Première Partie : 1914, peloton d'élèves caporaux au 4e Zouaves

La déclaration de guerre

1er août 1914, Tunis – Aujourd’hui ordre de mobilisation générale, partout des affiches de mobilisation, blanches avec deux drapeaux tricolores entrecroisés, imprimées en caractères noirs, il y a aussi des affiches de réquisition. Depuis ce matin l’armée garde les principaux points névralgiques, tunnel de la Manoubia et fort de Sidi-bel-Hassen en particulier.

Elève au lycée Carnot je viens d’être recalé à la première partie du Bac, mon père, lui, est commandant-major au 4e régiment de Zouaves*.

4 août –La déclaration de guerre a eu lieu hier soir. Suivant les journaux, c’est à 6 h 45 du soir que le baron Von Schoen, ambassadeur d’Allemagne à Paris, a remis à M.Viviani Président du Conseil et Ministre des Affaires Etrangères la note suivante :

« Monsieur le Président,

Les autorités administratives et militaires allemandes ont constaté un certain nombre d’actes d’hostilité caractérisée, commis sur le territoire allemand par des aviateurs militaires français. Plusieurs de ces derniers ont manifestement violé la neutralité de la Belgique. Survolant le territoire de ce pays l’un a essayé de détruire des constructions près de Wessel, un autre a jeté des bombes sur le chemin de fer de Karlsruhe à Nuremberg.  Je suis chargé et j’ai l’honneur de faire connaître à Votre Excellence qu’en présence de ces agressions, l’Empire Allemand se considère en état de guerre avec la France du fait de cette dernière puissance. J’ai en même temps l’honneur de porter à la connaissance de votre Excellence que les autorités allemandes retiendront les navires marchands français dans les ports allemands, mais qu’elles les relâcheront si dans les quarante-huit heures la réciprocité est assurée. Ma mission diplomatique ayant pris fin il ne me reste plus qu’à prier Votre Excellence de vouloir bien me munir de mes passeports et de prendre les mesures qu’elle jugera utiles pour assurer mon retour en Allemagne avec le personnel de la légation de Bavière et du Consulat Général d’Allemagne à Paris.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Signé : SCHOEN »

5 août – Départ du 4e Régiment de Zouaves et du 4e Régiment de Chasseurs d’Afrique. Dans les rues c’est l’enthousiasme, tout le monde chante des chants patriotiques.

J’envisage d’être « Engagé Volontaire pour la durée de la Guerre » (EVG). Il faut avoir au moins dix-sept ans, le consentement des parents et attendre la publication d’un décret autorisant cet engagement. Mon frère Lucien guère plus âgé que moi a déjà eu cet accord, il s’est engagé pour cinq ans au 2e Régiment de Dragons. Il est intervenu pour moi !

10 août – Lucien est parti rejoindre son corps à Lyon. Moi j’attends le décret. J’ai peur d’arriver trop tard, tout le monde dit que la guerre ne durera pas quinze jours !

16 août – Le décret est paru, je pourrai rejoindre mon corps le 21 août.

22 août – Mon matricule est le « 14449 », aujourd’hui nous sommes deux engagés au 4e Régiment de Zouaves. Le premier fait d’armes est le marquage du paquetage. Il n’y a pas l’électricité à la caserne. J’ai signé mon engagement hier « pour la durée de la guerre », après avoir été déclaré apte à l’infanterie.

5 septembre – Je suis élève caporal. Le métier de trouffion est dur, c’est celui du zouave de deuxième classe. Entraînement intensif sous un soleil de plomb, notre seule protection est la chéchia Il y a chaque semaine éducation physique à la caserne de la Kasbah.

10 octobre – Aujourd’hui, voyage à Alger avec deux autres zouaves, deux tirailleurs et deux artilleurs pour repasser les épreuves du Bac. Toujours aussi nul qu’auparavant je n’arrive pas à faire le problème de physique !

11 octobre – Il y a cinq lauréats et j’en fait partie. Le recteur nous a convoqués dès la proclamation des résultats : « Messieurs, il n’est pas dans les habitudes de l’Université de faire acte d’une faiblesse aussi coupable mais, pour ceux qui vont mourir, cet ultime encouragement n’est-il pas de rigueur ? Faites tout votre devoir avec force et courage pour la France et revenez-nous vainqueurs ! Alors vous devrez vous attaquer à la deuxième partie, complément indispensable du brillant examen que vous venez de passer et sans lequel le premier ne vous servira pas à grand chose ! »

En sortant arrosage du succès au bistrot d’en face, le soir retour à Tunis.

23 octobre – Nommé au grade de caporal, je suis admis au Peloton des Elèves Sous-Officiers.

La discipline est terrible, il y a sans cesse des revues de toutes sortes. Les gradés de l’arrière font preuve de tous les courages. Déjà on voit apparaître les embusqués. Les manœuvres, service en campagne, marches d’épreuve, récitation de la théorie, brimades sont le pain quotidien. Le chargement pour les marches, même pour un caporal, atteint parfois trente kilos.

 

En bas de G à Dte: Caporaux : Boitel, Boyer, Capella, Nicolle, Bhovet, Sabatier, Petitot, Ancion, Rampon, Ducarrois, Bunouf (sergent 1er bma, +24/8/15, Het Sas, Belgique), Bordes (dit Bout de cigare), Schtinger. 2e classe Bhoveton, Graziani (dit le petit caporal).

Caporaux : Bonnerie, Bertrand, Tavey, Mestrallet, Vray, Moreau, Valentin, Bignoni (2e classe), Rogaru, Devedeux.

Caporaux : Dubois, Bollé (dit pain de sucre), jourdain, Durand (dit pisse en lit), Beugnon, Dembris (dit pere pinard), Delmas, Ballot (sgt,+ 5/6/15, sed ul bar, 1er rma), Dalot, Dechorgnat (dit charognard, + 7/5/1915, Dardanelles, 4e z ou 1 rma).

Caporaux : Robert, Dagnaud (dit barnac, viande d'agneau), Nepveur, Guidamour (dit nid d'amour ou fleur d'amour), Adjudant genet, ??, Ballot, Adjudant Brandebourger, Sergent Sirou, Decoq, Garridacci (ss lt, 2e rma, +3/11/15 serbie, cajoli), Rodon.

Sergents Pages et Maurel, Caporaux Amory, Fournier, Petitpain, Metier, Isembert (2e classe).

Caporaux Schlachter (dit electrique) et Defrise (dit mesnouille)    

 

15 novembre – Des prisonniers allemands arrivent, tout le monde vibre à la pensée de voir des boches. Les plus hautes autorités ont assisté à leur débarquement, un service d’ordre important a été mis en place. Il y a une escorte en armes.

Pourtant, ils n’ont pas l’air dangereux !

6 décembre– Les pertes sont sévères sur le front, des renforts partent sans cesse. Bientôt toute la classe 14 sera en ligne.

Pour apprendre l’art de la guerre il y a « service en campagne » tous les deux jours, avec exercice à double action. C’est à dire qu’on attaque un ennemi réel et on tire à blanc ! Il y a également « escrime à la baïonnette » pour apprendre à embrocher son adversaire, et assaut avec officiers sabre au clair et clairon en tête.

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 Avant-propos

année 1915 : les Dardanelles