Les grands massacres 

Après la défaite de Gesté, Turreau modifie son plan d'extermination. Les colonnes de Cordelier et Crouzat se déplacent dans la Vendée et se livrent à de nombreux massacres.

2 février :Cordelier réorganise ses troupes à Montrevault.
5 février :Cordelier est à Gesté; il massacre les habitants dans la cour du château de Bas-Plessis puis gagne Monfaucon
6 février :Cordelier est à Tiffauges
7 février : Cordelier met a sac le village de Les Landes-Génusson: 98 victimes
9 février : Cordelier entre dans Cholet abandonné par les hommes de Stofflet
13 février : Cordelier brûle Chemillé
18 février : les hommes de Cordelier et Crouzat se rejoignent à Montaigu.
22 février : Cordelier accompagné de Turreau dévastent le voisinage des Brouzils
23 février : Cordelier se dirige vers Les Lucs a la recherche de Charette
26 février  : Cordelier brûle Montbert et Vieillevigne : 35 habitants sont massacrés.
27 février : Cordelier, toujours à la recherche de Charette, brûle St André Treize Voies, St Sulpice le Verdon, Mormaisons et Rocheservieres.
28 février : Cordelier divise ses troupes en deux : une colonne sous ses ordres, l'autre sous les ordres de Martincourt. Les colonnes de Cordelier  et de Crouzat sont repoussées par les Vendéens et battent en retraite. Martincourt commet alors un  ignoble massacre dans la paroisse du Petit-Luc: 564 morts dont 109 enfants.
1er mars : Cordelier continue les massacres : 150 morts à St Etienne du Bois.
4 mars : Les troupes de Cordelier et Crouzat bivouaquent dans les Landes de Corpray
5 mars :une des deux colonnes se rend aux Brouzils et l'incendie une deuxième fois.
13 mars : une détachement de Cordelier ravage le Fief-Sauvin (178 morts dont 53 enfants de moins de 10 ans), 42 femmes et enfants sont massacrés à la Chaussaire.
14 mars : les colonnes de Turreau et Cordelier se rejoignent : massacre de paysans a coups de sabres
20 mrs : Cordelier détruit Gesté et Tilieres
25 mars :Crouzat prend le commandement de la colonne Cordelier, il rejoint Grignon près de Vezins.
27 mars : Massacre de la foret de Vezins par Crouzat et Grignon : (1200 morts ?).La colonne de Grignon sera attaquée par la suite aux Houilleries par Stofflet venu venger les siens.
27 mars : Crouzat établit son camp à Maulévrier, il se signale dans la région par de nombreux meurtres.
29 mars : Crouzat est à St Aubin prés de Tiffauges
2 avril : Crouzat arrive à Tifauge
4 avril Crouzat part de Tiffauges pour Gesté.
5 avril : Crouzat brûle Torfou et Monfaucon : il écrit alors son étonnement alors que des colonnes soient passées des dizaines de fois par là, il trouve encore à brûler tant à droite qu'a gauche sur la route. Il commet alors un massacre de femmes à Clisson : "nous faisions des trous en terre, dit -il, pour placer les chaudières afin de recevoir ce qui tombait ; nous avons mis des barres de fer dessus, et puis les femmes par dessus ... puis au dessus encore était le feu...".
9 avril : Crouzat quitte sa colonne pour "aller rétablir sa santé"
13 mai : Tureau, Cordelier et une dizaine de généraux sont suspendu.
20 mai : Vimeux est nommé général en chef de l'armée de l'ouest, 9 camps retranchés sont implantés dans la Vendée ; Crouzat prend le commandement du camp de la Rouliere prés des Sorinieres.
31 mai : Couzat pille et brûle Geneston.
7 mai : Crouzat pille et brûle Geneston.
8 juin : Crouzat poursuit ses destruction le long de la Maine, de la Sèvre et de la Moine
10 novembre : Crouzat  demande  la permission de prendre sa retraite .

A Niort, dans les Deux-Sèvres, le 20 Brumaire an III (10 novembre 1794), âgé de 59 ans il demande au Ministre de la Guerre la permission de prendre sa retraite, à cause de ses infirmités résultant des fatigues essuyées pendant les 41 années de Service en 10 Campagnes (la vue très affaiblie, une hernie du coté droit, une fistule et les jambes engorgées avec un ulcère ). Une Pension de 2.127 Livres 6 Deniers et 10 sols lui est attribuée à partir du 15 Thermidor An III (2 août 17:5) pour récompenser 46 ans et 9 jours de service y compris 5 Campagnes qu'il a terminées dans le grade de Général de Brigade. La France est en pleine révolution et il doit fournir un certificat de résidence où il est précisé qu'il est domicilié à St. Maixent dans les Deux- Sèvres, qu'il n'a point émigré, que ses biens ne sont point séquestrés et qu'il n'est point retenu pour cause de suspicion ou de contre-révolution.

 

COPIE TEXTUELLE DE LETTRES DU GÉNÉRAL CROUZAT 

Armée de l’Ouest 

Liberté, Égalité ou la mort 

Au quartier Général, De Niort le 16 nivôse L’an 3  de la République Française, un X indivisible.

 Crouzat Général de Brigade Au Citoyen Thomieres ,Maire de Sérignan. 

Vous voudrez bien Citoyen excuser un de vos compatriotes, s’il va presque vous importuner à vous demander un service qui n’est d’une grande nécessité; voici de quoi il s’agit : je suis vieux et j’ai un long service et ne pouvant plus le continuer, j’ai demandé ma retraite, mais pour l’obtenir, il me faut une déclaration de la municipalité de la commune où je suis né et légalisée par le District, ainsi qu’un acte de naissance, celle que le Citoyen Amat m’a envoyé n’est pas légalisée par le District c’est pourquoi il m’en faut une autre. C’est cher Citoyen le service que je vous prie de me rendre en m’envoyant le plutôt possible la Déclaration, et comme je ne suis ni père, frère ou fils d’émigré, et n’étant ni l’un ni l’autre il ne vous sera pas difficile de l’obtenir. La commission d’organisation et du mouvement des armées de terre me demande ces deux pièces tout de suite, c’est pourquoi vous m’obligerez en me les faisant passer le plutôt que vous pourrez. 

Salut et Fraternité. Signé : CROUZAT.

 Armée de l’Ouest. 

La liberté ou la mort

Au Quartier général de Niort le 19 Fructidor, l’an ? de la République Française une et indivisible. 

Crouzat Général de Brigade, aux citoyens officiers municipaux de la commune de Sérignan. 

Citoyens, 

Comme enfant natif de cette commune, et ne sachant si mes neveux et nièces sont de ce monde, j’ai pensé que je ne pouvais mieux m’adresser qu’à vous pour avoir mon extrait de Baptême, nous m’obligerez infiniment de me le faire passer tout de suit. Pour que vous ayez moins de peine à chercher l’année de ma naissance, je vais nous la citer, je suis né le 25 février 1735, cette note nous donnera plus de facilité; si mon neveu Joseph Lamouroux vit encore, je vous prie citoyen de lui dire de me donner de ses nouvelles et de ses frères et sœurs .De tous mes parents et camarades d’enfance, sans doute il y en a qui existent encore, s’il s’en trouve témoignez leur je vous prie le sensible plaisir que j’aurais de savoir de ses nouvelles. Sans le besoin que j’ai de cet acte de naissance, je ne vous aurais pas donné cette peine que vous voudrez bien excuser. Me voilà à l’age de 60 ans et 50 années de service y compris mes compagnes, ne pouvant continuer et ayant la délicatesse de ne pas écrire au comité du salut Public, pour avoir ma retraite, à cause que la  guerre n’est pas finie, car j’aimerai mourir à mon poste que faire celte demande au comité. Cependant le général en Chef m’a dit : « Que puisque je ne voulais pas en faire la demande, il la ferait pour moi, et qu’il ferait tout ce qui dépendrait de lui .................... 

(La seconde feuille se trouve déchirée.) 

Le 6 Ventôse An IV (25 février 1796) il écrit au Ministre de la Guerre en exposant la misère dans laquelle il se trouve à cause de la dévaluation et du discrédit des Assignats. Il  est toujours à St. Maixent n’ayant pas les moyens de se rendre ailleurs et vivant grâce à la charité de respectables citoyens qui, quoique peu fortunés, lui ont offert un asile, la pension qu’il touche lui permettant seulement de payer le pain qu’il consomme dans une décade. Il ne demande pas d’augmentation mais seulement qu’on lai accorde un certain nombre de rations et de vivres à prendre dans des magasins militaires et que cet avantage lui soit continué jusqu’à ce que la valeur de la monnaie dans laquelle on lui paiera son traitement puisse au moins lui assurer le strict minimum. Il demande au Ministre de transmettre sa lettre aux Membres du Directoire Exécutif. Le résultat, sans doute, lui vaut une petite revalorisation de sa pension qui passe, le 17 Ventôse An 5 (6 mars 1797) à 2.409 Francs et 59 centimes. 

Nous le retrouvons à Metz, dans la Moselle, en l'an VII où il a rejoint une partie de ses anciens amis militaires qui lui permettent de survivre Le Général en Chef JOURDAN adresse une lettre au citoyen Ministre de la Guerre le 16 Brumaire où il lui expose l’état de dénuement le plus absolu dans lequel se trouve le Général CROUZAT, brave militaire qui a servi sous ses ordres et lui demande de la manière la plus pressante de bien vouloir lui faire fournir les secours les plus prompts et de convertir son Brevet de Retraite en celui de réforme afin qu’il puisse trouver une existence plus assurée et améliorer son sort. 

Comment se passèrent les 25 dernières années de sa vie ? Nous ne le savons pas. Seul son acte de décès nous apprend qu'il  est mort à Metz le 26 avril 1824, âgé de 89 ans, célibataire. 

Source

Archives Militaires, Château de Vincennes (93)

Mairie de Sérignan (34)    

Archives Municipales de Metz (57)

Archives Municipales de Béziers (34)

Archives Départementales de l’Hérault  

Bibliographie 

Une paroisse du Bas-Languedoc : Sérignan 1650-1792 par Alain Molinier

Histoire de Sérignan par Maurice et Albert Fabre (1883-1884)
Les 12 colonnes infernales de Turreau par PM Gaborit et Nicolas Delahaye, Ed Pays et Terroirs, Cholet 1995
Les colonnes infernales en Vendée par Simone Loindreau ,Ed du Choletais, Cholet 1994.
Vendéens et républicains dans la guerre de Vendée par F Augris, Ed du Choletais, Cholet 1993
Le génocide Franco-Français par R Secher, Ed PUF,1992.