E.D.F.H qui dominent TISMOULIT, et se replier en arrière. Le village de TISMOULIT même est évacué par la compagnie RIEU. Le mouvement commence à 17 h 00. La compagnie DOUALIN quitte le piton E, et le col blanc, sous la protection des mitrailleuses CAHEN et de la batterie CHANSON qui, établies dans la plaine, interviennent heureusement pour contenir le mouvement en avant de l'ennemi. Celui-ci serre de très près cette compagnie et lui cause quelques pertes. Les trains régimentaires attardés au village de TISMOULIT sont assaillis par l'ennemi et quelques mulets sont enlevés à la faveur de la mêlée. La compagnie DOUALIN occupe pour la nuit la Dechra P, sur le prolongement de la face Est du camp. Les deux autres compagnies GIBEAULT et PARIS exécutent leur mouvement par les crêtes sous la direction du Commandant BETRIX qui s'établit vers 19 h 00 à 600 mètres en avant de la ligne B.C occupée par les tirailleurs algériens et le 4ème goum. A 19 h 30 la nuit est complète. Une violente attaque de l'ennemi partie du bois X est portée à la faveur de l'obscurité sur la face Est du camp occupée par le bataillon colonial CAHEN. Trois soldats coloniaux sont tués au corps à corps dans les rochers qui servent d'abri à la ligne des tireurs. On entend des hurlements de l'ennemi qui se croit déjà dans le camp. Le Capitaine RAYMOND commandant la 4ème compagnie coloniale fait sonner la charge; enlève dans la nuit sa compagnie à la baïonnette et rejette dans un combat corps à corps l'ennemi en bas des rochers. Cet exemple a été suivi par toute la ligne, compagnie sénégalaise DOUALIN à droite, compagnies coloniales FILLAUDEAU et RIVIERE à gauche. La section de mitrailleuses du 4ème Zouaves établie à l'angle N.E du camp appuie ce mouvement en tirant sur la masse de burnous blancs sortis du bois d'oliviers. Le commandant de la colonne envoie deux compagnies de Zouaves PERIER et la 3ème compagnie auxiliaire marocaine SIMONET renforcer la face Est du camp et appuyer la contre-attaque. Les faces du camp dégarnies pas ces unités sont occupées par la cavalerie, pied à terre et la compagnie de conducteurs sénégalais. Une compagnie de chasseurs Alpins est tenue en réserve au centre du carré. L'artillerie reçoit l'ordre d'ouvrir à 19 h 45, le feu sur le col et les crêtes repérées pendant le jour.

L'effet moral produit par la charge à la baïonnette, a fait cesser immédiatement l'attaque ennemie. A 20 h 00 tout est terminé. Une autre attaque se produit dans la montagne. Vers 21 h 00 le détachement du Commandant BETRIX, qui n'a cessé d'échanger des coups de feu avec l'ennemi établi sur les hauteurs voisines, est assailli brusquement après une accalmie, par une nuée d'adversaires qui à la faveur des rochers et de l'obscurité s'est avancée jusqu'au contact. Il doit repousser l'adversaire par plusieurs charges à la baïonnette. Il demande du secours aux unités établies en arrière et commence à se replier. Il se produit dans ce recul un corps à corps où l'ennemi tire à bout portant, et se sert de poignards, et même de pierres. Le 4ème Goum conduit par le Lieutenant BELHOMME et le peloton de tirailleurs algériens du Lieutenant PINELLI accourent à 22 h 00 en traversant les groupes ennemies répandus sur tout le terrain, et recueillent le détachement BETRIX sur le col entre C et G. Dégagé, le détachement BETRIX rentre à 23 h 00 à l'intérieur des lignes. Le détachement a perdu dans cette mêlée 21 tués ou blessés; auprès de chaque tué ou blessé sénégalais ou européen plusieurs cadavres marocains ont été relevés. Quelques coups de feu sont tirés toute la nuit aux avants postes et sur le camp. Le réapprovisionnement des unités en munitions s'effectue dans la nuit: 60 000 cartouches sont expédiées à minuit aux bataillons BETRIX et BERTON. Les Capitaines BIDON et KERVENOAEL accompagnent le convoi dans la montagne. Une section d'ambulance est envoyée à la même heure au bataillon BETRIX qui signale par la télégraphie optique des pertes importantes.

Munitions consommées au 2ème combat de SIDI ALI BOU BRAHIM 670 obus, 65 000 cartouches. Pertes: 13 tués dont le Médecin Aide Major MALLET du bataillon BETRIX, 18 blessés.

Nous avons eu affaire dans l'attaque de jour ou en montagne aux mêmes AIT ATTAB & AIT BOUZID, qui, commandés par MOHAMED OU SAID EL ATTABI, avaient pris part aux combats des 26 et 27 avril. L'attaque de nuit du camp a été faite par la même harka de MOHAMED OU SAID EL ATABI renforcée par la harka de Casbah BENI MELLAL, organisée par MOHA OU SAID et groupant les contingents AIT ROBOA, AIT OUIRA, AIT ATTA, BENI MOUSSA. L'attaque de nuit dirigée contre le détachement du commandant BETRIX a été exécutée par une troisième harka formée par d'autres AIT ATTAB. Les seuls AIT ATTAB auraient perdus 500 tués. Les harkas étaient très nombreuses. L'armement de l'adversaire était très inégal: fusils de petit calibre, plusieurs balles D trouvées dans le camp, fusils à tir rapide de toutes provenances, fusils à pierre; des hommes étaient même armés uniquement de couteaux. Un cadavre de femme Chleuh portant une musette remplie de poudre, a été trouvé sur le lieu du combat. Le matricule inscrit sur cette musette a permis de reconnaître qu'elle avait appartenu au tirailleur BAKARY TARAORE de la 6ème compagnie sénégalaise de la colonne AUBERT.

29 AVRIL 3ème combat de SIDI ALI BOU BRAHIM

Dans la nuit du 28 au 29 des ordres sont donnés pour reprendre au jour les positions occupées la veille, sur les pitons E.D.F.H.O. qui dominent la vallée de TAGMOUT.

Le Colonel MANGIN a décidé en effet de séjourner le 29 à SIDI ALI BOU BRAHIM et d'y passer la nuit afin d'affirmer notre succès. Ces mouvements sont exécutés sans incident par le bataillon Sénégalais BETRIX, le bataillon Algérien BERTON, le 4ème Goum DELHOMME, la 3ème compagnie auxiliaire Marocaine SIMONNET et la batterie de 65 DUHAUTOIS. Le feu de l'ennemi est facilement éteint, à 9 h 00 tout le monde est en position. Les Zouaves du Commandant PERIER renforcent le bataillon BETRIX en occupant TISMOULIT. Laissant le camp à la garde du Lieutenant Colonel MAGNIN, le Colonel MANGIN transporte son quartier général pour la journée sur la hauteur I auprès du Colonel GUEYDON DE DIVES qui commande les troupes établies dans la montagne. L'ennemi qui occupe en force la ligne de crêtes L.M.N ne prononce aucun mouvement en avant. Le Colonel MANGIN à qui ses instructions ne permettent pas de s'enfoncer dans l'intérieur de la montagne ne veut pas séjourner plus longtemps sur les pentes de l'Atlas, mais il ne veut pas partir avant d'avoir infligé à l'ennemi un châtiment qui lui confirme nettement notre supériorité et lui donner le sentiment de notre entière liberté d'action. C'est le seul moyen de séparer les Cheuhls des populations de la plaine et de les forcer à rester dans leur montagne. En conséquence le Colonel MANGIN donne l'ordre d'exécuter un mouvement de retraite pour atirer l'adversaire et permettre de lui causer des pertes dans une vigoureuse contre attaque sans s'engager dans le moyen Atlas. A 13 h 30, le bataillon BETRIX évacue les hauteurs E et D pour se masser en bas des pentes de TISMOULIT. Le 4ème Goum, la 3ème compagnie auxiliaire Marocaine, une compagnie Tirailleurs Algériens, qui occupent les crêtes E.H.G.D. se replient et s'abritent avec la batterie de 65 DUHAUTOIS derrière le mamelon I hors des vues de l'ennemi. Le poste de télégraphie optique du 14ème Alpin, établi en C, averti le camp de ces mouvements. A 15 h 30, l'effet est produit, l'ennemi timidement d'abord, ensuite par groupes importants a garni toutes les crêtes abandonnées E.D.F.H.G.O. et descendant les pentes s'énonce tout près de la position I où sont cachés les troupes. Le signal d'ouverture du feu est donné par la batterie DUHAUTOIS et les deux batteries de 75 du camp qui canonnent les groupes nombreux établis en E et D et dans le col blanc. Les troupes massées surgissent de I et s'élancent à la baïonnette pour réoccuper O. G.O.F.H. Le mouvement exécuté avec un entrain remarquable, et appuyé par les mitrailleuses établies en I permet de tuer à l'arme blanche un nombre important d'ennemis et de s'emparer des fusils. L'ennemi est poursuivi la baïonnette dans les reins pendant plus de deux kilomètres et délogé des casbahs et des olivettes, de la vallée de TAGMOUT. Accompagné par le feu de l'infanterie, des mitrailleuses, et de la batterie DUHAUTOIS, qui se porte en avant, il remonte en désordre les pentes et disparaît derrière la grande ligne de crêtes L.M.N., en laissant de nombreux tués et blessés dans les champs d'orge, les vergers et les casbahs. Cette vigoureuse offensive ne nous a causé aucune perte. A 16 h 30, toutes les troupes pleine d'enthousiasme sont reportées en arrière de la crête C.B. que les algériens tiennent pendant la nuit. Plusieurs milliers de cavaliers et fantassins, venant de Casbah BENI MELLAL, et qui se sont tenue en plaine à quelques kilomètres au Nord Est du camp, se sont groupés et mis en route vers 15 H 00. A 16 H 00, ils s'arrêtent brusquement se concertent et se replient. Pertes : 2 tués, 7 blessés (subies dans la première partie de la journée). Munitions consommées : 150 obus, 20 000 cartouches.

30 avril Quelques coups de feu ont été tirés sur le camp à minuit et à 2 H 00 du matin. Le reste de la nuit a été calme. A 5 H 00, la colonne quitte SIDI ALI BOU BRAHIM, sans être inquiétée et se dirige vers AIN ZERGA atteint à 11 H 00 sans incident. La harka de la casbah BENI MELLA apparue à 9 H 00 sur le flanc droit de la colonne, hors de portée, s'est évanouie vers le Nord Est.

1 mai Séjour à AÏN ZERGA sans incident. La journée est employée à vider les silos des douars réoccupés en partie seulement. Les habitants qui ont déterré 3 Sénégalais tués au combat du 26 et enterrés dans les tranchées sont imposés de 200 charges d'orges d'amende; ils désignent eux-mêmes les silos, le grain est enlevé par les animaux de la colonne.

2 mai Départ 5 h 00 d'AÏN ZERGA, arrivée 13 h 00 casbah ZIDANIA; passage oued DERNA 3 kilomètres Sud de casbah ZIDANIA assez facile malgré escarpement des berges, 0,3 à 0,5 mètres, eau courant assez rapide. Pas d'incident. Casbah ZIDANIA est évacuée par les habitants; 5 cavaliers en s'enfuyant dans la montagne tirent à 13 h 00 un coup de feu sur la colonne.

3 mai Un convoi d'évacuation et de ravitaillement est dirigé sur l'oued ZEM. Escorte 6 compagnies d'infanterie, 1 section de 75, 2 pelotons de cavalerie sous le commandement du Colonel GUEYDON DE DIVES. Etapes : 3 mai MOHAMMED EN NEFATI 4 mai Oued ZEM 5 mai Séjour 6 mai BOUJAD 7 mai casbah TADLA. Quelques coups de feu sont tirés dans la journée sur les vedettes du camp de casbah ZIDANIA, où séjourne le reste de la colonne, par des cavaliers isolés.

4 mai Séjour à casbah ZIDANIA, quelques coups de feu ont été dans la nuit sur le camp par des isolés. Une reconnaissance d'un escadron parcourt de 9 à 10 h 00 le terrain en avant de la face Sud Est du camp et n'aperçoit rien de suspect. A 14 h 00, quelques coups de feu sont tirés sur les vedettes par une centaine de cavaliers BENI MADANE qui s'enfuient aux premières salves.

5 mai Départ de casbah ZIDANIA 6 h 00, arrivée casbah TADLA 10 h 30. Le camp est établi sur les deux rives; la casbah est tenue par une compagnie. Le village est réoccupé en partie par ses habitants qui viennent demander l'aman. Quelques trains de bois de cèdre sont arrivés au port. La colonne a essuyé en route quelques coups de feu de cavaliers isolés qui se sont repliés sur casbah TADLA. A l'arrivée, l'artillerie les a dispersés et refoulés vers l'Atlas. A 13 h 00, départ d'un escadron (Capitaine DESCHAMPS) pour BOUJAD où il doit attendre l'arrivée du Colonel PELLE Chef d'Etat Major des troupes du Maroc, qu'il escortera jusqu'à casbah TADLA. 6 mai Quelques coups de canon ont été tirés dans la nuit sur une bande de rôdeurs venus tâter le camp. Journée sans autre incident que quelques coups de feu sur des cavaliers apparus à 2 kilomètres du camp. Une section de mitrailleuses est établie dans le minaret de la vieille mosquée.

7 mai Dans la nuit, 200 Marocains dont les projets nous étaient signalés par des émissaires sont venus inquiéter le camp. L'attaque a été repoussée par quelques salves et coups de canon. Au camp de la rive droite, 4 hommes ont eu leur armes volées et leur équipement par des Marocains qui, à la faveur de la nuit, ont pu se glisser en rampant jusqu'aux tentes. Le zouave PICARD (3ème Zouaves) qui avait son fusil lié au poignet par une courroie, s'est réveillé en sentant qu'on cherchait à lui enlever son arme et a reçu 2 coups de poignards dans le dos. A 11 h 00, arrivée du convoi de ravitaillement. La colonne se trouve renforcée de plusieurs unités nouvelles. A 15 h 00, les groupes MATHIEU et MAGNIN laissant le camp à la garde de quelques sections se portent par la rive gauche de l'Oum Er REBIA vers les marabouts situés à 6 kilomètres en avant de casbah TADLA où sont signalés des groupements ennemis. Le groupe BETRIX exécute le même mouvement par la rive droite et incendie le village situé à 5 kilomètres de casbah TADLA. L'ennemi s'enfuit sans combattre; toutes les troupes rentrent au camp à 18 h 00. L'aviateur DE LAMORLAIS venant de l'oued ZEM conformément à l'ordre reçu le matin du Colonel MANGIN, atterrit au camp. Un accident se produit. Le terrain a été préparé par le Lieutenant FEQUANT au Sud Est du camp; il se trouve indiqué par 3 feux que le Lieutenant DE LAMORLAIS ne remarque pas, trompé par le drapeau blanc qu'agitaient des parlementaires en marche sur le camp. Il atterrit près du ravin et brise son train d'atterrissage. Le Lieutenant DE LAMORLAIS et son mécanicien sont tous deux contusionnés dans leur chute. ( voir carte postale du 27/06/13)

Effectif total de la colonne au 7 mai : 173 officiers, 6027 hommes. Français 2790 Algériens 872 Sénégalais 1435 Marocains 930

286 chevaux français 594 chevaux barbes 1074 mulets 1700 chameaux (615 chameliers)

8 mai Le camp a été fusillé une bonne partie de la nuit par l'ennemi; aucune perte. A 6 h 00, départ d'un bataillon qui doit se porter à 10 kilomètres du camp sur la route de BOUJAD pour en assurer la sécurité pendant le voyage retour du Colonel PELLE. A 8 h 00, départ du Colonel PELLE pour l'oued ZEM (escorte 1 escadron). Les Lieutenants DE LAMORLAIS et CANONGE l'accompagnent.

9 mai Dans la nuit, quelques coups de feu ont été tirés sur le camp. Des rôdeurs qui cherchaient à pénétrer par la porte Nord de la casbah ont été repoussés par le poste de garde. Au camp de la rive droite, le cheval du Capitaine SEMONIN a été volé par un rôdeur; aperçu hors des lignes, cet indigène a été arrêté par le feu des sentinelles, le cheval a été tué, l'homme a réussi à s'enfuir. Dans la journée, travaux d'aménagement des camps, feuillées, renforcement des tranchées, aménagement du pont, de la source située en amont (rive gauche) de la casbah, et du chemin de ronde crée aux abords. Etablissement d'une plate forme complète au sommet du vieux minaret. Les dechras de la rive gauche sont rasées pour dégager le champ de tir de la casbah. Un auxiliaire Marocain s'est noyé dans le fleuve; un Sénégalais a eu la cuisse brisée par la chute d'un mur de la dechra au cours des travaux de démolition. A 14 h 00, retour de l'escadron LE BIHAN d'oued ZEM, sans incident. A 18 h 00, arrivée en monoplan du Lieutenant aviateur DE LAMORLAIS venu de l'oued ZEM, sans incident.

10 mai Aucun coup de fusil n'a été tiré dans la nuit. A 14 h 00, arrivée d'ABDALLAH BEN DJABEUR, notable des plus influents des BENI AMIR, venant offrir sa soumission. Il réclame la restitution de ses troupeaux et le caïdat de la tribu entière des BENI AMIR. A 17 h 00, départ du Lieutenant aviateur en reconnaissance sur RHORN EL ALEN, casbah BENI MELLAL. Il revient à 18 h 15 et atterrit sans incident. Itinéraire suivit : casbah TADLA, RHORN EL ALEN, casbah BENI MELLAL, casbah ZIDANIA, casbah TADLA. Il rend compte que la plaine entre RHORN EL ALEN et casbah TADLA est vide. RHORN EL ALEN est occupé par des faibles campements; casbah BENI MELLAL est un peu repeuplée, mais entre RHORN EL ALEN et casbah BENI MELLAL le pied de la montagne ( AÏT HABIBI, SOUK EL TNIN ) est garni de troupeaux et de tentes que gardent à quelques kilomètres en plaine en avant des pentes, des postes tenant toutes les routes. Les environs de casbah ZIDANIA sont repeuplés.

11 mai Départ d'un convoi de ravitaillement pour l'oued ZEM.

12 mai Dans la nuit, la face Est du camp a tiré sur des AÏT ROBOA venus vider les silos à proximité. Un Chleuh qui se glissait vers une sentinelle, a été abattu d'un coup de feu à 100 mètres de la tranchée. Dans la casbah, un auxiliaire Marocain en sentinelle a reçu un coup de poignard qui lui a éraflé la jambe et a eu son fusil volé. Journée calme, fête du camp brillamment célébrée.

13 mai Quelques coups de feu ont été tirés dans la nuit sur les rôdeurs. Une batterie de 75 repérée sur la dechra à 500 mètres Sud Est de la casbah a tiré sur des groupes rassemblés pour le vidage des silos et qui envoyaient des coups de feu sur le camp. La mitrailleuse du minaret a ouvert le feu sur des cavaliers et fantassins qui s'étaient introduit dans le village. Un cavalier et un cheval ont été tués. La journée a été employée à l'aménagement de la casbah et au déblaiement des abords. 14 mai La mitrailleuse de la vieille mosquée a tiré cette nuit sur des Chleuhs qui avaient pénétré dans le village; un chleuh a été tué. Dans l'après midi vers 17 h 00, un groupe de 200 cavaliers a été vu dans la vallée du fleuve à 5 kilomètres en amont de la casbah TADLA. Quelques éclaireurs ont tiré sur l'escorte du Colonel TARGE qui reconnaissait le passage de l'oued KAÏKER (2 kilomètres Nord Ouest du village, sur la route de BOUJAD).

15 mai Aucun incident. Continuation des corvées d'aménagement de la casbah, du chemin de ronde autour du mur d'enceinte et du camp extérieur (Nord Est). Des ordres sont donnés pour l'aménagement d'une piste carrossable entre oued ZEM, BOUJAD et casbah TADLA (48 kilomètres). Le passage de l'oued KAÏKER est aménagé le 15 par une corvée de 100 hommes dirigée par le Lieutenant BRAU de l'artillerie. La sûreté est assurée par un détachement placé sous les ordres du Chef d'Escadron PICARD et comprenant 3 compagnies, 1 section de 75, 2 pelotons de cavalerie.

16 mai Continuation des travaux et de la corvée de l'oued KAÏKER. Départ de 2 compagnies du 3ème Tirailleurs et de la section de mitrailleuses du 1er Zouaves pour BOUJAD (travaux de route). La compagnie URGUETTE du 3ème Tirailleurs qui arrive de BOUJAD le 16 sera retenue au passage par le Capitaine BERTHON.

17 mai A 11 h 00, arrivée d'un convoi de ravitaillement venant de l'oued ZEM. Retour des compagnies RAYMOND (coloniales), QUILICHINI (Sénégalaises) et du peloton de cavalerie. La compagnie URGUETTE (Tirailleurs) est restée avec son bataillon à BOUJAD pour les travaux de route.

18 mai Dans la nuit, le poste de la mosquée et la face Est du camp ont tirés sur des cavaliers venus reconnaître le petit camp de la rive droite et sur des rôdeurs qui se glissaient vers les tranchées. Un berbère qui rampait nu, couteau au cou vers la face du 3ème Zouaves, a été tué d'une balle entre les deux yeux par la sentinelle. La communication par T.S.F. de casbah ZIDANIA est établie à 8 h 30 avec l'oued ZEM, le poste de T.S.F. de la casbah ZIDANIA est installé dans la grande mosquée.

19 mai Départ de la colonne MATHIEU pour MOHAMMED EN NEFATI. Départ de la colonne MANGIN pour BOUJAD (6 h 00). Arrivée 11 h 00; camp établi au Sud Est du village où s'était déjà installé le bataillon BERTHON (3ème Tirailleurs Algériens). Visite et déjeuner chez SI ABDELKADER, suucesseur du SID de BOUJAD. A 17 h 00, visite chez ABDALLAH BEN LARBI.

20 mai Séjour du Colonel MANGIN à BOUJAD. A casbah TADLA, un pan de mur en s'écroulant a tué 5 Sénégalais et en a blessé 10.

21 mai A 4 h 00, départ du Colonel MANGIN et de son Etat Major pour MOHAMMED EN NEFATI où il arrive à 7 h 00. La colonne MATHIEU prévenue la veille se met immédiatement en marche pour SOUK EL ARBA des BENI AMIR. Arrêt à 10 h 00 à l'endroit où la séguia se perd; grande halte jusqu'à 13 h 00. Arrivée à SOUK EL ARBA à 17 h 00. ABDALLAH BEN DJABEUR venu avec 400 cavaliers à la rencontre du Colonel MANGIN accompagne la colonne jusqu'à SOUK EL ARBA. Les douars BENI AMIR sont complètement repeuplés.

22 mai Un détachement sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN se rend à EL BOROUDJ où il doit arriver le 23 en campant le 22 à dechra OULED EMBAREK. Il ramènera de l'oued ZEM un convoi de matériel et les femmes Sénégalaises du bataillon BETRIX.

23 mai Séjour à SOUK EL ARBA des BENI AMIR. Achat de chevaux; prix moyen 450 francs. Un courrier de casbah TADLA signale que quelques rassemblements sont en vue dans la plaine. Une vedette qui allait prendre son service le 22 au matin est tombée dans une embuscade tendue par 7 Marocains cachés dans les orges. Le spahis a été mortellement blessé, son cheval et sa carabine ont été enlevés.

24 mai Réveil à 2 h 00, départ de la colonne à 3 h 00. A/ Détachement MATHIEU : bataillon 3ème Zouaves, 4ème compagnie Auxiliaires Marocains Capitaine FUMEY. Itinéraire : SOUK EL TLETA (17 kilomètres), oued ZEM (42 kilomètres). B/ Détachement Colonel MANGIN : bataillon 4ème Zouaves, 1 compagnie Sénégalaise, artillerie, convoi. Itinéraire : AÏN KAÏKER (34 kilomètres), oued ZEM (12 kilomètres). La colonne MANGIN partie à 3 h 00, arrive à 10 h 30 à AÏN KAÏKER. La source très abondante forme de suite un ruisseau large de 2 mètres et profond de 30 centimètres, eau claire, courante et poissonneuse; rives boisées d'herbes et de broussailles entre deux escarpements de roches à pentes parfois rudes. Terrain plat accessible partout à l'artillerie de 75.

25 mai Départ de la colonne MANGIN à 6 h 00, arrivée 9 h 30 à l'oued ZEM. La colonne MATHIEU arrive à l'oued ZEM à 13 h 00 venant de SOUK EL ARBA, sans incident. La colonne MAGNIN signale qu'elle est arrivée à EL BOROUDJ le 23 sans incident. A 18 h 00, arrivée sans incident du Lieutenant aviateur DE LAMORLAIS.

26 mai Départ du Lieutenant Colonel SIMON pour BOUJAD et casbah TADLA.

27 mai Dans la matinée, le Lieutenant aviateur DE LAMORLAIS part en biplace avec le Capitaine BELLOT comme passager, avec l'intention de lancer des bombes incendiaires dans les récoltes des AÏT ROBOA insoumis entre casbah TADLA et l'ATLAS. Il ne peut dépasser BOUJAD et doit rentrer à l'oued ZEM le moteur fonctionnant mal. A 11 h 30, arrivée de la colonne MAGNIN venant d'EL BOROUDJ. Etapes : EL BOROUDJ - MOHAMMED EN CHLEUH : 24 km MOHAMMED EN CHLEUH - dechra FASSIS : 32 km dechra FASSIS - oued ZEM : 30 km.

28 mai Départ d'une colonne sous les ordres du Colonel MATHIEU (avec la batterie de 65 CHANSON) . But : Tournée de police chez les BENI KHIRANE, OURDGHA, SMALA, BENI ZEMMOUR; itinéraire probable : SOKRAT DJAJA 28 mai EL KERN 29 mai Région GROU 30 mai au 1er juin BOUJAD 2 JUIN

La compagnie RIEU du 7ème bataillon de Tirailleurs Algériens se rend à BOUJAD où elle va renforcer son bataillon toujours occupé aux travaux d'amélioration de la piste. De 6 h 30 à 8 h 30, le Lieutenant aviateur DE LAMORLAIS exécute une reconnaissance dans la région de casbah BENI MELLAL, avec un mécanicien comme passager. Il procède au lancement de 50 bombes incendiaires dans les récoltes des AÏT ROBOA qui persistent à ne pas faire leur soumission.

29 mai Départ de la 16ème compagnie du 7ème Tirailleurs Algériens et du 3ème Goum à cheval pour BOUJAD. Ces unités participeront comme le bataillon BERTHON au service d'escorte des convois. L'aviateur DE LAMORLAIS qui devait continuer ce matin le lancement des bombes incendiaires sur le territoire des AÏT ROBOA dissidents est retenu à l'oued ZEM, le poste de casbah TADLA faisant connaître que MOHA OU SAÏD doit avoir dans la matinée une entrevue avec EL MENEBBI et le Lieutenant Colonel SIMON.

30 mai L'aviateur DE LAMORLAIS (Capitaine CORNET observateur) partent à 17 h 00 pour casbah TADLA et la région de RHORN EL ALEN afin de constater les résultats donnés par le lancement des bombes incendiaires dans les récoltes le 28. Il atterrit à casbah TADLA sans dépasser l'Oum ER REBIA; le biplace ne pouvant prendre de hauteur suffisante. Une panne de magnéto retient l'appareil à casbah TADLA. Retour de l'aviateur DE LAMORLAIS à l'oued ZEM, en raison de la panne de magnéto; il a estimé ne pas être en bonnes conditions pour exécuter la reconnaissance.

31 mai La colonne MATHIEU est arrivée les 28 mai à SOKHRAT DJAJA, 29 mai à SIDI BOU KNADEL 30 mai à AÏN TIRZI 31 mai à AÏN TIMISSI

1 juin Départ de la section de mitrailleuses du 1er Zouaves (PASQUE) pour CASABLANCA. Le Colonel MANGIN se rend en avion (biplace piloté par le Lieutenant DE LAMORLAIS) à casbah TADLA. Départ 7 h 30, retour 12 h 15, sans incident.

2 juin La colonne MATHIEU reçoit l'ordre de se rendre directement d'AÏN TIMISSI sur casbah TADLA par le territoire des BENI ZEMMOUR. Cette colonne campe le 1er juin à AÏN TIMISSI et dirige sur le gué de MECHRA MENHEL une reconnaissance de cavalerie soutenue par un détachement d'artillerie et d'infanterie. Le terrain entre AÏN TIMISSI et MECHRA MENHEL a été trouvé facile et le gué très praticable. Le Colonel MANGIN se rend en automobile civile à casbah TADLA, inaugurant la piste carrossable établie. Aller : 2 h 30, retour : 2 h 30.

3 juin Départ pour casbah TADLA d'un convoi de ravitaillement pour la colonne MATHIEU à BOUJAD où elle doit arriver le 4 venant d'AÏN ZERGA.

4 juin Départ des compagnies PAULME et RAOULD de l'Oued ZEM pour casbah TADLA.

5 juin Départ à 16 h 00 d'une reconnaissance de cavalerie, 6 pelotons sous les ordres du Chef d'Escadron PICARD, sur la rive gauche de l'Oum ER REBIA pour visiter les douars AÏT ROBOA soumis. Tous les campements sont tranquilles, aucun incident.

6 juin Une reconnaissance sous les ordres du Lieutenant Colonel MAGNIN est exécutée sur la rive gauche de l'Oum ER REBIA en aval du fleuve et vers casbah BENI MELLAL. Départ 4 h 00, retour 13 h 00; aucun incident. Une embuscade tendue dans la nuit du 4 au 5 juin a donnée d'excellents résultats. Le Capitaine VELLE qui la commandait disposait d'une section coloniale, 1 section Sénégalaise et 1 section Auxiliaires Marocains, tous les hommes pieds nus et baïonnettes au canon avec interdiction de tirer. Il a été tué 1 marocain, blessé 2, pris 14 animaux, 1 fusil et fait 1 prisonnier. Aucune perte de notre côté. Un mouvement de soumission quoique lent paraît se dessiner chez les AÎT ROBOA.

7 juin Dans la nuit, le camp a essuyé des coups de feu avec plus d'intensité que d'ordinaire. L'alerte sur la face Nord (côté fleuve) a durée de 23 h 00 à 1 h 30. A la faveur de l'obscurité, un cheval de l'escadron Marocain a été volé dans le camp. Dans l'après midi, des Chleuhs attaquent des AÎT ROBOA venant faire leur soumission; l'un d'entre eux est grièvement blessé.

8 juin La colonne se met en route à 8 h 00 du matin, elle est forte de 19 compagnies, 6 pelotons de cavalerie, 3 bataillons ½ , une ambulance de colonne mobile, 1 section de munitions, 1 compagnie de conducteurs Sénégalais, 1 convoi. Au total 130 officiers, 4200 hommes. Le poste de casbah TADLA reste à la garde des unités suivantes : compagnies Sénégalaises MARQUIS et VELLE, compagnie Coloniale RAYMOND, compagnie auxiliaire SIMONNET, 4ème Goum à pied. 1000 cavaliers auxiliaires TADLA (BENI ZEMMOUR, SMAALA, OURDIGHA) encadrés par le 3ème Goum à cheval du Lieutenant FOIRET et le Lieutenant EMMANUELLI suivent la colonne sous le commandement du Capitaine de MAZERAT. Le groupe MAGNIN est en tête, le groupe MATHIEU le suit, le groupe BETRIX est à l'arrière garde avec le convoi. A 3 h 30, l'avant garde arrive à MECHRA EN NEFAD, résidence de MOHA OU SAÏD, détruite le 7 mai dans la poursuite qui a terminé le combat de casbah TADLA. La casbah ruinée est inoccupée; 4 cavaliers ennemis qui veillaient, tirent quelques coups de feu et s'enfuient vers la montagne. La colonne s'arrête pour permettre au convoi de serrer. A 4 h 00, la marche est reprise. A 4 h 45, la cavalerie occupe sans coup férir le village de RHORN EL ALEN au pied des premières pentes de l'Atlas, mais au débouché des jardins, elle doit s'abriter derrière les murailles de la vieille casbah. Un cheval a été atteint. La colonne continue sa marche pour appuyer la cavalerie. On distingue nettement sur les hauteurs une ligne de retranchement en pierres sèches derrière lesquelles se trouvent de nombreux tireurs. Un homme est blessé à l'avant garde. A 5 h 10, la batterie de 75 NIMETZ ouvre le feu à 1200 mètres contre les tranchées ennemies. A 5 h 15, les Coloniaux du bataillon RIVET enlèvent d'assaut les hauteurs. La colonne escalade le col d'où descend le ruisseau de RHORN EL ALEN; l'artillerie de 75 éprouve des difficultés à franchir les escaliers de pierres qui donnent accès au plateau. A 6 h 30, l'avant garde poursuivant sa route sur le plateau enlève le marabout de SIDI BEN DAOUD. Le village et les jardins ont été déblayés à coups de canon des tireurs ennemis qui les occupaient. A partir de là, le chemin emprunte le lit d'un torrent au fond d'une gorge étroite dont SIDI BEN DAOUD tient le débouché. La colonne s'y engage sous la protection de l'artillerie qui canonne les crêtes tenues par l'ennemi. Le bataillon RIVET occupe les hauteurs abruptes de droite, une compagnie Sénégalaise escalade les hauteurs de gauche. A 7 h 00, l'avant garde, qui a repoussé un adversaire assez nombreux, s'arrête dans une vallée où le défilé s'élargit et prend position pour protéger le passage du reste de la colonne. Les crêtes de droite sont occupées par l'ennemi dont on entend les clameurs. Quelques centaines de cavaliers apparaissent en avant de la vallée fertile couverte de blé et d'orge qu'irriguent de nombreuses séguia. A 7 h 15, le commandant de l'artillerie, auquel le groupe MATHIEU a donné des travailleurs pour aménager la piste encombrée de blocs de rochers, rend compte que le passage de l'artillerie montée exigera au moins deux heures. Le Colonel MANGIN donne alors l'ordre au Colonel MATHIEU de passer au groupe du Lieutenant Colonel MAGNIN trois compagnies et d'assurer avec le reste de son groupe et le groupe BETRIX placé sous son commandement la protection du convoi et de l'artillerie pendant le passage. Le Colonel MATHIEU rejoindra ensuite le Colonel MANGIN qui se porte directement à 7 h 30 sur KSIBA avec le groupe MAGNIN, la cavalerie, les auxiliaires TADLA et les deux batteries de montagne. A 8 h 00, la colonne légère arrive devant une seconde vallée qui mène directement vers l'Est sur KSIBA. Les Coloniaux du Capitaine TESSIER enlèvent la crête droite (Sud) qui commande l'entrée de la vallée; l'artillerie canonne les hauteurs occupées par l'ennemi. De 8 h 15 à 8 h 45, pendant l'arrêt que nécessite cet engagement, des officiers font la liaison avec la colonne MATHIEU. Le Colonel MATHIEU signale qu'il va dégager le Commandant RIVET établi sur les pitons du Sud avec la compagnie ALIX et la 4ème compagnie Auxiliaires Marocains FUNEY devant un ennemi nombreux et mordant. Le Commandant de l'artillerie fait connaître qu'on doit renoncer définitivement à faire passer l'artillerie de 75 par le sentier de la gorge trop difficile et qu'une journée entière est nécessaire pour aménager la piste. Le Colonel MATHIEU prescrit au Chef d'Escadron TESSIER commandant l'artillerie, de reconnaître une autre piste qui escalade directement le plateau à un kilomètres à l'Est de SIDI BEN DAOUD. A 8 h 45, la colonne légère est remise en route sur KSIBA son objectif principal, (à son centre les batteries de 65 CHANSON et DUHAUTOIS). A 9 h 15, les guides indiquent une muraille rocheuse à pic sur la plaine à 3 kilomètres en avant de la colonne et disent que le village de KSIBA se trouve au pied des rochers entre cette falaise et la colonne. Le Colonel MANGIN donne l'ordre au Commandant PICARD de se porter en avant du dispositif avec toute la cavalerie et les partisans TADLA et de se préparer à devancer la colonne vers KSIBA; il lui recommande de ne pas s'éloigner de l'infanterie à plus de 3 à 4 kilomètres au maximum. A 9 h 30, l'ordre de départ est confirmé au Commandant PICARD par le Capitaine DE KERVENOAEL de l'Etat-Major et la cavalerie s'ébranle. A 9 h 15, deux zouaves qui arrivent de l'arrière signalent que la compagnie MONDIELLE en flanc-garde de droite est fortement accrochée et a de la peine à se dégager. Le Colonel MANGIN s'arrête avec une batterie de 65 et une section de mitrailleuses pour recueillir cette flanc-garde; il ordonne au Lieutenant Colonel MAGNIN de continuer sa route avec le reste de la colonne pour soutenir la cavalerie dont on entend la fusillade au loin. Un officier est envoyé à l'arrière. Il trouve successivement les compagnies MONDIELLE et RAOULD en route pour rallier la colonne, mais retardées par le transport de quelques blessés et la nature du terrain. La compagnie Coloniale TESSIER a protégé le retour de ces deux unités. A 10 h 45, les trois compagnies ralliées sont remises en route avec la batterie et la section de mitrailleuses. Le Colonel MANGIN rejoint avec ce détachement à 11 h 30 le Lieutenant Colonel MAGNIN qu'il trouve établi avec tout son monde en face de KSIBA sur les hauteurs au Nord de la vallée où il rallie la cavalerie. Le Commandant PICARD s'était détaché de la colonne à 9 h 30 suivi de toute la cavalerie; 3ème escadron auxiliaires du Capitaine DESCHAMP et 2ème escadron du 4ème Spahis, un millier de cavaliers TADLA encadrés par le 3ème Goum à cheval et commandé par le Capitaine DE MAZERAT. Cette masse s'ébranle au trot, puis au galop; elle arrive à l'extrémité Ouest d'une falaise de 30 mètres de hauteur, affaissement à pic d'un plateau qui domine pendant 4 kilomètres le flanc droit d'une riche vallée couverte de champs de blé et coupée de séguias remplies d'eau; des coups de feu partent des rebords de cette muraille. Un cavalier blessé est ramené sur l'arrière. Le Lieutenant JEANNEROD qui a son cheval blessé est pris en croupe par un de ses hommes. Pendant que la cavalerie continue à galoper sous le feu de l'ennemi, la plus grande partie des auxiliaires se rabat sur la gauche vers un douar établi sur l'autre versant, à hauteur de l'extrémité Ouest de la falaise. Le Lieutenant EMMANUELLI essaie vainement de les entraîner. Une centaine seulement de cavaliers TADLA suivent le 3ème Goum du Lieutenant FOIRET et le Capitaine DE MAZERAT derrière la cavalerie régulière. Le Commandant COUP, stagiaire à la cavalerie, le Capitaine DE KERVENOAEL de l'Etat-Major et le Lieutenant RACT-BRANCAZ du service des renseignements qui guide la colonne accompagnent la charge. Le Commandant PICARD arrive à hauteur de l'extrémité Est de la falaise, il aperçoit sur sa droite le village et les jardins de KSIBA d'où une fusillade nourrie l'accueille; il croit devoir pousser sa cavalerie au-delà de KSIBA jusqu'à un mamelon boisé qui barre à l'Est le fond de la vallée, et s'y établit pour le combat à pied. Il est environ 10 h 00. Le peloton MAZINBERT est gardé à cheval en réserve face à l'Est, les trois pelotons Auxiliaires Marocains se forment à pied à terre face au village de KSIBA, et répondent au feu que l'ennemi dirige sur eux des lisières. La colonne est encore loin en arrière. Les Auxiliaires TADLA toujours arrêtés à l'entrée de la vallée ne semblent pas décidés à se reporter en avant. Une vingtaine seulement dont les Caïds AMHED et DJILALI des BENI ZEMMOUR sont arrivés sur la position avec le Capitaine DE MAZERAT et le Lieutenant FOIRET. Déjà des cavaliers ennemis apparraissent dans la vallée entre le détachement PICARD et la colonne qui ne voit rien de cette scène. Les Berbères qui se sont aperçus du petit nombre des nôtres arrivent de toutes parts. Ils sont armés de fusils à baïonnettes; quelques uns qui conduisent les groupes sont vêtus d'uniformes rouge et bleu. L'escadron subit des pertes. Les Capitaines DE KERVENOAEL et DESCHAMPS représentent au Commandant PICARD le danger de la situation, le nombre d'adversaires, l'éloignement de l'infanterie, et estiment le départ nécessaire. Le Commandant ne se rallie pas à cet avis et persiste à se maintenir sur la position. L'ennemi arrive de l'Est (direction de la casbah de MOHA OU SAÏD), du Sud (village de KSIBA) et commence même à occuper les crêtes au Nord en arrière du détachement qui reçoit des coups de feu de toutes parts. Les Auxiliaires TADLA sont définitivement coupés de ce détachement par des cavaliers et des fantassins qui sillonnent la vallée à l'Ouest. Le Commandant PICARD comprend alors le danger, les munitions s'épuisent; il ordonne à 10 h 30 le repli sur le mamelon culminant situé à l'Ouest de la position en face du village de KSIBA d'où il espère tenir l'adversaire en respect. Déjà des hommes armés de fusils à baïonnettes surgissent sur la position même où le détachement du Commandant PICARD s'est arrêté pour le combat à pied. Le Commandant PICARD les tient en respect avec le peloton du Lieutenant DE GOUTEL, pendant que le peloton BONNET - MAZINBERT en tête, puis sous le commandement du Capitaine DESCHAMPS les pelotons JEANNEROD et ROLLET reçoivent l'ordre d'aller occuper la position de repli. Une partie revient en arrière, rappelée par le Commandant PICARD pour dégager les hommes démontés. Les autres trouvent en gravissant les pentes de la position qu'on croyait d'accès facile, un terrain épouvantable; les chevaux grimpent ou sautent péniblement parmi les blocs énormes de rochers à travers les broussailles épineuses d'où les Berbères embusqués surgissent et tirent à bout portant. Le peloton DE GOUTEL déjà coupé du reste de la cavalerie, suit avec le Commandant PICARD qui se tient en arrière, le dernier, et protège la retraite des hommes démontés. Deux fois il rallie la cavalerie disponible pour dégager les retardataires; la troisième fois, il faut y renoncer. Après chacun de ces héroïques efforts, l'ennemi favorisé par le terrain, revient plus nombreux et plus mordant.

Le cheval du Commandant PICARD, blessé ne peut plus avancer, le Lieutenant DE GOUTEL le pousse à coups de plat de sabre. Arrivé à un escalier rocheux, les deux officiers se séparent; le Lieutenant DE GOUTEL ne revoit plus le Commandant PICARD qui a pris la droite derrière des broussailles. Du haut de la crête, des cavaliers impuissants voient le Commandant atteint de coups de feu dans le dos, et les Berbères se précipiter sur lui pour l'achever à coup de sabre. Le Lieutenant RACT-BRANCAZ abat l'un d'eux de son revolver. Le Lieutenant MAZIMBERT, plusieurs fois démonté, est atteint de deux blessures mortelles et reste sur le terrain. Alors, débordés, les survivants portant leurs camarades en croupe continuent par les crêtes leur retraite au delà du repli. Le Lieutenant RACT-BRANCAZ qui a eu son cheval tué est en croupe derrière un sous-officier (Maréchal des Logis BOURGEOIS). Le Lieutenant JEANNEROD est également monté en croupe; le Lieutenant FOIRET et le Capitaine DE MAZERAT emportent un cavalier démonté. Le Capitaine DESCHAMPS, L'Adjudant ROLLET, le Maréchal des Logis MURAT, avec quelques cavaliers font front à plusieurs reprises pour protéger la retraite. A 11 h 00, ce qui reste des pelotons du 3ème escadron Auxiliaires et du 2ème escadron du 4ème Spahis, est recueilli par une quarantaine de cavaliers TADLA établis sur le flanc Nord de la vallée, à hauteur du milieu de la grande falaise rocheuse de l'autre versant. Le feu des TADLA arrête la poursuite de l'ennemi, impressionné également par l'arrivée des troupes du Lieutenant Colonel MAGNIN. Celui-ci reporte tout le monde en avant et s'établit sur les crêtes en face de KSIBA où l'échelon du Colonel MANGIN le rejoint à 11 h 30. A 12 h 25, après un repos au cours duquel on échange des coups de feu avec l'ennemi établi à la lisière du village et sur les crêtes qui prolongent à l'Est celle occupée par le détachement. Le Colonel MANGIN ordonne de reprendre le mouvement en avant vers l'Est sur la casbah de MOHA OU SAÏD. On fouillera en passant le terrain de la charge. La Compagnie Sénégalaise CORNELOUP et la batterie CHANSON suivent la crête. A droite, en échelon, la Compagnie Sénégalaise LE CHARPENTIER, la compagnie Coloniale TESSIER, la section de mitrailleuses Sénégalaises du Lieutenant GROUAU, la batterie de 65 DUHAUTOIS, marchent à mi-pente. A gauche, également à mi-pente, les compagnies SEMONIN et RIEU. En arrière garde, sur les crêtes, la compagnie Sénégalaise RAOULT et la compagnie de Zouaves MONDIELLI. Baïonnette au canon, la compagnie Sénégalaise CORNELOUPT bouscule dans les rochers et les broussailles l'ennemi qui tente de barrer la route. Les corps d'un certain nombre de cavaliers tués au cours de la charge sont ramassés par l'ambulance. A 13 h 45, le détachement canonne une hauteur qui domine à 1000 mètres la casbah de MOHA OU SAÏD près du village de XARIF. La casbah est bombardée par les batteries CHANSON et DUHAUTOIS qui, soutenues par les compagnies MONDIELLI, RIEU et RAOULT, fouillent de leurs projectiles les jardins où le reste du détachement s'engage baïonnette au canon. La casbah est enlevée d'assaut; 30 Marocains sont tués à l'arme blanche. A 16 h 00, le détachement est de retour sur la position d'artillerie. La route est reprise par la vallée vers SIDI BEN DAOUD; quelques cavaliers seulement suivent l'arrière-garde à distance respectueuse. A 18 h 00, la jonction est faite à l'entrée de la gorge de SIDI BEN DAOUD avec l'arrière-garde du Colonel MATHIEU qui redescend dans la plaine pour y camper. Le Colonel MATHIEU a dégagé vers 10 h 00 avec la compagnie VARIENGIEN (13ème du 7ème Tirailleurs) et la section de mitrailleuses PINELLI placée en repli, les deux compagnies de flanc-garde du Commandant RIVET. Cette flanc-garde avait pu se maintenir sur sa position par des contre attaques à la baïonnette qui avaient fait subir à l'ennemi des pertes importantes, ayant elle-même 10 blessés à ce combat. Toute la journée, le détachement du Colonel MATHIEU avait gardé les débouchés de la gorge de SIDI BEN DAOUD. Ne réussissant pas à faire passer son artillerie de 75, le Colonel MATHIEU avait pris dans la soirée la résolution de redescendre en plaine et d'y attendre avec le convoi le retour de la colonne légère dirigée sur KSIBA. A 17 h 00, toute la colonne campe auprès du marabout de SIDI BEN DAOUD sur le plateau à forme de balcon accroché aux dernières pentes de l'Atlas et dominant la plaine de l'OUM ER REBIA.

Pertes du combat de KSIBA : Cavalerie : 12 disparus (3 dont les corps n'ont pu être retrouvés dont le Commandant PICARD et le Lieutenant MAZIMBERT), 9 tués, 3 blessés. Reste de la colonne : 4 tués, 31 blessés, plus 13 contusionnés ou blessés très légèrement.

Les témoignages concordant des officiers et des hommes de troupes ayant pris part à la charge établissent que tous les Français et la plus part des indigènes sont tombés mortellement frappés au cours de l'action. Pour certains indigènes seulement, il n'a pas été possible de certifier légalement leur mort qui reste néanmoins certaine. Les témoignages indigènes recueillis permettent d'affirmer que l'ennemi n'a fait aucun prisonnier.

9 juin La colonne campe à SIDI BEN DAOUD. A 10 h 00, un convoi d'évacuation de blessés est dirigé sur casbah TADLA, sous l'escorte d'un détachement comprenant : Compagnies Coloniales RIVET et DOUALIN; compagnie Sénégalaise LE CHARPENTIER; les deux batteries d'artillerie montée; un peloton de cavalerie (Adjudant ROLLET 3ème escadron Auxiliaires Marocains) Ce détachement sous les ordres du Capitaine LE CHARPENTIER doit demeurer à casbah TADLA, dont la garnison sert d'escorte au convoi qui arrive à 19 h 00 avec deux sections de munitions de 65 et deux jours de vivres. Le bataillon CAHEN prenant position sur les hauteurs voisines du camp à protégé à l'aller et au retour la marche du convoi. Toute la journée, des coups de feu ont été tirés sur le camp par des groupes importants de Chleuhs et AÏT ROBOA apparus sur les hauteurs, l'artillerie a exécuté des tirs heureux. Un bataillon du groupe BETRIX a détruit les casbahs voisines du camp où l'ennemi cherchait à se glisser. Les pertes de la journée de SIDI BEN DAOUD sont de 1 tué et de 4 blessés (dont le Capitaine CORNELOUPT). Munitions consommées : 300 obus; 17 000 cartouches.

Un prisonnier fait connaître que les AÏT ROBOA dissidents, les AÏT OUIRA, AÏT HAMOU ABDESSALEM, AÏT MOHAMED, AÏT ALI BOU BRAHIM, AÏT IKOU, ont pris part à l'action du 8. MOHA OU SAÏD, son fils BEN NACER, son frère RAHO, commandaient les Chleuhs. Le caïd MOHA OULD ARIMOU des KETAIA commandait les AÏT ROBOA. Des rekkas ont été envoyés au ZAÏANI et au marabout ALI HAMMOUCH (des AÏT CHEKMAN) pour les inviter à venir prendre part à l'affaire. Une attaque de nuit est projetée pour ce soir contre le camp. Des feux brillent dans la montagne où l'on entend des cris. Les tranchées du camp sont renforcées, les tentes abattues, les feux éteints; toutes les précautions sont prises pour une alerte sérieuse.

10 juin La nuit a été calme. Quelques coups de feu tirés sur les faces Nord et Ouest ont causé une alerte vers 13 h 30. L'attaque prédite n'a pas eu lieu. A 3 h 00, le camp est levé sans bruit, ni lumières. A 4 h 00, la colonne se met en route sur KSIBA; groupe MATHIEU en tête (1 batterie de 65) suivi du groupe BETRIX (1 section de 65) au centre, puis à l'arrière garde du groupe MAGNIN (1 section de 65) chargé du convoi. A 4 h 30, les crêtes qui dominent la gorge de SIDI BEN DAOUD sont occupées sans coup férir et la colonne débouche dans la large vallée fertile. Aucun ennemi n'apparaît d'abord; quelques cris sont entendus dans la montagne à droite. A 5 h 15, l'avant garde atteint la vallée de KSIBA, occupe les crêtes et prend une position de halte gardée pour permettre aux éléments de la colonne de serrer sur la tête. Ce long arrêt va durer près de deux heures; les chameaux et mulets ne peuvent passer qu'en file indienne par l'étroit sentier de la gorge. La compagnie de conducteurs Sénégalais qui a voulu prendre une seconde piste reconnue la veille doit faire demi-tour devant les difficultés de terrain et passer par le même lit du torrent qui dévale dans les jardins de SIDI BEN DAOUD. Bientôt, l'avant garde arrêtée signale la présence de nombreux cavaliers et fantassins au fond de la vallée de KSIBA; des coups de feu sont échangés. Des groupes importants sont en vue sur les pentes au Sud de la vallée et se dirigent à flancs de coteaux vers KSIBA. Les renseignements de l'avant-garde confirment ce mouvement. A 7 h 30, toute la colonne ayant serré, la marche est reprise. La vallée de KSIBA plus étroite que la précédente n'a que 6 à 700 mètres de largeur; elle est beaucoup moins fertile jusqu'à 4 kilomètres de KSIBA où elle s'élargit à nouveau et redevient très belle. Les orges poussent au milieu d'un chaos aride de cailloux, de touffes de jujubiers et de palmiers nains entre lesquels serpentent d'étroits sentiers que suit la colonne. A 7 h 45, l'aéroplane du Lieutenant DE LAMORLAIS (Lieutenant AGERON observateur) survole la colonne se dirigeant vers KSIBA. Il reçoit de nombreux coups de feu partis de la grande falaise rocheuse, observe que KSIBA regorge de monde, que plus loin sont des troupeaux et que vers la casbah de MOHA OU SAÏD et entre cette casbah et le village de KSIBA sont en vue d'importants groupements qui tirent sur l'avion. Des fusées sont jetées sur les récoltes; les cavaliers Marocains se précipitent pour arrêter la propagation de l'incendie. L'aéroplane repasse au dessus de la colonne et s'éloigne vers l'Ouest pour regagner casbah TADLA d'où il est parti. Les renseignements recueillis ne pourront parvenir à la colonne qu'à son arrivée dans la plaine vers 6 heures du soir. A 8 h 15, l'avant-garde signale que la falaise rocheuse est occupée par l'ennemi sur 4 kilomètres de front. A ce moment, la colonne marche dans l'ordre suivant : Le groupe MATHIEU est en avant : cavalerie en tête (Capitaine SALA), bataillon de Tirailleurs BERTHON encadrant la batterie de 65 CHANSON, bataillon du 3ème Zouaves LAPLACE. Le groupe BETRIX suit : bataillon colonial CAHEN en avant du bataillon Sénégalais GIBEAULT. Enfin à l'arrière, le groupe MAGNIN encadre le convoi. Les cavaliers TADLA sont massés sur le flanc gauche. Les guides, interrogés, déclarent qu'il existe un sentier permettant d'accéder au plateau. Le Colonel MANGIN décide de quitter la vallée et d'obliquer vers la droite pour escalader le plateau; la colonne passant ainsi entre la falaise et l'Atlas, la ligne de résistance de l'ennemi en bordure de la falaise surplombant la vallée sera prise à revers et tombera sans coup férir. A 8 h 40, ordre est donné en conséquence au groupe MATHIEU de se diriger vers le plateau; au groupe BETRIX de déborder à droite pour couvrir ce mouvement contre les feux qui pourraient partit de la montagne; au groupe MAGNIN de suivre le mouvement avec le convoi. Le groupe MAGNIN à l'arrière garde est assez vivement engagé (bataillon RIVET). A 9 h 00, l'avant garde MATHIEU arrive à 1000 mètres de la falaise, sa batterie de 65, (celle du grand père VIAL Claude) surveille la crête; la section de 65 du groupe BETRIX tire sur les pentes de l'Atlas. A 9 h 20, la compagnie d'avant garde atteint la crête Ouest du plateau. A 10 h 00, toute la colonne, protégée par l'artillerie marchant en échelon, est parvenue sur le plateau couvert de champs de blé arrosés par des séguias, et l'avant garde atteint le rebord Est qui surplombe les terrains et les jardins de KSIBA. Le 4ème Goum qui est à l'extrême droite escalade un éperon rocheux sur les pentes de l'Atlas et échange des coups de feu avec les tireurs ennemis qui garnissent les crêtes voisines. Le groupe du Lieutenant Colonel MAGNIN engagé à l'arrière ouvre le feu avec sa section de 65 contre les Berbères qui accourent du Sud-Ouest. A 10 h 30, la batterie CHANSON et une section de 65 DUHAUTOIS, réunies sous le commandement du Commandant TESSIER, bombardent le village, des colonnes de fumées et de poussière s'en élèvent et couvrent la vallée. Les obus fouillent les vergers de poiriers, pruniers, abricotiers, figuiers, les vignes et les bois de peupliers qui forment une épaisse ceinture au village. A 10 h 45, les groupes MATHIEU et BETRIX donnent l'assaut à KSIBA. Le groupe MAGNIN s'établit sur le plateau avec le convoi dont il assure la garde. A 10 h 55, le village est enlevé sous la protection des trois sections d'artillerie qui tirent sur les pentes de l'Atlas où l'ennemi s'est réfugié et ouvre un feu très vif sur les troupes MATHIEU. Ces troupes atteignent la lisère Est du village et vont s'établir sur la crête qui la domine. Les 1000 Auxiliaires TADLA qui ont suivi la cavalerie par la vallée se répandent dans le village par la lisière Nord. A 11 h 15, ordre est donné au groupe BETRIX de remonter sur le plateau en détruisant la partie Ouest de KSIBA; le groupe MATHIEU doit occuper seul le village. Le corps du Commandant PICARD, retrouvé sur la place du marché, est recueilli par l'ambulance (Médecin Major BEYNE) (Voir carte postale du 08/07/13). Le convoi descend dans la plaine et se masse sous la couverture du groupe MATHIEU. A 12 h 30, le Colonel MANGIN envoie l'ordre suivant : " Le but est atteint; le corps du Commandant PICARD est retrouvé, KSIBA est détruite ". " La colonne va rentrer dans la plaine de l'Oum ER REBIA. Le groupe MATHIEU en tête renforcé par la 2ème compagnie Sénégalaise PARIS, de la cavalerie et des partisans protégeant le convoi dans la vallée, s'engagera dans le défilé de FOUM TAKSOUT sous la protection des deux autres groupes BETRIX et MAGNIN et l'artillerie établis sur le plateau de KSIBA. " Le Colonel MATHIEU est vivement pressé au départ par l'ennemi. Se maintenant très sagement dans la vallée, il évite d'engager ses unités dans le village de KSIBA et repousse l'ennemi qui serre son arrière garde (Lieutenant VARIENGIEN mortellement blessé, 10 Tirailleurs Algériens blessés). A 12 h 40, le tir de la batterie DUHAUTOIS exécuté du haut du plateau dans la plaine éloigne de l'arrière garde MATHIEU les groupes de fantassins et cavaliers Berbères qui tentent de ralentir sa marche; le bataillon BERTHON peut gagner en tête la place qui lui a été assigné. Des groupes importants venant de l'Est s'engagent sur les pentes au Nord de la vallée et paraissent se diriger par les crêtes du FOUM TAKSOUT. Le Colonel MATHIEU envoie sur ces hauteurs la compagnie du 3ème Zouaves SEMONIN avec mission de contenir l'ennemi et de garder le flanc Est du défilé. A 13 h 00, la cavalerie atteint l'entrée de ce défilé et s'y engage, suivie par le convoi en deux échelons: Le premiers est formé par les mulets (trains régimentaires et 4ème compagnie de conducteurs Sénégalais) sous l'escorte de deux compagnies du 7ème Tirailleurs Algériens BERTHON et du 4ème Goum à pied Lieutenant DELHOMME; le second par des chameaux sous l'escorte de deux compagnies du 9ème bataillon Sénégalais. L'ensemble est sous le commandement du Commandant EXPERT-BESANCON commandant ce bataillon. La compagnie PAULME du 3ème Zouaves formée sur le flanc gauche en échelon face à l'ennemi qui se présente dans la vallée par l'Ouest, vient prendre position avec la 4ème compagnie Auxiliaire FUMEY sur le mamelon à l'Ouest au centre de ce défilé. Les compagnies SEMONIN et MONDIELLI sont sur les hauteurs à l'Est du FOUM couvrant le défilé entre l'ennemi qui arrive de KSIBA et la casbah de MOHA OU SAÏD. Les deux batteries de 65 établies à l'entrée du col interviennent à 14 h 00 en tirant par dessus la vallée sur le plateau que les groupes MAGNIN et BETRIX viennent de quitter. Le décrochage de ces groupes a donné lieu a un très vif combat de 13 à 14 h 00. A 13 h 00, le groupe BETRIX est formé face à KSIBA; à sa droite, sur le même plateau, le groupe MAGNIN fait face au Sud (moyen Atlas) et au Sud Ouest; l'ennemi se montre pressant de toutes parts. Le Lieutenant Colonel MAGNIN signale qu'il a 2000 Berbères devant lui dégringolant les pentes de l'Atlas et se dirigeant vers le plateau. A peine la première ligne a t-elle commencé à se replier que l'ennemi, très nombreux se présente à courte distance et occupe une dechra d'où il dirige un feu violent sur les troupes qui se retirent. La compagnie Sénégalaise MARQUIS, restée en arrière, doit se dégager en se portant énergiquement en avant à la baïonnette. Une contre attaque générale est nécessaire. A 13 h 30, toute la ligne entraînée par ses officiers auxquels se sont joints le Commandant DAUGAN et le Capitaine CORNET de l'Etat-Major de la colonne se reporte à l'arme blanche sur la dechra qui est réoccupée. L'ennemi laisse plusieurs morts sur le terrain, et poursuivi par un feu très nourri, subit de fortes pertes avant de disparaître dans la vallée qui l'abrite. Cette ruée de Berbères par le Sud Ouest est à peine repoussée que le groupe BETRIX qui a commencé à descendre les pentes du plateau pour se diriger sur FOUM TAKSOUT, reçoit des coups de feu des tireurs ennemis, qui grimpés par les jardins de KSIBA, ont occupés le rebord Est du plateau. A 13 h 40, le groupe BETRIX prononce à son tour une contre attaque et rejette cet adversaire dans le ravin. Il garde alors ses positions pour permettre au groupe MAGNIN de descendre la plaine. Le groupe BETRIX suit ce mouvement. Les compagnies MARQUISET et VELLE vivement pressées pendant cette descente doivent se dégager par un corps à corps où elles subissent quelques pertes. Il est 14 h 00; à ce moment, le tir des batteries de FOUM TAKSOUT qui balaie à 3000 mètres le plateau de leurs projectiles, refoule les Berbères et permet aux dernières unités de gagner la plaine. A 2 h 45, le dernier élément des groupes BETRIX et MAGNIN ayant aussi traversé la plaine s'est engagé dans le FOUM sous la protection du canon qui déblaie la plaine et repousse les cavaliers qui suivent de près l'arrière garde dans la vallée. La section de mitrailleuses du Lieutenant COUSTRE du 3ème Zouaves et la section de mitrailleuses du 8ème bataillon Sénégalais du Lieutenant CHAPSAL établies sur les pentes Nord de la vallée à l'Ouest du FOUM protègent efficacement ce mouvement. L'arrière garde MATHIEU se replie à son tour, les batteries de 65 protégées par la section de mitrailleuses du Lieutenant COUSTRE qui a pris position à l'entrée du FOUM face à la vallée et la compagnie PAULME désignée comme soutien d'artillerie. La section de mitrailleuses prend ensuite à l'intérieur du défilé une position de repli face au col. Pendant ce temps, le convoi a continué sa route; à 13 h 30, arrivée à l'endroit où le sentier jusqu'alors Nord Ouest tourne à droite (Nord) et quitte le ruisseau, il reçoit brusquement des coups de feu des crêtes de l'Ouest. Le Capitaine BERTHON donne l'ordre au Lieutenant DELHOMME du 4ème Goum à pied de se porter sur les hauteurs face à cette direction afin de protéger la marche du convoi. A 14 h 30, le Lieutenant DELHOMME doit passer à la queue du convoi de chameaux, et se replie pour se joindre à l'arrière garde Sénégalaise de ce convoi qui arrivera sans incident nouveau dans la plaine. A 15 h 00, au tournant du sentier où le convoi a été attaqué, la compagnie d'arrière garde MONDIELLI qui a remplacé la compagnie PAULME, est brusquement assaillie par des centaines de Marocains qui se sont approchés à la faveur du terrain coupé, rocheux et des taillis épineux très denses en cet endroit. L'arrière garde est composée de la compagnie de Zouaves MONDIELLI, d'une partie de la 4ème compagnie Auxiliaires Marocaine FUMEY et d'isolés retardataires de toutes unités. Les Capitaines MONDIELLI et FUMEY, le Lieutenant VISCENTI, essaient de reporter les hommes en avant; un feu violent est ouvert sur l'ennemi qui s'arrête; une contre-attaque à la baïonnette est lancée grâce à l'énergie des officiers présents. A ce moment se produit un incident nouveau, la compagnie PARIS qui occupait la crête à l'Est du sentier en était redescendue, puis avait, à mi-pente, été touchée par un ordre du Colonel MATHIEU lui prescrivant d'occuper le piton jusqu'au passage des derniers éléments de la colonne. La compagnie PARIS arrivée sur le piton près de la section de mitrailleuses CROUAU du 9ème bataillon Sénégalais, trouve la compagnie SEMONIN qui, serrée par un ennemi mordant, cède devant le nombre. La compagnie PARIS est brusquement entourée par des centaines de Berbères et doit se former en carré, puis en cercle et enfin se faire une trouée à la baïonnette pour regagner la colonne sur le sentier en contre-bas. La compagnie de Zouaves SEMONIN et la section de mitrailleuses CROUAU également entourées doivent se faire jour à l'arme blanche. Il se produit alors sur les pentes une mêlée effroyable et confuse; on se bat à coup de couteau, de baïonnette, et à coup de feu à bout portant : c'est un corps à corps sauvage. Le Colonel MATHIEU aidé du Capitaine BIDON de l'Etat-Major organise le repli. Les compagnies FUMEY et MONDIELLI se forment face au mamelon et ouvrent un feu nourri sur les Marocains qui descendent à rangs serrés derrières les Sénégalais PARIS et les Zouaves SEMONIN. Le Colonel MANGIN, averti, déclenche un feu rapide de la batterie DUHAUTOIS, établie sur la crête en travers du sentier à 1000 mètres au Nord, et organise sur cette position un repli avec les unités rappelées de l'arrière (compagnies MULLER, MARQUIS, TESSIER). Les éléments mélangés qui arrivent de l'avant sont repris en main (3 h 30). Pendant une marche en retrait de la section de mitrailleuses CROUAU, une pièce mal rechargée dans un moment critique glisse et tombe dans les rochers et ne peut pas être retrouvée. Les officiers de l'Etat-Major se multiplient pour assurer l'organisation de la position de repli, le ravitaillement des unités et le ravitaillement en munitions. Les masses ennemies surprises par les feux violents d'infanterie et d'artillerie essaient en vain de déboucher. L'arrière-garde dégagée charge à plusieurs reprises à la baïonnette. Le Capitaine FUMEY entouré pendant ce mouvement tue trois de ses adversaires à coups de revolver, arrache des mains du quatrième le couteau dont il a reçu déjà quatre blessures à la tête et fait avec cette arme de nouvelles victimes. Un second repli d'artillerie (batterie CHANSON) est formé par le Commandant BETRIX et le Lieutenant Colonel SIMON à 500 mètres en arrière du premier sur la crête suivante. Le Commandant TESSIER qui dirige le mouvement des batteries fait tirer sur l'ennemi qui tente de tourner la colonne par le ravin à l'Ouest. Les Chleuhs qui ont grimpé les pentes sont rejetés en bas par une charge à la baïonnette (un peloton Sénégalais, Adjudant LEMOINE, une section de Tirailleurs Algériens et divers éléments mélangés), les Auxiliaires TADLA font bravement le coup de feu. La mitrailleuse du Lieutenant CHAPSAL les soutient. A 16 h 00, le combat est complètement terminé; l'ennemi bat en retraite. Le Colonel MATHIEU reprend le commandement de l'arrière-garde. A 16 h 15, la colonne rejoint le convoi dans la plaine. A 17 h00, le camp est établi au bord de la séguia de FOUM TAKSOUT à 1800 mètres des pentes. 600 cavaliers BENI AMIR prévenus trop tard rejoignent à ce moment la colonne.

Munitions consommées : 1259 obus; 148 000 cartouches. Pertes au cours du deuxième combat de KSIBA : 27 tués (corps non retrouvés) 7 Français, 20 Sénégalais. 15 disparus; 6 Français, 8 Sénégalais, 1 Auxiliaire Marocain. 8 tués retrouvés; 1 Français, 7 Sénégalais. TOTAL : 50 tués. 91 blessés soignés dans les ambulances. 28 blessés très légers ou contusionnés soignés dans les corps.

TOTAL : 119 blessés.

11 juin La nuit s'est passée sans autre incident. Dans la matinée, les 1600 cavaliers Auxiliaires TADLA se répandent dans la montagne sans rencontrer aucun ennemi. La colonne lève le camp à 13 h 00 et rentre à casbah TADLA à 17 h 00 en suivant l'abondante séguia de FOUM TAKSOUT. Un violent orage de pluie et grêle éclate vers 15 h 00.

12 juin Séjour à casbah TADLA. Aucun coup de feu n'est plus tiré sur le camp. De nouvelles fractions AÏT ROBOA font leur soumission.

13 juin Départ d'un convoi d'évacuation de blessés, escorté par la 3ème compagnie Auxiliaire Marocaine qui va tenir garnison à SAFI. Les renseignements recueillis confirment que tous les AÏT OUIRA, AÏT ROBOA dissidents et quelques contingents AÏT CHOLOCAN ont pris part au combat du 8. Leurs pertes sont d'environ 140 tués. Toutes les fractions de la montagne depuis BENI MELLAL inclus jusqu'aux ZAÏAN inclus ont combattu le 10 et subi des pertes dépassant 400 tués. Notre offensive a vivement impressionné les tribus de la montagne.

Casbah TADLA, le 13 juin 1913.

Le Colonel CH. MANGIN commandant la colonne mobile.

Signé : CH. MANGIN

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