Louis Jean AURIAC, poète agathois

Il naît le 31 décembre 1887 à Agde, son père est alors marin-pecheur. Il est âgé de 14 ans lorsque son père décède à Agde.

En 1904, il est encore étudiant lorsqu'il décide de s'engager dans la marine. Il signe alors un contrat  à BREST l'engageant jusqu'a la date de l'expiration légale du service dans l'armée d'active de la classe à laquelle il appartient par son age. Ce contrat doit donc durer jusqu'en 1909 car la durée légale du service est alors de 2 ans et Louis est de la classe  1907. On verra plus tard que le caractère de Louis fera durer ce service bien plus longtemps....

Louis, apprenti marin, embarque sur le "D'ENTRECASTEAUX", croiseur protégé de 120 mètres le 8 janvier 1904.Le 1er novembre 1905, le navire appareille pour un long périple qui mènera notre poète à MADAGASCAR puis en CHINE. En fait, ce voyage dont il aura certainement rêvé va se transformer en cauchemar car, bien qu'il se soit engagé, Louis a le défaut de ne pas supporter l'autorité de ses supérieurs ....

Ainsi, le 25 janvier 1906, alors que le "D'ENTRECASTEAUX" est à MADAGASCAR, Louis s'accroche avec un de ses officiers et est mis aux arrêts. Il est alors traduit devant un conseil de guerre a bord du navire le 31 mars et écope de 6 mois de prison pour "outrage par menaces envers un supérieur hors du bord à l'occasion du service et rébellion envers la force armée". Il sera libéré le 23 juillet et pourra alors profiter de son voyage vers la CHINE.

Le 1er octobre 1907, le "D'ENTRECASTEAUX" est de retour en FRANCE, le voyage aura duré deux ans.

Louis ne supporte plus la vie militaire, il s'aperçoit de son erreur et le 29 février 1908, âgé alors de 20 ans, il ne regagne pas le bateau après une deuxième altercation avec un gradé. Il est alors considéré comme déserteur et sera repris le 27 avril. Son escapade de deux mois va lui coûter cher. Le 11 juin, il est condamné par le conseil de guerre de TOULON à 5 ans de travaux forcés pour "voies de faits envers un supérieur à bord et désertion à l'intérieur en temps de paix".

Il sera libéré de sa peine le 27 avril 1911 après avoir purgé 3 ans de travaux forcés et est affecté au 2eme dépôt des équipages de la flotte de BREST. 

En septembre, il passe à la section spéciale du 29eme régiment d'infanterie puis en octobre a la section spéciale de répression du 163eme régiment d'infanterie de SAINT-FLORENT (CORSE). Le poète reprend goût a la vie et a la liberté: il  s'inspire des paysages Corses et écrit le premier de ses poèmes connus "Hommage à la nature". Son état d'esprit nous est révélé par le second "Pauvre fille".Deux jours après la rédaction de celui-ci, le 29 septembre 1912, il s'accroche  avec un supérieur et est à nouveau mis aux arrêts.  Il sera condamné le 14 février 1913 à 5 mois de prison pour refus d'obéissance par le conseil de guerre de la 11eme région militaire puis sera libéré le 29 février. C'est certainement derrière les barreaux de sa cellule que Louis s'inspire de souvenir d'enfance et de son père pêcheur dans une pièce dramatique en un acte "Les héros de la mer" qui sera présentée au concours poétique de la société des belles lettres de l'Indre et Loire.

Le 17 mars, Louis est renvoyé dans ses foyers comme ayant accompli 2 ans de service. Son certificat de bonne conduite est, à son grand étonnement, refusé!!!. Louis est parti depuis 9 ans 2 mois et 9 jours et a effectué 4 ans 1 mois et 13 jours de prison.

Il est maintenant de retour dans l'Hérault et loge chez sa mère à Agde, rue de la Poissonnerie. Il va devoir se dépêcher de profiter de la vie car les menaces de guerre se font de plus en plus fortes. Louis se fait encore remarquer par les autorités locales mais prend quand même le temps de s'occuper de son cahier de poésies. Il rédige deux nouveaux poèmes : "L'oubli" et "Le rêve" (poésie qui sera primé lors du concours littéraire du "Pain Repu") mais aussi 2 contes "Soir de fête" et "Soir de fiançailles".

le 2 août 1914 est arrivé, la FRANCE et l'ALLEMAGNE sont maintenant en guerre . Comme des milliers de français de son age, Louis est mobilisé et il doit regagner le 5eme dépôt des équipages de la flotte à TOULON. Il est affecté au 1er groupe spécial de TATAHOUYNE dans le SUD-TUNISIEN le 17 novembre 1914 puis au 15eme groupe par erreur (groupe de Tatahouine). La région est le siège d'importants troubles : les Allemands envoient des armes et des munitions aux tribus qui se sont rebellées ; des émissaires Turcs prêchent la Guerre Sainte, des tribus Libyennes passent régulièrement la frontière et commettent des exactions. Les groupes spéciaux sont des unités mobiles de sécurité et de maintient de l'ordre. La tache est ardue car la plupart des régiments d'actives (Zouaves, Bila et Tirailleurs) combattent sur le front français.

Le 18 février 1915 il passe au 4eme régiment de Zouave à Tunis puis au 4eme régiment de tirailleurs indigènes de SOUSSE le 4 août 1915. Il est envoyé en renfort en FRANCE le 4 octobre (13eme compagnie).

Le 20 avril 1916, il est affecté au 3eme régiment mixte Zouaves et Tirailleurs, 2eme compagnie. Le régiment vient de quitter le front de mer en limite de la Belgique et se dirige vers Verdun. Il bivouaque au Bois Saint Pierre jusqu'au 12 mai. La 45e division va prendre la place du 9e corps d'Armée à Esne de la cote 304 au Bois d'Avocourt.  Les hommes subissent le bombardement Allemand qui cause quelques pertes. Le 18 mai, à 2 heure 30, Le 2e bataillon se lance à l'attaque de la Cote 304 (position tenue fermement par les Allemands), le 1er bataillon, celui de Louis est en réserve, il doit occuper les tranchées prises et repousser les contre-attaques. La lutte est acharnée et les pertes sont terribles. La cote 304 est prise malgré les nombreuses contre-attaques allemandes, le bombardement incessant et l'utilisation de gaz toxique. Le 2e bataillon (14e bataillon du 1er Zouaves) aura 4 officiers, 65 soldats tués, 84 disparus présumés morts pour la plupart et 239 blessés.

Poste de secours sur la cote 304

Le 22 mai, le régiment embarque à Saint Eulien pour Hallégueville dans la Marne, les enfants offrent des fleurs aux courageux zouaves.  Les hommes reprennent des forces. Le 31 mai, le régiment  repart vers le front mais reste en réserve à l'arrière à Vacqueville (Meurthe et Moselle). La vie de tranchée reprend dans ce secteur calme.

Le 13 août, la division entière va se préparer pour la prochaine grande offensive dans le camp de  Saffais près de Ferriere. Le 25 août les Zouaves et Tirailleurs embarquent pour une destination inconnue: ce sera la Somme, dans le secteur de Maurepas.

Suzanne, les troupes en route vers Maurepas

Le 7 septembre, ils occupent les tranchées entre le Forest et le Bois d'Anderlu, les allemands bombardent leurs anciennes positions et c'est là que Louis sera grièvement blessé.

Le 7 ou 8 septembre, un obus explose près de lui, sa jambe gauche est fracturée par les éclats. Le 8 septembre, Louis est transporté à l'hôpital militaire n°107 d'Amiens pour traiter sa fracture compliquée et les nombreuses plaies pénétrantes de sa jambe. Malheureusement, ses plaie s'infectent ; l'amputation est inévitable. Il décèdera d'une septicémie le mercredi 13 septembre à 20 heures ,décoré de la croix de guerre.

Louis n'avait que 28 ans.

L'hôpital 107 est maintenant une école privée

Le cimetière national St  PIERRE

La tombe de Louis Jean AURIAC

 "Poésies Diverses" 

 

Hommage à la nature

  

J'aime quand vient le soir, ta beauté o nature

J'aime le doux parfum, s'exhalant de tes fleurs

Et quand très lentement, te changeant ta parure

Le crépuscule arrive, en conquérant vainqueur.

 

Est il rien d'aussi beau que le moment suprême

Ou Phébus lentement, se perd dans l'horizon

En semant tour à tour sur son beau diadème

Ses flots de pourpres et d'or, derrière les vallons

 

Aussitôt les oiseaux au fond de la ramure

Interrompant soudain leur chant mélodieux

Interprétant avisé, dociles créatures

Le respect de leur roi en silence religieux

 

C'est alors que le ciel, belle zone éthérée

S'emplit d'astres diffus, lumineux et brillants

Paraissant tour à tour en courses affolées

Joue à cache-cache, jeu chéri des enfants.

 

Il est doux oui crois-moi dans un coin solitaire

De jouir béatement du bonheur passager

Que ressent le malheureux, connaissant la misère

Et dont tout les tourments ne veulent s'apaiser

 

C'est ainsi que le soir, être de lassitude

S'abandonne la cité, aux bruits tumultueux

Et que je viens chercher dans une solitude

Le moment éphémère ou je me crois heureux.

1er Août 1912

 

Soir de Fiançailles

Conte

Le bal battait son plein et un bal ?

Bal aristocratique et mondain, ou les princes des finances et des banques se coudoyaient avec les rois de la littérature et de la poésie.

Une salle d'un style moderne, d'un ameublement luxueux et magique. Un orchestre composé de tziganes, inondé dans un kiosque de verdure et de fleurs semait ses notes mélodieuses et rythmées, d'une harmonie touchante et poétique.

Les hommes en habits noirs, monocle à l'œil, pirouettaient autour de jeunes femmes et filles décolletées et sur la peau desquelles les perles fines d'orient semaient des rayons multicolores.

La nuit était de printemps, belle et délicieuse ; le ciel était constellé d'étoiles.

Une brise douce et légère apportait de la campagne une odeur aromatisée de fleurs aux effluves enivrantes et captivantes.

Seul, assis sur un canapé, un jeune homme semblait rêveur.

Ses yeux étaient perdus dans une contemplation imaginaire : son esprit devait voler, voyager, vagabonder dans le domaine des souvenirs.

Son ensemble était des plus satisfaisant, bien sanglé dans une tenue de soirée, sa vigueur physique ne déduisait pas son élégance mondaine.

Sa physionomie respirait la franchise et la droiture. Tout en lui respirait la grandeur de ses sentiments et la noblesse de sa naissance.

Pendant qu'il s'adonnait à ses souvenirs lointains, un de ses camarades s'avança vers lui.

-Comment Gontran tu ne danses pas ? .Pourtant la soirée est superbe et les cavalières sont des plus séduisantes et aguichantes.

-Non ? Raoul je ne danse pas. D'ailleurs, je suis venu à ce bal pour déférer à l'invitation, et je m'y ennuie ! …Oh ! Tu ne peux te l'imaginer.

-Allons délaisse tes idées noires et viens faire un tour au jardin ou nous fumerons un cigare.

Ils partirent tous deux bras-dessus, bras-dessous et quelques minutes après, ils goûtaient le bien-être et la paisibilité de cette douce et sereine nuit de printemps.

-Au fait, dis tout à coup Gontran en jetant au loin son cigare. Sais tu si la princesse de ROMANOFF vient à cette soirée ?.

- Je ne puis te le certifier, mon ami ! . Seulement, je présume qu'elle y viendra car la conversation roulait sur elle quand je suis venu te chercher.

-Mais que disait-on d'elle ? .

-Parbleu tout ce que l'on dit d'une belle et riche femme ! .

-Tiens ! . Une automobile qui arrive, ce doit être elle. Montons veux-tu ? .

-Avec plaisir mon ami ! . Et s'approchant de son conduit auditif :

" Je crois que tu en pinces pour la Princesse, n'est ce pas Gontran ?".

-Ah ! , Pas autant que tu te l'imagines.

Ils interrompirent leur conversation et arrivèrent à la salle de bal au moment même ou la Princesse faisait son entrée sensationnelle et triomphante.

Qui peux t'on imaginer de plus belle personne que la Princesse.

Hélas ! , elle éclipsait toutes les mondaines et à son arrivée beaucoup de sourires médisants, de paroles malveillantes dites derrière un éventail marquèrent le dépit qu'éprouvaient ces grandes dames de la beauté et de la grâce supérieure à la leur.

Mais la Princesse avançait majestueusement au milieu de la haie que lui faisaient les soupirants avides de ses millions ou fous de son amours.

Seul dans un coin Gontran admirait l'adorée de son cœur, l'objet de ses rêves.

Sitôt qu'elle eut pris place sur un divan, une nuée d'oiseaux de proie s'abattit autour d'elle. Les uns fredonnaient un madrigal, les autres sollicitaient l'honneur d'une valse. Tous en un mot l'assaillaient.

Mais elle retournait tous les compliments, refusait toutes les demandes.

Tout à coup, son regard croisa celui de Gontran, elle ressentit un trouble étrange et une légère rougeur apparut sur ses joues. Gontran devina son embarras, s'avança vers elle et lui dit :

-Princesse, me feriez vous l'honneur de m'accorder une valse ? .

-Avec plaisir, monsieur, mais au préalable sortons voulez-vous. La chaleur est suffocante ; Il doit faire bon au jardin par cette nuit douce et superbe.

-C'est un honneur pour moi, madame, de satisfaire à vos désirs.

Elle se leva doucement, Gontran couvrit ses fines épaules d'un manteau de zibeline et tout deux quittèrent la salle de bal. Les hommes jalousaient, maudissaient Gontran ; les femmes blâmaient, lapidaient la Princesse. Seul Raoul, l'ami de Gontran souriait et envisageait la perspective du prochain mariage.

Mais ces deux cœurs s'étaient compris, s'étaient devinés et ils allaient, ivres d'amours et de volupté à la conquête du bonheur.

Arrivés dans le jardin à l'abris des regards indiscrets, Gontran prit la main de la Princesse et lui murmura ce doux mot : "Je t'aime", la Princesse leva ses beaux yeux sur l'élu de son cœur et lui dit "je t'adore"

Ce fut leur premier baiser, mais ce fut aussi un baiser de fiançailles.

 le 13 janvier 1913

 

Le rêve

 

Le poète

Je t'aime o toi beauté, idéal de ma vie

Je t'aime belle déesse, aux grands yeux si jolis

Quand livré à moi-même et tout à mes pensées

Tu viens de ton regard panser mon cœur blessé.

Je suis jeune pourtant et le fatal destin

De son jet continu m'abreuve de chagrins

Je songe bien souvent à mon pays natal

Je revois dans un rêve, ma vie mon idéal

Le clocher du hameau, la maison de ma mère

Et la bas dans le fond du triste cimetière

Le petit coin de terre ou repose en paix

Mon père ce grand cœur qui était si parfait

La Muse

Pourquoi te plaindre ainsi pourquoi désespérer

L'homme qui a du chagrin doit toujours espérer

Tu souffres je le sais, tu pleures je te plains

D'être si malheureux ! mais va suit ton chemin

Quand l'heure sonnera au cadran de la terre

Ou tes maux prendront fins, ainsi que tes misères

Le poète

Tu prêches ? chérie, le sublime courage

Tu me dis d'oublier, mais crois tu qu'a mon âge

Ayant toujours souffert, ayant toujours pleuré

Je puisse de nouveau effacer le passé

La muse

Je comprends tes raisons et aussi je t'absous

Mais regardes la terre et le monde des fous

Vois les ambitieux, toujours ivres d'honneurs

Les méchants les jaloux, les traîtres les voleurs

Les lâches les flatteurs ainsi que les paresseux

Les avares les gourmands et les fils orgueilleux

Crois tu que ces gens là dont la passion domine

Puissent voir par eux même le fond de leur abîme

Bien qu'ils sont aveuglés et n'ont d'autre vision

Que le rêve tourmentant leur vile ambition

Mais toi dont le cerveau est toujours en éveil

Toi qui dans ton malheur et comme au réveil

D'une nuit d'insomnie et de tristes cauchemars

Tu redis en toi-même, non il n'est pas trop tard

Trop tard de travailler et d'un élan sublime

Arracher aux larrons le masque de leur crime

A ces méchants cerveaux le dire franchement

Oui tu brisa ma vie la comblant de tourments

Tu fis pleurer ma mère et ses yeux tout ridés

Versèrent de grosses larmes, beaux yeux que j'avais baisé

Tu te montres humain, équitable clément

Mais tu n'es qu'un grand lâche sous ton masque sanglant

Avec tes parodies de folies rhétoriques

Tu montres à l'ignorant l'avenir sophistique

Par des mots magnifiques mais qui sont bien souvent

Éthérés volatils et bien vague de sens

Tu exploites les hommes, atrophies les cerveaux

Et tu n'es qu'un grand lâche un vulgaire bourreau

Voilà mon protégé l'idéal de ta vie

car ton étoile brille dans le ciel de la nuit

le poète

ah comme il est doux d'entendre ton langage

oh comme je suis heureux, j'oublie mon esclavage

j'oublie tous mes serments, j'oublie toutes mes souffrances

Car tu viens m'apporter un rayon d'espérance.

mais aussi vois tu bien à l'époque ou nous sommes

les sentiments divers qui divisent les hommes

les uns sont assez lâches d'exploiter leur prochain

les autres sont des féroces qui sous le nom d'humains

délaissant la misère, encourageant le vice

faisant leur intérieur par de beaux artifices

Ainsi causons d'amour, hélas ! J'en ai souffert

de ce dieu Cupidon fils de Vénus sa chair

j'aimais au temps jadis une adorable brune

et je l'aimais d'amour, je lui offrit cette urne

ou l'encens de mon cœur et l'espoir des vingt ans

brûlaient d'un feu vermeil et de rayons ardents

mais j'étais malheureux et elle était coquette

trahissant nos serments cette belle brunette

vers un autre tourna les espoirs de la vie

et me délaissa seul triste anéanti

Pendant longtemps j'ai versé des larmes biens amères

mais comme tout fini sur cette triste terre

ma plaie cicatrisa et je ne me souviens

que des folles chimères des beaux rêves éteints

je me rappelle aussi d'une époque éloignée

ou bien jeune encore et n'ayant la pensée

que de vivre insoucieux, naïf et enfant

a mon faible cerveau on prodiguait souvent

l'histoire des héros des dogmes catholiques

déifiant ainsi ces folies dogmatiques

c'est ainsi que j'apprit que cet être défini

créateur de la terre, gouverneur des humains

punissait tour a tour d'un même châtiment

le mortel délaissant l'honneur des sentiments

Mais tous ceci hélas ! n'est que folle utopie

qu'aucun cerveau humain n'a jamais défini

aussi pour rester neutre a toutes ces questions

De la pure morale j'en fais ma religion…….

le réveil

Mais tiens ou suis je donc. Pourtant je l'ai bien vue

au chevet de mon lit elle était accourue

me prodiguant du foyer de lumières

d'un cœur compatissant à toutes mes misères

mais non j'en suis certain ma muse je l'ai rêvé

car d'un triste réveil mon cerveau est troublé

et il faudra pourtant, qu'aujourd'hui et demain

je suive chancelant mon bien triste destin

néanmoins je bénis du profond de mon cœur

la muse qui par rêve m'a donné du bonheur

 

le 14 avril 1913

Poésie primée au concours du PAIN REPU

 Le 3 janvier 1913

 

L'oubli

Pourtant il fait bien nuit

Et minuit lentement

S'égrène en mélodie

Dans tout le firmament

 

Minuit l'heure d'amour

Minuit l'heure sublime

Ou deux corps tour a tour

Se jettent dans l'abîme

 

La nuit est de printemps

Belle et délicieuse

Ou ces deux fols amants

S'en vont l'âme joyeuse

 

Ils chantent avec bonheur

L'amour de leurs vingt ans

Ils puisent avec ferveur

Au fleuve des serments

 

Depuis longtemps hélas !

Ils attendent anxieux

Avec leurs cœurs bien las

Ce moment merveilleux

 

Mais l'air est pur et doux

La nuit belle et sereine

Et ils sont tous deux fous

En cet instant suprême

 

Ils marchent lentement

Transportés par les cieux

Mais Cupidon guettant

Tend bien ton arc vers eux

 

Aussi quand de retour

Leurs lèvres seront closes

Ils mandiront l'amour

Ainsi qu'un tas de choses

 le 27 mars 1913

 

Pauvre Fille

 

Monologue

Elle avait dix huit ans, son nom était Jeannette

Vrai minois de trottin, adorable prunette

Dans ses yeux s'réflétait l'azur de son printemps

Et ses lèvres vermeilles, attendaient patiemment

L'heure enfin ou l'élu, l'amour de son ptit cœur

Lui dirait " : O Jeannette ! Je t'aime et le bonheur

Que nous ressentirons, sous un ciel sans nuage

Nous semblera toujours un éthéré mirage

Nous vivrons très heureux de cette vie paisible

Qui engendre en son sein, l'esprit de la famille

Et chaque soir, tous deux, après le dur labeur

Qui rive chaque jour, la chaîne du malheur

Aux malheureux ouvriers, aux pauvres prolétaires

Nous goutterons gaiement, à ce met salutaire

Que l'on nomme amour et qui rend notre vie

Par instant idéale, d'un bonheur inouï

Sans doute pensait ainsi en suivant le trottoir

Cette gentille ouvrière réintégrant le soir

Son affreux taudis, cette horrible mansarde

Ou l'attendait hélas ! Sa mère que la camarde

Guettait journellement pour en faire sa proie

Car sa maman souffrait, souffrait depuis des mois

Et chaque nuit veillait, sur ses travaux de couture

Cette débile enfant, gagnant la nourriture

De sa chère maman, qu'un mal lent et fatal

Conduirait certainement, au calvaire final

Le jour c'est l'atelier, l'ingrate et lourde tache

Le parcours fatiguant, l'agonisante marche

Les sordides oripeaux, dans toutes leurs usures

Son pauvre corps souffrant, mille et mille tortures

Le déjeuné rapide, d'un maigre croûton de pain

Et l'nectar de Wallace, dans un gobelet d'étain

C'est ainsi tous les jours les amères souffrances

Le fort des malheureux, la lutte pour l'existence

Ou la triste victime, le malheureux ouvrier

Souffre de tous les maux, sous le joug des banquiers

Le malheureux a faim, son estomac vide gronde

Mais vous les aristocrates, à face rubiconde

Vous êtes prélassés dans vos luxueux salons

Tandis que les pauvres hères, creusent les longs sillons

Vous dénommez cela, politiciens stupides

L'égalité des hommes ? pauvre sujet avides

Allons ! faites peau neuve, fils poltrons, fils blagueurs

Et secourez un peu l'inlassable douleur

Il est temps, croyez-moi, d'être un peu véridique

Ne bernez plus le peuple, avec votre politique

L'ouvrier en a assez, de ces vagues discours

Que vous développez à phrases de velours

Allons soyez humains, défendez l'opprimé

Et donnez le vrai sens au mot égalité

……………………….

Pourtant rien n'est changé dans cet affreux taudis

Ou Jeannette est assise au fond du réduit

Hélas, elle a vieilli, l'adolescente gosse

Ses traits se sont tirés et des rides précoces

Annoncent que la douleur ainsi que les chagrins

Ont pris ce cœur de vierge au profil de trottin

Ah ! les temps sont changés et le maigre travail

A fui ses doigts agiles, ses ptits doigts de corail

La misère apparaît, implacable austère

Et l'instant va venir ou la douleur amère

Fera de cette enfant l'épave d'un trottoir

Cela fera deux, oui deux longs jours ce soir

Que son corps affaibli, paie un jeune forcé

Réclame sa pitance à cris désespérés

La maman gémit toujours, sur son triste grabat

Et d'argent ! Oui d'argent ! Jeannette n'en a pas

Allons dit-elle enfin, il faut se décider

Car l'instant est suprême, n'y a pas  hésiter

Pourquoi toujours pleurer, pourquoi toujours souffrir

La vie est ainsi faite, il faut vaincre ou mourir

Je suis jeune et jolie et je puis de mon corps

En l'livrant à autrui, amasser un peu d'or

Allons ! n'hésitons pas, le moment est venu

Ou j'dois sacrifier mon honneur dans la rue

En quelques tours de mains, ajustant sa coiffure

Arrangeant vivement, sa vieille robe de bure

Elle descend lentement les rudes escaliers

Et la voilà dans la rue déserte accidentée

Un vieux monsieur goutteux, habit noir, très cossu

Sous l'effet du champagne, vacille dans la rue

Il aperçoit l'enfant, ses appétits lubriques

S'éveillent tout a coup en penchant érotique

Il l'appelle, elle vient, la saisit sous le bras

Et maintenant tous deux suivent le long delta

Des rues noires et désertes, le sacrifice est fait

Et la maman d'Jeannette demain aura du lait

Et pourquoi donc faut-il que Jeannette succombe

Car c'est le déshonneur ou le froid de la tombe

Qui apparaît aux yeux de ces pauvres victimes

A qui le dévouement est cause de leur crime

……………

Et maintenant passant par un beau clair de lune

Attiré par les appâts de l'adorable brune

Pour quelques pièces d'or, ce métal des coquins

Tu prendras possession de ce corps de catin

Mais avant d'mépriser cette fille de joie

Demande-lui l'histoire, de sa vie et ma foi

Si ton cœur est sensible, aux atroces détresses

Tu prendras de tout cœur cette pauvre pécheresse

Et évitant alors le plus minime affront

Tu lui octroieras le suprême pardon 

21 août 1912

Soir de fête

 

Conte

Il y a très longtemps à ce que je me rappelle, je suivais nonchalamment un paisible boulevard d'une paisible ville de province.

Je n'étais nullement dans une situation d'esprit assez avantageuse, au contraire, certains revers, certaines dépressions amoureuses, avaient jouis sur mon cerveau par trop imaginatif en voile ténébreux.

Je suivais donc ce paisible boulevard en songeant, comme tous les malheureux font aux heures critiques de leur existence, en songeant dis-je aux inégalités sociales, à toutes ces folles parodies de rhétorique qui font envisager aux communs des mortels, une meilleure existence dans un meilleur temps à venir.

Il faisait un temps effroyable, tous les éléments naturels et surnaturels aussi amalgamés pour cette circonstance se déchaînaient avec une impétuosité farouche. Moi, bien emmitouflé dans un pardessus démodé, bien couvert, bien chaussé dans une paire de bottons trois fois ressemelés, je gouttais malgré mes déboires un degré en avantages sociaux sans toutefois atteindre le Capitole.

Mais que m'importait à moi vraiment, d'être député, sénateur, ministre, président même.

Toutes ces diverses charges pour lesquelles certains mortels sacrifient leur meilleure vie m'importaient complètement.

Pendant que ces diverses pensées assaillaient mon cerveau, le parcours s'effectuait avec une certaine difficulté il est vrai, mais malgré tout …………,était dirigé vers une de ces nombreuses brasseries qui peuplent les plus paisibles villes.

Je n'étais pas bien riche, il est vrai mais nous, pauvres poètes, pauvres écrivains ignorés, nous sommes souvent dans l'impossibilité de satisfaire nos désirs. Mais comme la philosophie est une de nos plus chères études, nous végétons insensiblement en attendant que le soleil de la gloire veille sur la planète de notre savoir.

Ayant jeté mon dévolu sur une brasserie assez achalandée en matières de toutes sortes, je me disposais à en franchir le seuil quand je fus happé au passage par une frêle créature. Comment définir l'ensemble de cet être ? ,mon maigre talent ne peut rêver à une semblable description, mais je puis toutefois essayer à donner une approximation assez exacte de cette épave de la société.

Figurez-vous donc une blonde de vingt ans environ, blonde comme des blés murs, des yeux bleus comme l'azur du ciel éthéré ou se reflétaient l'innocence et la candidité de son âme. Son regard s'était rivé sur moi et elle me disait doucement "Monsieur, l'aumône s'il vous plaît".

Je ne pu résister à une prière si touchante, a une lamentation si douloureuse. Je fouillais dans mon gousset et j'en sortis …. Devinez donc ? .

Vous pouvez croire que ce soit un billet de mille francs ? Non ? Mais j'en sortis mon unique pièce de cent sous qui me permettait ce soir la à faire la fête après le jeune que j'avais vécu pendant de long mois.

Je pris donc la pièce de cent sous de la main gauche et la donnais à la mendiante, de ma main droite qui tenait toujours la poignée de la porte. Je fis un suprême effort de mes réflexes et la lâchais tout contrit et me disposait à réintégrer mon horrible mansarde, lorsque que j'entendis une voie douce et résignée qui me dit : " Merci monsieur de votre bonne action, le bon dieu vous en récompensera."

Le bon dieu ! Dis-je en m'éloignant, mais je n'y crois pas ! .

Néanmoins, il faut croire qu'une puissance supérieure daigna prendre ma bonne action en considération, car quelques jours plus tard, je fis un héritage de 12 francs.

C'est toujours bon à prendre pour un malheureux écrivain….

Quant à la mendiante aux blonds cheveux, hélas ! Je ne la revis plus.